Transcription de l’épisode avec Hugo Blouin : Charbonneau ou les valeurs à bonne place
Avertissement : Cette transcription est le fruit d'une collaboration avec une intelligence artificielle qui fait de son mieux, mais qui ne saisit pas toujours toutes les "subtilités" de nos discussions. Le fichier audio/vidéo original demeure la seule référence officielle. Si un passage vous semble bizarre, faites confiance à vos oreilles et allez écouter l'épisode !
Hugo Lachance : Bonjour tout le monde ! Nous sommes le 18 mai 2023 et vous écoutez l'Album Podcast. Bienvenue à l'Album Podcast. Aujourd'hui on parle de l'industrie de la construction, on parle de la commission d'enquête, on parle de corruption, de mafia, d'enveloppes brunes et surtout de jazz avec mon invité Hugo Blouin. Hello ! Ça va bien Hugo ?
Hugo Blouin : Vraiment, vraiment très bien.
Hugo Lachance : Avant de te présenter convenablement, je vous invite à vous abonner à vos plateformes de podcast favorites, aussi sur les réseaux sociaux, soit Instagram et Facebook, et aussi sur YouTube. Vous pouvez vous abonner, mettre des étoiles, commenter; ça fait toujours plaisir et c'est extrêmement motivant à continuer ce projet-là. Alors aujourd'hui je suis vraiment heureux d'enregistrer cet épisode-là. Ça fait longtemps que je voulais le faire parce que c'est un album qui est passionnant, un album qui est intelligent. On va parler de ton album Charbonneau ou les valeurs à bonne place, volume 1 et peut-être même le 2 aussi. Donc merci Hugo de nous recevoir chez toi.
Hugo Blouin : Grand plaisir ! Comme on disait plutôt, tu me reçois dans l'Album Podcast, mais chez nous avec les plantes puis les disques.
Hugo Lachance : Ben oui, mais c'est super. Je te remercie beaucoup. On va commencer donc. Hugo Blouin, c'est un gars de l'Estrie.
Hugo Blouin : J'ai grandi dans le coin de Sherbrooke puis j'ai été là jusqu'à mon cégep, puis je suis parti après ça découvrir le reste. On est à Montréal, puis à Montréal de retour depuis 2013. Avant ça, la Madeleine, avant ça, Montréal, avant ça, un bout au Yukon, avant ça, Montréal. Ce genre d'affaires.
Hugo Lachance : OK cool. Juste pour histoire de mettre un peu en contexte, ça serait quoi ton album d'enfance ?
Hugo Blouin : Récemment, je pense que le premier album qui était à moi, c'est un Cat Stevens. C'était une affaire de l'époque, les années 90. On avait décidé que j'avais emprunté un petit système de son puis je découvrais Cat Stevens. Faut dire que je jouais, j'étais dans une école de musique puis je jouais du classique à journée longue. C'était comme un truc intégré au cursus, à Sherbrooke au Sacré-Cœur. Ça faisait que j'écoutais pas tant de musique finalement parce que c'était le fun, j'étais dans la musique en masse. Puis progressivement, au fur et à mesure que l'adolescence a embarqué, j'ai comme moins pratiqué, moins joué, et je me suis mis à écouter d'autres affaires.
Hugo Lachance : Justement, c'est quoi ton album de l'adolescence ?
Hugo Blouin : C'est sûr que ça serait un album de Radiohead là-dedans, comme beaucoup d'entre nous dans les années 90. N'importe lequel, c'est bon.
Hugo Lachance : Moi c'est drôle, j'ai tendance à pas trop rentrer dans ce qui est à la mode puis Radiohead, j'ai pas trop pénétré cet univers-là avant qu'ils soient connus. Mais c'était déjà bien quand ça s'est rendu à Sherbrooke !
Hugo Blouin : C'est vrai s'il y avait comme une dimension trippante. En tout cas, ça m'a fait du bien de découvrir ça à l'époque, mais effectivement c'était dans tous les partys.
Hugo Lachance : Tu dis que tu baignais dans la musique classique depuis ton enfance. C'est quoi ton instrument de présélection ?
Hugo Blouin : Ben moi c'est le piano en fait. J'ai toujours fait du piano quand j'étais petit. Mais bon, à l'école, on était à plus qu'un instrument donc j'ai joué du violoncelle — ce qui n'est pas étranger au fait que je joue de la contrebasse — et de la clarinette. Ce sont de bons souvenirs auditifs, la musique était un endroit où j'étais bien. Ce sont de bons souvenirs, mais c'est surtout le piano qui a beaucoup peuplé et meublé mes journées. Mais j'étais pas bon avec la technique de jouer. C'était le fun d'interpréter les affaires, mais graduellement quand c'est devenu trop dur, l'adolescent en moi a abandonné. C'est plus tard que j'ai repris la musique à la contrebasse en autodidacte, et ça a comme fait un autre chemin. À cause de toutes ces années-là de musique, je trouvais que j'avais comme plein d'outils pour apprendre par moi-même, puis à l'oreille les bases étaient là.
Hugo Lachance : Ouais.
Hugo Blouin : Sur les cinq premières années de contrebasse, à chaque fois, la personne me détruisait la bonne technique que je m'étais inventée, mais c'était assez pour jouer. Après, j'étais bien chanceux des rencontres puis dans le parcours qui a fait que j'ai pu jouer souvent puis intégrer cet instrument-là dans la vie quotidienne. Juste pouvoir jouer, mais ça m'aurait ramené à l'école finalement.
Hugo Lachance : Ça a été quoi ton premier instrument que tu as possédé ou que tu t'es acheté ?
Hugo Blouin : Mon premier instrument que moi je me suis acheté ? Je suis revenu d'un de mes séjours à l'extérieur. Je reviens de là avec plus d'argent que j'en avais au départ puis là je m'achète ma première contrebasse. C'est l'époque où je découvre des délires sur des sites internet. La contrebasse arrive d'un 53 pieds dans une grosse boîte en carton pleine de popcorn en styromousse. Le gars qui vient me la livrer, ça vient de New York, puis le gars se demande c'est quoi cette grosse arcade là en carton à manipuler. C'est quoi qu'il y a dans ta boîte mon jeune ? En tout cas, ma première contrebasse... mais je me souviens pour pouvoir voyager... Margaret tracteur. Elle est partie en voyage, elle a fait tout le Canada et les États-Unis en zigzag, toute l'Amérique du Sud. Justement, elle s'était apporté un banjo parce que c'est plus résistant.
Hugo Lachance : Au besoin aussi de brosser un portrait légitime de toi, j'ai parcouru ta page Wikipédia et différents articles de presse. Attention ! Moi ce que je fais, j'ai l'habitude de consulter les dossiers de presse puis je formule mes questions souvent à partir de ce qui était publié déjà. Alors Hugo Blouin est notamment membre du groupe de musique traditionnelle Masse de deux, de l'orchestre Pic-bois et aussi du trio Jonathan Turgeon. Est-ce que ça existe encore ?
Hugo Blouin : Je ne suis pas dans un projet actif avec ces gens-là. Masse de deux, c'est surtout le projet de Marc Maziade. J'ai participé au troisième album du groupe qui s'appelait ID. La musique trad, pour vivre, il faut que ça voyage; il y avait beaucoup de tournées, c'était le fun. On a traîné cette musique-là jusqu'au Ghana. Ce sont des compositions d'inspiration traditionnelle avec de la musique instrumentale avec des instruments électro-acoustiques. Il y a des éléments dans les compos qui rappellent ça, mais c'est full jazz avec du beat. C'était un bon défi puis ça tournait; une super expérience vraiment. L'Orchestre Pic-bois, on a fait un album très divertissant qui est toujours disponible, mais ce n'est pas actif. Le trio Jonathan Turgeon, on peut pas dire que c'est mort et on joue encore beaucoup avec ces gars-là. Ce sont les personnes avec lesquelles j'ai le plus joué le plus longtemps. On s'est rencontrés quand je suis retourné en musique à l'université à 28 ans. On a pu faire deux albums. Souvent c'est centré autour des compositeurs, on veut savoir c'est qui qui a composé, fait que le premier réflexe des jazzmen c'est juste de donner le nom du gars qui a fait les tounes. Le troisième album du trio Jonathan, ça marche encore. Les compositions de Jonathan, c'est un peu prog, un peu rock, mais ça sonne vraiment classe. On le salue vraiment. Entre 2014 et 2016 avec Sonia Painchaud, tu tournes au Canada et en France avec le projet Brassé Brassens, un hommage à Georges Brassens.
Hugo Blouin : Ouais, super aventure ! Dans mes moments en dehors de Montréal, il y a un cinq ans aux Îles-de-la-Madeleine où j'arrive là-bas puis j'ai même pas ma contrebasse. Je l'ai laissée à Montréal si je m'en vais juste trois semaines, puis finalement je m'enfarge solide et j'ai passé cinq ans là. J'ai rencontré une communauté hallucinante puis la présence de la musique dans le quotidien est quand même assez forte. Il y avait pas tant de contrebasses à part la mienne. On m'incite fortement à la ramener. Rapidement je l'amène là-bas puis la première affaire que je sais, c'est que l'année d'après je me retrouve dans un show à la salle du Vieux Treuil à jouer de la chanson française avec du monde qui avait besoin d'une contrebasse. Ce monde-là est devenu mes amis, entre autres Sonia Painchaud, puis on a commencé un trio Brassé Brassens qui est finalement devenu un duo. On a dû faire 200 shows en plein pays avec Sonia Painchaud où elle chante les chansons surtout. C'était comme une occasion de poser un autre regard sur les tounes de Brassens, mais pas nécessairement sur tous les sujets. Ça donne l'occasion de faire des jokes avec ça puis aussi de se permettre de jouer avec les arrangements parce que c'est un duo contrebasse et accordéon. Ça nous permettait d'aller ailleurs. En Europe je trouvais ça vraiment drôle. On a pu jouer autant ici que là-bas. Je reviens cette semaine des Îles-de-la-Madeleine puis on a joué ça pour notre plus grand bonheur. C'est quelque chose qui nous suit toujours.
Hugo Lachance : Est-ce que tu as une chanson préférée de Brassens ?
Hugo Blouin : Aucune idée. Mettons dans les récentes qu'on a jouées, il y a de grosses tounes à plusieurs chapitres genre « Le Grand Pan », mais j'aime bien « Supplique pour être enterré à la plage de Sète ».
Hugo Lachance : Est-ce qu'il y a un album de ça ?
Hugo Blouin : C'était le show que j'ai fait qui était le plus facile à tourner puis à distribuer. Ça existe sur les internets.
Hugo Lachance : Vanessa Guimond, Journal de Montréal, lundi 30 avril 2018 : « fasciné par la musique que l'on retrouve dans un monde en général... il a déjà composé du free jazz avec des chants d'oiseaux et de la musique traditionnelle avec le son de moteurs de bateaux ». Explique ! Je retourne la question parce que moi c'est la boîte que j'ai isolée.
Hugo Blouin : Comme plusieurs compositeurs à travers le temps, autant en classique, en musique actuelle qu'en jazz, il y a du matériel caché sous les sons du quotidien, sous la voix quand on parle. Il y a de la musique dans tout. Il y a des rythmes, il y a des mélodies. Olivier Messiaen a fait plein de musique complètement spooky au piano avec le catalogue des chants d'oiseaux. Il y a des traces en classique, en jazz, en musique expérimentale, contemporaine, actuelle. Dans les années 70-80, plusieurs compositeurs s'y sont mis en même temps sans s'en parler : au Brésil avec Hermeto Pascoal, au Québec avec René Lussier sont pour moi des incontournables. C'est jamais perdu de réécouter René Lussier, Le Trésor de la Langue, une réflexion sur le contexte post-référendaire et l'identité au Québec dans la fin des années 80. On va en parler tantôt parce que ça colle vraiment avec ton travail dans l'album. Qu'est-ce qui t'a amené au jazz dans ton parcours ?
Hugo Blouin : Bonne question. Quand j'ai recommencé la musique avec la contrebasse, je voulais jouer tout ce qu'il y avait de la contrebasse dedans, autant les musiques traditionnelles que le jazz que le folk. J'essayais un peu tout. Le jazz restait comme un peu à part au sens où il y avait comme une barrière de plus à sauter pour bien le comprendre. J'avais beau l'essayer, on dirait que ça sonnait pas comme le monde qui jouait pour vrai. Je le voyais comme le plus gros coup de pied au cul que je pouvais me donner pour avancer. Je suis retourné à l'école en jazz comme un moyen juste d'apprendre. J'avais l'impression que tout était permis. Il y avait tellement d'artistes complètement libres qui s'exprimaient là-dedans que j'avais l'impression que c'était un langage où on pouvait faire beaucoup de choses. À la base, je suis plus attiré par les sons acoustiques. Les sons acoustiques me font vraiment tripper puis je trouvais que c'était un contexte où ils étaient mis en valeur. Je trouvais ça trippant de voir comment l'instrument acoustique se décuplait. Il pouvait avec une contrebasse faire des choses impossibles. Jimmy Garrison au drum — enfin, mon batteur préféré c'est Elvin Jones — sur l'album A Love Supreme de John Coltrane, c'est totalement hallucinant. La prise de son du jazz est hallucinante. Après ça a été Miles Davis. Si on dit que le jazz c'est comme le rock, c'est comme le métal, c'est un univers qui est immense. John Coltrane, je trouvais ça bon mais je ne comprenais pas pourquoi, ça restait un peu indéchiffrable pour moi.
Hugo Lachance : C'est quoi tes artistes forts dans le jazz ?
Hugo Blouin : Charles Mingus ouais, à la contrebasse, compositeur plus straight mais ouvert.
Hugo Lachance : On va passer maintenant au segment présentation de l'album. C'est là où on présente ton album. Alors, dans ton album Charbonneau ou les valeurs à bonne place, tu mélanges jazz, politique et humour aussi. Quel a été le poids politique du jazz dans l'histoire ? Y a-t-il un événement comme ça ? On sait que le jazz a influencé les droits civiques par exemple.
Hugo Blouin : On nous apprend que le jazz vient de la ville. Les musiciens ont des fonctions, soit dans les comédies musicales soit éventuellement au cinéma. Dans tous les événements, les musiciens de fonction se retrouvent après pour jammer dans les sous-sols et ces musiciens sont surtout noirs et vivent cette vie-là, créant le langage presque en tradition orale. À la base c'est politique parce qu'il y a la lutte des classes, la ségrégation. De la même façon, il y a des courants plus intellectualisants et d'autres plus par la pratique, et ça aussi c'est politique. Est-ce qu'il faut passer par l'université pour faire de l'art ? Moi je pense pas, même si j'y suis allé. Tous ces choix-là sont politiques. Moi quand je choisis le jazz au début, c'est pas pour ça que je le fais, sauf que c'est un lieu de liberté. Je choisis cette musique-là parce que c'est un espace de liberté.
Hugo Lachance : Ton album parle évidemment de la commission Charbonneau. Pour bien comprendre l'album en vedette aujourd'hui, il faut connaître le contexte historique dans lequel il s'est produit. J'aimerais comprendre comment une telle idée s'est formée dans ton esprit et surtout comment tu as pris la décision de la réaliser pour vrai.
Hugo Blouin : L'idée de faire un album en piquant les témoignages de la Commission et de faire de la musique jazz avec ça, c'est le genre de truc qu'on se dit le soir avec des amis. C'était en 2012 au début des audiences. On est contents qu'il y ait enfin une commission d'enquête. Moi je suis à l'université et on prépare aussi la grève en 2012 ensemble. J'écoute des affaires comme René Lussier, je suis intéressé par la musicalité de la langue. Juste avant de partir des Îles, le dernier projet c'est un album de field recording à partir d'oiseaux et de moteurs deux temps. J'ai ça en tête, puis là tout ce qu'on a devant les yeux, c'est la commission Charbonneau. Je finis par me dire qu'on n'aura peut-être pas le choix.
Hugo Lachance : Est-ce que tu permets, on veut juste pour le bien de nos auditeurs parler du contexte ? La commission Charbonneau, c'est à la fin des années 2000. Des médias commencent à relever des cas de discrimination, d'intimidation, de collusion, de corruption et de liens avec le crime organisé au sein de l'industrie de la construction québécoise. En 2009, l'émission de journalistes d'enquête Enquête et le journal Rue Frontenac mettent au jour des scandales de collusion liés entre autres à l'entrepreneur Tony Accurso et l'administration de la ville de Montréal. La Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction, appelée commission Charbonneau, a été décrétée le 19 octobre 2011 par le gouvernement libéral de Jean Charest. La commission Charbonneau porte le nom de la juge Charbonneau qui présidait tout ça. Ça a duré quatre ans, de 2011 à 2015. Comme tu disais, tu es à Sherbrooke, tu étudies le jazz et il y a ça qui se passe.
Hugo Blouin : J'ai envie de faire de la musique mais je suis pas sûr jusqu'à tant qu'on entende un témoin, un entrepreneur de Québec. Il vient témoigner de l'intimidation dont il est victime puis là il dit : « Moi je me suis fait appeler par un gars que je pense qui est dans la mafia puis il m'a dit de pas venir ici sinon je repartirais pas ». La réalité dépassait la fiction. Le gars recevait des cartes postales pour son propre enterrement. C'est comme : OK, on va le faire. Il faut essayer de faire de quoi avec ça parce que c'est incroyable.
Hugo Lachance : Waouh ! On va présenter l'album correctement parce qu'un album c'est pas juste une personne qui le fait. Le titre : Charbonneau ou les valeurs à bonne place, volume 1. Année : 2018. Label : Multiple Chord Music. Composition et contrebasse : Hugo Blouin. Alex Dodier au saxophone, Samuel Gaudreault à la guitare, Jean-Philippe Godbout à la batterie. Catherine Sama à la voix. Au piano, invitée spéciale, Julie. Et merci Michaud-Gagnon à la voix, connue sous le nom de Marsile, qui amène un contraste avec Catherine Sama. On est tout d'un coup dans l'émotion, une présence de scène incroyable.
Hugo Blouin : Benjamin Tremblay Carpentier et Nicolas Babineau. Pour les studios, ça a été enregistré à la boutique de son et studio country par Dominique Caterina. En fait, surtout la boutique de son, c'est chez George Doxx à Pointe-Claire. C'est un repère bien connu, s'il y a des jazzeux qui écoutent, bien connu de jazz car c'est la même famille que Cheerte et Jim le qu'on connaît.
Hugo Blouin : C’est un studio dans son sous-sol, mais c'est pas ce que tu penses : il y a le piano à queue, des micros impossibles, puis les boots. Effectivement, elle est là puis tout est divisé. C'est un lieu hyper ouvert et accessible à des prix défiant toute compétition. C'est vraiment une place pour aller enregistrer.
Hugo Lachance : C'est pour savoir regarder des détails comme ça, moi ça me fait triper et je pense ça fait triper aussi bien du monde. Justement, parlant de George Doxx, celui qui a fait la prise de son, c'est ça ? Pour le mixage, on n'y échappe pas, bravo ! Tu travailles avec quoi ? Parce que je suis un adaptateur, un « libbird », j'ai beaucoup aimé dès le début, il y a longtemps, cette affaire gratuite et les gens qui roulaient sur mon vieux laptop sur Linux.
Hugo Blouin : Reaper, un logiciel presque gratuit qui permet d'utiliser les mêmes plugins que tout le monde. C'était très facile de prise en main quand j'ai commencé à mixer mes projets d'enregistrement terrain en octophonie. Je pouvais y aller là-dedans puis même avec un ordinateur. Après ça, j'ai continué à utiliser ça parce que je savais m'en servir puis, finalement, je pouvais prendre les mêmes plugins que n'importe qui.
Hugo Blouin : J'ai continué à utiliser ça mais, évidemment, pour travailler avec tout le monde, je me suis retrouvé aussi à faire du ProTools pour du Cube. Il continue à être actif puis être utilisé, notamment à cause des basses exigences techniques. Je pense que dans les écoles ils se mettent à l'enseigner itou parce que pour certains projets, ça devient une solution vraiment accessible pour construire des trucs de base.
Hugo Lachance : Pour le nombre de périodes d'enregistrement, non. Avant ce mastering, Francis Marion, oui. Francis qui est un ami avec qui j'ai joué de la musique dans un autre groupe dont on n'a pas parlé, qui était du KG qui s'appelait Rose Vagabond, toute une autre affaire. Francis avait un studio à Lavaltrie ou l'autre ville d'à côté, pas Lavaltrie mais en tout cas en banlieue de Joliette, à Saint-Champagne.
Hugo Blouin : Quand j'ai fini de mixer, ça a été l'ami qui prêtait ses oreilles généreusement pour faire des commentaires. Tant qu'à ça, il a pu faire le mastering pour moi. J'étais vraiment content de faire ça avec lui. Il a passé une bonne job parce que ça sonne très bien. Regarde, enregistrement à l'automne 2017. Je suis même pas sûr que c'était déjà avec eux pour le volume 2, c'est sûr, je me souviens plus, mais qu'importe : c'est une parution numérique. Ça facilite les choses.
Hugo Blouin : Pour donner une idée, c'était ça le CD officiel de Charbonneau, la bonne place, gravé à la main par moi-même avec des pochettes qui font vraiment « intérieur sous-sol » et une petite enveloppe brune pour votre code de téléchargement. La prochaine, il y a une pochette numérique, un visuel pour le numérique que j'ai fait moi-même.
Hugo Blouin : Dans une autre vie, je fais du graphisme donc je me suis patenté ça, mais finalement j'étais bien plus à me demander si ça sonnerait bien. L'énergie n'était pas sur la pochette. Ça répond à ça. Maintenant, avant de passer au segment phare du podcast, on va y aller avec le segment « Ils ont dit ». Je suis allé chercher des critiques et des commentaires sur ton album.
Hugo Lachance : Jean-René Dufort, ici Télé, 19 avril 2018 : « Un hommage à la commission d'enquête qui a marqué notre époque. C'est tellement plus beau quand c'est chanté ». Comment c'est de recevoir le sceau d'approbation de l'équipe d'Infoman ?
Hugo Blouin : C'est incroyable puis j'ai pas eu à travailler si fort. Je faisais mes propres relations de presse aussi puis c'est ça faire des relations de presse : envoyer beaucoup de messages à beaucoup de monde qui veulent pas les recevoir. Mais Infoman, en trois minutes ils m'ont répondu « oui, on veut faire de quoi ». C'est parce que Infoman était profondément associé à la couverture de la Commission. De voir que quelqu'un voulait faire du jazz avec ça, ça a été bien drôle. Ils sont venus faire une entrevue au studio, c'était un bonheur. Puis c'est encore plus fun de voir qu'il y avait droit d'avoir trouvé son public aussi, comme beaucoup de monde j'imagine.
Hugo Lachance : J'ai trouvé ça absolument brillant comme concept, mélanger jazz et politique, mais c'est plus culture populaire et humour. On va en parler de toute façon de l'ambiance que ça génère. Quel a été l'impact sur ta carrière, justement, l'approbation d'Infoman ?
Hugo Blouin : D'abord, dans le cercle privé, quand je parle avec mon oncle puis ma tante, il y a une chance qu'ils aient vu ça atterrir. Sinon ça reste des projets en marge. C'est le fun parce que ça donne une forme de légitimité publique. Ça permet de le faire jouer un petit peu plus, ça a permis de le faire ressortir comme un fait d'actualité. C'est bien rare en jazz qu'on ait des couvertures d'albums qui sont en lien avec le côté actualités. Ça permettait de parler du projet dans des contextes qui n'étaient pas habituels, soit en lien avec l'humour, avec la culture populaire ou avec le fait que les gens se disent « tiens, c'est bizarre, quelqu'un a fait ça ».
Hugo Blouin : Après ça, ça n'a pas nécessairement facilité le fait qu'on en parle dans les canaux normaux. Avant que les journaux qu'on lit décident de faire une critique de qu'est-ce que je fais, il y en a que c'est juste avec le nouveau que c'est arrivé. Choisir l'humour, le fait qu'il y ait de l'humour dedans, pour moi c'est pas un projet d'humour, c'est un projet de musique, mais il y a de l'humour dedans.
Hugo Lachance : Ben oui, parce que c'est drôle parce que c'est même pas toi qui décides ! C'est l'absurdité de toute cette commission-là, des réponses. Il y a des personnes qui survivent à cette commission-là, c'est du ridicule. Donc c'est la Commission elle-même qui devient un show d'humour puis toi, ben écoute...
Hugo Blouin : Je fais les choix de mettre de l'avant certains moments qui sont plus drôles que d'autres ou plus absurdes, ou qui font plus mal d'une manière. Ça reflète la société. Pour moi, un élément important était de ne pas montrer ces épais-là qui nous font honte ; c'était qu'on réalise au travers de ça que c'est du vrai monde, qu'on n'en est pas loin, puis que tout est orchestré.
Hugo Lachance : Pour le Canal Auditif, le 3 mai 2018 : « Par son rendu inégal, l’album n'est pas vraiment un incontournable mais mérite qu'on y jette nos oreilles pour la richesse de sa musique et son humour en ces temps de cynisme politique. Il est quand même rafraîchissant de constater que du matériel aussi déprimant peut être aussi inspirant ». Ma question c'est comme ça.
Hugo Blouin : Évidemment, ça fait partie de ce que j'aime dans l'art quand c'est humain, quand c'est drôle puis quand ça réfléchit à quelque chose. Pour moi, c'est l'art le plus intéressant. L'humour, c'est quand même un pilier de la vie. On parle d'humour, pas nécessairement de stand-up ou de faire des jokes, mais d'apporter un regard nouveau. Il y a du cynisme, un peu de monde noir là-dedans. Dans le volume 2 qu'on voit ici en ce moment et dans ton nouvel album aussi, Le sport national, c'est une autre patente. L'humour est quand même là aussi.
Hugo Blouin : Pas besoin de personnages, mais c'est un milieu où il y a des personnages, des façons de parler, des dialectes. On a la chance d'en parler, on y viendra, mais pour moi, c'est voir le quotidien avec le sourire. Effectivement la critique en parlait, il y a assez de choses déprimantes de même. Je ne pense pas qu'il faille s'arrêter à ça. Certaines personnes vont dire « moi j'écoute pas les nouvelles, je trouve ça trop déprimant », mais moi je les écoute pareil, pas pour me déprimer, juste parce que j'aime mieux le savoir.
Hugo Blouin : Si on est pour faire de l'art avec ou si on est pour passer plus de temps avec, il faut pouvoir en rire. Peut-être qu'on ne peut pas rire de tout, mais au moins s'amuser avec ce qui est dans notre quotidien. Le choix de sujets comme ça, comme la commission Charbonneau ou le hockey, ce n'est pas tant que j'étais le plus grand fan, c'est plus que c'est dans notre face et qu'il faut faire quelque chose avec ça.
Hugo Lachance : D'accord, on est rendus au segment « Une chanson après l'autre ». Alors je vais jouer quelques secondes d'une chanson, après ça on commente. J'ai isolé des petits bouts de texte et mes petites questions, mais on peut aller où tu veux, c'est toi qui décides de la conversation. On commence avec « Souvenir ».
Hugo Lachance : Évidemment, comme tu disais, ce sont de longues intros. Il n'y a pas de problème à voyager dans une toune parce que, évidemment, la chanson évolue. Mais je trouve que c'est une pièce qui met bien la table avec un témoignage tellement absurde qu'on peut carrément rire. D'ailleurs, si on avance à 5 minutes 10, le piano s'emballe de plus en plus ; plus la chanson avance, plus les propos semblent ridicules. Alors on va se promener un petit peu là-dedans. C'est vrai, c'est absolument faux ! Excusez, c'est vraiment ce qu'on disait tantôt, l'absurde de toute cette commission-là. Comment choisis-tu tes extraits ?
Hugo Blouin : Le processus pour faire Charbonneau ou les valeurs à bonne place... On va en parler, c'est l'extrait qui m'a poussé à le faire, l'histoire de l'entrepreneur de Québec. Mais après ça, tu peux pas juste tout écouter, il y a plein de stock. J'ai choisi des témoins qui m'intéressaient plus à cause de ce que je pensais qui était leur histoire. J'ai survolé leurs témoignages puis j'ai choisi des bouts intéressants. Tout ça est catalogué dans le « fichier excel de la mort de la mort ».
Hugo Blouin : Après ça, quand un extrait semble plus intéressant qu'un autre, il devient une piste de toune. Je creuse la toune, il faut repiquer les bouts intéressants et essayer de faire de la musique avec ça. C'est tout une autre histoire. Le refrain est autour du témoignage de l'OCP Bosselnau qui dit « bateau », mais j'aurais pu dire autre chose. Dans la toune, il y a aussi du Tremblay, du « c'est absolument faux », il y a aussi Nicolo Milioto, le gars qui pensait que c'était une bonne idée de mettre l'argent dans ses bas pour aller livrer l'argent aux présumés parrains de la mafia à Montréal.
Hugo Blouin : Il y a aussi l'ancienne ministre des Transports Julie Boulay, il y a beaucoup de monde. Monsieur Zampino, ancien chef du conseil à Montréal : « Je ne pourrais confirmer que je ne saurais exclure ». Tous ces collages-là, finalement, c'étaient les répliques avec lesquelles je ne savais pas quoi faire mais qui respiraient l'absurdité et le vide. Écouter ce monde-là, ces gars-là surtout, ne rien dire... Monsieur Milioto, c'était pas pire quand on lui demande « mais vous pouvez pas nous dire c'est quoi la mafia ? » et il dit « non non, moi je sais pas c'est quoi ».
Hugo Blouin : Chacun avait son petit conseil d'avocat qui a dit tel concept. Il y avait beaucoup de vide, et c'est la toune du vide. C'est tombé sur une Bossa, j'imagine pour exagérer le contraste entre les propos et leur vacuité. Après, l'assemblage vient en repiquant. Je retranscris les paroles et j'essaye de faire une toune que je pourrais lire, puis après je m'arrange pour essayer de faire chanter ça. Ça amène un côté humour.
Hugo Lachance : Tout à fait. D'habitude, sur des musiques de danse un peu, on ajoute des propos absurdes et politiques. Moi je trouve ça brillant, je m'en sors pas. On continue avec « Des valeurs d'entraide ».
Hugo Blouin : « Moi j'ai confiance, je fais confiance et je prends pour acquis que les gens sont honnêtes ». C'est jamais assez vite. Comme si tu devenais confortable, tu pourrais vouloir le pousser plus. C'est une grande rythmique, particulièrement au batteur Jean-Philippe Godbout, incroyable là-dessus. On a monté cette version-là dans l'urgence, c'est un collage de quelques versions. Le studio devient un instrument de musique. C'est comme une performance sportive, de réussir à le faire avec l'aisance qu'ils ont. Ils sont capables d'être sur le bout de leurs pieds et de quand même faire sonner ça comme si c'était relaxe.
Hugo Lachance : C'est une question que je trouve bien intéressante : comment les bands se forment ? Tu vas te chercher la meilleure personne sur terre ou ton meilleur ami avec qui ça va être le fun de le faire.
Hugo Blouin : J'étais chanceux, j'avais des amis qui étaient trop bons. Au cœur de ça, c'est Jonathan Turgeon au piano et Jean-Philippe Godbout avec qui on était en trio jazz. Je voulais faire ce projet-là avec eux pour être à l'aise et pour pouvoir survivre à mon propre projet. Après ça, Alex Dodier, c'était dans le cercle élargi, un musicien incroyable qui a un ressenti presque surnaturel des sons et de la musique.
Hugo Blouin : Les amis, c'était la base. Mais j'ai pas parlé de la chanteuse parce qu'au début, il y a personne qui voulait chanter ça ! Les gens que j'approchais étaient plus du côté de la musique actuelle ou instrumentale. Je me disais que ce serait ce genre de personne qui voudrait relever ce défi. Comme les mélodies viennent de repiquage de la voix parlée, il y a beaucoup de sauts et d'intervalles dissonants. Sûrement que l'intervalle qui revient le plus, au lieu de l'octave, c'est la septième majeure, parce que c'est beau mais aussi parce qu'on en fait plein quand on parle.
Hugo Blouin : Ça rappelle plus le parler si tu gardes des intervalles qu'on a manqués. Au lieu de garder la quinte qu'on veut faire, tu gardes le triton. Au lieu de garder la tierce majeure, tu gardes la mineure. Finalement, quand on se parle, on a l'air gentil et joyeux dans un mode majeur, mais quand tu repiques, tu peux sortir les notes qui ressortent du mode. C'était bien dur de trouver quelqu'un qui voulait chanter ça parce que pour réussir à chanter cette série d'affaires-là, il faut l'apprendre par cœur, il faut que tu plonges dedans.
Hugo Blouin : Il faut pas peser sur le python là-bas pour réussir cet intervalle-là, en plus en chantant des paroles qui sont pas des paroles normalement. L'intro de la toune « La Retraite », c'est travailler comme un malade.
Hugo Lachance : De temps à autre chaque voix ressort. Catherine Sama est encore là. On parcourt « Des valeurs d'entraide ». Les musiciens embarquent parce qu'il y a le défi technique et que ça les fait rire. Je pense que le fait d'essayer de voir si on est capable de le faire, c'est ce qui a poussé Catherine à relever le défi.
Hugo Blouin : C’est absolument ce qui me séduit beaucoup : c'est une belle voix, mais elle est précise et on sent que c'est naturel. Soit les extraits sont chantés, soit ils sont intégrés dans la pièce même, souvent les deux. Comment fais-tu tes arrangements pour les extraits ? Les mélodies sont écrites comme du jazz. Il y a des mélodies vraiment intenses et des instructions d'accompagnement. Le pianiste a une série d'accords dans laquelle il doit se débrouiller pour accompagner.
Hugo Blouin : Parfois, il y a des sections où tout est écrit. Le batteur a une page blanche, avec beaucoup d'angoisse pour pouvoir trouver ensemble. C'est plus en atelier qu'on va identifier les groupes puis placer les sections. Dans les sections où il y a des punchs, ça devient comme une petite coche, et les solos ce sont des petites cases avec des « slashs », on s'arrange avec ça.
Hugo Blouin : Pour écrire les tounes, je pars des paroles. Une fois que j'ai identifié les extraits repiqués et choisis ce qui serait la toune, je fais le collage des repiquages. Évidemment, ça marche tout le temps. C’est de se demander ce que ça pourrait bien être comme toune pour que ce soit le fun à jouer et à écouter. L'idée de base vient du repiquage.
Hugo Blouin : Là on a Gérald Tremblay qui nous explique à quel point il était prédestiné à la politique. Le titre vient du fait que, comme on disait, pour moi c'est un reflet de la société. Je fais pas cette toune-là pour montrer à quel point ils sont loin de nous ; au contraire. C'est un de mes témoins préférés parce qu'il est arrivé là avec une sorte de candeur incroyable. Comme tous les témoins, il commence par dire que s'il a fait des erreurs il est désolé, mais qu'il a des valeurs à la bonne place.
Hugo Blouin : Ils commencent tous comme ça : qu'ils ont fait des vraies erreurs et qu'ils sont en train de se débrouiller avec ça. Lui, il dit que depuis qu'il est adolescent il rêve d'être politicien, qu'il est allé étudier l'économie pour faire un bon ministre de l'Économie, puis il est allé étudier la politique. Comme s'il n'y avait rien d'important dans sa vie qui n'était pas dirigé vers ce but. C'est quelqu'un qui avait la politique à cœur.
Hugo Blouin : Ça lui fait dire qu'il a des idéaux, et la toune c'est comme sa déclaration de principe. Dans le contexte, c'est drôle, il y a un double sens évident puisqu'il est au cœur d'un scandale de corruption. Dans le témoignage il dit : « Tout mon parcours est le résultat des valeurs qui m'ont été transmises par mes parents : des valeurs d'entraide, des valeurs de solidarité. Moi j'ai confiance, je fais confiance et je prends pour acquis que les gens sont honnêtes ».
Hugo Blouin : Je peux pas en juger, mais tant mieux s'il y a des politiciens qui sont idéalistes. Sauf qu'une fois qu'on se retrouve dans la marmite, dans l'eau chaude devant un jugement, ça perd un peu son sérieux. On passe à la suivante.
Hugo Lachance : Bien sûr, c'est ça, c'est le témoignage. Alors, l'entrepreneur vient témoigner à la Commission et témoigne qu'il a été victime d'intimidation parce que, bon, il fallait établir les faits, il y a eu de l'intimidation.
Hugo Blouin : Puis bon, j'ai reçu des cartes d'invitation à mes propres funérailles, puis tout de suite. Puis un autre qui m'a appelé pour me dire de ne plus venir faire des travaux à Montréal. C'est un entrepreneur de Québec ; ainsi, il ne respecte pas la division des territoires. Bon, dans cette idée-là, comment on a ça si bien enregistré ? Avec un setup ? Ben non, le gars qui l'appelait était sur écoute.
Hugo Lachance : Écoute, ah c'est ça l'auteur de l'appel : Francesco del Balso.
Hugo Blouin : Il était sur écoute, ou en tout cas il utilisait un téléphone qui est assez fréquent. Il était présumément en lien avec la mafia de Montréal. C'est comme ça que ça a commencé, c'est aussi l'appel pour faire ce projet.
Hugo Lachance : OK, waouh ! C'est ma toune préférée de l'album évidemment. On se rend compte que c'est sérieux quand même. À toutes les fois que je réécoute, ça me fait toujours le même effet. Personne ne veut recevoir des appels comme ça. D'un point de vue musical, particulièrement dans cette pièce, on peut reconnaître le spectre de René Lussier dans l'arrangement du piano et de la voix à l'unisson. Je fais référence à l'album Le Trésor de la langue, on en a parlé tout à l'heure dans l'approche musicale : transcrire instrumentalement la voix parlée québécoise tout en la réorchestrant dans des styles musicaux variés.
Hugo Blouin : Avec lui, ben oui ! Dans le fond, j'ai d'abord pris contact avec lui pour l'interviewer. Je faisais un travail sur Le Trésor de la langue, je voulais en parler avec lui. Il a dit oui, et puis après ça, je voulais collaborer avec lui pour le volume 1. Je me demandais s'il pouvait être un mentor ou un réalisateur, mais c'est vraiment intéressant qu'il vienne ici. Il regarde sa table et dit : « Mais c'est quoi ça ? ». J'avais mis les partitions. C'est plus important de commencer à le faire puis de jouer avec les sons que tu peux faire que d'espérer avoir des sons de retraite.
Hugo Blouin : Jamais les écrivains ne sont sur papier, faites-le. Bon, le projet était bien trop avancé pour pouvoir le faire avec une autre approche. On s'est dit qu'il y en aura d'autres, puis on est restés en contact. Grâce à ça, il a participé au volume 2 ; il a fait une toune, la toune de guitare électrique sur le volume 2 avec Rainbow Gauthier.
Hugo Blouin : Suite à ça, on a pu collaborer. Moi j'ai pu jouer sur un album de Louis, un quatuor de contrebasse très difficile qui s'appelle Le Clou. Puis il y a d'autres collaborations qui peuvent ou qui ont été faites et qui s'enviennent. C'est un grand bonheur de pouvoir échanger, rire et apprendre de sa démarche parce que ça fait un petit peu plus longtemps que moi qu'il le fait. Il faut juste que moi, si vous connaissez pas, de tomber là-dedans : Le Trésor de la langue.
Hugo Lachance : Le Trésor de la langue, c'est une porte vraiment idéale parce que, comme tu le dis, ça réfléchit au contexte politique de la fin des années 80 au Québec. On s'intéresse à la langue française puis à la culture au Québec. Effectivement, au début de « L'appel », c'est un repiquage que le pianiste doit jouer. Le pianiste joue le repiquage de Francesco qui appelle l'entrepreneur de Québec.
Hugo Blouin : Cet effet-là rappelle Le Trésor parce que ça montre les dessous de la composition d'album. On pourrait faire ça avec tout l'album, mais l'esthétique serait différente. On l'a fait, c'est une bonne façon d'intégrer aussi les témoignages là-dedans. C'est le fun de rester en contact avec la source, surtout dans une commission comme la commission Charbonneau où on ne veut pas tout écouter des bouts. On fait ça en spectacle : je remets les extraits des vidéos qui ont mené aux tounes. De revoir la face du témoin, ça te replonge tout de suite, de revoir ce petit bureau-là puis la juge Charbonneau qui est souvent désespérée, en tout cas qui fait face à travers laquelle on vit nos émotions de spectateurs. Son silence déprimé, tout le monde se marre dans la salle.
Hugo Lachance : C'est parce que ça doit être toute une expérience pour elle. Son visage parle tellement, c'est un personnage en soi vraiment. Elle donne des répliques assassines des fois. On repart, un peu trop de jazz.
Hugo Blouin : Oui, il y a un petit côté prog dans l'album, le début plus afro, c'est la suite.
Hugo Lachance : Je me souviens qu'on est dans la room chez Doxx. Moi j'ai quand même un des témoins favoris, justement à cause de sa candeur et parce qu'il était au cœur des choses. Il y a beaucoup d'informations mais en même temps, ce n'est pas de sa faute. Il y a beaucoup de volets et en même temps le Winnie-Bagot, il y avait des... En fait, ça adresse la question de « A-t-il reçu du financement et de l'aide de l'industrie ? ».
Hugo Blouin : Puis il répond : « Ben non, ma campagne, ce n'est pas parce que j'ai été aidé d'une manière illégale. Moi, je serrais des mains ». C'est ça sa réponse. C'est un million 500 000. J'ai rencontré un million 500 000 personnes. Le calcul : si chaque personne connaît cinq personnes, dans le fond j'ai rencontré un million de personnes, c'est pour ça que j'ai gagné. Et voilà, ceci explique cela. Puis il y a des rumeurs qu'il y a des enveloppes mais on n'a pas de preuves, fait qu'on peut rien faire.
Hugo Lachance : D'ailleurs, ça m'amène à parler de ma question que je pose à tous les artistes : comment on finance un album comme ça ? Avec des enveloppes brunes ?.
Hugo Blouin : Ce serait merveilleux ! Les enveloppes sont les bienvenues, n'hésitez pas. Dans ce cas-ci, on peut prendre l'exemple en général : j'ai eu une bourse du Conseil des arts de Québec pour la composition.
Hugo Blouin : Puis le reste, c'est mon bras. Mais ça a conditionné plusieurs choix de l'album, notamment que je fasse les relations de presse, que je fasse la pochette, que ce soit une sortie numérique. Les musiciens ont aussi collaboré et contribué parfois gracieusement, gratuitement.
Hugo Blouin : Puis après ça, pour faire la mise en spectacle, il y a eu d'autres bourses. Pas de gérance, fait que c'est moi qui demande, c'est moi qui fais. Dans ce cas-là, la limite c'est qu'est-ce qu'on peut faire.
Hugo Lachance : J'aime ça poser cette question-là aux artistes parce que l'argent est toujours inévitable, ça fait partie du processus de création. Des fois c'est une question qui peut paraître dérangeante à poser aux artistes, mais ça fait partie de la réalité de la création. On sait qu'on veut être capable de payer son monde. On sait très bien qu'il y a beaucoup d'albums, de pièces de théâtre ou de films qui ont été faits avec la gratuité des gens qui participent.
Hugo Blouin : Absolument. Il y a toujours un truc un peu à gauche qui finit par réussir à être financé et on est contents. Mais c'est sûr que la fameuse phrase « Tu es bien chanceux, tu fais ce que tu aimes », oui, mais il faut que tu aimes ça. Il faut avoir d'autres jobs à côté pour payer son album de musique, selon les moments, les périodes et les années. Moi ce que je trouve fascinant de la vie de musicien, c'est que ça change à chaque année.
Hugo Blouin : Une année tu es dans douze bands : dans certains tu tournes, dans d'autres tu demandes des bourses, dans d'autres tu composes, dans d'autres tu fais du studio. Si tu es chanceux, tu fais de la réalisation aussi. Puis l'autre année, c'est super nourrissant. L'année d'après, tu es dans deux affaires, il n'y a personne qui joue, pas d'argent. Tu fais des rapports, il n'y a pas de musique qui se passe, mais tu es musicien pareil. Tout ça, c'est être musicien.
Hugo Blouin : Aller faire des mariages ou enseigner, tu es musicien. Dans mon cas, je fais du graphisme, du web, de la révision et de la rédaction, ce que j'ai étudié avant de revenir en musique. Au début j'avais mon petit complexe parce que c'est sûr, tu veux répondre à ton oncle Gaston qui te demande : « Mais là, réussis-tu à en vivre ? ». Tu veux dire oui, mais qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que tout mon temps passe là-dedans. J'ai toujours le petit complexe de l'imposteur, c'est correct.
Hugo Blouin : Le barème économique, finalement, c'est qu'est-ce que tu acceptes de faire dans ce large spectre. Mais moi j'adore jouer, j'aime ça être sur la scène, j'aime ça composer, j'aime être en studio. J'aime tout ça. C'est la même chose pour ce podcast-là.
Hugo Lachance : En ce moment je ne fais aucune scène, je fais tout moi-même là-dedans et je pense que j'en fais profiter aux gens. Prochaine chanson.
Hugo Lachance : Dans l'histoire du jazz, jamais on n'aura entendu aussi souvent le mot « truqué » dans une toune. En effet, à la fin, tout est truqué. Mais c'est Gérald Tremblay qui dit ça : « Mon prix est truqué ». Je pense que le prix de l'autre est truqué aussi. Tout est truqué, la vie est truquée. Puis la toune est truquée aussi.
Hugo Blouin : Souvent on divise le temps en quatre, on se pose des questions sur les rythmes et l'harmonie. On essaye de trouver de nouvelles façons au niveau du son. Après ça, la toune évolue, puis on lâche ça. Quand on sort du solo, on tombe en plus petit.
Hugo Lachance : Dans certains épisodes du podcast, une toune de rock ou de folk, c'est facile de donner une bonne idée. Dans le jazz, évidemment, ça prend quand même de l'écoute même si les tounes sont plus longues. Les nôtres sont quand même relativement courtes. C'est un teaser, on invite les gens à les écouter au complet. D'ailleurs, où est-ce qu'on peut se procurer l'album ?.
Hugo Blouin : C'est disponible partout sur les plateformes d'écoute. Il est toujours possible de se procurer des copies physiques dans le fond des bacs. Le volume 1 était une parution numérique, donc il n'y a pas de pochette spectaculaire ou de pressage en usine. C'est le vrai emballage officiel du volume 1 : une pochette transparente, un acétate par dessus, puis une enveloppe brune avec ton code de téléchargement. Je l'ai gravé moi-même, c'est fait pour financer le deuxième.
Hugo Lachance : Vous avez peut-être vendu des faux vinyles ?.
Hugo Blouin : Le concept évolue d'album en album. Pour le volume 2, il y a des faux vinyles. C'est la pochette de vinyle parce que le collage de Laurence Lemieux est juste trop écœurant. Pour convaincre les gens d'acheter la musique qui est gratuite, ça prend un objet drôle.
Hugo Blouin : L'objet spécial du lancement du volume 1, c'était le marteau de Charbonneau. J'avais couru les marchés aux puces pour acheter des marteaux usagés. Avec l'aide de Véronique Leblanc, j'avais poinçonné le code de téléchargement dans le manche du marteau. C'était une édition limitée. Pour Le Sport National, j'ai des vrais CD, mais j'ai fait une édition de 100 faux vinyles. Il y a vraiment un vinyle dedans, mais de quelqu'un d'autre.
Hugo Lachance : Ça coûte cher en bois !.
Hugo Blouin : Il n'y a plus vraiment de magasins de musique, donc les ventes sont essentiellement en spectacle. On ne va pas faire 1000 vinyles, ça coûte super cher. WD40, cet été, on joue à Port-Alfred et là-bas, ils ont décidé de graver un vinyle juste pour nous, juste pour le show. Ce n'est pas pressé, c'est gravé, c'est différent. Tu prends ton faux vinyle puis tu peux le shazamer pour savoir c'est quoi.
Hugo Blouin : C'est surtout du jazz, mais aussi de la vieille pop bizarre, des recettes ou Guy Lafleur au travail. Ça remet en perspective l'idée d'acheter : tu choisis pas ce que tu as. La carte qui a plus de valeur, c'est si tu tombes sur un Guy Lafleur.
Hugo Lachance : On poursuit avec « Responsabilité ». L'instrument qui accompagne Catherine Sama, c'est le tuba. Encore une pièce qui commence tout en douceur.
Hugo Blouin : Avec son instrument, elle joue d'une manière différente. C'est une impression de liberté. Elle va sûrement des fois créer des paroles dans son tuba. L'idée, c'est de détourner l'instrument : qu'est-ce qu'on peut faire d'autre que des notes belles ? Des notes ordinaires ? Ça devient ton nouveau vocabulaire. À chaque fois, c'est un nouveau terrain de jeu parce que c'est rare que le tuba soit mis en évidence dans une chanson. J'accompagne tout doucement Catherine dans sa mélodie, puis après il se déploie en solo.
Hugo Lachance : On croise quand même l'univers de René Lussier un petit peu là-dedans. Sur cette toune-là, ce n'est pas Catherine Sama et Marsile qui chantent ?.
Hugo Blouin : C'est une autre sorte de prestance. Le but n'est pas d'être neutre, il y a une sorte de grandiloquence dans l'improvisation que j'adore. Effectivement, Marsile est portée par le tuba. C'est la toune où Gérald Tremblay admet qu'il a pu faire quelque chose et qu'on assume la responsabilité. Qu'est-ce que ça fait d'avoir Gérald Tremblay dans son band ?.
Hugo Blouin : Je me trouve à faire beaucoup de blagues autour de ces témoins-là, mais j'ai rien de personnel contre eux. Ils ont participé à un événement public. J'adore le témoignage qu'il a livré parce qu'il y va avec candeur, pas gêné de dire des choses surprenantes alors qu'il était au cœur de l'action. Ça amène une dose de fraîcheur qu'aucun parolier ne pourrait donner.
Hugo Lachance : Est-ce qu'il y a des acteurs de la commission Charbonneau qui t'ont contacté ? Gérald Tremblay par exemple ?.
Hugo Blouin : Non, j'ai pas eu de nouvelles des témoins. Au lancement du volume 1, il y avait un des procureurs. Ce n'est pas nécessairement évident de savoir quelle approche adopter au niveau légal dans une aventure comme ça. Nous marchons sur la fine ligne du gris.
Hugo Lachance : C'est quand même public aussi.
Hugo Blouin : Quelqu'un se produit, donc il y aurait des droits, mais personne ne voulait les réclamer.
Hugo Lachance : C'est vrai, les différents organismes et les différentes organisations gouvernementales qui auraient pu avoir les droits, personne ne voulait être responsable de ça. Très bien, donc les extraits sont sur l'album, puis après, ça joue avec la réputation des gens, si bien que je prends seulement des choses qui ont été dites. Comme on l'a mentionné, il y a de l'humour.
Hugo Blouin : J'enlève pas l'humour de ce qu'on dit, donc certains auraient pu juger que je l'ai diffamé, mais heureusement c'est un projet de jazz bizarre, de sorte que sa portée est assez limitée. J'ai essayé de rejoindre la juge Charbonneau ; mais oui, j'ai essayé, même si je savais que c'était une « long shot ». J'ai appelé à une maison, mais on n'a jamais rien eu. Est-ce que c'est possible de la rejoindre, maintenant qu'elle est une ex-juge ? J'ai pu vérifier rapidement.
Hugo Lachance : On lui a dit qu'elle est vraiment à la retraite. Elle fait partie d'une association et elle se doit d'avoir un droit de réserve, elle ne peut absolument pas commenter, tu comprends. Mais peut-être que tout dépendant de l'angle, si c'est strictement sur la musique, ça pourrait être bon. C'est sûr que ça pourrait donner l'impression qu'elle revient sur son jugement, ou plutôt sur son rapport, ce qui a été super controversé. Ça aurait été un scoop assez fort, mais non, j'ai pas eu d'autres échos des participants. On est toujours prêts à recevoir les commentaires dans les commentaires, alors on poursuit avec « Les éléphants suisses ».
Hugo Blouin : Ils ont eu des cadeaux, ils collectionnent des éléphants.
Hugo Lachance : Je me rappelle, une fois que vous êtes allés souper là il y a très, très longtemps, je pense que Louise lui avait acheté un petit téléphone. Ce qu'il y a là-dedans, c'est que plus tard dans la toune, il y a des études.
Hugo Blouin : C'est vraiment drôle, c'est au milieu ou à la fin de la première partie, puis au milieu des solos. Mais oui, ça fait partie de la réflexion sur comment faire des tounes avec ça, parce que sinon c'est comme un repiquage où tu mets des accords par-dessus. Ça ne fait pas une toune ; il faut graduellement trouver une façon d'intégrer des mécanismes de chansons pour que, quand tu t'assois et que tu l'écoutes, tu aies l'impression que c'est une chanson quand même, même si ça n'en est pas une. Mais ça passe par le témoignage. C'est le choix de jouer avec des mots qui, normalement, ne se retrouvent pas dans des chansons. Dans ce cas-là, le jeu avec les éléphants sert de réflexe qui revient pour nous ramener en terrain connu à deux ou trois moments dans la toune, avec des jeux rythmiques bien jazz. On finit sur le quart et on se trouve bien intelligents, mais il y a parfois des solos l'fun. Pour moi, « Les éléphants suisses » et tout ça, ce sont les deux tounes qui ont fini à Laval. Ce qui était intéressant des témoignages à Laval, c'est qu'on avait tout le segment Laval sur la famille et sur l'entourage du maire Vaillancourt. Il est l'un des rares qui a dû redonner de l'argent et qui a été reconnu coupable plus tard, après la Commission, suite à un arrangement dans son coin. On avait accès aux écoutes et les deux tounes viennent de deux gens qui étaient des organisateurs politiques ; l'un était avocat ou en tout cas du parti. On a toute la séquence d'événements où les perquisitions commencent, puis la « Madone » et les autres sont au téléphone et s'appellent plusieurs fois par jour pour se demander ce qui se passe. Tu les vois tranquillement capoter, et ils sont bien ordinaires là-dedans. C'est du monde qui capte et, qu'ils aient participé ou pas, tu le sais pas ; tu te demandes tout le long s'il y en a un des deux qui essaie de faire parler l'autre, s'il y en a un qui serait peut-être un informateur. À la fin, il y en a un qui dit que c'est évident qu'il y a quelqu'un qui parle. Ça m'amusait de le voir de l'intérieur. On n'a pas nécessairement les personnes présumément de la mafia se donner des ordres ou l'appel d'intimidation, mais on a la poutine interne. Il y en avait un peu dans le segment sur les syndicats, mais ça n'a pas donné tant de matériel, un peu pour le volume 2 peut-être. Là, on a ces deux messieurs-là qui s'inquiètent des éléphants, puis après ça ils vont s'inquiéter de leur retraite. Ils capotent, mais c'est à un niveau bien humain, malgré les transferts d'argent en Suisse ou en Pologne. On est dans la marde.
Hugo Lachance : Je me rends compte que tu connais très bien ton sujet parce que tu as baigné dedans, mais pour quelqu'un de l'extérieur qui connaît un peu ça, quand tu lis les retranscriptions et les extraits choisis, on comprend le contexte, mais il y a une couche d'absurde. Je lisais attentivement l'extrait, toi tu m'as raconté l'histoire en arrière, mais quand tu fais juste lire l'extrait, c'est complètement hallucinant. C'est l'absurde de tout ça en pièce. On va continuer, on achève ; il nous reste deux pièces qu'on va voir avec l'introduction de « La retraite ».
Hugo Blouin : « La retraite (introduction) » est une courte introduction seulement au drum, puis après, « La retraite » commence.
Hugo Lachance : Pourquoi justement faire une introduction avec ça ? Quel est le lien avec le drum ? En spectacle, c'est comment ?
Hugo Blouin : C'est juste une intro de drum qui mène au beat, qui mène au sax, qui mène à l'entrée de Catherine. Après, c'est là l'esprit prog, avec des sections au style assez différent, avec ses dérives et de l'harmonie qui ne fait pas de sens, mais de la dissonance. C'est surtout très agressif, oui. Catherine, on l'a entendue chanter depuis le début, mais là il y a une pression dans sa voix qui arrive tout de suite. C'est la pièce de l'album la plus dure. L'album s'ouvre sur une pièce plus calme et se termine dans une atmosphère plus agressive et chaotique pour se conclure. Est-ce que c'était une volonté de terminer l'album avec une telle composition ? « Mini bateau » était de loin la toune la plus accessible, pas à cause de la bossa-nova, mais parce que c'étaient les répliques qu'on voulait trouver dans les deux couleurs ; c'étaient les trucs facilement drôles que tu pouvais consommer sans trop avoir à plonger, même si la toune est longue et que le refrain était un peu accrocheur. « La retraite » est une toune de 10 minutes avec quatre sections, et ça, c'était dur à placer, honnêtement. Elle se retrouve donc à la fin. En même temps, c'est un album qui est quand même long ; ça fait du bien que ça brasse un peu à la fin pour dégorger. On peut s'y retrouver parce que même si on parle d'humour, de culture populaire et de personnages, ce qui se passe dans ces choses-là est dramatique. Ce sont les deux organisateurs politiques de Laval qui se parlent. L'un dit qu'il ne voudrait pas perdre sa retraite et que ça annule sa vie. Il ne faudrait pas trop se faire de mauvais sang avec ça, parce qu'il reste moins de temps en avant qu'en arrière. C'est ce qu'il nous reste aux années qui nous restent en avant de nous autres, il faudrait qu'on regarde un peu plus la visibilité. On ne voudrait pas être mêlés à un scandale, on veut juste rentrer chez nous par le perron. On aura l'air d'épais pendant que Catherine chante par-dessus : « aux années qui nous restent en avant ». C'est merveilleux ! On vient donc de passer à travers Charbonneau ou les valeurs à bonne place, volume 1. On voit ici la pochette du vinyle inexistant. Pour le volume 2, on va passer à travers rapidement. Ce sont des tounes qui manquaient au premier, plus tordues et plus denses. Elles sont écrites autour du chœur à quatre voix. Les bases de toutes les tounes ont été composées en même temps, c'est le même effort de composition de 2013 à 2016, à temps perdu à travers d'autres projets. Il y avait des tounes plus ambitieuses avec un quatuor de voix, j'imaginais même un quatuor de saxophones et des machines à café pour la toune avec le déjeuner. Ça a été remisé parce qu'il était plus facile de faire un corps de chanson cohérent avec les tounes du volume 1. Il n'y avait plus d'argent, plus de travail, plus de réflexion, alors j'ai mis ça dans une boîte et j'ai fait un projet pour lequel j'ai demandé du financement plusieurs fois et j'ai fini par l'avoir. Ça a été écrit en même temps, mais pas enregistré en même temps. Je les ai arrangées 50 fois et la version finale, c'est celle qu'on a faite et qui est parue l'année passée. Il y a donc quatre ans entre les deux partitions. Il y a 13 personnes sur l'album.
Hugo Lachance : Pour l'année 2022, est-ce que c'est le même staff ?
Hugo Blouin : Sauf si je me trompe, il y a Sarah Albu (voix soprano), David Thénard, Elisabeth Lima (alto) sur « Bien dans ma peau », et René Lussier sur la belle grosse chaîne là-dessus. On était sollicités par le discours « bien dans ma peau ». C'est essentiellement le même staff, avec ces invités qui viennent de la scène « free » de la musique actuelle, de la scène d'impro DIY où on veut détourner les choses. Ce sont des chanteurs qui cultivent un vocabulaire d'improvisation bruitiste ; tu peux leur écrire sur une partition de se prendre pour une machine à café et ils savent quoi faire, c'est incroyable de travailler cette toune-là avec eux. René Lussier sur la grosse chaîne vient nous faire éclater la baraque, faire un beau trash extraordinaire. En plus de ça, il y a un chœur à quatre voix avec Guy Pelletier et André. Le groupe est le même, avec Samuel Gaudreault à la guitare, Alex Dodier et parfois Julie Houle qui fait plus d'apparitions que sur le premier. On est donc à 13 musiciens en relais.
Hugo Lachance : On arrive à la dernière partie, la conclusion, avec quelques questions de type semi-rafale. Ton top 3 du moment sur l'album, ce serait quoi ?
Hugo Blouin : Aujourd'hui, pour me remettre dedans, « Mini bateau » (« everything ») fait plaisir à réécouter. « L'appel » est un incontournable. Pour moi, « L'appel » et « La retraite », c'est le même appel de méchants défis de musique à écrire et à jouer. Dans « L'appel », il y a le début qu'on double au piano, puis ça vire dans un bordel en cinq qui module. C'était bien le fun. Pour « La retraite », le trip un peu plus prog est l'fun à brasser, mais « Responsabilité », quel bonheur à partir du solo de flûte jusqu'à la fin !
Hugo Lachance : Moi j'écris « L'appel » en premier parce que pour moi c'est la révélation là-dessus, c'est hallucinant. Je mets « Les valeurs d'entraide » en deuxième parce que ça résume surtout le côté humour, et en troisième, j'avais marqué « Le Winnie-Bagot », mais je le mettrais plutôt dans la catégorie mention d'honneur. Je dirais donc « La loterie » en troisième, parce que c'est une toune que j'ai moins écoutée mais que j'ai comprise comme il faut récemment. Quelle chanson représente le mieux cet album selon toi ?
Hugo Blouin : « L'appel » est la porte d'entrée, c'est sûr, parce que c'est tout moi.
Hugo Lachance : Et pour une chanson en concert ?
Hugo Blouin : C'est une bonne question. Il y a les deux extrêmes : « Mini bateau » est toujours le party à jouer parce qu'on a cet arc dramatique là et on a du fun, et « Responsabilité » est l'fun aussi parce que c'est de l'espace où on lâche tout et on n'est pas pressés. Il peut se passer quelque chose qu'on n'aurait pas vu venir.
Hugo Lachance : Ça ressemble à quoi un concert du groupe ?
Hugo Blouin : C'est par projet, donc j'ai pas encore de concerts pour Le Sport National (l'album sur le hockey), mais le format que ça prend, c'est qu'on va écouter les archives avant presque chaque toune. On va écouter la source, on va écouter nos Zampino nous parler du système de collusion. Quand tu entends la toune après, tu fais le lien direct et ça permet de me suivre dans ce que je fais et de comprendre pourquoi on est rendus là. Après ça, on joue, et c'est souvent l'énergie avec des surprises ; les gens paient pour nous voir nous noyer et revenir. Ça fait partie de ça.
Hugo Lachance : Où peut-on se procurer l'album ? On en a parlé, mais quels sont tes projets qui s'en viennent ?
Hugo Blouin : Le gros de l'énergie est sur la circulation de Sport National qui va se faire dans les prochaines années. Il y a déjà une résidence de création prévue et un jour prévu à la Maison de la culture Rosemont.
Hugo Lachance : Génial ! Et pour finir, le moment du défi, où je demande à mon invité de mettre au défi un artiste de son choix à venir participer au balado.
Hugo Blouin : Invitons René Lussier !
Hugo Lachance : C'est parti, on va le contacter ! Merci beaucoup Hugo d'avoir participé à cette édition de l'Album Podcast.
Hugo Blouin : Grand plaisir pour moi. J'espère que les auditeurs vont en profiter. Merci tout le monde, on se retrouve pour un prochain épisode.