Les Breastfeeders (2e partie) : Les matins de grands soirs
Les Breastfeeders (2e partie) : Les matins de grands soirs
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Dans cette seconde partie de l'épisode de L'Album Podcast consacrée aux Breastfeeders, Luc Brien et Martin Dubreuil (Johnny Maldoror) décortiquent leur deuxième opus, Les matins de grands soirs. Publié en 2006, cet album marque un tournant majeur pour la formation montréalaise, passant du son brut et lo-fi du premier disque à une production plus léchée et ambitieuse. Entre anecdotes de studio avec Fred Fortin à la batterie et analyses de textes poétiques, les invités reviennent sur une époque charnière où la scène rock montréalaise explosait tant localement qu'à l'international. Cet entretien offre une plongée unique dans les mécanismes de création d'un groupe qui a su marier l'esthétique yéyé des années 60 à l'urgence du garage punk.
Épisode enregistré le 19 avril 2023 à Montréal.
00:04:30 L'apparition de Fred Fortin et ses anecdotes
00:09:09 Le mot de Ryan Battistuzzi
00:10:48 Balloune & Raoul
00:34:54 L'anecdote de "La vie c'est mortel baby!"
00:47:34 L'anecdote de la grand-mère de Suzie
01:21:10 L'anecdote de Noireau Sans-Loi
01:23:03 Le départ de Sunny Duval
01:38:21 L'anecdote du gars de Radio-X
01:47:13 L'anecdote de la distribution d'albums
Le titre de l'album, Les matins de grands soirs, trouve sa source dans un poème de quatre pages écrit par Luc Brien dans les années 90. Contrairement à l'interprétation médiatique fréquente qui y voit une référence aux lendemains de fête, le titre évoque plutôt le « Grand Soir » de la mythologie révolutionnaire française. Luc Brien précise qu'il préfère garder un certain flou artistique, suggérant que ces matins pourraient tout aussi bien précéder les grands soirs de bouleversements sociaux que les suivre. Cette ambiguïté sémantique reflète parfaitement l'esprit du groupe, oscillant entre nostalgie et désir de révolte.
Pour cet enregistrement, le groupe a fait appel à Ryan Battistuzzi, alors âgé de seulement 24 ans, et a intégré Freddy Fortin (Fred Fortin) à la batterie. Le processus, qui s'est déroulé principalement dans le salon de Ryan, a permis de capturer une énergie plus assurée que sur leur premier disque. Fred Fortin, bien que souvent perçu comme un pilier du rock lourd, a apporté une signature rythmique unique, notamment sur la pièce Tout va pour le mieux dans le pire des mondes, où il a imposé un rythme inspiré par sa position de gaucher jouant sur une batterie de droitier, un défi technique qui rend la chanson presque impossible à reproduire fidèlement pour d'autres batteurs.
L'écriture des textes au sein des Breastfeeders est un processus de collaboration étroite. Martin Dubreuil apporte une dimension théâtrale et une poésie plus brute, tandis que Luc Brien peaufine les rimes et les structures pour s'assurer que les textes « se tiennent » comme de véritables œuvres littéraires. Leur approche privilégie l'image évocatrice plutôt que l'affirmation directe, permettant à l'auditeur de projeter sa propre charge émotive sur les mots. Cette quête de précision lexicale les amène parfois à utiliser des archaïsmes ou des termes rares, affirmant ainsi une identité francophone riche qui refuse de se limiter à un registre restreint.
Chaque chanson de l'album possède sa propre identité narrative. Viens avec moi, conçue pour ouvrir les concerts, joue sur la tension entre désir physique et pulsion de mort. Funiculaire, l'un des extraits les plus populaires, intègre des références à l'Eucharistie et à la décadence, reflétant l'influence de la poésie du 19e siècle sur le groupe. Enfin, la pièce finale, Septembre sous la pluie, se distingue par son atmosphère mélancolique et son chaos sonore terminal, une suggestion de Fred Fortin inspirée par le titre Tomorrow Never Knows des Beatles, clôturant l'album sur une note à la fois grandiose et désordonnée.
Lors de sa sortie en 2006, l'album a reçu un accueil critique exceptionnel, figurant parmi les meilleures ventes au Québec et attirant l'attention de médias internationaux prestigieux comme le NME et Spin Magazine. Cette reconnaissance internationale, couplée à une présence scénique explosive, a consolidé la crédibilité des Breastfeeders comme chefs de file du rock indépendant québécois. L'épisode souligne également l'importance de collaborateurs clés comme Sunny Duval et Suzie McLeLove, dont les signatures sonores respectives — guitares incisives et voix aériennes — complètent l'univers d'un groupe qui continue d'influencer la scène musicale actuelle.