Les Chiens : La nuit dérobée
Les Chiens : La nuit dérobée
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Les Chiens : https://www.letartistsbe.com
Les Chiens sur Bandcamp : https://ericgoulet.bandcamp.com/album/les-chiens
Si l'on cherche à identifier le point de bascule où le rock alternatif québécois a troqué ses gros sabots pour une poésie urbaine plus cinématographique et sophistiquée, les regards se tournent inévitablement vers 2001. C'est l'année où le groupe Les Chiens a lancé La nuit dérobée, un disque nocturne et magnétique qui a redéfini les contours de la musique alternative d'ici, traçant un pont direct pour toute une génération d'indie-rockers, de Dumas à Vincent Vallières.
Pour ce nouvel épisode de L’Album Podcast, le leader et figure de proue du projet, Éric Goulet, a ouvert les portes de son intimité à l'animateur Hugo Lachance. Ensemble, ils se sont attardés sur la genèse de cette œuvre majeure et sur son lien indissociable avec la faune et le bitume de Montréal.
[00:06:34] // L'époque Possession Simple et leur influence marquante sur le jeune Éric Lapointe
[00:09:40] // La philosophie d'Éric Goulet derrière l'art de la réalisation d'albums
[00:31:17] // L'anecdote savoureuse d'un passage en revue par le critique Claude Rajotte
[00:54:51] // Gros plan sur les textures et l'ambiance de la pièce Motel Horizon
[00:55:33] // L'histoire d'une rencontre marquante et inattendue avec Plume Latraverse
[01:14:31] // LE SEGMENT : La petite histoire cachée derrière la création du Dépanneur fantôme
Originaire de Sept-Îles, Éric Goulet s'est d'abord fait remarquer en remportant le concours Rock Envol en 1988 avec la formation Possession Simple, avant de fonder Les Chiens en 1997 aux côtés de ses complices Nicolas Jouannaut et Olivier Renaldin. Avec La nuit dérobée, le trio accouche d'un véritable film pour les oreilles, une dérive nocturne et hypnotique dans une métropole à la fois sombre et magnifique.
Dès sa parution, le disque frappe un grand coup dans l'industrie culturelle :
Gala de l'ADISQ 2001 : Couronné par le prestigieux Félix du Meilleur album alternatif.
Prix MIMI 2001 : Éric Goulet y est sacré réalisateur de l'année pour son travail d'avant-garde.
L'album s'articule autour de pièces devenues de grands classiques de la nuit montréalaise, à commencer par La Vénus du Mile-End, qui capture l'essence bohème du quartier bien avant sa gentrification massive. La chanson-titre, La nuit dérobée, se déploie comme un hymne d'amour à la ville (« Les gens sont beaux l'après-midi. Mais Montréal est plus belle la nuit. Si tu es là, je reste aussi. »), tandis que La ville en feu injecte une intensité brute et dramatique au cœur de la tracklist.
L'approche de Goulet en studio, peaufinée en étroite complicité avec l'ingénieur Pierre Girard, combine des guitares atmosphériques oscillant entre rock garage et textures planantes, des dissonances subtiles qui flirtent avec la marge (notamment sur le titre Lundi) et une poésie du bitume d'une justesse désarmante pour imager la solitude urbaine.
Le classique La nuit dérobée a trouvé une seconde vie en étant sélectionné pour la trame sonore de l'adaptation cinématographique du roman à succès Le Plongeur, réalisé par Francis Leclerc. La pièce occupe une place pivot dans le film et s'est avérée un argument de force au cœur de la bande-annonce. Pour souligner ce maillage parfait, le groupe s'est même réuni pour offrir une performance exclusive lors de la grande première du long métrage.
Ce morceau instrumental est un clin d’œil combiné aux groupes de surf-rock d'ici comme Les Jaguars et aux trames sonores de westerns spaghetti d'Ennio Morricone. Textuellement, la pièce s'inspire d'un véritable dépanneur de la rue Duluth à Montréal. L'établissement est resté figé dans le temps, fermé et barricadé pendant des décennies avec ses emballages et ses produits des années 70 encore alignés sur les tablettes poussiéreuses, avant d'être rasé pour faire place à des condominiums.
L'album s'est enregistré en mode guérilla totale dans l'appartement d'Éric, qui donnait sur la rue du Parc-La Fontaine. Pour injecter de l'authenticité urbaine sans budget, il n'a pas hésité à suspendre des microphones par la fenêtre pour capter le grondement réel de la circulation montréalaise. De plus, pour éviter de se mettre à dos ses voisins tout en conservant une rythmique percutante, le groupe a troqué la batterie traditionnelle contre une valise en carton frappée aux balais pour obtenir un son léger et texturé.
À l'aube des années 2000, le créateur a ressenti le besoin viscéral de rompre avec ses réflexes de composition traditionnels. Il s'est retiré pour étudier les rouages de l'écriture dramatique et théâtrale, s'est imprégné par osmose des structures narratives de Serge Gainsbourg et s'est ouvert à de nouvelles influences littéraires. Cette démarche lui a permis de délaisser le rock classique québécois pour insuffler une tension théâtrale et une mélancolie inédite à ses textes.
Les deux artistes ont fait leurs premières armes sous la gouverne du même gérant de l'époque, François Blanchet. À la fin des années 80, Éric Lapointe — encore inconnu du grand public — assurait les premières parties de Possession Simple, la formation rock d'Éric Goulet. Quelques années plus tard, la roue a tourné : Lapointe est devenu la rockstar que l'on connaît, et ce sont Les Chiens qui se sont installés en ouverture de ses tournées d'arénas.
Sources journalistiques d'époque :
Chronique de Nicolas Titley, VOIR, 18 octobre 2000.
Rétrospective de Marie-Christine Blais, La Presse, 2010.
Notes de production de l'épisode exclusif de L'Album Podcast.