Transcription de l'épisode avec Margaret tracteur : L’heure du thé avec Margaret tracteur

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Avertissement : Cette transcription est le fruit d'une collaboration avec une intelligence artificielle qui fait de son mieux, mais qui ne saisit pas toujours toutes les "subtilités" de nos discussions.  Le fichier audio/vidéo original demeure la seule référence officielle. Si un passage vous semble bizarre, faites confiance à vos oreilles et allez écouter l'épisode !


Hugo Lachance : Bonjour tout le monde ! Nous sommes le 4 mars 2023. Bienvenue à ce nouvel épisode de L'Album Podcast. Bonjour et bienvenue ! Je suis en compagnie de Gabrielle Noël-Bégin, alias Margaret tracteur, qui va nous accompagner tout le long du podcast. Mais avant de te présenter convenablement — peut-être que « convenablement » on devrait faire mieux — je tiens à te remercier d'ailleurs. Parce qu'on a fait chacun la moitié du chemin, c'est super gentil de ta part pour un podcast qui n'est pas encore sorti. Ça me fait vraiment plaisir que tu sois là.

Hugo Lachance : Puis on est à Trois-Rivières, on est chez Très Swing, qui est une école de danse qui a de super beaux locaux. On l'a vu tantôt, un super beau local qui nous a accueillis d'ailleurs. C'est eux qui commanditent le podcast, enfin, ils nous prêtent l'espace. Évidemment, là on est dans un petit local, mais il y a une grande salle de danse en arrière avec des grands miroirs et des beaux planchers. Donc vous pouvez aller sur tres-swing.com; il y a différentes sessions qui démarrent, il y en a qui vont démarrer au printemps et à l'été aussi, ou sur Facebook également. Merci au monde de chez Très Swing, c'est super gentil de nous recevoir, c'est très chouette. Gabriel, je commence en te posant quelques questions, surtout la même question que je pose un peu à tout le monde : quels sont nos liens ? D'où est-ce qu'on se connaît ? Est-ce que tu t'en rappelles ?

Gabrielle Noël-Bégin : Ouais, moi je m'en souviens très bien. En fait, on s'est vus quand je faisais un show avec mon band de l'époque, Bronco, un band dans lequel je chantais. Toi, tu faisais la première partie de WD40 au Studio d'essai, à la salle Multi-Média. C'était en 2015, je me rappelle, c'était un bon show.

Hugo Lachance : Pour continuer la présentation, dans la première pièce de ton dernier album, L’heure du thé avec Margaret tracteur — c’est l’album qu’on va présenter comme il faut bientôt — la première chanson s’appelle « Banlieue beige ». Tu chantes : « Banlieue beige, je t’aime puis je te hais, mais je ne t’ai pas choisie, c’est là que j’ai grandi ». Gabriel, où as-tu grandi ?

Gabrielle Noël-Bégin : J'ai grandi à Loretteville, qui est une banlieue de Québec. Évidemment, j'ai passé un temps quand j'étais plus jeune vraiment à Loretteville, puis ensuite à Monchâtel, qui est vraiment juste à côté et qui fait partie de Neuchâtel. C’est là que j’ai grandi. La toune s’appelle « Banlieue beige »; ce n’était peut-être pas exactement la banlieue beige, mais oui, c’était la banlieue à ce moment-là.

Hugo Lachance : Moi justement, j'ai grandi à Repentigny. Ma cousine habite là où tu étais, j'ai de la famille là-bas. Cette chanson, c'est pas mal ce que je vis. Une question pour toi : quels sont tes premiers contacts avec la musique ? Qu'est-ce qui se jouait chez vous ? Quels instruments as-tu appris à jouer ?

Gabrielle Noël-Bégin : Chez nous, mes parents écoutaient... c’est curieux parce que ce ne sont pas les styles de musique dans lesquels je suis allée, mais mes parents écoutaient la chanson française, la chanson québécoise, un peu de jazz. Ils écoutaient beaucoup Radio-Canada. On avait du Starmania aussi, c'était plus pop, pas de rock. C’est ça qui est drôle.

Hugo Lachance : Mes parents non plus n'écoutaient pas de rock, mais il y avait beaucoup de musique québécoise puis un peu américaine aussi.

Gabrielle Noël-Bégin : Mes premiers contacts avec les instruments... j’ai commencé le piano quand j’avais 4 ans. La voisine donnait des cours de piano puis moi, j’avais vu mon grand-père. Mon grand-père jouait de l’accordéon puis de l’harmonica. À un moment donné, il s’est mis à jouer des claviers. J’ai voulu taper là-dessus puis, pour ma fête, il m’avait donné son vieux clavier Yamaha PSR 400 ou 450. Je l’ai encore chez nous. Dans la famille, il y avait de la musique un peu, mais il n’y avait pas de monde qui jouait dans des bands, à part ma tante Sylvie et son mari je pense. Mon père joue de la guitare classique. Je ne dirais pas que c’est une famille musicale, mais il y a un intérêt quand même. Après, c’est plus au secondaire que j’ai commencé à être dans des bands : stage band, harmonie, jazz vocal... j’étais dans toutes les patentes.

Hugo Lachance : Surtout à cette époque-là. Et ta première guitare ?

Gabrielle Noël-Bégin : Une magnifique Samick ! À l'avant, elle avait un Floyd Rose et elle avait les incrustations en dents de requin. Le fini ressemblait à un genre de comptoir des années 80. Je paierais très cher pour retrouver cette guitare-là ! C'était un genre de fini « splatter ».

Hugo Lachance : Tu jouais avec ça avec ton père ?

Gabrielle Noël-Bégin : Ouais, c'est ça. Mais j'ai eu des bands, des genres de bands de sous-sol quand j'étais ado. Plus tard, j'ai joué avec Covergirls. C'était un band de Top 40, mais féminin; ça porte bien son nom. Les deux chanteuses avaient étudié en chant, elles faisaient toutes des harmonies de voix. C'étaient vraiment de bonnes coachs de voix, ça m'a beaucoup aidée. C'est pas mal après ça que je me suis mise à chanter librement.

Hugo Lachance : Donc tu as fait partie de plusieurs projets musicaux, dont Bel Metal, un band de métal avec lequel vous avez enregistré un album, deux EP et un démo ?

Gabrielle Noël-Bégin : Exactement. C'est particulier parce qu'on est bien acceptés par la scène hardcore, et en même temps on est capables de se greffer à des lineups métal. Je pense que ça passe bien aussi. C'est vraiment éclectique comme band. Dans la même toune, on peut avoir un bout pseudo emo, puis après ça devient un peu black métal, ça finit avec un blast beat, un petit clin d’œil au grind, puis un bout hard rock. On a fait un remaniement de lineup récemment. On avait toujours été deux guitares, mais là on a une basse distorsionnée et une seule guitare. Ce n'est pas nécessairement un band à solos, il n'y a pas de sweep picking ou de tapping, mais je me permets quelques petits solos. Récemment, je me suis achetée une Charvel, il y aura peut-être éventuellement des dive bombs parce que j'ai comme un nouveau petit « buzz » pour ça.

Hugo Lachance : Et l'album, ça fonctionne encore ?

Gabrielle Noël-Bégin : Je dirais que c’est un peu sur pause. Par contre, il y a un EP qui est déjà tout enregistré, on verra ce qu’on va faire avec ça.

Hugo Lachance : Et maintenant, c'est Margaret tracteur, avec deux albums et un EP ?

Gabrielle Noël-Bégin : Un mini-album, un EP et un album.

Hugo Lachance : On peut ajouter autre chose à tes projets ?

Gabrielle Noël-Bégin : Je me joins à La Médecine, qui est un band de Québec, un band à géométrie variable. On est six dans la formation complète. Des fois je me joins à eux pour des gigs.

Hugo Lachance : Ce que j'aime bien faire pour le podcast, c'est fouiller sur Internet et dans les dossiers de presse pour aller chercher des citations. Ce qui m'intéresse, c'est le travail des artistes, comment le parcours de quelqu'un influence sa création. À ton sujet, dans Le Soleil et 360, on te dépeint par de jolies comparaisons. La première : « Rares sont les musiciens qui vont citer les Dead Kennedys et Manon Bédard dans la même minute ». La seconde : « Imaginez un Bob Dylan qui aurait grandi dans une ferme des Laurentides électriques ». Est-ce que c'est un portrait juste ?

Gabrielle Noël-Bégin : Si j'avais grandi à Montréal, ce serait un portrait exact parce que je viens quand même de la scène punk, c'est de là que je viens. Et d'un autre côté, Bob Dylan avec des paroles engagées... ben oui, c'est vrai, il y a beaucoup de questionnements. Il y a déjà des artistes qui n'ont pas de paroles engagées, mais moi, je me sens obligée de prendre des positions. C'est un peu ce qu'on attend des artistes engagés, j'ai juste pas le choix d'avoir une opinion sur des sujets d'actualité. On va le voir parce que ça se reflète dans l'album qu'on va parcourir tout à l'heure.

Hugo Lachance : Une chose qui t'a formée et qui a transformé ta façon de faire de la musique, c'est que tu es une grande voyageuse. Tu as parcouru l'Amérique du Nord et le Mexique. Dans un article de Geneviève Bouchard dans Le Soleil de mars 2021, tu racontes qu'après être revenue de voyage, tu as réalisé que rien n'était impossible. En quoi tes expériences de voyage ont-elles teinté ta façon de faire de la musique ?

Gabrielle Noël-Bégin : Quand je suis revenue de ce voyage de six mois — que j'ai décidé de faire à 32 ans au lieu de le faire après le cégep — c'était un voyage backpack. Je l'ai fait avec zéro moyen, sur le pouce. Je dormais pas dans des chambres d'hôtel, sauf s'il faisait vraiment pas beau. Toute l'argent que je faisais en jouant de la musique dans la rue allait pour mes frais du quotidien. Quand je suis revenue à Québec, mon approche de la carrière musicale était différente. Je me suis dit : « Qu'est-ce que j'ai à perdre ? ». J'ai commencé avec une guitare puis un banjo parce que c'est moins fragile et ça se brise moins.

Hugo Lachance : J'avoue qu'après quelques jours dans l'humidité de la Louisiane, un banjo c'est plus résistant.

Gabrielle Noël-Bégin : Je te le confirme ! Ce voyage a changé ma vision de la vie parce que tu laisses des choses de côté. J'ai pas composé directement sur la route, mais cette expérience a teinté ce que j'ai écrit par après. C'est plus indirect : je suis allée visiter des places où j'ai entendu de la musique que je n'avais jamais entendue, rencontré des gens qui m'ont aiguillée sur des styles que je connaissais pas. Ça a ouvert des chantiers de recherche au complet.

Hugo Lachance : Sur ton dernier album, on le voit. On entend la Louisiane, on entend la chanson française... tes voyages ont mené à ça. Pour le nom « Margaret tracteur », on dit dans Le Quotidien de juillet 2022 que tu l'as choisi car le jeu de mots te plaisait au départ.

Gabrielle Noël-Bégin : C’est ça. Quand j’accompagnais mon ami Nick Thunder sur scène, je disais que j’étais Margaret tracteur et lui Nick Tondeuse. Mais j’aime que ce nom fasse référence au punk des années 80, comme les Dead Kennedys ou Reagan Youth, pour se moquer des politiciens de droite. L'article mentionne aussi que j'envisageais de me moquer de Margaret Thatcher dans une chanson; elle se retrouve maintenant sur l'album.

Hugo Lachance : Est-ce que Margaret est maintenant ton principal projet ?

Gabrielle Noël-Bégin : Oui, c'est pas mal ma job à temps plein. Je fais d'autres choses mais pas beaucoup. Je suis assistante de production pour District 7 à Québec, et chaque année, je suis régisseuse du stage principal pour le festival Envol et Macadam. Je me fais un honneur de ne pas avoir de gigs pendant ce temps-là.

Hugo Lachance : Je sais que tu t'es retirée seule dans un chalet à Ferland-Boilleau, au Saguenay. Quel est le contexte d'écriture ?

Gabrielle Noël-Bégin : C’était vraiment différent. J’ai senti que ça allait être plus difficile d’écrire durant la pandémie en étant isolée tout le temps dans la même pièce. J’avais besoin de sortir. J’ai cherché une résidence de création et j’ai trouvé cet endroit super isolé dans le bois, chez Joël Gagnon qui a le Jardin des défricheurs. J’ai passé presque un mois là-bas en deux séjours.

Hugo Lachance : On approche de l'album. Est-ce qu'il y a un concept, un thème ou un fil conducteur ?

Gabrielle Noël-Bégin : Non, le concept c’est qu’il n’y a pas de concept ! J’avais écrit beaucoup plus de chansons, mais j'en ai choisi 11. Passer 12 tounes de nos jours, c'est long parce que l'attention des gens est réduite. Je vois ça comme des petites œuvres séparées issues d'exercices différents.

Hugo Lachance : Tu as raison, à l'ère du single, faire un album au complet c'est long. Mais comment on finance un projet comme ça ?

Gabrielle Noël-Bégin : Pour mon EP précédent, j'avais eu une subvention de Première Ovation de la ville de Québec pour les 35 ans et moins. Ça m'a donné un coup de pouce. Une fois le projet monté, j'ai injecté un peu plus d'argent pour faire des vinyles. C'est la pandémie qui m'a fait mettre de l'argent de côté, j'ai empilé mes PCU ! J'ai fait distribuer le disque et j'ai fait faire le tracking radio par Vincent chez Pantoum Records. On a aussi utilisé le socio-financement parce que c'est important pour nous de pouvoir payer le monde qui travaille avec nous.

Hugo Lachance : C'est important de payer son monde, effectivement. On va passer au segment présentation de l'album : L'heure du thé avec Margaret tracteur, sorti le 17 février 2023. Réalisé par toi-même et coréalisé avec Ryan Battisti au Studio Le Studio.

Gabrielle Noël-Bégin : Ryan Battisti, oui.

Hugo Lachance : Les musiciens : toi Gabriel (textes, banjo, guitare, mandoline, ukulele), Sandra Boulanger (violon, harmonies), Noam Guerrier Freud (batterie, percussion), Andrew Duck (frottoir, planche à laver, cuillère). C'est quoi le « frottoir » ?

Gabrielle Noël-Bégin : C'est comme un triangle mais plus épais, ça sonne plus grave. C'est souvent fait sur mesure en Louisiane.

Hugo Lachance : Il y a aussi Geneviève Duval au trombone. L'enregistrement s'est fait en deux sessions, une partie à Montréal pour les overdubs en octobre. Il y a eu un changement de lineup entre-temps, mais Sheila Tremblay et Dany Rose ont eu un gros apport en amont.

Gabrielle Noël-Bégin : Valérie et Sheila ont étayé les formes des tounes en préproduction.

Hugo Lachance : Il n'y a pas juste la musique, il y a le visuel aussi. C'est une superbe pochette.

Hugo Lachance : Chapitre 8 : La pochette. Regarde, attention, c'est fou la magie du cinéma : la pochette est apparue ! C'est un peu plat pour ceux qui nous suivent à l'audio, mais pour ceux qui sont à l'audio, je vous conseille vraiment d'aller googler ça parce que la pochette est vraiment belle. C'est une illustration de Julien Dallaire Charest, qui est un bédéiste de Québec ma foi. Ensuite, Claudie Mayotte Trottier était au graphisme et la photographie est de Marion Desjardins (la photo dans le cadre sur la pochette, là). Avez-vous élaboré le concept de la pochette ? Parce qu'il y a un concept, oui.

Gabrielle Noël-Bégin : En fait, j'avais vu ça, j'avais le goût de mettre des petites illustrations, une grande illustration qui réunit plein de clins d'œil aux chansons de l'album. Sur la pochette, on voit qu'il y a du stock : une jolie table avec de la dentelle et tout ça où est-ce qu'on y sert le thé. Il y a plusieurs objets, puis en arrière il y a un mur avec plusieurs cadres d'accrochés, dont un cadre qui est plus grand que les autres où est-ce qu'on peut lire le nom de l'artiste et puis le titre de l'album. C'est la fenêtre, et puis on voit la « Banlieue beige », on voit le « Saint-Jacques du linge », on voit les hiboux, on voit pas mal d'affaires. On voit un genre de Lebourgneuf en perdition. On se voit toi aussi, bien entendu.

Hugo Lachance : Donc un chapeau à Julien Charest qui a illustré aussi, dans le fond, les singles. Pour la présentation de l'album, avant de tomber à la section où est-ce qu'on explore l'album, j'aimerais un petit segment « Ils ont dit ». Je te cite dans l'article de Myriam Bercy du Canal Auditif le 18 janvier 2023 : « Quelle est son inspiration pour les paroles ? Ses nombreuses lectures au sujet de l'écologie profonde, l'anarcho-primitivisme et la crise ». De nombreuses lectures, peut-être pas, sinon elle nous rassure quant à la lourdeur des thèmes : « J'ai cherché à vulgariser à l'extrême pour les ramener au même niveau que ma paresse intellectuelle ».

Gabrielle Noël-Bégin : Premièrement, ils disent que j'ai lu ça, ça dit que j'ai lu plusieurs livres sur l'écologie profonde. En fait, je pense que je ne l'ai même pas fini ! Je trouvais que c'était dense comme sujet, mais bon, je me suis intéressée à ça. Mais bon, ça illustre bien toute la grandeur de ma paresse intellectuelle. Je dis ça parce que tout à l'heure on parlait justement de l'engagement. Même dans Bronco, je faisais souvent des métaphores qui étaient plus floues, mais j'essayais de parler souvent de comment je trouve que l'être humain court à sa perte. Je reste comme ça moi.

Hugo Lachance : C'est parce que tu es une artiste qui porte attention au texte, c'est important pour toi. On va mieux comprendre quand on va regarder chanson par chanson, mais ce ne sont pas des textes qui sont lourds, loin de là. Ce sont juste des petites prouesses avec certains mots dans des chansons quand même niaiseuses avec des sujets pas si niais. Toujours dans le même article, comment qualifier ce qu'on entend ? Margaret tracteur nous souffle la réponse par voie de communiqué : « Moi j'appelle ça du Norton Spaghetti. Si Sergio Leone avait tourné ses films au Québec au cœur de l'hiver, ses plans longs se seraient écourtés après 15 minutes dehors, c'est moi qui vous le dis ». C'était, je pense, dans le communiqué pour « Un singe avec du linge », parce que c'est vrai que tes chansons sont assez imagées. 

Chapitre 9 : Message de Rox Arcand. Il y a quelqu'un qui a un petit mot pour toi.

Gabrielle Noël-Bégin : Salut Gab ! Je te parle avec ma voix de fille qui a fait un show, on sait c'est quoi ce genre de voix-là, mais je voulais juste te faire un petit coucou pour la sortie de ton nouvel album. En effet, c'est pas malade ! Bientôt on aura raté notre date de Saint-Valentin cette année, on va se reprendre bientôt. Merci aussi pour le petit clin d'œil avec la cassette d'Enfants Sauvages cachée de manière de parler dans ton cover. Je trouve ça vraiment cool, puis j'ai hâte de voir ce show-là complet de ton nouvel album. On se fait un thé bientôt, tisane, Perrier, tout pour avoir une voix magnifique comme la tienne. Je te souhaitais bien des ventes !.

Hugo Lachance : Ça fait un lien avec la pochette aussi avec ce qu'on trouve dans les illustrations. 

Chapitre 10 : SEGMENT : Une chanson après l’autre ! On écoute un petit bout puis on commente. Chapitre 11 : Banlieue beige. C'est des kilomètres de trottoir que je voulais arpenter tous les soirs, mais dans ma rentrée je vis de voir dans mon futur plein de maisons en construction, je t'ai croisée en régression. Je te disais tantôt que l'histoire de banlieue, c'est un peu l'histoire de ma vie, moi qui viens de la banlieue maintenant après 20 ans en ville, puis qui se promène sur l'autoroute à tous les jours.

Gabrielle Noël-Bégin : On a ce concept en Amérique du Nord, aux États-Unis et au Canada, des maisons toutes paquetées sur des terrains de même grandeur. Quand tu t'en vas au Mexique, les banlieues de Mexico, c'est plus des endroits pauvres où est-ce que les jeunes vont rester. Ce n'est juste pas la même façon de concevoir l'urbanisme. La banlieue, c'est ordinaire, c'est tranquille. Moi j'ai grandi en banlieue aussi. Je l'ai écrite parce que je suis une trentenaire loser : durant la pandémie, je suis retournée chez mes parents. Je trouve ça aberrant d'être au volant de mon véhicule arrêté pare-chocs par pare-chocs pour aller travailler à Ville Saint-Laurent à l'autre bout. Ça devient un endroit où est-ce que je réfléchis, où est-ce que je peux élaborer des concepts. Collectivement, il faut faire attention à comment on pense la ville. Faire deux heures de char par jour pour aller à ta job, ce n'est pas écologique. Si une bonne partie de ces gens-là se déplaçaient en autobus... notre système de transport est-il efficace ? On a des choses à réfléchir là.

Hugo Lachance : Si on lit entre les lignes, c'est un peu une toune sur le 3e lien ! Je trouve que c'est une chanson qui démarre bien l'album parce que c'est une forme de projection pour le reste. Chapitre 12 : Yodel à plumes. Il y a quand même beaucoup de choses à dire, on va l'écouter un petit peu avant.

Gabrielle Noël-Bégin : J'ai entendu entre les branches qu'un concert ce soir, pas besoin d'être sur ton trente-et-un, ça se passe dans le noir. Ta femme a besoin de billets pour y assister, t'as juste à ouvrir tes oreilles. Plus loin dans la chanson, je me mets un peu dans le yodel à imiter des oiseaux.

Hugo Lachance : Ce que j'aime bien, c'est qu'on entend ta voix, parce que c'est quand même une voix qui est assez hallucinante. Le yodel est une technique en soi : tu changes sur la note, tu maîtrises très très bien ta voix. J'ai déjà entendu Manon Bédard donner une leçon de yodel : pour s'initier, il faut utiliser la phrase « il y a du lait, il y a de l'eau » en allant tranquillement.

Gabrielle Noël-Bégin : En anglais, ils disent « Lilo lady Lilo ». J'ai juste pris des patterns de yodel de chanteuses qui m'impressionnaient puis j'ai pratiqué ces petits bouts-là au métronome, lentement. Mais j'ai encore des croûtes à manger, il y a vraiment un type de phrases que j'ai pas encore pogné. Il faut savoir se tenir et être sortable, pas trop turbulent pour entendre le givre, le moqueur. Au début de la toune, on ne sait pas où est-ce qu'on s'en va, puis je dis juste qu'on va se promener dans la forêt tard le soir l'hiver. Ce sont pas mal tous des oiseaux nocturnes hivernaux du Québec. Il faut faire le silence.

Gabrielle Noël-Bégin : Pas besoin d'amplis ou de micro pour les entendre chanter, juste à être bien attentif et surtout ne pas parler. Jacques Boivin avait sorti un article sur le fait que c'est important de fermer sa gueule dans un show quand il y a des moments plus silencieux, que c'est important d'écouter.

Hugo Lachance : Chapitre 13 : Un singe avec du linge. C'est ton premier single, là.

Gabrielle Noël-Bégin : Musique italienne, musique de chambre. Peu importe les créations, cette espèce si spéciale est la hausse du règne animal, responsable de la destruction de nombreux écosystèmes, responsable de l'extinction des grands mammifères du début de l'Holocène. Après je dis : « Comme je ne suis ni anthropologue ou biologiste, en fait je ne sais rien et j'ai même pas la prétention d'être activiste, mais il y a une chose que je sais bien, c'est que c'est un singe avec du linge qui se creuse les méninges, mais je reste toujours bien ». Je lisais un livre sur l'écologie profonde puis j'étais là : « Mon Dieu que c'est dense », mais en même temps c'est intéressant. Il y aurait-il un moyen de vulgariser tout ça ? Je me suis mise à jongler avec cette idée d'un singe avec du linge. Je trouve qu'il y a de l'humour dans mon travail, de l'autodérision.

Hugo Lachance : C'est une première dans l'histoire de la musique au Québec, non ? En fait, je cherche davantage : il me semble que Cattle Decapitation a un album qui s'appelle Anthropocene. Il y a beaucoup d'arrangements là-dessus, la partie de violon est super belle, ça donne le ton. Chapitre 14 : C'était un accident.

Gabrielle Noël-Bégin : Ça sonne très chanson québécoise vieillotte. J'ai voulu m'inspirer des « Murder Ballads » parce que j'ai une fascination morbide pour ça. Dans la tradition folk américaine, il y a beaucoup de chansons qui racontent des histoires de meurtre, et c'est souvent les femmes qui sont les victimes. Je voulais remettre ça en question.

Hugo Lachance : C'est une de mes chansons préférées parce que c'est une belle chanson narrative avec un texte bien ficelé. Le propos sera toujours d'actualité : les raisons que les hommes se trouvent. Une femme se fait violenter, mais en plus c'est de sa faute parce qu'elle a « les deux pieds dans la même godasse ». Si on demandait aux femmes en général si elles ont déjà vécu une situation de violence psychologique ou de manipulation, on serait surpris de la proportion qui répondrait par l'affirmative. Je ne suis pas exclue de ça.

Hugo Lachance : On continue avec la prochaine : le yodel de Ferland-et-Boileau.


Hugo Lachance : Chapitre 15 : Le yodel de Ferland-et-Boileau. On écoute un extrait.

Gabrielle Noël-Bégin : J'ai écrit cette chanson pendant que j'étais à Ferland-et-Boileau. Je voulais que ça reste léger, joyeux et drôle parce que c'est un drôle de nom de village aussi. Je me suis informée, j'ai lu sur la digue et tout ça, mais je voulais vraiment dépeindre cet endroit-là comme quelque chose de positif. Je me suis posé la question sur le jeu de mots en arrière de « Ferland-et-Boileau », à savoir si c'était en amont ou en avance, mais je ne le sais pas encore.

Gabrielle Noël-Bégin : J'ai une amie qui a grandi là-bas, à Ferland, puis elle a été relocalisée à La Baie parce que sa maison avait pris l'humidité et qu'ils ne pouvaient plus rester là. Ses souvenirs de cet endroit-là sont très joyeux et quand elle a vu que j'y étais, elle a fait : « Voyons, dans mon village natal, c'est quoi le rapport ? ». Pour le clip, j'ai mis mon téléphone sur mon dash en pointant vers l'extérieur et je me suis promenée dans les rangs de Saint-Alexis-des-Monts pour coller des images. Je raconte dans la chanson la première bière qu'on y a prise, et avec Ryan Battisti, la réalisation s'est super bien passée.

Hugo Lachance : On arrive à la moitié de l'album avec la pièce numéro 6. Chapitre 16 : À tombeau ouvert.

Gabrielle Noël-Bégin : C’est un bel arrangement de brass avec Geneviève Duval au trombone. Quand je ferai ma révérence, je voudrais que tout le monde voie ma santé. Dans ma demeure pour l'éternité, j'aimerais avoir des livres à mes côtés : Papillon d'Henri Charrière et les biographies de Dillinger, Mesrine et Houdini. Pour Mesrine, j'ai entendu récemment que ça se prononçait « Mérine », je ne sais pas s'il y a des auditeurs qui peuvent confirmer ça dans les commentaires, mais je pense bien que c'est ça.

Gabrielle Noël-Bégin : Je n'ai jamais cru bon de mentionner ma phobie : j'ai cette frousse, cette frayeur qui me hante, la peur d'être enterrée vivante. J'aimerais être là parce que les enfants vont pouvoir aller jouer après la chanson. Ça n'a l'air d'avoir aucun sens de se faire enterrer avec tout son linge et ses bébelles, mais j'ai lu sur les Pharaons et c'était bizarre de voir qu'ils se faisaient enterrer avec leurs domestiques et leurs chiens. Je me suis dit que c'était un bon sujet pour qu'il y ait un punch à la fin. J'ai lu sur des gens, même au 19e siècle, qui se faisaient enterrer avec une petite cloche au cas où la médecine se tromperait sur leur décès. C'est la seule raison pour laquelle quelqu'un voudrait ses objets : la peur de se réveiller dans sa tombe.

Hugo Lachance : C’est une super belle chanson, un beau texte encore. Portez une attention particulière, il y a même un fantôme de thérémine là-dedans. C'est vraiment cool, ça se joue avec les mains. Qu’on vienne me le porter si on se rend compte que je ne suis pas morte ! On passe à la prochaine. Chapitre 17 : Capitaine distance.

Gabrielle Noël-Bégin : Ça, c'est le genre de toune pour danser. Pour comprendre le contexte, c'est un peu comme une chanson de matelot, mais dans la tradition du Mardi Gras cajun. Le capitaine, c'est celui qui guide la troupe. Ils se mettent en groupe et vont cogner chez les gens pour aller chercher de la nourriture pour faire le gombo le soir; au début, c'étaient les pauvres qui allaient chez les riches. La phrase « Capitaine voyage ton flag » est une référence à la chanson de la danse du Mardi Gras. Je voulais que ce soit un capitaine de bateau, mais peut-être aussi le représentant syndical, un rôle dans une équipe de travail. Le capitaine devient quelqu'un d'autre pour que tout le monde mange à sa faim. Ce sont des propos un peu obscurs pour ceux qui ne sont pas initiés à cette tradition spécifique.

Hugo Lachance : Il n'y a pas de remplissage sur cet album-là, il y a 11 pièces. Est-ce que tu t'es arrêtée à 11 ou en avais-tu d'autres ?.

Gabrielle Noël-Bégin : J'ai sélectionné les pièces que je trouvais qui allaient le plus ensemble et je me suis gardé un peu de gaz pour le prochain album, peut-être déjà composé dans ma tête. Chapitre 18 : La fin des haricots. On a Noam au drum et de l'accordéon.

Gabrielle Noël-Bégin : Il y a une toune qui est autant populaire dans la musique cajun que dans la musique zaricot, qui sont des sous-genres, et ça ressemble un peu à ça. Je suis allée voir d'où vient l'expression « la fin des haricots ». En gros, les haricots secs sont la nourriture qui se conserve le plus longtemps. C'est une chanson qui reste dans la tête longtemps.

Hugo Lachance : On en a parlé un petit peu plus tôt, c'est ton patron hommage. La toune qui fait référence à Margaret tracteur. Chapitre 19 : Austéri-thé.

Gabrielle Noël-Bégin : C'est un hommage à Margaret Thatcher. C'est une toune un peu mélancolique, le sujet est quand même un peu lourd. Je ne suis pas une experte, mais j'ai lu un peu sur elle et je l'ai vue plus humanisée dans la série avec l'actrice qui l'interprète. Elle a inspiré tant de chansons que je ne pouvais pas faire exception, je devais rendre hommage à mon nom. On sent que je détache mon nom d'artiste de la personne que j'incarne; j'avais besoin de faire cette distinction pour montrer le niveau d'ironie dans mon nom de personnage.

Hugo Lachance : Chapitre 20 : Blues anxieux. C'est l'avant-dernière piste de l'album.

Gabrielle Noël-Bégin : Je fais de l'anxiété devant ma pile de papiers. Dans ma tête, c'est la guerre. Le refrain est mon moment préféré de la toune, c'est le passage du couplet au refrain. Je me tracasse sans bon sens.

Hugo Lachance : Ça fait un peu saute d'humeur. Comment le refrain a été composé ?

Gabrielle Noël-Bégin : Il est inspiré de la toune folk « Man of Constant Sorrow ». Je ne voulais pas prendre les mêmes accords pour ne pas payer de droits d'auteur ou faire une reprise, alors j'ai passé les accords dans la moulinette. On peut y voir une traduction très « extra-tradée ».

Hugo Lachance : Chapitre 21 : Moshpit à St-Dilon. Il y a un mini vidéoclip avec ça, un montage d'archives de moshpits de YouTube, c'est assez drôle.

Gabrielle Noël-Bégin : On a essayé de reproduire un breakdown avec des instruments acoustiques, sans aucun instrument électrique. C'est crissement improbable. La chanson parle d'aller dans un show hardcore : j'y ai déjà perdu une dent et mes clés. Dans le dessin sur la pochette, il y a trois petites cassettes, dont une des Enfants Sauvages. On a passé au travers de l'album !.

Hugo Lachance : Chapitre 22 : SEGMENT : Rafales. On fait notre top 3.

Gabrielle Noël-Bégin : Pour moi, c'est « À tombeau ouvert » en premier, parce que c'est une des tounes que j'aime le plus jouer. Ensuite « C'était un accident » et « Un singe avec du linge ». J'aime aussi « Blues anxieux » pour la petite twist avec le violon. « Capitaine distance » se retrouve souvent à la fin en show parce que le monde danse tout le temps là-dessus. Une toune qui n'est pas sur l'album mais qui marche bien, c'est « L'hiver est long chez vous », qui était sur mon mini album; c'est la seule vieille toune que je joue encore pour faire embarquer le monde. Sur cet album-là, je me suis gâtée avec les arrangements et les musiciens invités, c'est ce dont je suis le plus fière.

Hugo Lachance : C'est le moment du défi, celui de proposer une autre personne pour participer au podcast. Tu as parlé de Rox Arcand ?.

Gabrielle Noël-Bégin : Il y a aussi Sandra Contour, ma violoniste, qui va sortir un projet prochainement, c'est une personne intéressante. Puis Blanche Mété, qui a joué les brass sur l'album, elle a un projet sous le nom de « Blâme » qui sort bientôt.

Hugo Lachance : Chapitre 23 : Conclusion. Merci beaucoup Gabriel !.

Gabrielle Noël-Bégin : Merci à toi !.

Hugo Lachance : Merci tout le monde d'avoir été là, on se retrouve bientôt pour un prochain épisode de L'Album Podcast !