Spécial WD-40 Ep. 2 : Crampe en masse
Spécial WD-40 Ep. 2 : Crampe en masse
Téléchargez l'épisode audio Spécial wd-40 : Crampe en masse
Où écouter L'Album Podcast? Sur Apple Podcast, Spotify, balado québec et Youtube
WD-40 : https://www.facebook.com/wd40montreal/?locale=fr_CA
WD-40 sur Youtube : https://www.youtube.com/channel/UC-aUT7WtDk7gN6f_ofsZuyw
Pour ce nouvel épisode de L’Album Podcast, l'animateur Hugo Lachance joue une fois de plus sur son propre terrain. Pour poursuivre la série dédiée à l'intégrale de sa formation, le batteur reçoit les deux complices fondateurs de WD-40, Alex Jones et Étienne Carrier. Au cœur de la discussion : le mythique album Crampe en masse.
Sorti le 8 juin 1998 lors d'un lancement mémorable au Cabaret du Lion d’Or à Montréal, ce disque s'impose comme un véritable jalon et un manifeste de la scène alternative et punk-garage du Québec. Produit par Marc-André Thibert sous la bannière de l'étiquette Ozone, cet opus de 20 pistes capture l’énergie brute, indomptable et sauvage d'un groupe né au Saguenay et forgé par l'asphalte de la métropole.
[00:32:42] // L'anecdote douloureuse et sanglante du bout de doigt coupé
[01:16:50] // Les coulisses d'une rencontre improbable avec Pierre Flynn
[01:25:39] // Un moment d'anthologie : l'anecdote du héros du Lac-Saint-Jean
[01:42:18] // La joke de zombie (Délires et éclats de rire en studio)
L'album Crampe en masse est une immersion totale dans un Montréal brut et sans fioritures. Au fil de l'entretien, les frères Carrier reviennent sur le climat de l'époque, leurs anciens boulots dans les manufactures (shops), leurs connexions avec la faune locale et des figures médiatiques comme Éric Parazelli, Marc Bisaillon ou Didier Wampas. Comme le soulignait si bien la critique de l'époque dans le journal Voir, Alex Jones y dépeint le « délire existentiel avec un panache et une ironie irrésistibles ».
L'instrumentation du disque témoigne de l'éclectisme musical d'Étienne Carrier, capable de faire cohabiter la lourdeur d'une pédale Metal Zone et des hommages sentis à Marcel Martel, figure de proue du country québécois. Les pièces naviguent entre humour gras, cynisme et observations sociales :
Gosse de beu : Une décharge électrique saturée qui sent le local de pratique, truffée d'anecdotes réelles sur des personnages de quartier légendaires comme « Bob le bandit » ou « le Gros Louis ».
Là où les chiens jappent du trou d’cul : Un titre à l'ambiance unique et lourde, devenu un favori incontournable de la foule lors des concerts.
Quand le yâble me pogne : Une complainte oscillant entre ennui profond et crises existentielles face à l'avenir.
À jamais pour toujours : Une œuvre à la saveur profondément cinématographique, si chère aux yeux d'Alex Jones qu'il en porte le titre ancré dans la peau.
Interrogés par leur batteur sur la longévité de cette œuvre, les musiciens s'entendent pour dire que l'authenticité et l'énergie brute ne vieillissent pas. Si des pièces d'humour potache à l'image d'Elle avait les boules basses appartiennent définitivement au climat de la fin des années 90, des hymnes comme Zombie ou Né pour être sauvage traversent le temps sans prendre une ride. Pour reprendre les mots de la journaliste Christiane Laforge dans Le Progrès-Dimanche : « On les dit sans peur, sans gêne mais non sans reproches. »
Absolument pas, il s'agit d'une pure et simple coïncidence de calendrier. La formation avait arrêté son choix sur ce titre bien avant la sortie du disque. Cependant, des ennuis financiers et des restructurations de gérance ont retardé la parution de l'album pendant de longs mois. Entre-temps, le célèbre duo d'humoristes québécois a lancé son propre matériel sous ce nom quelques semaines à peine avant la sortie du disque de WD-40, provoquant une immense frustration chez les musiciens qui croyaient détenir un concept totalement unique.
Le visage flou imprimé sur la pochette est celui d'un ami proche de la bande, amicalement surnommé « Cowboy » (sans lien avec les Cowboys Fringants). La photo a été captée sur le vif dans les toilettes d'une usine alors que ce dernier se trouvait dans un état second. L'anecdote veut qu'à l'époque du lancement, de nombreux admirateurs étaient persuadés qu'il s'agissait en réalité d'Alex Jones portant un dentier humoristique.
Selon les explications d'Étienne Carrier, cette tournure de phrase imagée (qui tire ses racines d'une expression polonaise adaptée à sa sauce) sert à désigner un endroit extrêmement éloigné, un village perdu ou un trou perdu au milieu de nulle part. Étienne a écrit ce texte alors qu'il logeait sur le boulevard Saint-Laurent à Montréal, entouré de voisins d'origine polonaise, ressentant alors une profonde solitude et l'ennui de son Saguenay natal.
Cette particularité physique découle d'un accident de travail survenu en pleine production. En fabriquant de ses mains une enseigne lumineuse métallique « One Way » destinée au tournage du vidéoclip de la chanson Je reviens de l'Est, Alex s'est grièvement tranché le bout du doigt. La lacération était si profonde et douloureuse qu'il a été forcé d'assurer leur performance télévisée suivante en direct à MusiquePlus en jouant de la guitare à deux doigts, en prenant bien soin de ne jamais solliciter son index blessé.
Il s'agit d'un très vieux clavier de marque Korg, un modèle monophonique doté d'un boîtier de bois vintage (datant des années 70) qu'Alex a déniché pour une bouchée de pain au marché aux puces de Chicoutimi aux alentours de 1989. Bien qu'il s'apparente à un instrument préhistorique n'offrant qu'une sélection très limitée de banques sonores, le chanteur l'adore pour la chaleur et la puissance brute de ses fréquences analogues.
Alex Jones explique avoir juxtaposé ces mots après avoir observé une vieille illustration d'époque représentant les portes de l'enfer. Dans ce dessin de l'ancien temps, le personnage de Lucifer accueillait les âmes égarées avec une inscription affichant la mention paradoxale « Toujours jamais ». Fasciné par la poésie de cette antithèse, Alex l'a retournée pour créer À jamais pour toujours, un titre qui l'a tellement marqué qu'il s'est empressé de se le faire tatouer sur le bras.
Pour bâtir l'architecture rythmique et l'urgence de cette chanson, Alex Jones s'est inspiré du catalogue punk hardcore de la formation américaine Black Flag, calquant son intention sur les premières mesures de la pièce Six Pack. De plus, afin d'injecter une signature typiquement métal et mystérieuse à la production, le groupe s'est amusé à enregistrer et superposer des pistes de voix inversées au mixage.
Fidèle à l'éthique D.I.Y. et par souci d'économie budgétaire, l'introduction a été captée de manière purement artisanale sur des retailles de rubans analogiques 8 pistes. Pour façonner ces ambiances industrielles et inquiétantes, les musiciens ont expérimenté en martelant divers objets métalliques qui traînaient dans le studio, notamment une bonbonne de gaz et une cloche. Une approche rudimentaire inspirée des méthodes créatives utilisées jadis par les Beatles pour maximiser l'usage de leurs bandes magnétiques.
Parmi les milliers de kilomètres franchis par le groupe, Étienne confie que les concerts offerts dans les territoires du Yukon ainsi qu'à Vancouver se classent au sommet de ses souvenirs de route. Il se rappelle ces moments comme une expérience humaine et géographique exceptionnelle, à une période de sa vie où il se sentait particulièrement en forme, serein et en pleine possession de ses moyens sur le plan mental.
Sources et revues de presse d'époque :
Chronique d'Éric Parazelli, Voir, 10 juin 1998.
Critique de Christiane Laforge, Le Progrès-Dimanche, 21 juin 1998.
Données techniques et propos recueillis lors de la série hors-série de L'Album Podcast.
Transcription intégrale de l’épisode WD-40, Spécial 30e anniversaire — Épisode 2 : Crampe en masse