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La grande série rétrospective entourant le 30e anniversaire du groupe culte WD-40 tire à sa fin. Pour ce cinquième et dernier chapitre de L’Album Podcast, l'animateur Hugo Lachance déplace ses micros pour s'installer dans un cadre on ne peut plus intime : directement chez la mère d'Alex et Étienne !
Entouré des deux frères et piliers fondateurs, Alex Jones (Alexandre Carrier) et Étienne Carrier, le batteur explore une période de véritable renaissance créative. Après les turbulences et les années de noirceur, l'époque de l'album Saint-Panache et le lancement de l'anthologie marquent le passage d'une détresse personnelle profonde vers la sérénité contagieuse d'un fier survivant.
[00:05:44] // Hommage et souvenirs de route avec Julien Livernois et Michel Dufour
[00:08:25] // L'apport et les anecdotes entourant le guitariste Fred Poulin
[00:12:58] // Le point de bascule : L'arrivée officielle d'Hugo Lachance à la batterie
[00:20:23] // Le verdict du public : lecture des commentaires des auditeurs sur les réseaux sociaux
[00:36:18] // WD-40 s'invite au grand écran dans le film La vérité du cinéaste Marc Bisaillon
[00:38:48] // Clash de titans : les coulisses de la rencontre mémorable avec la rockeuse Marjo
[00:51:48] // LE SEGMENT : L'anecdote de "Boursouf" (Fous rires garantis en studio)
Paru le 26 septembre 2006, Saint-Panache est un disque à part entière, souvent qualifié d'album mitigé par les membres du groupe eux-mêmes et par une frange de leurs admirateurs. Réalisé de main de maître par leur fidèle complice Éric Goulet (Les Chiens), cet opus témoigne d'une transition psychologique majeure. C'est l'œuvre d'un homme qui exorcise ses démons pour retrouver une lumière artistique.
Pour s'affranchir des contraintes de l'industrie, l'album voit le jour grâce à une structure de financement entièrement indépendante et originale. Cette démarche donne naissance aux Productions Papa Richard, le label officiel qui accompagne et protège le groupe encore aujourd'hui.
Le disque se démarque par des maillages mémorables, au premier chef celui avec l'iconique rockeuse Marjo, qui vient unir sa voix rugueuse à celle d'Alex Jones sur la pièce-titre Saint-Panache. Quelques mois plus tôt, en février 2006, la formation préparait déjà le terrain en lançant Anthologie 95-00. Cette compilation de 19 pistes regroupait des classiques originaux et des versions réenregistrées. Les fans avaient alors pu y découvrir deux pièces inédites marquantes : Tristesse et Femme tout nue. Cette parution agissait comme un pont essentiel vers leur passé, à une époque où le groupe subissait un embargo marketing rigide de leur ancien label.
Les Précipices
Premier extrait officiel de l'album, le morceau se déploie comme une ode érotique, déjantée et hilarante, calquée sur les structures théâtrales d'un opéra-bouffe version garage punk.
Et les chiens hurlèrent jusqu’à l’aube
Portée par une fine poésie et un rythme de batterie galopant, cette composition viscérale a trouvé une seconde vie cinématographique en s'invitant sur la trame sonore du long métrage La vérité de Marc Bisaillon.
Ma dépendance
Le cœur lyricien du disque. Un texte d'une honnêteté brutale où Alex Jones livre un combat frontal avec ses dépendances passées, traçant un bilan d'une lucidité désarmante.
Te souviens-tu Jean-Loup
Une ballade intime et écorchée dédiée à son frère, saluée massivement par les auditeurs du balado pour sa charge émotive et sa fragilité.
À l’auberge du cheval qui boit
Une complainte folk-rock rugueuse qui est devenue au fil des ans un véritable point de repère culturel pour de nombreux fans traversant des transitions de vie difficiles.
L'accueil critique de l'époque avait d'ailleurs souligné la force de cette proposition. Le journaliste Olivier Robillard Laveaux écrivait dans le Voir : « C’est avec la sérénité contagieuse d’un survivant qu’Alex entonne les refrains de Ma dépendance... », tandis que Juan Rodriguez du journal The Gazette allait jusqu'à affirmer que « Saint-Panache est non seulement le chef-d'œuvre du groupe mais l'un des albums les plus forts au Québec cette année-là. »
Saint-Panache n'existe sur aucune carte routière : c'est une municipalité fictive entièrement inventée par Alex Jones. En 2006, alors qu'il traversait une tempête personnelle et psychologique extrême, le chanteur a ressenti le besoin viscéral de se bâtir un univers imaginaire et poétique pour se recueillir, se reconstruire et retrouver l'élan de créer. Cette ville mythique a été son refuge psychologique.
Cette stratégie découlait d'une urgence logistique et financière. À cette époque, WD-40 faisait face à un embargo légal sur ses vites antérieures enregistrées sous la bannière du label La Tribu, privant le groupe d'accès à ses propres disques physiques. Pour pouvoir proposer du matériel aux fans et générer des revenus aux tables de marchands pendant la tournée, la bande a orchestré la sortie de l'anthologie en guise de tampon commercial avant de finaliser le nouvel album.
Il ne s'agit d'aucun trucage ni photomontage numérique. Dessinateur et artisan dans l'âme, Alex Jones a lui-même fabriqué d'imposants panneaux de signalisation routière en métal dans les ateliers de l'entreprise Global Néo, en se basant sur ses propres croquis. Ces structures massives ont ensuite été transportées et plantées physiquement au beau milieu d'un champ ceinturé de véritables bisons pour matérialiser le décor réel de cette municipalité inventée.
L'étincelle créative a jailli au cours d'un voyage sac à dos en Europe de l'Est. De passage à Budapest, Alex Jones a assisté à une performance survoltée du Boban Marković Orkestar, une formation manouche légendaire reconnue pour ses collaborations aux trames sonores des films d'Emir Kusturica. C'est ce souffle de cuivres, cette rythmique nomade et cette urgence festive qui ont guidé la composition et les arrangements du morceau.
Pour s'assurer que le vidéoclip de la chanson Tous les animaux sont mes amis décroche le titre hautement convoité de « boss clip » de la semaine, la formation a opté pour le piratage amical. Les membres du groupe, aidés de leur garde rapprochée, s'enfermaient pendant des heures derrière leurs écrans d'ordinateurs pour cliquer de manière frénétique et répétée. Cette manipulation informatique artisanale visait à saturer le système de votes et court-circuiter les algorithmes de la station de télévision musicale.
Sources et revues de presse d'époque :
Chronique de Krisotff G., BANG BANG, février 2006.
Entretien de Claude André, ICI, 2 mars 2006.
Critique d'Olivier Robillard Laveaux, Voir, 28 septembre 2006.
Chronique de Juan Rodriguez, The Gazette, 9 novembre 2006.
Propos recueillis lors de la série du 30e anniversaire de L'Album Podcast.
Transcription intégrale de l’épisode WD-40 Spécial 30e anniversaire — Épisode 5 : Saint-Panache