Spécial WD-40 : Hors-Série!
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Pour célébrer dignement le 30e anniversaire de la formation mythique WD-40, le balado L’Album Podcast lance un projet colossal : une série entièrement dédiée à l'intégrale de leur discographie. Pour ce tout premier épisode, l'animateur Hugo Lachance — qui tape sur les fûts du groupe à titre de batteur depuis plus de 15 ans — joue sur son propre terrain.
Il réunit autour du micro les deux frères et membres fondateurs, Alex Jones (Alexandre Carrier) et Étienne Carrier, pour un grand pèlerinage vers l'année 1996, date de sortie de leur premier EP détonnant : Hors-Série!. L'occasion rêvée de plonger dans l'asphalte, le bitume et le rock garage d'une formation qui a profondément marqué l'underground québécois.
[00:11:40] // L'exode de Chicoutimi et l'atterrissage des frères Carrier à Montréal
[00:14:16] // Les coulisses des démos cassettes Le calvaire d'un cow-boy (1994) et Né pour être sauvage (1995)
[00:18:05] // Comment leur victoire au festival Polliwog leur a ouvert les portes du Studio Piccolo
[01:08:07] // Analyse piste par piste des « 6 classiques » qui composent l'opus
[01:16:46] // Souvenirs des légendaires et chaotiques spectacles des Noëls Noirs aux Foufounes Électriques
L'aventure de WD-40 prend racine en 1992, lorsque les frères Carrier choisissent de quitter Chicoutimi pour venir se frotter à la jungle urbaine de Montréal. Après quelques balbutiements, le projet trouve son point d'ancrage. Le groupe commence à faire circuler son nom dans le réseau alternatif grâce à des cassettes autoproduites à l'esthétique brute et agressive.
Le grand point de bascule survient lorsque la formation remporte le concours du festival Polliwog, mettant la main sur une session d'enregistrement professionnelle au mythique Studio Piccolo. Propulsé sous l'étiquette Productions Criz’antenne, le EP Hors-Série! voit le jour, alignant 6 morceaux d'une efficacité redoutable qui allaient devenir les piliers de leur répertoire de scène.
L'épisode s'applique à analyser chanson après chanson cette proposition musicale incisive :
Enfant de chienne : Une véritable leçon de rock lourd qui dresse un portrait sombre et sans fard de la misère urbaine, capturant le quotidien marginal des squeegees montréalais du milieu des années 90.
Septième ciel : Une ballade rock intense et habitée, héritée en ligne directe de leurs toutes premières sessions de création.
Tu me donnes le goût d’être méchant : Un texte viscéral et tendu qui bascule tranquillement dans la folie avant de venir s'écraser lourdement sur un divan, matérialisant à merveille la dualité esthétique du groupe.
Y’en aura pas de p'tites culottes : Hymne festif incontournable de la formation, salué pour son audace textuelle et son solo de guitare poisseux directement influencé par les univers de Danzig et des Misfits.
Tasse-toi donc de dans le chemin : Une décharge d'énergie brute à haute teneur en octanes, indissociable des fameuses soirées thématiques des Noëls Noirs organisées aux Foufounes Électriques.
À jamais pour toujours, avec toi mon amour : Le point de départ des compositions à saveur cinématographique du groupe, mariant la poésie noire, l'odeur d'essence et les vrombissements d'un moteur Suzuki.
Pour Hugo Lachance et les fidèles de la première heure, WD-40 incarne l'essence même de l'underground québécois : une authenticité à fleur de peau, un refus catégorique des compromis et un son qui sent l'huile à moteur et le rock de garage.
Le nom a été arrêté par Alex Jones pour sa nature parfaitement paradoxale. Le produit lubrifiant WD-40 détient la particularité d'être à la fois gras (lubrifiant) et corrosif (abrasif), une image qui colle à la perfection à la dynamique de leur rock alternatif. Sur le plan technique, l'acronyme signifie « Water Displacement, 40th formula » (la 40e recette de déplacement d'eau), un produit mis au point à l'origine en Californie dans les années 50 pour chasser l'humidité des parois métalliques des fusées.
L'idée derrière ce concept décalé et provocateur n'a pas germé dans l'esprit des frères Carrier, mais a plutôt été amenée au local de pratique par leur batteur de l'époque, affectueusement surnommé « Le Gentleman au Cœur Sauvage ». L'anecdote est d'autant plus ironique que ce musicien avait la coutume bien ancrée de se pointer en tuxedo complet pour assurer ses performances derrière les tambours en spectacle.
Le son lourd et texturé de Hors-Série! découle des obsessions musicales d'Étienne Carrier. La formation a fusionné plusieurs styles qui leur étaient chers : les racines blues et le jeu incisif de Stevie Ray Vaughan, l'attitude punk et la rébellion de The Clash, ainsi que les fréquences beaucoup plus sombres et métalliques de formations comme Danzig ou Pantera.
Étienne a composé cette pièce alors qu'il n'avait que 18 ans, plongeant ses racines dans un climat urbain particulièrement tendu au centre-ville de Montréal, à une époque où il gagnait sa vie en travaillant dur dans les usines et les manufactures (shops). Avec le recul, il qualifie aujourd'hui ce texte de particulièrement violent, agressif et grivois, mentionnant en riant qu'il doute fort qu'un morceau doté d'une telle liberté de ton puisse aujourd'hui franchir les barrières des radios commerciales.