Éric Goulet : Goulet
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Le 23 janvier 2023, c’est directement chez lui, à Montréal, qu’Éric Goulet a ouvert ses portes à l’animateur Hugo Lachance pour l'enregistrement de ce nouvel épisode de L’Album Podcast. Figure de proue incontournable du paysage musical québécois, le créateur est venu décortiquer son projet éponyme de 2021, paru sous la bannière de l’étiquette L-A be.
Après avoir marqué l'imaginaire alternatif avec la formation Les Chiens et exploré la mélancolie sous le pseudonyme de Monsieur Mono, Éric Goulet opère ici un retour assumé et magistral à ses racines country-folk. Cet entretien sans fard lève le voile sur un album qui sent la poussière, le bitume et le whisky, tout en mettant en lumière la dualité artistique d'un artisan qui façonne notre culture depuis plus de trois décennies.
Pour bien saisir la démarche qui sous-tend ce disque, il faut observer l'évolution de ses projets. Durant les années 2000, Éric Goulet a mené de front l'urgence rock des Chiens et ses élans en solitaire sous l'alter ego de Monsieur Mono, projet sous lequel il a accouché d'œuvres poignantes comme Pleurer la mer morte. C'est en 2011 qu'il choisit de publier sous son propre nom avec la série des albums Volume 1 et Volume 2, amorçant une transition organique vers le terroir et la chanson roots, un virage qui culmine avec la sortie de l'album Goulet.
Interprète sensible mais aussi réalisateur chevronné très recherché par ses pairs, Éric Goulet pilote lui-même la production de cet opus. Il s'est entouré d'une équipe de vétérans pour capter une essence à la fois intemporelle et habitée. Comme le soulignait la critique Josée Lapointe dans les pages de La Presse, cet album réussit le pari d'être un classique instantané sans jamais paraître décalé, grâce à une maîtrise absolue des codes du country et du folk traditionnels.
L'album s'aventure sur les routes du Québec profond pour dessiner des portraits de figures archétypales et ordinaires :
L'Homme De Maniwaki : Un récit de vie empreint de nostalgie, magnifiquement soutenu par la mandoline de Pat Loiselle.
Chauffeur De Van & La Ville Aux Mille Clochers : Des pièces robustes qui ancrent l'œuvre dans une géographie et une culture du bitume typiquement d'ici.
Au Temps Des Adieux : Une collaboration lumineuse avec la chanteuse Cindy Bédard, qui vient renforcer l'esprit de communauté de la scène country actuelle.
L'une des compositions les plus fascinantes et intrigantes du disque demeure sans doute Éric Vs Goulet. Le morceau met en scène deux entités engagées dans une véritable joute verbale. Cette pièce symbolise le conflit intérieur et la ligne de faille qui séparent l'homme privé (Éric) de l'artiste public (Goulet). Le texte rappelle avec une urgence viscérale qu'en dépit des doutes, des tensions et des regrets, « on n’a qu’une nuit à vivre et on s’haïra demain ».
L'architecture sonore du disque s'appuie sur des arrangements de haut vol, intégrant le dobro, la pedal steel et l'harmonica du légendaire Rick Haworth, le violon de Catherine Planet, la basse de Mark Hébert et la frappe de Vincent Carré. L'ensemble s'impose comme une pièce maîtresse pour comprendre l'évolution du country francophone moderne.
Ce projet parallèle est né d'un besoin thérapeutique à la fin des années 90. Éric Goulet s'est retrouvé avec une série de chansons sous le bras que son groupe Les Chiens avait rejetées, car elles étaient jugées beaucoup trop personnelles et intimes pour la dynamique d'une formation rock. Le créateur a donc endossé l'identité de Monsieur Mono avec l'objectif assumé d'accoucher de « l’album le plus triste du monde entier » afin d'exorciser ses propres démons.
L'enregistrement s'est orchestré dans un pur esprit « style confinement ». Ne pouvant réunir ses musiciens en studio à cause des restrictions sanitaires, Éric Goulet a travaillé en pièces détachées. Il envoyait ses maquettes de base dotées d'une fausse rythmique numérique à ses collaborateurs (Vincent Carré, Marc Déry, Rick Haworth), qui enregistraient leurs instruments respectifs individuellement à domicile avant de lui retourner les pistes pour le mixage. Seuls les duos avec Sarah Dufour et Cindy Daniel ont pu être captés en présentiel.
Il s'agit d'une ambitieuse fresque narrative et cinématographique qui s'étale sur trois albums et plusieurs années de création. Le premier volet, La dernière marche (paru sur Volume 1), illustrait l'exécution imminente du personnage. Le second, La grande évasion (sur Volume 2), agissait comme un préquel en documentant sa fuite éperdue. La pièce Ma tête est mise à prix, qui figure sur l'album Goulet, vient clore la trilogie en explorant le début de la traque et la paranoïa étouffante du fugitif.
Cette formule historique est attribuée au célèbre écrivain et humoriste américain Mark Twain. Ce dernier aurait utilisé cette expression imagée pour décrire le paysage urbain de Montréal lors d'une visite officielle dans la métropole à la toute fin du XIXe siècle, frappé par l'omniprésence des flèches d'églises qui se découpaient dans le ciel.
Ce morceau est une relecture complète et surprenante d'une vieille composition métal qu'Éric Goulet avait écrite en 1997 pour son projet de l'époque, Nos Morts. Pour l'album Goulet, il tenait à revisiter ce texte sombre en le transposant dans un registre qu'il qualifie lui-même de « country punk », une esthétique brute directement influencée par le son de formations américaines comme les Supersuckers.
Sources et références journalistiques :
Chronique et critique de Josée Lapointe, La Presse, 3 mai 2021.
Analyse de Sylvain Cormier, Le Devoir, 1er mai 2021.
Contenu issu de l'épisode du 23 janvier 2023 de L'Album Podcast enregistré à Montréal.
Transcription intégrale de l’épisode avec Éric Goulet : Goulet