Transcription de l’épisode avec Louis Lafontaine de Pourpre
Avertissement : Cette transcription est le fruit d'une collaboration avec une intelligence artificielle qui fait de son mieux, mais qui ne saisit pas toujours toutes les "subtilités" de nos discussions. Le fichier audio/vidéo original demeure la seule référence officielle. Si un passage vous semble bizarre, faites confiance à vos oreilles et allez écouter l'épisode !
Hugo Lachance : Chapitre 1 : Intro. Nous sommes le 7 juillet 2024. Cet épisode vous est présenté dans le cadre du Festivoix de Trois-Rivières. On est au café-bar Zénob et je reçois aujourd'hui un jeune groupe que j'ai bien hâte de vous présenter. Alors, bienvenue tout le monde à l'Album Podcast ! [Musique]
Hugo Lachance : Chapitre 2 : Remerciements. Alors avant de vous présenter mon invité, je tiens à remercier les gens du Festivoix de Trois-Rivières de m'avoir accordé leur confiance pour ces épisodes-là. C'est le dernier d'une série de trois, alors merci à tout le monde, à Alexandre et à toute l'équipe du Festivoix. J'aimerais aussi attirer votre attention sur le fait que vous pouvez vous abonner sur YouTube, Spotify et Apple Podcast. Laissez des étoiles, laissez-moi des commentaires, je vais vous répondre, c'est vraiment apprécié. Alors voilà, je vous présente aujourd'hui Louis... c'est ça, oui ?
Louis Lafontaine : Chapitre 3 : Présentation de l'artiste. Exactement, Louis Lafontaine.
Hugo Lachance : Fontaine ! J'hésitais entre Fontaine ou Lafontaine,
Louis Lafontaine : il n'y a pas de problème.
Hugo : Donc Louis Lafontaine, du groupe Pourpre.
Louis Lafontaine : Tu as la bonne personne devant toi ?
Ça va très bien, merci de m'avoir invité, c'est super gentil.
Hugo Lachance : Merci d'avoir accepté, c'est vraiment cool. C'est un épisode un peu spécial aujourd'hui parce qu'on est en mode festival. Ce n'est pas un épisode régulier où normalement on passe à travers un album en écoutant des extraits de chaque chanson, mais ça sera au plaisir de le faire peut-être dans un futur épisode, je l'espère.
Louis Lafontaine : Ça me fera plaisir !
Hugo Lachance : Chapitre 4 : Question du Festivoix. Donc ce soir, vous jouez au Café Bar Le Zénob, là où on est en ce moment.
Louis Lafontaine : On est en haut, là où il fait très chaud !
Hugo Lachance : C'est le moins qu'on puisse dire, c'est un euphémisme, il fait très très chaud. Si vous aimez les hommes en sueur, bienvenue à l'Album Podcast ! Ça s'en vient kinky là. Donc j'imagine que c'est votre première participation au Festivoix ?
Louis Lafontaine : Oui, c'est notre première participation. Le groupe est quand même jeune. Ce n'est pas la première fois qu'on joue au Zénob, je veux dire, je suis natif de Trois-Rivières donc on n'est pas à notre première expérience ici, mais dans le cadre du Festivoix, c'est notre première fois. On est super contents, en plus on nous donne l'occasion de faire le spectacle le plus long qu'on aura fait à ce jour. Donc de vieilles tounes, de nouvelles tounes, il va y en avoir pour tous les goûts.
Hugo Lachance : Et à quoi faut-il s'attendre dans un show de Pourpre ?
Louis Lafontaine : Le show de Pourpre, c'est assez éclaté. C'est une musique qui est dense, qui bouge. Une musique danse, donc beaucoup de notes à la seconde. On va rire, on va être touchés, on va passer par toute la gamme d'émotions. Notre objectif principal, c'est de ne laisser personne indifférent. Je crois qu'avec le genre de musique qu'on fait, on réussit notre mandat. Généralement, les gens sont soit effrayés par ce qu'on fait, soit très enchantés de retrouver cette touche de « vintage rock » qui manque un peu ici par les temps qui courent.
Hugo Lachance : Il y a le jeu des étiquettes, c'est un peu chiant de mettre des étiquettes sur ce qu'on fait, mais dans le cadre de Pourpre, qu'est-ce qu'on peut mettre comme comparaison ?
Louis Lafontaine : Moi, quand je parle de Pourpre, je dis qu'on est du « vintage weird rock ». Cependant, le public va nous étiqueter « prog rock » ou rock progressif. La raison pour laquelle j'ai de la misère un peu avec cette définition-là, c'est que dans la notion de progressif, il y a l'idée d'aller là où personne n'est allé avant, de tracer des chemins encore vierges. Puisque nous, on fait dans l'esthétique du rock progressif des années 70, ce sont des chemins qui ont été déjà tracés en grande partie par Yes, Genesis, King Crimson, Frank Zappa ou Rush. On n'est pas dans la grande recherche de quelque chose qui n'a pas été fait dans ce créneau-là, même si on a nos moments plus uniques.
Hugo Lachance : Mais ça paraît qu'on écoute ton premier album, parce que tantôt on discutait et tu me demandais pourquoi je vous avais choisis pour une entrevue. C'est parce que quand j'ai écouté votre album, j'ai tout de suite remarqué l'influence de Frank Zappa. Je suis un fan fini de Zappa !
Louis Lafontaine : On est deux !
Hugo Lachance : Dans le premier album, on dit que c'est là que vous mettez toutes vos influences. Et là, tu dis qu'il y a un deuxième album qui est en production ?
Louis Lafontaine : Oui, exactement. Depuis l'automne dernier, on travaille sur un second album. Ça va être un EP. On n'a pas eu tout le financement qu'on souhaitait pour faire un album complet, mais ça veut dire qu'il y aura un autre EP par la suite qui va sortir, c'est une bonne nouvelle. On va sortir un album de cinq pièces, on se croise les doigts pour que ça sorte début 2025. En ce moment, on enregistre les derniers éléments d'ici la fin de l'été. Ça va s'en aller au mix et ça va être prêt pour la sortie en 2025.
Hugo Lachance : Cool. Je vais parler de toi un petit peu. Louis Lafontaine, donc un gars de Trois-Rivières ?
Louis Lafontaine : Effectivement, je dis « la bus » et « la slush » !
Hugo Lachance : Moi je suis un gars du Saguenay, je connais ça aussi ! Ce sont les questions que je pose à tous les invités dans les épisodes réguliers : ton album d'enfance, du plus loin dont tu te souviennes ?
Louis Lafontaine : Chapitre 5 : L'influence de Daniel Boucher. L'album qui m'a donné envie de jouer de la musique, c'est l'album 10 000 matins de Daniel Boucher. J'avais 4 ou 5 ans lorsque c'est sorti et ça m'a complètement marqué.
Hugo Lachance : Tu as quel âge ?
Louis Lafontaine : Je vais avoir 30 ans dans quelques jours. Même à 5 ans, j'avais appris toutes les paroles, je connaissais tout de cet album-là. J'étais allé voir Daniel Boucher en spectacle et j'étais complètement émerveillé. Ça m'a donné le goût de faire de la musique. Au début je faisais juste chanter, par la suite j'ai joué de la guitare et j'ai fait mes études en musique. Ça n'a jamais vraiment été une question de savoir ce que je voulais faire : ça a toujours été la musique. Ça part de cet album-là. À mon sens, on entend encore certaines de ces influences-là dans nos albums, dans la manière de chanter un peu, puis au niveau du texte, d'inventer des mots et de chanter en « kéb » sans aucune retenue.
Hugo Lachance : Daniel Boucher, on le salue ! On aime ça saluer du monde dans le podcast. Maintenant, ton album d'adolescence ? Ça peut être plusieurs albums fondateurs.
Louis Lafontaine : Je vais en nommer un : Larks' Tongues in Aspic de King Crimson. Quand j'étais en secondaire 2, c'était clair que j'aimais le rock : j'aimais AC/DC, Guns N' Roses, Led Zeppelin. Le truc le plus étrange que j'écoutais, c'était du Pink Floyd, et moi dans ma tête j'étais officiellement un fan de prog en écoutant Pink Floyd. Et là, il y a un professeur d'histoire que j'ai eu au Séminaire Saint-Joseph de Trois-Rivières — on va le saluer des cieux parce que feu Alain Prou nous a quittés — qui m'a pris sous son aile. Il m'a dit : « Ah, tu penses que tu aimes ça le prog ? Laisse-moi te faire un CD gravé pour te montrer ce que c'est vraiment ». Il m'avait mis plusieurs albums de King Crimson. L'étrangeté absolue de Larks' Tongues in Aspic m'a d'abord répugné. Je ne comprenais pas ce que j'écoutais, mais j'avais l'envie incontrôlable de le réécouter.
Hugo Lachance : Est-ce que c'est avant Red ou après ?
Louis Lafontaine : C'est avant Red. Tu as Larks tongue in aspic', Starless and Bible Black, puis Red. C'est le premier de la période plus « heavy » des années 70. J'étais un peu répugné parce que c'était tellement « out of this world », mais je sentais le besoin de le réécouter tout le temps pareil. À l'usure, c'est devenu un des albums les plus merveilleux que j'ai eu la chance de connaître. À partir de ce moment-là, j'étais envoyé en aller simple dans le monde du rock progressif. Ça a changé mes goûts musicaux et ma vision de ce que je voulais faire, parce que je savais déjà que je voulais être dans un band et écrire de la musique, mais là j'ai dit : « Je veux faire quelque chose de prog ».
Hugo Lachance : Qu'est-ce qui jouait dans le char de tes parents ou à la maison ?
Louis Lafontaine : Mes parents sont des audiophiles. Ça allait du québécois plus « adulte contemporain » comme Yann Perreau, Daniel Boucher ou Daniel Bélanger. Mon père aime aussi beaucoup la musique classique : on avait du chant grégorien, du André Mathieu, des affaires un peu plus nichées. On écoutait aussi du blues comme Bryan Lee qui vient souvent ici au festival de Trois-Rivières. On touchait à un éventail large. Ça m'a donné cette ouverture vers d'autres genres musicaux, de ne pas me bloquer à une seule chose. On le faisait tout le temps, que ce soit en soupant ou en faisant des tâches ménagères, il y avait tout le temps de la musique.
Hugo Lachance : À quel moment as-tu réalisé que la musique allait être fondamentale pour toi ?
Louis Lafontaine : Ça me semble l'avoir toujours été. Comme je l'ai dit, avec la découverte de Daniel Boucher, c'était devenu clair comme de l'eau de roche. Mais même avant ça, j'ai des petits carnets de garderie quand j'avais 2 ou 3 ans où l'éducatrice écrivait : « Louis me chantait des chansons », « Louis chantait La petite vache a mal aux pattes ».
Hugo Lachance : Ton premier instrument ? Comment as-tu transposé ce désir en disant : « OK, là j'apprends un instrument » ?
Louis Lafontaine : Au début, j'écrivais des chansons. J'ai écrit ma première chanson à 4 ans ! Elle s'appelait « Le fun » et c'était à propos de mon meilleur ami de l'époque. Je demandais à mon père, qui grattait très sommairement la guitare, de m'accompagner. J'avais même déjà un micro avec un petit ampli de guitare dans lequel je me branchais. Mais l'instrument, outre la voix, c'est la guitare.
Hugo Lachance : Tu es chanteur et guitariste, exactement.
Louis Lafontaine : Il y avait des guitares qui traînaient dans le sous-sol de mes parents qui appartenaient à de la famille, et je m'amusais avec. Mon père a décidé, sans me le dire, de m'inscrire à un cours de guitare après l'école. Je suis arrivé là avec ma guitare à cinq cordes parce qu'il en manquait une ! J'ai eu mon premier cours et à partir de là, ça ne s'est jamais arrêté.
Hugo Lachance : Chapitre 6 : Pourpre. Selon ta biographie, Pourpre c'est du « rock charnu qui foudroie et délecte », inspiré des légendes progressives des années 70. On parle de « lyrisme poignant » et de « curieuse excentricité ». C'est bien écrit !
Louis Lafontaine : C'est moi !
Hugo Lachance : Chapitre 7 : Passion Zappa. On a une passion en commun. Quand j'ai écouté votre musique, j'ai tout de suite reconnu le grand Frank, le seul et l'unique, Dieu le Père ! Je suis un fan fini de Zappa, et toi tu l'as même tatoué !
Louis Lafontaine : Oui, j'ai un beau tatou de Frank Zappa sur mon avant-bras.
Hugo Lachance : C'est quoi ta porte d'entrée dans son univers ?
Louis Lafontaine : Je dois encore remercier Alain Prou pour ça. Il ne savait pas trop par où me faire commencer parce qu'il y a plus de 60 albums de son vivant. Il m'a conseillé d'écouter Apostrophe('). J'ai écouté cet album de 34 minutes et pendant un an et demi, je n'ai pas écouté d'autres albums que celui-là. J'avais l'impression que je ne finirais jamais d'entendre tout ce qu'il y avait à entendre là-dedans.
Hugo Lachance : Moi ma porte d'entrée, ça a été Roxy & Elsewhere. J'étais un peu écœuré du métal et un ami m'a fait écouter ça une soirée un peu arrosée. Ça commence avec « Village of the Sun » et ça déboule. Ça a été une révélation. J'ai tout acheté après. Je comprends tellement ta passion et ça se reflète dans ta musique.
Louis Lafontaine : Sur le premier album, il a vraiment été notre maître à penser. Lorsque j'écrivais, je me référais à Frank pour voir ses idées dans tel contexte. J'étais fasciné par sa capacité à être talentueux dans tous les genres : R&B, blues, jazz, country, classique. Il était capable de tout faire de manière caricaturale mais sérieuse à la fois. C'est tellement coloré.
Hugo Lachance : Ton album préféré pour finir avec Frank ?
Louis Lafontaine : On n'en finira jamais ! Mais l'album que j'aime le plus écouter, c'est Live at Buffalo. C'est la formation avec Vinnie Colaiuta, Arthur Barrow et Ray White. Il réactualise du vieux répertoire et fait des trucs plus « cute » de cette période-là. Je n'ai jamais entendu un band aussi solide en live.
Hugo Lachance : Moi mon préféré, c'est The Yellow Shark. C'est un album de compositeur, c'est l'achèvement de son œuvre. Parlant de compositeur, tu es le principal compositeur de Pourpre ?
Louis Lafontaine : Chapitre 8 : Créer une chanson de Pourpre. En effet. Quand j'écris, ça se passe beaucoup dans la tête. Souvent ça part d'une idée rythmique ou mélodique que je chante ou que je tape sur mes cuisses. Ma méthode ressemble à du « scrapbooking ». Je me dis : « J'aimerais que les guitares ressemblent à "Octopus" de Syd Barrett, mais avec un rythme qui ressemble à la fin de "Dancing Fool" de Zappa ». Je superpose ces concepts. La musique passe toujours en premier.
Louis Lafontaine : Pour moi, ça n'existe pas que la basse et la guitare jouent juste les mêmes accords. Chaque instrument a une ligne qui lui est propre et qui complète le reste. C'est comme une grosse architecture. C'est plus une formation de compositeur que de musicien.
Hugo Lachance : Tu écris tes pièces de manière manuscrite sur papier à musique ?
Louis Lafontaine : J'ai fait ça pendant longtemps. J'écrivais chacune des notes et des nuances, c'est à peine si je n'écrivais pas sur quelle pédale d'effet appuyer ! Je devenais fou et je me rendais compte que ça cassait la créativité des autres membres. Maintenant, on utilise des partitions-guides et on passe beaucoup par l'enregistrement de maquettes de préproduction.
Hugo Lachance : Chapitre 9 : Membres de Pourpre. Parle-moi des autres membres.
Louis Lafontaine : Je ne pourrais rien faire sans eux. À la voix et au violon on a Catherine Laurin, à la guitare électrique David L., à la basse Raphaël Guilbault-Laliberté et à la batterie Patrick Bureau. Patrick est un excellent drameur. Catherine a aussi un CV impressionnant et son propre projet, Cosmophone. Ce sont des gens indispensables, on se comprend musicalement. Raphaël, je l'ai connu au secondaire et on a tous étudié ensemble à l'université en musique.
Hugo Lachance : Chapitre 10 : La scène. Vous êtes en spectacle ce soir. Comment prépares-tu les tounes pour la scène ?
Louis Lafontaine : En spectacle, on aime offrir un show. On n'aime pas jouer les tounes une après l'autre en disant juste les titres, c'est plate à mort. Le monde paye pour voir un show. On essaie d'offrir une performance divertissante et drôle où les pièces s'enchaînent. On a de beaux « outfits » et on mise sur l'enchaînement : le riff de l'un devient le début de l'autre. J'aime l'autodérision, ça rend la musique plus accessible. Tu as beau jouer 2 000 notes à la seconde, ça n'impressionne pas nécessairement « José, 57 ans ». Il faut amener les gens vers cette musique-là.
Louis Lafontaine : Quand on est sur scène, on pèse sur « play » et c'est un train qui ne s'arrête pas. C'est un exercice physique. On a fait une quinzaine de spectacles. Le plus marquant était au Club Soda, devant 950 personnes, c'était chouette.
Hugo Lachance : Chapitre 11 : Un moment marquant. Un souvenir particulier ?
Louis Lafontaine : Lors de notre lancement d'album au Zénob à l'hiver 2023. On faisait un rappel, une toune « smooth » où on était juste deux sur scène. Les gens ont sorti leurs téléphones pour faire de la lumière. Notre batteur a filmé le moment et quand j'ai vu ça après le show, j'ai braillé comme une madeleine ! On travaillait cet album-là depuis 2019, il y a eu la COVID, c'était long et exigeant. De voir cette finalité-là, c'était comme si un poids tombait de mes épaules. On l'a fait, on a réussi.
Voici la retranscription intégrale de la suite de l’épisode de balado, basée sur la source P2.docx (passages à). En tant qu’expert de la rédaction québécoise, j’ai veillé à compléter les paragraphes pour assurer une lecture fluide, à remplacer le nom de l'animateur par Hugo Lachance, à supprimer les tics de langage et à respecter scrupuleusement l'intégralité du contenu original et la ponctuation.
Transcription : L’Album Podcast — Louis Lafontaine (Groupe : Pourpre) — Suite et fin
Hugo Lachance : Chapitre 12 : Le pire moment. Dans votre carrière, si vous avez eu des pires moments ou un moment... ok, on laisse, ce n'est pas grave.
Louis Lafontaine : Ah, il y en a sûrement ! Il y a quelque chose qui est très drôle : l'été dernier, comme j'ai dit, on a joué à l'ultime édition Whitewood. On arrive sur le site et ils annoncent des orages électriques, ils annoncent quasiment un pied de pluie. On ne sait pas si ça va avoir lieu. On fait le soundcheck, le premier artiste de la soirée joue et il se fait arrêter pendant son spectacle parce qu'il se met à pleuvoir des cordes. On est sous la tente qui sert de loge, mais là il vente tellement et il pleut tellement que la tente, qui a des gros poteaux de métal, se met à lever.
Louis Lafontaine : On ne sait pas si on va faire le show, mais tout notre gear est sur le stage. Le gear est rassemblé au centre du stage sous des bâches, il y a du monde qui passe le squeegee. On a comme 25 000 pièces de stock; on est musiciens, on est pauvres, on n'a pas d'argent pour racheter ça. On stresse. Le show est poussé d'une heure, puis poussé de deux heures. Le band d'après nous dit : « C'est trop tard, on ne jouera pas ». Il est rendu tard, on était censés jouer à 19 h. On se dit que c'est une belle opportunité, on ne veut pas se mettre à dos les gens de l'organisation qu'on connaît, mais jusqu'à quand on attend ? Jusqu'à minuit ? Jusqu'à 1 h ?
Louis Lafontaine : On ne sait pas, mais notre gear s'en va s'envoler comme dans Le Magicien d'Oz dans une tornade. On ne sait pas ce qui se passe, mais finalement vers 22 h, si je ne m'abuse, il y a eu un léger break. On y va, on rentre sur scène et, pour la durée de notre performance, il n'a pas plu ou très peu. Il y avait des courageux qui étaient restés et on les salue, les courageux de l'ultime édition 2023 ! Finalement, on est comme le seul artiste qui a joué de la soirée, du moins qui a joué un show complet. On a une super réaction et je pense que c'est resté un peu dans l'imaginaire des gens qui étaient là parce que c'était la première soirée et qu'il ne s'est rien passé d'autre sauf nous autres.
Hugo Lachance : Ah, c'est parfait ! Donc, je t'ai demandé cinq chansons clés que vous allez jouer ce soir pour qu'on puisse en parler brièvement. Chapitre 13 : Cinq chansons clés ! La première, c'est la très zappaesque et groovy avec des pointes de reggae, « Singe d'une nuit d'été », qui ouvre votre album éponyme.
Louis Lafontaine : Chapitre 14 : Singe d'une nuit d'été. Exactement. « Singe », c'est un gros morceau et on a une drôle de relation avec cette pièce-là. Pour faire un court historique : cette pièce a été écrite avant la formation du groupe, dans un état d'esprit qui était plutôt léger et festif. À cette époque-là, je travaillais en cuisine et un de mes collègues nous invitait souvent après les chiffres à prendre un verre chez lui, il restait proche. On arrivait là, il y avait tout le temps deux ou trois guitares chez lui. Je prenais la guitare et, chaque semaine, j'écrivais un petit bout de « Singe d'une nuit d'été ». C'était léger comme méthode d'écriture.
Louis Lafontaine : Quand on a démarré Pourpre et le processus de l'album, je me sentais vraiment investi d'une mission. C'était devenu très sérieux, je voyais quasiment ça comme ma dernière chance de faire de quoi de significatif. C'était important que l'entrée de l'album soit vraiment marquante. Au départ, il y avait huit pièces sur l'album, une a été coupée. « Singe », avec ses passages un peu cabotins et ses métaphores suggestives dans le texte, avec son côté très overplay et acté, ça clashait un peu avec le reste. Ça me dérangeait un peu, ça a commencé à me travailler.
Louis Lafontaine : Quand on est arrivés à l'étape du mix, il y avait des problèmes dans l'enregistrement, dans le rendu du mix. Ce n'est pas la faute du mixeur, c'est juste ce qui était mis à sa disposition, mais ça aurait pu être mieux. On se disait que c'était la pièce qui sonnait le moins comme on aimerait qu'elle sonne. En plus, elle est moins sérieuse, le texte est un peu noir. Mais on y est allés pareil, on l'a mise. C'est une bonne pièce. Elle est passée de « légère » à un peu la « mal-aimée ». Mais quand on s'est mis à faire plus de spectacles, à la jouer, même au lancement il y avait déjà des gens qui connaissaient les paroles. On s'est rendu compte que c'est l'une des pièces qui fonctionne le mieux en live.
Louis Lafontaine : On s'est réconciliés et on a accepté le fait que cette toune-là est faite pour être overplay. Dans le passage reggae, Catherine et moi on prend des voix d'enfant quasiment, on la fait très théâtrale. C'est devenu vraiment le fun. C'est un peu comme les albums des années 80. C'est une des influences, en fait les voix aussi là avec les voix de Thérèse, oui exact. L'introduction de « Singe », c'est quasiment un exercice de style sur « Zombie Woof » de Zappa. On l'entend quand je la chante. Quand j'avais écrit cette pièce-là, il y avait cet aspect de Frank qui fait des pièces un peu drôles. Après, je me suis pris beaucoup trop au sérieux pour écrire des trucs profonds, et il y avait quelque chose qui ne fonctionnait pas avec ça. Maintenant, on est réconciliés, on adore la jouer. C'est une chanson qui a pris toute son essence en spectacle.
Hugo Lachance : La deuxième, c'est la très rock-funk, « Bojack ». Chapitre 15 : Bojack. Et oui, on ne peut pas parler de Pourpre sans parler de « Bojack » !
Louis Lafontaine : On ne peut pas en parler parce que c'est ce qui nous a propulsés dans la stratosphère, c'est notre gros hit ! Mais non, on plaisante. « Bojack » a un vidéoclip d'ailleurs, disponible dans la description. C'est la pièce doyenne du groupe, les premières traces d'écriture datent de plus de 10 ans. Il y a des versions enregistrées avec d'autres formations qui n'ont jamais été publiées. Comme ça fait très longtemps que la plupart des membres du groupe la jouent, elle a énormément évolué. Elle change encore aujourd'hui quand on la joue en live. Maintenant, on met des harmonies dans le couplet qu'il n'y a pas sur l'enregistrement.
Louis Lafontaine : C'est devenu notre « gigue à Pourpre ». Pourpre fait trois trucs : des affaires vites et compliquées qui groovent comme « Bojack », des affaires plus pesantes et heavy comme « Routine Blues » ou « L'abas », et des trucs plus éthérés et lents comme « Nébuleuse ». Mais dans tout ce qui est rock, ça bouge, il y a des notes, c'est groovy. « Bojack », c'est un baromètre, c'est une excellente pièce.
Hugo Lachance : Le clip, vous l'avez tourné où ?
Louis Lafontaine : Le clip, on l'a tourné dans un sous-sol de quelqu'un qui travaille au Quai des Brumes, à la Salle des tortues. Véronique Lambert, oui ! Salut Véronique ! C'est mon amie, on a travaillé ensemble longtemps au Quai des Brumes. Quand je n'ai pas de place pour faire mes podcasts, je vais souvent à la Salle des tortues. Quelle coïncidence pareil ! Personne incroyable, on t'aime beaucoup.
Hugo Lachance : La suivante est planante et nébuleuse, on y entend la voix de Catherine Lurin dans des envolées vocales qu'on entend rarement de nos jours. Chapitre 16 : Nébuleuse. C'est une pièce spéciale parce que la façon dont Catherine chante, ce sont des vocalises, ça fait très années 70. Ça prend un certain culot pour ramener ça au goût du jour. Parle-moi de cette chanson-là.
Louis Lafontaine : « Nébuleuse » est importante pour le groupe et pour moi parce que c'est la première fois qu'à travers une pièce on touche à des sujets plus personnels et moins en surface au niveau du texte. Je n'ai pas analysé les paroles pour cet épisode-là, mais c'est correct, c'est votre devoir d'aller les analyser sur Bandcamp ou sur Spotify ! C'est un sujet beaucoup plus personnel, plus sérieux, posé et émotif. C'était une zone où on n'était pas encore allés en écrivant les pièces pour l'album.
Louis Lafontaine : Ça met en valeur la voix de Catherine. La majorité du temps, je suis le vocal, mais je trouve ça important de la mettre de l'avant parce qu'elle a une voix d'ange. Ce n'est pas un secret, c'est juste un secret pour les gens qui ne l'ont pas encore entendue, mais vous devriez aller l'écouter ! Je ne pouvais pas chanter ça avec ma voix Jerry Boulesque. Toute la partie solo vocale à la fin, c'est l'influence de « Great Gig in the Sky » de Pink Floyd, une influence majeure pour moi.
Louis Lafontaine : Il y a aussi une grosse touche de musique classique là-dedans. Quand j'écrivais ça, j'étais aux études en écriture classique; les marches harmoniques, le contrepoint et la manière dont les accords s'enchaînent, ça touche beaucoup plus à ça qu'au jazz ou au rock. Catherine aussi a une formation classique et jazz, elle se distingue par ces aspects-là. Lorsqu'on la joue en spectacle, après que notre musique ait été très dense, cette pièce crée une énorme bouffée d'air. C'est un gros contraste qui crée un super effet. À chaque fois qu'on finit la toune, les gens sont bouche bée, ça prend 3 ou 4 secondes. C'est un beau moment.
Hugo Lachance : On continue avec « Uncle Remus » de Frank Zappa. Chapitre 17 : Uncle Remus. Écoute, c'est une excellente pièce ! C'est bandant... j'ai le droit de dire bandant ? Comment vous l'interprétez, parce que c'est une chanson au piano à la base ?
Louis Lafontaine : Il y a une adaptation à la guitare de ce que George Duke fait. Avant, on faisait une version juste guitare et deux voix, maintenant on fait une version full band qui va de quelque chose de plus R&B à quelque chose de plus agressif. On la fait plus douce au début que l'originale, puis plus enlevée à la fin. La raison pour laquelle elle est là, c'est que c'est l'une des plus belles balades au monde. Elle a une valeur spéciale pour quelques personnes dans le groupe, c'est un lien émotif.
Louis Lafontaine : J'ai de la difficulté à écrire des balades proprement dites, ce n'est pas ma force, mais ce sont les pièces que j'aime le plus au monde. À défaut de pouvoir en écrire, je prends les plus belles que je trouve et je les interprète. Zappa écrivait des balades sensationnelles, mais souvent le côté humoristique prenait le dessus. Cette chanson-là m'inspire la nostalgie, le fait d'être ensemble entre amis en été quand il fait chaud, d'être dans un char décapotable en allant vers le sunset à la plage. C'est juste un beau moment de fraternité, et c'est le fun à chanter ! Tout le monde s'entend pour dire que l'harmonie et la mélodie de cette pièce-là, c'est du génie. On se retrouve tous autour de cette pièce.
Hugo Lachance : Et la dernière que tu m'as envoyée, c'est « L'assassin ». Chapitre 18 : L'assassin. Sans plus d'infos, qu'est-ce que c'est ? « L'assassin » avec un gros point d'interrogation !
Louis Lafontaine : On travaille sur un nouvel album et on casse les tounes en spectacle. On les travaille parce qu'une pièce n'est jamais la même en studio et en spectacle. Comme on n'a pas encore tout enregistré, de les tester en live nous donne des indices sur ce qui pourrait être mieux ou à retravailler en studio. « L'assassin », vous ne l'avez pas entendue, mais c'est la pièce la plus difficile de notre répertoire.
Louis Lafontaine : Ça ne paraît pas comme ça, mais elle passe par tous les styles : on a une touche de fusion années 90 à la Incoron, on a quelque chose qui s'apparente au tango, on a des trucs soul, des trucs funky style « cat burglar » furtif. Ça demande différents niveaux d'interprétation. Le range vocal couvre deux octaves et demi, peut-être trois. Rythmiquement, c'est très difficile, mais à l'écoute, ce n'est pas comme « Fracture » de King Crimson ou « Eruption » de Van Halen. Tout est dans la subtilité et la précision.
Louis Lafontaine : Ça fait assez de fois qu'on la joue qu'on l'a dans les doigts, on est prêts à la faire à 100 %. Ça devient l'une des pièces les plus plaisantes à jouer parce qu'elle est écrite à l'horizontale : il y a peu ou pas de répétitions. C'est comme une histoire qui défile et passe d'un tableau à un autre, un peu comme « Brown Shoes Don't Make It ». On est dans cette zone-là. L'auditeur nous suit, il se demande ce qui va se passer après, la tension monte jusqu'au climax. On met la table pour le prochain album ! On n'attend pas que l'album soit sorti avant de jouer les pièces, sinon on ne serait pas capables de faire la longueur de show qu'on a à faire.
Hugo Lachance : Un autre segment. Chapitre 19 : Choix niaiseux à questions niaiseuses. Parfait ! Je te donne des choix, tu n'as pas le choix d'en choisir un et on en discute. Petite scène ou festival ?
Louis Lafontaine : Festival ! J'en ai fait assez des petites scènes.
Hugo Lachance : Scène ou studio ?
Louis Lafontaine : Studio ! C'est une nouvelle passion pour moi. Je me suis mis à enregistrer mes propres choses, à faire de la réalisation, je travaille mes mix chez moi. Je pourrais faire ça à journée longue.
Hugo Lachance : Red ou Discipline ?
Louis Lafontaine : Red ! À 100 %. J'ai rien contre Discipline, mais l'aspect agressif de Red. Ça ne fait pas longtemps que j'ai découvert Discipline, c'est une crampe au cerveau en soi.
Hugo Lachance : Magma ou les jumelles ?
Louis Lafontaine : Magma ! Je les ai vus deux fois en spectacle. Je n'ai pas la référence des jumelles, donc je dis Magma. (Les jumelles au Québec faisaient de la pop dans les années 90).
Hugo Lachance : Analogue ou numérique ?
Louis Lafontaine : Analogue ! Ben oui, ça va avec le style qu'on fait. L'analogue est meilleur que n'importe quel numérique, ne laissez personne vous dire autre chose !
Hugo Lachance : Parlant de la programmation du festival 2024 : rose, rouge pompier, bleu jeans ou pourpre ?
Louis Lafontaine : Bleu ! Parce que j'aime beaucoup le groupe Les Bleus et je connais bien Matt Lafontaine, le chanteur. On a déjà travaillé ensemble. Je connais bien aussi le bassiste Pierre-David. Ce sont des gens merveilleux. C'est un bel exemple au Québec que c'est possible de faire sa musique de manière indépendante, d'avoir un succès et de ne pas dépendre de gens qui siffonnent tout notre argent en tant que musiciens. Le show est juste fantastique.
Hugo Lachance : Donc on attend le deuxième album avec impatience. As-tu une date de sortie ?
Louis Lafontaine : On n'a pas encore de date de sortie, mais l'objectif est début 2025. Il y aura un single avant.
Hugo Lachance : Louis Lafontaine, merci beaucoup ! C'était vraiment cool de discuter avec toi. On va se revoir, j'espère, pour parler du prochain album de Pourpre. Chapitre 20 : Conclusion.
Louis Lafontaine : J'espère aussi, ça va me faire plaisir !
Hugo Lachance : J'en profite pour remercier les gens du Festivoix de Trois-Rivières encore une fois, merci beaucoup de votre confiance. C'était une expérience vraiment agréable. Merci aussi à tous les auditeurs. Mon nom est Hugo Lachance, parce qu'on dit que je ne me présente jamais, je vous remercie d'avoir été là. N'oubliez pas de vous abonner et on se revoit pour un autre épisode de l'Album Podcast !