Jesuslesfilles : L'heure idéale
Jesuslesfilles : L'heure idéale
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Jesuslesfilles site web : https://www.jesuslesfilles.com/
Jesuslesfilles sur Instagram : https://www.instagram.com/jesuslesfillesband/
Si vous cherchez à comprendre l'évolution et les détours de la scène indie-rock québécoise, la formation Jesuslesfilles (prononcée à la blague « Jay-zoo-lay-fee ») s'impose comme un jalon incontournable. Formé en 2008 à Montréal, le quintette a traversé les époques à force d'acharnement, de passion brute et de rock garage teinté de psychédélisme.
Lors d’un passage marquant au balado L’Album Podcast à la Salle des Tortues, Martin Blackburn, membre fondateur de la formation, s'est assis avec l'animateur Hugo Lachance. L'occasion idéale de revisiter la genèse de leur quatrième opus, L’heure idéale, paru sous la bannière de l'étiquette DuPrince, tout en ramenant à la surface une tonne d'anecdotes savoureuses d'un groupe qui a déjà roulé sa bosse jusqu'à l'international.
[00:11:07] // Le quiproquo rigolo derrière l'origine du nom Jesuslesfilles
[00:21:38] // Lecture de l'excellente biographie de Benoît Poirier
[00:30:46] // La série d'anecdotes rocambolesques tirées de leur parcours
[00:50:40] // Qui est le personnage de Daniel, véritable fil conducteur de l'album
[00:52:54] // Le message surprise et le clin d'œil de Thierry Larose
Lancé en juin 2021, L’heure idéale est fréquemment cité par la critique comme l'œuvre la plus accomplie et la plus texturée du groupe. Réalisé par le brillant Emmanuel Éthier, le disque matérialise un virage vers des sonorités plus sobres, épurées et mélodiques. Le groupe y intègre de riches influences post-punk et indie-pop, sans jamais éteindre la distorsion abrasive et l'urgence garage qui ont forgé leur réputation.
Pour ce projet, la bande — aujourd'hui composée de Martin Blackburn (guitare, voix), Yuki Berthiaume (clavier, voix), Guillaume Chiasson (guitare), Thomas Augustin (basse, claviers) et Benoît Poirier (batterie, visuel) — s'est entourée d'alliés de choix. L'artiste Laurence-Anne pose sa voix et ses textures de guitare sur la pièce d'ouverture, tandis que des arrangements de violon (Emmanuel Éthier) et de violoncelle (Catherine Le Saunier) viennent sublimer la mélancolie de certains titres.
L.A. (avec Laurence-Anne) : Une traversée nocturne et contemplative de cités anonymes à la recherche d'un trésor insaisissable.
L’heure idéale : Une quête obsessionnelle et presque fataliste de l'instant parfait, confrontée au deuil du temps qui file.
Cris : Une composition nerveuse truffée de clins d'œil cinématographiques, saluant au passage l'univers des frères Coen et le film culte The Big Lebowski.
Trottoirs d’or : Une conclusion d'une belle tristesse, imagant le paradoxe de marcher sur l'or tout en pleurant sur son propre sort.
Le projet a rapidement fait vibrer l'industrie. Le superbe vidéoclip de la chanson Hôpital, réalisé avec brio par Jonathan Robert, a mis la main sur le prix du « Vidéoclip de l’année » au Gala du GAMIQ, s'offrant en prime la prestigieuse mention internationale Vimeo Staff Pick.
Qu'il s'agisse de passer dix ans de tournée à s'accorder strictement à l'oreille sur scène par manque de syntoniseur ou de négocier un passeport en catastrophe lors d'une escale pour aller jouer au festival Iceland Airwaves, Jesuslesfilles a conservé son éthique D.I.Y. intacte. Pour les amoureux d'un rock francophone authentique, à la fois réfléchi et viscéral, ce disque capture un groupe en pleine possession de ses moyens qui continue de dicter le son du garage québécois moderne.
Le concept a émergé au fil d'un échange avec le batteur Benoît Poirier. Le titre symbolise la recherche constante du moment parfait ou de la meilleure version possible de soi-même. Martin y voit une réflexion lucide sur le temps qui passe : une course humaine pour attraper cet instant de grâce, avec la réalisation douce-amère que lorsqu'on croit enfin l'avoir trouvé, il est souvent déjà rendu derrière nous.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, la pièce est un hommage direct au célèbre peintre américain Bob Ross. Martin Blackburn a pris l'habitude de regarder ses capsules sur Netflix pour décompresser et relaxer. Il s'est grandement inspiré de la philosophie zen, bienveillante et spontanée de l'artiste (« on y ajoute un petit ami ici ») pour aborder la composition de ses morceaux, y puisant le courage de créer sans s'encombrer de doutes.
Daniel est en quelque sorte la mascotte spirituelle, l'avatar officiel de Jesuslesfilles. C'est un personnage fictif récurrent que le groupe utilise pour vivre leurs histoires et imager leurs concepts textuels. Pour la pochette de l'album L’heure idéale, c'est Martin Blackburn lui-même qui s'est prêté au jeu en incarnant Daniel, coiffé pour l'occasion d'un chapeau de cowboy emprunté à Étienne Barry.
Le nom est né d'une simple erreur de lecture commise par Benoît Poirier. À l'origine, Martin Blackburn avait griffonné sur une feuille le titre d'une chanson intitulée « Je suis les filles » (dans le sens de suivre ou de se mettre dans la peau des filles). En jetant un coup d'œil distrait sur le papier à l'envers, Benoît a lu tout de go « Jesuslesfilles ». Trouvant le résultat intrigant, poétique et visuel, le groupe l'a adopté sur-le-champ.
C'est une expression colorée qu'il emploie pour imager les premières années d'existence du groupe, à une époque où les subventions et les budgets de production étaient inexistants. Travailler avec des moyens financiers rudimentaires exigeait une immense dose de débrouillardise, une philosophie punk et un acharnement de tous les instants pour faire voyager leur rock and roll malgré tout.
C'est en observant l'imagerie léchée de la télévision que Martin a eu le coup de foudre pour la musique. Il se souvient notamment avoir été profondément marqué par le clip de Def Leppard, Pour Some Sugar on Me, resté au sommet des palmarès pendant plus d'un an. Les univers visuels et scéniques de géants comme Iron Maiden et Metallica ont également joué un rôle majeur dans l'éveil de son imaginaire d'adolescent.
Sources et revues de presse :
Chronique de Lauren Metter, digboston.com, 22 juin 2011.
Critique de Stéphane Deslauriers, Le Canal Auditif, 18 juin 2021.
Chronique de Jacques Boivin, Écoutedonc.ca, 18 juin 2021.
Notes de production et transcription de l'épisode du 24 mai 2024 de L'Album Podcast à la Salle des Tortues.
Transcription intégrale de l’épisode avec Martin Blackburn de Jesuslesfilles : L’heure idéale