Transcription de l'épisode Mara Tremblay : Tu m'intimides
Avertissement : Cette transcription est le fruit d'une collaboration avec une intelligence artificielle qui fait de son mieux, mais qui ne saisit pas toujours toutes les "subtilités" de nos discussions. Le fichier audio/vidéo original demeure la seule référence officielle. Si un passage vous semble bizarre, faites confiance à vos oreilles et allez écouter l'épisode !
Hugo Lachance : Nous sommes le 9 avril 2025 à la salle des tortues à Montréal et aujourd'hui c'est un épisode vraiment important pour moi et aussi c'est un épisode qui est important pour le balado. On a plein de choses à souligner. Un épisode important parce que je reçois la légende Mara Tremblay à l'album podcast. Bonjour à tous. Avant de vous présenter mon invité convenablement, je tiens à vous annoncer que nous sommes à la salle des tortues. Nous sommes reçus par Véronique Lambert dans son studio. En fait, c'est un studio écran vert où est-ce que vous pouvez enregistrer par exemple des numéros d'humour, des vidéos corporatifs, des vidéoclips, plein de choses. Un super beau studio tout équipé avec caméra, éclairage, micro, bonne humeur. Verro va vous recevoir. Si vous voulez des informations, vous avez juste à chercher son nom sur les réseaux sociaux. Parlant de réseaux sociaux, je tiens à remercier tous les gens qui se sont abonnés au podcast. Ça fait vraiment plaisir, c'est un geste qui prend pas beaucoup de temps à faire, qui est gratuit puis qui aide beaucoup ce projet-là. Venez nous rejoindre sur Instagram, Facebook, Blue Sky, YouTube pour donner de vos nouvelles. Merci beaucoup et puis on vous attend sur les réseaux sociaux. Mara Tremblay, bienvenue à l'album podcast.
Mara Tremblay : Merci.
Hugo Lachance : Je suis un peu énervée.
Mara Tremblay : Écoute, reste énervée.
Hugo Lachance : De recevoir une légende, c'est le fun.
Mara Tremblay : Je sais pas quoi répondre au mot légende. Je vais le prendre. J'aime ça, c'est correct. J'ai justement travaillé fort et longtemps que je vais le prendre, je pense.
Hugo Lachance : Bien certain. Moi je suis tout à fait d'accord avec ça et puis on est ici pour parler de la réédition de ton album Tu m'intimides qui a 16 ans.
Mara Tremblay : 16 ans, oui c'est vrai.
Hugo Lachance : Écoute, c'est un album qui est légendaire lui-même. Je pense qu'il fait sa légende seul.
Mara Tremblay : Je voulais le fêter l'an passé mais cette année il y a quelque chose de très spécial qui se passe avec ce disque là. Le disque va être lancé au Record Store Day le 12 avril, qui est très très bientôt.
Hugo Lachance : Puis je vais essayer que l'épisode soit prêt, je vais travailler très fort pour cet épisode spécial là pour qu'il puisse être diffusé le 12 avril. Donc dès ce soir je me mets à travailler là-dessus. Je présente mes artistes d'habitude, je pose les mêmes questions pour justement connaître les artistes. C'est vraiment un privilège, je suis vraiment content que tu sois là. On se connaît un peu, on a travaillé ensemble un peu. J'ai failli faire le podcast il y a une coupe d'années mais ça a comme pas adonné. On dirait que tout a convergé pour que ça soit Tu m'intimides qui soit le centre de ça.
Mara Tremblay : C'est parfait, je trouve ça vraiment le fun. Puis de moi personnellement de me retrouver chez Vero ça me réchauffe le cœur. Je la connais depuis très très très longtemps. À chaque fois je viens ici elle me parle de mes beaux garçons.
Hugo Lachance : C'est vrai, on les salue d'ailleurs, les beaux garçons Édouard et Victor. Parlant d'Édouard, il y a un album qui s'en vient.
Mara Tremblay : Oui, il y a un album qui s'en vient que j'ai produit, qui va sortir sous étiquette Spectra. Son premier single, son premier extrait, sort le 11, donc la veille de mon album. On aura beaucoup de choses à fêter ensemble, c'est bien excitant.
Hugo Lachance : Puis parlant de fêter, je prends juste un petit 30 secondes parce que pour moi aussi c'est important, je disais ça tantôt en introduction, c'est le 50e enregistrement de l'album podcast. C'est important parce que moi c'est un objectif que je m'étais donné. Est-ce que je continue ou est-ce que j'arrête après 50 épisodes ?
Mara Tremblay : Tu vas continuer, tellement.
Hugo Lachance : Merci. Alors normalement je commence par la même question. Je commence par te demander, Mara, c'est une fille de où ? Mais en cherchant sur ton Wikipédia, il y a une définition que je pouvais pas passer à côté.
Mara Tremblay : Ouais tu dois tout savoir sur mon Wikipédia.
Hugo Lachance : Wiki : "Mara Tremblay est née le 21 juillet 1969 à Hauterive". Puis je tiens à dire qu'on est nés pratiquement à 6 ans de différence. Je suis né le 19 juillet à Hauterive en 75.
Mara Tremblay : À Hauterive, oui ! Là où l'eau du bain était brune dans ces années.
Hugo Lachance : Exact. Je sais pas quand elle a arrêté de l'être, si elle a arrêté de l'être. Fait qu'on était dans le même hôpital, Hugo.
Mara Tremblay : Oui, 6 ans, 2 jours près. J'ai déménagé à 6 ans.
Hugo Lachance : OK c'est bon tu es déménagé puis moi j'arrivais. C'est les liens, c'est incroyable. Ça commence fort. On retourne à Wikipédia : "Née à Hauterive en pleine effervescence planétaire, en même temps que l'être humain s'est déposé sur la Lune pour la première fois. Alors qu'Armstrong prononçait sa fameuse phrase 'C'est un petit pas pour l'homme, un pas de géant pour l'humanité', Mara faisait ses premiers pas dans la vie." Quand même bien hein ?
Mara Tremblay : Je trouve ça magnifique. Je me plais à dire que c'était sûrement comme quand les Beatles ont joué au Ed Sullivan Show la première fois et qu'il y a eu moins de guerre, moins de crime, moins de haine dans le monde parce que tous les gens étaient occupés à autre chose. C'est un fait, c'est prouvé. Mon père m'a dit que lui il n'avait pas le droit d'être dans la salle d'accouchement et que tout le monde dans la salle d'attente de l'hôpital regardait ça. J'ai l'impression que j'ai cette aura là à l'intérieur de moi de paix, ça me plaît.
Hugo Lachance : Excellente observation. On continue avec les questions d'usage. Ton album d'enfance, le plus loin que tu te rappelles ?
Mara Tremblay : Mon Dieu, l'album de Plume sur lequel il y a "Il ne pleurait pas petite fille". Je me rappelle pas du titre, je sais pas si c'est Plum pudding.
Hugo Lachance : Puis Plume a été un ami de ton père.
Mara Tremblay : Oui, il a fait partie de ma vie jusqu'à mes 15 ans, jusqu'à maintenant encore. Ils ont eu une maison de campagne, ils étaient voisins, ils étaient meilleurs amis en fait. Ma mère et sa femme étaient meilleures amis aussi. À 15 ans ils ont vendu la maison de campagne qu'ils avaient ensemble et c'est un lien qui est imprégné à l'intérieur de moi parce qu'il était chez moi tout le temps. On était vraiment voisins de cour. J'ai été sur la scène avec lui, j'étais dans les loges, j'ai tout appris en fait de cet artiste là.
Hugo Lachance : C'est assez grandiose. Ton album d'adolescence ?
Mara Tremblay : D'adolescence... je pourrais te dire Synchronicity. C'était très fort. J'étudiais en musique classique, en fait j'étudiais en violon classique, je faisais de la chorale classique et parallèlement à ça je découvrais The Police. Ce qui m'a le plus frappé, qui a le plus duré dans mon adolescence, c'est The Police.
Hugo Lachance : Excellent choix. Puis je trouve quand même une certaine logique là-dedans avec Tu m'intimides.
Mara Tremblay : Un peu plus tard Talking Heads, King Crimson.
Hugo Lachance : À quel moment as-tu réalisé que la musique allait être fondamentale dans ta vie ?
Mara Tremblay : Quand on est déménagé à Montréal, mon père m'a demandé si je voulais jouer du violon. J'avais 7 ans. Il m'a demandé si je voulais jouer du violon comme lui parce qu'il jouait du violon, du piano, de la guitare. On habitait à côté de l'école du Plateau donc pour moi ça allait de soi. J'ai été à l'école du Plateau puis ça a été facile. J'ai découvert que j'avais une super bonne oreille. Après je voulais être comédienne aussi mais la musique continuait d'être facile.
Hugo Lachance : Qu'est-ce qui jouait dans le char de tes parents ?
Mara Tremblay : Il n'y avait pas de musique dans les chars dans les années 70. À la maison, ma mère écoutait Cat Stevens, Barbara, Brel, Brassens, Bécaud. Beaucoup de chansons françaises. Mon père écoutait Willie Nelson, Donovan, Bob Dylan, Merle Haggard.
Hugo Lachance : On va parler maintenant de ta discographie parce que ça fait quoi ? 35 ans de carrière à peu près ?
Mara Tremblay : J'ai commencé à peu près en 87. J'approche les 40 ans de carrière. Ça fait longtemps. J'essaie de compter puis quand j'arrive plus que 7 là j'abandonne.
Hugo Lachance : Mais c'est une belle et grande carrière.
Mara Tremblay : Beaucoup de travail. Je connais juste ça la musique. Puis quand on compte à partir de l'école du Plateau, on faisait quand même des concerts à chaque année dans la plus belle salle ou presque de Montréal à l'époque. En 77, la salle de l'école du Plateau en fait c'était la salle de l'orchestre symphonique de Montréal avant. Ça aussi ça fait de la carrière, c'est quelque chose qui est emmagasiné en dedans de moi depuis que j'ai 7 ans : faire des concerts, connaître la nervosité, la fébrilité. C'est presque 50 ans de carrière si tu veux mon avis personnel.
Hugo Lachance : Ce sont des expériences concrètes. On va passer à travers ta discographie parce que quand même tu as joué avec des grands de la chanson. Tu as commencé avec L'Arbre, Les Maringouins, Les Colocs.
Mara Tremblay : Les Colocs ça a été radio, les autres sont moins connus.
Hugo Lachance : Je te disais tantôt parce que les Maringouins j'ai comme une affection pour ça parce que le plus loin que je me souviens je t'ai connue dans le vidéoclip "Les maringouins".
Mara Tremblay : On en a fait vraiment beaucoup. Le premier qu'on a fait c'est "Ma tante Gervais". À notre lancement à l'Inspecteur Épingle je pense.
Hugo Lachance : Avec les Colocs, tu as joué sur quel album ?
Mara Tremblay : J'ai pas joué sur un album non. En fait Dédé Fortin m'a appelé pour que je joue au lancement parce qu'il y avait du violon sur l'album. J'ai joué 2 ans après en tournée.
Hugo Lachance : Les Frères à Cheval ?
Mara Tremblay : En 95. Mara violon, mandoline, percussion. Mon premier vrai band. C'est la première fois que j'allais en studio, que je participais aux chansons, aux arrangements. Et c'est la première fois et je crois que je peux affirmer aussi la dernière fois que j'ai eu le plus de fun. Ça a été le plus beau trip de ma vie. Les deux chanteurs avaient un peu de misère des fois parce que c'était deux gros caractères mais on a eu du fun. Grosse aventure pendant 2 ans, beaucoup de shows, ça marchait fort. C'était énorme. Moi j'ai jamais voulu être chanteuse en vie, fait que ce rôle là d'être à côté mais d'être dans mes partitions parce qu'avec les Colocs je venais sur la scène parce que j'étais pas là tout le temps. Mais là j'étais sur les photos, j'étais partout, c'était mon band, c'était ma gang. J'étais heureuse vraiment. On va saluer Paolo qui nous a quittés récemment.
Hugo Lachance : Ensuite tu as entamé ta carrière solo avec un album, tu as commencé fort avec Le chihuahua en 1999. Comment tu as construit ton band ?
Mara Tremblay : Sur l'album, on l'a fait en deux phases. On était quatre couréalisateurs. La première phase, on a été chez Fred Fortin, on voulait taper dans son chalet pour que Fred fasse les basses puis c'était Pierre Fortin qui faisait la plupart des batteries. On a fait tous les basics là-bas. Après ça on est venu à Montréal au studio de François Lalonde pour toutes les voix, les overdub, les violons, les guitares.
Hugo Lachance : C'est un album... quand j'ai découvert ça, je te disais tantôt que ma première vraie rencontre avec Mara Tremblay c'est quand j'ai entendu "Le train de Linda". C'était vraiment un choc. Ta voix... on n'a jamais entendu une voix aussi spéciale.
Mara Tremblay : C'est mon nom Serge.
Hugo Lachance : Non mais tu dis que toi tu chantes comme une casserole ?
Mara Tremblay : Non, comme un klaxon. Je perce. C'est peut-être ça parce que dans l'article c'est écrit mais bref.
Hugo Lachance : J'ai adoré la texture de ta voix. Disons là c'est la rencontre entre Olivier Langevin et moi qui avait 18 ans à l'époque. C'est toute la genèse du Chihuahua. C'est ce qui a fait que j'ai eu envie de faire un disque, j'ai eu envie de travailler avec lui. C'est la confiance que je lui ai donnée, c'est la confiance qu'Audiogram lui a donnée qui a fait que tout a fleuri. C'est incroyable qu'une compagnie de disque aussi grande fasse confiance à quelqu'un qui a jamais fait de réalisation de sa vie. C'est ce qui a fait que ce disque là soit aussi capoté.
Hugo Lachance : Puis votre association a duré jusqu'à Tu m'intimides puis jusqu'à aujourd'hui.
Mara Tremblay : On est en train de travailler sur notre 9e disque ensemble.
Hugo Lachance : Après ça il y a eu Papillon, Les nouvelles lunes, Tu m'intimides en 2009. En 2011, Mara Tremblay, qui était une reprise de tes chansons.
Mara Tremblay : C'est parce que j'ai pas pu tourner Tu m'intimides fait qu'on a comme fait cet album là pour prendre les arrangements qu'on avait créés pour le spectacle qu'on n'a pas pu faire. C'est vraiment pas mon album préféré. Sauf que la version des "Horreurs" qu'on a faite c'est la version qui peut jouer à la radio parce que la version qu'on a faite sur Papillon c'est la version du démo que j'ai faite toute seule chez nous sur un quatre-track.
Hugo Lachance : On continue avec 2014 À la manière des anges, 2017 Cassiopée, ton dernier album solo 2020 Uniquement pour toi. Puis 2023 avec ta grande amie Catherine Durand, le projet Hauterive.
Mara Tremblay : Oui, ça c'est un trésor ce projet là. Ça m'a pris des années avant de la convaincre. On vient d'enregistrer trois autres tounes. Faire la musique avec une de ses meilleures amies c'est le plus beau cadeau. Elle est très fignolée, très recherchée fait qu'elle apporte son côté fignolé sur mon côté brut. On retravaille des fois des paroles ensemble. À chaque fois qu'elle doute, je trouve dans ses carnets ou dans ses enregistrements des tounes qu'elle a pas sorties qui sont extraordinaires.
Hugo Lachance : Un moment marquant dans ta carrière, c'est d'enregistrer avec WD-40.
Mara Tremblay : Je m'en souviens même pas. Je fumais tellement de bats. Je m'en souviens que j'étais fan finie de WD-40 mais que je fumais beaucoup beaucoup de joints dans la journée ce qui fait que je me souviens pas de grand-chose. J'étais fonctionnelle par exemple. C'était une autre époque, ça me faisait du bien. J'étais pas médicamentée à l'époque donc c'était ça qui faisait que je régularisais mes humeurs, mes hypersensibilités.
Hugo Lachance : Vous avez tourné un clip ensemble, "Quand dans la nuit". C'était un beau moment. Pour l'album, j'ai écrit un texte, mes impressions.
Hugo Lachance : La batterie, souvent placée en premier plan, est rythmique mais surtout mélodique. Les fûts sont battus par Pierre Fortin qui met en place des beats avec pas de cymbale, à mi-chemin entre l'humain et la machine.
Mara Tremblay : Aucune cymbale sauf dans "Le bruit". Exact, aucune cymbale sur cet album là.
Hugo Lachance : Un seul cerveau se partage guitare et basse, on parle d'une symbiose harmonique hors du commun exécutée par Olivier Langevin. La relation entre la guitare et la basse est jouée d'une manière qui n'est pas habituelle.
Mara Tremblay : Olivier Langevin est un des meilleurs bassistes que je connaisse. C'est un génie de la basse ce gars là. Il joue de la basse sur pas mal tous mes disques avec moi à part Le chihuahua où c'est Fred.
Hugo Lachance : Mara Tremblay est celle qui porte cette création de tout son corps, de tout son âme. Elle exploite ses différents registres de voix arrivés à maturation. C'est hallucinant comment tu passes d'une voix de fausset à une voix country et raillée.
Mara Tremblay : J'ai fait beaucoup de chorale fait que c'est ça qui sort. J'ai un registre, les gens ils savent pas là. Des fois il y a des textures, quelqu'un m'a dit : "J'étais sûr que c'était un clavier". Non c'est moi qui a fait une chorale vraiment dans le pit.
Hugo Lachance : Comment canaliser l'énergie débordante d'un trio de musiciens si inspiré pour en faire une œuvre aux sonorités audacieuses tout en étant aérée ? Je suppose que Pierre Girard y est pour quelque chose. Comment ça se passait avec Pierre ?
Mara Tremblay : C'est l'album qu'on a couréalisé à 3. Pierre il a appris à me connaître beaucoup. Il a appris aussi que je fais rien comme les autres puis que c'est ce que j'ai besoin. Quand tu as une confiance mutuelle comme ça entre trois personnes c'est juste facile. On ne se parle pas, on n'a pas besoin de se parler. C'est un fait depuis le début quand on travaille ensemble on se regarde puis quand ça se passe, ça se passe. On rit beaucoup mais on n'a pas besoin de parler pour travailler.
Hugo Lachance : Selon moi Tu m'intimides frôle la perfection. Le génie se trouve dans la cohésion parfaite entre quatre artistes brillants.
Mara Tremblay : C'est Pierre, moi, Olivier. Mais il faut pas oublier François Lafontaine, Daniel Thouin. Antoine Gratton qui a fait les arrangements de cordes pour la chanson "Tu m'intimides". C'est un amalgame de tous ces gens là. Et je pense que oui en effet Pierre Fortin, c'est la première fois qu'il pouvait mettre ce grand talent là en avant. Olivier entendait toutes les beats de drum dans sa tête donc Pierre était comme son exécutant même si Pierre avait beaucoup d'idées aussi.
Hugo Lachance : Qu'est-ce qui fait de cet album un classique selon toi ?
Mara Tremblay : Il n'y avait rien eu avant ce disque là qui sonnait comme ça. J'ai pas été où ce qu'on m'attendait du tout du tout. Les chansons ont été composées beaucoup au piano donc les mélodies étaient complètement différentes, ça amenait une voix différente aussi. Je pense que ce qui a fait la différence aussi c'est que pour la première fois j'ai offert des démos complètement dénudées à Olivier. D'habitude j'avais tout fait. Là c'était juste piano-voix ou guitare-voix.
Hugo Lachance : Les étiquettes c'est chiant, mais comment tu qualifierais ton album pour quelqu'un qui l'a jamais écouté ?
Mara Tremblay : Chanson pop-rock.
Hugo Lachance : On passe au segment présentation de l'album. Titre : Tu m'intimides. Année : 2009. L'album dure une demi-heure. Tu dis : "J'aime mieux 30 minutes de musique bien faite. Un album avec des tounes de trop ça m'énerve".
Mara Tremblay : Quand tu as fini tu le remets. La majorité du temps quand on fait des disques c'est sûr que j'ai beaucoup beaucoup beaucoup de démos. Comme là j'ai l'intention d'en faire 30 puis qu'on en garde 10. J'ai aucune idée de ce qui est arrivé aux autres chansons retranchées.
Hugo Lachance : Réalisation : Olivier Langevin, Pierre Girard et Mara elle-même.
Mara Tremblay : J'ai fait deux dépressions après. C'est exigeant faire des albums surtout quand ta mère vient de mourir.
Hugo Lachance : C'est quoi justement le contexte d'écriture de cet album là ?
Mara Tremblay : Le contexte d'écriture c'est que j'ai laissé mon conjoint de l'époque avec qui ça faisait déjà longtemps, Daniel Grenier, qui est un homme extraordinaire. Je suis encore fan finie de ce qu'il fait, c'est le meilleur père au monde. Mais en tant que femme on arrive à un moment de vie, préménopause, on va se le dire. C'est ça qui m'est arrivé. Puis j'ai su que ma mère avait un cancer fait que ça m'a comme viré à l'envers. Il faut que ma vie bouge fait que je suis partie. J'ai commencé à écrire comme une folle parce que les grosses décisions comme ça provoquent ça, la tête se met à entendre des tounes. Ma mère est décédée puis je l'ai accompagnée là-dedans.
Mara Tremblay : Après ça j'ai foncé dans... j'ai tombé après. J'étais voir un médecin il m'a donné des antidépresseurs c'était pire. J'étais voir un psychiatre il a fait : "Ben c'est parce que tu es bipolaire parce que quand tu es bipolaire tu peux pas prendre d'antidépresseurs. Ça empire ton état". S'en sont suivies de nombreuses années d'essais de médicaments. Rapidement quand j'ai commencé à prendre un régulateur d'humeur mon attention était plus présente. Ça a vraiment changé beaucoup de choses.
Mara Tremblay : S'en est suivi 16 années où mon psychiatre dit qu'il faudrait que tu passes un test pour le TDAH. J'ai finalement passé un test avec une neuropsy qui m'a dit : "Ben non tu es pas TDAH, tu es HPI donc avec un haut potentiel intellectuel". Ce qui explique plusieurs choses, qui explique aussi pourquoi j'ai été capable de dealer avec ma bipolarité toute mon enfance même si c'était difficile. J'arrivais à fonctionner pareil. Le HPI venait compenser tout ça.
Hugo Lachance : Est-ce que c'est une espèce de neurodivergence proche de l'autisme ?
Mara Tremblay : La douance en fait. À l'école c'était super facile pour moi, j'étais première de classe mais j'étais une espèce de bête.
Hugo Lachance : Je rencontre une personne comme ça, j'aimerais ça... je sais que tu t'es ouverte pour ta santé mentale. Je rencontre des adolescents qui ont 13, 14, 15 ans, qu'est-ce que tu aurais comme conseils à leur donner ?
Mara Tremblay : Je savais pas. Si j'avais pas eu la musique je sais pas où je serais. J'avais juste une amie. Je me faisais jeter dans le lac quand j'étais à l'école du Plateau. C'était l'horreur. Même malgré le diagnostic d'HPI je faisais encore des crises étranges. Il y a deux personnes qui m'ont ouvert des pistes sur l'autisme au féminin. J'ai été me faire tester avec une neuropsy spécialisée dans le HPI et l'autisme chez la femme. Après 10 heures de tests, j'ai eu mon diagnostic d'autisme aussi.
Mara Tremblay : Je suis une personne autiste bipolaire mais dont le HPI a toujours géré et tout ce qui est difficile et qui a toujours camouflé. La neuropsy m'a dit : "Mais tu dois tellement être fatiguée". Savoir ça maintenant ça enlève un poids. Ça me permet d'être moi-même, je suis tellement plus indulgente parce que je trouvais que j'étais une mauvaise amie parce que je vais pas vers les gens. Je suis pas capable d'aller vers les gens parce que je suis autiste. Je trouvais que j'étais une mauvaise personne en fait. Je travaille là-dessus depuis 16 ans mais c'est pas ça.
Hugo Lachance : Est-ce que ça commence à influencer ta création ?
Mara Tremblay : Je pense que je m'en serais pas sortie si j'avais pas été artiste. C'est la façon que j'avais d'être libre sans que ça paraisse. Je serais pas vivante en ce moment si j'avais une job de bureau. Il ne faut pas exiger des enfants différents qu'ils fonctionnent dans un milieu scolaire. On est trop exigeant envers les enfants différents.
Hugo Lachance : En 2025, comment ça va ?
Mara Tremblay : Super bien ! Christie oui c'est comme la vie s'ouvre là. Enfin je suis heureuse maintenant, c'est la première fois que j'ai pas envie de mourir. Tu sais quand tu es bipolaire c'est ça l'affaire c'est que tu as tout le temps la mort sur les épaules. Et là je vais tellement bien. Je suis mariée aussi j'ai un chum magnifique qui m'aide à comprendre pourquoi.
Hugo Lachance : Merci Mara de ton ouverture, je trouve ça très important ce que tu fais. On poursuit les crédits. Musiciens : Mélanie Auclair, François Lafontaine, Daniel Thouin. Studios : Frisson, La Chaloupe.
Mara Tremblay : Je travaille beaucoup en circuit fermé avec Olivier. Tu m'intimides a vraiment été enregistré... on a commencé avec le drum. Souvent tu fais un basic track guitare-voix mais là on installait Pierre.
Hugo Lachance : Mastering : Ryan Morey. La pochette maintenant. Les fans ont été surpris de te voir nue sur les photos. Tu dis : "Sur mes trois albums précédents je n'étais pas là. L'acceptation d'une carrière solo a été plus longue pour moi". Comment as-tu abordé le visuel ?
Mara Tremblay : Je suis née en 69, parents nudistes. Mon père répondait à la porte saumoné au livreur de pizza. Pour moi le nu n'est pas quelque chose de choquant. On était en poil tout le temps à la campagne. Chez nous j'étais un corps humain nu, ça m'a jamais choquée.
Mara Tremblay : Ma grand-mère était très impliquée dans les arts visuels à Chicoutimi. Mon père a ouvert l'Inspecteur Épingle, le premier bar à Montréal à exposer des toiles. Les arts visuels et chez moi c'est la même affaire. J'avais fait un show hommage à Pauline Julien et j'avais reçu un cadeau, un album de Pauline où on la voit jusqu'au torse où c'est son regard qui parle. Quand est venu le temps de choisir une pochette, j'ai fait : "Ah si le titre pourrait être Tu m'intimides mais avec juste mon regard". Avec rien d'autre que le regard. Pour moi c'était pas la nudité, le but c'était le regard. C'est ça qui fait tout le génie de la pochette. Pour moi la nudité... je suis pas nue Christie. J'ai des cheveux devant. Le statement que je voulais faire c'est dans la pureté puis dans l'affirmation de soi.
Mara Tremblay : Le plus important c'est que je venais de perdre ma mère et ma grand-mère en dedans de 3 mois. Le symbole de la féminité j'avais besoin de le porter. C'est à partir de ce moment-là où j'ai commencé à porter des robes sur scène, à me maquiller. J'avais besoin de me montrer dans cette simplicité.
Hugo Lachance : Ça s'entend dans la musique aussi. J'ai eu l'idée de demander à certaines personnes de te laisser des messages. Pierre Fortin t'a laissé un mot.
Pierre Fortin : C'est un petit mot pour te dire surtout merci. J'ai vraiment beaucoup de souvenirs de la préprod de Tu m'intimides qui était une rencontre artistique entre nous deux mais surtout humaine. On était tous les deux dans des intersections. Ce qui est beau c'est qu'on continue de collaborer. Tu m'intimides a été marquant pour ma carrière de batteur, c'est un album dont je suis le plus fier. Je t'aime fort.
Mara Tremblay : Oh my god ! En effet c'était une pierre tournante pour tout le monde mais surtout pour lui puis pour moi. C'est grâce à Tu m'intimides que les Cowboys ont engagé Pierre.
Hugo Lachance : Pierre Girard a aussi un message pour toi.
Pierre Girard : Salut Mara ! Ça a toujours été un énorme plaisir de travailler avec toi du premier jusqu'au dernier. Particulièrement sur Tu m'intimides que j'ai réécouté récemment, c'est quand même assez extraordinaire comme album. Je pense qu'au niveau de l'émotion c'est assez hallucinant. J'ai hâte à la suite, je pense qu'on va se revoir bientôt et je t'embrasse très fort.
Mara Tremblay : On va faire un autre disque ensemble. Pierre Girard... on était encore sur des consoles analogues pour Le chihuahua.
Hugo Lachance : On va passer au segment une chanson après l'autre. On commence avec "Toutes les chances".
Mara Tremblay : C'est que ça soit le drum qui commence l'album je trouve ça débile, la signature est là tout de suite. Tout le monde me dit : "Olivier Langevin c'est un génie", je fais : "Hé c'est la toune que j'ai composée dont je suis la plus fière de mes accords". Olivier a fait le bridge mais toute la suite d'accords j'étais toute seule dans ma cuisine. J'étais complètement amoureuse, je venais de rencontrer Antoine Gratton. Cette chanson là c'était comme je pouvais pas lui faire une toune plate là. C'était ces accords là.
Hugo Lachance : "J'ai toutes les chances d'échapper mon cœur", c'est très beau.
Mara Tremblay : Il y avait une toune qui était une fan finie de cette chanson là et son amoureux plus lettré lui avait dit : "Oui mais ça se dit pas échapper son cœur". C'est une image, un précipice inconnu, c'est la raison même de la poésie.
Hugo Lachance : On continue avec "Tu n'es pas libre".
Mara Tremblay : Encore une fois Pierre Fortin ! C'est l'enfer. C'est une chanson magnifique. Composée au piano ce qui explique la voix plus haute. Antoine enregistrait un de ses albums puis j'étais allée le rejoindre au studio. Il était en train d'enregistrer une toune pour son ex qui était encore très présente. Ça m'a fait rendre compte que quand tu tombes amoureux tu tombes amoureux de son histoire. Il faut que tu aimes l'histoire de l'autre parce que l'autre ne serait pas ici avec toi sans ça. Je suis revenue chez moi, j'ai pris le piano et la chanson est sortie.
Hugo Lachance : On va passer à "Sous les projectiles".
Mara Tremblay : Chanson composée au piano. Quand ma mère était sur son lit de mort elle m'a dit : "La Gestapo vient me chercher, Mara aide-moi". C'est une chanson sur le temps qui passe puis sur les derniers instants de ma mère. Je l'écoute jamais. Quand je réécoute mes albums je capote ma vie, je trouve ça vraiment bon, je suis vraiment fière.
Hugo Lachance : On continue avec "Hydrocarbone".
Mara Tremblay : J'étais arrivée avec une série d'accords au studio. Olivier dit : "Ben là va falloir que tu trouves des paroles". Il m'appelle, il dit : "Arrête tout, j'ai un texte". C'est notre première vraie collaboration musique-paroles avec Olivier.
Hugo Lachance : Avec un autre classique : "Le printemps des amants".
Mara Tremblay : C'est la première chanson que j'ai écrite pour Tu m'intimides. C'est une chanson d'espoir pour un couple qui bat un peu de l'aile. J'espère que dans le nord de notre amour il y a un vent qui va nous ramener. C'est une chanson pour Daniel. Elle fitait pas sur le disque, on la trouvait plate en mort, trop country. Un moment donné en studio je dormais dans le coin, Olivier il gossait sur un string ensemble. Je me suis levée d'un bond, j'ai fait : "C'est ça !". Ça a donné la toune qu'on connaît.
Hugo Lachance : "D'un côté ou de l'autre".
Mara Tremblay : Une chanson pour ma maman qui commence avec un projecteur de Super 8 parce que toute mon enfance mon père avait un Super 8. Ma mère était une personne extrêmement libre. Elle est partie vivre en Tunisie pendant que j'avais 14 ans. Elle m'a quand même tracé un chemin extrêmement magnifique. Elle m'a appris à être une mère. J'ai appris à marcher en suivant ses traces.
Hugo Lachance : La chanson titre : "Tu m'intimides".
Mara Tremblay : Tu sais quand tu rencontres quelqu'un puis que tu es plus capable de parler, tu perds tous tes moyens. Cette chanson là c'est sur ce sentiment de complètement... je suis pas toute seule à sentir ça. J'avais rencontré quelqu'un puis c'était vraiment fort. On avait chacun quelqu'un d'autre dans nos vies. Cette chanson là est pour lui puis je pense qu'il l'a jamais su.
Hugo Lachance : "Devant l'orage". Une pièce acoustique d'une rare candeur.
Mara Tremblay : J'avais rencontré Antoine lors d'un show. Je l'ai vu dans la loge en train de faire des arrangements. Ce gars là c'est un génie. Je suis rentrée à la maison, j'étais complètement bouleversée et il pleuvait. C'est la vraie pluie qu'on entend sur l'album. Je ressentais cet orage là à l'intérieur de moi. J'ai posé une enregistreuse sur la table et j'ai chanté. J'ai pas pu refaire ça en studio, il y avait de quoi de parfait là.
Hugo Lachance : "Plexus solaire".
Mara Tremblay : C'est clairement ma réaction au décès de ma mère puis à ces derniers moments là. "Les armes sont tombées au combat".
Hugo Lachance : On finit avec "Le bruit".
Mara Tremblay : Je me souviendrai toujours de François Lafontaine quand il joue là, il était sur le piano à queue. Ça se tord de la balle. Je me souviens qu'on était en studio, j'avais pas de texte. C'est un de mes textes favoris. Je trouve que ça ferme super bien l'album.
Hugo Lachance : Mara, on a passé à travers l'album. Top 3 du moment ?
Mara Tremblay : "Devant l'orage", "Tu n'es pas libre" puis "Toutes les chances".
Hugo Lachance : Qu'est-ce qui te rend heureuse dans cet album ?
Mara Tremblay : Il représente une tranche de ma vie extrêmement importante, qui est à la fois la plus noire et la plus lumineuse.
Hugo Lachance : Où peut-on se procurer l'album ?
Mara Tremblay : Chez tous les bons disquaires pour le Record Store Day. Je vais tourner à partir de 2027, en attendant venez voir Hauterive.
Hugo Lachance : Des projets ?
Mara Tremblay : On va sortir 3 tounes avec Hauterive. Et surtout je travaille sur un nouvel album avec Olivier pour une sortie à l'automne 2026.
Hugo Lachance : En terminant, le défi d'inviter quelqu'un.
Mara Tremblay : Catherine Durand. S'il y a quelqu'un qui m'intimide, c'est Catherine Durand.
Hugo Lachance : Mara Tremblay, merci beaucoup. On se revoit pour un autre épisode de l'album podcast.