Vulgaires Machins : Contempler l'abîme
Vulgaires Machins : Contempler l'abîme
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Vulgaires Machins : https://www.vulgairesmachins.ca/
À l’occasion de la sortie de leur huitième album, Guillaume Beauregard, Marie-Ève Roy et Maxime Beauregard se sont posés au micro de L'Album Podcast pour un entretien exclusif. Au programme : trois décennies de punk rock engagé, l'évolution de leur message social et les secrets de production de leur virage le plus audacieux à ce jour.
C’est le 5 novembre 2025, dans l’intimité du studio La Salle des Tortues à Montréal, que les Vulgaires Machins ont pris le temps de regarder dans le rétroviseur. Formé au milieu des années 90 pour tromper l'ennui du secondaire à Granby, le quatuor — complété par Pat Sayers — s'est rapidement imposé comme une figure de proue du rock québécois.
Leur nom de groupe, presque choisi comme une blague d'adolescents (« Vulgaire comme un objet, machin comme une patente », rappelle Guillaume), cache pourtant un sens aigu de la critique sociale. Depuis leurs débuts, ils n'ont jamais cessé de bousculer la machine humaine et de dénoncer les dérives du capitalisme sauvage. Une posture qui n'a pas pris une ride, comme le soulignait déjà Guillaume Beauregard dans les archives du groupe en 2000 :
« On n’a qu'à regarder dehors : les gens qui dorment sous les ponts, la politique... il s’installe une espèce de fascisme du capitalisme où l’on devient des machines. »
Cet épisode de L'Album Podcast retrace les grandes étapes de leur discographie, nourri d'archives de La Voix de l'Est et du Devoir. On y replonge dans l'époque de La vie est belle (1996) et l’apprentissage du Do It Yourself (DIY), suivie de la consécration d’Aimer le mal (2002) qui marquait l'arrivée de Pat Landreville à la batterie. Le groupe aborde aussi le sommet de production qu'a représenté Compter les corps (2006) sous la gouverne de Gus van Go, jusqu'à leur retour post-pandémique teinté de New Wave avec Disruption (2022).
L'histoire des Vulgaires Machins s'est aussi écrite à travers les rencontres et la solidarité de la scène locale. L'épisode est d'ailleurs parsemé de témoignages de figures marquantes :
Vincent Peake (Groovy Aardvark) se remémore leur collaboration sur scène pour le titre Égaliser l'erreur.
Bruno des Marmottes Aplaties évoque l'esprit punk des débuts, du tout premier concert au Cégep de Granby en 1995 jusqu'au passage mémorable aux FrancoFolies de Montréal en 1999 sous une chaleur étouffante de 31 degrés.
Joakim Morin (Speed Massacre) rappelle quant à lui l'époque épique des tournées à l'ancienne, à la frontière entre les cartes routières papier et l'arrivée des premiers GPS, sans oublier leur victoire surprenante au Sunnymead Picnic Playoffs en 1998 devant un groupe alors émergent : Blink-182.
Sorti le 14 novembre 2025 sous l'étiquette Costume Records, Contempler l’abîme marque une rupture stylistique majeure et une ambition technique inédite pour la formation. Toujours réalisé par leur complice historique Gus van Go, cet opus se déploie comme un album-concept de 12 pistes axé sur le temps, la finitude et la crise du consumérisme.
00:00:11 // Terminé le fun
00:05:02 // Om mani padme hum
00:08:07 // Travail à la chaine
00:11:53 // L'effondrement qui vient (feat. Jenny Salgado)
00:16:07 // On continue
00:19:27 // Encore du soleil pour quelques heures
00:23:25 // Tout recommence
00:26:07 // Avalanche
00:29:23 // Il faut se jeter à l'eau
00:33:02 // Libérer la foudre
00:37:45 // Faire sécession
00:40:23 // Me croire seul à me croire inutile
Pour porter cette œuvre globale, le groupe a fait un pari audacieux : intégrer les arrangements complexes de Guido Del Fabbro, interprétés par les 50 musiciens de l'Orchestre symphonique de Budapest. Enregistrée à distance via Zoom pour des raisons d'accessibilité financière, cette collaboration apporte un souffle épique et dramatique aux compositions.
La création de l'album s'est faite dans une démarche d'indépendance d'écriture, Guillaume et Marie-Ève ayant composé leurs morceaux respectifs en solo pour préserver l'authenticité de leur vision avant de tout fusionner en studio (au Studio PM et au Studio Giant). En entrevue, les membres décortiquent la structure et les secrets de fabrication des pièces maîtresses :
Terminé le fun : Ce titre d'ouverture amorce l'album « par la fin » en traitant de la disparition d'une civilisation. L'écriture de Guillaume y a été profondément influencée par les réflexions du philosophe français Bernard Stiegler sur le consumérisme.
Travail à la chaîne : Porté par un rythme mécanique qui évoque l'aliénation moderne, ce morceau a initialement été composé par Marie-Ève au piano avant de trouver son énergie punk.
L’effondrement qui vient : Une chanson sauvée de la corbeille par Marie-Ève et Gus van Go, enrichie par une collaboration organique avec la rappeuse Jenny Salgado (J.Kyll), créant un pont puissant entre le punk et le hip-hop engagé.
On continue : Sous des airs faussement légers et une musique "funny" qui détourne les codes de Star Academy, la pièce frappe fort en abordant des sujets lourds comme les armes à l'école et les troubles alimentaires.
Sur le plan sonore, Maxime Beauregard explique avoir cherché une texture moderne et tranchante pour sa basse en empilant trois pistes de pédales de distorsion (fuzz) distinctes. Pour transposer ces textures denses et les élans New Wave de l'album sur scène, le groupe annonce l'intégration de la musicienne Lisa pour la tournée à venir.
Enfin, cet album marque un tournant personnel important pour Guillaume Beauregard, qui évoque pour la première fois l'impact positif de sa sobriété sur son processus créatif. Loin d'être un frein, il la décrit comme un allié majeur qui lui a offert plus de contrôle, une lucidité mélodique accrue et un plaisir d'écrire beaucoup plus vif et présent.
Pour la première fois, Guillaume Beauregard aborde l'impact de sa sobriété sur son travail. Il décrit la sobriété comme un "bel allié de la création", offrant plus de contrôle, de plaisir et une lucidité accrue sur le plan mélodique et lyrique [34:58].
"Le plaisir que j'ai pris à écrire est beaucoup plus vif et présent." — Guillaume Beauregard [35:06].
À quelle date et dans quel lieu cet épisode a-t-il été enregistré ? L'épisode a été enregistré le 5 novembre 2025 à la salle des tortues à Montréal.
Quel est l'album d'enfance qui a le plus marqué Guillaume Beauregard ? Il s'agit de l'album Thriller de Michael Jackson, qui a été son premier vinyle.
Quels ont été les premiers instruments respectifs des trois membres présents ? Guillaume Beauregard a commencé avec la guitare, Marie-Ève Roy a également débuté par la guitare, et Maxime Beauregard est passé du air guitar à la basse.
Quelle est l'origine du nom du groupe « Vulgaires Machins » ? Le groupe voulait un nom qui ne les enferme pas dans un style précis (comme les noms en « -métalo » de l'époque) et qui ne voulait rien dire : « Vulgaire » comme un objet commun et « Machin » comme une patente quelconque.
Comment le groupe a-t-il réussi à inclure un orchestre symphonique sur l'album Contempler l'abîme malgré l'absence de subventions ? Ils ont fait appel à l'Orchestre symphonique de Budapest, qu'ils ont enregistré à distance via Zoom. Cette méthode était beaucoup plus accessible financièrement qu'un enregistrement à Montréal.
Qui est le philosophe cité et honoré par Guillaume Beauregard sur l'album ? Il s'agit de Bernard Stiegler, dont les réflexions sur la technologie, le capitalisme et le consumérisme ont beaucoup inspiré Guillaume durant la pandémie.
Quelle est la signification du mantra « Om Mani Padme Hum » mentionné dans l'une des chansons ? C'est un célèbre mantra bouddhiste signifiant « le joyau du lotus », symbolisant la fusion de la compassion et de la sagesse.
Quel groupe de hip-hop québécois collabore sur la chanson « L'effondrement qui vient » ? Il s'agit de DVTR (Jenny, alias Jill Salgado), avec qui le groupe entretient une connexion humaine et artistique depuis une première partie mémorable au Métropolis.
Quelle est la particularité sonore de la basse sur cet album selon Maxime Beauregard ? L'album utilise massivement un concept de « fuzz » et de distorsion (avec parfois trois pistes de pédales différentes) pour donner un son plus moderne et tranchant que sur les albums précédents.
Quel groupe légendaire québécois est salué via un hommage dans l'interlude de l'album ? L'interlude est un hommage au groupe Harmonium, offrant un moment de pause et de respiration symphonique dans l'album.
Transcription complète des épisodes Vulgaires Machins : Contemlper l'abîme