Transcription intégrale de l’épisode avec Danny et Vincent Peake Groovy Aardvark : Eater's digest (1re partie)

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Avertissement : Cette transcription est le fruit d'une collaboration avec une intelligence artificielle qui fait de son mieux, mais qui ne saisit pas toujours toutes les "subtilités" de nos discussions.  Le fichier audio/vidéo original demeure la seule référence officielle. Si un passage vous semble bizarre, faites confiance à vos oreilles et allez écouter l'épisode !


Hugo Lachance : Nous sommes le 14 avril 2026, en provenance de la Salle des tortues à Montréal, et aujourd'hui je reçois une fratrie, mais vraiment pas n'importe quelle fratrie. Ce sont deux frères qui nous font bouffer de la fourmi depuis plus de 40 ans et puis on est là pour célébrer leur premier album. Je reçois Dany Peake et Vincent Peake à l'Album Podcast.

Dany Peake : Bonsoir.

Vincent Peake : Bonjour.

Hugo Lachance : Et bonjour à tous. Avant de vous présenter dignement mes invités, je tiens à remercier les nouveaux abonnés. Pour ceux qui ne l'ont pas encore fait, venez nous rejoindre sur YouTube, sur Instagram et Facebook; on a besoin de ça pour faire mousser le podcast, c'est important. Alors, c'est un petit geste qui prend deux secondes. Allez le faire tout de suite, on vous attend. Allez vous abonner, ça fait toujours plaisir.

Aussi, je tiens à remercier Véro qui nous prête la Salle des tortues. Si vous avez besoin d'un lieu fantastique, un service qui est incroyable, une belle salle écran vert pour tourner des vidéoclips, des sketchs d'humour pour la télé ou pour des podcasts, contactez Véro. Cherchez sur les réseaux sociaux, vous allez trouver la Salle des tortues, une salle qui est tout équipée avec un service incroyable. On remercie Véro de nous prêter sa salle.

Aussi, l'épisode est commandité par la microbrasserie Hopera de Jonquière. Évidemment, on a de bons liens avec Hopera Jonquière. Tout d'abord, c'est un restaurant-bar qui est sur la rue Saint-Dominique, mais ils ont ouvert aussi une usine en plein cœur du parc industriel à Jonquière. C'est une place où ils brassent leur bière, bien entendu, mais il y a aussi un petit pub qui est vraiment sympathique. Vous pouvez aussi aller voir des fermenteurs qui ont été baptisés au nom de WD-40, Anonymous et Groovy. Merci à Vlad et son équipe. Dany Peake et Vincent Peake, bienvenue à l'Album Podcast !.  

Dany Peake : Salut Hugo.

Vincent Peake : Merci.

Hugo Lachance : Enfin! Ça fait une coupe d'années qu'on en parle.

Vincent Peake : Oui, oui, oui, oui.

Hugo Lachance : Mais je suis vraiment content parce que Dany est là aujourd'hui.

Dany Peake : Ça ne sera pas juste Vincent qui va parler, mais je vais essayer de mimer une coupe de fois, mais ce n'est pas facile avec lui. Il avait déjà le goût. Je vais laisser plein d'espace parce que Dany a une voix radiophonique hallucinante.

Dany Peake : Ouais c'est vrai, j'avoue.

Hugo Lachance : Ça donne le goût de s'acheter des écouteurs pour vrai. On est ici pour parler du 40e anniversaire de la formation du groupe.

Vincent Peake : Exact. Groovy a eu sa première jam au local chez Émile, dans le Centre-Sud, le 10 novembre 1986. On calcule que c'est là que ça a commencé.

Hugo Lachance : OK, parfait. Donc cette année, c'est votre 40e anniversaire.

Vincent Peake : Oui

Hugo Lachance : Super. Avant de parler de ça, je pose toujours les mêmes questions à tous mes invités histoire de mettre tout le monde sur un même dénominateur. Alors on va commencer par toi, Dany.. Probablement que ce sera la même réponse : Dany, c'est un p'tit gars de où ?.

Dany Peake : On est nés à Belœil, au 261 rue Belœil à Belœil. La particularité de cette rue-là, c'était qu'elle est très, très courte et on était la seule maison sur la rue Belœil. 

Vincent Peake : Sur cette portion de rue Belœil-là parce que la rue Belœil continuait un peu plus loin. Mais peu importe, continue parce que l'ingénieur civil s'est trompé. Il a décalé d'à peu près 50 mètres. Il y a deux petites rues Belœil et chacune a une adresse.

Dany Peake : On a grandi là, on est nés là, on a partagé la même chambre dans des lits superposés de 0 à 17 ans. Je pense que je peux dire avec certitude qu'il n'y a pas grand monde qui connaît mon frère plus que moi. 

Vincent Peake : En plus, on était pensionnaires ensemble dès la 2e année du secondaire.

Hugo Lachance : Ah ouais ? Waouh ! Tant que ça ! Puis ton album d'enfance, c'est quoi ? Le plus loin dont tu te souviennes ?.

Dany Peake : Oh mon dieu, je suis vieux, c'est Vincent. On a 16 mois de différence.

Hugo Lachance : OK, 16 mois, si je ne me trompe pas.

Vincent Peake : Juin et novembre, on a gagné deux mois. C'est vrai, tu as raison que je suis un petit peu plus vieux de quelques mois.

Dany Peake : Le plus loin dont je me souviens, mon album d'enfance, je te dirais qu'il y en a deux qui me viennent en tête. Le premier, c'est un album de Noël, un album du Docteur Seuss, The Grinch That Stole Christmas. Celui-là, c'était l'histoire du Grinch racontée sur l'album avec les chansons par Boris Karloff. Le deuxième qui me vient à la tête, c'est un disque québécois de Jim et Bertrand qui s'intitule La tête en gigue.

Vincent Peake : C'est vraiment avec cet album-là qu'on a découvert la musique et les harmonies vocales. Je me souviens quand on faisait de longues randonnées en voiture; ma mère, Normande, mettait ça, elle l'avait en cassette. Elle mettait ça dans la voiture puis on se pratiquait à chanter les harmonies. C'est vraiment le plus loin dont je me souvienne, c'est là que mon engouement pour la musique a commencé.

Vincent et Dany Peake (harmonie) : « J'ai la tête en gigue, le cœur en septembre, me voilà enfin au large, au radeau chaviré, la marée est haute, perdu dans ton regard ». On s'en souvient encore.

Hugo Lachance : Wow ! Cool.  C'est malade. On continue : ton album d'adolescence, celui qui t'a formé ?

  Mon album d'adolescence, c'est probablement celui sur lequel j'ai appris à faire mon premier beat : c'est Back in Black d'AC/DC.

Hugo Lachance : Ah ben là, le beat !.

Dany Peake : C'est la toune sur laquelle j'ai appris à faire mon premier beat, ça commence avec du drum, si je me souviens bien : c'est « You Shook Me All Night Long ». Celui-là, c'est la première fois où il y a un rythme qui est tout le temps là, avec un son grave et un son de snare. C'est là que j'ai appris à décortiquer ça.

Hugo Lachance : La prochaine question est pour vous deux. Qu'est-ce qui jouait dans le char de vos parents ou à la maison ?.

Vincent Peake : À part Jim et Bertrand, nos parents n'écoutaient pas tant de musique, les deux travaillaient beaucoup. Mon père trippait sur les Big Bands, il trippait jazz pas mal. Mais ça, c'était à la maison. 

Dany Peake : Je me souviens qu'il nous avait acheté un disque de CCR, le Greatest Hits de CCR. On était trop jeunes à l'époque pour apprécier, on a apprécié le disque un peu plus tard. 

Vincent Peake : Mon père avait une Pontiac Parisienne, c'est un char qui en prend trois. Il n'y avait pas de lecteur de cassettes, il y avait la radio avec les boutons-pression. Mais je me rappelle qu'on écoutait Grease, la trame sonore de Grease. C'est vraiment bon. Et Night Fever aussi. C'était un gros disque pour l'été 77. C'était gros parce que Star Wars est sorti, Night Fever, Grease, puis l'année d'après, les Canadiens de Montréal n'arrêtaient pas de gagner des Coupes Stanley. On était heureux.

Hugo Lachance : C'étaient les soundtracks qui étaient à l'honneur. OK, cool. Et puis Dany, à quel moment as-tu réalisé que la musique allait être fondamentale pour toi ?

Dany Peake : Je dirais quand j'ai découvert le métal. Le premier band métal, c'est Iron Maiden, je pense.

Vincent Peake : Ben métal proprement dit, oui. Parce qu'avant ça, tu avais Van Halen, mais Black Sabbath est venu plus tard. C'est venu un petit peu plus tard parce qu'on était abonnés à Columbia House. On a eu Judas Priest, Sin After Sin et Sad Wings of Destiny. Le deuxième de Judas Priest a été une grosse influence pour nous. 

Dany Peake : En fait, dans notre chambre qu'on partageait dans nos lits superposés, on avait un système de son. Tous les soirs, en se couchant, on mettait un disque.

Hugo Lachance : Ah ouais cool?

Dany Peake : Celui qu'on a mis le plus souvent, c'est 2112 de Rush. Moi, je m'endormais tout le temps là-dessus parce que je visualisais l'histoire qui est racontée sur le premier côté : le gars qui découvre la guitare, qui l'accorde, puis il va la présenter aux prêtres, mais ils ne veulent rien savoir de la musique. Ils ne comprennent pas la magie qu'il a dans ses mains. Je partais dans mon sommeil et je rêvais à ça. Rush, 2112, c'est un gros morceau aussi.

Hugo Lachance : Ton album d'enfance à toi, Vincent ?

Vincent Peake : C'est ma mère qui m'a raconté ça. Je devais commencer à marcher. Ma mère dort puis elle entend le 45 tours des Beatles, « Come Together », avec la pomme qui tourne. J'appelais ça la pomme qui tourne. J'avais réussi à grimper sur le pouf, à monter le système — c'étaient de gros systèmes de son en bois — puis à mettre le plastique en plein milieu sur le 45 tours pour entendre « Come Together ». Je trouvais ça magique. Il y avait quelque chose dans le son qui me fascinait bien raide, ça ne ressemblait pas au jazz qu'on écoutait plus souvent ou à la radio. De l'autre côté, c'était « Something », qui était la deuxième chanson sur Abbey Road. Je ne pouvais pas croire que c'était le même band qui faisait deux tounes aussi brillantes et aussi différentes l'une de l'autre. Je suis devenu fan des Beatles avant même de connaître les Beatles. Ma mère nous a donné un disque live des Beatles, The Beatles at the Hollywood Bowl, des spectacles de 64 et 65. Elle nous a acheté ça et pour moi, c'est là que j'ai su que je voulais faire de la musique dans la vie. L'énergie live de ce band-là et la furie des filles, c'était l'apothéose totale, le début du fandom. Après ça, on veut juste faire de la musique. Je trippait sur les mélodies pop et sur le drum puissant de Ringo Starr; tout ça mis ensemble a été un déclencheur pour vouloir poursuivre dans cette voie-là.

Hugo Lachance : Ton premier instrument ?.

Vincent Peake : Mon premier instrument, c'est le piano. Comme Dany. 

Hugo Lachance  :Il y avait un piano à la maison? 

Vincent Peake : Ma mère avait fait une chambre d'invités avec des tapisseries vert et jaune, c'était très années 60 et 70, et elle avait peinturé le piano en vert pour que ça fitte. 

Dany Peake : Il est toujours chez nous, désaccordé maintenant. 

Vincent Peake : Elle nous a fait prendre des cours de piano les samedis, mais on était déjà pensionnaires à ce moment-là. Passer notre samedi avant-midi à pratiquer pour aller au cours à 15 h, c'était dur parce qu'on entendait tous nos amis jouer dehors pendant ce temps-là. Ils avaient hâte de voir les frères Peake arriver parce qu'on n'était pas là de la semaine. Dany avait un talent inné pour le piano que je n'avais pas. Dany a appris à lire la musique assez rapidement. Même s'il était plus vieux, je me disais que mon petit frère était meilleur que moi.

Dany Peake : Tu ne m’avais jamais dit ça!

Vincent Peake : Moi, je trichais : je faisais semblant de lire la partition mais je l'avais apprise par cœur. Ça ne m'intéressait pas de lire, mais j'étais capable de la jouer par cœur. La prof avait dit : « Ton petit triche, mais il a de l'oreille parce qu'il a appris la toune par cœur ». Elle avait reconnu que j'avais de la mémoire et de l'oreille. Ça a été le piano, mais Dany a poursuivi et il a écrit des compositions au piano alors qu'il avait genre 6 ans. C'étaient de belles tounes à la Jean-Michel Jarre avec des mouvements. Je me rappelle, ses petits pieds ne touchaient même pas à terre avec sa salopette rose et blanche, et il était en train d'créer de la belle musique. On était vraiment fascinés. Jusqu'à l'adolescence, on faisait des partys chez nous et inévitablement, Dany se mettait au piano, on se mettait tous à l'entour de lui et il jouait ses compositions.

Hugo Lachance : Comment es-tu tombé à la batterie, Dany ?.

Dany Peake : En fait, l'école de musique appartenait à Madame Boisvert, elle s'appelait Ginette. Elle voyait le talent en moi parce qu'elle me faisait jouer dans le centre d'achat. Il y avait un piano là, au milieu du centre d'achat, à la même place où le père Noël vient pour Noël. Elle me demandait de jouer là; j'étais stressé, mon gars !. J'étais jeune, j'avais 8 ou 10 ans. Je jouais de gros morceaux comme « La Galopade ». Durant la semaine, je ne pouvais pas pratiquer parce qu'on était pensionnaires, donc je pratiquais genre une heure avant d'aller au cours.

Hugo Lachance : La musique vous sortait par les oreilles déjà.

Vincent Peake : En réaction à ça, j'ai demandé à jouer de la guitare parce que je voulais changer d'instrument et développer mon talent d'une autre façon. J'ai trouvé la guitare assez facile à apprendre. Dany a toujours joué de la guitare sur ses genoux, un peu comme de la slide; notre grand-père jouait de la slide. J'ai pris des cours de guitare beaucoup plus tard au cégep, mais je me suis toujours accompagné à la guitare et j'apprenais toutes les tounes, j'étais capable de jouer 2112 par cœur. Je pratiquais énormément et je suis devenu assez bon pour faire les accords en succession et chanter en même temps.

Hugo Lachance : Et tu as switché à la basse pour quelle raison ?.

Vincent Peake : Ah ça, c'est parce que je me suis fait hacher le pouce. J'étais en train de couper du bois avec mon beau-père, j'avais 15 ans. Sa hache a pogné un nœud et a pogné mon pouce. Le bout est tombé, j'ai vu l'os. Ma mère a eu un flash de génie et m'a imbibé avec une ponce de gin. C‘est la première fois que je buvais du fort. On est allés à l'hôpital et ils m'ont recousu le pouce. J'étais dévasté parce que j'étais le guitariste. Ça a pris deux ans avant que je puisse plaquer un accord, je n'avais plus de force dans le pouce parce qu'il a été coupé à moitié. Quand Groovy est arrivé plus tard, Stéphane Vigeant était déjà guitariste et il est allé chercher Marc-André Thibert du groupe Bad Results. Marc-André avait une longueur d'avance sur nous parce qu'il faisait déjà des shows au Rising Sun dans le temps.: On était avec deux guitaristes et Marc-André avait une Gibson SG transformée en basse. Je me suis dit que les quatre cordes étaient les mêmes que sur une guitare. Je n'avais jamais touché à une basse de ma vie, mais on a recruté Dany et on est partis Groovy comme ça.

Hugo Lachance : Justement, on va tomber là-dedans. Le prochain bloc, c'est Groovy Aardvark Wikipédia : l'épreuve des faits. C'est un gros bloc parce que j'ai réuni votre discographie par rapport à ce qu'on peut trouver sur Wikipédia pour voir si les faits sont exacts. Groovy Aardvark est un groupe de rock alternatif originaire de Longueuil au Québec. Le groupe s'est formé en 1986, il s'est séparé en 2005 et a repris en 2011.

Vincent Peake : Oui, c'est bon ça. So far so good.

Hugo Lachance : Le groupe, initialement appelé Schizophrenic Muff Divers, était composé de cinq étudiants du cégep Édouard-Montpetit originaire de Longueuil au Québec. Les membres sont Vincent et Dany Peake, Stéphane Vigeant, Éric Lajambe et Marc-André Thibert. En 1987, le groupe change de nom pour Groovy Aardvark. Pourquoi avez-vous switché de nom ?.

Dany Peake : Parce que le chanteur est parti. Le premier nom du band était l'idée d'Éric Lajambe. On l'avait choisi comme chanteur parce qu'il avait une prestance; il était beau bonhomme, il avait les cheveux longs, il s'entraînait, il était bâti et il faisait le frontman parfait. 

Vincent Peake : Sauf que..

Dany Peake : Sauf que là, il ‘est mis à écrire des paroles.. 

Hugo Lachance : (rires)

Dany Peake :  Sauf qu'on a réalisé que ses paroles ne fittaient pas vraiment avec nous autres. 

Vincent Peake : Il ne savait pas chanter, il était atonal. Il n'était pas dans le temps non plus. Je me rappelle , il était capable de faire un handstand sur une main et il faisait des moves d’acrobatie pour impressionner le monde.  Éric Lajambe est un mathématicien aujourd'hui.  Je ne l’ai pas revu depuis ce temps là.  C’est lui qui avait trouvé le nom Schizophrenic Muff Divers. Au début, le groupe s’appelait Schizophrenic Muff Divers, ce qui se traduit vulgairement par « mangeur de plotte schizophrène »! à part ça, c’était pas dans nos cordes. C’est vrai que les paroles étaient scatologiques en tabarnique, ça. Ouais, c'était ordinaire. 

Vincent Peake : : Chapitre 7 : l'histoire du nom Groovy Aardvark. Quand on était jeunes, moi puis Dany, justement avant de pratiquer le piano, on avait le droit d’écouter les petits bonhommes le samedi matin. Dans Pink panther, Il y avait une segment qu’on adorait qui était The Ant and the Aardvark.

Hugo Lachance : Pink Panther ! Exact.

Vincent Peake : C’est l’émission de la Panthère Rose. Il y avait un segment où la fourmi est comme le gars conformiste qui est tout le temps en train de crier puis de s'enfuir. C'était John Byner qui faisait la voix puis on aimait l'accent, c'est un jeu de mots. On a accroché à ce personnage-là. Au début, je voulais appeler le band Aardvark Academy parce qu'avec les deux « A », je me disais qu'on allait toujours être en haut de la liste.

Hugo Lachance : Ouais ! Ben oui, ben oui.

Vincent Peake : Puis Marc-André avait « Groovy Petunias » en tête. Je trouvais ça un peu hippie. Fait qu’on a mixé ça pour faire Groovy Aardvark. En l’écrivant sur une ligne, c’était correct, mais en écrivant « Groovy » d’un bord puis « Aardvark » en dessous, on a tout de suite vu les deux « O » puis le “V» faire une face instantanément. Simon Dupuis, qui était notre graphiste et qui a fait le logo, est parti avec ça puis il a créé le logo le lendemain. OK. Fait qu'on avait un beau logo, un branding on peut dire assez fort. On est devenus Groovy Aardvark, même si c’était imprononçable pour 98 % des Québécois !. Fait qu’on est devenus « Groovy » assez vite. Le nombre de fois que ce nom-là était mal écrit... on ne pouvait pas avoir un t-shirt parce que c’était débile, ils ne savaient jamais où placer les deux « A », ils mettaient des « A » partout.

Hugo Lachance : Ouais, parce qu'au début c’était « A Groovy Aardvark », c’est revenu souvent ça ?.

Vincent Peake : Ouais, mais c’est à cause du « A », le monde se mélangeait. Mais au début, Grimskunk c'était « The Grim Skuns ». C’est devenu Groovy Aardvark par l’association de Aardvark Academy et Groovy Petunias, juste avant de sortir notre premier démo qu’on a fait au studio Harmonie à Longueuil en juillet 1987.

Hugo Lachance : Wow .

Vincent Peake : On s’appelait « The New SMD » avant ça, parce qu’on était déjà assez connus comme SMD dans notre clic, notre gang.

Hugo Lachance : Ouais.

Vincent Peake : Fait que là, j’ai changé de nom après huit mois qu’on était ensemble.

Hugo Lachance : Vous étiez déjà un vieux band ! Bien que les membres parlent nativement français, la majeure partie des chansons de l’album sont en anglais. Après cette première sortie, le groupe tourne deux mois au Québec.

Vincent Peake : Deux mois parmi tant d'autres !. En fait, on a commencé à organiser des shows à l’extérieur de Montréal. Il fallait le faire parce qu’il n’y avait aucune trace de faite à ce moment-là pour ce genre de musique là.

Hugo Lachance : OK.

Vincent Peake : Fait qu’il fallait trouver les gens qui étaient prêts à prendre un risque à produire un show du genre. C’était dans les sous-sols d’église, des salles communautaires. Évidemment, ce n'était pas encore  « 18 ans et plus »; on ne jouait pas tant dans les bars parce que nous on avait l’âge, mais pas tant notre public. On jouait le plus possible dans les salles all ages, mais on s’est rendus à Sept-Îles, on s'est rendus à Gatineau. On a comme créé un réseau.

Hugo Lachance : Ouais. Ben votre génération, dans le fond, vous avez fait beaucoup de défrichage. J’en parlais avec B.A.R.F. et bien d’autres groupes de cette époque-là.

Dany Peake : Oui, c'est parce qu'il n'y avait pas de réseaux sociaux, l'Internet n'existait pas. 

Hugo Lachance : Il n'y avait pas de circuit de spectacle. 

Vincent Peake : On n'avait pas de téléphone... bien, on avait un téléphone à la maison évidemment, mais on trouvait l’information là où on pouvait. Puis tu en appelles un, tu en appelles un autre : « Oui, je connais un chum ici qui est capable de faire un show ». En fait, c’était souvent des gars qui avaient déjà un band et qui voulaient jouer eux-mêmes, fait qu’ils nous invitaient, ils s’organisaient des shows. 

Dany Peake : On a défriché en faisant des spectacles plutôt qu'avec un enregistrement. Au départ, c’est clair.

Hugo Lachance : Chapitre 8 : la compilation Kitsch’En Squatt et les débuts. Est-ce que c’est votre premiere ça ?.

Vincent Peake : Non, c’est arrivé entre le premier puis le deuxième démo je pense. Notre premier démo, One Fine Day, date de 1987. Ensuite, on a été invités par Alain Bergeron de la Maison des jeunes de Laval pour faire une compilation qui s’appelle Kitsch’En Squatt, qui est devenue quand même assez légendaire avec les années.Et c’est là que vous avez rencontré Blacky de Voïvod. Ouais, c’est lui qui organisait ça. C’est le premier de Voïvod qu’on a connu. Puis il était habillé tout en noir, il était impressionnant en tabarnac !. Il parlait avec son accent de Kénogami. Je pense que c'était la première fois que j'entendais l'accent du Lac-Saint-Jean.

Hugo Lachance : Ah ouais ? OK.

Vincent Peake : J’ai toujours adoré l’accent du Lac, j’ai toujours aimé l’énergie du monde dans ce coin-là. Je pense que c'est un des premiers qu'on a connus qui avait cette énergie-là. Ça n'allait pas bien avec Voïvod déjà là. Il était en train faire Après Nothingface… Pis il était en train de chialer contre l’industrie, il n'était pas très positif, il ne nous encourageait pas tant que ça.

Hugo Lachance : Non ? Je pense que ça se résume à ça, pour le peu que je le connaisse.

Vincent Peake :  On ne l’appelait pas « Blacky » pour rien, c'était un nuage noir ! Mais il était super fin avec nous autres. On a travaillé ensemble pour faire la préproduction de Eater’s Digest à Eastman en 1993. On a passé un mois dans un chalet avec Jean-Yves Thériault à peaufiner cet album-là.

Hugo Lachance : Moi j'en parle parce qu'en 87, j'avais 12 ans. C'est là qu'en arrivant à Saint-Hubert, j'ai connu Groovy Aardvark à la Maison des jeunes. Vous avez fait un show, c'est là que je suis tombé sur vos démos. J'avais le premier démo, la compilation Kitsch’En Squatt, puis j'ai eu le CD de The Late Race to Zero. Justement, le logo que tu as, je l’ai tellement dessiné !

Vincent Peake : Ouais ! Je me rappelle de ce show-là, on avait joué avec le band à Renaud, Jester. On ne jouait pas souvent à Saint-Hubert. Je me rappelle aussi d'un show en 88 à l’École nationale d’aérotechnique, sur la base de l’aéroport. C’est la fois que Stéphane Vigeant ne s’est jamais réveillé puis qu’on a fait le show à trois !. Waouh !. 

Dany Peake : Il dormait chez eux. 

Vincent Peake : C’est la seule fois qu’un de nos membres ne s'est pas pointé. C’était un show de midi, il ne s’est jamais levé.

Hugo Lachance : On a failli jouer ensemble parce que quand j'étais à Saint-Hubert, j'avais mon premier band, Critical Mass. On avait organisé un show à Longueuil. Je me souviens de l'affiche faite à l'ordi, très basique. Il y avait Groovy dessus, mais finalement vous n'étiez pas là pour X raison. On n'a pas joué ensemble cette fois-là, mais je me souviens que notre nom était sur l'affiche. J'ai joué avec Pascal Vaillancourt, c'était mon premier band de flots. On était jeunes. 


Vincent Peake : Nous on a commencé plus tard que ça. Moi j'avais 19 ans, Dany avait 18 ans.

Dany Peake : On a commencé à 15 ou 16 ans avec des bands.  Moi j’étais avec Hellraid , toi tu étais avec Ablaze.

Hugo Lachance : . Ça fait longtemps! Moi j'étais en secondaire 2 à André-Laurendeau et je ne connaissais pas grand monde quand Pascal est venu me chercher parce que j'arrivais du Saguenay et que j'avais les cheveux longs !.

Vincent Peake : Les cheveux, ça comptait pour beaucoup dans le temps !. Pascal est devenu un régulier de nos jams du vendredi soir en haut du Delight Donuts, sur le chemin Chambly à Longueuil.

Hugo Lachance : Ah oui ! Ouais, c’est une belle époque

Vincent Peake : C'est là que vous avez connu vos amis d'aujourd'hui. Nos années d'or.

Hugo Lachance : On continue. Chapitre 9 : Vacuum. En 1996, le groupe publie son deuxième album studio. Le groupe connaît le succès grâce à cet album qui contient notamment le hit radio « Dérangeant », la reprise de « Le petit bonheur » de Félix Leclerc, ainsi que « Boisson d’avril » avec Yves Lambert et Michel Bordeleau de La Bottine Souriante. Ça a été votre « peak » en carrière, sans vouloir faire de mauvais jeux de mots ?.

Vincent Peake : Ouais, on l’entend souvent !. Il faut savoir que Martin Dupuis, qui a remplacé Stéphane Vigeant, est arrivé avec l’idée de faire une toune à répondre. Je suis le premier qu'il a fallu convaincre parce que je n'étais pas sûr du tout que c'était une bonne idée. Je me disais qu'on ne s'en allait pas dans cette direction-là, mais il est arrivé avec le riff. C’était comme du Iron Maiden ! Son riff était fort. C’est Martin qui a eu l’idée d’inviter Yves et Michel. Je lui disais : « Bonne chance, c'est inatteignable d'aller chercher le gars de La Bottine, c'est trop gros ! ». Puis 300 $ plus tard, Yves Lambert et Michel Bordeleau étaient au studio Plante Verte en train de cuter « Boisson d’avril » avec nous. Trois heures plus tard, c’était fait !.

Hugo Lachance : Waouh !.

Vincent Peake : Martin avait raison, sa vision, il l’a tenue d’un bout à l’autre. Je n'avais plus besoin de me faire convaincre. La toune était bien bâtie étape par étape. Ça jouait au Bleu est Noir, le monde dansait là-dessus, c’était « hot » à voir !.

Hugo Lachance : Ta voix est tellement bonne là-dessus !.

Vincent Peake : Merci ! Le mix avec Yves est trippant, ça crée une dynamique. C'est un beau riff, encore aujourd'hui les chansonniers font du « back playing » pour essayer de le jouer avec les harmonies de guitare. C’était parfait pour Groovy, on a toujours été de gros fans de Maiden.  Martin qui avait une couple d’années plus jeune que nous a fait son entrée de façon remarquable

 Hugo Lachance : Puis « Dérangeant » qui est passé à la radio, quelle surprise !.

Danny Peake : Normand Brathwaite trippait sur cette toune-là et il la mettait souvent à son émission du matin, de 5 h à 9 h à CKOI. C’était considéré comme assez rock et il la mettait au réveil. Il trippait sur les paroles, ça lui faisait probablement penser à quelqu'un. Sans le savoir, il nous a donné un  fier coup de main. 

Vincent Peake : Ce que peu de gens savent, c’est que ce riff-là a été écrit originalement par Stéphane Vigeant, mais je l’ai mis bien plus rapide.

Hugo Lachance : OK.

Vincent Peake : C'est une chanson dédiée à un gars qui s'appelle Jean Langlois, qui nous a menti et volé sans bon sens. Une des nombreuses histoires de merde que Groovy a eues dans sa carrière. On est des monster magnets faut croire ! On est du bon monde, on ne méritait pas ça. Mais pour tout le mal qu'il nous a fait, je le remercierais toujours parce que c’est la toune qui fait le plus de « cash » dans ma vie ! à chaque chèque de SOCAN que je reçois, je dis merci Jean Langlois. Trente ans plus tard, c’est encore la toune qui me donne 80 % de mes droits d’auteur (Socan) parce qu’elle joue beaucoup sur Internet.

Hugo Lachance : Elle vieillit bien!

Vincent Peake : Et elle ne ressemble à rien d'autre. C'est pas une toune évidente à jouer, ça va vite !. MusiquePlus avait une émission, Rock n' Road, où ils engageaient des bands pour faire des reprises. Dans une section, il y avait deux bands en compétition : un faisait une reprise de Puit sans fond de Vulgaires Machins, l’autre faisait « Dérangeant ». Ils avaient une semaine pour apprendre ça... ils se sont plantés, mon gars !. C'est pas facile. Groovy, on est tout le temps sur les ups!  L’autre affaire c’est dans Boisson d’avril, c’est le paradiddle qu’il fait dans le milieu.

Hugo Lachance : Est-ce qu'il y a une toune de Groovy qui est facile à jouer pour le commun des mortels ?

Vincent Peake : Celles que j’ai écrites à la guitare, comme « Sein Matériel » ou « No Solution », sont jouables, mais elles sont rapides. On a pratiqué en maudit pour être aussi « tight ».

Hugo Lachance : Chapitre 10 : le son Groovy Aardvark. Le son Groovy Aardvark ça vient d'où ?. Je sais que Frank Zappa revient souvent.  Ça parrait que vous avez une grande connaissance musicale.

Vincent Peake : Au départ, avec Stéphane Vigeant et Dany, on avait un trio et on pratiquait du Suicidal Tendencies. On a connu D.R.I. et le speed metal. On avait l’âge exact pour le « crossover ». On avait 15 ou 16 ans quand Slayer et Mercyful Fate sont sortis; c'était une course à savoir quel band allait clencher l'autre en vitesse !. C'était notre influence numéro 1 au début, avec Iron Maiden, Motorhead puis ensuite le prog.

Hugo Lachance : C'est là que je voulais en venir.

Vincent Peake : Mon premier appart, c'était avec Sylvain Bouchard, qui est devenu notre gérant. Il était le « dealer » du cégep, donc le plus riche que je connaissais !. Il avait quelques années de plus que moi et quand j’ai déménagé chez lui, j’ai découvert Genesis, Yes, Mahavishnu Orchestra, Gentle Giant, Harmonium et Charlebois. Ça a ouvert mon univers totalement. Tout d'un coup, notre « speed core » a pris une tangente plus progressive. On l’entend beaucoup sur The Late Race to Zero.

Hugo Lachance : Chapitre 11 : Kitsch’En Squatt (encore). Vous étiez avancés techniquement si on prend la compilation Kitsch’En Squatt c’était basé sur le punk pour la plupart sauf Possession Simple. 

Vincent et Hugo : T’es dans un parc avec tes chums / Pis tu fumes un joint / La police t’arrête / Ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta t’arrête!

Vincent Peake :  J’ai connu Éric Goulet dans ce temps-là.

Dany Peake : La toune qu’on avait enregistré pour cette compil c’était Ants have no chance ?

Vincent Peake : Oui, avec Blacky! Pis tu vois c’est une toune avec beaucoup de mouvements, des intros à la 12 cordes. 

Hugo Lachance : C’était tounes des tounes enregistrées en studio ou c’était une compilation de démos?

Vincent Peake : On avait fait un enregistrement spécial pour Kitsch’En Squatt, c'est Jean-Yves qui l'avait organisé. C'était la première fois que j'allais à Laval de ma vie !. Ça a eu un gros impact parce qu'au Québec, c'était l'une des meilleures compilations du genre.

Hugo Lachance : Moi ça m’a marqué profondément. 

Chapitre 12 : Oryctérope. Votre troisième album publié en 98 est francophone, sauf une chanson.  Ce qui est une première pour Groovy Aardvark.  J'imagine qu’au début, comme les BA.R.F. de ce monde, le mot d'ordre c’était de chanter en anglais pour percer?  

Dany Peake : La seule chanson qui n'est pas en français n'est pas en anglais non plus, elle est en « Jorane ». 

Vincent Peake : C’est un langage inventé basé sur des chants que Nadine Laurin avait ramenés du Burkina Faso. C’est mon langage inventé, un peu comme le groupe Magma.

Hugo Lachance : Chapitre 13 : se faire connaître mondialement par le « tape trading »

Vincent Peake : On faisait du « tape trading » international. Il y avait des fanzines hardcore partout..

Hugo Lachance : Comme Voïvod! 

Dany Peake : Oui des fanzine c’est comme un magazine mais artisanal spécialisés dans la musique extrême. Tu envoyais ton démo, ils faisaient une critique de démo, on avait eu une belle critique , puis on vendait nos cassettes partout dans le monde par la poste. Tous les mardis, Dany allait chercher le courrier au centre-ville. On était payé en mandats poste.  On s'est fait connaître partout dans le monde mais très underground. On pensait percer dans ce monde là. Et c’était bien avant qu’on commence à tourner au Québec.

Hugo Lachance : Quels pays s’intéressaient à vous?

Vincent Peake : Ça allait du Sri Lanka à Gatineau ! Une quarantaine de pays.

Hugo Lachance : Est-ce qu’il y avait une concentration dans certains pays comme l’Angleterre par exemple?

Vincent Peake : Surtout en Amérique latine, surtout américain. J’ai tout gardé ces lettres-là. On a vendu des douzaines et douzaines de cassettes.  On répondait à la main, on envoyait des « packages » de flyers. C’était ma job l'hiver.  Sinon l’été je faisais du paysagement et l’hiver j’étais sur le B.S. Quand j'étais sur le chômage; je vivais avec 396 $ par mois pis j’arrivais en mettant du pain dans ma sauce à spag pour que ça gonfle ! C’était le fun de communiquer avec les gens. Je me suis fait des « pen pals », comme Moss en Australie que j’ai finalement rencontré en 2012.

Dany Peake : On avait pas de réseaux sociaux dans le temps

Hugo Lachance : Quand j’ai reçu Away de Voïvod c’était la même chose.  Il m’a raconté la même histoire.  C’était Wayne Archibald qui envoyait ça partout dans le monde. 

Vincent Peake : Exactement!  C’est le même principe.  On avait des visées internationales parce qu’on avait une bonne réponse. Pis les démos sonnaient bien parce qu’on on avait mis 1000 $ chacun, donc 4000 $ pour notre premier démo, ce qui était énorme en 87 ! Notre job d'été servait à investir dans le projet.

Hugo Lachance : Mais quand même!  C’est énorme 4000$ pour des kids dans les années 80. 

Vincent Peake : On a toujours fait comme ça.  Même chose pour le deuxième démo et Late race to zero, en fait on a eu du studio gratuit pour ça.   On prenait ça à cœur en tabarouette.  La seule affaire qui m'énervait c’est que ostie que  je n'aimais pas ma voix. Dans ma boîte crânienne, ça sonnait correct, mais sur l'enregistrement c'était mince, il n'y avait pas de basse. J’étais découragé, je ne voulais plus être chanteur ! 

Hugo Lachance : Pourtant, tu as une des meilleures voix!

Vincent Peake : Merci Mais la voix se développe avec le temps. Il fallait que je m’habitue à m’écouter.

Dany Peake : On a eu souvent le commentaire que ta voix ressemblais à celle du chanteur de D.R.I.

Hugo Lachance : Chapitre 14 : L'anecdote du Kurt Brecht, chanteur de D.R.I.

Vincent Peake : À l'époque de D.R.I., on faisait des « covers » on faisait Reaganomics. On en faisait régulièrement au Rising Sun, puis c'est là que j'ai rencontré Kurt Brecht, le chanteur. C'est lui qui m'a vendu la « pin » de D.R.I.. Il y avait un gars en haut qui avait la moitié de la barbe faite, l'autre moitié pas faite, qui était sur le bord des toilettes et qui vendait des « pins » dans un sac Ziploc pour une piastre. C'était le chanteur ! Je n'avais jamais vu de photos du band avant cela.

Hugo Lachance : Il n'y avait pas de photos ?

Vincent Peake : Ouais, il y avait juste une moitié de face sur les images. Puis il avait les yeux un peu fous. Il vendait aussi un livre qu'il avait écrit durant l'été 1987, alors qu'il vivait dans un arbre à San Francisco. Il habitait dans un grand pin parce qu'il y avait monté un matelas. Il a habité là tout l'été et il descendait juste pour aller au « soup kitchen ». J'étais fasciné par ce gars-là. Puis là, le monde a « spoté » mon arbre ; il se cachait dans les buissons et attendait que le monde parte pour retourner dans son arbre comme un écureuil. Ça, c'est la vraie affaire !

Hugo Lachance : C’est ben malade ça! Puis is roulent encore! ils ont leur circuit

Vincent Peake : Bah oui, . On avait fait un show au Foufounes Électriques où moi je « drummais » et on faisait l'album au complet. On a fait 12 tounes en 15 minutes ! Puis après ça, Pierre Koch a embarqué au drum. C'était Jane's Addiction... ça s'était organisé par rapport au premier album de D.R.I.. Pas Crossover, mais celui d'avant, je pense que c'était Dealing With It

Dany Peake : On avait appris ça en quatre ou cinq jours .

Vincent Peake :  On pratiquait sur nos cuisses devant Chantal Arroyo qui travaillait aux Foufs à l'époque. Elle nous regardait aller, et elle disait Check les aller les frères Peake ! On a passé parce qu'on n'avait pas le temps de jammer. Pierre Koch connaissait moins ça, ça ne lui tentait pas tant.  On avait une demi-heure : on faisait 15 minutes de D.R.I. puis 15 minutes de Jane's Addiction. C'était 12 tounes contre 4 tounes ! J'étais un gros fan de Jane's Addiction dans le temps. C'est Denis Lepage de B.A.R.F. qui était au bar à ce moment-là. J'ai l'enregistrement de ça, pour vrai.

Hugo Lachance : Toi, tu faisais quoi ?

Dany Peake : Je faisais du drum.

Hugo Lachance : Mais tu disais que tu ne jouais plus de drum ?

Vincent Peake : Non, parce que ça, c'était en 1999. C'est quand les Foufs organisaient un show en bas et en haut. WD-40 était là, il faisait du Misfits peut-être. Il y avait encore Julien qui était là. 

Hugo Lachance : Moi je suis arrivé en 2008.

Vincent Peake : Chaque band avait pour mission de faire des « covers » de ses bands préférés. On avait fait Slayer, Sabbath Café... On a fait Sabbath Café au premier show, RAID avait fait du Red Hot Chilli Peppers, c'était vraiment très « trash ». On s'était donné la peine d'apprendre ça, puis je me rappelle qu'on pratiquait juste avant d'embarquer.

Hugo Lachance : Chapitre 15 : Un choix difficile, Dany quitte le groupe

En 1999, le groupe sort la compilation live Exit Stage Dive, puis par la suite, le groupe entre en pause.

Dany Peake : Moi, je n'étais plus là!  En fait, après l'enregistrement de Vacuum, on a fait un show pour le lancement de l'album au Spectrum de Montréal. Le lendemain, le band partait en Europe pour deux mois. 

Vincent Peake :  On a joué le 12 avril et on partait le 13 avril. Ça fait quasiment 30 ans quasiment jour pour jour. 

Dany Peake : Moi, j'avais un bon emploi à l'époque dans le milieu de la bourse, et j'avais un enfant en bas âge. Jérémy avait comme un an et demi ou deux ans. Puis le groupe était endetté ; on était endettés solidement. J'ai demandé à mon patron un congé sans solde pour partir deux mois avec la garantie de retrouver mon job à mon retour, mais elle a dit non. Après dix ans dans ce band-là, je me suis demandé : « Qu'est-ce que je fais ? ». C'était le gros dilemme, un gros stress. Finalement, j'ai pris la décision d'être un père responsable. J'ai quitté le band. J'ai fondé une famille et je suis grand-père deux fois maintenant ! D'ailleurs, mon plus jeune, Zach, sur quel band trippe-t-il en ce moment ?Mahavishnu Orchestra.Il a 19 ans. Mon fils capote là-dessus, je suis tellement fier de lui.  Alors, j'ai quitté le band. J'ai annoncé ça au groupe deux semaines avant qu'ils partent pour l'Europe, le lendemain du show du lancement. 

Hugo Lachance : C'est souvent dans ces moments-là que les décisions arrivent. Il fallait que le band retombe sur ses pattes rapidement. 

Dany Peake : Ils sont partis avec Pierre Koch. Pierre n'avait pas eu le temps d'apprendre les 20 tounes de Groovy ? Les premiers shows en Europe devaient être difficiles.

Vincent Peake : Je perdais Dany, je perdais mon frère, mais je perdais surtout le « drummer » de Groovy. Comme je dis, c'est de la musique assez compliquée, il n'y a rien d'improvisé là-dedans, rien de facile. Pierre, je savais que c'était un bon batteur, il était référé par Thierry Lacombe qui était notre « soundman » avec qui on est partis en Europe aussi. Pierre est arrivé à la première « gig » à Erfurt, en Allemagne, et il n'a pas été capable de passer à travers une toune au complet ! Une chance qu'il y avait juste 14 personnes dans la foule qui ne connaissaient pas le band. Je n'ai jamais débarqué du stage. Après le show, on a dit : « On recommence de zéro ». « Y’a tu kelkun ? », OK, les « punchs » sont là. Pierre avait l'avantage d'être capable de noter ça. Il notait tout, soir après soir.  À la deuxième « gig », il y en avait six qu'il était capable de faire. On jouait à tout les soirs. Après une semaine ou dix jours, il connaissait les titres. On lui chantait en onomatopées les tounes pour qu’il s’en rappelle.  C'est beaucoup d'informations qui rentrent dans le cerveau pour quelqu'un dont ce n'est pas le style musical original. Pierre c’est un oldschool qui trippait sur Deep Purple et Van Halen, mais il n'écoutait pas de punk ni de hardcore. Je lui disais que son « beat » devait aller tout le temps comme ça, mais il trichait un peu. Je lui disais : « Non, tu ne peux pas tricher, comme les Ramones et Clive Burr, c'est ça qui fait la "drive" ». Il fallait qu'il apprenne ça en même temps. Jusque-là, on ne savait pas si Dany allait revenir ou non. On s'est parlé après trois semaines au téléphone — les téléphones étaient rares et ça coûtait cher, c'étaient encore les marks dans ce temps-là. Après trois semaines, on a dit à Pierre : « Si Dany ne revient pas, ça te tente-tu de rester ? ». Puis on a appelé Dany qui nous a dit que ça faisait son affaire. Pierre est donc entré officiellement dans le band après trois ou quatre semaines en pleine tournée en Allemagne de l’est. Et ça fait 30 ans de ça.

Hugo Lachance : Waouh ! On continue.

Hugo Lachance : Chapitre 16 : Fast Times at Longueuil High

Le groupe revient en 2000 avec la sortie d'un quatrième opus : Fast Times at Longueuil High Le guitariste et parolier Martin Dupuis explique qu'entre le changement de guitariste et l'enregistrement du live, ont pas eu le temps d'écrire de nouvelles chansons.  Il y a d’autres raisons mais je ne m’étenderaii pas là-dessus.

Vincent Peake : Fast Times at Longueuil High, ce sont les reprises de nos premiers démos, carrément réenregistrées au studio Plante Verte avec Stéphane Vigeant, M.A. (Marc-André) et Martin. Il y a trois guitares là-dessus. Dany est au drum. C'est un album que j'ai de la misère à réécouter, je ne trouve pas qu’il sonne super bien. Maia ça permettait de donner l'heure juste aux gens qui ne connaissaient pas les débuts de Groovy. C'était un choc pour bien du monde de passer de « Boisson d’avril » à  « Ball Pain In Brudenell » ! 

Dany Peake : C'est Stéphane Vigeant qui avait financé ce projet-là parce qu'il voulait que les premiers démos sur lesquels il jouait soient enregistrés sur CD. 

Vincent Peake : C'était son projet personnel pour que ça existe officiellement. On avait fait un « photoshoot » années 50 ensemble qui était très cool. C'est une belle pochette.  Donc c’était un résumé des premières années de Groovy.

Hugo Lachance : Chapitre 17 : Masothérapie

En 2002, Groovy Aardvark publie Masothérapie et son premier DVD intitulé Aasphalte, meusique et crucifixion !.  Qui comprend 14 vidéoclips pour 120 minutes.

Vincent Peake : Oui. Les clips sont généralement sur YouTube. Depuis qu'on est avec Slam Disques, on peut peut-être le ressortir, mais certains clips appartiennent toujours à MPV avec qui on a coupé les liens. On n'a pas tout retrouvé, et peut-être même que les « masters » n'existent plus. C'était l'époque où MusiquePlus nous a énormément aidés ; ils passaient pratiquement tous nos clips. On avait enregistré un show « medley » pendant la tournée Vacuum où je me mettais en bleu, ce qui est très cool. Ça se trouve sur YouTube. Il y a aussi les extraits de tournée dans le « truck », c'est trippant de pouvoir « stamper » cette époque-là. C'est un « best of » visuel agréable pour les fans.

Hugo Lachance : C’était l’époque des DVD, si tu étais un band important, tu te devais d'avoir un DVD.

Hugo Lachance : Chapitre 18 : Tournée d'adieu, solution pour un groupe endetté !

Hugo Lachance : Le groupe fait un spectacle final le 6 août 2005 lors des Francofolies.

Vincent Peake : Vu qu'on avait des problèmes financiers importants et de gros embrouilles avec notre compagnie de disques MPV, on a comme implosé. On n'était plus capables de suivre et on n'était plus heureux. On commençait à avoir des problèmes internes aussi ; après 19 ans, tous les bobos ressortent. À un moment donné, ça a explosé. On a organisé une tournée d'adieu pour financer et payer nos dettes à tout le monde. On parlait de près de 75 000 $. On a fait 32 dates et ça a marché en tabarnique. Je trouvais ça un peu plate de jouer cette carte-là, mais on n'avait pas le choix, on était dans la marde. J'étais endetté personnellement de 30 000 $. ON avait pas une cenne dans ce temps-là.  La seule façon de générer autant d'argent était de faire un spectacle d'adieu pour aller chercher le monde.

Dany Peake : J'avais la même pensée quand j'ai quitté après Vacuum. Ma portion de la dette personnelle n'était pas loin de 10 000 $. Pendant qu'ils étaient en Europe, les ventes de Vacuum ont commencé à lever au Québec. Finalement, ma dette a été épongée par les ventes d'album.

Vincent Peake : En Europe, on n'avait pas de téléphone et on était coupé du québec on avait aucune idée que la vidéo roulait autant au Québec ni qu'on vendait 500 albums par semaine. MusiquePlus appelait tout le monde, et c'est Dany qui faisait les entrevues.  Dany était le représentant. Il arrivait de la job en cravate et il faisait  MusiquePlus en cravate ! C’est un bon orateur et il nous représentait au québec.

Hugo Lachance : C’est hot, tu étais en europe et tu avais une antenne au Québec!

Vincent Peake : On est revenus le 19 juin et on jouait le 21 juin aux Foufs. C'était plein à craquer ! Tout le monde connaissait les tounes par cœur. On a vu que tout avait changé. Tout ce travail payait enfin. Mais l'argent de la tournée d'adieu servait à payer les dettes, on ne se payait pas encore. Ça a pris du temps avant qu'on se donne même un 50 $ chacun. Je me rappellerai toujours d'avoir eu un billet rouge dans les mains ; c'était ma première paie. Je me sentais quasiment mal.  On réinvestissait tout. On avait tous des jobs, 

Hugo Lachance : C'est encore la réalité maintenant. 

Vincent Peake : À l'époque, on n'avait pas de subventions, on était bien trop « alternatifs » pour ça. On faisait affaire avec des « shylok » qui vendaient des « smokes » et de la dope ! Au noir, t’sé!

Hugo Lachance : Chapitre 19 : Après Groovy, GrimSkunk !

Hugo Lachance : Après la dissolution de la formation, Vincent Peake jouera dans plusieurs groupes dont Floating Widget, Sabbath Café, Karmadoza, Galaxie 500, Aut'Chose et Grimskunk. Peake expliquera par ailleurs qu'après la séparation du groupe « nous ne nous sommes pas vraiment fréquentés pendant cinq ans. »

Vincent Peake : On s'est donné un an pour la tournée d'adieu. On a sorti Sévices rendus qui est une compil avec trois nouvelles tounes pour bien finir ça. Puis Joe de GrimSkunk m'a appelé. Tod, l’ancien guitariste qui a remplacé Boris à la basse avait quitté et il m'a demandé de faire une « guig » pour le C.E.G.E.P. Maisonneuve en février. J’ai dis : “Joe tu ne créeras pas ça, j’ai callé mon band off”.  J'avais du temps vu que mon band était fini après 19 ans. C'était mon band préféré, on était de bons amis, on se tenait au Black Monday tous les lundis. 

Dany Peake : On jouait à la balle ensemble

Vincent Peake :  J’étais un gros fan du band. Je trouvais GrimSkunk génial dans tous les styles : punk, reggae, ska, hardcore... J'ai levé ma main et je suis dans le band depuis ce temps-là.

Dany Peake : Alain Vadeboncoeur faisait chier parce qu’il était bon!

Vincent Peake :  Pour un gaucher! Et puis Alain trippait sur toi.  Il y avait du respect entre les deux bands.

Hugo Lachance : Parlant de respect, st-ce qu'il y avait de la compétition entre les deux bands ? À l’époque, il devait y avoir une compétition c’était l’un ou l’autre.  J’ai posé la même question à Franz quand j’ai reçu GrimSkunk ici même au podcast et il m’a répondu exactement la même chose.

Vincent Peake : Jamais ! Ça venait du monde à l'extérieur. 

Hugo Lachance : J’ai posé la même question à Franz quand j’ai reçu GrimSkunk ici même au podcast et il m’a répondu exactement la même chose. On jouait à la balle ensemble! Ce sont les gens qui aiment monter des histoires. 

Vincent Peake : Ça faisait jaser au boutte! T’es-tu un Groovy ou un Grimskunk?

Hugo Lachance : Donc tu es un transfuge, un vire-capot?!

Vincent Peake : C'est un concours de circonstances : Joe m'appelle la même semaine où je finis Groovy. C'était facile d'apprendre les tounes, je les connaissais par cœur. Ça m'a pris un mois et c'était réglé. C'était une union naturelle. 

Hugo Lachance : Même génération, même background.

Vincent Peake : Oui! Je savais que GrimSkunk tournait beaucoup en Europe, ils avaient une longueur d'avance là-dessus. Ce qu'on n'avait pas tant fait avec Groovy. Eux ils avaient une grosse longueur d’avance. C’est là qu’ils ont connu Mass Hysteria.  C’est grâce à Grimskunk que plein de bands métal européens sont connus au Québec. Ce sont eux qui ont fait découvrir les gros bands métal français au Québec.

Hugo Lachance : Chapitre 20 : Laurent Saulnier et la réunion de Groovy Aardvark aux Francos

Après plusieurs années d'inactivité, le groupe se réunit occasionnellement pour des concerts.  Le 9 juin 2012, le groupe donne un spectacle aux FrancoFolies de Montréal devant plus de 30 000 spectateurs venus spécialement pour l'occasion, pour souligner ce qui aurait été leur 25e anniversaire. Le chanteur déclare qu'il pourrait y avoir d'autres spectacles à venir en 2013.  Y’en a eu d’autres!

Vincent Peake : C'était sur invitation de Laurent Saulnier qui écrivait au Voir à l’époque. Il nous a toujours supportés énormément, tout comme MusiquePlus, Alain Brunet de La Presse ou Sylvain Cormier du Devoir. On représentait bien les années 90, le penchant québécois de la déferlante rock alternatif. La scène alternative à Montréal, ça se passait là ! Le Black Monday aux Foufs était plein tous les lundis. C'était magique. On parle souvent de réorganiser des festivals comme le Polliwog pour les nostalgiques, mais aussi pour faire découvrir ça aux jeunes.  C’était l’époque du grunge, Kurt et moi on a que quelques jours de différence, on aurait été chum!  On avait le style grunge.  Moi avec mon gilet de laine!

Dany Peake : La scène alternative à Montréal ça se passait, il y avait plein de bon bands.  Je ne sais pas si c’est encore comme ça aujourd’hui.  Les Blacks Monday au Foufs c’était plein à craquer.  C’était que de la musique grunge et comme on faisait. c‘était magique 

Vincent Peake : C’est encore mieux! 

Dany Peake : Je l’espère!

Hugo Lachance : C’est toujours des vagues.  Je pense au début des années 2000 à Montréal , c’était hallucinant.

Vincent Peake : Il y avait le festival Pollywog, c’est un bon exemple, envoyer dix bands sur la route…

Hugo Lachance : Ca ne se ferait plus aujourd’hui!

Vincent Peake : On en parle souvent mais personne ne veut l’organiser!

Hugo Lachance : Ça serait pour les nostalgiques

Vincent Peake :  Ça pourrait se faire avec des artistes du moment comme Mononc’ Serge et Anonymus et des plus jeunes aussi!

Hugo Lachance : Avec des Conflit Majeur et General Chaos.

Vincent Peake : Moitié-moitié

Hugo Lachance : On fait une petite pause.


Hugo Lachance : Chapitre 21 : Les plus vieux articles de presse

Le plus vieil article que j’ai pu trouver vous concernant a été écrit par Alain de Repentigny dans La Presse du 19 janvier 1990. C’est ce qu’il y a dans les archives nationales du Québec. L’article dit : « Les plus vieux iront entendre Shawn Phillips au Club Soda demain et dimanche histoire de ressasser des souvenirs. Les plus jeunes, friands de hardcore et de speed métal, choisiront plutôt d’aller aux Foufounes Électriques demain après-midi à compter de 13 h. Les moins de 18 ans pourront y entendre les groupes montréalais Glad Nuts, Obvious Problems, Moral Minority, The Birth Defects et A Groovy Aardvark. À 20 h, les plus de 18 ans auront droit aux Unknowns, B.A.R.F., Massive Confusion, The Local Rebels et The Grim Skuns. Le billet coûte 9 dollars et on vous remet en prime la cassette compilation Kitsch’en Squatt Volume 1. Une deuxième cassette du genre sera enregistrée à l’aide des recettes de la journée. »

Vincent Peake : C'est exact. Plus une cassette, et c’étaient tous les bands qui étaient sur la compilation. Ouais, exact. ! Je ne l’avais pas, cet article-là. Moi, j’archive pas mal tout dans la vie, donc c’est cool d’avoir ça. 

Hugo Lachance : Ça remonte à loin, ça. C’est sur la bibliothèque et archives nationales du Québec (BAnQ).

Hugo Lachance : Oui, c’est vraiment un beau cadeau.

Vincent Peake : J’avais comme oublié qu’on avait fait un show pour ça, et un show d’après-midi en plus !

Hugo Lachance :  Ben oui, c’étaient les shows « all ages »,

Vincent Peake : c’était important pour nous à l’époque.

Hugo Lachance : Un autre article, du Quotidien le 15 avril 1995, un petit peu après. L’article s’intitule : « Et le Mimi est décerné à... ». Après les remises des American Music Awards, des Grammy et des Brit Awards, ce fut au tour des MIMI (Montreal Independent Music Industry Awards) de trouver preneur la semaine dernière au Café Campus. La première édition de ce que l’on souhaite devenir une institution a couronné les deux groupes qui ont le plus fait parler d’eux au cours des 12 derniers mois, tant sur la scène locale que lors de festivals hors Québec. Grimskunk a été le grand vainqueur avec quatre trophées : album, performance, production sur scène et pochette de disque de l’année. Groovy Aardvark en a récolté trois, soit : extrait, chanson pour « Y’a tu kelkun ? » dans les deux cas, et artiste hardcore.


Chapitre 22 : Pourquoi Vincent ne porte plus de kilt !

Vincent Peake : Oui, oui, je me rappelle très bien de ça parce que j’avais porté un kilt pour la première fois. Pas de bobettes : « the wind gushing through your nuts ». C'est bon !

Vincent Peake : Il y avait le party après au Petit Campus, en bas. Puis une fille que je ne connaissais pas du tout m’a pogné la poche en dessous du kilt !

Hugo Lachance : Oh!

Vincent Peake : J’ai aimé ça en crime ! Elle m'a frenche et elle... non, quelle tease ! Elle était super belle. Elle a réussi à passer en dessous de la jupe, elle savait ce qu'elle faisait. 

Hugo Lachance : En plein show?

Vincent Peake : C’était après la remise de prix. Mais par la suite, mes blondes ne voulaient plus que je porte de kilt si c’était pour me faire pogner la poche et me faire frencher !

Hugo Lachance : Alors, si vous vous reconnaissez, écrivez vos noms dans les commentaires !

Vincent Peake : Effectivement. Les MIMI sont devenus le GAMIQ, une institution importante au Québec. J’étais avec Pat au show de Gros Mené, Enfant Sauvage et M l’autre jour. Patrice Caron est un gars qui travaille très fort pour la scène locale depuis toujours.Oui, absolument, on le salue et on l’aime. C’était le Cabaret Juste pour rire à l’époque, ou le Spectrum. Il a donné la chance à tout le monde. C’est vrai.

Dany Peake : C’est là que vous aviez fait une version spéciale de « Y'a tu kelkun ? ».

Vincent Peake : C’était au cabaret Kérosène, j’avais chanté avec Arseniq 33 

Dany Peake : Tu avais gagné un prix GAMIQ honorifique en 2015, Vincent Peake.?

Vincent Peake : C’était prix GAMIQ honorifique en 2015

Dany Peake : Ouais, voilà. C’est ça. Et c’est mon plus vieux fils, Jérémy, qui jouait de la batterie. On avait fait une version de « Y'a tu kelkun ? » complètement différente, genre à la Collectivo, avec des brass et tout. On était comme 14 sur le stage. C’est mon fils qui avait joué du drum à ce moment-là. 

Vincent Peake : Moi, je ne l'avais pas vu venir du tout ! Quelle surprise ! 

Hugo Lachance : Chapitre 24 : SEGMENT : Présentation de l'album

On va continuer le segment présentation d’album parce que là, on a fait l’historique, mais il faut plonger dans l’album. Question : qu’est-ce qui fait de cet album-là un classique ?

Vincent Peake : Je pense qu’il n’y avait rien qui se faisait comme tel au Québec à l’époque en français. « Y’a tu kelkun ? » a tout changé pour Groovy du fait que, finalement, les gens pouvaient comprendre les paroles.

Hugo Lachance : Quoi que…

Dany Peake : « Néo-sorcière-maskarage-tondeuse ». 

Vincent Peake : « Néo-sorcière-maskarage-tondeuse ».  Ça, c’était inspiré d’une fille qui travaillait derrière le bar au Foufounes Électriques. Elle avait un estie de beau mohawk et du eyeliner, je la trouvais tellement belle. Elle me faisait penser à une néo-sorcière. Le pot était bon dans le temps ! Mais en fait, oui, c’est là que j’ai fait un virage francophone en joual, il faut le dire. L’autre band qui servait d’exemple, c’était Banlieue Rouge avec Safoine, mais eux étaient très proches des Bérurier Noir, ils chantaient plus en français international. Nous, on était en joual.

Hugo Lachance : Ah ouais, OK. Je pensais que c’était un peu après.

Vincent Peake : Non, je l’ai connu Safoine au C.E.G.E.P. juste avant, quand il commençait. Mais il y a le fait que c’était du rock alternatif québécois. On a fait un vidéoclip pour 3000$ dans le Vieux-Montréal qui était assez BS, on va se le dire. C'était fait à mitaine et tous nos amis sont dedans.  Le clip a passé pas mal à MusiquePlus. Puis aussi, ça faisait déjà 7 ans qu’on existait et on vendait des cassettes démos comme One Fine Day, le Promo Démo 89 avec Pull the rope, 181 Degrees Triangle, Ants have no chance... 

Dany Peake : Il y a quand même des tounes en anglais sur cet album-là parce que ce sont des tounes qui étaient déjà sur des démos et on voulait les mettre sur le premier l'album. Le premier album, c’est tout le temps ton premier stock. On a pris bien des riffs qu’on avait ailleurs. En fait, on faisait des tounes super longues et  « Y’a tu kelkun ? » faisait partie d’un bloc de musique super long, un truc full prog qui comprenait aussi « Plasma Bells » et « Ike/Grimaces ». La toune originale durait comme 16 minutes ! Plus c’est long, mieux c’est, mais je savais que ce riff-là avait de la valeur. C’était aussi un exercice de style de faire une toune courte de 2 minutes 30.

 Hugo Lachance : Et ça a été payant.

Vincent Peake : « Y’a tu kelkun qui a un problème ? », le monde reconnaît la toune pour ça. Quand tu vas jouer dans le fin fond de la Gaspésie ou à Sept-Îles, le monde connaît les paroles. 

Hugo Lachance :  C’est ce qu’on appelle un « hook ».

Hugo Lachance :  Enfin, Groovy sortait un album, parce que c’était long ! On nous demandait tout le temps quand le disque sortirait. Ça a pris 8 ans.

Hugo Lachance : On continue avec Michel Bilodeau dans Le Soleil du 4 décembre 1994 : « Groovy Aardvark distille du hard groove. La scène alternative montréalaise est en pleine ébullition. Après Grimskunk, c’est maintenant au tour de Groovy Aardvark de présenter son premier disque intitulé Eater’s Digest. Tout comme leurs confrères et amis de Grimskunk, les musiciens de Groovy Aardvark concoctent une musique qui fusionne des éléments de hardcore, de psychédélisme, de hard rock et de progressif. Ce cocktail unique ne pouvait émerger que de Montréal, raconte le bassiste Vincent Peake. Le progressif a été plus populaire au Québec qu’ailleurs. Ça fait partie de notre héritage. On a découvert cette musique après avoir joué du hardcore et de l’ultra speed. C’est ce que donne ce mélange spécial. C’est un son original et ce n’est pas grunge. » Les étiquettes, c’est chiant, mais il faut en mettre pour guider les auditeurs. Où se situe Eater’s Digest dans le monde des étiquettes ?

Vincent Peake : J’ai pour mon dire que le terme « rock alternatif » vient de nous autres parce qu’ils ne savaient pas dans quelle catégorie nous mettre. Ce n’était pas du métal, même si le festival du Lundi Noir aux Foufounes était la célébration du métal québécois parce qu’il n’y avait pas d’autres façons de voir. Ce n’était pas du punk non plus... ben c’était vite, donc un peu hardcore, mais c’était un mélange de tout ça. Le terme « alternatif » vient beaucoup de Grimskunk et Groovy Aardvark. Il fallait catégoriser les affaires, les compagnies de disque aiment avoir un branding clair.

Hugo Lachance : C’est une question que j’aime poser aux artistes car des fois c’est comme un piège. 

Vincent Peake : Fait qu’ils ont tout englobé ça dans la catégorie Alternatif 

Hugo Lachance : En même temps, il y a un côté funk sans être funk. C’est le côté « groovy » dans Groovy Aardvark qui fait son unicité.

Vincent Peake : Jenny Ross du Mirror a été la première à faire une critique de nous autres. Elle nous a comparés ainsi : « Motorheaded Buzz-saw Rhythm Guitar, Bluesy, bass Breaking semi-Psychedelic, Metal Yard Birds ».. Je m’étais servi de cette phrase-là pour nos posters en Allemagne ! Les Allemands étaient intéressés, et en plus ça finit avec « For Your Love ». Jenny Ross l’avait compris.

Dany Peake : Ce que je trouve aussi, c’est que c’est du rock « happy ». Ce n'est pas dark.

Hugo Lachance : Il y a les deux, je pense.

Vincent Peake : Le nom Groovy Aardvark annonce quelque chose d’un peu comique et positif. On joue sur le majeur. « Summertime again » est la plus happy, je pense. 

Hugo Lachance Mais en même temps, il y a des tounes pas mal plus dark comme Ants have no chance. 

Vincent Peake : Quelle riff de Marc-André Thibert! Toute l’imagerie de Groovy est anti-post-nucléaire, mais on allait de l’autre bord, du côté festif de la chose.

Hugo Lachance : Chapitre 25 : Les crédits de l'album

Il y a beaucoup de monde qui a travaillé là-dessus. Titre : Eater’s Digest, année 1994. Compagnie de disque : MVP.

Vincent Peake : Ça a commencé avec YMX avec Louis Courchesne. Ils ont vendu à Martine Prévost par la suite. Ça a été notre première compagnie de disque. Heureusement, ils ont fait de bonnes affaires au début, c'est Martine qui a créé le festival Polliwog qui nous a amenés à New York. Au début tout allait bien, mais ils sont tombés dans le capitalisme sauvage quand ils ont signé Noir Silence. Ils ont réalisé qu’il y avait du cash à faire et ils sont devenus très « à l’argent ». Les contrats n'étaient pas clairs dans l’argent et les rapports de vente non plus. On était tout le temps dans le négatif, il y avait quelque chose qui ne marchait pas. Il y avait un gars qui était avocat avec elle, donc ils étaient blindés. Un contrat de disque durait 75 pages. Le contrat avec Slam Disques aujourd'hui a trois pages !

Hugo Lachance : C’est vraiment une autre époque.

Vincent Peake : J’engageais des avocats pour passer à travers les contrats. Éric Goyette, notre ami du cégep qui était avocat, était encore aux études mais il avait son bureau et il disait qu'il ne comprenait rien ! C’étaient des phrases qui ne finissaient jamais avec des « nonobstant la portée qui précède ». On était désespérés de signer, on voulait que ça sorte et personne d’autre ne voulait toucher à ça. 

Hugo Lachance :  À l’époque, un contrat de disque était un accomplissement.


Vincent Peake :  On avait contracté énormément de dettes avec des shylock ; la compagnie a pris en charge cette dette et a payé les créanciers, donc on leur devait l’argent. Mais quand tu dois de l’argent à une compagnie, on parle de sept albums ! Une carrière complète ! C’était le minimum. Il y avait un paragraphe qui disait qu’on ne pouvait pas s'en sortir en faisant un album de feedback par exemple ou des albums live. Il fallait que ce soit des vraies tounes.  On a signé, ça a bien parti mais ça a mal fini. Ça a entaché notre motivation.

Hugo Lachance : On continue dans les crédits. Réalisation, mixage et prise de son : Thierry Lacombe et M.A. Thibert. Mixage : Claude Paré sur « The Whole Gang ». Studio Plante Verte à Saint-Mathieu-de-Beloeil.

Hugo Lachance : Chapitre 26 : Le studio Plante Verte

Vincent Peake : Le studio est encore là.  Claude Paré était un humoriste dans Les Carcasses, un groupe qu'on écoutait quand on était jeunes. 

Hugo Lachance : Avant le groupe anglais (Carcass)

Vincent Peake : Il est devenu l'un des frères bleus dans les annonces de Labatt Bleue, les « Blue Brothers »; c'est lui qui a écrit ce concept-là. Il a fait pas mal d'argent avec ça. 

Dany Peake : C’est lui d’ailleurs qu’on voit dans le vidéo de « For Your Love »

Vincent Peake : Avec cet argent là il a ouvert un studio.  Claude est un professionnel du son. Il allait dans les clubs et il déphasait les systèmes de son, dont celui du bleu est noir, pour qu'ils sonnent mieux. Il a ouvert son studio et comme il était ami avec Thierry Lacombe et M.A. — qui faisait son cours de son à Drummondville — on a été le premier band à investir le studio Plante Verte. L’avantage, c’est qu’on avait accès au studio 24 h sur 24. On dormait là. Quand on avait un deadline pour Vacuum, on finissait les tounes le jour et je finissais les paroles le soir. La journée du deadline pour l’impression, je finissais la dernière toune une demi-heure avant. C’était motivant, je travaille beaucoup par deadline. Il y avait cette urgence.  La dernière toune a été finie une demi-heure avant!

Dany Peake : On avait composé les tounes instrumentales et on n'avait aucune idée de la mélodie ou des paroles que Vincent allait mettre là-dessus. On lui donnait carte blanche, on avait confiance, mais on ne savait pas comment ça allait sortir. On les pratiquait instrumentales seulement. Ça devait être stressant pour toi, Vincent, avec l’aiguille des secondes qui tiquait.

Vincent Peake : Ça me prenait ça, sinon je suis trop slack-off ! Ça a amené le meilleur de moi et créé des paroles significatives. Le studio Plante Verte est devenu le « go-to studio » de toute la scène alternative des années 90. C’était moins cher, à 25 minutes de Montréal dans un environnement très cool, dans un champ. C’était bénéfique.

Hugo Lachance : Chapitre 27 : Les crédits (suite) 

Musiciens : Vincent Peake (basse, voix), M.A. Thibert et Martin Dupuis (guitares), Dany Peake (drum). Il y a aussi Claude Lamothe au violoncelle, Martin Pelletier à la guitare et Louis Bélanger à la percussion. Période d’enregistrement ?

Vincent Peake : Toute la préprod s'est faite à Eastman dans un chalet qui appartenait au père de Thierry Lacombe, avec Jean-Yves Thériault de Voïvod. Après, on est rentrés au studio Plante Verte. On a commencé avec Martin Pelletier qui était dans The Affected, mais son frère David Petit — un bassiste de génie — a décidé de repartir leur band, donc on a perdu Martin.  Donc c’est comme tiers-tiers-tiers Martin Dupuis, Marc-André Thibert  et Martin Pelletier. C’est pour ça que le son de guitare sur PLasma Bell qui n'est pas le même son que sur Y’a tu kelkun? L’enregistrement s’est fait du début 93 jusqu’au printemps 94, C’était fait à temps perdu entre les autres clients. Dany a fait ses tracks de drum comme un champion, tout seul avec le clic sans le groupe parce qu’on avait tellement pratiqué les tounes qu’il connaissait tout par cœur. 

Hugo Lachance : Il trackait ses tounes seul en premier et Il n'était pas au studio pendant un an.

Dany Peake : C'est de l'enregistrement sur bobine. Quand on se trompe, on recommence tout.

Vincent Peake : Ce sont des « one takes ». On ne pouvait pas vraiment « puncher » à cause du son des cymbales qu'on ne pouvait pas nettoyer à l'époque. Il n'y avait pas de Pro Tools. Il fallait que ce soit une « shot ». 

Dany Peake : Tu ne pouvais pas faire 16 barres, prendre un break, 16 barres, prendre un break.  Tu ne peux pas puncher à cause des cymbales qui résonnent. Faut que ca soit des one-shot.

Vincent Peake : Dans le temps, les mix n'étaient pas automatisés non plus, on faisait ça à la main. Chacun avait un rôle spécifique sur la console. C'était une activité de groupe le fun, comme un plan-séquence au cinéma. Si quelqu'un se trompait, on recommençait jusqu'à ce qu'on l'ait. 

Hugo Lachance : C'était plus organique. Parce qu'on travaille ensemble.  C’était moins un projet seul dans un sous-sol!

Vincent Peake : On dépassait souvent les 24 pistes, alors on « bouncait » des trucs sur d'autres pistes. Il fallait tout savoir ça pour ne pas que les fréquences interviennent.

Chapitre 28 : La pochette

Vincent Peake : La pochette originale est de Simon Dupuis. La maquette de l’oryctérope a été faite par Éric Braün.  Éric Braün est un gars de Saint-Bruno que j’ai connu à l’époque, il jouait dans Misconduct. On se connaît depuis toujours. 

Hugo Lachance : La pochette est faite à l’ordi non?

Vincent Peake : La pochette, ce n’est pas fait à l’ordi, c’est une photo ! Au début, on avait fait un montage, mais à cause de la chaleur des lumières, la maquette n’arrêtait pas de fondre ! Les photos étaient trop sombres, Simon était déçu de la clarté. On a donc découpé le fourmilier et on l’a mis sur un fond blanc. Le concept de Simon était d'avoir l'image trois fois pour créer un effet 3D sans lunettes, mais c’était plus ou moins réussi. La maquette originale représentait la fin du monde, le fourmilier (l'aardvark) contre l'armée de fourmis avec des tanks, des nuages en ouate et un rideau rouge. C’étaient super beau et j’étais déçu que ça ne sorte pas aussi bien, mais finalement, le bleu et le rouge sur fond blanc, ça flashait bien en magasin. C’est devenu iconique. C’est le fun de pouvoir l'agrandir pour la version vinyle.

Hugo Lachance : J’ai tout le temps pensé que c’était fait à l’ordi.

Vincent Peake : Quand tu regardes tu vois les traces de doigts sur le personnage.

Hugo Lachance : Sur CD et cassettes c’était plus petit aussi.

 

Chapitre 29 : Les crédits (suite)

C'est ça, on continue avec la photographie de Daniel Robillard et Patrick Houde. Pour la réédition, dans le fond, vous êtes tombés avec Slam Disques.

Vincent Peake : Oui. Enfin, enfin ouais. Exactement. Moi je connaissais Jessy Fuchs depuis longtemps, dans Exterio et tout ça, puis j'ai toujours été un fan de Slam Disques parce qu'il passait la puck à des bands qui, normalement, n'auraient pas été signés par d'autres. Je trouvais ça courageux et fait avec une grande bienveillance par rapport à la musique, parce que Jessy est un musicien lui-même. En fait, toutes les nouvelles compagnies, en commençant par Indica ensuite Bonsound, ont été menées par des musiciens qui connaissaient la réalité du milieu.  Il n'y avait plus de dichotomie entre ceux qui fument des cigares dans leur bureau au troisième étage puis les bands. Ça a tout changé la game.

Hugo Lachance : C'est un transfert de culture.  Ce sont tous des gens qui se sont déjà fait fourrer et qui ont décidé de partir un label. 

Vincent Peake : Exactement. Chapeau à Indica d'être là les premiers à amener le DIY à la mode au Québec. Ça reste à ce jour le modèle à suivre. 

Hugo Lachance : Vincent Peake : On remercie Jessy et toute l'équipe.

Vincent Peake : Oui, ils ont fait une super belle job de réédition. Il y a un sticker, des dossiers de presse, un pic à guitare, un CD etc… On a fait un produit parfait. Comme la marge de profit est nulle là-dessus, on s'occupe de tout nous-mêmes.

Dany Peake : Comme on faisait par la poste dans le temps.

Vincent Peake : Oui, c’est vrai

Dany Peake : On mettait des enveloppes...Ça vient de là.

Hugo Lachance : Chapitre 30 : Les questions du public

J'ai posé des questions au public et il y a eu de bonnes réponses. Il y a eu des questions, mais aussi des commentaires. Question du public de Martin Desgroseilliers, dont on a parlé tantôt. Il aimerait savoir quelles sont les chansons que Dany a composées ou auxquelles il a participé un peu plus avec Groovy avant Eater’s.

Dany Peake : Avant Eaters, c'est la question. Je me souviens d'avoir composé avec Stéphane Vigeant le dernier bout de « Ants Have No Chance ». On était tout seuls dans le local sur le boulevard Taschereau.

Vincent Peake :  Au Doric! C‘était un bar de danseuses. On était dans le local à côté.

Dany Peake : Le mur était adjacent aux toilettes des loges des danseuses. La toilette débordait tellement souvent que des champignons poussaient sur le mur. On pensait qu'il y en avait un nouveau chaque jour.

Hugo Lachance : Moi je pensais que tu allais me raconter que tu avais fait un trou dans le mur !

Dany Peake : Ah non, trop occupé avec la musique ! Je me souviens qu'on était seuls, Stef et moi, et on avait le mandat de finir de composer Ants have no chance. On est arrivés avec le bout vite de la fin.

Vincent Peake : Celui qui n'est pas le sur l'enregistrement original?

Dany Peake : Exact. À l'époque, la toune finissait avec un bout vite. C'est lui et moi qu'on l'a monté seuls dans le local. Je ne savais pas si je m'en souvenais, mais là ça revient. Je suis le batteur, donc les tounes de Groovy étaient principalement basées sur un squelette de riff de guitare. C'était soit un des guitaristes, soit Vincent qui arrivait avec un riff. La toune partait d'un riff de guitare, jamais d'un hook vocal.

Hugo Lachance : Un band de riffs!

Dany Peake : Exactement!! J'arrivais rarement avec une composition même si je composais sur le piano. Avec Groovy, je ne suis jamais arrivé avec une compo complète. Mais une fois que la toune était enclenchée, j'arrivais avec des idées. Je me souviens de celle-là, mais elle est sur Vacuum : le riff de « Dormitory » virait à l'envers parce qu'il n'était pas assez long. J'avais dit de le rallonger au début pour que ça marche.

Hugo Lachance : En plus toi tu as matière à t’obstiner avec un guitariste parce que tu connais la musique, tu n'es pas juste un drummer.

Dany Peake : Exact, j'ai une oreille. On est nés avec ça, Vincent et moi. Je peux facilement proposer une harmonie pour l'autre guitariste.

Vincent Peake : À une époque, Dany avait un micro et il chantait. Quand on s'est mis à faire du matériel plus mélodique après notre période hardcore D.R.I. et qu'on voulait pogner des notes, on chantait en harmonie tout le temps. Il y a plein de tounes où Dany chantait derrière le drum. Stéphane Vigeant ne chantait pas et M.A. était capable, mais il a une voix plus rough. La voix mélodique, c'était le drummer.

Hugo Lachance : Deux frères, au niveau vocal, les harmonies. Le timbre de voix se ressemble.

Vincent Peake : Ça fittait au boutte. L'autre jour, on a célébré les 50 ans de la blonde à Martin Dupuis au country club de Saint-Lambert. Franz nous disait que les frères Peake, on sonne super bien ensemble. On écoutait beaucoup les Everly Brothers, les Beatles aussi.

Dany Peake : Ouais, « Bye Bye Love ».

Vincent Peake : C'était naturel pour Dany. Il a le talent d'être capable de jouer du drum et de chanter en même temps, comme sur « Déraille ». 

Hugo Lachance : Merci à Martin, propriétaire du Planète Claire. On le salue. Allez faire un tour là-bas.  On continue avec Mijanou Lavoie : « Groovy restera culte dans ma liste pour toujours. J'avais 14 ans quand cet album m'a parlé bien fort. Gros impact sur ma vie ainsi que plusieurs autres albums du groupe. Mon top 5 est difficile à choisir : "Ants Have No Chance", "Y'a tu kelkun ?", "The Whole Gang", "Ear Throb" et "Ike". Groovy est mon petit Jésus de Pâques ressuscité plus fort que jamais. Trop hâte d'entendre le nouveau stock »..

Vincent Peake :  Merci Mijanou! Groovy est là depuis assez longtemps que nos fans sont devenus nos amis. On a grandi ensemble.

Hugo Lachance : Vous la connaissez ?

Vincent Peake : Oui. C'est trippant de voir qu'après les années 90, on a pris un break et ça a pris du temps avant de régénérer notre public. Plusieurs ont eu des enfants et là, ils reviennent en famille dans les festivals. Les kids qui avaient 5 ans en ont maintenant 19 et ils font le trash entre amis.

Hugo Lachance : C'est beau de voir que les jeunes vous respectent. 

Vincent Peake : La transmission parentale au Québec est très importante. Comme il n'y a plus MusiquePlus et qu'on ne passe plus autant à la radio qu'avant, l'information passe d'une génération à l'autre par les parents.

Hugo Lachance : Chapitre 31 : Vincent Peake ambassadeur de la scène underground au Québec

Hugo Lachance : Toi, tu es L’ambassadeur,  le parrain de l'underground au Québec.

Vincent Peake : J'ai 320 t-shirts qui prouvent ça ! J’ai acheté mon t-shirt de Guhn Twei l’autre jour. J'adore ce rôle-là et j'adore voir la nouvelle génération torcher de même. C'est important dans l'ère AI où on est rendus. Quand tu vois un band comme Guhn Twei ou Angine de poitrine, ça prouve que rien ne va battre le côté humain de la chose.

Hugo Lachance : Je trouve que ça te va bien et tu le porte bien. Tu est une fierté pour la musique au Québec.

Vincent Peake : Je suis fier de la musique au Québec. Après avoir fait beaucoup de tournées dans le monde, on n'a rien à envier à aucune ville. À Montréal, il y a quelque chose dans l'eau. Notre position géographique fait qu'on a beaucoup d'influences américaines et européennes. On est une terre fertile d'information musicale. Ça s'entend !

Hugo Lachance : Chapitre 32 : Saguenay power

Hugo Lachance :  Surtout  le monde qui viennent du Saguenay!

Dany Peake : Absolument, mon gars ! Tu as tellement raison. Il se passe quelque chose au Saguenay. 

Vincent Peake : Quand j'ai connu les gars de Voïvod après Jean-Yves, j'ai rencontré des gars terre à terre, fins et généreux. Ils sont l'exemple parfait à suivre sur comment se comporter dans ce milieu-là.

Hugo Lachance : Ils sont super sweet et ouverts. Le Québec a besoin d'ambassadeurs, de monde à qui se fier. 

Dany Peake : Des gars comme Fred Fortin, Olivier Langevin, Les Dales, ou Gab Bouchard, le fils de Pierre Bouchard.

Hugo Lachance :  Édouard Tremblay-Grenier, qui était ici tantôt wt que j'ai reçu au podcast.

Vincent Peake : Ça m'a toujours fasciné que cette région-là ait une longueur d'avance sur le reste du québec.. J'ai appris tellement de musique dans les bars là-bas après avoir joué. C'est la première fois que j'entendais P.I.L., The Cure ou des bands post-punk. Les disquaires à Québec étaient aussi très importants dans les années 70 pour faire connaître le prog. Je pense que la ville de Québec feedait beaucoup le Saguenay. 

Hugo Lachance :  En région, soit tu embarques dans la vie normale, soit tu développes une attitude rebelle. Avec la folie que ça génère, c'est là que la créativité démarque les gens. Tu n'as rien à perdre, donc tu le fais comme un débile.

Vincent Peake : L'autre jour, Fred Fortin m'a raconté qu'il avait demandé la permission aux parents d'Olivier Langevin pour qu'il déménage à Montréal avec lui parce qu'Olivier avait 16 ans et Fred en avait 26. Quelle bonne décision ! On l'a monté à Montréal à 16 ans. C'est beau la confiance.


Hugo Lachance : Chapitre 33 : Les questions des auditeurs (suite)

On continue avec Fred Guay : « Êtes-vous Angine de Poitrine ? ».

Vincent Peake : Non, nous autres on est « Mal de dos » ou « Mal d'épaule ».

Hugo Lachance : On a aussi une question de Fanny Lussier :

Allo Hugo, mais quelle année 2026 jusqu'à présent pour ton podcast, nous, auditeurs, sommes gâtés. Bravo et merci. Pour l'entrevue avec Groovy, je suis allée "yeuter" ce qui s'est déjà fait comme entrevue dans le passé. Il s'est dit beaucoup de choses. Je n'ai pas vu d'entrevues avec les frères Peake ensemble. Ça va être super intéressant!!  « Quelle question faut-il absolument poser aux frères Peake quand on les reçoit en entrevue ? ». 

Dany Peake : La première question qui me vient en tête, c'est : « Vous êtes-vous pognés souvent dans le local ? ». Il y avait de la chicane parfois. 

Vincent Peake : Dany était tellement bon que quand il se trompait, je pognais les nerfs après. 

Dany Peake : Comme le drummer est en arrière, Vincent se retournait vers moi à chaque fois que je faisais une erreur. L'erreur serait passée dans le beurre, mais là, il disait à tout le monde que son frère venait d'en faire une.  Au local à Longueuil, on pratiquait trois fois par semaine. Le vendredi, on invitait nos chums, il y avait entre 30 et 50 personnes. On présentait nos nouvelles tounes composées durant la semaine. Comme on venait de les finir, il y avait des erreurs. Vincent se retournait tout le temps, ça me tapait sur les nerfs. Un moment donné, je suis devenu bleu. J'ai arrêté de jouer, je me suis levé et j'ai garroché une baguette de toutes mes forces vers sa tête ! 

Hugo Lachance : Et puis tu  joue au baseball!

Dany Peake :  Dans trois ligues. Il a tout juste eu le temps de se tasser et la baguette a passé à travers la fenêtre.

Vincent Peake : Ça aurait pu être ma tête! J'ai figé. J’ai heille Dan je m’excuse. Je demandais la perfection de mon frère parce qu'il était capable de l'atteindre. 

Hugo Lachance : C'est comme dramatique, mais cute en même temps. 

Vincent Peake : Il était temps que je reçoive une baguette par la tête pour comprendre que je devais lâcher prise.


Hugo Lachance : Chapitre 34 : SEGMENT : Salut à toi !

L'objectif est de souligner le travail des podcasteurs indépendants. Aujourd'hui, je tiens à saluer le podcast La paire d'écouteurs, animé par Jertrude Battue et Alexandra Houle. Elles ont gagné deux Gamiq de suite. Allez voir ça, c'est du monde bien funé.


Hugo Lachance : Chapitre 35 : SEGMENT : Les messages

Avant de passer à l'album, des gens vous ont laissé des messages.

Hugo Lachance : Chapitre 36 : Message de Charles Laplante (Chou)

Charles Laplante : Salut Dany et Vincent, c'est Charles Laplante, chanteur du groupe Chou qui vous parle. Je voudrais d'abord commencer par dire comment Groovy Aardvark est arrivé dans ma vie. Quand j'avais 15 ans, ma mère est venue me reconduire au Polliwog qui avait lieu dans ce temps-là à Jonquière. Ça devait être en 1997, si je ne me trompe pas. J'allais voir Voïvod; en fait, j'étais déjà un fan de Voïvod à cause des disques de mon oncle. J'ai découvert... en fait, je connaissais Groovy parce que ça jouait à la radio, mais je n'étais pas un super fan. Mais quand je suis sorti du Polliwog ce soir-là, j'étais nouvellement fan parce que j'ai vu Vincent avec son masque qui avait un genre de masque de pieuvre blanche. Dans ma tête, ça me faisait penser à une pieuvre, mais en fait, c'était des tubes blancs qui sortaient de la face. Il était masqué à moitié et toute sa présence de scène a eu un très gros impact sur moi. Il est arrivé plein d'anecdotes à ce festival-là. On était en arrière de la mère de Piggy tout le long du show. En tout cas, c'était vraiment génial comme soirée et ça a été mon introduction à Vincent. Après, j'ai toujours suivi ce qu'il faisait. À un moment donné, il était même rendu dans Voïvod. C'était quelqu'un que je regardais de haut; je me disais : « Waouh, Vincent Peake, c'est vraiment quelqu'un qui torche ! ».  J'ai aussi eu l'occasion de voir Dany dans Groovy énormément de fois depuis cette époque-là. Bref, on dit tout le temps qu'il ne faut pas rencontrer ses idoles dans la vie, mais vu que je connais Vincent et que je peux maintenant dire que c'est un ami, je peux vous garantir que ce vieux proverbe est complètement faux dans certains cas.  Après, j'ai eu l'occasion de partager la scène avec Vincent pour rendre hommage à Lucien Francoeur, et non seulement avec Vincent, mais avec Away de Voïvod aussi. Ce sont des moments que je vais chérir toute ma vie. Merci Vincent d'être dans ma vie et merci d'avoir chanté sur notre album. Merci d'être aussi présent pour tous les musiciens de la relève, tout le temps. Tu es un ami de tout le monde. Tout le monde t'aime, on te voit tout le temps dans les shows et tu ne donnes aucun signe de ralentir. On aime ça comme ça. Merci à vous les gars pour toute la musique que vous avez faite.

Hugo Lachance : Merci Charles ! Ah qu'il est cool ce gars-là

Vincent Peake : On l'aime, Charles, on l'aime au bout. J'adore Chou. J'aime comment il est dédié à la musique, ce gars-là. Il ne m'a jamais dit ça en personne, donc j'ai une petite émotion là. 

Hugo Lachance : Charles, on le salue! Ce n’est pas terminé, on continue.


Chapitre 37 : Message de Claude Rajotte

Claude Rajotte : Claude Rajotte : Bien Hugo, merci de me recevoir une autre fois à ton podcast, mais là c'est pour parler à Vincent. Comment ça va Vincent ? Ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vus. Ça fait longtemps qu'on se connaît par exemple, ça fait plusieurs années. Écoute, pour moi Vincent a toujours été, pour les auditeurs, un des rockers les plus importants au Québec. Groovy Aardvark, c'est un de nos meilleurs groupes rock. Moi, j'ai encouragé le groupe dès le début quand je faisais mon émission à CHOM-FM. J'ai toujours fait jouer du Groovy Aardvark. Quand j'étais à MusiquePlus aussi, je faisais les critiques de disques qui étaient bonnes, je recevais Vincent. Puis Vincent, j'avais toujours l'impression d'avoir un passionné à côté de moi qui nous le prouve encore aujourd'hui, n'est-ce pas ? Vincent, quand on a la passion, c'est difficile de s'en défaire, j'en sais quelque chose. Alors, sympathique, un gars simple, juste un passionné de musique. Moi, je n'ai que du respect pour Vincent, des salutations à ton frère et puis bien voilà ce que j'avais à dire sur Vincent, quelqu'un d'important. Es-tu content ? Parfait. Merci Hugo

Vincent Peake : Je suis content. Avant de savoir que c'était Claude, j'aurais dit Dieu!Ben tu vois, Claude est un rouage important à MusiquePlus. Il m'avait fait mon top 5 d'albums. MusiquePlus avait une portée tellement forte au Québec dans le temps. Oui, ben il était à CHOM au début, il faisait « What's New », c'est lui qui a fait jouer Kill ‘em all la première fois à CHOM, puis ça n'avait jamais joué avant même Seek and destroy ne jouait pas.  Mais Claude Rajotte était là, il allait là, lui pis Too Tall. il avait fait un spécial sur Eater's Digest à CHOM, il m'avait même invité. 

Dany Peake : J'avais fait une entrevue avec Too Tall pendant que vous étiez en Europe!

Vincent Peake :merci Claude. Quel beau témoignage. 

Hugo Lachance : Écoute, moi Claude je le remercie, je l'ai reçu au podcast. Moi, j'ai eu deux personnes qui m'ont rendu vraiment nerveux au podcast, c'est Claude et Mara. Claude, ça s'est bien passé et je suis vraiment content Tout de suite quand j'ai demandé, il a répondu immédiatement. Ce qui est fort, c'est très cool

Dany Peake : Moi j'ai un immense respect pour Claude Rajotte, ses connaissances musicales. Je me souviens quand il avait fait la critique de Eater's Digest au Cimetière des CD, c'est comme ça que ça s'appelait. Je me souviens d'une phrase qu'il avait dite après avoir écouté « Ike ». Il avait dit : « Les gars, vous n'êtes pas obligés de trop en mettre. On le sait, ça paraît que vous êtes des bons musiciens, mais vous en mettez trop » Ça m'est resté toute ma vie!

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Hugo Lachance : On continue, ce n’est pas fini!


Chapitre 38 : Message de Pat Gauthier (Raid)

Pat Gauthier : Hey, salut les gars, c'est Pat.

 Écoute, ça a l'air que j'ai le privilège de pouvoir m'insurger dans votre podcast pour vous poser une coupe de questions et parler de vous autres. Écoute, quand on me l'a demandé, moi la première affaire qui m'est venue en tête, c'est que depuis les années qu'on se connaît, les gars, on a eu la chance de pratiquer bien des loisirs ensemble, que ce soit dans l'équipe de balle à Dany, au ping-pong dans ma cuisine ou à la pétanque dans le fond de ma cour. Des premières affaires que j'ai remarquées de vous deux, c'est que tabarouette, vous êtes des compétiteurs féroces. Je voulais savoir d'où vous pensez que ça vous vient ce sens de la compétition de même. C'est-tu Normande qui n'est pas bien compétitive ou ça vient de... en tout cas, je vous laisse délibérer là-dessus.  Puis deuxièmement, pour faire le lien avec les années de Eater’s Digest, est-ce que selon vous le fait d'être compétitif dans la vie ça s'applique au milieu de la musique ? Dans ce sens que on est tous au courant que dans la scène hardcore, il y avait quand même une belle compétition, une saine compétition. Est-ce que vous pensez que ça vous a servi d'être compétitif comme vous l’êtes? Et pour terminer, cette partie-là est vraiment pour mon plaisir personnel, mais j'aimerais ça que chacun votre tour vous disiez à l'autre dans quel domaine il est meilleur que lui. Donc à part la musique, mettons là, pour pas que Dany dise que son frère est meilleur que lui à la basse puis que Vince dise qu'il est meilleur au drum. Dans quel domaine, dans quelle expertise est-ce que votre frère est meilleur que vous ? Je vous laisse là-dessus. Salut les gars!

 Dany Peake : OK. Salut Pat ! Je vais répondre au premier volet de ces trois questions : la compétitivité. On est deux frères qui ont quasiment le même âge, comme on disait tantôt, on a 16 mois de différence, donc on a toujours été compétitifs l'un avec l'autre, que ce soit à la balle ou dans n'importe quoi au ping-pong. Quand Pat après moi au ping-pong... on jouait au ping-pong en bas dans le sous-sol tout le temps, puis à l'école aussi. C'est drôle parce que Vincent, tu me battais chez nous à la maison, mais moi je te battais à l'école. Ça le faisait chier, là ! On partageait les mêmes activités, les mêmes loisirs, puis dans certains loisirs il était meilleur que lui, dans d'autres j'étais meilleur que lui. Aujourd'hui, je me rends compte à quel point on était chanceux d'avoir le même âge parce qu'on faisait plein d'affaires ensemble. On se... à la balle, donc je pense que cette compétitivité-là... 

Vincent Peake : Ta gueule! C'est exactement ça. Quelle chance on a eu de grandir ensemble et d'avoir un frère aussi proche où on partageait tellement les mêmes passions. Surtout dans le sport, puis après ça la musique. Oui, c'était compétitif, mais ça nous poussait à nous tirer vers le haut. On peut dire ça aussi de Grimskunk, ce sont des ennemis formidables. Ce n'est pas une compétition contre nous autres, mais c'est plutôt : comment on peut améliorer notre show par rapport à ce qu'on vient de voir au Métropolis ? Franz, crisse les gars, votre show est monté ! On s'aidait l'un l'autre là-dedans.

Hugo Lachance : Ouais, c'est hot ! Mais la question était : Vincent est meilleur que toi dans quel domaine, à part la musique ?

Dany Peake : Mettons qu'on est à l'école, au secondaire. Moi j'étais fort en maths, toi tu étais fort en français. Oui, tu étais meilleur que moi en français. Je me souviens de mon prof de maths qui disait : « Aide donc ton frère avec ses mathématiques, là », puis celui de français disait la même affaire à mon sujet à propos du français. On avait nos matières plus fortes.

Vincent Peake : Moi, je vais dire de façon générale que j'ai toujours admiré le fait que Dany a un courage puis qu'il est comme sans peur, bien plus que moi. Moi je doute beaucoup puis je suis plus nerveux dans la vie. J'ai toujours admiré que Dany fonce dans le tas. Il a une espèce de confiance en lui que j'ai toujours admirée et que j'essaie de poursuivre. Ça m'a aidé à lâcher prise sur certaines affaires. Dany m'a beaucoup aidé à cela.

Hugo Lachance : Très cool ! Moi j'en ai une pour vous autres qui est peut-être générée un peu par la consommation d'alcool qu'on a : vous avez partagé des lits superposés pendant tant d'années, alors lequel pète le plus fort des deux ?

Vincent Peake : Celui qui pétait par en haut, moi je le sentais moins. Probablement que celui qui recevait tout par le haut... 

Hugo Lachance : Ah voilà, c'est physique ! 

Vincent Peake : Mais non, on dormait bien là. On dormait bien parce qu'on écoutait de la musique pour s'endormir, parce que Normande nous laissait un side d'album vinyle par soir. Des fois on trichait, puis il fallait choisir comme il faut une demi-heure, donc on ne disait pas un mot et on écoutait la musique ensemble. On disait : « Ah, c'est bon ce bout-là ! ». On a vécu ça dans le silence, dans le noir, alors que ça dépassait notre heure de dormir. La musique était précieuse pour nous autres dans ce temps-là. On a emmagasiné toute cette information-là dans le silence, juste en admirant la musique qu'on écoutait.


Chapitre 39 : Message de Jessy Fuchs

Hugo Lachance : On continue, on n'a pas fini là-dessus. La prochaine intervention est le message de Jessy Fuchs. 

Jessy Fuchs : Moi, j'étais un petit gars du West Island avec des parents qui me faisaient confiance. J'allais en ville, je suis allé voir mon premier show au Spectrum; c'était Banlieue Rouge, j'avais 14 ou 15 ans. À cette époque-là, faire l'aller-retour en train, à part pour aller voir White Zombie à l'Auditorium de Verdun, c'était un peu tough. Ce n'est pas avant le début du Cégep pour moi, à l'automne 1996, que je tombe dans la marmite de Groovy parce qu'ils viennent de sortir Vacuum. Ils sont rendus connus, puis là, moi, je vais les voir au Medley pour « Noël dans la rue » en décembre 1996. J'ai vu ça, et c'était Pierre qui était au drum, Pierre avec son bandeau. Pour moi, Vacuum, c'est le band avec Pierre et le bandeau. Je peux vous jurer que j'étais crissement mêlé après quand j'ai su que l'autre drummer d'avant avait aussi un bandeau, vraiment! Mais après ça, parc Jeanne-Mance, je me souviens du Polliwog, puis c'est toute la même année où j'ai vu Lofofora au parc Émilie-Gamelin avec Les Tuniques, puis GrimSkunk au Métropolis. C'est tout en même temps : Anonymus, Overbass, toute cette gang-là la même année, en 12 mois. C'était un peu raide pour mon petit cerveau éponge, mais ça m'a marqué, ça m'a beaucoup marqué. Tellement que, fast forward, on est en 2026 et des fois, je dois gérer des factures de Dany Peake; j'ai ça dans ma semaine. Des fois, je croise Vincent dans un show à l'Esco où on se dit : « Ouais, ce band-là est bon, ça nous donne le goût d'écrire ». Puis 48 heures après, je croise Martin dans Fred Booster dans un show privé, puis là je me dis : « Où est-ce que je me tiens donc ben avec ces gars-là moi! » Ces gars-là, c'est ma gang, ce sont mes bros, et je me pince encore. Il y a un moment où j'ai failli perdre mes bros, je pense, quand on a reçu 1000 pochettes de Vacuum pour le premier pressage vinyle et qu'elles n'étaient pas de la bonne couleur. J'ai trouvé ça tough, je voulais faire bonne impression, c'était très tough. 

Vincent Peake : Pas de jeu de mots là-dessus !

Jessy Fuchs : Jusqu'à maintenant, on n'est pas dans un univers parallèle où il y aurait un Evil Groovy Aardvark et un Evil Jessy Fuchs, mais ça doit exister dans un autre univers. S'il y a une Evil Martine Prévost dans notre univers présentement, il y a un autre univers quelque part où elle est fine puis où nous autres, on n'est pas fins. Je suis content d'être dans l'univers présentement dans lequel on est. J'ai toujours été bien impressionné et impressionnable par ces gars-là encore aujourd'hui. Je ne sais pas comment j'ai réussi à être chum avec eux autres, mais c'est le cas; ça me fait beaucoup plaisir, ça me touche beaucoup. Bye!

Dany Peake : C'est ça. Merci de gérer mes factures, Jessy ! Puis je suis content de t'entendre dire que tu as aimé Fred Booster. On a fait un show privé la fin de semaine passée pour un surprise-party de 45e anniversaire d'un bon ami à Martin. Fred Booster, c'est le groupe solo, le projet de Martin Dupuis dans lequel je ne joue pas de batterie, je fais juste chanter. J'adore faire ça. Jessy était là parce qu'il connaît le gars en question qui était fêté, puis il ne m'a pas donné ses impressions après le show. Je suis parti un peu vite, mais je suis content d'entendre qu'il apprécie.

Hugo Lachance : Chapitre 40 : L'anecdote où Dany a vendu le punch d'un show privé

Vincent Peake : C'est-tu le show privé où tu as blowé le punch au 5 à 7 de Julie parce que Martin, le gars, était à côté de toi ?Tu ne savais pas c'était qui ! C'était Jérôme?

Dany Peake : Je disais bye-bye et j'arrive à Martin et je lui dis : « Salut Martin, on se voit la semaine prochaine ! ». Martin semble un peu mal à l'aise, là. Moi je sors mon cellulaire : « Oui, oui, la semaine prochaine, c'est marqué là, le show privé à Longueuil », devant le gars, tu sais ! Je ne sais pas comment sa conjointe a fait, mais ça a l'air qu'il s'en doutait plus ou moins malgré… 

Vincent Peake : Damage control!


Hugo Lachance : Chapitre 41 : Jessy Fuchs et la relance de Groovy Aardvark

Hugo Lachance : Jessy est un joueur super important dans la scène punk, hardcore et alternative du Québec.

Vincent Peake : Absolument. Jessy me l'a dit de cette façon-ci : il dit qu'il ne score pas au début, mais qu'il passe la puck. Il est bon pour passer la puck et il ne va pas se mêler de ta composition ou de ton chemin artistique ; il va être là pour t'aider et il a compris ça depuis le début. C'est grâce à des gars comme lui que cette scène-ci est en santé et que ça donne le goût de continuer. Avec tous les débâcles qu'on a connus avec nos compagnies précédentes, on était découragés de signer qui que ce soit. Je m'étais dit : plus jamais un contrat à personne, on va faire les affaires nous-mêmes. Mais quand Jessy est arrivé avec un contrat de trois pages avec quelques paragraphes lisibles, 

Hugo Lachance : ce n'était pas écrit « nonobstant » nulle part. 


Vincent Peake : Ce n'est pas écrit « nonobstant », ce n'est même pas écrit « obstant »! Je savais que c'était un match qui allait marcher. On a ressorti Eater’s et Vacuum en vinyle ensemble, et toute la gang complète a toujours répondu super vite. On voit à quel point ils sont passionnés de ce qu'ils font et ils sont bienveillants. C'est un mot que j'utilise souvent pour décrire Slam Disques. Toute la gang travaille fort.

Hugo Lachance : Moi j'ai reçu Rouge Pompier chez moi. Je ne suis vraiment pas un fan d'Exterio, je ne suis pas un fan de Rouge Pompier, mais parler avec ces trois gars-là — parce que j'inclus Fred là-dedans — a été une de mes entrevues préférées. Toute la profondeur qu'ils ont apportée à l'album Michael Caine, je trouve que c'est un peu le même élan.

Vincent Peake : Tu as tellement raison. Je suis devenu fan de Rouge Pompier depuis. On a fait des shows ensemble et ce qui est tripant avec eux, c'est qu'ils ont compris de quoi en crisse : ils jouent sur le plancher des vaches, ton temps t'appartient, il n'y a pas de changeover à faire là. Ils ont fait de la tournée avec Mononc’ Serge et Anonymus, c'est parfait. Ils ont beaucoup de fans. Ils donnent la chance à du monde de jouer du drum, à Joliette ou Alex Pompier. Quel concept intéressant ! Ça s'insère parfaitement bien dans un lineup où tu as les moins forts possibles, ils donnent le stage au band. Jessy a compris ça, il sait ce qu'il fait et chaque fois que tu lui parles, tu apprends quelque chose. Il est là pour les bonnes raisons. Moi, c'est comme le Steve Shutt, c'est le meilleur passeur. C'est Steve Shutt et il veut que le numéro 10, ce soit toi.

Hugo Lachance : Tant mieux ! Je suis bien content pour vous autres et pour Jessy, Slam disques et Hell for breakfast.  

Vincent Peake :  Nous autres on a des plis car on s'est tellement fait fourrer qu'on tient beaucoup à nos affaires. Ils comprennent cela. Ça donne le goût d'en donner. Je leur dois un album quelque part, mais je vais faire de la nouvelle musique avec eux autres. 

Dany Peake : On a hâte que ça arrive.

Hugo Lachance : Chapitre 42 : Message de Maman Groovy

La personne qui a laissé le dernier message, c'est long, mais je pense que c'est plein de substance. On est prêts ? C'est parti.

Maman Groovy : Ma petite contribution commence aujourd'hui par deux mots « on verra ». J’étais assise avec Vincent puis on jasait de son avenir, de qu’est-ce qu’il voulait étudier, puis il m’a dit : « Maman, moi ce que je veux faire dans la vie, c’est de la musique ». J’ai dit, moi j’étais dans le domaine des affaires : « Bien tu sais, ça ne sera pas facile parce que je n’ai pas de contacts, je ne peux pas t’ouvrir de portes, je ne connais rien dans ce domaine-là vraiment ». Il m'a répondu : « Ce n’est pas grave maman, ce que je veux faire dans la vie moi, c’est de la musique ». Bon, j’ai dis écoute, on verra. Il m’a dit il y a une coupe d’années, on jasait puis il me dit : « T’en souviens-tu maman quand tu m’as dit on verra, quand je t’ai dit je voulais faire de la musique ? ». Oh et j’étais tellement content. C’est comme si tu m’enlevais un poids sur les épaules puis tu disais : « Oui oui, j’accepte, j’accepte. Vas-y, vas-y ». Alors, comme deux mots ont donné le groupe Groovy Aardvark, pour vous dire aujourd'hui que j’en suis bien contente de mes deux mots. Cette année-là, j’ai acheté à sa demande à Vincent une guitare électrique, puis à Dany une batterie. Oh, j’étais surprise, une batterie ! Oui, parce qu’au collège il étudiait, il avait découvert qu’il avait des aptitudes pour la batterie puis il aimait ça. Donc le groupe s’est installé dans mon sous-sol et moi, pour moi, ça a été la découverte de commencer à écouter de la musique rock qui n’était sûrement pas la musique que j’écoutais d’habitude, mais ça a bien été. Ils ont pratiqué. C’était agréable parce qu’il y avait du rythme puis ce n’était pas dérangeant, c’était agréable. La seule chose qui était moins agréable, c’était quand leurs amis venaient puis sur la batterie... la batterie bang bang bang bang bang bang bang ! Vu qu’il n’y avait pas de rythme, c’était un petit peu plus dérangeant, mais ce n’était pas grave. Le premier spectacle de Groovy Aardvark, on a sorti tous les instruments du sous-sol, on a mis ça dans ma Rabbit, et puis on est allés, je pense que c’était à Laval. On débarque les instruments, les enfants débarquent les instruments, installent ça sur scène, puis Vincent me dit : « J’aimerais ça m’avoir des bandeaux parce qu’on avait les cheveux longs dans le temps, et puis pour peut-être nous trouver des bandeaux pour attacher nos cheveux ». Bon ok, d’accord. Alors moi, je suis partie à la recherche de bandeaux. Je suis arrêtée chez un cordonnier puis j’ai acheté de belles lanières de cuir, et puis ça faisait bien comme bandeau. Je reviens au spectacle puis Vincent était sur scène. Le spectacle est sur le point de commencer. Je dis : « Heille Vincent, quelque chose pour toi ! ». Je tire les lanières. « Oh wow ! Ma mère m’a acheté de belles lanières de cuir ! ». Puis il prend le micro : « Vive les mamans ! ». J’était entouré de rockers là qui avaient comme « wow qu'est-ce qu'elle fait ici la maman ? ». Je m'en souviens encore, mais je me souviens de cette journée-là, c'était un beau spectacle et quand j'ai vu Vincent sur scène, tabarouette, je ne le connaissais pas comme ça ! C'est comme si on venait de le brancher. Il part puis il était à l'aise puis il parle à tout le monde. Là j'ai réalisé qu'il était vraiment dans son élément. Ça c'était sûr et certain. Bon bien ça c'est un premier spectacle. Il y en a eu d'autres qui me viennent en tête aussi. Un très très important, celui au Spectrum le Vendredi saint. Groovy Aardvark pour un Vendredi saint, tabarnouche ! Le rock un Vendredi saint, il me semble que ça ne fait peut-être pas bon ménage, mais en tout cas c'était tellement bien organisé avec les pleureuses qui rentrent tranquillement puis la croix là, c'était un spectacle de toute beauté. Entre-temps j'avais acheté une vidéo caméra avec des cassettes et puis j'ai filmé ce spectacle-là, j'en ai filmé plusieurs par la suite. Pour vous dire c'était un plaisir, je pense que Vincent il a tout ramassé les cassettes. Et aussi un autre spectacle qui est mémorable c'est celui du Mtelusdans ce temps-là c'était wow!, il y avait énormément de monde et puis Vincent se promenait, chantait dans une bulle. La bulle flottait puis il était là-dedans puis il chantait, un autre beau spectacle, il y en a énormément.  Je peux vous dire que j'ai jamais regretté et j'ai jamais pensé que deux mots « on verra » donneraient de si beaux résultats. Je suis bien contente. On m'a surnommée maman Groovy. Maman Groovy avec sa famille musicale là est tellement contente. Elle a comme semé des graines puis aujourd'hui récolte énormément au centuple. Alors maman Groovy vous dit un beau bonjour puis elle vous aime bien gros mes gars!

Vincent Peake : Bon, là j’ai une larme à l’œil en tabarouette ! Mais moi je me rappelle exactement... 

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Hugo Lachance : Vincent, attends un petit peu, je t'interromps parce que je tiens à remercier Vero puis surtout Morena qui a été ma complice dans tout ça. J'ai contacté ta mère, on a parlé ensemble. Le message tardait un petit peu à arriver parce qu'elle voulait se préparer. Elle a pris le temps de bien écrire, elle a enregistré par elle-même et me l'a envoyé. Je veux juste saluer Maman Groovy, c'est vraiment très sympathique.

Vincent Peake : Écoute, ma mère a 85 ans. La technologie, elle la connaît un peu, mais c'est la première fois qu'elle fait quelque chose du genre. L'histoire du bandeau, je me rappelle très bien. Elle m'avait dit : « C'est dommage que tu aies les cheveux si longs dans la face, on ne voit pas ton beau visage », mais avec le bandeau on voyait ma face. C'est vrai que j'avais tout le temps les cheveux dans les yeux. Venant du pensionnat, j'avais hâte d'avoir les cheveux longs et j'étais content de les laisser pousser le plus long possible. Le bandeau faisait en sorte que je pouvais mettre les cheveux derrière les oreilles. J’ai une bonne histoire là-dessus.  Le groupe The Damned, t’sé la pochette où le gars a de la crème dans la face?  Sa mère était fâchée car on ne voyait pas son gars!   J'ai toujours inclus ma mère dans toutes les entrevues que j'ai faites et je l'ai toujours remerciée pour la confiance qu'elle a eue en nous. C'est un risque car tous les parents veulent ce qu'il y a de mieux pour toi. Elle nous a donné nos premières jobs. J'ai travaillé sur le plancher de la Bourse, j'avais une job safe à vie. Mais moi, ma job d'été c'était juste pour payer mon ampli, une basse, payer mon démo. Elle m'a fait confiance et je me rappelle très bien quand je lui ai demandé la permission. J'ai des amis musiciens qui n'ont pas eu cette permission-là de leurs parents et qui se sont toujours battus pour avoir leur approbation. Il y en a qui ne l'ont jamais eue et ça a fait mal. Je la remercie tellement d'avoir ouvert la porte. 

Dany Peake : Elle nous a beaucoup aidés financièrement aussi. 

Vincent Peake : Maman Groovy a financé les premiers t-shirts de « Ants have no chance ». Quand on a fini par payer tout le monde pour notre dette de 75 000 dollars, la dernière personne que j'ai payée, c'est ma mère. C'était 750 dollars qu'elle avait investis. Elle a dit que je n'étais pas obligé. Non, je n'étais pas obligé, mais je suis content de te le remettre. C'est la fierté de pouvoir remettre les comptes à zéro. Waouh !

Chapitre 43 : Conclusion

Hugo Lachance : On a pris la décision de couper l'épisode pour l'instant. On va se retrouver bientôt pour une deuxième partie et c'est là qu'on va affronter l'album Eater’s Digest au complet. Merci de votre participation.

Vincent Peake : Merci d'avoir organisé tout ça, Hugo. Les messages qu'on a reçus et tous les beaux témoignages, ça vient chercher une émotion. C'est tripant de recevoir du feedback. C'est le fun d'avoir des messages des gens qu'on aime. On a besoin d'amour. Qu'ils puissent le formuler à leur façon, ça fait du bien à entendre.

Hugo Lachance : On se retrouve bientôt pour un deuxième épisode. On passe à travers l'album au complet, réénergisés. Merci à Hopera d'avoir commandité cet épisode. Rendez-vous sur lalbumpodcast.ca pour soutenir le podcast. Merci à Vero de nous avoir reçus à la Salle des tortues. À la prochaine !