Transcription intégrale de l’épisode avec Danny et Vincent Peake Groovy Aardvark : Eater's digest (2e partie)

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Avertissement : Cette transcription est le fruit d'une collaboration avec une intelligence artificielle qui fait de son mieux, mais qui ne saisit pas toujours toutes les "subtilités" de nos discussions.  Le fichier audio/vidéo original demeure la seule référence officielle. Si un passage vous semble bizarre, faites confiance à vos oreilles et allez écouter l'épisode !


Hugo Lachance : Nous sommes le 28 mai 2026 en provenance de la salle des tortues à Montréal. Et aujourd'hui, c'est la deuxième partie de l'entrevue avec les frères Peake. Alors, la dernière fois, on ne s'est même pas rendu à l'album en fait. C'est pour ça qu'on reprend aujourd'hui. Ça commence l'autre côté du thème.

Hugo Lachance : Bonjour à tous ! Avant de poursuivre ce magnifique épisode, je tiens à remercier mes commanditaires. Tout d'abord, La salle des tortues. C'est l'endroit où on se trouve en ce moment. C'est un cyclo vert, une salle que vous pouvez louer pour tourner des vidéoclips, faire des tutoriels, des shows d'humour, du corporatif, n'importe quoi. Alors je vous invite à contacter Véro et à chercher sur Internet La salle des tortues. Et puis c'est tout équipé :  caméras, son, lumières, ambiance, tout est là. Alors merci beaucoup Véro de nous prêter ta salle. Aussi, je tiens à remercier Vlad et son équipe de chez Hopera parce que Hopera, c'est une microbrasserie qui est située au Saguenay. C'est vraiment une gang vraiment cool et sérieuse. Un super bon resto sur la rue Saint-Dominique à Jonquière, mais aussi leur nouvelle usine toute neuve dans le parc industriel où vous pouvez vous procurer leurs bières, en déguster au comptoir et jouer une game de babyfoot. Puis c'est une gang qui est impliquée aussi dans la culture, au Saguenay puis partout. Ils aiment ça tisser des liens. Donc je suis vraiment content qu'ils commanditent cet épisode-là, même si on ne boit pas d'Hopera ce soir. Alors merci à Vlad et toute sa gang. Merci beaucoup Vincent et Danny Peake. Bonsoir.

Danny Peake : Salut Hugo, 

Hugo Lachance : on prend ça ?

Danny Peake : Rebonsoir ! 

Hugo Lachance : Yes ! Comme je disais tantôt, la dernière fois, on ne s'est même pas rendu à écouter l'album, donc pour être sûr, on va commencer par ça. Avant de débuter, est-ce que vous avez réécouté l'album pour vous préparer à l'entrevue ?

Vincent Peake : J'ai pas tant besoin de l'écouter. Mais hier j'ai reçu les tests pressing pour la deuxième impression vinyle. Mon temps va être consacré à écouter cinq fois le même album et à déterminer celui qui a le moins de scratchs ou de pops dedans. Parce que c'est cet album-là qui va faire en sorte que les 500 prochains vont être OK, ils vont être gravés. Alors c'est bien important de trouver le moins d'incongruités possible. Alors j'ai reçu ça hier, j'étais allé chez Slam Disques, donc j'ai des heures et des heures d'écoute à faire sur ce disque-là pour être sûr de trouver celui qui a le moins de scratchs, parce qu'il n'y a aucun vinyle qui est parfait. Parce que quand ils le font, il y a des particules qui tombent dans les airs. Il n'y en a aucun qui est parfait. Est-ce qu'il faut vivre avec les scratchs. Il faut vivre avec le moins de scratchs possible. Ça fait que ma job va être, dans les prochains jours, de savoir. Je me suis fait un graphique quand j'ai entendu un crash. Je mets une barre. J'ai choisi celui qui a le moins de barres. Alors, c'est du gros travail parce que c'est important; les scratchs que tu acceptes vont être sur l'album.

Hugo Lachance : Puis c'est juste toi qui fais ça dans le band ?

Vincent Peake : Je suis le seul qui a une table tournante.

Hugo Lachance : C'est vrai ? C'est bon ça.

Danny Peake : Une table tournante ? Pis pas de cellulaire, Vincent Peake !

Hugo Lachance : Oh.

Vincent Peake : J'ai un cellulaire maintenant. Puis il tourne!

Hugo Lachance : Donc on est là pour parler de l'album parce que ça fait 32 ans qu'il est sorti, c'est ça ?

Vincent Peake : Oui, il est sorti le 24 novembre 1994.

Hugo Lachance : Puis les éditions vinyle vont être prêtes quand ?

Vincent Peake : Du moment que j'ai fini d'écouter ça. On fait ça avec Drummond Vinyle. Ils sont là, ils attendent juste mon appel pour les tests pressing.

Hugo Lachance : Donc l'épisode va être diffusé à la mi-juillet, ils sont disponibles ?

Vincent Peake : On en avait 500. C'est pas si pire, ce ne sont pas de grosses commandes. Une chose avec Angine de Poitrine, ils font leur propre vinyle parce que sinon ils seraient en train de passer devant tout le monde au Québec. Bien, j'ai pas réécouté l'album au complet, mais tantôt j'étais dans le trafic et j'ai eu le temps de repasser à peu près toutes les tounes.

Hugo Lachance : OK, c'est cool. Toi Danny, ça fait combien de temps que tu l'as écouté ?

Danny Peake : Je l'ai écouté avant-hier.

Hugo Lachance : Ah oui, OK.

Danny Peake : J'écoute régulièrement les deux albums dont j'ai fait partie, parce que ce sont ces deux albums-là où je fais plus de back vocals avec Groovy quand je ne suis pas à la batterie. Je l'écoute régulièrement pour ma pratique, pour pratiquer mes vocaux.

Hugo Lachance : OK. Puis tu participes au spectacle ?

Vincent Peake : Exact. C'est ça. Dans la loge, une heure avant, Danny écoute les tounes de Groovy sur son téléphone pour faire la meilleure job possible. Oh cool Danny ! Il prend ça à cœur et on est contents de l'avoir avec nous autres, toujours cette question de respect pour ceux qui viennent nous voir.

Hugo Lachance : Yes ! Puis là, on commence un marathon en se rendant à la fin de ma playlist. On y va avec un classique : « Y’a tu kelkun ? ».

Hugo Lachance : Le 22 novembre 2019, Alexandre Vigneault écrivait pour La Presse : « Y’a tu kelkun pour m’allumer ? rugit Vincent Peake dans la première chanson d’Eater’s Digest. Groovy Aardvark brasse de l’air depuis déjà plein d’années quand ce disque sort le 24 novembre 1994. Mais la scène musicale québécoise n’est pas encore sortie de sa torpeur pop des années 80, et l’impatience se fait sentir ici. Le point d'interrogation est en fait un coup de poing sur la table. Ça a été un cri du cœur auquel bien du monde s'est rattaché. On était plusieurs à sentir une espèce de vide, se rappelle le guitariste Martin Dupuis, parlant de la jeunesse de l'époque. "Y’a tu kelkun ?", c'est un appel, une façon de crier. Est-ce qu'il y en a d'autres qui cherchent autre chose ? ajoute Vincent Peake, bassiste. Est-ce qu'il y en a d'autres qui pensent comme nous autres ? »

Vincent Peake : C'est exactement ça. Cette toune-là est née quand ma coloc de l'époque, Karéa Audette — qui est une fan de Groovy parce qu'elle venait nous voir tous nos jeunes vendredis soirs — m'a dit : « Tu devrais chanter en français ». C'est ma première toune en français, donc elle a cette importance-là. Et on écoutait beaucoup de Charlebois dans ce temps-là. Moi je découvrais le rock québécois à peu près dans ce temps-là, et particulièrement l'album Charlebois de 1972, parce que ça m'a rentré dedans. OK, c'est hot ce qui se passe ! Et elle me dit : « Tu sais, les gens connaîtraient plus si tu comprenais les paroles », parce qu'avant ça, on chantait en anglais, puis on chantait vite. Notre band, c'était The Right dans le temps. Il y avait tellement de lyrics pour la vitesse des tounes. J'étais bien dépensé. Elle a enfin été quelqu'un qui m'a fouetté à faire l'exercice.

Vincent Peake : OK, donc il faut savoir avant de commencer tout ça : il y a plein de tounes sur ce disque-là qui font partie d'une même longue, longue toune que j'avais écrite au début. Puis on aimait beaucoup le prog. Alors il y a « Y’a tu kelkun ? », mais il y a aussi « Plasma Bells », « Recess », « Grimaces »... C'était toute une même chanson. J'ai décidé, après notre période prog, de faire une toune courte. Je suis capable de faire une toune de deux minutes 30. Et ça a été « Y’a tu kelkun ? ». Non seulement elle est en français, mais c'est aussi comme la première fois qu'on écrivait une toune courte pour dire les choses, parce que j'écoutais beaucoup de Genesis dans l'époque, puis ils ont décidé de faire de la musique plus pop dans les années 80.

Vincent Peake : Je me suis dit : « Criss, je pense que je suis capable aussi de me mesurer à ça, puis en faire une bonne, mais qui percute ». Oui, « Y’a tu kelkun ? » écrit avec des « k », c'est en joual. C'est totalement joual. Et c'est ça, c'est un appel à tous pour savoir où on en est. On était en train de vivre un changement dans la musique rock au Québec et mondialement aussi, je dirais. Le grunge en était la preuve. C'est comme un SOS pour savoir. Je pense que je ne suis pas tout seul dans ma gang à penser de même, donc c'était ça la question. « Y’a tu kelkun ? » avec nous autres ? Est-ce qu'il y en a d'autres qui ont de quoi à chialer aussi ? Quelqu'un qui a un problème ?

Hugo Lachance : Oui, ça c'est fou.

Vincent Peake : C'était une phrase que tout le monde disait dans le temps : « Quelqu'un qui a un problème ici ? » Le fait d'emprunter du joual québécois a certainement propulsé cette chanson-là dans les oreilles de bien du monde. C'était le riff principal qui était dans ce groove. C'est cette toune-là que j'ai gardée. Puis c'était la première fois aussi que je chantais la mélodie. D'habitude, j'aimais ça être un peu comme Rush ou d'avoir une mélodie qui est différente de la basse, puis là on va dans le temps. On fait tout en même temps. Puis l'autre grosse influence de cette toune-là, c'est Jane’s Addiction. Ils avaient des tounes sur le web qui étaient devenues mon band préféré, des tounes courtes et qui punchent.

Vincent Peake : Alors ça a commencé grâce à Karéa Audette. Je me suis forcé à écrire en joual. Le seul autre exemple qu'il y avait dans ce temps-là, c'était Banlieue Rouge. Mais Banlieue, ils écrivaient plus à la base. On a parlé de ça la première fois. Donc je voulais me détacher un peu de ça pour y aller vraiment joual à la Charlebois, ou à la Plume. Et représenter notre génération, une continuité de ce que le rock québécois était pour nous à l'époque.

Hugo Lachance : Ouais, parce que B.A.R.F. a fait ça aussi.

Vincent Peake : B.A.R.F. a fait ça, « Wo, wo tabarnak » tout ça. Oui, oui, exact, c'est à peu près dans le même temps. 

Danny Peake : Aujourd'hui tu vas me dire, c'est quoi « Néo-sorcière-maskarage-tondeuse » ? C'est quoi ça ? 

Vincent Peake : Moi je me tenais aux Foufounes Électriques quand j'ai commencé à me tenir là. Quand Groovy a commencé à jouer en 87, il y avait une barmaid. Elle avait un beau mohawk, puis elle avait le maquillage étiré là. Oui, c'est elle la sorcière, ce « maskarage-tondeuse ».

Hugo Lachance : Oui, oui, on en a parlé au dernier épisode.

Vincent Peake : Ça fait que c'était une image de ma nouvelle connaissance avec l’underground  Montréalais, si on veut, les Foufounes Électriques. Puis elle était super fine, vraiment elle était belle, mais elle était comme « Wow ! ». Moi je ne connaissais pas ça, je n'avais pas d'amis de même encore. Donc « néo-sorcière-maskarage-tondeuse ». C'est arrivé parce que je passais beaucoup la tondeuse  temps là-bas dans ce temps-là.

Danny Peake : On gagne sa vie comme on peut ». 

Vincent Peake : J'aimerais ça avoir des jeux de mots puis faire réfléchir les gens un peu.

Hugo Lachance : Mais comme tu chantes en français pour la première fois, tu dit que c'est en joual, mais c'est quand même coloré dans le fond, à la manière de Groovy. Il y avait une identité.

Vincent Peake : Oui. Puis là, j'ai réalisé que c'était le fun.

Hugo Lachance : Mais j'avais pas allumé sur Charlebois, par exemple. C'est vrai, là tu me le dis puis je fais des liens.

Vincent Peake : Musicalement peut-être pas tant. Mais au niveau des paroles, oui. On n'avait aucun autre exemple dans notre style de musique. Il fallait aller vers Charlebois ou vers Offenbach. Mais on était pas mal dans les premiers à oser joualiser notre rock. Puis, de toute évidence, ça a bien marché parce que déjà là, on tournait pas mal en région, et les gens ne parlaient pas tant anglais que ça. Donc ça a vraiment connecté fort avec bien du monde qui enfin comprenait un peu ce que je disais.

Vincent Peake : Mais malgré les phrases du genre « Dans mes bras man », c'était comme une réunion.

Hugo Lachance : Ça, ça a été long avant que je catche. Je pensais que tu disais « Y’a pas de problème ». Puis je l'ai catché récemment en plus !

Vincent Peake : « Dans mes bras man ». Les gens viennent me le dire encore. C'est une belle phrase. Puis même avec les filles, ça marche autant. Ça a été déterminant pour nous de prendre ce virage francophone là et qui nous a suivis pour les albums à venir.

Danny Peake : Moi il y a deux choses que je retiens de « Y’a tu kelkun ? ». La première, c'est quand Claude Rajotte a fait la critique de Eater’s Digest à MusiquePlus au Cimetière des CDs. Il semble qu'on écoutait ça ensemble, le live, parce qu'on savait qu'il allait le faire. Et MusiquePlus nous a beaucoup aidés. Puis Claude Rajotte a dit : « Bien c'est la première toune, c'est la toune de l'album ». On était tellement contents d'avoir une critique positive. Parce qu'il y avait une grosse influence, tout le monde écoutait Claude Rajotte. Puis l'autre souvenir, c'est la première fois que je l'ai entendu mixé et masterisé. Je trouvais que ça fessait là ! Le drum était comme une tonne de briques. J'étais vraiment content. Il y a deux sons sur Eater's Digest : il y a des tounes avec Martin Pelletier, puis des tounes avec Martin Dupuis. Martin Pelletier R.I.P. « Y’a tu kelkun ? » a été faite avec Martin Dupuis, plus récent, donc le son est retravaillé et ça sonne un peu mieux.  C’est une particularité de cet album là.

Hugo Lachance : Puis en plus, tu parlais de joual, ça a continué sur Vacuum après.

Vincent Peake : Oui, c'est ça. Quand on a vu que ça allait là, surtout avec la connexion directe avec le monde, on s'est dit qu'on tenait quelque chose. Comme je disais la dernière fois, tous les bands du Québec avaient des visées internationales. Il est venu un temps où on s'est dit : « Bon bien, ça n'a pas l'air que ça va se passer », donc let's go pour le Québec. Et on a réalisé qu'on a une terre fertile ici. On a de gros, gros fans de punk rock et de métal au Québec, d'une musique hors-piste, et ça a été une bonne décision qu'on a prise.

Hugo Lachance : Moi, je me souviens quand j'étais plus jeune, quand j'ai entendu cette toune-là pour la première fois, c'est toujours resté dans mes préférées. Il y a tellement une belle énergie. Quelle belle intro d'album aussi !

Vincent Peake : Ouais. Met-en! Il y a deux tracks de basse là-dessus au tournant. J'en ai fait deux différentes. Ça partait bien, mais je trouvais que ce n'était pas assez puissant. C'est la première fois que j'ai down-tuné ma basse pour créer un effet d'octaver.

Hugo Lachance : Vous aviez quel âge quand vous avez fait ça ?

Vincent Peake : Moi j'avais 27 ans. Danny avait 26 ans. On se suit depuis ce temps-là.On a juste 16 mois de différence!

Hugo Lachance : OK, mais c'est bon. Parce que je demandais ça parce que c'était quand même complexe, les compositions de Groovy, par rapport à ce qui se faisait.

Danny Peake : Bien, « Y’a tu kelkun ? », comme j'ai dit tantôt, ça faisait partie d'une toune qui durait, je pense, 17 minutes. On a choppé ça et ça a donné « Y’a tu kelkun ? », « Grimaces », “Ike”, « L'autre bord »... 

Vincent Peake : C'est cool parce que récemment, Stéphane Vigeant m'a envoyé une vidéo de Groovy à Terre des Hommes. On a joué à La Ronde, au Jardin des Étoiles en 91 avec Me Mom & Morgantaler. On commence avec ce medley-là. Il avait ça dans ses archives. C’est débile!  Stéphane Vigeant, le guitariste original de Groovy. Il a tout gardé ça aussi. Je ne sais même pas qui filmait, mais on voit toute la vieille gang de Longueuil. On avait ouvert pour Me Mom & Morgantaler et on avait fait un bloc en ré, un bloc en la, puis un bloc en mi. Ma coloc Julie Slater avait les cartons avec tous les noms écrits, comme à la boxe un peu. Là on est dans un style, là on est rendus à cette toune là... c'était hot ! On était ambitieux. Mettre beaucoup de musique en si peu de temps. Mais le côté prog, à un moment donné, c'est aussi parce que tu veux aller chercher le plus de monde possible. Donc j'ai scindé ça en quatre et « Y’a tu kelkun ? » est devenue la toune de deux minutes qu'on connaît.

Hugo Lachance : OK. Wow ! Puis ça a été une porte d'entrée pour bien du monde avec Groovy Aardvark aussi.

Vincent Peake : Oui, absolument. Puis on a fait une vidéo pour 3500 piastres dans une petite grange dans le Vieux-Montréal. Ça démontre encore toute l'énergie déployée alentour du band. Tout le monde qui est dans la vidéo, ce sont des amis à nous autres, à part Georgette qui était la « drag queen  ». Tout le monde a participé. Il faisait frais, je me rappelle, mais on a eu tellement de plaisir à faire ça. On improvise, go, on shoote et on y va.

Hugo Lachance : C'est l'esprit punk DIY ça.

Vincent Peake : Absolument. C'était notre premier clip, puis MusiquePlus l'a embarqué.

Hugo Lachance : Bien tant mieux ! On se rend compte que MusiquePlus était important depuis qu'ils ne sont plus là. Avec le recul aussi.

Vincent Peake : Ce qui était cool avec MusiquePlus, c'est qu'il n'y avait pas de style particulier, pas de créneau. Ils jouaient n'importe quoi tant que la toune était correcte. On a fait partie de la mouvance du rock alternatif au Québec grâce au savoir-faire de MusiquePlus. 

Danny Peake : En fait, Ils ont réalisé qu'il y avait quelque chose qui se passait à Montréal cette année-là : il y avait les GrimSkunk, B.A.R.F., Raid, plein de bons bands qui sortaient. Si ça avait été les radios, ça nous aurait passé dix pieds au-dessus de la tête. Le seul qui nous a joués, c'était Too tall à CHOM.

Hugo Lachance : Ouais, tu as parlé de lui.

Danny Peake : C'était un de ceux qui s'intéressaient à ce qui se passait de nouveau, toujours curieux et à l'affût. Alors que les autres, c'étaient des has-beens. Mais ouais. Merci à MusiquePlus.

Hugo Lachance : C'est bon. « Y’a tu kelkun ? », oui. On passe à « Plasma Bells ».  Bon, c’est cruel mais, on ne peux pas écouter les tounes au complet, alors si vous êtes curieux de découvrir allez écouter les tounes au complets.  Je dis ça car vos chansons sont complexes et ça change beaucoup!

Vincent Peake : Il y a beaucoup à dire là-dessus. 

Danny Peake : En partant, ça ne sonne pas du tout comme « Y’a tu kelkun ? ». Le son est complètement différent. Martin Pelletier a enregistré la moitié de Eater's Digest. Pour moi, « Plasma Bells », c'est une des tounes dont je suis le plus fier parce que le beat dans le bridge, c'est le beat que j'ai enregistré avec Groovy dont je suis le plus fier. 

Vincent Peake : On en apprend!

Danny Peake :  Ce n'est pas facile. Quand tu décortiques, la main droite fait ça, puis la main gauche fait ça. Faire tout ça ensemble... Je trouve que le bridge dans le milieu, c'est ça qui fait la toune.

Vincent Peake : La genèse de cette toune-là vient de mon autre coloc, Julie Slater, qui étudiait la danse au centre-ville de Montréal. D'habitude elle écoutait de la musique en loop. Elle m'a dit : « Mon prof trouve que ce serait cool qu'il y ait de vrais musiciens qui viennent nous accompagner pendant qu'on fait nos exercices ». Alors moi et Danny, on y est allés. Danny jouait du djembé puis moi j'avais un riff qui galope un peu. Donc j'ai écrit ce riff-là pour le cours de danse à Julie Slater. C'était le meilleur job au monde : les belles filles en léotard ! Alors j'ai écrit ce riff-là par rapport à un cours de danse.

Vincent Peake : J’ai écrit le texte en rapport au cours de dane. Puis le texte est très prenant. On avait un meilleur ami qui s'appelait Andrew Garby. Andrew était le meilleur ami de Marc-André Thibert à Saint-Lambert. Andrew, c'était un gars qui trippait sur le New Wave, il avait une crête, il était super cool. Il a comme embarqué dans le hardcore avec nous autres parce qu'on était chums. Andrew, c'était notre premier vidéaste, celui qui faisait nos éclairages. Il allait au CÉGEP Édouard Montpetit. Puis il a pogné le cancer et il est mort à 23 ans.  Quand j'ai appris la nouvelle, j'étais à Montréal. Dave Boisseau m'a rejoint au téléphone  puis il m’a “it’s a sad day Andrew est mort”.  Je suis arrivé à Longueuil et on était une grosse gang à se mettre ensemble pour se réconforter. Au-dessus de notre toilette, il y avait une boîte en plastique avec une cloche qui était la sonnette, mais elle était débranchée depuis toujours, le fil était coupé. Là on arrive, et la boîte sonne ! Elle a sonné encore. Je me suis dit : « Andrew me dit bonjour, il me dit bye ».

Hugo Lachance : Ouais, OK!

Vincent Peake : Puis « Plasma Bells » vient de là. C'est ce que tu entends dans les murs. On ne sait pas c'est quoi, c'est la cloche de plasma. Comme les fantômes. Alors c'est ça l'histoire. On n'est pas tout seul. Ça ne s'explique pas, ces affaires-là. La cloche était débranchée, mais elle sonnait pareil, comme croche un peu. C'est inexplicable. Évidemment, on l'a faite pour Andrew.  On est pas tout seul!

Danny Peake : C’est impossible qu’elle sonne, elle n’a jamais sonnée, le fil était choppé!

Vincent Peake : C'est un hommage à Andrew, paix à son âme.

Hugo Lachance : Tu parlais de djembé tantôt, comment vous gérez les percussions ? Parce qu'il y a beaucoup de percussions dans presque toutes les tounes.

Danny Peake : Oui, bien ça, le percussionniste, c'est Louis Bélanger. Avec Martin Pelletier, ils venaient d'un groupe qui s'appelait The Affected à Longueuil. 

Vincent Peake : Moi j'allais à l'école avec Martin Pelletier au cégep. David Pelletier, le frère de Martin, était reconnu comme le meilleur bassiste de la Rive-Sud à l'époque. Il est devenu chef d'orchestre pour le Cirque du Soleil après avoir fait son cours à Berkeley à Boston, il était en composition.  Eux pis DBC étaient mes deux bands préférés à Montréal. Même si DBC étaient moins fin mais ils étaient fuckin’ bon!  On les aimait beaucoup, on allait voir The Affected en show. Puis c'est comme ça qu'on a recruté Martin et Louis. Particulièrement sur cette toune-là, il y a beaucoup de cloches. On a été cinq pendant un bout. Louis et Danny étaient vraiment amis. Louis, c'est le premier punk que j'ai connu au cégep en 84. Il est arrivé en classe en se plantant dans les bureaux avec un gros mohawk.

Vincent Peake : Il m'a vu avec mon logo de Metallica et il m'a dit : « Man, tu connais ça Metallica ? » C'est comme ça qu'on est devenus chums. 

Danny Peake : Il faisait partie de la band de cette époque-là qui se promenait en corbillard.

Vincent Peake : On a invité Louis à être percussionniste parce qu'il s'ennuyait de son band qui n'existait plus. On lui a donné un bon coup de main pour se faire connaître. On a eu le bonheur d'avoir Martin et Louis avec nous autres. Il y a beaucoup de percussions sur ce disque-là, gracieuseté de Louis. 

Danny Peake : Louis m'a beaucoup aidé parce que moi je suis un musicien autodidacte. Louis, lui, a fait son diplôme d'études collégiales en musique en drum. Quand il est arrivé comme percussionniste dans Groovy, il m'a montré plein de techniques de pratique. On est devenus les meilleurs amis du monde. D'ailleurs, c'est le parrain de mon plus vieux.

Hugo Lachance : On le salue ! C'est bon pour Plasma Bells? On y va avec « Covert Action ».

Hugo Lachance : On disait au dernier épisode que Groovy n'avait pas peur de jouer en majeur et de faire des tounes happy.

Vincent Peake : Le riff principal, le premier qu'on entend, c'est un riff résiduel de l'ancien groupe à Marc-André Thibert, Bad Results. C'est un riff qu'ils jouaient dans le temps mais qu'ils n'ont jamais enregistré. Je lui ai demandé si on pouvait l'utiliser parce que je le trouvais bon. C'était basé sur un riff d'un autre band hardcore incroyable qui s'appelait Genetic Control. Ils avaient une toune qui s'appelait « Urban Cowboy ». Marc-André a pris le riff et l'a mis plus vite. On était de gros fans, donc on était honorés de pouvoir le défendre.  Rendu là, on était très expérimentaux. Après « Covert Action », il y a tout le bout du milieu plus jazzy.  À ce moment-là, je venais de me procurer ma basse fretless maP-Bass (Fender Précision)Bass. C'était assez ardu à enregistrer pour que ça sonne bien. Groovy aimait beaucoup changer de style rapidement. C'est un exemple probant de ça. Ça file au bout ! Ce sont les premiers sons clean que Groovy a employés. M.A. et Martin Pelletier pouvaient peaufiner les sons au studio Plante Verte. On y allait clean autant que possible.

Danny Peake : Quatre fois la même affaire. Ce n'est pas se casser la tête, mais ça,  c'est parfait. Oui. Après, de faire une espèce de solo de quatre bords, burin, burin, burin, c'est parce que je n'aurais pas été capable de faire un solo de même ; je n'étais pas assez habile encore pour... OK, je comprends, je comprends l'effet. Normalement , tu laisses ta main sur les frettes, mais avec une fretless, il faut que tu sois vraiment dessus sinon ça dérape.

Hugo Lachance : Sinon ça sonne faux.

Vincent Peake : Ouais, mais ça, ça vient beaucoup de The Wall de Pink Floyd. Il y a beaucoup de fretless là-dessus. Oui c'est vrai, il y a beaucoup de ce son. On était de gros fans de Floyd, évidemment. Ça fait que là, ça, ça change tout seul, tu sais. Puis après ça, on drop en si, c'est cool. Ça a tout le temps été, à l'époque, un des moments forts du spectacle où on t'amène ailleurs, carrément. Puis on revient avec tant-tant-tant pendant la toune. 

Danny Peake :C'est une toune qui miroite nos années hardcore quand on a commencé. C'est du résiduel de ces années-là, absolument.  Ça, c'est tellement des punchlines, là. Oui. 

Vincent Peake : Et un texte de Stéphane Vigeant.

Hugo Lachance : Ah oui, OK.

Vincent Peake : Ça veut dire que ce sont des actions secrètes du gouvernement pour les affaires un peu en catimini, là. Oui, oui, comme ils le font encore aujourd'hui. Le mot « covert » ne me disait rien à l'époque ; c'est Stéphane qui me l'a amené. Stéphane a écrit ce texte-là, ça fait que c'est un beau travail d'équipe.

Hugo Lachance : Question : où est-ce que vous avez appris à parler anglais ? Parce que vous semblez vraiment bilingues.

Vincent Peake : Bien, notre papa est anglais, il est anglophone.

Hugo Lachance : OK. Ouais, parce qu'au dernier épisode, on a parlé beaucoup de « Maman Groovy », mais on n'a pas parlé de papa groovy!

Vincent Peake : Elle a rencontré Frank Peake sur une plage à Rimouski, dans ce coin-là. Elle, elle ne parlait pas un mot d'anglais. Lui, il ne parlait pas un mot de français, OK. Puis je pense qu'elle avait bien de la pression de ses parents pour se marier parce qu’elle s’en venait vieille-fille. Ça fait que elle a fait : « OK, il est cool, il est fin, il est drôle ». On a été élevés bilingues en partant.

Hugo Lachance : OK, OK, OK.

Vincent Peake : Puis notre mère était francophone. Ça fait que c'est venu naturellement.

Hugo Lachance : Ah, parfait. C'est bon. On passe à “Pace”.   C'est parti !

Vincent Peake : Dan avait 24 toms à l'époque, puis j'essayais de m'en servir le plus possible. C'est sûr. 

Danny Peake : En fait, j'avais réduit mon kit ; j'avais juste les deux petits toms... un était comme l'autre, j'en avais trois comme ça. Puis ouais, deux en haut, mais tout petits en haut. Et ces petits toms-là, on les entend le mieux, ils font partie du beat. On nous a entendus là-dessus, là.

Hugo Lachance : Bien, ce sont des petits toms qui pèsent comme des roto-toms un peu.

Vincent Peake : Exact. Exact, en plein ça, ouais.

Hugo Lachance : Marie-Christine Blais, La Presse, 14 janvier 1995 : « Outre l'éclectisme de leurs influences musicales, les Groovy Aardvark (traduisez par fourmilier cool) ont pour particularité de composer tant en anglais qu'en français. L'album compte d'ailleurs trois chansons dans la langue de Tremblay. J'ai un fort faible pour leur pièce francophone, ah! l'intro de "Déraille", mais je dois reconnaître que les histoires racontées en anglais sont souvent plus intéressantes. Je pense notamment à "Pace", qui raconte l'histoire vraie de ce monsieur qui se promène toute la journée de long en large sur le chemin Chambly, en grognant, sans prononcer une seule parole ».

Vincent Peake : Exactement.

Hugo Lachance : C'est ça.

Vincent Peake : Elle était cool, elle est une old-school Mais oui.   Effectivement, on s'entend que c'est une toune qui a été enregistrée plus tard. Elle sonne un peu mieux ; elle n'était pas là avant les enregistrements de Eater’s Digest. C'est une toune que j'avais en tête depuis un bout, que j'ai réussi à placer. Puis tu l'entends qu'elle est un peu plus fraîche, différente des autres. Oui, oui, oui, j'aime beaucoup.  En tout cas, la synchronisation entre les guitares... puis Danny, tu vois qu'il est tout de suite capable d'accentuer l'autre guitare extérieure. Dan, c'est un pianiste dans la vie, puis un peu comme Alain de Grimskunk,, il comprend la composition. Oui, il y a beaucoup à sonder, à placer. Accentuer à la bonne place, ça c'est important. Ça fait que c'était une toune en hommage à ce bonhomme-là qu'on entendait grogner à journée longue. Parce que nous, on habitait près de ce chemin Chambly dans le temps, ça sonnait comme  bagna bagna bagna.  And we called him Baga baga.  C’est pour ça qu’on l’a appelé Baga Baga. Mais l'histoire voudrait que ce soit un ingénieur civil qui avait conçu beaucoup des routes à Longueuil et que sa femme et sa fille se seraient tuées sur une des routes qu'il aurait construites et désignées, et qu'il ne s'en serait jamais remis. C'est la légende, ce n'est pas moi qui ai inventé ça. J'ai entendu ça parce que j'ai fait des recherches sur ce gars-là. Il est arrivé quelque chose à cet homme-là qui l'a fait casser de même. On parle de sa corpulence, c'était un gros bonhomme, mais il était… Un peu comme le grand Antonio mais plus petit.  C'était un gros bonhomme, mais les cheveux comme si jamais tu ne les avais coupés. Il avait tout le temps de la morve dans la barbe. Puis il portait tout le temps son espèce de manteau bleu. Puis là, il repartait, le chemin Chambly à la grandeur. Il était plus là, puis il bougeait. J’ai déjà essayé de lui parler.  Tu sais, il faisait peur à tout le monde, alors tu ne le déranges pas, tu le regardes aller et il est comme inatteignable. Il a cassé comme ça en deux.

Hugo Lachance : Puis tes recherches t'ont-elles amené vers ce que tu voulais savoir ?

Vincent Peake : C'est ce que j'ai appris, ça fait que l'histoire raconte ça. Un hommage à ce monsieur. Puis il n'était pas si vieux, il avait l'air vieux, mais c'était un peu comme nous autres. Mais « Pace », c'est comme la cadence.

Hugo Lachance : Oui, comme quelque chose d'un petit peu...

Vincent Peake : Un peu croche, là, parce qu'il marchait. À un moment donné, quand tu marches quatorze kilomètres par jour, tes jambes finissent par ne plus suivre. Tu as mal aux pieds. Moi, j'habite dans le centre-sud maintenant, et les gens de la rue, ils boitent tous ; ils marchent tellement, leurs souliers ne sont plus bons.

Hugo Lachance : J'aime ça faire le podcast pour ça, pour vraiment connaître les petits secrets. Ça m’fait vraiment triper.

Vincent Peake : Comme je dis, on aime les histoires vraies, des histoires qui veulent dire quelque chose qu'on a vécu ou dont on a été témoins. Ça c'est important. Ça fait que c'est un hommage à ce cher monsieur-là.

Hugo Lachance : Mais c'est vrai que cela sonne bien, le drum là-dedans. C'est sûr que là, le drum a toute sa place parce qu'il n'y a pas trop de guitare.

Vincent Peake : Mais ouais, ouais, bien elle est plus espacée. Ça fait que oui, oui, mais c'est le même son que « Y'a tu kelkun ? ». Puis là, ça c'est le riff de baker’s pie, du premier démo.

Hugo Lachance : Ah OK, OK.

Vincent Peake : Ça doit être la neuvième toune sur le démo 1987. une toune à Steph, Stéphane Vigeant, n'est jamais loin de nous. Il y a toujours un apport important parce qu'il nous a laissé beaucoup d'informations musicales intéressantes. C'est pas mal Steph qui a créé ce son-là au départ sans le savoir, puis je suis parti avec ça quand je me suis mis avec M.A.. Alors c'est trippant d'aller chercher dans le tiroir de ce qu'il y a déjà. Pourquoi pas reprendre un morceau de l'époque ? C'est un démo qu'on a repris, dans le fond.

Hugo Lachance : Oui, c'est sûr. Ça vous appartient!

Vincent Peake : Je me rappelle que Franz de Grimskunk aimait beaucoup cette toune-là, il la trouvait bien intéressante. Alors j'étais fier, c'est une toune bien sentie par rapport à des gens à qui il arrive des traumatismes absolument indéfinissables.

Hugo Lachance : Wow ! Je suis vraiment content de voir ça. On continue avec un classique Localvicie.

Hugo Lachance : Tu l'entends ? Ça sonne Rickenbacker gros comme le bras! Ça sonne la basse dans cette toune-là!

Vincent Peake : C’est peut-être ma préférée de cet album-là. Ouais, je trouve que c'est tout ce que Groovy est capable de faire ; ça englobe tout le côté mélodique puis la richesse rythmique que ce band a à offrir. Il y a tellement de différents rythmes dans ce train-là, mais tout ça tient bien. Très bien écrit.

Hugo Lachance : Oui, oui, oui.

Vincent Peake : Un autre riff à Stéphane Vigeant. Oui, parce que quand Stéphane a lâché le band, il m'a laissé la cassette avec tous ses riffs dont on ne s'était pas servi, dont celui-là qui est représentatif de ce que Stéphane composait à l'époque. C'était tout nouveau.

Vincent Peake : Je suis là, puis j'ai fait la ligne de basse comme être au tout-tout-tout. Puis je m'étais déjà accordé en ré pour « Y’a tu kelkun ? ». Je fais la même affaire pour Localvicie la grosse note. Ce n'est pas un mi, c'est un ré, donc un ton plus bas.

Hugo Lachance : OK.

Vincent Peake : Donc il rajoute un peu plus de bottom. Juste la grosse corde.

Vincent Peake : Puis je suis parti avec les verses, avec la basse toute seul. Ça, c'est l'histoire vraie d'un band rock alternatif de Longueuil qui n'a d'autre choix que de subsister pendant les longs mois d'hiver que de se livrer à de la culture bactériologique. Ça, c'était encore Karéa Audette qui m'a influencé à chanter en français. Elle faisait du kéfir. Le kéfir, c'est que tu mets quelques ingrédients dans un pot Mason, puis tu mettais ça au soleil, ça fermente, ça remonte, ça grossit. Oui, c'est ça, tu bouffes ça. Ça remplace bien la viande. C’pas mangeable! Tu mets un peu de mélasse là-dessus, ça va être bon, ça ne passera que mieux.: Mais tout ce que tu entends, cette toune-là, ça représente Groovy à cette époque-là. Quand on pratiquait en haut du Delight Donuts qui était là à l'époque, les toasts... Des toasts, des toasts, veux-tu bien me dire ce que ça fait dans la sauce ? C'est qu'on n'avait pas assez d'argent pour acheter de la viande. Ça fait que on mettait du pain dans la sauce pour que ça gonfle un peu plus, pour nous donner l'impression de manger quelque chose de plus consistant.

Hugo Lachance : Ça se passait bien. Oui, oui, oui.

Vincent Peake : C'est ça, on faisait ça de même. Je ne suis pas le seul, j'en ai jasé avec du monde qui me disaient : « Bien, on faisait ça aussi ». C'est une vieille recette. C'est comme rajouter de l'eau dans la soupe.

Hugo Lachance : Away de Voïvode me racontait la même affaire quand il restait en appartement à Montréal. Il était parti du Saguenay. Il disait qu'il s'était servi du toaster et que des coquerelles en étaient sorties.

Vincent Peake : Souper est prêt!! Toutes ces tounes-là racontent exactement ce qu'on vivait à ce moment-là. Il faut savoir que la semaine, tout le monde se tenait chez nous parce que Butch, notre gérant, c'était le dealer du cégep. Ça fait que tout le monde venait chez nous, on était un quartier général. 

Danny Peake : Je ne sais pas comment vous avez fait, il y avait du va-et-vient dans cette pièce-là. En fait, il y avait l'appartement, puis il y avait le local à côté ; tu sortais trois ou quatre marches et c'était la cave à côté. Il y avait tout le temps, tout le temps du monde là, mon gars ! JAMAIS d'intimité, jamais zéro, nulle. Moi, j'aurais jamais été capable. La porte était ouverte. Un moment donné, même man, la porte était ouverte, vous étiez dans vos chambres. Je suis rentré, j'ai déplogué la TV et je partais avec. Je l'ai laissée en bas. Là, je suis rentré et j'ai dit : « Les gars, les gars, elle est où la TV là ? On s'est fait piquer notre TV ». Bien oui, mais avec la porte ouverte... Puis je suis remonté en haut pour vérifier.

Vincent Peake : Il y avait tellement de va-et-vient, la porte ne barrait jamais.

Hugo Lachance : Mais ce n'était pas cher de loyer, non ?

Vincent Peake : Mais aussi, on faisait confiance à notre entourage. C'est clair. On s'est fait voler une seule fois, à part Danny qui a volé la TV pour nous montrer un exemple. Mais moi, en tout cas, je m'étais donné corps et âme dans la musique, puis j'aimais ça être au centre de l'œil du cyclone, si tu veux.

Hugo Lachance : Oui.

Vincent Peake : C'est vrai. Mais tu sais, on fumait beaucoup dans ce temps-là aussi. Ça fait que j'étais dans le local, j'écrivais des tounes, j'adorais ça, je restais là. C'était vraiment différent. C'était tout du monde le fun aussi, en général il y avait un respect mutuel.

Hugo Lachance : Mutuel.

Vincent Peake : Mutuel. Mais je me demandais quand tu rentres chez nous : tu te comportes comme il faut. Oui, OK.

Hugo Lachance : Tu peux fumer un bat, mais ce n'était pas une piqûuerie non plus, tu sais.

Vincent Peake : Non, non. De un, il n'y a pas de drogues dures là, pas d'héroïne en tout cas. Et il y avait beaucoup de filles avec nous autres dans le temps. Alors sois poli, comporte-toi comme il faut. Sois complice dans la vie, sinon tu vas être dans la merde. Je vais te donner à manger, je vais te donner de la sauce avec du pain dedans, mais sois cool.

Danny Peake : CAvec un petit peu de kéfir pour le dessert.

Hugo Lachance : Comme quoi ça en a l'air !

Vincent Peake : Trois fois par semaine, pour perdre la bedaine, on chauffait le local, on en suait des balles. Le Melissa en bas, de peine et de misère, attrapait au vol les fourchettes. parce que Georges, qui était le propriétaire du resto et de à peu près quatre kilomètres de tous les commerces du chemin Chambly, un vieux grec, disait : « Ah, quand vous jouez, tout tombe au resto ! ». Mais il nous aimait bien pareil parce qu'on avait entrepris ce local-là, on l'avait tout rénové. On a tout refait ça comme des champions.  André, Butch et moi, on a passé l'été 88 à refaire notre appartement. On a demandé à nos amis artistes de peinturer les murs du local. C'était super beau. C'est un endroit vraiment calme et inspirant où tu pouvais te tenir. La porte était ouverte littéralement pas mal tout le temps. Puis « Localvicie » raconte cette période-là de notre vie.

Hugo Lachance : Super. Je veux juste dire que moi, « Des toasts, des toasts, veux-tu bien me dire ce que ça fait dans la sauce », ce sont mes paroles préférées. Je suis content de savoir que c'est juste ça, mais en même temps, c'est tout.

Vincent Peake : Oui.  Ça se raconte. Puis encore une fois, ça vient un peu de « Y’a tu kelkun ? ». Il y a du monde qui se pitche dans l'appartement tout seul, ils n'ont pas une cenne, puis à la place de voler ou de faire de mauvais coups, tu t'organises dans la vie avec des amis. Ça fait que c'était une belle période de colocation. On était tous pas mal nouveaux à se prendre en main comme adultes. Puis en plus, on offrait la musique trois sets par soirs les vendredis soirs, c'était un échange.

Hugo Lachance : Oui, c'est une bonne façon de construire une fanbase solide.

Vincent Peake : Tous ces gens-là sont encore nos amis à ce jour. On poursuit avec « Recess ».

Vincent Peake : Le petit livre de Martin Pelletier. C'est une fausse note à la fin, je ne sais pas comment ça a passé pareil, mais c'est clairement une fausse note.

Vincent Peake : Martin Pelletier et tout son « wah-wah » wonder! Mais ça, ça faisait partie de la fameuse toune prog de 13 minutes du début avec « Y’a tu kelkun ? », « Plasma Bells » et « Recess » c’est la 3e. J'avais pris la décision d'en faire une toune courte aussi parce que le riff est très bon, puis je trouvais qu'il se perdait dans les méandres. On entend tout le savoir-faire de Martin Pelletier là-dessus, tous les solos. Martin aimait son « wah-wah » .  Ça peut être gossant mais et il s'en servait super bien, il le faisait chanter.

Hugo Lachance : C'est vrai.

Vincent Peake : Puis nous, on n'était pas « wah-wah » pour cinq cennes à l'époque. Ça fait que c'était vraiment un son nouveau pour Groovy. Martin avait une swing, ce gars-là, il connaissait ses scales comme un astie de champion.  il était tellement doué comme son frère David. Il y a beaucoup à voir avec la sonorité de ce disque-là, de cette toune-là. Puis un texte de Stéphane Vigeant, un genre de texte cryptique comme the late race to zero qui veut rien dire mais qui sonne bien.

Hugo Lachance : Ouais.

Vincent Peake : Il était bon là-dedans Steph, contrairement à moi qui contait des histoires. Il rimait bien, il était super talentueux. Pour un gars qui n'avait jamais joué de guitare de sa vie quand je l'ai rencontré, être capable d'écrire de la belle musique de même et de créer des textes... La toune s'appelait « Recess Of The Mind » au début. Sur l'album Fast Times at Longueuil High, on fait la version originale beaucoup plus complexe. Moi, j'avais pris ce riff-là pour en faire une toune en soi.  Çà c’est une toune où Martin  Dupuis ne joue pas.  Pelletier avait un ampli Hiwatt, qui sonnait un peu rasoir.  Sa main droite, estie qu’il était funky! On entend le riff de Martin Pelletier. Ça sonne un peu rasoir. Martin s'en crisse. « Recess », c'est une forme de ce que Groovy appelait du funk. Souvent on la joue moins, mais on la fait parfois en show. Toi Danny, tu fais les back vocals parce que la ligne vocale est basse et Martin a de la misère à la faire. Moi, je me sens super confortable avec. C'est un des bons riffs de Groovy.  On la joue moins souvent.  C’est un bon riff de Groovy.

Hugo Lachance : Question pour toi : tu parles depuis tantôt que tout était juste une toune au début. Comment s'appelait-elle ?

Danny Peake : Elle n'avait pas de nom. 

Vincent Peake : C'était la « toune en ré ». Moi j'avais pris plein de ces morceaux-là pour le spectacle Le Jardin des Étoiles de Terre des Hommes. J'avais décidé de faire un medley de tout ça vu qu'on faisait un bloc en ré, un bloc en la... On ouvrait pour Me, Mom and Morgentaler .On avait tellement de tounes qu'on a décidé de mettre ça ensemble.  Ça ressemble quasiment à du Angine de poitrine.

Danny Peake : Mais moins bien joué!  De mon côté en tout cas. 

Vincent Peake : C'est une bonne toune rock n' roll, un peu avec un riff assez simple, puis de belles harmonies vocales. On commençait à être à l'aise à chanter clairement et plus mélodiquement.

Hugo Lachance : Cool. On passe à la suite. “Ear throb”

Vincent Peake : Ça, c'est la tracklist qui reflète encore la fretless. 

Danny Peake : C'est de créer des moods

Vincent Peake : Marc-André Thibert avait accès à un B3 et à un….

Hugo Lachance : Un Leslie.? Oui, OK. Je l'entends.

Vincent Peake : Il y avait un B3. Il fallait qu'on parte à crinque pour que les fils roulent comme une tondeuse. 

Hugo Lachance : 

Vincent Peake : Un riff à Marc-André Thibert. C'était tellement clean. Ça faisait partie de la longue toune, non ?

Vincent Peake : Il y a de l'orgue là-dedans. 

Hugo Lachance : On l'a écouté au complet ! Les pics harmoniques à la fin.

Vincent Peake : Ouais, ouais, ouais, M.A. était bon là-dedans

Hugo Lachance : Alors ça, c'est vraiment une maudite bonne edit sur votre démo, hein ?

Vincent Peake : Je ne pense pas. Quel riff de Marc-André ! C'est le genre de chose où on ne savait pas trop quoi faire avec, pour en faire une toune. Au grand dam de Martin Dupuis, il y a ce morceau-là, mais c'est une belle toune studio qu'on a réalisée ensemble.  Oui, c'est une toune d'album, on peut faire ce qu'on veut avec le B3. Puis moi, le tamtam, j'étais dans une bouteille de Coke en plastique de deux litres coupé, je chantais dedans avec le micro dedans.

Hugo Lachance : OK, tu fais ça avec un deux litres coupé, donc ?

Vincent Peake : hahah on fumait Probablement. Puis tu parlais de percussions métalliques. On est allés chercher dans une cour à scrap des morceaux de métal que Louis Bélanger avait tous accrochés avec de la corde.

Vincent Peake : Un peu comme des chilses.

Hugo Lachance : Ouais, ok.

Vincent Peake : Puis on avait monté un kit. Il y avait ça, son kit de percussions à l'époque. Louis, il était entouré par ça de même, dont ces bâtons-là. Fait que c'est ça qu'il fessait là-dessus.

Hugo Lachance : Je comprends mieux.

Vincent Peake : C'est super pesant, c'est pas pratique à amener là, mais on s'en est servi live. C'est vraiment une toune qu'on a produite ensemble. On a eu bien du fun à faire ça, tu sais. De la nuit quand on l'a faite, on était tous un peu inspirés tout ça, puis on voulait faire une toune d'album qui est bien produite, qui a plein de sons différents, puis créer ce mood-là sur le riff principal à Marc-André. Heart Throb. C'est comme quand tu tombes en amour,  Ear throb c'est comme si les oreilles tombaient en amour.

Hugo Lachance : Cool ! On continue avec « Burning Rubber ».

Danny Peake : Ce boutte là n’est pas tight…  Ca m’énerve.

Vincent Peake : Un autre très bon riff de Marc-André.

Hugo Lachance : Oui, oui.

Vincent Peake : Oui, on entend son côté clean là-dedans.

Hugo Lachance : Comme tu dis, le picking vraiment... même si le drum n’est pas tight!

Danny Peake : C'est vrai, je l'entends plus.

Vincent Peake : C'est là qu'on a invité Claude Lamothe.

Hugo Lachance : Oui, oui.

Vincent Peake : Oui, face à toi là. Oui, on avait fait un showcase à New York ensemble.

Hugo Lachance : Ah oui, ok.

Vincent Peake : Le premier Polliwog que Martine avait organisé, c'était pas un festival encore, c'était pour amener des bands du Québec au North by north east. Et ensuite au new music seminar à New York. Et on avait donc invité, il y avait un maudit Oblivion, Groovy et Claude Lamothe.

Hugo Lachance : Ah oui, ok, c'est datant de son album solo. Oui, c'est ça qui s'appelait son album, qui jouait avec de la distorsion et tout. Ça, mais le titre m'échappe.

Vincent Peake : On est devenus amis dans l'autobus cette fois-là. Puis on avait eu l'idée d'inviter Marc à pimenter cette toune-là avec son savoir-faire de violoncelle, puis ajouter une touche bien grinçante. Oui, et la toune, au début, c'est en français. Ça s'appelait « Services » qu'on a mis sur la compilation “Sévices rendus). On s'est vite rendu compte qu'on l'avait déjà fait, ok, ok. Puis ça, ça parlait d'un matricide, de quelqu'un qu'on a connu qui avait tué sa mère. En fait, on a connu trois personnes qui ont tué leur mère!  On a des drôles d'amis… 

Danny Peake : Des amis qu'on a mis.

Vincent Peake : Lui, on n'a pas connu. C'est un pen-pal de Groovy, il nous écrivait constamment, constamment. Puis là, il nous avait avoué comment il allait le faire avant. C'était comme... c'est quasiment un aveu, puis finalement on a appris qu'il l'avait fait, fait que j'avais écrit la toune « Sévices » par rapport à ça. Mais encore là, on avait encore des visées internationales puis on trouvait que celle-là avait quelque chose, elle avait du potentiel, oui. Fait que j'avais écrit « Burning Rubber » par rapport à quand il y a eu l'incendie des pneus à Saint-Basile.

Hugo Lachance : Saint-Basile-le-Grand.

Vincent Peake : Puis que nous, on habitait à Belœil dans le temps.

Hugo Lachance : Tout ça.

Vincent Peake : Et dont on connaissait le coin par cœur. Puis c'est un nuage toxique qui a fait des ravages. Ils ont perdu le contrôle, tout le monde se tenait le plus loin possible là, tu sais, et ils ont perdu le contrôle totalement.  Au mont-saint-Bruno, il y a des vergers et les pommes n’étaient plus mangeables pendant des années.  Le nuage a traversé la montagne.  Ça a brûlé pendant des jours.  Ça a fait la une du Journal de Montréal j’ai encore l’article à la maison.  J’avais écrit une toune qui s’appelle Burning rubber. Toxique à l’os.

Danny Peake : 

Hugo Lachance : Un désastre environnemental

Danny Peake :  C’était tout proche de nous car on restait dans un village juste à côté.

Vincent Peake : Quel super beau riff de M.A. et quel solo de violoncelle de Claude Lamothe! On était tellement fier d’écouter le mix.

Danny Peake : Malheureusement, il y a des bouts qui ne sont pas tout à fait tight car j'expérimentais une nouvelle technique que je ne maîtrisais pas encore.

Hugo Lachance : Mais ça c’est juste toi qui s’en rend compte, si tu le l’avais pas mentionné personne ne l’aurait remarqué!

Danny Peake : À toute les fois je l’entends!

Hugo Lachance : Comment vous faisiez le violoncelle en show?

Vincent Peake :  On l’a quelquefois en show avec Claude mais il est devenu occupé et il est tombé malade par après et on s’est perdu de vue.

Hugo Lachance : On continue avec « The Whole Gang ».

Danny Peake : Ah oui !

Hugo Lachance : Oui, un autre classique.

Vincent Peake : Mixé par Claude Paré

Hugo Lachance : Yeah.

Vincent Peake : Ça, c'est une passe de drop que vous vous splitiez en deux, toi puis Louis. Je me rappelle.

Danny Peake : Pas quand on a enregistré, mais live ensemble. Ouais, en fait il a embarqué dans la deuxième portion de la passe. Ben oui, oui.

Hugo Lachance : Oui, mais on parlait... tu parlais d'enregistrement. Il faut juste rappeler que pour cet album-là, tu as enregistré toutes tes drums tout seul ?

Danny Peake : Pas tant. Celui-là c'était surtout Vacuum. Juste avec le métronome, ok effectivement.

Hugo Lachance : Ouais, mais c'est une maudite belle job au drum cet album-là, il est vraiment cool avec les percussions là, c'est parfait.

Danny Peake : Ouais, ouais, ouais, je suis bien content. Le drum il ne sonne pas tout à fait pareil je trouve. Personnellement je trouve que les drums sonnent mieux sur Eater’s les tounes avec Martin Dupuis comme genre « Y'a tu kelkun ? », « Localvicie ». Celle-là de « Whole Gang », ça c'est juste une question de goût personnel.

Hugo Lachance : Moi j'avais pas trop fait la différence je te disais. Parce que souvent ces premiers albums-là, vu qu'ils sont enregistrés comme dans des sessions différentes, à un moment donné, c'est pas toujours le même son..

Vincent Peake : Effectivement. Qui est enrichi sur plusieurs, plusieurs mois. Fait que la prémisse de ça, c'est que je revenais des Rainbow Gatherings.

Danny Peake : Oui.

Hugo Lachance : Crisse, ça fait longtemps que j'ai pas entendu parler de ça.

Vincent Peake : C'est un gros fan de Rainbow, j'ai bien aimé ça. Si j'ai bien du fun à partager puis à vivre dans un monde pas d'argent qui est basé sur les quatre éléments, tu sais : l'eau, le feu, le bois puis l'air. Fait que « Whole Gang » parle de ça comme « Sky is my father, the earth is my mother ». J'ai un côté un peu Grateful Dead que j'aimais beaucoup, mais avec un bon. Puis je me tenais  beaucoup dans les tam-tams jams à l'époque, fait que tout le temps, c'est ça qui m'animait beaucoup dans ce temps-là, avec une toune percussive là-dessus. Puis j'aimais bien, la ligne devait être toujours trop, trop, trop à ce jour, tough à jouer. Puis Martin Pelletier avec ton funk, ce gars-là ! Alors une toune hippie qui nous ramène à la terre, oui, mixée par Claude Paré. Parce que toi, la basse, elle sonne accotée un peu plus que les autres. Parce que Claude, il aimait beaucoup que ça accote dans le mix. Puis Claude, il était d'une lenteur tortuesque.  Ça lui prenait comme trois jours pour un mix.

Danny Peake : Tu sais. Ouais, c'est incroyable.

Vincent Peake : Puis là... mais une chance qu'on avait le studio Plante Verte à notre disposition parce que ça nous aurait coûté cher de l'heure. Mais non, c'était chez eux. Amuse-toi. Fait que là, quand on est arrivé avec le mix final, Claude... wow quelle belle job ! Les belles harmonies avec Dan, fait que c'était mon côté Rainbow.

Hugo Lachance : Ok, mais c'est sûr qu'il n'y a aucun album qui sonnait comme ça à cette époque-là, c'est clair.

Vincent Peake : Effectivement.

Hugo Lachance : Tout ce que je connais. Mais tu sais, c'est vraiment un album qui a un son vraiment unique et qui vient probablement du mélange de tout ça, l'expertise de bien du monde. Oui, tu sais, parce que c'est un album que vous avez tellement l'air d'avoir eu du fun à le faire, tu sais, du temps pour le faire, puis parce que c'est riche, c'est complexe.

Vincent Peake : Mais oui.

Hugo Lachance : C'est joyeux. Vous avez l'air d'avoir eu du fun.

Danny Peake : Ça nous a pris du temps à pondre un album. On a été le band pendant huit ans avant qu'on sorte Eater’s Digest. Fait que les tounes, avant d'apparaître sur celui-là, ont eu le temps de passer à travers plusieurs modifications, fait que malgré que c'est un premier album, c'est quand même des tounes qui ont été fermentées pendant une certaine période.

Hugo Lachance : Dans la fermentation.

Vincent Peake : C’est un album kéfir! C'est ça, effectivement.

Hugo Lachance : C'est bon pour « The Whole Gang », mais...

Vincent Peake : Puis aussi « The Whole Gang », la fin, c'est comme... je parle aussi de mon grand-père qui était décédé dans ce temps-là, c'est «This jam's for our grandads Hear what's become of us Friends lost in shock Shock 'em back laughing now Bring 'em back to life ». C'était comme un rappel de nos proches décédés. « The Whole Gang », on se réunit ensemble au bord d'un feu, puis on célèbre ces gens-là.

Hugo Lachance : Ouais, on y va avec « Déraille ». On va voir l'intro que Marie-Christine Blais a tant appréciée.


Danny et Vincent : (En harmonie)  Compte tenu des déraillés. / Climb aboard du train ailé / Y'est là pour t'emmener où tu veux ben aller / Accroche tes bobettes on décolle / Le monde en bas sur le sol / Des p'tites fourmis au matin / S'entre-déjeunent, j'me sens ben plus loin.


Danny Peake : Ça c’est une de mes tounes préférée.  Juste après les deux riffs de guitare qui s'échangent l'un après l'autre, là.  Ça c'est une de mes préférées.

Hugo Lachance : Merci pour les back-vocals!  Wow!

Danny Peake : C'est ça qui est le fun dans cette toune-là, l'échange justement. 

Vincent Peake : On ne peut pas s’en empêcher. Mais j'écoutais tantôt. Fait que c'est six-six-cinq, six-six-six-cinq, six... les cinq-six comme... rendu là, comment on peut faire ça le plus complexe possible sans que ça paraisse ?

Hugo Lachance : Ouais, c'est ça.

Danny Peake : Moi je me suis même demandé c'était en quoi cette toune-là?, sept-huit ? On y allait avec le riff, tu sais, on y allait bouge, accoter les accents du reste.

Vincent Peake : Puis c'est ça qui était cool avec Dan, il a catché tout de suite.

Hugo Lachance : Oui.

Vincent Peake : Oui, oui, parce qu'elle est plus compliquée qu'on pense. Ben oui. Puis là, on pogne le temps, de temps en temps, tout le temps. Ça, ça vient d'une toune qui s'appelait « Buzz deux », Buzz un c’était Recess puis ça commençait. La fameuse toune prog qu’on parlait tantôt commencait avec ça. Je viens d'écrire ce riff-là en 91.

Danny Peake : On avait commencé un show aux Foufs avec ça.

Vincent Peake : Une toune « Buzz un » qui commence... un riff tout qu'on n'a pas, qui reste à développer à ce jour. Puis finalement, on rentrait dans « Buzz deux » quand tu coupes pas tout, fait que moi je suis arrivé avec les deux guides qui te suivent comme ça. Rendu là, j'étais bien impliqué dans à quel point les gars sont capables de jouer à peu près n'importe quoi. Je peux leur chanter, je peux leur filer n'importe quoi. Puis il arrivait tout le temps avec une solution rapidement, fait que était une toune d'échange de guitare, puis drum-basse. Moi je voyais Groovy comme Nord-Sud, c'est moi. Puis Dan, c'était les autres guitares. Ça, c'est un très bon exemple. Les points carinaux.

Hugo Lachance : Oui, oui, c'est vrai, ça fait du sens en ostie.

Vincent Peake : Oui. Puis « Déraille », parce que c'est... ça a déjà un peu... parce que c'est pas trop où ce qu'elle s'en va. Mais moi j'avais eu la confirmation que c'était une bonne toune quand David Pelletier, encore une fois, le bassiste  de The Affected, était venu voir la première fois qu'il a entendu live un de nos gigs du vendredi. Et man, il dit : « Quand t'as écrit ça ? Bien, ça fait une couple d'une semaine je pense ». Câlisse que c'est bon. J'ai eu l'approbation de David. C'était pas un gars qui donnait les compliments tant que ça, mais il vient me voir de suite après. Il m'a donné la main. Wow, celle-là je l'aime bien. Alors j'ai dit ok, c'est parfait. Fait que c'est une toune qu'on fait, que Pierre Koch a déjà essayé de faire, mais c'est compliqué pour lui parce qu'il faut que tu l'apprennes par cœur alors que c'est ça. C'est une toune de Groovy. On mélange les temps.

Danny Peake : Que mon fils Jérémie a déjà jouée souvent avec les autres. Ah oui ok, oui effectivement, des heures et des heures en local à l'aider à l’apprendre. Mais il est arrivé, puis super confortable avec!

Hugo Lachance : Il joue quoi déjà ?

Danny Peake : Du drum ? Ok, ok, bien.

Vincent Peake : J'ai toujours bien aimé la composition de cette chanson-là. Une toune d'album tout à fait, puis le monde sait pas trop le pied.

Hugo Lachance : Danser, oui c'est ça qui est bien.

Vincent Peake : C'est une pratique.

Hugo Lachance : Vous avez réussi à faire groover une toune qui n'est pas en quatre-quatre ?

Danny Peake : Oui.

Vincent Peake : Oui, exactement comme « Soudgarden ».

Hugo Lachance : Comme « Angine de Poitrine ». On en parle depuis plusieurs mois, c'est ça ?  

Vincent Peake : Voilà. Parfait exemple!

Hugo Lachance : On continue avec ma toune, « Ants have no chance ».

Vincent Peake : Grosse toune.

Hugo Lachance : Il est loin. Ouais. Ants have no chance. Une toune fleuve.

Danny Peake : Une toune emblème. Un peu, un peu comme tu disais tantôt à Hugo. Tu disais tantôt que Localvicie représente pas mal. Ants,  c'est comme s'il y a un bout de vite, il y a un bout de smooth, il y a le bout de percussif au milieu, ça englobe tout ce que Groovy était à cette époque-là, je pense bien.

Vincent Peake : On en a fait nos premiers t-shirts, « Ants have no chance ». C'est un peu notre creed. Ouais, c'était comme une représentative du talent de Marc-André, encore une fois, avec un effort collectif de tout le monde. Ça, c'est la quatorzième toune.

Hugo Lachance : Quatorzième?

Danny Peake : Toune. Oui.

Vincent Peake : Ok, rendu à quatorze c’était Ants. Puis esti qu'elle a bien... le monde du début à la fin, il était enveloppé par cette toune-là, tu sais. Elle ne ressemble à rien celle-là.

Hugo Lachance : Ouais, c'est ça.

Vincent Peake : C'est ça qui est cool. Et ça a défini aussi... c'est quoi l'idée derrière tout ça. Au départ, c'était que lui, c'est un esprit libre qui regarde la société moderne et contrôlée. Nous on faisait un parallèle avec la société moderne qui, comme tout le monde, a sa petite job à faire sans poser de questions.

Danny Peake : C'est les fourmis.

Vincent Peake : C'est ça les fourmis, comme un parallèle avec le monde.

Hugo Lachance : La fable de La Fontaine, là aussi.

Vincent Peake : En plein ça! Donc, ça représentait bien ce qu'on voulait être comme individus, c'est-à-dire être en parallèle de la société puis aussi de ne pas regarder le de haut tant que ça. On fait juste raconter qu'il y a autre chose que ça. Fait que « Ants have no chance », c'est devenu l'hymne de Groovy.

Hugo Lachance : Oui, c'est ça, c'est l'hymne national de Groovy.

Vincent Peake : À date de longtemps. Ça, c'est les années 80, comme 87-88 même.

Hugo Lachance : Ah oui.

Danny Peake : Au début, ça a changé, ça a changé souvent.

Vincent Peake : Ça a changé souvent. Et c'est ça, c'est la troisième version enregistrée. Oui, la première est sur Kitsch'en Squatt.

Hugo Lachance : Oui, la deuxième sur le démo de 88.

Vincent Peake : Ça, c'est donc la troisième version, oui. Il y a des éléments de chaque que j'aime mieux que cette version-là, mais elle est plus clean. Il y a de la guitare acoustique là-dessus aussi. Encore toute la technique de Marc-André, le côté clean. Estie que c'est bon ! J'aimais bien le texte aussi, ça fittait au bout avec ce qu'on était, des électrons libres de la société, ce qu'on était aussi à l'époque. Surtout quand tu reviens d’un Rainbow, là tu ne fais plus dans grand-chose. Mais je racontais à Danny tantôt que pour moi, quand j'ai entendu sur Kitch'en squatt, ça a été vraiment comme... ça m'a vraiment fait tripper cette toune-là parce que j'aimais beaucoup la structure, le temps que la toune se place, puis tout, tout, tout... l'ambiance qui monte, qui descend. Puis au moment où ça décolle, puis surtout ton groove de basse, ça, ça m'a fait tellement tripper quand j'étais jeune.

Danny Peake : Parce qu'on sort d'un bout agressif super vite là, à un bout espacé, planant. Ça ne ressemble à rien comme tu dis.

Vincent Peake : Oui, puis la basse tout ça, là j'ai pris ça de Scooby-Doo.

Hugo Lachance : Ha oui!

Vincent Peake : Quand ils se font courir après par les fantômes.

Hugo Lachance : Oui!

Danny Peake : Tout le temps la même toune.

Hugo Lachance : Oui, oui, oui. Je l’entends. Estie que c'est hot. J'aime ça faire ça, le podcast. Apprendre des affaires de même. Ants have no chance, autre chose à ajouter ?

Danny Peake : C'est bon pour moi.

Hugo Lachance : Ok, on y va avec « Ike ».

Vincent Peake : Louis Bélanger. Les échanges de guitare.

Hugo Lachance : Donc j'en profite pour saluer Ike Willis du haut des cieux qui est décédé le guitariste de Frank Zappa.

Vincent Peake : Quel grand! Un de nos meilleurs amis, la gang de Longueuil, Michel-André Dubois. Ok, son surnom c'était Ike.  Ah ok. Voilà, c'est une toune qui est dédiée à Ike Alors que lui trippait pas sur le prog tant que ça. Mais écoute, je voulais faire une toune instrumentale avec un titre parce que Iiiiike! On l'appelait Iiiike! Fait que l'onomatopée Ike a fait cette chanson-là, une autre bonne toune prog qui faisait partie de la grosse toune en ré qu'on faisait au début. Puis ça, je suis arrivé avec ça plus tard, tu sais. Plus ça avançait, plus c'était complexe. On va prendre tous les bouts les plus fuckés, je vais les mettre dans une même toune. Le M39 était bon! Mais elle se tient, cette toune-là. Oui, elle est tripante à faire. Mais quand on a sorti Eater's Digest en vinyle au Foufounes Électriques le 24 novembre 2019, donc 25 ans jour pour jour, on a commencé avec une toune là. Ah oui, parce que j'avais jamais fait ça.

Danny Peake : Puis je trouve que c'est tellement une bonne idée de commencer un spectacle avec cette toune-là.

Vincent Peake : Mêlée tout de suite.

Danny Peake : Oui, oui, exact.

Vincent Peake : Après ça, ça peut juste être plus facile, mais effectivement. Et elle a toujours été collée à « Grimaces ». C'est un peu comme l'intro de « Grimaces ». Ces deux tounes ont été faites comme ensemble.

Hugo Lachance : C'est quoi le secret de ton son de basse là-dessus ?

Vincent Peake : Bien Marc-André Thibert, il y a un petit peu d'effets dessus, mais moi je ne suis pas un gars d'effets pour cinq cennes là.

Hugo Lachance : Mais elle sonne la basse, je trouve.

Vincent Peake : Pour moi, elle a quelque chose. Mais tout le monde joue là-dessus. Il y a le panning, un petit peu d'un genre d'espace de flanger. Qui était l'idée à Marc-André et Thierry Lacombe dans le temps.

Hugo Lachance : C'était une Rickenbacker ?

Vincent Peake : Oui, ça c'est tout l'album à part la fretless sur « The Whole Gang ».

Danny Peake : Le premier, oui.

Hugo Lachance : Oui, ok.

Vincent Peake : Ok, avec laP-Bass (Fender Précision)Bass, attends un peu. Je trouvais que c’était la plus belle, une 1973. Une coupe de tounes peut-être là-dessus, mais c'est la Rickenbacker qui prédomine sur cet album-là. À partir de là, c'est ça, ça va être le son Eater's Digest. Après ça, j'ai ma basse que j'ai présentement pour Vacuum et tout le reste. OK, une toune vite. Comme j'aimais beaucoup la musique vite, mais facile à jouer. C'est comme C'est juste comme des open tunings, un peu plus facile qu'on pense.  On n'avait jamais fait ça à l'époque, mais on a pensé à ça pour quand on a fait la réédition vinyle. Fait que, bien, les beaux riffs. Martin Pelletier encore une fois, contribution débile là-dessus. Une toune qui est à ce jour tough à jouer quand on décide de la faire, c'est beaucoup, beaucoup de pratique. Une toune que juste Danny peut faire. Puis Peter Kosch n’a jamais eu le temps de l'apprendre parce qu'on sait que quand Pierre Koch n'est pas là, c'est Danny qui remplace. On est chanceux que notre batteur original de Groovy soit capable de nous sauver et de sauver notre cul. C'est le genre de trucs qu'on peut faire. Et puis, qui est-ce qui a l'intro de « Grimaces » 

Danny Peake : Oui, c'est ça, les deux sont inséparables. Tu ne peux pas jouer “Ike” sans « Grimaces ».

Hugo Lachance : Après, bien, on écoute « Grimaces ». C'est parti.

Extrait sonore : « Scared stiff in the bathroom / Locks the door, alone at last / Tried to follow her peers / Never could she let them see her now / Passing out in the bathroom / Swollen mind absorbs her fall ».

Hugo Lachance : Donc « Grimaces », c'est sa propre toune.

Danny Peake : Immensément fier de cette toune-là à cause de la progression des beats de drum au début. En fait, moi je voulais éviter de faire une toune tout le temps pareil tout le long, parce que le riff est porté à ça. Ça fait que je voulais qu'il y ait une progression. J'ai essayé de trouver un moyen créatif de donner un peu de couleur à la toune, puis je trouve que ça a bien servi.

Vincent Peake : Effectivement, Danny entend le riff, puis il accentue à sa manière. C'est ce qui fait beaucoup la couleur de Groovy. Comme Alain fait avec GrimSkunk. L'apport d'un batteur dans un bon band en général fait toute la différence.

Hugo Lachance : Oui, il faut que le drum soit musical.

Vincent Peake : Oui, c'est possible dans ce genre de musique-là quand on fait de la musique recherchée ou, en tout cas, songée. Le drummer a tout à voir avec ça.

Hugo Lachance : Absolument

Vincent Peake : Je n'avais pas besoin de dire à Danny quoi faire, ou peut-être que oui, je ne me rappelle pas.

Danny Peake : Mais souvent,

Vincent Peake : Je savais que c’était right. Puis « Grimaces », ça parle de ça. Je commençais à connaître du monde dans l'underground qui faisait bien de la dope. Ouais, l'héroïne. Surtout quand ils partaient en overdose, on les perdait. Ça fait que c'est l'histoire d'une fille qui est dans les toilettes, qui a fait une overdose, puis qui se voit dans un train qui l'amène.

Hugo Lachance : Oui, vers la fin.

Vincent Peake : Vers la fin. Fait que « Grimaces », c’est ça. Puis elle grimace parce que ce n’est pas trop beau. Et la cadence que Danny fait, c'est comme un train.

Hugo Lachance : Ah oui, ok, ok.

Vincent Peake : C’était parfait, Danny a compris ça. Puis ça c'est bien avant que j'écrive en fait. J'ai peut-être écrit le texte par rapport au drum parce que j'étais en retard

Danny Peake : Bien oui, . C'est que le beat de drum est né avant le texte en fait. Ça a tout le temps été comme ça.

Vincent Peake : Oui, oui, tout le temps. Le texte arrive à la fin. Une fois que la toune est montée, ça donne une idée, une piste de l'histoire à raconter.

Danny Peake : Le texte et la mélodie vocale arrivaient à la fin de la toune. Oui, oui.

Vincent Peake : Mais j'avais tout le temps la mélodie, mais ce sont les mots qui sont tough. Trouver des mots, à un moment donné. « Grimaces », il y en avait une version en français aussi qui n'a pas duré longtemps. Après ça, je l'ai faite en anglais. Elle est bien écrite, elle va vite, il y a beaucoup de choses qui se passent. Oui, mais on l'avait mise pour la fin aussi parce qu'on savait que ce n'était pas digeste.

Hugo Lachance : Digest

Vincent Peake : Comment c'est pour tout le monde là alors ? Mais Ike et elle ensemble, c'est un beau duo. On ne va jamais les séparer. Il y a des tounes qui sont faites comme ça, elles sont faites pour être une après l'autre. Mais une belle cadence, man. Ça m'a toujours fait penser à un train. Fait que j'ai bâti le texte alentour de l'image de la fille.

Hugo Lachance : Je n'avais pas vu ça comme ça. C'est vrai que ça fonctionne au bout.

Danny Peake : C’est dans mon top cinq de Groovy ever, « Grimaces ».

Vincent Peake : Je me rappelle qu’on était rendus à bien des jams du vendredi soir, fait qu'on apportait du nouveau stock. Puis il y avait Simon Dupuis, notre graphiste, du monde proche de moi qui disait : « Ah, vous vous surpassez, vous allez ailleurs musicalement ». C’est moins compliqué qu'avant, mais ça reste quand même chargé.

Hugo Lachance : C'est cool. Mélodique aussi.

Danny Peake : C'était cool d'avoir les commentaires de nos amis qui n’étaient pas nécessairement musiciens, mais qui avaient des notions.

Hugo Lachance : Qui connaissaient quand même la musique.

Danny Peake : Oui, exact. Et puis qui nous apportaient des critiques, que ce soit positif ou négatif, c'était cool.

Hugo Lachance : C'est sûr que quand tu as une place pour roder ton matériel, c'est comme si c'était un spectacle tous les vendredis soir.

Danny Peake : En plein ça.

Vincent Peake : Fait que, puis les gens, en fait, on se nourrissait beaucoup de ça. Oui, oui, puis c'était vraiment constructif.

Hugo Lachance : C'est ça. Exact.

Danny Peake : Parce qu'on essayait toujours d'arriver avec quelque chose de nouveau les vendredis, pour ne pas que ce soit pareil comme la semaine passée. On était prolifiques à cette époque-là.

Hugo Lachance : On poursuit avec “Daymare come true”.

Vincent Peake : Ça c'était pendant les séries. Oui. Les séries où le Canadien a gagné en 1993. On était au local avec des bières, de la Labatt 50.

Danny Peake : C’est moi qui tousse!

Vincent Peake : Encore la fretless! 

Hugo Lachance : Est-ce que c'est là qu'elle devient super complexe à la fin ? Complètement hallucinant.

Danny Peake : Ce bout-là, quand les deux guitares sont clean, c'est M.A. qui les enregistre les deux.

Hugo Lachance : Ouais, c'est ça. Je l'ai écoutée tantôt, c'est là que j'ai comme allumé.

Vincent Peake : Fait que, ouais. Un riff à M.A. avec son côté blues un peu. Jazz. Une toune qui a subi beaucoup de changements à travers les jams. Oui, parce qu'il y a plein d'autres bouts dans cette toune-là qui ne sont plus là. Mais une belle toune que j'ai beaucoup arrangée. C'est une toune qui marchait super bien après « Ike/Grimaces ». Elle montrait un peu notre côté hard rock bluesy. Qu'on aime toujours, évidemment.

Danny Peake : Dont le début un petit peu swing est beaucoup mieux réussi que dans « Burning Rubber ».

Hugo Lachance : Oh!  haha!

Vincent Peake : Oui, c'est vrai, mais c'est vrai. Mais là, tu sais... il y avait de l'harmonie encore plus buzzé.

Danny Peake : Mais ce sont les deux, un par-dessus l'autre.

Hugo Lachance : C'est ça ?

Vincent Peake : C'est une toune que Martin Dupuis, quand il se tenait au local avant d'entrer dans le band, il l’avait blowé ben raide. J’étais content d'avoir du feedback direct. Le onde était là, sur quelle planète ça se passe ? C'est cool. Et puis là, la fin était grande. C'est une toune rock. Une toune de guitare. Gratuit aussi. Marc-André Thibert, qui a fait une belle job avec un arrangement de tout le monde. 

Hugo Lachance : On pense à « For Your Love »., FY.L.

Danny Peake : Fait intéressant, cette toune-là, on l'a enregistrée avec un clic parce que moi j'avais insisté pour l'enregistrer avec un clic. Vince trouvait que le bout sur lequel on finit, il est trop lent. Je lui disais : « Dans la toune, ça c'est la bonne vitesse ». Puis quand elle arrive au bout, tu trouvais ça trop lent.  Non, non, il faut que ce soit de même. Puis on s’était obstiné  là-dessus. On l'a enregistrée avec un clic.

Hugo Lachance : Pourquoi une reprise des Yardbirds ?

Vincent Peake : Bien moi, j'aime beaucoup cette toune-là. Ça jouait beaucoup à CHOM dans le temps, et elle était bien différente des autres, elle était moins bluesy. En fait, il n'y a pas de guitare là-dessus à l'origine. C'est la raison pour laquelle Eric Clapton a lâché les Yardbirds, parce que c'est l'orgue qui menait. Puis moi, j'avais accroché là-dessus, j'aimais les harmonies. 

Danny Peake : Il y a un changement de vitesse.c'est comme un mismatch.

Vincent Peake : Dans la structure, exact. Je me rappelle qu'on a commencé à la faire live. La première fois qu'on l'a faite, c'était quand Groovy a ouvert pour D.O.A. en juin 1988. J'avais écrit les paroles à l'aide du flyer pour me rappeler. Toujours par souci de créer de la nouvelle musique. Aux Foufs ce soir là il y avit 50 de nos chums et les fans dee D.O.A.  C’est la fois où j'avais rencontré Joey Shithead qui arrivait de la Pologne. Il était vraiment fin, cool à jaser avec, et inspirant. 

Danny Peake : Ils avaient des noms de famille intéressants aussi…

Hugo Lachance : Oui, oui.

Vincent Peake : Fait que c'était vraiment par amour de cette toune-là. Elle clôturait bien le spectacle.  Fait que c'était trippant d'avoir un Love Fest local à Longueuil. Un rayonnement sur le chemin Chambly. Fait que ça clôturait bien le show. Puis on a dit : on va la mettre sur l'album.

Hugo Lachance : C'est une bonne idée.

Vincent Peake : C'est un peu la même raison pour laquelle on a fait « Le petit bonheur » à la fin de Vacuum

Danny Peake : Puis on a fait un vidéoclip pour « For Your Love » dans lequel Claude Paré apparaît; il joue le rôle du chum de la fille. 

Vincent Peake : C'est notre deuxième clip. Après le clip de « Y’a tu kelkun ? » qui avait bien marché, on a eu une bourse pour faire un clip beaucoup plus lèché visuellement. Pendant le tournage, l'équipe de Spike Film a eu l'idée de fixer une caméra en haut et de la faire tourner avec une corde.  Moi j’étais en dessous et je tourne maïs ils avaient oublié de mettre un boulon.  

Hugo Lachance : Oui.

Vincent Peake : Faque j'ai mangé la caméra dans la face! J'étais à un pouce et demi de perdre un œil. C'étaient les grosses caméras de MusiquePlus à l'époque.

Danny Peake : C’est pesant des grosses caméras!

Hugo Lachance : Oui, oui, ce ne sont pas des iPhone.

Vincent Peake : C'était la journée du Tour de l'île. 

Danny Peake : Comment ça tu te souviennes de ça?

Vincent Peake : Je suis allé tout de suite à l'hôpital, et il y avait plein de monde qui s'était planté en bicycle. Ça a pris une éternité avant que je puisse passer. Ils m'ont mis des points de suture.  J’ai encore la cicatrice, puis je suis retourné finir le clip.

Hugo Lachance : Ah oui, ok. Wow.

Vincent Peake : J'ai passé 5 h à l'hôpital pour finalement finir le clip. Il était super tard, on le voit dans le clip qu'on est fatigués. Il faisait chaud, on avait pris un trois et demi dans Hochelaga et on avait tout peinturé les murs nous-mêmes en couleurs vives.  

Danny Peake : J'avais emprunté les toms du kit à Louis Bélanger pour qu'ils soient de couleurs différentes aussi. 

Vincent Peake : On voulait un vidéo avec une facture colorée et le fun. Puis ça a failli me coûter un œil.

Hugo Lachance : Une chance ! Les gars, on a passé à travers l'album. Yes ! Il nous reste un segment : Salut à toi. C'est là que je fais un shout-out à un podcast indépendant. Aujourd'hui, je tiens à saluer la gang de La paire d'écouteurs. C'est un podcast mensuel de critique musicale animé par Jertrude Battue et Alexandra Houle. Ils ont aussi le Radio-Show, un spin-off. Allez voir ça, c'est vraiment intéressant, rigolo, et ce sont elles qui ont gagné un Lucien aux derniers prix de balado. On les salue !

Hugo Lachance : Il reste un petit segment : Réponse niaiseuse, question niaiseuse. Je vous donne des choix. Vous devez choisir Belœil ou Montréal ?

Danny Peake : Montréal.

Vincent Peake : Montréal.

Hugo Lachance : La Vodka Peake ou la Viscérale bière de B.A.R.F. brassée par notre commanditaire Hopera ?

Vincent Peake : Je n'ai pas goûté à celle de B.A.R.F., alors je vais y aller avec ce que je connais.

Danny Peake : Moi je suis d'accord avec tout ce qu'il dit.

Hugo Lachance : Au niveau des mascottes : le Skunk ou l'Aardvark ?

Vincent Peake : Bonne question. Le Skunk est plus menaçant, mais l'Aardvark est plus bonhomme, il nous représente. Les deux, c'est comme une dichotomie de la société moderne.

Danny Peake : Le Skunk et l'Aardvark, ce sont deux grands chums distincts, toujours ensemble.

Hugo Lachance : « Le petit bonheur » ou « Boisson d'avril » ?

Vincent Peake : « Boisson d'avril » parce que c'est une composition de Martin Dupuis. « Le petit bonheur » est cool parce que c'est Marc Vaillancourt qui la chante et c'est un hommage à Félix Leclerc, mais « Boisson d'avril » est une de ses meilleures idées, d'avoir invité Yves Lambert et Michel Bordeleau à chanter avec nous.

Hugo Lachance : Marc Vaillancourt ou Yves Lambert ?

Vincent Peake : Sur une île déserte. Je vais aller avec Marc parce qu'il va être capable de nous configurer un bateau pour qu'on puisse sortir de là. Mais Yves et moi, on chanterait beaucoup mieux.

Hugo Lachance : Fender Precision ou Rickenbacker ?

Vincent Peake : La Fender Precision a été pour moi la réponse à la musique que je voulais offrir à la basse. J'aime mieux le look de la Rickenbacker, mais la Precision me chante dans les doigts depuis quasiment 40 ans.

Hugo Lachance : Rush ou Yardbirds ?

Danny Peake : Rush.

Vincent Peake : Rush, c'est sûr, étant Canadien et fan de prog.

Hugo Lachance : Zappa ou Yes ?

Danny Peake : Zappa.

Vincent Peake : Zappa

Hugo Lachance : Zappa. Par rapport au dernier épisode, Jim ou Bertrand ?

Danny Peake : L'un ne va pas sans l'autre. Mais je préfère Bertrand Gosselin.

Vincent Peake : Bertrand ! Il joue de la mandoline, il est extrêmement habile. Mais oui, Bertrand.

Hugo Lachance : Piano ou batterie, Danny ?

Danny Peake : J'aimerais avoir le temps de consacrer autant de temps au piano qu'à la batterie. Mais manque de temps.  C’est un instrument hallucinant. Mon plus jeune, Zachary, m'aide avec ça en ce moment; il va être le meilleur musicien de la famille.  Il m’apprend plusieurs choses au piano.  La game en cercle t’sé.

Vincent Peake : De John Coltrane

Hugo Lachance : Giant steps

Vincent Peake : Oui! Son gars écoute du Mahavishnu Orchestra ces temps-ci.

Hugo Lachance : Vincent, par rapport à ton frère : piano ou batterie ?

Vincent Peake : Piano, mais je joue avec les baguettes !

Hugo Lachance : Disques MPV ou Slam Disque ?

Vincent Peake : Slam à 100 000 à l'heure. Enfin une compagnie de disques qui fait ça comme il faut.

Hugo Lachance : GrimSkunk ou Groovy Aardvark ?

Danny Peake : Les deux.

Vincent Peake : Bien moi, je suis reconnu comme le chanteur de Groovy Aardvark et je vais toujours l'être. Je suis fier de représenter GrimSkunk parce que c'est devenu mon band préféré et ce sont mes meilleurs amis, mais Groovy est mon premier band et ça sera toujours au plus profond de mon cœur. 

Danny Peake : On fait un show ensemble bientôt, avec deux drums sur le stage  !

Hugo Lachance : Vacuum ou Eater's Digest ?

Danny Peake : Eater's Digest.

Vincent Peake : Je préfère le son de Vacuum. Je préfère la concentration d’idées sur Eater’S. Je trouve qu'il représentait mieux ce que le groupe était live.

Hugo Lachance : Danny Peake ou Pierre Koch ?

Vincent Peake : C’est quoi cette question là voyons!

Danny Peake : Bonne question.

Hugo Lachance : C’est ça le but!  Il faut bien que je vous mette mal-à-l’aise un peu!

Vincent Peake : Danny Kosch!

Danny Peake : Martin Dupuis disait que c'est comme comparer Clive Burr et Nicko McBrain. Ce sont deux affaires différentes.

Vincent Peake : Oui!

Hugo Lachance : Hallowed be thy name et wasted years qu’on parlait tantôt. 

Hugo Lachance : Francofolies ou Pollywog ?

Vincent Peake : Pollywog ! Quand ça a marché.

Hugo Lachance : Selon maman Groovy Vincent ou Danny ?

Danny Peake : Comme tout bon parent, tu ne peux pas avoir de préférence. Il faut que les deux soient considérés.

Vincent Peake : C’est vraiment tough cette question là, tu fais exprès mon estie!

Hugo Lachance : Ben c’est sûr, voyons!

Vincent Peake : Has his, Normande va dire quelque chose comme…  Nous autres on est comme “Ike” et  « Grimaces » : ensemble !

Hugo Lachance : Un tamanoir ou un oryctérope ?

Vincent Peake : J'aime beaucoup l'oryctérope, c’est le mot que j'ai connu en cherchant le titre de l'album.

Hugo Lachance : Dernière : dormir avec son frère ou dormir avec la gang du Polliwog ?

Danny Peake : La dernière fois qu'on a dormi à côté de l'autre, c'était au Mont-Tremblant, au chalet à Pat Gauthier. Je ronflais, puis il s'est levé, il a pogné son oreiller et il m'a sacré une volée d'oreiller !

Vincent Peake : Tandis qu'avec la gang du Polliwog, il faut que j'en face cinq, tu sais!

Hugo Lachance : C'est bon les gars, c'est tout ! Merci pour votre participation, c'était vraiment super cool. Merci aux auditeurs, merci à Hopera et merci à Véro pour la Salle des tortues. On se retrouve pour un autre épisode ! Ciao !