Transcription intégrale de l'épisode avec Les Chiens : Éloge de la chute
Avertissement : Cette transcription est le fruit d'une collaboration avec une intelligence artificielle qui fait de son mieux, mais qui ne saisit pas toujours toutes les "subtilités" de nos discussions. Le fichier audio/vidéo original demeure la seule référence officielle. Si un passage vous semble bizarre, faites confiance à vos oreilles et allez écouter l'épisode !
Hugo Lachance : Nous sommes le 28 avril 2026 en provenance de la salle des tortues à Montréal. Et aujourd'hui, s'il fait beau à l'extérieur, ben il fait un temps de chien à l'intérieur du studio car je reçois Éric Goulet et Nicolas Jouannaut qui viennent nous présenter le dernier album des Chiens. Tout ça à l'Album Podcast.
Hugo Lachance : Et bonjour à tous. Avant de vous présenter convenablement mes invités, comme à l'habitude, je tiens à remercier les nouveaux abonnés tant sur YouTube, Facebook, Instagram, BlueSky, TikTok, peu importe. Merci à tous ceux-là qui s'abonnent. C'est un geste qui prend pas de temps et qui est vraiment vraiment important pour les podcasters comme nous autres. Alors, prenez le temps d'aller vous abonner, venez faire un petit tour sur YouTube aussi, c'est toujours agréable. Aussi l'épisode est une présentation de la salle des tortues. Alors la salle des tortues, c'est le studio où est-ce qu'on se trouve aujourd'hui. C'est un studio écran vert tout équipé avec éclairage, caméra, micro, tout ce qu'il faut dans le fond pour vos projets, soit en vidéoclip, en conférence, ça peut être des shows d'humour et cetera et même des podcasts aussi. Alors si ça vous intéresse, cherchez la salle des tortues sur Internet et Véro va vous accueillir comme elle le fait d'habitude. La classe.
Éric Goulet : Oui, la grande classe en effet.
Hugo Lachance : Allô Véro. Aussi l'épisode est commandité par la microbrasserie l’Hopéra. Hopéra c'est une microbrasserie qui est située à Jonquière. C'est un restaurant sur la rue Saint-Dominique et aussi c'est Hopéra La Shop qui est une usine dans le cœur du parc industriel à Jonquière. À l'intérieur, il y a un pub qui est là. Ils sont super bien installés. Vous pouvez écouter leurs excellents produits. Pour vrai, c'est vraiment vraiment bon. Vous pouvez aussi visiter les fermentaires qui ont été baptisés au nom de groupes célèbres québécois et aussi passer du bon temps avec Vlad et son équipe. Alors je vous remercie beaucoup de commanditer cet épisode. Vous aimez mon travail, vous voulez soutenir le podcast, et bien il y a moyen de faire un don spontané ou un don par mois. Dans YouTube c'est dans la description, pour ceux et celles qui sont à l'audio, rendez-vous au www.lalbumpodcast.ca. Comme ça vous pouvez encourager ce magnifique projet. Éric Goulet, Nicolas Jouannaut, bienvenue à l'Album Podcast.
Éric Goulet : Salut.
Nicolas Jouannaut : Salut.
Hugo Lachance : Ça va bien les gars ?
Éric Goulet : Très bien.
Nicolas Jouannaut : Très bien.
Hugo Lachance : C'est déjà 40 ans de carrière pour Éric sinon plus, puis 30 ans pour Les Chiens. Comment ça se passe pour qu'est-ce que vous allez faire pour célébrer ça ? Avez-vous des projets ?
Éric Goulet : Ben on s'est dit que ce serait bien de faire un nouvel album.
Hugo Lachance : Ah oui, ça tombe bien, on est là pour ça. Cool. Écoutez, je vais vous poser les mêmes questions que je pose à tous mes invités. Mais avant Éric, c'est ta troisième participation au podcast, tu as été mon premier vrai invité. J'ai même fait le générique.
Éric Goulet : C'est vrai. Je le dis souvent.
Hugo Lachance : C'est signé Éric Goulet. Alors c'est très cool de te recevoir à nouveau. Alors on va commencer par toi tiens parce que c'est les questions que je pose d'habitude à tout le monde, mais avec toi à l'époque je ne le faisais pas. Fait qu'on va en profiter pour la faire. Donc Éric Goulet, c'est un petit gars de où ?
Éric Goulet : Natif de Sept-Îles.
Hugo Lachance : OK. Puis ton album d'enfance, le plus loin dont tu te rappelles ?
Éric Goulet : Ah là là là là, je pense que c'était Il était une fois dans l'Ouest, la musique du film de Morricone.
Hugo Lachance : OK. Cool. Cool. Puis ton album d'adolescence ? Je pense que je le connais! Plusieurs ?
Éric Goulet : Plusieurs, oui, d'adolescence formateurs. Qui c'est que j'ai écouté le plus ? Pas mal. C'était assez large mes choix à l'époque. Ça pouvait aller du métal au prog en passant par le Québécois bien entendu. Ça me fait penser à ce que j'ai écouté le plus.
Hugo Lachance : Les Beatles, peut-être?
Éric Goulet : Même pas les Beatles. Je suis arrivé aux Beatles vraiment sur le tard moi. C'est ça qui... Même pas les Rolling Stones. On dirait que c'était comme la musique qui était déjà là puis c'était déjà entendu pour moi. Qu'est-ce que j'ai écouté beaucoup dans ces années-là. Et c'est des années importantes ça, l'adolescence, on fonce là-dedans. Je dirais probablement l'album Paranoid de Black Sabbath.
Hugo Lachance : OK. OK. Ouais, ça se peut.
Éric Goulet : Je pense que même si je pouvais nommer un album de Genesis par exemple, c'est quand même ça qui a laissé le plus de traces durables sur moi, je pense.
Hugo Lachance : Cool. Parfait. Puis qu'est-ce qui jouait dans le char de tes parents ou à la maison ?
Éric Goulet : Mes parents écoutaient la radio beaucoup, surtout en auto parce que c'était pas à l'époque où on avait des radios de cassettes ou si tu avais une radio cassette, c'était un truc à huit pistes là. Mais mes parents en avaient pas. Ça fait qu'ils écoutaient beaucoup CKAC le poste et je dois dire qu'à l'époque CKAC, pour ceux qui sont très très jeunes et savent pas du tout de quoi je parle, c'est une radio dans le fond où la musique qui passait là était extrêmement variée encore. On faisait entendre autant du Jean-Pierre Ferland, du Charlebois, du Gilbert Bécaud, du Roger Whittaker, du Tex Lecor, c'était vraiment... Puis moi, quand je repense à ça, c'est vraiment une époque bénie pour moi parce que tu entendais vraiment des chansons. Tu entendais "Conception", tu entendais "Le petit roi" évidemment, ou même "Quand on aime, on a toujours 20 ans". Des tounes comme ça. Quand tu as 5 ou 6 ans puis que tu entends des chansons comme ça mais à la radio, c'est pas un endroit secret ou spécial, c'est vraiment ça joue partout là. Fait que tu es comme baigné dans un drôle de... quand j'y repense en tout cas.
Hugo Lachance : Ouais, c'est vrai. C'est comme... c'est pas intime. C'est une radio publique.
Éric Goulet : C'est très public. Puis si tu entends des affaires comme "Quand on aime, on a toujours 20 ans", c'est l'histoire de quelqu'un qui a planté un couteau dans le dos de sa femme, je sais pas trop. On dirait que ça te présente une drôle de vision du monde.
Hugo Lachance : C'est vrai. C'est vrai. Puis ton premier instrument ?
Éric Goulet : Mon premier instrument, le violon. J'ai commencé à jouer du violon quand j'avais 5 ans. Puis j'ai traîné ça pendant quelques années avant de tomber dans le violoncelle pour encore un an ou deux. Retomber après ça sur l'orgue, on m'a acheté un orgue avec des petits beats là et après ça revenir au violoncelle un an peut-être jusqu'à l'adolescence là où j'ai découvert la guitare ou Black Sabbath comme je mentionnais tantôt, et là le violoncelle c'était vraiment fini puis j'ai échangé mon violoncelle pour une guitare électrique.
Hugo Lachance : Ben écoute, excellent choix.
Éric Goulet : Et quelques années plus tard, j'ai eu un ampli.
Hugo Lachance : Oh Wow! À quel moment tu as réalisé que la musique allait être fondamentale pour toi ?
Éric Goulet : Probablement à 5 ans.
Hugo Lachance : Ah ouais, OK. C'est quoi le déclencheur ?
Éric Goulet : Ben je sais pas, ça a toujours été... mes plus vieux souvenirs je pense sont liés à la musique pas mal. Mes parents avaient un... je parlais qu'ils écoutaient la radio mais ils avaient aussi chez eux un gros combiné en bois là avec une table tournante puis une radio, puis une coupe de vinyles.
Hugo Lachance : Un pick-up?
Éric Goulet : C'était plus qu'un pickup. C'était vraiment un meuble, un gros meuble en bois avec une radio et des gros pitons blancs. Puis j'étais fasciné par cette machine-là. Puis c'est ça, entre autres, ils avaient des disques comme les musiques qui étaient populaires à l'époque, donc justement Il était une fois dans l'Ouest. Il y avait un disque aussi que j'écoutais beaucoup quand je jouais avec mes petits bonhommes, c'était des sound effects. C'est tout des sons différents de plein d'affaires : des sons d'avion qui passent, d'auto qui passent, l'orage au loin, l'orage proche, la pluie, tout ça. Moi, je mettais ça puis j'inventais des jeux avec ça.
Hugo Lachance : Cool. Nicolas, ton tour, tu as eu le temps de penser. Alors, Nicolas Jouannaut, c'est un petit gars de où ?
Nicolas Jouannaut : Rivière-des-Prairies. Montréal, dans l'est, j'ai grandi là.
Hugo Lachance : OK. Puis ton album d'enfance ?
Nicolas Jouannaut : Mon album d'enfance ça va être pas mal la même affaire qu'Éric. C'est nous autres, on avait... ma mère elle avait un pickup puis c'était un 45 tours de Il était une fois dans l'Ouest puis j'écoutais ça à repeat là, à répétition.
Hugo Lachance : Ouais. Puis adolescence, ton album formateur.
Nicolas Jouannaut : Adolescence album formateur, ben il y en aurait plusieurs. Il y aurait le premier de Led Zep, le premier de Black Sabbath, l'album Rocks d'Aerosmith. Ça été un peu plus tard, ça a été vraiment intense cet album-là pour moi.
Hugo Lachance : OK. Puis qu'est-ce qui jouait dans le char de tes parents ou à la maison ?
Nicolas Jouannaut : À la maison c'était aussi la radio, CKAC ou CJMS, avec les tounes de Jean-Pierre Ferland, Pauline Julien et compagnie, on écoutait ça. Mais ça c'était le fun par exemple !
Hugo Lachance : Oui oui, il y a une nostalgie en arrière de ça aussi. Moi je me rappelle au Saguenay c'était CKRS qui jouait chez ma grand-mère, puis il y a plein de tounes justement comme ça qui passaient que normalement tu aurais pas écouté. Puis ton premier instrument ?
Nicolas Jouannaut : Moi j'avais un ami qui avait des grands frères qui avaient un band qui faisait du Beatles. Puis à un moment donné, ils avaient vraiment besoin d'un bassiste puis ils savaient pas qui choisir. Fait que là, ils m'ont vraiment mis une basse dans ma main.
Éric Goulet : Quelle excellente idée!
Hugo Lachance : Oui!, On les saluent!
Nicolas Jouannaut : Une espèce de SG, une imitation d'SG là, Epiphone je pense. J'avais acheté ça, ça m'avait coûté comme 100 ou 150 pièces puis là on avait commencé à faire ça.
Hugo Lachance : Puis à quel moment as-tu réalisé que la musique allait être fondamentale pour toi ?
Nicolas Jouannaut : C'était pas tout à fait là parce que j'étais pas sûr encore. C'était plus un petit peu plus tard quand ça a continué. On dirait que moi j'avançais puis à chaque fois je montais un step à chaque nouveau band puis à un moment donné là, on tombait dans le plus rock là, Black Sabbath, Ozzy et tout ça. Puis là, j'ai vraiment aimé ça. J'ai vraiment accroché mais en même temps je savais pas parce que c'était du cover. J'étais pas encore très sérieux pour moi. Mais c'est pas grave. J'avançais puis souvent je passais d'un band à l'autre puis moi je montais tout le temps un petit peu. J'avais tout le temps le fun de pousser ça plus loin puis la passion est venue progressivement.
Hugo Lachance : Cool. On est ici pour parler de votre dernier album, l'excellent Éloge de la chute. C'est votre 6e album. Cependant, pour bien comprendre Les Chiens, il faut comprendre Possession Simple, votre complicité musicale remonte vraiment loin. Et là, je lance la conversation avec le plus vieil article que j'ai pu trouver sur le site de la Bibliothèque et Archives nationales. OK, alors on y va, le 20 mai 93. Ça remonte quand même à loin. René Lorrain pour Le Droit : « Confronté aux affres du métier, des musiciens ont quitté le navire mais d'autres les ont aussitôt remplacés. Aux deux survivants de la première heure, Éric Goulet et le batteur Olivier Renaldin, sont venus s'ajouter en 90 le saxophoniste Luc Lemire et le bassiste Nicolas Jouannaut. Le naufrage évité de justesse, la nouvelle formation a repris son envol tant plus cette fois que sur elle-même. » Alors ça, est-ce que ça vous rappelle quelque chose cet article ?
Éric Goulet : Ah ben oui, on fouillera chez nous à un moment donné, j'en ai des plus vieux que ça encore.
Hugo Lachance : Ah ouais, OK. C'est bon.
Éric Goulet : Je suis plus vieux que les archives nationales. Mais bref, ben oui, écoute, ça a été ça l'histoire de ce band-là. Ça a été une longue traversée du désert, je dirais, pour un bon temps, en tout cas. En fait, ça pourrait être Éloge de la chute, ça pourrait être l'histoire de ma vie aussi dans le sens où c'est comme tomber sans arrêt mais avec des moments de sursis à travers.
Hugo Lachance : OK. Possession Simple, on va passer à travers votre discographie tout à l'heure. Possession Simple, c'est votre première formation qui de là est née Les Chiens.
Éric Goulet : Exact.
Hugo Lachance : Je continue toujours dans le même article, c'est quand même pas pire : « Il y a environ un an, le groupe a entrepris de se faire connaître ailleurs qu'à Montréal. » Donc je te cite : « Notre but c'est de faire toutes les régions du Québec avant la fin de cette année” a indiqué le chanteur. Avec la Gaspésie, le Saguenay-Lac-Saint-Jean, l'Outaouais où ils feront escale ce soir dans le cadre du festival des tulipes sera l'une des dernières étapes de leur tournée. “On a eu pas mal de succès en région jusqu'à maintenant dit-il. On nous trouve un peu pétés à cause de notre accoutrement dans certaines régions un peu plus reculées. ». C'est qu'on n'est pas du genre à faire matcher nos bas avec nos guitares. Mais je n'y crois pas qu'on choque trop le public d'Ottawa. Si vous avez vu Jean Leloup, vous avez tout vu ou presque tout vu en attendant bien sûr la sortie de leur prochain album à l'automne 94. Puis est-ce que vous avez percé finalement ?
Éric Goulet : Ben pas vraiment non. Mais à vrai dire ce que je pense que je disais dans cet article-là, c'est un peu vrai quand même que tu sais, on a eu vraiment des belles réussites en tournée dans ces années-là. Les endroits où on allait, les gens étaient vraiment au rendez-vous. Peut-être à part à Québec qui demeure un mystère absolu, mais je veux dire le reste des places au Québec où on allait jouer, c'était toujours pas mal plein. Les gens embarquaient, on a jamais eu d'hostilité, on a jamais été ignorés, on a toujours été bien reçus. Fait que ça a été une belle période quand même à ce niveau-là, on faisait beaucoup de spectacles. J'ai encore un vieux t-shirt qu'on avait fait imprimer dans le temps, je pense qu'il y a 75 dates dans une année, une tournée. Puis là-dessus, il y a comme trois-quatre fois Rimouski, deux-trois fois je sais pas où. On tournait beaucoup, on n'a jamais fait une cenne avec ça. Je sais pas où est allé l'argent mais en tout cas nous autres on a joué en masse, on s'est promenés, on a rencontré plein de monde puis ça a été quand même le fun. Puis je pense qu'à quelque part ce qui nous a un peu plombés au final de cette histoire-là, c'est que la compagnie qui distribuait notre album à l'époque croyait pas du tout en nous autres, donc ça valait pas la peine de mettre des disques dans les magasins.
Ce qui a fait en sorte qu'on a vendu très peu d'albums considérant le succès qu'on avait. Mais ce qui était un peu un rituel, tu t'en rappelles ? Dans toutes les villes où on allait, on allait toujours chez le disquaire.
Nicolas Jouannaut : OK. Ouais.
Éric Goulet : Là, on allait voir si notre disque était là. La plupart du temps, il l'était pas ou s'il l'était, il y avait un exemplaire à 23,99 $, un prix pas de bon sens pour l'époque. Fait que c'était clair que tu sais, on était pas attendus, fait nous, on était toujours en combat contre cette réalité-là. On demandait à la compagnie de disques de nous vendre une boîte de disques puis nous on allait les vendre dans les shows parce que les gens venaient nous voir après le spectacle puis ils disaient toujours la même chose : « Où est-ce qu'on trouve votre album ? Il est nulle part ».
Hugo Lachance : C'est vrai.
Éric Goulet : Puis on n'arrêtait pas de gueuler à la compagnie de disques. On arrivait dans le magasin, on constatait qu'il y avait aucun disque. On appelait, on disait : « Qu'est-ce que vous faites ? Vous savez que ça fait des semaines, des mois qu'on vient jouer dans cette ville-là. Pourquoi il n'y a pas de disques dans le magasin ? ».
Hugo Lachance : Ça fait pas de sens. Puis en plus à cette époque-là, s'il n'y avait pas de vente de disques, il n'y avait rien.
Éric Goulet : Fait que était un peu pathétique. Puis en plus, quand on est venu pour faire paraître notre second album, la raison pour laquelle la compagnie de disques a pas voulu sortir notre album, c'était : « Vous avez pas vendu assez de disques ». C'était comme bravo la business, on vous aime, vous avez vraiment tout compris.
Hugo Lachance : Le modèle a changé de pas mal, plus de disques mais au moins c'est pour d'autres raisons.
Éric Goulet : Non, c'est clair.
Hugo Lachance : Mais c'est ça, je parlais de ça aussi parce que j'ai reçu beaucoup de bands de musiciens de votre génération, je pense à Voïvod, Grimskunk, B.A.R.F. Groovy Aardvark,, qui dans ces années-là, il y avait aussi beaucoup de défrichage à faire en région.
Éric Goulet : Complètement, on était entre deux époques. Je pense qu'il y avait eu la période des groupes au Québec dans les années 60, les groupes étaient très très populaires parce qu'il y avait les danses. Les groupes comme Les Classels faisaient 150 shows par année, il arrivait dans une place puis il y avait un show dans l'église d'un village, le lendemain dans un autre. Ça roulait là. Après ça, les années 70 sont arrivées, les discothèques sont arrivées fait que là pas mal tous ces bands-là ont crashé parce qu'il n'y avait plus autant de demande. Mais il y a eu quand même une certaine résurgence milieu des années 70 avec les groupes comme Offenbach, Harmonium, Beau Dommage, Octobre, tous ces groupes-là. Eux ont vécu quand même une deuxième swing un peu. C'était pas autant que les années 60 mais c'était quand même pas pire. C'était Charlebois, il y avait comme un regain pour le rock québécois, les gros shows à la montagne puis tout ça. Ça c'est toute la fin des années 70 puis là jusque vers 80 là après ça ça a été le crash absolu. Puis nous on est arrivés comme quelques années après ce crash-là où, tu sais quand Possession Simple a commencé, c'était encore presque téméraire.
Hugo Lachance : 86 exactement.
Éric Goulet : C'était très téméraire même de chanter en français. On oublie ça mais il y a eu vraiment une époque où à part les Taches qui avaient commencé à le faire, on était toute une petite gang de bands, Vilain Pingouin, Les Parfaits Salauds, qui commençaient à faire du rock en français.
Hugo Lachance : Absolument.
Éric Goulet : Puis les premières entrevues quasiment que j'ai eues, c'est les questions qu'on nous posait : « Pourquoi vous chantez en français ? ».
Hugo Lachance : On en parle d'ailleurs dans cet article
Éric Goulet : Parce que « Ben parce que c'est notre langue ». Moi quand j'ai commencé à faire des chansons, j'étais plus un musicien qu'un chanteur. Je voulais avoir un band mais je voulais pas être le chanteur. Je faisais les tounes puis là il y avait personne qui voulait le faire. Toutes les tentatives de band que j'essayais de faire, les gens venaient seulement à la première pratique. C'était vraiment un peu le mythe de Sisyphe de pousser une roche jusqu'à ce qu'elle te retombe dessus. Fait quand j'ai commencé à faire des chansons au début, la langue m'importait peu. Je voulais juste avoir une chanson qu'on pouvait jouer du début à la fin. Puis là d'écrire des paroles, j'écrivais en français mais c'était tellement mauvais que je pouvais pas chanter ça. C'était épouvantable.
Hugo Lachance : Tu ne pouvais pas chanter ce qui se disait avant le référendum
Éric Goulet : L'angle était pas évident. Fait que là, j'ai commencé à faire plus des chansons en anglais parce que le sens était plus ou moins important ou c'était plus facile de camoufler ça. Puis graduellement, ben je me suis quand même rendu compte que ça avait pas plus d'allure de chanter en anglais. Fait que là, j'ai redoublé d'effort puis à peu près après avoir essayé pendant plusieurs années, j'ai fini par écrire un premier texte qui avait du bon sens, qui disait quelque chose puis qui était pas trop ridicule. Puis là à partir de celui-là, on dirait que ça m'arrive souvent dans n'importe quoi que je fais, ça en prend juste un premier, une première approche puis une fois que j'ai trouvé comme un angle, là après ça je peux avancer. Dès qu'on a trouvé ce chemin-là, ça c'est un petit peu avant que Nico arrive dans le groupe, on s'est mis à faire des chansons en français qui commençaient à avoir un peu plus de sens. Puis là, l'identité du band a commencé.
Hugo Lachance : Dont “ tu cries contre le système”
Éric Goulet : Ben, tu cries contre le système, c'était une des premières mais ça c'était plus une parodie pour moi.
NIcolas Jouannaut : C'était laquelle la première ?
Éric Goulet : Je pense c'était "Guerre d'usure" ou "Il sait".
Hugo Lachance : Je parle de "Tu cries contre le système" parce que moi il y a une compilation qui est sortie dans les années 80, Kitch en’ squat volume 1. Puis moi ça m'a marqué profondément. C’était justement la dernière toune je pense.
Éric Goulet : Je pense que c’était la toune qui avait le moins rapport dans toute la compilation.
Hugo Lachance : J'en ai parlé avec Vincent Peake d'ailleurs.
Éric Goulet : Ça a marqué le monde ça!
Hugo Lachance :Non mais parce que ça détonnait
Éric Goulet : Complètement. Mais il y a personne qui faisait de la musique comme ça je pense.
Hugo Lachance : Je pense que c'est la seule toune en français sur Kitch en’ squat.
Éric Goulet : Bah oui c'était peut-être la seule en plus ! Imagine, c'est pour dire comment on était des précurseurs.
Hugo Lachance : Mais à l'époque, il y avait des groupes qui chantaient en anglais dans l'idée de percer.
Éric Goulet : C'est ça. Mais ça, j'ai toujours trouvé ça ridicule parce que je me souviens d'avoir vu des bands qui étaient des francophones qui chantaient en anglais puis de les voir en show. Il commence le show, il chante en anglais, tu sais pas trop ce qu'ils sont. Puis le chanteur arrive, son gros accent québécois, parler en français : « OK, ben la prochaine chanson, ça s'appelle rock and roll and whatever ». Fait comme ah come on ! Moi quand j'ai constaté ça, peut-être que même moi je le faisais dans les premières tentatives de shows qu'on faisait, puis de voir quelqu'un d'autre faire ça, je me suis dit je peux pas faire ça. Puis ça coïncide un peu au moment où j'ai eu une autre épiphanie, c'était d'aller voir le show d'adieu d'Offenbach au Forum en 86. Et de voir Offenbach puis j'avais des super bons billets, j'étais à la troisième rangée, j'avais Gerry Boulet qui me chantait dans la face puis de voir tout le Forum rempli chanter toutes les tounes, ça m'a vraiment marqué. Je dis ben je rêverais un jour d'avoir un Forum rempli qui chante nos tounes, mais ça arrivera pas. Mais c'est pas grave, au moins de voir que ça se peut. Tu peux rejoindre vraiment beaucoup de gens beaucoup plus profondément en chantant dans ta langue natale.
Hugo Lachance : Ouais c'est clair.
Éric Goulet : Qu'en essayant d'être quelqu'un d'autre.
Hugo Lachance : Ouais d'autant plus que la relève aussi s'intéresse à ça aussi, s'intéresse à la culture québécoise ou à chanter en français, c'est un renouveau là-dedans. Mais je veux faire un pont avec l'article précédent, on a fait un bond de 33 ans. Il y a Caroline Bertrand pour La Presse, paru le 18 avril 2026 : « Ce gars-là c'est une machine à composition, un moteur, l'encense son ami bassiste. On ne se rend pas compte au Québec de son talent. C'est une bête. Et Nicolas est un grand architecte du fondement harmonique de ce qu'on a fait jusqu'à maintenant. » Nicolas le louange à son tour : « Le parolier et compositeur, près de 35 ans depuis la sortie de Guerre d'usure de Possession Simple, chaque fois qu'on se retrouve dans un local ou sur une scène, la magie prend. C'est toujours un bonheur à partager. On a la chance d'être une famille ». Fait que je pense que Les Chiens après 30 ans, vous avez développé cette belle complicité-là. Comment vous travaillez ensemble ? Comment vous arrivez à... comment on écrit une toune avec Les Chiens avec tout le temps qui passe ? Comment ça a changé ?
Nicolas Jouannaut : Ben le grand chef, ça reste que c'est quand même Éric qui nous arrive avec les affaires. C'est sûr qu'on met notre petite touche là puis on essaie d'apporter notre contribution. Mais Éric nous arrive souvent, tout le temps avec les... en tout cas dernièrement ça a été comme ça. J'arrive avec les maquettes puis on brode là-dessus pour amener ça un petit peu plus loin. On se parle, on joue.
Hugo Lachance : Mais est-ce qu'il y a des choses qui ont changé en 30 ans au niveau de la composition ou ça a toujours été pas mal la même chose ?
Nicolas Jouannaut : Oui et non mais ça dépend toujours. Avec le temps on dirait qu'on se donne moins la chance de travailler les tounes avant, de travailler les maquettes. Se dire ben pendant 3 mois on se met à travailler ça une fois par semaine pour que ça soit l'idéal, mais on n'a plus le même rythme de travail qu'on avait.
Éric Goulet : Ce qui a changé beaucoup c'est le modus operandi du groupe parce qu'on est partis d'un... je pense à l'époque où Nico est arrivé en 90 où c'était l'armée ce band-là. C'était trois soirs par semaine de répétition, dimanche, mardi, jeudi de 7 à 10. Fallait que tu amènes un papier du médecin si tu étais pas là puis si en retard de 5 minutes, tu avais besoin d'avoir un six-pack dans les mains. C'était l'armée. J'étais très dictatorial par rapport à ça parce que j'étais tellement découragé pendant des années d'avoir essayé de faire de quoi puis que les gens prenaient pas ça au sérieux. Puis finalement tu te ramassais, tu étais un band de 5 puis tu en avais trois qui étaient là qui attendaient pendant 1 heure et demie que les deux autres arrivent. C'était démoralisant au maximum. Puis moi, j'étais écœuré de ça. Puis j'ai commencé à être beaucoup plus dictatorial. On est vraiment passés de trois et on était un super band puis dans ce temps-là, il y avait beaucoup plus de collaboration parce qu'on était ensemble régulièrement.
Hugo Lachance : Ah oui !
Éric Goulet : Puis comme n'importe quel band, quand tu arrives dans le local tu t'installes, tu t'accordes puis là quelqu'un part un groove, un riff, quelque chose puis tout le monde embarque. Bien des chansons ont été composées comme ça dans l'histoire du groupe, c'était des jams. Mais là on n'a plus cette dynamique-là aujourd'hui parce que là on a tous des familles, il y en a qui habitent même pas à Montréal fait qu'on n'a plus de routine de band.
Hugo Lachance : Chaque personne a son petit studio aussi.
Éric Goulet : On est plus c'est ça, on n'avait pas de studio à l'époque, on n'avait pas accès à grand-chose pour s'enregistrer à part peut-être un petit Fostex à cassette.
Hugo Lachance : À l’époque si tu trouvais une riff il ne fallait pas l’oublier sinon elle partait!
Éric Goulet : C'est sûr que ça ça a beaucoup changé, la technologie est rentrée là-dedans aussi. Le fait que moi de mon côté je peux produire quasiment un album de A à Z dans mon sous-sol. Puis après ça, ce qui m'intéresse moi ça reste quand même l'interaction du band. Pour moi c'est important que surtout si je me mets à composer des chansons puis que je pense que c'est le groupe qui va les jouer, Les Chiens qui vont le jouer, ben je m'arrange pour laisser de la latitude après ça. J'avance pas trop dans mes programmations pour qu'il reste de la place pour que les musiciens puissent les interpréter et donner de la vie à ça.
Hugo Lachance : On va l'écouter tout à l'heure l'album, j'ai bien hâte de voir. J'ai ça pour vous autres c'est la photo qui accompagnait l'article en 93.
Nicolas Jouannaut : C’est dans le Voir ça?
Hugo Lachance : Non, ça c'est dans Le Droit.
Éric Goulet : Ils ont dû prendre la même photo. C'est Elodie Bernier qui prenait ces photos.
Nicolas Jouannaut : Olivier, tout un chest en tout cas!
Éric Goulet : Hey boy! La carpette érotique toi!
Hugo Lachance : On va ben dans le fond votre discographie de Possession Simple. Il y a deux albums, il y a Guerre d'usure en 92 puis en 94, il y a Cru qui sont réédités. C'est ça. Puis là, on va passer au segment l'épreuve des faits de Wikipédia pour Possession Simple. C’est une bonne manière de remettre les pendules à l'heure.
Éric Goulet : Excellent!
Hugo Lachance : Alors je vous donne des trucs puis vous le validez ou on en discute : actif en 86 et 96. Possession Simple remporte le concours Rock Envol en 88. Le premier album, Guerre d'usure, paraît en 92.
Éric Goulet : Oui, tout ça est vrai.
Hugo Lachance : OK. Le nom du groupe réfère, dans le vocabulaire courant, à la possession simple d'une substance contrôlée par la loi réglementant certaines drogues et autres substances au Canada, c'est-à-dire la possession pour usage personnel.
Éric Goulet : Oui
Hugo Lachance : C'était ça la référence?
Éric Goulet : Oui, un peu. Oui, ben il y avait c’est parce qu'il faut dire qu'à l'époque on avait nos trois pratiques obligatoires par semaine, on avait un local qui, pour l'anecdote, était l'ancien local d'Offenbach sur la rue Plessis. Alors, on était bien énervés de tout ça de dire : « Eh man, Offenbach a pratiqué ici man ! ». Ça aussi ça nous a probablement habités, en tout cas moi pour ma part, je trouvais ça très impressionnant. Et au coin de la rue, il y avait un endroit qui s'appelait Cannabis Montréal et ça, c'était un gars qui était un précurseur qui prônait la libéralisation des drogues douces. Et lui, il avait ouvert carrément un coffee shop. Au coin de Plessis et Lafontaine, je pense. Puis nous, ben c'était au coin de notre local de pratique. Quand on arrivait du métro Beaudry, on faisait toujours un petit arrêt au coffee shop pour s'acheter un petit truc. C'était beaucoup dans l'air du temps, ce mot-là revenait souvent dans les articles. Puis pour nous, les premières chansons qu'on avait étaient des chansons un peu d'amour passionné ou un peu tourmenté.
Hugo Lachance : Ca marche, ca marche!
Éric Goulet : Possession des possessifs, pour moi il y avait un peu une espèce de jeu de mots là-dedans. Trouver des noms de groupe c’est tellement un enfer qu'on dirait que dès que quelqu'un trouve quelque chose qui ne dérange personne, on dit : « OK, c’est ça ». Personne n'est vraiment pour, mais personne n'est contre. Donc ça va suffire.
Hugo Lachance : C'est comme l'argument de défense si tu te fais prendre avec du weed.
Éric Goulet : C’est ça exactement.
Hugo Lachance : On continue. Le parcours du groupe est caractérisé par un succès critique mais par des ventes de disques faméliques, comme on en a discuté. Malgré une percée radiophonique rare à cette époque pour les groupes de rock alternatif avec la pièce « Comme un cave », le succès commercial ne se réalise pas. Le chanteur et guitariste du groupe, Éric Goulet, explique en 2013 que Possession faisait jusqu'à 70 spectacles par année au début des années 90, mais n'avait pas le droit de vendre son album lors de ses concerts. Le distributeur Musicor ne les soutient donc guère. Ben on en a discuté quand même.
Éric Goulet : Oui, exactement. Je n'invente rien!
Hugo Lachance : jusqu'à date Wikipédia ça fonctionne.
Éric Goulet : Merci Wiki !
Hugo Lachance : D'après Éric Goulet, un des modèles du groupe est l'album Body and Soul de Joe Jackson. Le groupe a eu Yves-François Blanchette comme gérant.
Éric Goulet : Tout ça est très vrai. Oui. Joe Jackson, pour moi à l'époque, c’était une grande influence parce que c’était un artiste qui jouait dans beaucoup de genres différents. Il pouvait faire un album assez punk rock comme ses deux premiers albums, Look Sharp! et I'm the Man. Puis ensuite il a fait un album genre reggae. Après ça il a fait un album jazz. Après ça, il a fait l'album Night and Day qui était un peu plus latin. Après ça, il a fait Body and Soul qui était plus de la pop onctueuse avec des cuivres, des arrangements. Ce sont des artistes comme ça qui m'influencent personnellement, comme Neil Young par exemple, qui peut faire un album vraiment grunge rock heavy puis un album country folk sans avoir de limites. Ça fait du sens au final. C’est sûr que dans le contexte d'un groupe comme tel, je pense que c’est moins approprié de sauter d'un genre à l'autre, mais oui.
Hugo Lachance : Les Chiens. On parle des Chiens, fait que c’est quoi l'histoire ? On va commencer par le nom : d'où vient le nom Les Chiens ?
Éric Goulet : Ben encore là, c'était le seul nom que j'ai trouvé où personne n'était contre.
Hugo Lachance :Quand tu dis Les Chiens, il y a un silence et puis…
Éric Goulet : En fait, l'histoire est un petit peu plus élaborée. C’est juste que quand on a décidé que le groupe Possession Simple était bien mort et enterré, il y avait quand même Olivier qui était là depuis 86, Nico qui était là depuis 90 puis moi qui étais là aussi depuis les débuts. On avait encore le même noyau rythmique si on veut, mais on n'avait pas de chansons. On avait des idées. Au début, on avait essayé de poursuivre avec certaines chansons de Possession Simple qui se prêtaient encore à la formule trio sans les saxos. Puis assez rapidement, on s'est rendu compte que c'était plus ou moins pertinent. C’est notre gérant à l'époque, Claude Larivée, qui avait suggéré qu'on devrait peut-être se réinventer complètement. Moi ça faisait 10 ans avec Olivier qu'on portait ce groupe-là. Possession Simple, c’est comme si on avait l'impression d'être arrivés au bout de l'aventure. On avait la moitié des chansons qu'on ne trouvait plus vraiment pertinentes, qui ne s'adaptaient pas à ce qu'on avait envie de dire à ce moment-là. Fait que l'idée de faire table rase s'est imposée. On a recommencé comme au début, dans le sens où on avait encore notre bonne discipline de trois soirs par semaine, mais là on n'avait pas de chansons par exemple. C’était plus d'improviser puis de trouver des idées.
Hugo Lachance : Puis c'était quoi la ligne directrice pour réinventer Les Chiens ?
Éric Goulet : C'était nettement une approche plus rock. C'était vraiment plus rock. Alors que dans Possession Simple, il y avait une forte tangente vers le funk un peu à la Red Hot Chili Peppers, qui était très populaire dans ces années-là. Après ça, je pense que paradoxalement, c’est après avoir vu un groupe qui s'appelle Morphine.
Hugo Lachance : Oui!
Éric Goulet : Morphine, qui eux étaient l'epitome de ce qu'on essayait de faire. C’était vraiment un band dark. Il n'y avait même pas de guitare, c’était une basse à deux cordes avec un slide, un sax baryton, un drum. C’était super minimaliste, très atmosphérique. Je me disais que c’était plus ça la voie à suivre, mais sans les saxs. Fait qu'on est partis de ce genre de truc-là. On avait vu Morphine à l'époque de Possession Simple et on s'était dit que c’était vraiment autre chose. Il y a une graine qui a été semée et il y avait une chanson qu'on avait faite sur Cru qui s'appelait « Lundi ». Qui était une chanson très dark, très atmosphérique. Je me disais que c’était plus vers là qu'on devrait aller plutôt que vers des tunes pétaradantes avec des gros beats et des gros solos. De là est née la nouvelle direction musicale des Chiens. Une des premières chansons qu'on a développées a fini par s'appeler « Fido ». Et ça racontait l'histoire d'un gars qui se prenait pour un chien ou d'un chien qui se prenait pour un gars. C’était pas clair dans l'histoire. Mais comme c’était la première chanson signature, on s'est dit : « Qu'est-ce qui pourrait fitter comme nom ? ». Le nom Les Chiens est comme sorti. Il y avait comme l'apparence d'un plan.
Éric Goulet : La formation actuelle, c’est Marc Chartrain à la batterie, Nicolas Jouannaut à la basse, Éric Goulet au chant, guitare, clavier et programmation. Les anciens membres : Olivier Renaldin à la batterie puis Roger Miron?
Éric Goulet : Roger Miron est, je te dirais, un membre honoraire permanent! Quand on a fait les premiers shows avec Les Chiens entre 98 et 2000, on était encore en trio. À un moment donné, on a fait paraître un disque qui s'appelle La Nuit dérobée où j'ai complètement oublié l'idée qu'on était un trio. On a fait un disque très cool, je me suis lâché lousse avec des synthétiseurs, un Moog, j'avais plein de patentes.
Hugo Lachance : Je pense qu'il y a un très bon épisode de l'Album Podcast là-dessus, allez voir ça dans les commentaires, le lien est là.
Éric Goulet : À partir de là, quand on a commencé les shows, on avait l'impression qu'il manquait quelque chose. Roger avait déjà joué avec nous dans Possession Simple dans les dernières anneés, on l'invitait comme deuxième guitariste, donc on se connaissait depuis longtemps. J'avais travaillé avec les French B aussi dont il faisait partie. Assez naturellement, c’est devenu le gars qui joue les lignes supplémentaires en show.
Hugo Lachance : OK. Roger a joué pendant quoi, 10 ans facile ?
Nicolas Jouannaut : Roger, on l'a connu dans le temps des french B et Possession Simple. On avait le même gérant, François, et on faisait souvent des shows ensemble. C’est là qu'on s'est connus.C'est là que les collaborations ont commencé tranquillement. La famille s'est agrandie.
Hugo Lachance : OK. Sylvain Cormier a écrit un superbe article dans Le Devoir à propos de l'album. J'y reviendrai. Éric, je te cite : « Il n'y a pas beaucoup de gens que j'ai côtoyés sur une période aussi longue et récurrente que Marc et Nico. Ça fait partie de la solution, la communauté. Dans cette époque ultra matérialiste, individualiste, on voit ce que ça donne. Notre seule défense, c'est d'être ensemble, se tenir proche de ses proches et espérer que ça va inspirer les gens ». La chimie est encore bonne dans le band ?
Éric Goulet : Ben oui, clairement on est encore là, on a envie d'être là. Il y a peut-être eu des moments depuis 10 ans où la motivation était moins là parce qu'on avait l'impression de se battre contre des moulins à vent, et moi en parallèle j'ai commencé à faire d'autres choses. On va toujours avec le projet en cours. Mais il n'a jamais été question de dire que le band est fini. Le temps passe, on se dit que ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vus,
Hugo Lachance : Mais ce texte de Cormier est magnifique. Ça fait du bien d'entendre ça. Je trouve ça cool l'unité qui existe encore dans le band. On va faire la même chose : l'épreuve Wikipédia pour Les Chiens cette fois-là. OK, le groupe est fondé en 97 par Éric Goulet, Nicolas Jouannaut et Olivier Renaldin, trois anciens membres de Possession Simple. Après la sortie de leur premier album homonyme en juin 98, ils se produisent notamment aux Francofolies de Montréal et au Festival d'été de Québec. La Nuit dérobée, ça a été un gros album.
Éric Goulet : C’est arrivé après le premier album. L'album homonyme, c'est le premier. Le deuxième est arrivé deux ans après.
Hugo Lachance : OK. Mais vous avez quand même été propulsés dans les festivals.
Éric Goulet : Oui, on a eu une belle lancée. Notre compagnie de gérance c’était La Tribu. On a eu la chance de faire beaucoup de premières parties prestigieuses. On a joué en première partie de Noir Désir, de Pagliaro, on a fait des shows fun.
Hugo Lachance : OK.
Éric Goulet : C’était modeste comparé à ce qu'on avait connu avec Possession Simple, mais c’était quand même un bon départ.
Hugo Lachance : L'album La Nuit dérobée sort en juin 2000 et reçoit l'année suivante le Félix du meilleur album alternatif de l'année. Ça vous a aidé. C’est un album magnifique en passant.
Éric Goulet : C’est un album important pour nous, ouais.
Hugo Lachance : Le groupe représente le Québec lors des 6e Jeux de la Francophonie qui se tiennent à Ottawa et Gatineau.
Éric Goulet : Et oui.
Hugo Lachance : Je me demandais si ce n'était pas une erreur. C’est quoi le contexte?
Éric Goulet : C’était épique.
Hugo Lachance : On dirait que les deux ne fittent pas ensemble.
Éric Goulet : On était vraiment des chiens dans un jeu de quilles. Aux Jeux de la Francophonie, il y a les disciplines olympiques mais aussi un volet culturel, dont un volet musique. Quelqu'un de notre entourage avait soumis notre candidature et on a été choisis pour représenter le Québec en chanson. C’était en juillet ou août 2001, pas longtemps avant le 11 septembre.
Hugo Lachance : Ça s'est bien passé ?
Éric Goulet : Pas vraiment non, mais c’était fascinant. Une expérience.
Hugo Lachance : C’était quoi l'expérience? Vous jouiez …?
Nicolas Jouannaut : C’était comme une compétition, on jouait un après l'autre. Il y avait du monde de toutes sortes de pays de la Francophonie. Nous autre c’était alternatif mais le reste pas vraiment.
Hugo Lachance : Est-ce qu’il y avait des bands d’autres pays?
Éric Goulet : Ce n’étais pas tellement des bands. Il y avait un band belge je crois… C’était beaucoup des chanteurs et des chanteuses. Finalement, c’est une chanteuse du Vanuatu qui a gagné. Nous, on était encore très rock. À la fin de la prestation, je ne me souviens plus de la chanson, mais j'ai lancé ma guitare.
Hugo Lachance : Ah ouais !
Éric Goulet : Ça a choqué les juges totalement. Ça nous a disqualifiés automatiquement. J'aurais jamais dû lancer ma guitare ! Qui sait, on aurait peut-être gagné une médaille d’or (ou de bronze). On était logés au village olympique, c’était absurde. On était dans un dortoir, il y avait une cafétéria, il y avait plein de contraintes. C’était dans un coin un peu loin d’Ottawa. C’était l'absurdité totale. On n'avait pas le droit de boire de vin en mangeant dans la cafétéria. On pouvait boire du vin dehors mais on ne pouvait pas sortir la nourriture dehors. C’était absurde. Pourquoi on ne pouvait pas manger dehors tranquilles ? Nous on étais des rockeurs dans un monde…
Hugo Lachance :...dans un monde hyper discipliné!.
Nicolas Jouannaut : Ça n'avait aucun rapport Il y avait des athlètes avec des rythmes de vie serrés, et nous on arrivait très tard.
Éric Goulet : C’est comme le village d'Astérix qui débarque au village olympique. On est restés là pendant presque une semaine. C’est vraiment la meilleure image des Gaulois qui débarquent au village olympique! Pendant une semaine on avais l’impression d’être en prison.
Nicolas Jouannaut : C’était impressionnant de voir le monde prendre des bains de glace avant une compétition, et nous on se promenait là-dedans.
Éric Goulet : On nous avait dit qu'on pourrait pratiquer, mon plan c’était d'en profiter pour jouer.
Hugo Lachance : Comme une résidence?
Éric Goulet : Genre! On pensait faire des nouvelles tunes. Mais c’était super compliqué d'avoir accès à un studio de répétition parce que tout était extrêmement régimenté. C’était impossible. Il aurait fallu prendre une navette à 8h du matin, c’était un cauchemar logistique. Finalement on n'a rien fait. Heureusement, la délégation du Québec nous a trouvé des petits engagements à côté. Pour ne pas jouer juste le jour de la compétition. On a eu une occasion qui a fini en bataille parce qu'on jouait dans un parc et on s'est fait engueuler parce que notre camion était garé près de la scène. Alors qu’Il y avait un orage immense qui s’amenait et on n'avait nulle part où mettre les instruments. Le représentant du parc nous disait qu'on n'avait pas le droit. Bref, des situations de même.
Hugo Lachance : OK. Ben au moins ça éclaircit le point sur Les Chiens comme artistes olympiques. Très bonne anecdote. Le nouvel album studio intitulé Debout est édité en avril 2003. En 2004, la pièce « Le risque de l'habitude » remporte le prix SOCAN de la chanson de l'année.
Nicolas Jouannaut : Cool ça quand même. Oui.
Hugo Lachance : Le batteur Olivier Renaldin quitte Les Chiens avant la sortie de l'album Rösk en 2005 et est remplacé par Marc Chartrain. Comment s'est passée la transition ?
Nicolas Jouannaut : D'où arrive Marc ?
Éric Goulet : Olivier a lâché parce qu'il était là depuis 86, ça faisait vraiment longtemps. Quand on a sorti Debout, on a fait quelques shows, mais pas tant. Lui avait commencé à travailler comme programmeur informatique, il gagnait bien sa vie et venait d'avoir un enfant. Il n'avait plus la motivation de continuer, ce qui est compréhensible. À la même époque, je travaillais sur l'album d'un gars qui s'appelle Jean-François Fortier. Et le batteur engagé pour cette session, c'était Marc. Je l'ai rencontré là. Ce qui m'a attiré, c’est qu'en studio c’était très dur avec Olivier parce qu'il ne voulait pas jouer avec un clic. C’était super compliqué. En show c’était impeccable, mais en enregistrement c’était souvent prise de tête. Avec Marc, je me suis rendu compte qu'en studio ça pouvait être facile et qu'on pouvait avoir du fun. On a auditionné quelques batteurs, même Simon Bossé.
Hugo Lachance : Ah oui, OK.
Éric Goulet : On l'adore, il aurait été un très bon candidat, mais le côté plus poli de Marc a fait pencher la balance. Il était bien content de se joindre à nous.
Hugo Lachance : Vous avez fait un bon choix.
Discographie : Les Chiens
Hugo Lachance : La discographie : 98 Les Chiens, l'album que j'avais oublié. 2000 La Nuit dérobée, 2001 Music Hall, double CD. Après ça, 2003 Debout, 2005 Rösk. On a parlé de ces albums-là. Rösk, ça a été quoi l'aventure ? Si mettons vous aviez à résumer l'aventure Rösk, ça serait quoi ?
Nicolas Jouannaut :Rösk, ça a été le premier disque après Olivier avec Marc. C'est un album qu'on a fait relativement live en studio. Ça a été pas mal ça.
Éric Goulet : Ben c'était une expérience. Justement, c'était vu que Marc venait se joindre à nous, Éric avait eu l'idée qu'on devrait vraiment composer l'album en groupe. L'expérience de ça, c'était qu'on va essayer de faire un album en genre un mois et demi. Du début à la fin. On s'était installés au chalet de Marc à Trois-Pistoles pendant une couple de jours. On s'était installés dans une pièce avec de quoi pour nous enregistrer et on a passé là deux-trois jours à juste jouer. Quelqu'un partait un beat, un riff de basse, un riff de guitare, n'importe quoi.
Hugo Lachance : Il n'y avait rien au préalable ?
Éric Goulet : Il n'y avait rien du tout. Dès qu'on avait quelque chose qu'on trouvait le fun, on l'enregistrait, on l'archivait. Souvent, ce qu'on essayait de faire, c'est d'avoir au moins deux parties. On se disait : « OK, ça ça serait genre le couplet, où c'est qu'on peut aller avec ça ? OK, le refrain, ça va être ça ». Puis là, dès qu'on avait ces deux idées-là enregistrées, on passait à une autre affaire. On a ramassé à peu près une vingtaine d'idées comme ça sur une période de 48 heures. Ensuite de ça, moi je suis retourné à la maison, j'ai brassé ça dans mon ordinateur puis là je me suis mis à réécouter tout ça. Faire du collage un peu. J'ai essayé de penser à des textes, qu'est-ce que certaines musiques pouvaient inspirer. Sur les 20-30 idées qu'on avait, j'ai réduit ça à peut-être 12 ou 15 puis là j'ai commencé à écrire des textes. Une fois que j'ai écrit les textes, je suis retourné sur les maquettes qu'on avait faites puis là je les ai collées comme un cut-up de photos pour que ça fasse comme une chanson. Ensuite on s'est revus, on a joué les chansons comme des vraies chansons pour se les approprier puis on les a enregistrées au studio encore là en deux jours à peu près. Au studio Piccolo avec Ghyslain-Luc Lavigne.
Hugo Lachance : Je t'avais posé une question il y a une quinzaine d'années et j'ai trouvé ton anecdote vraiment le fun. L'histoire du titre, d'où ça vient Rösk ?
Éric Goulet : Marc n'était pas content de cette décision-là ! J'avais chez nous à l'époque un petit clavier chinois avec des beats et il y en avait un, au lieu d'être écrit « rock », c'était écrit « Rösk ». C’est un peu une inside.
Hugo Lachance : J'avais bien aimé cette histoire-là de clavier chinois.
Éric Goulet : Quand on a fini d'enregistrer toutes les musiques, on était satisfaits de tout ça. On a fait un party, on a fait un barbecue, on a invité nos amis, nos blondes au studio, on a mangé, on a bu du vin. Puis après ça, en à peu près 1h30, je me suis installé dans un booth avec une bouteille de vin puis j'ai chanté toutes les tounes une après l'autre. Ce sont les takes qui sont sur l'album. Après ça, Ghyslain a mixé en 5 ou 6 jours. À partir du moment où on n'a aucune chanson jusqu'à la fin du processus où l'album est mixé, ça a été à peu près un mois et demi. C'était vraiment un exercice de spontanéité comparativement à ce qu'on avait fait avant avec Debout ou La Nuit dérobée qui étaient des productions sur une longue période. C'est un album qui aurait pu s'appeler Cru dans le fond. On voulait vraiment faire quelque chose de « in your face ». Il y avait toute une stratégie autour de ça : sortir l'album puis faire une tournée des bars du Québec. Finalement, malheureusement, la compagnie de disques C4 à l'époque n'a pas du tout livré la marchandise. On s'est ramassés avec un album puissant, très axé rock, qu'on n'a pratiquement pas joué. C'est notre plus grande catastrophe. Pas artistique, mais en termes de mise en marché. C'est épouvantable ce qui est arrivé avec ce disque.
Hugo Lachance : Très bon album. On continue avec Le long sentier. C'est une anthologie ?
Éric Goulet : Oui.
Hugo Lachance : Il y a le 2017 éponyme, ce sont les EP.
Éric Goulet : On a sorti un EP en 2016 et un autre en 2017. Ces deux albums-là ont été unis dans un album complet la même année en 2017. Le devant, c'est une œuvre de Sophie Dallaire. Mais c'est aussi encore là un autre album qui était supposé être supporté par une tournée qui n'a pas vraiment eu lieu.
Hugo Lachance : Je parcours ta discographie Éric pour brosser un portrait rapide. Tu as trois albums solo country, un projet Les Dévadés avec Luc de laRochellière, Monsieur Mono (trois albums dont l'excellent Le grand nulle part dont j'ai fait le vidéoclip ici même à la salle des tortues). Tu es réalisateur aussi : trois albums de WD-40 dont deux classiques, Le repère tranquille de Vincent Vallières, Un nucléaire de Yan Perreau, Des fantômes des étoiles d'Alexandre Belliard, Mon cœur pour te garder d'Amélie Veille, Roi de rien de Michel Rivard, Divertir de Tom Chicoine.
Éric Goulet : Sur la terre de Pierre Flynn. aussi, avec Philippe Brault.
Hugo Lachance : On va passer au segment de présentation de l'album. Sylvain Cormier écrivait le 18 avril 2026 pour Le Devoir : « Les chiens aboient, grognent et protègent des foules d'humains depuis 97 ». C'est une belle phrase. « Quand ça bombarde dehors, ils rallient la niche, refont leur bon bruit, ressortent revigorés à l'attaque ». Éric le dit bien : jouer avec Les Chiens, c'est une catharsis. C'est pouvoir s'exprimer intensément. L’effet d’entraînement est toujours aussi fort : j’écris deux-trois chansons, je les fais avec les boys, et ça en amène d’autres. C’est pas long qu’on a un album. » Nico a des phrases clés qui ouvrent toujours la porte. On est dans l'actualité autant que possible. On ne cherche pas à plaire pour plaire. On joue mieux ensemble. » C'est quoi le contexte d'écriture de cet album-là ? Quelle est votre approche pour Éloge de la chute ?
Éric Goulet : J'ai beaucoup écrit les textes en réaction avec ce qui se passe dans le monde depuis une couple d'années. C'est le résultat d'être pas saturé, mais pas loin, de l'absurdité ambiante depuis 2 ou 3 ans. C'est fascinant. Je suis quelqu'un qui ne peut pas s'empêcher de lire le journal dès le matin. C'est une très vieille habitude que j’ai et là j’ai tendance à prendre un bras de recul et le faire moins intensément que je faisais avant. On ne peut pas faire autrement que d'être frappé par tout ce qui se passe. C'est un processus d'autodéfense d'essayer de synthétiser tout ça pour avoir un réflexe de survie.
Hugo Lachance : Après près d’une décennie, Les Chiens nous offrent enfin ce nouvel opus, un disque qui capture une époque où le soleil semble s’éteindre, avec toute l’intensité et la mélancolie qui caractérisent leur musique. Éloge de la chute se compose de neuf pièces qui naviguent entre la signature puissante du rock alternatif aux atmosphères galactiques et astucieuses, le post-punk électro névralgique, la synthwave pop, des touches de folk rugueux et des élans jazz chaotiques rappelant Radiohead époque Kid A, Depeche Mode, The Cure, ou Wilco. Les étiquettes c’est chiant mais il faut en mettre pour guider les auditeurs. Si on avait à mettre des étiquettes pour guider les auditeurs, ça serait quoi pour Éloge de la chute ? Nicolas, par ta réaction je vois que c’est complexe! J’adore poser cette question là.
Nicolas Jouannaut : Tu me poses une méchante colle. Je ne peux pas te répondre.
Hugo Lachance : Il y a quand même des bons indices. Vous avez apporté un côté synth-wave et post-punk. On sent vraiment les années 80 à certains endroits, The Cure ce n’est pas une mauvaise référence.
Éric Goulet : Ce sont tous des bands qui nous ont marqués. On arrive à un point où nos influences finissent par être totalement digérées et assumées. Peut-être qu'avant j'aurais pris un son de guitare particulier puis j'aurais dit : « Ah, ça sonne trop comme The Cure, on ne le fera pas ». Là, je dis : « Eh, c'est cool, ça sonne comme The Cure ». On a plus un lâcher-prise. Peut-être que ça fait en sorte qu’il a des influences qui étaient disons plus tenu en laisse et qui sont plus assumées maintenant.
Hugo Lachance : Je suis content de ta réponse car ça saute à l’oreille quand on l'écoute. C'est tellement bien intégré et digéré. Est-ce qu'il y a un concept qui entoure cet album-là ? Est-ce qu’il y a une ligne directrice?
Éric Goulet : Oui! J'ai essayé de le penser un peu comme un album concept. D'où le clin d'œil à Pink Floyd. On avait encore plus de chansons sur lesquelles on a travaillé. Dont certaines reprises d’autres artistes, de nous mêmes, des chansons jamais enregistrées. Une fois qu'on a eu fini d'enregistrer les drums et la basse, c'était clair que l'album commençait avec « L'automne au cœur ». Le band apparaît par étages : la batterie, la voix, la guitare, la basse. C'était une bonne introduction. Ça faisait un peu progressif aussi. L’idée ce sont tous les thèmes qui sont là comme « L'automne au cœur » c’est plus ouvert comme propos. À partir d’ « Éloge de la chute », c'est une chanson sur la place qu'on laisse à la technologie dans nos vies. On laisse la technologie décider de ce qui est bon ou pas bon pour nous. « Tu venais vers moi », c'est une rumination poétique sur le lien humain. « Les heures brunes », on est plus dans la routine du matin d'une personne. « Le blues des lendemains », c'est une chanson que j'avais écrite le lendemain des élections américaines quand j'étais vraiment découragé. Ça coïncidait aussi avec la période où Gabriel Nadeau-Dubois avait démissionné de son poste ; je sentais une lassitude des gens qui s'impliquent dans des causes. « Mauvais sang », c'est une chanson qui avait déjà été sortie en extrait il y a quelques années mais qui n’avait jamais été sur un album. Nico ou Marc ont suggéré de l'ajouter à l'album. « Cet homme, tu vois », c'est une autre expérience dans ce cas là. Le thème sous-jacent de ça c’est vraiment la condition humaine de nos jours. Ça fait un peu prétentieux de dire ça mais je voulais explorer des personnages, des situations dans lesquels on est confronté de nos jours. “Mauvais sang” c'est le portrait d'un gars qui va peut-être aller faire une tuerie de masse. Quelqu’un qui se sent négligé, oublié, et qui a envie de montrer au monde qu'il existe de la pire façon possible. Heureusement, dans le refrain, il y a quelque chose qui arrive qui fait que ça n’aura pas lieu et ça reste ouvert.
Éric Goulet : « Cet homme », tu vois, c'est vraiment une expérience de collage. Pendant la pandémie, j'avais créé une track musicale avec du piano et un long solo de guitare. Je voulais faire un truc un peu comme un concerto pour guitare électrique. Pour moi ce n’était pas une chanson. Un moment donné, j'ai croisé un gars sur la rue qui était tout « fucké » ; il ne m'a pas frappé physiquement mais il m'a impressionné. Il n’était vraiment pas bien. J'ai pensé à un moment dans ma vie où c'était pas super, ça n’a pas duré longtemps, heureusement car j'ai eu la chance d’avoir des gens autour de moi qui m’ont aidé. Et la réflexion c’est j'aurais pu être cet homme. Ça aurait pu être moi cette personne. J’ai développé l’idée autour de cette situation-là. Je suis revenu avec ce texte là et je n'avais pas de musique. Je me suis rappelé du concerto de guitares. Je voulais faire une narration au début, mais c’est difficile de faire une narration qui a de l’allure. À un moment donné ça s'est placé comme une mélodie et c'est devenu une chanson. Au final j’étais surpris. Il des chansons comme “les blues du lendemain” c’était clair pour moi, j’avais déjà la musique , l’air, le propos, la voix c’était clair. Mais “cet homme” c’était de la pure création.
Hugo Lachance : On va les écouter plus tard pour avoir les détails. On va passer aux crédits de l'album. Titre : Éloge de la chute (2026). Compagnie de disques : Les disques de la cordonnerie. Réalisation : Éric Goulet avec la précieuse assistance d'André Papanicolaou. Musiciens : Éric (chant, guitare, clavier, programmation), Nicolas (basse), Marc (batterie). Certaines chansons ont bénéficié de la collaboration de musiciens extraordinaires dont aussi Roger Miron (guitare), André (guitare, EBow), Mario Légaré (Chapman Stick et contrebasse), Vincent Carré (hi-hat)?
Éric Goulet : Sur « Les heures brunes », c’était une expérience que j’avais à l’époque des Dévadés. C'était un riff de base et un beat de drum très machinal. J'avais pensé à la chanson « Red Rain » sur l’album “So” de Peter Gabriel où Stewart Copeland de The Police ne joue que du hi-hat sur toute la track. J'ai eu le flash d'avoir quelqu'un qui fait une track de hi-hat là-dessus et c'est Vincent qui l'a fait.
Hugo Lachance : On a aussi Pierre Flynn (Hammond B3) que j’ai déjà reçu au podcast, Marc-Antoine Sévigny (prise de son), Ghyslain-Luc Lavigne (mixage), Le Lab (matriçage). Enregistré à l'hiver 2025. 9 pistes, 38 minutes. La pochette maintenant. C'est une magnifique pochette qui est un pastiche de Animals de Pink Floyd. Sur Animals, il y a une toune qui s'appelle « Dogs ».
Éric Goulet : Tout est dans tout. C'est une idée que je traîne depuis l'existence des Chiens. Chaque fois que je passais devant l'incinérateur des carrières à Montréal, ça me faisait penser à Pink Floyd ; c'était l'équivalent montréalais de ce qu'était la centrale au charbon Battersea à Londres. Je me disais que ça serait drôle d'avoir un chien gonflable qui flotte à la place d'un cochon. Avec le propos de l'album, c'était le bon moment pour utiliser cette idée-là. J'en ai parlé avec mon ami Alexandre Chartrand, un artiste et un cinéaste. Lui avait déjà fait un projet photographique sur cet incinérateur. J’imaginais vraiment l’incinérateur des Carrières avec un chien. Il a embarqué! On a cherché des chiens gonflables, mais Alexandre est arrivé avec l'idée de prendre un petit chien en plastique et de le coller sur la photo pour que ça fasse plus « bricolage ». Il a pris une photo de l'incinérateur — on voit d'ailleurs une rampe qui a été détruite depuis, on est déjà dans l’Artéfact — il en a fait un tirage très grand (3 pieds par 4), il a retouché les nuages et l'usine à la peinture pour un côté surréaliste. Ensuite, il a collé le chien avec un bout de soie dentaire pour représenter le fil, et il a repris une photo de l'œuvre. C'est une photo d'une photo retouchée.
Hugo Lachance : C’est une magnifique pochette! Quelques questions du public. Anthony Goulet demande s'il y a du Minimoog là-dessus ?
Éric Goulet : Anthony, c'est mon cousin. Il m'a gracieusement prêté son Minimoog depuis quelques années et je dois admettre que je m'en sers le plus souvent possible.
Hugo Lachance : Fanny Lussier demande : comment détermines-tu si une chanson est pour toi-même, pour Les Chiens, pour Monsieur Mono ou pour quelqu'un d'autre?
Éric Goulet : C'est toujours un peu un pile ou face. Si c'est très émotif, intime, dans la confession, ça va être Monsieur Mono. Si c'est plus rythmique et propulsif, ça va être pour Les Chiens. Des fois, j'ai des idées très simples qui tirent sur le country pour mes albums solo. Je suis toujours en train de faire des chansons sur une base régulière.
Hugo Lachance : Est-ce que tu écris des chansons pour les autres de fois?
Éric Goulet : C'est rare que j'écrive pour les autres, sauf des commandes comme pour la copine de Daniel Boucher récemment. Elle va faire un album et elle m’a approchée pour lui faire une chanson.
Hugo Lachance : Vous avez souvent exploré des textures sonores très riches. Pour Éloge de la chute, avez-vous privilégié le côté « garage » et direct de vos débuts ou avez-vous intégré de nouvelles expérimentations sonores?
Éric Goulet : Il y a beaucoup de textures parce que j'ai un rack de claviers branché en permanence chez nous. Des fois, en allant faire une brassée de lavage, et en remontant je pèse sur deux ou trois notes et ça donne une idée, comme l'arpégiateur du Jupiter-4 pour « Éloge de la chute ». Des fois je pianote quelques notes, je suis toujours en train de collecter des fragments d’idées et parfois il y en a qui sont plus intéressants que d'autres. Il y a plus de textures synthétiques, mais c'est une signature depuis La Nuit dérobée. Le Jupiter 4 est là depuis Debout, j’utilise toujours les mêmes vieux instruments depuis 20 ans et plus qui ressortent au fil des projets que je recycle, que je réutilise.
Hugo Lachance : Génial. On termine avec le segment Salut à toi. Aujourd'hui, l'objectif du segment, tout d'abord, c'est de faire un petit shout-out à un podcast indépendant que j'aime bien, en espérant avoir un shout-out aussi en retour. Alors aujourd'hui, je salue le podcast La Prescription du Dr Fred Lambert. C'est un podcast que Fred reçoit des artistes sur une ambiance qui est vraiment agréable, un petit peu philosophique. Des musiciens, danseurs, des artistes de tout acabit. J'aime beaucoup son ton, puis la façon dont il pose ses questions. Alors, allez voir la prescription. Alors, Fred Lambert, salut à toi!
Chapitre 2 : SEGMENT : Une chanson après l'autre
Hugo Lachance : Les Chiens! On va passer au segment « une chanson après l'autre ». L'objectif, c'est qu'on écoute un petit extrait puis ensuite je vous invite à commenter pour connaître tous les secrets derrière les chansons. Alors on commence avec « L'automne au cœur ».
Chapitre 3 : L'automne au cœur
Hugo Lachance : « De désastre en désastre je passe pour un vainqueur. Comme un chien dans un jeu vidéo, un agent perturbateur. Les désordres sont clairs, j'ai tout misé sur moi. » Bon, malheureusement, faut arrêter là. Mais quelle toune ! Quand j'ai entendu ça, j'ai fait : « Wow! ». J'ai vraiment tripé. Il se passe quelque chose de vraiment le fun avec Les Chiens. Tout est parfait comme tu l'expliquais tout à l'heure. Chaque instrument arrive un après l'autre en couches, avec le beat puis le riff de guit.
Éric Goulet : Ouais, ça c'est André Papanicolaou qui est arrivé avec cette idée-là. Je pense que initialement c'était un peu une expérience comme bien d'autres chansons où des fois j'ai comme des envies. Mettons je vais dans un bar ou chez quelqu'un et j'entends une toune qui joue en background, mais j'entends juste le beat. Puis on dirait que ça m'inspire. Il me semble que ça serait cool d'avoir une toune un peu de même. Puis des fois je retourne chez nous puis là je me mets à taponner avec des loops ou des trucs comme ça. Puis là j'ai pogné de quoi qui est le fun. À partir de là, je développe. Des fois je fais un peu la même chose avec les paroles aussi parce que j'ai des cahiers ou ce que j'appelle des bloc-notes où je ramasse des phrases de quand j'ai un flash, comme « de désastre en désastre, je passe pour un vainqueur ». J'écris ça, j'ai aucune idée de ce que ça veut dire. Mais je me dis que c'est cool. J'en ai plein comme ça de trucs. De temps en temps quand je me dis que je vais essayer de faire une chanson avec ça, ben je sors mes trucs puis là je trouve cette phrase-là, puis je continue. Je ramasse comme un tas de phrases ensemble puis après ça je repasse dessus puis des fois je vais changer un mot, changer un truc pour que ça ait l'air plus d'une vraie phrase. C'est vraiment un travail de collage. J'utilise pas toujours cette approche-là, mais des fois je trouve ça le fun. J'avais vu ça dans une entrevue avec David Bowie qu'il travaillait souvent comme ça. Lui, il faisait carrément déconstruire des phrases pour avoir des images surprenantes, de pas toujours aller où tu penses que tu vas aller, ça t'amène ailleurs. J'essaie d'utiliser ces techniques-là, que ce soit en musique ou en paroles. J'avais la phrase « j'ai l'automne au cœur, un mal haut en couleur ». J'avais cette phrase-là. Je trouvais que c'était une belle image. C'est vraiment tout un travail d'assemblage d'essayer des affaires.
Hugo Lachance : Au niveau des textes, c'est plus imagé celle-là.
Éric Goulet : C'est vraiment un exercice de cut-up au fond.
Hugo Lachance : Puis le cœur de cette toune-là, comment avez-vous commencé avec cette toune-là ?
Éric Goulet : Ben, c'est vraiment le beat. Il y avait ce beat-là.
Hugo Lachance : C’est un beat de Marc?
Éric Goulet : Non. C'est moi qui ai trouvé ça dans GarageBand.
Hugo Lachance : Ah oui? Haha!
Éric Goulet : Puis je trouvais que c'était cool. Ça avait un petit côté un peu New Orleans ou un genre de marching band, quelque chose comme ça. Je trouvais ça original. Je me disais qu'on n'a pas vraiment de chanson qui ressemble à ça. Puis après ça la structure s'est construite, le refrain est arrivé, j'ai rajouté des accords. Mais initialement c'était quasiment comme un rap. C'était vraiment juste un accord tout le temps.
Hugo Lachance : Mais je trouve que c'est une belle façon de mettre la table pour l'album.
Éric Goulet : Absolument.
Hugo Lachance : Puis toi comment tu as vu la basse là-dedans ? Parce que ça sonne la basse, le son, la texture, ton jeu est vraiment le fun.
Nicolas Jouannaut : Ben comme je l'ai dit plus tôt, Éric arrive souvent avec les maquettes mais à force de jouer, à un moment donné le film se place. Puis avec Marc aussi, parce que tout au long de l'album la basse est vraiment bonne. On l'a fait en studio, les basic ont été faites assez rapidement. Avec Marc, c'est un batteur super assis qui joue tout le temps un petit peu laidbacks, un petit peu en arrière, fait que ça t'oblige à respirer par le nez quand tu joues avec. C'est cool. Puis jouer pesant, c'est de penser pesant tout le temps. Chaque chose est à sa place. J'essaie de pas en mettre trop, puis ce que je mets, faut que ça soit tout le temps bien.
Hugo Lachance : C'est comme ça tout le long de l'album. Je trouve que vous avez très bien géré la basse. Chaque instrument est à sa place. C'est super important. Autre chose à ajouter ? OK, on y va avec « Éloge de la chute ».
Chapitre 4 : Éloge de la chute
Hugo Lachance : J’ai isolé les paroles. « J'ai le cœur en plein brouillard mais j'ai les idées claires. J'ai les deux pieds sur terre mes mains tâtes dans le noir. J'en ai croisé bien d'autres, j'ai cru qu'ils étaient des miens. Ils ne cherchaient que des apôtres et j'ai coupé les liens. Toi qui m'as mis au monde pour guider ton destin. Tu ne connais rien des ombres que je regarde dans mon sein. Et je fonce sans même savoir où je vais et je tombe sans même savoir d'où je viens. » Super beau. Merci. Il y a des bons textes là-dessus. C'est une belle chanson aussi avec une belle mélodie. C'est quoi les secrets de cette chanson-là ?
Éric Goulet : Ben, ça c'est une chanson qui commence justement avec un espèce d'arpégiateur que j'avais trouvé par hasard.
Hugo Lachance : C’était pas le piton Rösk cette fois?
Éric Goulet : Non! haha. Il est disparu ce clavier là d'ailleurs! Fait que c'était vraiment de partir un peu de cette espèce d'ambiance-là qui était un peu machinale. Quand le texte s'est manifesté assez rapidement, j'ai comme pensé un peu à l'intelligence artificielle, les logiciels, tout ce qu'on utilise pour soi-disant nous faciliter la vie mais qui a peut-être un côté sombre qu'on ne peut pas soupçonner. C'est un peu dans l'esprit de ça.
Hugo Lachance : Moi je pense que l'intelligence artificielle c'est un outil un peu comme un autre. Il faut juste faire attention.
Éric Goulet : Comme tous les outils, tu ne peux pas laisser ton marteau gérer ta vie.
Hugo Lachance : Non, c'est clair. Mais en même temps, tu vois ceux qui utilisent très bien l'intelligence artificielle, tu ne t'en rends pas compte.
Éric Goulet : Je fais aussi une distinction entre l'usage de l'intelligence artificielle pour la création artistique et ce que je trouve plus inquiétant encore : l'usage pour gérer des compagnies, des guerres ou je ne sais pas. C'est là qu'on rentre dans Skynet un peu. C'est ça que je trouve préoccupant. Je pense qu'il faut quand même avoir des petits garde-fous là-dedans.
Hugo Lachance : Totalement. Il faut avoir le débat là-dessus, c'est sûr. Encore une super belle tune. Pourquoi en avoir fait le titre de l'album ?
Éric Goulet : Je trouvais que c'était un super titre. J'aimais beaucoup le titre de la chanson. Quand vient le temps de penser à un titre. Puis on avait déjà deux albums éponymes, fait que ce n'était pas vraiment une option. Je regardais le titre des chansons et je trouvais que c'était évocateur. On ne sait pas trop ce que ça veut dire mais c'est souvent les phrases qui me plaisent le plus. Tu lis la phrase, tu l'écoutes puis ça a l'air de vouloir dire quelque chose mais tu n'as aucune idée de ce que c'est.
Hugo Lachance : C'est le fun cette distance quand tu laisses place à l'interprétation.
Éric Goulet : Je me suis rendu compte que ça fait quand même quelques années que j'écris des paroles et au début je me disais tout le temps que les gens allaient trop savoir ce que je pense, j'avais l'impression d'être trop exposé. Pour me rendre compte finalement que de un, les gens n'écoutent pas tant que ça les paroles et que de deux, ceux qui les écoutent, ils comprennent ce qu'ils veulent comprendre de toute façon. À partir de ce moment-là, j'ai dit : « Garde, moi je vais faire ça en pensant ce que moi je pense que ça veut dire, mais le reste ne m'appartient pas ».
Hugo Lachance : C'est bien correct. Des fois quand je fais le podcast, j'écoute les albums au moins cinq fois puis j'ai une interprétation d'une toune, puis après en avoir discuté, c'est vraiment pas ce que je pensais.
Éric Goulet : C'est une œuvre comme une toile dans un musée. Pour toi ça veut dire ça, puis pour une autre personne complètement d'autre chose. C'est ça la beauté de l'art exactement. C'est la liberté totale.
Hugo Lachance : Et quand tu comprends ça fait wow! On passe à « Tu venais vers moi » ?
Chapitre 5 : Tu venais vers moi
Hugo Lachance : « Si je ne te connaissais pas entre les rêves et le réveil, tant de choses qu'on oubliera. Mais la terre tourne autour du soleil. Tu as vu faire tes premiers pas et tu venais vers moi. » Joli texte. Notez qu'il y a Pierre Flynn qui est là-dessus au Hammond. Je tiens à remercier Pierre Flynn, j'ai tellement eu de plaisir avec lui pendant son épisode.
Éric Goulet : Quel être charmant!
Hugo Lachance : On a eu bien du fun. Alors, « Tu venais vers moi » ?
Éric Goulet : Initialement, j'avais déjà quelques chansons de faites et un moment donné j'étais sur mon lit avec ma guitare. Souvent sur nos albums on a des chansons instrumentales. Je me disais que ça serait cool d'avoir une chanson comme ça sur le disque. J'avais développé cette idée-là. Je suis descendu dans mon sous-sol pour faire une maquette, j'ai cherché des beats et ce groove-là est apparu. Plus je l'écoutais, plus je me disais que ça appelait plus que juste une instrumentale. Fait que là, j'ai eu une idée de mélodie très lente, très planante, mais je n'avais pas vraiment de mots. Il a fallu que je me casse la tête, que je sorte les dictionnaires. J'ai plongé dans le cambouis de la création pure. Je me suis torturé bien comme il faut et je suis arrivé avec une quantité de phrases, j'ai fait un tri pour avoir un sens.
Hugo Lachance : C'est votre deuxième extrait?
Éric Goulet : Oui, c’est notre 2e extrait
Hugo Lachance : J'aime comment vous avez réussi à faire une toune qui sonne pop mais de qualité.
Éric Goulet : Merci. On n'est pas contre le pop en soi, on aime ça quelque chose qui est attirant. Ce sont des chansons qui sont le fun à jouer. Après ça, c'est d'avoir un texte qui n'est pas trop fleur bleue. Pour moi la marge est toujours mince parce que j'utilise souvent un vocabulaire peut-être trop recherché pour rien, mais la plupart du temps assez simple avec des images. Je veux qu'on ne sente pas l'effort. Faut que ça ait l'air facile. Si tu te dis : « Oh mon dieu, il s'est vraiment cassé la tête sur ces paroles-là », je pense que c'est un peu raté. J'essaie d'avoir des termes simples, des images simples.
Hugo Lachance : Je comprends exactement où tu veux dire. Parce qu'une série de mots trop complexe pour une toune comme celle-là, ça ne fonctionne pas.
Éric Goulet : Les mots sont longs, les phrases sont longues, c'est juste… Dans le fond des fois les mots. Quand tu écris des chansons rock, il faut juste que les mots ne soient pas dans le chemin après ça, ça peut transcender et donner d'autres choses mais Il faut que la musique et le groove soient à l'avant-plan. La musique est déposée là-dessus. Comme ce sont des phrases très longues et lentes, quelqu'un qui l'écouterait en show la première fois ne comprendrait rien. Il va juste entendre des belles images passer. Dans le rock, à moins que ce soit du folk, tu perds le sens assez rapidement si tu n'as pas le texte devant toi. La chanson part, le beat embarque, le chanteur commence, tu pognes les deux trois premières phrases puis à un moment donné, la basse fait une affaire, le guitariste fait une affaire. Là, tu es complètement décroché.
Hugo Lachance : La voix devient comme un instrument.
Éric Goulet : Ben voilà c’est correct
Hugo Lachance : Super bonne toune. Maintenant, la toune un peu ovni de l’album « Les heures brunes ».
Chapitre 6 : Les heures brunes
Hugo Lachance : C'est pas une chanson fleuve mais c'est comme un long parcours sur le même riff tout le temps pendant 5 minutes. Je souligne que Mario Légaré est au Chapman Stick là-dessus. Il y a aussi Vincent Carré et son solo de hi-hat, et André Papanicolaou à la guitare. C'est quoi l'idée derrière « Les heures brunes » ?
Éric Goulet : Ben c'est encore une expérience de taponnage de beats et de riffs. Des fois ça part d'une phrase comme « un matin qui bégaye », parti sur ma routine du matin mise en vers. L'idée était de faire une toune à la Talking Heads. J'écoutais beaucoup Remain in Light ou Fear of Music. J'aimais l'idée d'une toune lancinante, répétitive, qui est juste un groove et une atmosphère.
Hugo Lachance : Comment vous avez intégré Mario Légaré avec le Chapman Stick ?
Éric Goulet : J'avais fait une base qu'il jouait. Mario était venu chez nous pour faire une track pour l'album des Dévadés. Je lui ai demandé d'amener son Stick. On était sur la chanson « Trou noir » et je lui ai dit que j'avais peut-être une autre patente où il pourrait avoir du fun. Il a joué ça puis ça a été fini.
Nicolas Jouannaut : Les trois lignes de contrebasse, c'est lui aussi?
Éric Goulet : Oui c’est lui Il était venu jouer pour l'album de Sandra et il avait sa contrebasse. Pour « L'automne au cœur », je voulais un bout cabaret théâtral où le band disparaît et où il n'y a que du piano. J'imaginais un caméo avec juste un spot sur le chanteur au piano et Mario à la contrebasse en arrière.
Hugo Lachance : Ça veut dire qu'on va voir Nicolas au Chapman Stick en show ?
Éric Goulet : Il faudrait commencer par lui en trouver un!
Nicolas Jouannaut : J'ai adapté, c'est de la grosse adaptation !
Hugo Lachance : J’aurais aimé te voir arriver sur scène avec ça! À la Toni Leven On continue avec « Le blues du lendemain ».
Chapitre 7 : Le blues du lendemain
Hugo Lachance : C'est la toune la plus « Chien » de l'album
Éric Goulet : Et c’est la toune la plus « toune » aussi. C'est celle qui a eu une création traditionnelle. Ce n'est pas un exercice de recherche de beat, c'est une chanson à texte qui est partie du texte.
Hugo Lachance : Le texte est très bon et je n’avais pas pantoute l’image que tu viens de me donner. Ce dont on parlait tout à l’heure. Tout arrive en même temps. “Toute ma vie j’ai lutté contre les ombres qui s’étiraient J’ai traversé d’un désert à un autre et je brûlais Pas de mirage le but est indéniable je le voyais. À ma portée tout près tout comme un fruit qu’on cueillerais. J’ai donné toute ma vie pour moins que rien. Et je n’ai que le blues des lendemains. Je boirai la coupe jusqu’à la lie. Jusqu’à ce qu’ils aient compris . Je boirai la coupe jusqu’à la lie.
Éric Goulet : J'essaie d'être à la fois spécifique et non spécifique. Tant que ça a l'air d'avoir un sens pour les gens avec qui je travaille, c'est correct.
Hugo Lachance : On n'est pas dans la chanson réaliste.
Éric Goulet : On est pas à la Georges Brassens où chaque phrase est une thèse de philosophie. On est dans le pop et le rock. L'important, c'est ce qui se passe dans la chanson.
Hugo Lachance : Est-ce qu'il y a des secrets derrière le blues des lendemains?
Éric Goulet : Non. C'est assez straight forward.
Chapitre 8 : Interlude
Hugo Lachance : Interlude, toujours intéressant. J’ai découvert le lien avec Pink Floyd?
Éric Goulet : Oui. Il y a peut-être un petit lien avec Pink Floyd un peu là. À peine, à peine. Oui ben oui, je pense que ça c'est important d'avoir des... J'aime ça mettre des petits clins d'œil dans les affaires. Puis il y avait aussi le fait que la chanson qui suit, pas « Éloge à la chute » mais « Mauvais sang », est d'une autre mouture un peu. Elle a un ton un petit peu plus électronique. Fait que c'est comme si j'avais, moi, je ressentais un peu le besoin d'avoir une transition entre les deux chansons. Je trouvais que le gap était un petit peu raide à mon avis, mais je tenais à ce que ces deux chansons-là se suivent. Fait que c'est là que j'ai eu l'idée de mettre un petit truc entre les deux juste pour...
Hugo Lachance : Sur le vinyle ça, ça vire de bord j'ai l'impression.
Éric Goulet : « Le blues du lendemain » commence le deuxième côté, fait que ça commence comme ça, puis c'est le côté qui est un peu plus, quasiment plus organisé finalement. C'est comme une suite un peu : on parle de la désillusion, après ça la colère avec « Mauvais sang », ensuite la chute totale avec « Cet homme » et enfin la rédemption par le cynisme avec....
Hugo Lachance : Ah c'est parfait ! J'aime ça les pacings bien organisés, quand un album raconte une histoire. On y va, ben, on continue avec « Mauvais sang ».
Chapitre 9 : Mauvais sang
Hugo Lachance : Donc « Mauvais sang » : « Je dors avec mes armes près de moi. Je vis dans une cave sous tes pas. Je bois le vin amer qui coule là. Et pas un jour ne passe sans que mon âme ne se casse, sans que ton malheur ne croise le mien. Le moment vient ». J'ai pigé dans tes paroles, mais c'était excellent. Tout s'entend là, le côté rock un peu 80 je dirais là quand même, au début là.
Éric Goulet : Ah oui oui, les textures des fois ça peut....
Hugo Lachance : Mais quelle bonne toune ! Tu disais tantôt que c'est une toune que vous avez récupérée ?
Éric Goulet : Merci. Oui, ça avait déjà paru en extrait il y a quelques années de ça, mais avec pas vraiment d'impact de toute façon. Puis c'est une chanson qu'on a joué en show depuis ce temps-là. Tu sais, c'est comme une chanson phare du spectacle, j'imagine. Fait que je trouve qu'elle avait vraiment sa place là puis que le propos fitait aussi. Il y avait d'autres pièces qu'on avait envisagé réutiliser, mais je trouve que le sujet de la chanson avait moins rapport. Il y a quand même une espèce de ligne directrice là qui s'est tracée.
Hugo Lachance : Mais c'est bon, c'est d'exprimer la colère comme tu disais là, c'est vraiment vraiment cool. Un très bon moment dans l'album.
Éric Goulet : Merci.
Hugo Lachance : On poursuit avec, ben moi ce qui est la pièce maîtresse un peu de cet album-là hein. C'est le fun parce que ça nous amène quelque chose de nouveau aussi. Donc, « Cet homme ».
Chapitre 10 : Cet homme
Hugo Lachance : C’est un long extrait parce que c'est tellement beau
Éric Goulet : C’est la chanson fleuve!
Hugo Lachance :Mais c'est tellement beau comment ça s'installe puis la mélodie de piano. Wow! magnifique. Je reviens à l'article de Sylvain Cormier. Je sais que tu en as parlé un peu mais je trouve qu'il est tellement bien écrit. Tout l'album le dit en fait. À l'écoute, la chanson qui frappe le plus au plexus s'intitule « Cet homme ». Elle pourrait avoir été écrite à l'instant même, compte-rendu à vif. Description de l'un des itinérants croisés : « Il vit dans son manteau. Qu'il fasse laid, qu'il fasse beau. Il fonce sur le trottoir comme porté sur les eaux. Il éructe un discours qui ne compte que deux mots. Son délire est immense. Son monde est terrifiant ». La ligne principale du refrain est la plus terrifiante : « J'aurais pu être cet homme », illustre Éric Goulet de son timbre à la fois magnifique et usé. C'est beau. Non mais sérieusement, c'est....
Éric Goulet : Oui, mais on est gâtés.
Hugo Lachance : Ah ouais, absolument. Je trouve qu'il a mis de l'art dans la façon d'écrire un article.
Éric Goulet : Il écrit très bien Sylvain de toute façon. Quand il y a une rencontre entre l'appréciation qu'il a faite de ton disque puis qu'il donne tout son talent pour en parler, tu es comme oh my god wow!.
Hugo Lachance : Ça a dû vraiment faire plaisir. On le salue, on le cite souvent au podcast d'ailleurs. Alors, parlez-moi de cette chanson-là avec Pierre Flynn et puis Roger
Éric Goulet : …et André en fait, les deux font des couches de texture dans cette chanson-là. Là, c'est presque trop là, mais j'ai fait un ménage quand même. Un ménage qui a été fait heureusement. Initialement c'était vraiment... Il y a une ambiance avec le Jupiter 4, après ça il y a des ambiances de Moog qui rentrent. Ensuite, il y a des loops de strings de GarageBand qui rentrent. Puis après ça, il y a un riff de piano que j'ai rentré puis Pierre Flynn qui se glisse là-dedans avec son B3 qui remplit.
Hugo Lachance : Le riff de piano fait penser à Radiohead un peu hein ?
Éric Goulet : Un peu le genre de riff ou Nils Frahm. J'aime beaucoup la musique instrumentale. Mais ça se voulait instrumental cette chanson-là en partant. Fait que je mettais des... Mais tu sais, c'est toutes des petites idées simples je pense qui finissent par donner quelque chose de complexe là.
Hugo Lachance : Cette toune-là moi j'ai écouté l'album à peu près 5 fois puis c'est tout le temps cette chanson-là au début c'est comme « ouais », puis à un moment donné c’est une chanson qui monte tranquillement dans le palmarès de mes préférées. Je trouve
Éric Goulet : non c'est... on était bénis avec cette chanson.
Hugo Lachance : Ah ouais, c'est une très belle expérience. Puis on finit là, on change de registre d'un coup. « Comment savourer la vie » ?
Chapitre 11 : Comment savourer la vie
Hugo Lachance : Donc : « Je regarde brûler le monde, je contemple les hécatombes. Je me berce au doux chant des bombes dans le confort des catacombes. Moi qui avais peur des lendemains aujourd'hui, j'ai l'esprit serein car j'ai appris comment savourer la vie. Il faut aimer le côté sombre. Je n'ai plus peur des lendemains ». Ah bon fait que là tout va bien d'un coup là ?
Éric Goulet : Ben ouais, ça j'avoue que c'était un peu hard de mettre cette chanson-là pour finir l'album mais bon. Je vais me faire lancer des roches ou ça va être... Mais je trouvais que c'était... Des fois je me fais rire moi-même. Des fois je suis mon meilleur public.
Hugo Lachance : Oui, je comprends ça, moi aussi!
Éric Goulet : Puis je trouvais ça très drôle de conclure un album aussi sombre quand même, qui s'appelle « Éloge de la chute », avec une chanson qui est très The Cure à son plus pop, tu sais. Mais avec des paroles complètement épouvantables.
Hugo Lachance : C’est le contraste qui est intéressant.
Éric Goulet : En fait ce que ça dit, c'est de dire : « Ah maintenant tout est dégueulasse mais je trouve ça super ».
Hugo Lachance : C’est un lâcher prise total
Éric Goulet : Parce que tu dis ben, le coup dans le deuxième couplet dans le fond c'est la recette. Dans le fond, il faut aimer le côté sombre, apprécier le fait qu'on nous trompe,
Hugo Lachance : s'apprécier soi-même et cetera.
Éric Goulet : Ben genre, il faut ignorer le chant des colombes et rire de ceux qui se morfondent. Tu deviens comme maintenant un être sans sentiment et cruel et détaché, ben là tu peux savourer la vie.
Hugo Lachance : Ah ouais. Fait que quand cette toune là est apparue dans mon char, j'ai fait comme « Ah, OK ». Non, c'est la dernière. Je ri, mais c'est beau parce que l'ironie dans le texte c'est vraiment le fun.
Éric Goulet : C'est important. Juste la musique comme telle c'est cute là, mais avec d'autres paroles ça aurait pu être vraiment n'importe quoi. Mais ouais j'aimais beaucoup le contraste.
Hugo Lachance : Est-ce qu'il faut s'attendre à un album reggae des Chiens pour le prochain, vu que vous êtes partis dans la joie et tout et tout ?
Éric Goulet : Oui c'est ça. Je ne penserais pas. Non non.
Hugo Lachance : On a passé à travers l'album les gars. Yes ! Dernier petit segment pour compléter l'entrevue : Segment Rafales.
Chapitre 12 : SEGMENT : Rafales
Hugo Lachance : Votre top 3 de l'album, ça serait quoi ?
Nicolas Jouannaut : Ben moi c'est « Cet homme » en premier. Ensuite « Éloge à la chute ». Et puis « Tu venais vers moi »,
Hugo Lachance : Il y a plein de basses dans cette toune en plus
Nicolas Jouannaut : Ouais, c'est ça.
Hugo Lachance : On comprend pourquoi. Éric ?
Éric Goulet : Ben ouais, je pense que « Cet homme » pour moi ce n'était pas clair au début quand on l'a intégré dans la patente. Puis je me rends compte que finalement c'est peut-être la plus belle réussite malgré moi en fait de l'album. Fait que je vais y aller avec l'équipe. J'aime beaucoup « L'automne au cœur ». Je trouve que c'est vraiment une chanson classique Chiens, instantanée. Nouvelle mouture, mais je trouve que c'est devenu un incontournable de show maintenant cette chanson-là. Puis peut-être « Savourer la vie » quand même, encore là je trouve ça trop drôle.
Hugo Lachance : Excellent. Ben moi, tu vois, « Cet homme » vient encore de monter dans mon palmarès. En troisième j'avais « Mauvais sang », mais en deuxième « Cet homme » et le premier c'est « L'automne au cœur » parce que j'ai été vraiment séduit par ça. Alors si vous aviez à faire écouter une chanson à quelqu'un qui représente l'album, ça serait laquelle ?
Nicolas Jouannaut : « Cet homme ».
Éric Goulet : « L'automne au cœur ». Elle rentre un peu en douce puis je trouve qu'elle fait un peu ce que tout l'album fait.
Hugo Lachance : Exact, La meilleure chanson de l'album en show ?
Éric Goulet : En show on l'a jouée juste une fois.
Hugo Lachance : Mais selon vous. Faites des projections,
Éric Goulet : Mais selon moi « Cet homme » est à suivre. On l’a joué juste une fois en concert.
Nicolas Jouannaut : Elle n'est pas évidente.
Éric Goulet : Mais elle va avoir un moment assez quelque chose en show quand on va vraiment l'avoir cernée.
Hugo Lachance : Et puis qu'est-ce qui vous rend heureux dans cet album ?
Nicolas Jouannaut : De faire encore un album aujourd'hui.
Éric Goulet : Ben moi aussi d'être encore là et surtout de savoir que c'est bien accueilli. Je suis vraiment flatté et touché parce qu'à toutes les fois qu'on fait un album, on est notre meilleur public, on est bien contents. Mais après ça tu peux lancer ça dans le monde puis ça peut tomber direct dans l'oubli, mais ça n'a pas l'air d'être parti pour ça.
Hugo Lachance : Question cruelle maintenant : si vous aviez à enlever une chanson sur l'album (et l'interlude compte pas) ?
Nicolas Jouannaut : Ah zut ! C’est pas une question ça. Oh non, je ne réponds pas à ça? Ah non! Oh bon... peut-être ben « Mauvais sang ». C'est déchirant!
Éric Goulet : Je répondrais comme Nico, “Mauvais sang”. Juste parce que c’est une plus vieille chanson qui existait déjà. C'est comme l'aîné de la famille qui a du vécu, il va faire son chemin de toute façon.
Hugo Lachance : Vous vous en êtes très bien tirés. Éric Goulet, Nicolas Jouannaut, c'est tout.
Chapitre 13 : Conclusion
Hugo Lachance : Merci beaucoup de votre participation. Merci à tout le monde. On se revoit pour un autre épisode. Mais avant, je tiens à remercier Véro de la salle des tortues. Merci Microbrasserie Hopera qui ont commandité l'épisode. Si vous êtes intéressés à m'encourager dans mon travail, ben il y a un lien dans la description ou vous vous rendez sur www.lalbumpodcast.ca. Et puis on se retrouve pour un prochain épisode de l'Album Podcast!