Transcription de l’épisode avec LES SHIRLEY : Hail Mary

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Avertissement : Cette transcription est le fruit d'une collaboration avec une intelligence artificielle qui fait de son mieux, mais qui ne saisit pas toujours toutes les "subtilités" de nos discussions.  Le fichier audio/vidéo original demeure la seule référence officielle. Si un passage vous semble bizarre, faites confiance à vos oreilles et allez écouter l'épisode !


Hugo Lachance : Nous sommes le 11 septembre 2025 en provenance de la nouvelle salle des tortues à Montréal…


Raphaëlle Chouinard : On est en 2026…


Hugo Lachance : Astie!


Raphaëlle Chouinard : Au moins t'as pas dit 2001, c'est correct. En plus, c'est pour ça que j'ai allumé, parce que je me suis dit, ça fait 25 ans 9-11. Puis là, je t'ai comme, attends, wait a minute. Bref. On la garde? 


Hugo Lachance : On la garde de même, je pense que c'est bon. Mais je refais mon intro parce que c'est vraiment bon.


Raphaëlle Chouinard : Parfait. Alors, 

Hugo Lachance : Nous sommes le 11 septembre 2026 en provenance de La salle des tortues à Montréal. Et on connaît tous des Shirley. On connaît Shirley Temple, Shirley Mason, Shirley Bassey, Shirley Théroux. On connaît les Shirley de Lucien Francoeur. On connaît les Shirley de Vent du Mont Schärr. Mais aujourd'hui, je vous présente la Shirley de Chouinard, Dion et Bourdages parce que je reçois le power trio rock québécois Les Shirley à L'Album Podcast !

Hugo Lachance : Bonjour à tous ! Avant de vous présenter convenablement mes invités, je tiens à remercier les nouveaux abonnés sur Facebook, YouTube et tous les réseaux sociaux. Je suis présent pas mal partout. Allez vous abonner, ça fait plaisir. Vous savez comment ça fonctionne, ça prend deux secondes puis ça me fait extrêmement plaisir. C'est important pour un podcast comme le mien.

Hugo Lachance : Je tiens à remercier Hopera, la microbrasserie qui commandite cet épisode. C'est une gang qui est installée au Saguenay. Il y a le restaurant sur la rue Saint-Dominique à Jonquière, mais il y a aussi Hopera La Shop, qui est une usine où ils brassent leur bière, et puis ils ont d'excellents produits. C'est une gang aussi qui est très impliquée culturellement dans le milieu. Alors allez voir leur site web. Donc, je salue la gang d'Hopera qui commandite le podcast depuis un bon bout.

Hugo Lachance : Cet épisode vous est également présenté par le studio écran vert La salle des tortues ! Pour tous vos projets vidéo, vidéoclips, sketchs d'humour, pubs, corporatif, bref tout type de tournage ! Pour ceux qui sont habitués, le décor a changé un petit peu, mais Véro a apporté beaucoup de modifications. Elle a enlevé le faux plancher, puis là il y a plus d'espace pour vos tournages à La salle des tortues. C'est un studio tout équipé, avec un cyclo vert, éclairage, micros. Contactez Véro sur les réseaux sociaux puis elle va vous accueillir. C'est un super beau studio, maintenant avec un pied de plafond de plus.

Hugo Lachance : Et si vous voulez soutenir le podcast, si vous aimez ce que je fais, bien rendez-vous au www.lalbumpodcast.ca. Vous pouvez faire un don unique ou un don par mois, ça vous regarde. Sinon, le lien est dans la description. Et pour ceux qui sont à l'audio, rendez-vous sur mon site web.

Hugo Lachance : Je suis avec Raphaëlle Chouinard et Sarah Dion. Lysandre Bourdages devait être là aussi, mais Lysandre a eu la gastro chez vous, c'est ça ?

Sarah Dion : Oui, c'est ça, Lysandre était supposée venir, mais finalement elle a eu la gastro. La pauvre, toute la nuit. On lui souhaite un prompt rétablissement.

Hugo Lachance : Bienvenue les filles. Vous sortez un troisième album très bientôt. Est-ce que c'est toujours aussi excitant de sortir un album, même si c'est votre troisième ?

Raphaëlle Chouinard : Excitant, stressant. Ma réponse n'est pas très glam, mais pour moi le bout le fun est déjà fait, c'est-à-dire écrire les tounes et les enregistrer. Sortir l'album, c'est beaucoup de paperasse, de courriels, de machin, mais j'ai hâte que les gens l'écoutent, j'ai hâte qu'on joue le show. Toute l'espèce de sortie, j'ai hâte que ce soit fait pour qu'on retourne sur la scène.

Sarah Dion : Il y a comme le avant et le après, c'est certainement la partie la plus excitante. De jouer et de créer la musique, c'est là qu'on est à l'aise. Mais c'est sûr que ça fait 4 ans qu'on tournait l'album d'avant, More Is More, fait qu'on est vraiment contentes de sortir de la nouvelle musique.

Hugo Lachance : 4 ans sans pause ?

Sarah Dion : La seule pause, ça a été cet été, puis il y avait 30 shows. Fait que c'est ça.

Hugo Lachance : Je vais commencer par vous présenter individuellement. Et vu que Lysandre n'est pas là, je vais vous charger de la présenter à sa place. On va voir si vous la connaissez bien. On va commencer avec toi, Sarah. Sarah, c'est une fille de où ?

Sarah Dion : Je viens de Saint-Hubert, à Longueuil. J'ai grandi là.

Hugo Lachance : Ton album d'enfance, le plus loin dont tu te rappelles ?

Sarah Dion : Le Best Of d'Elton John. Je suis allée prendre des CD dans le rack à CD de mon père. J'avais le Best Of de Styx, celui d'Elton John, puis l'album des Beatles, celui où ils sont dans une cage d'escalier, le rouge des années 60. Celui d'Elton John, je l'ai écouté très souvent.

Hugo Lachance : Et ton album d'adolescence ?

Sarah Dion : Riot! de Paramore. Demain, je m'en vais d'ailleurs à Albany, New York, voir le show de Hayley Williams, je suis bien énervée. Et le lendemain, il faut que je parte à 6 h parce qu'on part en Allemagne.

Hugo Lachance : Une petite fin de semaine tranquille ! Qu'est-ce qui jouait dans le char de tes parents ou à la maison ?

Sarah Dion : Quand c'était avec ma mère, c'était des chants chrétiens, religieux, gospel. Mon père, c'était du disco, pas mal.

Hugo Lachance : Ton premier instrument ?

Sarah Dion : La guitare que je volais à mon frère dans sa chambre. Mais mon premier vrai instrument où je me suis vraiment lancée à fond, c'était la batterie.

Hugo Lachance : À quel moment as-tu réalisé que la musique allait être fondamentale dans ta vie ?

Sarah Dion : À ce moment-là, j'avais 10 ans à peu près. À partir de ce moment-là, c'est tout ce que je faisais, il n'y avait rien d'autre qui était important.

Hugo Lachance : Super. Raphaëlle, tu es une petite fille de où ?

Raphaëlle Chouinard : Je suis née à Chicoutimi, mais j'ai grandi à Québec. Double nationalité !

Hugo Lachance : Ton album d'enfance ?

Raphaëlle Chouinard : Je dirais Aquarium d'Aqua. J'ai tellement écouté ça, ma mère devait être tellement tannée ! C'est de la musique de personnes hyperactives. Je suis tombée en amour avec cet album-là.

Hugo Lachance : Et ton album d'adolescence ?

Raphaëlle Chouinard : C'est certainement Fallen d'Evanescence. Je sais même pas pourquoi j'ai eu une hésitation !

Hugo Lachance : Qu'est-ce qui jouait dans le char de tes parents ?

Raphaëlle Chouinard : Ma mère, c'était de la musique française, du rock détente, du rock matante qu'on adore. Mon père n'était pas là, mais quand j'étais vraiment jeune et qu'il était encore là, il écoutait de la musique du Cirque du Soleil, Alegria. Sa toune préférée, c'était Believe de Cher, puis Tina Turner.

Hugo Lachance : Ton premier instrument ?

Raphaëlle Chouinard : La guitare !

Hugo Lachance : À quel moment as-tu réalisé que la musique allait être fondamentale pour toi ?

Raphaëlle Chouinard : En secondaire 1, quand j'ai eu mon premier band au secondaire, je me suis dit : OK, c'est cool !

Hugo Lachance : Maintenant, pour Lysandre, elle vient d'où ?

Sarah Dion : Née à Tremblant, grandie à Saint-Jovite.

Hugo Lachance : Son album d'enfance ?

Sarah Dion : Je ne suis pas sûre qu'elle écoutait beaucoup de musique enfant. Elle allait souvent à l'église faire des shows de chorale.

Hugo Lachance : Son album d'adolescence ?

Raphaëlle Chouinard : Mes Aïeux (Break syndical), Les Cowboys Fringants, Les Trois Accords. Elle trippait en tabarouette sur tout ce genre d'affaires-là, le genre de fille qui s'en va en percussions au Cégep de Saint-Laurent.

Hugo Lachance : Qu'est-ce qui jouait chez elle ?

Sarah Dion : Sa mère écoutait des affaires vraiment ésotériques, New Age, comme Loreena McKennitt et Enya.

Hugo Lachance : Son premier instrument ?

Sarah Dion : La trompette au secondaire.

Hugo Lachance : À quel moment a-t-elle réalisé que la musique était fondamentale ?

Raphaëlle Chouinard : Au secondaire. Quand elle est arrivée au secondaire, elle était un peu dans sa bulle, puis elle a trouvé sa gang dans l'harmonie de l'école quand elle a commencé à jouer de la trompette. C'est là qu'elle est sortie de sa carapace.

Hugo Lachance : Vous vous connaissez depuis combien de temps ?

Sarah Dion : Moi, depuis que je suis arrivée à Montréal en 2012.

Raphaëlle Chouinard : Et moi, je suis arrivée dans le portrait deux ans plus tard. On a partagé un local de pratique à partir de 2014 et on est devenues des sœurs.

Hugo Lachance : J'ai trouvé le plus vieil article qui vous concerne. Écoutez bien. Christine Fortier, le 20 juillet 2006 pour Voir.ca : « Pourquoi Les Shirley ? C'est la première question qui s'impose. On a choisi Les Shirley pour différentes raisons : c'est accrocheur, différent et kitsch, en plus d'être un hommage à toutes les Shirley, énumère Hugo Lachance, le batteur de la formation Les Shirley ». C'était moi ! C'est avec moi que vous aviez parlé au téléphone au début pour savoir si c'était correct de prendre ce nom-là !

Raphaëlle Chouinard : Oh my God ! C'est genre full circle ! C'est tellement drôle !

Hugo Lachance : C'est le 20e anniversaire de notre album Mescalerose qu'on avait sorti avec mon ancien groupe Les Shirley. Quand vous m'aviez appelé, j'avais trouvé ça très chic de votre part et je vous avais donné ma bénédiction.

Sarah Dion : C'est Sarah qui avait amené l'idée du nom. J'étais allée faire mon cégep à Drummondville en musique. Mes collègues venaient du Bas-du-Fleuve ou de Princeville, et ils utilisaient l'expression « une gang de Shirley » pour désigner des filles un peu de party, un peu slack. Quand j'ai rencontré les filles à Montréal, je les appelais comme ça. C'était une façon de se réapproprier un terme un peu péjoratif pour en faire quelque chose de cool au goût du jour.

Hugo Lachance : Et comment s'est formé le groupe ?

Raphaëlle Chouinard : Lysandre et moi avions un groupe électro pop qui s'est terminé vers 2018. On avait le goût de continuer à jouer ensemble et d'intégrer Sarah pour faire du rock et bûcher. Mais comme Sarah et Lysandre étaient toutes les deux drumeuses, Sarah a acheté une basse et on a commencé à composer.

Hugo Lachance : Dans le groupe, il y a Raphaëlle Chouinard à la guitare et au chant principal, Sarah Dion à la basse et aux chœurs, et Lysandre Bourdages à la batterie, aux chœurs et aux percussions. Vous avez aussi toutes plein de projets parallèles impressionnants. Raphaëlle, tu as joué avec Syzzors

Hugo Lachance : On va passer à votre discographie. Vous avez sorti le EP Éponyme en 2019.

Sarah Dion : Ça, c'était le début de tout. On a fait ça avec un budget de 500 $ de A à Z avec Ariel Ridgway dans un studio du Mile End. Aujourd'hui, Ariel est notre soundman et notre meilleur chum.

Hugo Lachance : Ensuite, votre premier album complet, Forever Is Now, en 2021.

Raphaëlle Chouinard : On l'a enregistré pendant la pandémie au studio Le Wild à Saint-Zénon avec Simon Kearney et Marc Chartrain. On dormait là-bas, on faisait de la musique toute la journée. C'est cet album-là qui a vraiment fait décoller le groupe de manière indépendante.

Hugo Lachance : C'est impressionnant de voir à quel point vous êtes devenues un modèle pour les plus jeunes filles qui veulent se lancer en musique. Vous le sentez en concert ?

Sarah Dion : Oui, absolument. L'été dernier, au festival La Noce, des jeunes filles sont venues nous voir pour nous dire qu'elles pensaient à monter un band. On leur a dit : « Faites-le, go ! ». Quand on était plus jeunes, il n'y avait pas beaucoup de modèles féminins dans le rock. Il y a deux ou trois ans, les gars se disaient qu'il fallait se forcer pour engager des filles. Aujourd'hui, c'est nous qui travaillons le plus !

Raphaëlle Chouinard : On a un exemple concret avec Aude Deniger, la bassiste de General Chaos, qu'Hugo a reçue au podcast. Ça fait des années qu'elle vient à nos shows, elle avait 12 ans au début. On l'a toujours encouragée. Je suis allée voir son groupe au Bâtiment 7 il y a quelques mois et je capotais, c'est tellement bon ! C'est ce genre d'histoire qui nous prouve qu'on fait la bonne chose.

Hugo Lachance : Dans un article de 2022, on mentionnait que vous vous gériez vous-mêmes. Qu'est-ce qui a évolué depuis avec l'ampleur de votre succès ?

Raphaëlle Chouinard : À l'époque, on était à 33 % chacune à tout gérer, et c'était lourd. Aujourd'hui, on a délégué une bonne partie de la gérance à Fred Poulin chez Du Prince, et on sort l'album en licence avec Ambiance ambiguë. Fred ramasse une grosse partie de la job, mais on reste hyper impliquées. Personne ne va s'occuper du projet avec autant de cœur que nous.

Sarah Dion : Et puis, on s'est rajouté un nouveau projet : on a construit notre propre studio !

Hugo Lachance : Ah oui ? Un studio de musique ?

Sarah Dion : Oui ! On a commencé la construction en 2023-2024 et ça a ouvert en 2025. Ça s'appelle le Shirley Temple Studio. Ce n'est pas tant un studio pour enregistrer avec du gros matériel d'enregistrement qu'un espace qu'on loue à des bands et des productions pour faire leurs pré-productions de spectacles. Les artistes viennent s'installer pendant un à quatre jours pour monter leur show complet.

Raphaëlle Chouinard : La raison principale pour laquelle on l'a construit, c'est qu'on était depuis 12 ans dans des locaux sur la rue Parthenais, et ils nous ont foutus dehors parce qu'on ne faisait pas de balados comme tout le monde autour ! Les studios autour s'étaient tous mis à faire des balados, et on était le dernier band de musique à faire du bruit, alors on dérangeait.

Sarah Dion : On se ramassait à devoir trouver un nouveau local en moins d'un mois, juste avant de partir en tournée européenne. On a loué un grand cube vide de 2200 pieds carrés et on a construit les murs nous-mêmes avec des amis. Maintenant, on reçoit plein d'artistes. Le 24 septembre, pour le lancement de l'album, on fait un spectacle devant public directement au Shirley Temple Studio, qui sera diffusé en même temps.

Hugo Lachance : Quel a été le contexte d'écriture de ce nouvel album, Hail Mary ?

Raphaëlle Chouinard : Avec notre nouveau studio, on s'est fait un immense cadeau : on s'est offert un espace fixe pour créer en ville. On arrivait au studio comme au bureau, de 10 h à 17 h, du lundi au vendredi pendant quatre mois. Avant, on devait aller faire des retraites créatives au chalet de ma famille à La Malbaie pour être en immersion totale. Là, on a pu reproduire cette même immersion à Montréal.

Sarah Dion : On écoutait de la musique, on se laissait inspirer. Pour cet album, on a composé près de 35 démos, dont 23 tounes dégueulasses qu'on a jetées ! Mais il faut passer par là pour extraire les meilleures idées.

Hugo Lachance : Vous êtes dans la mi-trentaine. Quelles sont vos influences majeures dans la scène musicale québécoise ?

Raphaëlle Chouinard : Dans la scène actuelle, Klô Pelgag, sans hésiter ! Son attitude et son univers visuel, je trouve ça malade. Et dans les plus vieux, Marie-Mai, Marjo, Andrée Watters et l'esthétique de Fred Saint-Gelais à l'époque. Ça a marqué ma jeunesse.

Sarah Dion : Moi, je suis rentrée plus tard dans la musique québécoise parce que mes parents écoutaient du disco. Mais à l'adolescence, je suis tombée folle raide de Malajube et Karkwa. J'ai encore chez mes parents une boîte avec plus de 30 billets de concerts de Malajube et 35 de Karkwa ! Quand j'ai joué de la batterie sur l'album de Loïc La France avec Julien Mineau de Malajube à la réalisation, je capotais complètement.

Hugo Lachance : On va passer aux crédits et à la fiche technique de l'album :

Hugo Lachance : Comment avez-vous abordé le visuel de la pochette ?

Raphaëlle Chouinard : On voulait quelque chose de no bullshit, de plus brut, plus punk et moins liché. On a joué de la musique dans le studio pendant que Charline prenait des photos sur le vif, avec un éclairage direct, du flou et du mouvement. Ça reflète parfaitement l'énergie chaotique et fâchée de l'album.

Hugo Lachance : On passe aux questions du public. On commence avec Pierre-Luc Hamelin : « Comment est arrivée votre collaboration avec Laura Niquay ? »

Sarah Dion : Ce n'est pas un projet des Shirley, mais bien de Raph et moi à titre de pigistes. Le label Musique Nomade nous a approchées pour faire partie du band d'accompagnement de Laura Niquay. On a travaillé sur les démos avec elle et son réalisateur Simon Walls, puis on a enregistré l'album au studio B12 juste après notre session à Toronto.

Hugo Lachance : Question de Jean-François Ferland : « Quel est votre processus de création ? Est-ce que ça débute par les paroles ou la musique ? »

Raphaëlle Chouinard : Ça débute toujours par la musique, une ligne de basse ou un riff. Sur cet album, Sarah et Lysandre ont pris beaucoup plus de place dans l'écriture des paroles et des mélodies. C'est un vrai travail de trio.

Hugo Lachance : Nina Louve demande une anecdote marquante de tournée.

Sarah Dion : L'embouteillage monstre sur l'autostrada en Allemagne, en route vers Berlin ! On venait de jouer à Wermelskirchen et on avait 10 heures de route. La circulation était complètement bloquée depuis deux heures. On devait jouer le soir même à Berlin et on avait toutes envie de pisser urgemment.

Raphaëlle Chouinard : J'ai trouvé un verre en plastique vide dans la van. Sarah et Lysandre ont tenu un t-shirt devant les vitres pour cacher les camionneurs, et j'ai pissé dans le verre. Je l'ai passé à notre bookeuse et chauffeuse, Eva, qui a jeté le pisse chaude par la fenêtre sans hésiter ! Lysandre a fait la même chose ensuite. Sarah, elle, s'est abstenue par fierté !

Hugo Lachance : On a aussi reçu un message humoristique d'une amie anonyme : « Pendant les moments intimes avec mon chum, c'est moi qui lead. Mais je capote tellement sur Les Shirley que si j'avais à coucher avec elles, je me laisserais faire sans problème ! ».

Raphaëlle Chouinard : On la salue bien bas ! C'est très mignon.

Hugo Lachance : Enfin, votre gérant Fred Poulin vous a laissé des questions individuelles. Pour Sarah : « Es-tu plus Fender Precision Bass ou Gibson ? »

Sarah Dion : Ma basse de tous les jours avec Les Shirley, c'est ma Fender P-Bass, elle joue toute seule et elle est légère. Mais sur les trois quarts de l'album, j'ai utilisé ma Gibson Ripper 1974. Le son est démoniaque, c'est la basse de Mike Dirnt de Green Day et Gene Simmons, mais le manche est gros comme un bâton de baseball, alors en show c'est plus lourd à promener !

Hugo Lachance : Question de Fred pour Raphaëlle : « Est-ce que dans ta tête aussi tu penses en chantant ? »

Sarah Dion : Raph ne fait pas juste penser en chantant, elle parle en chantant 24 heures sur 24 ! Pendant qu'on faisait les édits sur l'ordinateur à Toronto, Raph et Lysandre étaient en arrière sur le divan à chanter des harmonies non-stop sans s'arrêter. J'ai dû leur crier après pour avoir deux minutes de silence !

Hugo Lachance : Et la question de Fred pour Lysandre : « Es-tu plus Comment Debord ou Les Trois Accords ? »

Raphaëlle Chouinard : C'est chien parce que c'est son payroll ! Elle joue de la batterie avec Comment Debord qui est son band principal, mais elle joue aussi en tournée avec Les Trois Accords. On va répondre Comment Debord pour être sûres qu'elle garde sa place !

Hugo Lachance : On passe au segment de décorticage de l'album. On commence avec la pièce-titre, Hail Mary.

(Extrait de « Hail Mary »)

Hugo Lachance : Ça commence en force avec des paroles percutantes : « Sticking knives into the patriarchy until it dies ».

Raphaëlle Chouinard : Oui ! Ça annonce le ton immédiatement. Évidemment, il va y avoir des jambons qui vont prendre ça au premier degré et penser qu'on veut tuer des gens, mais c'est une image forte pour dénoncer le patriarcat. C'est l'une des rares chansons qu'on a composées en jammant toutes les trois directement dans la même pièce.

Hugo Lachance : La deuxième piste : Player Two.

(Extrait de « Player Two »)

Sarah Dion : Player Two, c'est la dernière chanson qu'on a écrite pour le disque. Il nous manquait une toune rassembleuse avec des gang vocals. Fun fact : on était sur les champignons magiques chez moi pendant une journée de canicule en juillet ! Raph était gênée d'écrire les paroles devant nous, alors on est allées prendre une marche. Elle a composé les paroles et la mélodie en 30 minutes.

Raphaëlle Chouinard : Le titre fait référence au vocabulaire des jeux vidéo en écran séparé comme Mario Kart, où l'on cherche son « Joueur 2 ». C'est une métaphore entre le gaming et ma vie amoureuse.

Hugo Lachance : On continue avec Jenny, Please.

(Extrait de « Jenny, Please »)

Raphaëlle Chouinard : C'est ma préférée à jouer en concert ! Ça parle de la réalité économique actuelle, d'une fille de 25 ans qui accumule deux jobs pour payer ses factures et survivre. C'est un message d'encouragement : « Don't give up on your dream ». On lui donne une voix pour crier sa frustration face à la charge mentale.

Hugo Lachance : La quatrième pièce : Bang Bang.

(Extrait de « Bang Bang »)

Sarah Dion : C'est la première fois de notre carrière qu'on enregistrait la base des tounes en formule live off the floor : batterie, basse et guitare rythmique enregistrées en même temps dans la même pièce, sans filet. On voulait un son plus brut, où le tempo fluctue naturellement comme sur scène.

Hugo Lachance : On enchaîne avec Jungle Speed.

(Extrait de « Jungle Speed »)

Sarah Dion : Jungle Speed, c'est le nom d'un jeu de société réflexe auquel on jouait beaucoup au cégep en le transformant en jeu d'alcool ! La chanson parle du faux-semblant sur les réseaux sociaux, où tout le monde fait semblant que tout va bien devant sa caméra.

Hugo Lachance : Le premier extrait officiel : Not My Problem.

(Extrait de « Not My Problem »)

Raphaëlle Chouinard : Écrite en moins d'une heure, c'est un hymne de libération face aux relations toxiques et à la charge émotionnelle qu'on nous impose. On y affirme nos limites avec un refrain libérateur : « Not my problem anymore ! ».

Hugo Lachance : La chanson Born a Man.

(Extrait de « Born a Man »)

Sarah Dion : Cette chanson comporte un solo de guitare joué par Gabriel Larue du groupe Easy Tiger, qui est l'un de nos élèves. La chanson aborde le privilège masculin et la liberté dont jouissent les hommes depuis l'enfance.

Hugo Lachance : Et on termine avec Fortune Teller.

(Extrait de « Fortune Teller »)

Raphaëlle Chouinard : La chanson est partie d'une mélodie que j'ai entendue dans un rêve. 

Hugo Lachance : Ça s'appelle comment cette toune-là ? Ah ouais, les working titles, des fois c'est tellement laid !

Raphaëlle Chouinard : Je suis comme : Get Busy. Genre, parfait !

Hugo Lachance : Puis, ouais, une toune en français un moment donné, c'est possible avec Les Shirley ?

Raphaëlle Chouinard : Il y en a une couple déjà, mais c'est plus des collaborations. On a fait une toune sur l'album Aquanaute 2022 d'Ariane Moffat, mais ça c'était plus une reprise qu'on a faite à notre sauce. On a fait aussi un cover des Respectables.

Sarah Dion : Oui, c'est vrai. Puis justement, Agathe qui est Pataugeoire, on a fait une toune avec elle sur son dernier album, ça s'appelle Besoin d'un deux. Ça, c'est Les Shirley et Pataugeoire, c'est en français.

Raphaëlle Chouinard : Mais pour Les Shirley en tant que tel, ce n'est pas dans les plans. C'est juste que ce n'est pas ça notre vision du projet.

Hugo Lachance : Ce n'est pas un reproche ni rien !

Raphaëlle Chouinard : Je comprends pourquoi les gens nous le demandent, mais ce n'est pas nécessairement la vision du projet. On est fières d'être québécoises, c'est juste que ce n'est pas ça notre vision du projet quand on écrit.

Hugo Lachance : C'est parfait. Et toi, tu n'as pas grandi au Saguenay–Lac-Saint-Jean ?

Raphaëlle Chouinard : Non, je n'ai pas grandi à Chicoutimi. Mon premier contact avec l'anglais, c'était MusiquePlus, les jeux vidéo honnêtement. Je pense que c'est The Legend of Zelda: Ocarina of Time, ça m'a appris l'anglais.

Hugo Lachance : OK !

Raphaëlle Chouinard : Mais non, j'ai de la famille anglophone. Mon frère est marié avec une Américaine. J'ai aussi été trimmer du pot en Californie pendant cinq mois par année. C'est sûr que l'immersion aide ! Et j'ai travaillé dans les bars du downtown pendant vraiment longtemps.

Hugo Lachance : Je dis ça parce que souvent les gens de région que je connais — parce que moi je viens du Saguenay aussi —, on est comme très poches en anglais de base. C'est peut-être moins le cas maintenant, mais avant c'était plus ça. Tu n'as pas l'accent du Saguenay !

Raphaëlle Chouinard : Je n'ai pas grandi là-bas. Je peux le pogner bien vite des fois s'il sort, mais moi je ne l'ai pas naturellement. Quand je retourne au Saguenay ou quand je me tiens avec mes chums autour d'une couple de bières, là ça sort ! Mais en temps normal, je ne sors pas bien bien l'accent.

Hugo Lachance : Prochaine toune : Not My Problem. Tirée de votre communiqué de presse : « Ancrée dans l'expérience vécue, cette chanson, tout comme l'ensemble du répertoire des Shirley, puise sa force dans la rage féministe et le refus de rester silencieuse sur une longue liste de questions telles que les droits humains, le racisme et l'identité, reflétant ainsi le point de vue du groupe en tant que membres de la communauté LGBTQ+, évoluant dans un monde chaotique et inégalitaire. Avec son refrain direct et entraînant, la chanson transforme la colère en libération, choisissant sans excuse d'affirmer ses limites. »

Sarah Dion : Ouais ! Je pense que ça décrit plus l'album dans son ensemble. Parce que cette chanson-là en particulier, ça parle plus de mettre ses limites quand une personne est toxique dans ta vie et que tu décides de mettre fin à la relation. Que ce soit une relation amoureuse, amicale, professionnelle, peu importe. C'est plus lié à une personne en particulier. Mais oui, le texte du communiqué décrit bien l'album en général.

Hugo Lachance : Je trouve ça drôle des fois, j'aime beaucoup participer avec les labels quand ils nous envoient des trucs et qu'on les lit avec les artistes !

Raphaëlle Chouinard : Le pire, c'est qu'on a sûrement approuvé ça à un moment donné !

Hugo Lachance : C'est sûr ! Je lis les paroles : « Farewell, my friend / I can't take it anymore / Moving on, so long / It's been an awful ride / Farewell, my friend / No hard feelings in the end / Don't call me anymore / Adios ! » Et là, le refrain : « Your feelings (Not my problem!) / Your parents (Not my problem!) / Your boyfriend (Not my problem!) / Walking on eggshells (Not my problem!) / Your ego (Not my problem!) / Your regrets (Not my problem!) / Your diet (Not my problem!) / Your shitty plans (Not my problem!) / PTSD (Not my problem!) / Anxiety (Not my problem!) / Mental breakdowns (Not my problem!) / Self-made therapy (Not my problem!) / Your nonsense (Not my problem!) / Your dead ends (Not my problem!) / Your image (Not my problem!) / Stupid politics (Not my problem!) » C'est quand même vraiment cool, je trouve !

Raphaëlle Chouinard : On était tellement écoeurées cette journée-là ! Il fallait que ça sorte, ça n'a pas été long à écrire cette toune-là.

Hugo Lachance : La toune commence avec une petite intro acoustique, puis là c'est la plus rapide de l'album !

Sarah Dion : Probablement, oui ! Un vrai anthem.

Hugo Lachance : C'est vraiment ça, de lire les paroles l'une après l'autre comme une énumération de trucs dont vous êtes écoeurées.

Sarah Dion : C'est une des tounes que l'année passée, sur la tournée européenne, on a commencé à jouer live, et le monde capote ! Ils embarquent tellement ! C'est tellement bon en show.

Hugo Lachance : Parce que tout le monde est écoeuré de quelqu'un ou de quelque chose !

Sarah Dion : De tout ! Je pense qu'en ce moment, il y a vraiment un trop-plein de tous bords, tous côtés.

Raphaëlle Chouinard : Il y a une situation qui est arrivée, puis j'ai dit aux filles : « Regardez, là je m'assois ici avec mon calepin, puis vous allez toutes me shooter vos idées ! » C'est Lysandre et moi qui énumérons tous les trucs dans les couplets, puis Raph a combiné ça avec ses propres expériences personnelles. On a toutes nos affaires ! C'est comme un résumé, ce n'est pas une personne en particulier, c'est un melting pot de plein de personnes qui nous ont fait chier dans nos vies !

Hugo Lachance : Tu peux le dire, il n'y a personne qui écoute le podcast !

Raphaëlle Chouinard : Ils nous ont fucking fait chier dans nos vies ! Les filles étaient assises en Indien à terre et elles me lançaient des mots, puis j'écrivais tout ça.

Sarah Dion : Lysandre a croisé une personne X au studio, une personne à qui elle avait le goût de dire ça. Quand elle est arrivée dans notre studio, elle a pris la guitare acoustique et elle s'est mise à faire les accords : Ré mineur, Sol, Do... Et moi j'ai commencé à chanter : « Not my problem anymore ! » C'est ça, l'intro acoustique ! On chantait le refrain en version acoustique, puis Raph était comme : « OK, go ! »

Raphaëlle Chouinard : Il était 8 h 30 du matin et c'est parti sur le schlack ! J'étais comme : « OK, dites-moi tout ce qui vous fait chier ! » Et là, on le disait et ça a buildé.

Hugo Lachance : C'est parfait ! Avec le beau petit « Adios » et les harmonies.

Raphaëlle Chouinard : Ça aussi, ça a fait un tollé online ! Les gens des fois sont tellement au premier degré.

Hugo Lachance : Pourquoi ?

Raphaëlle Chouinard : Parce qu'on avait des teasers et des pubs vidéo sur les réseaux. Et le bout qui était en ligne commençait par « Stupid politics ». Les gens écrivaient en commentaire : « Politics is totally your problem! » J'étais comme : OK... Évidemment, on parle des politiques personnelles de la personne, de ses propres politiques de vie ! Mais les gens prennent tout au premier degré.

Hugo Lachance : Remarque, c'est bon pour votre following et l'algorithme !

Raphaëlle Chouinard : Ça a juste créé de l'engagement ! Mais les gens étaient frus. Les gens n'écoutent pas la chanson au complet avant de commenter.

Hugo Lachance : Parce que les gens sont tellement rendus réactifs et réactionnaires sur le web, avec une mèche courte.

Sarah Dion : C'est la façon dont cette personne-là mène sa vie.

Hugo Lachance : C'est clair ! S'ils écoutaient L'Album Podcast, ils comprendraient. Ils sont capables d'écouter quelque chose pendant deux heures, ou juste écouter la toune au complet ! Mais ce n'est pas tout le monde qui devrait avoir un clavier.

Hugo Lachance : On continue avec Bad News. Moi qui viens du métal, j'adore ça !

(Extrait de « Bad News »)

Hugo Lachance : « Bad news to the left, bad news to the right / Nothing good to come, every wrong to fight / There's no time, no time, gotta get to work / In line, in line / What should I wear? Nobody cares / The world stops spinning, there's no more air... » Merci, quel bon son !

Raphaëlle Chouinard : Yeah, merci !

Hugo Lachance : Le bridge, là ! Un petit breakdown métal !

Sarah Dion : Plus un breakdown qu'un bridge ! C'est un breakdown plus hardcore. Moi je viens plus du hardcore que du métal.

Hugo Lachance : Vous l'avez gardé dessus, hein ?

Sarah Dion : Oui ! Notre réalisateur, Graham Walsh, a souvent essayé d'enlever le bridge. Il était comme : « Êtes-vous sûres que vous voulez faire le bridge de même ? » Et à un moment donné, j'ai dit : « Là, c'est non-négociable ! C'est ça qui se passe dans le bridge ! »

Raphaëlle Chouinard : Les Shirley, c'est tellement pas métal ni hardcore que c'est sûr que ça clashe ! Mais tout le monde m'a envoyé des commentaires depuis que la toune est sortie pour dire : « Ah, le breakdown est malade ! » C'est un clin d'œil à cet univers-là qu'on a beaucoup écouté.

Hugo Lachance : Le riff de guitare juste avant l'amène super bien aussi. Ce n'est pas faire un breakdown pour faire un breakdown de métal, le riff d'avant prépare le terrain. Ça fait un peu Queens of the Stone Age.

Raphaëlle Chouinard : Ce bout-là, j'avais été influencée par le show Maison Pingouin peu de temps avant. On avait joué la toune Gros Troc de Petit Béliveau. Il met des trucs très métal dans ses tounes, c'était full métal ce bout-là ! Ça m'a inspirée pour notre breakdown.


Hugo Lachance : On y va avec Death of Me.

(Extrait de « Death of Me »)

Hugo Lachance : « Scrolling my phone all morning / It's all going to shit / Can't believe it's only Tuesday / Banging my head against the curb / I wanna be a ghost today / And I'm three coffees in / I'm late for work and I'm not sure / Just what I'm gonna wear / Check my face in the mirror / I look like crap today / Only five bucks in my pocket / Stepped outside for a minute / Forgot to fill the tank again / Why is it always pissing rain? / Still late for work, it's gonna hurt / Here comes the crashing wind / Nobody cares for me / Still they're all just waiting for a reply... » C'est-tu moi ou ça fait Foo Fighters un peu ?

Sarah Dion : C'est vrai ! Notre référence, c'était Skegss, un groupe australien. Mais c'est une grande première dans l'histoire des Shirley : une toune guitare-voix au début, puis ça éclate après !

Hugo Lachance : Ça fonctionne tellement bien dans l'album ! Et c'est très bien chanté.

Raphaëlle Chouinard : Mon Dieu, merci tellement ! Je parle beaucoup d'aller travailler dans mes tounes, mais c'est comme si je faisais du 9 à 5 alors que je ne fais pas ça du tout !

Hugo Lachance : Tu es traumatisée du travail de bureau ?

Raphaëlle Chouinard : Dans ma vie, toutes les jobs normales que j'ai eues, je me suis fait renvoyer ou ça ne marchait pas ! Je ne peux pas avoir une job régulière.

Hugo Lachance : Tu as fait les Piknic Électronik un bout, non ?

Raphaëlle Chouinard : Oui, mais ce n'est pas une job régulière de 9 à 5. Travailler à l'épicerie, j'étais genre : je vais me flinguer ! J'ai été femme de chambre pendant un mois et j'ai dit : I quit, I fucking quit!

Sarah Dion : Moi j'ai eu une job hors de la musique pendant longtemps : j'étais fromagère et cuisinière à la Fromagerie de Saint-Lambert ! J'ai adoré ça, je suis restée là 8 ou 9 ans. J'étais rendue la queen de la place, puis j'adore manger du bon fromage et boire du bon vin !

Hugo Lachance : Moi j'en ai fait des jobs ! J'ai été barman longtemps au Kéli Brun avec Véro. Ça fait 15 ans quasiment, c'est là que j'ai connu Véro. J'ai fait des shops, et aujourd'hui je suis prof au secondaire. C'est une vraie job, mais en même temps c'est très rock ! Je lève mon chapeau aux profs de musique d'ailleurs, le nouveau prof à Saint-Laurent a relancé les bands à l'école et c'est vraiment cool.

Raphaëlle Chouinard : Death of Me, ça parle beaucoup d'aliénation. L'aliénation du travail et le rythme effréné de la vie aujourd'hui. L'espèce de roue insoutenable.

Hugo Lachance : Tout est sur le bord de sauter, comme un presto ! Il y a quelque chose qui bout dans vos chansons, du monde sur le bord de péter. C'est le climat social actuel.

Hugo Lachance : On poursuit l'écoute avec la neuvième piste de l'album : Rings of Saturn.

(Extrait de « Rings of Saturn »)

Hugo Lachance : Rings of Saturn, c'est la toune pop de l'album !

Sarah Dion : Oui, vraiment ! On a composé ça chez moi, Raph et moi. Je ne sais pas trop quoi dire d'autre, c'est encore un titre de toune qui n'a aucun rapport avec les paroles !

Hugo Lachance : Je te l'avais demandé et tu m'avais donné une super bonne réponse pourtant !

Sarah Dion : Tu sais, les anneaux de Saturne, c'est comme la seule planète qui a de vrais anneaux visibles. Elle fait son show, elle sait que tout le monde la regarde ! C'est ça que je t'avais dit, et si tu en étais satisfait, c'était parfait. C'est toujours mieux que d'être Pluton et d'être rejetée tout le temps !

Hugo Lachance : C'est vrai ! J'aurais dû poser la question pour Jungle Speed aussi, mais il y a tellement d'affaires qui se passent durant l'entrevue qu'il faut en échapper. Mais c'est ça qui est beau, c'est la spontanéité. On n'est pas obligés d'avoir un sens profond à toutes les tounes non plus. Mais Jupiter, elle n'a pas des anneaux aussi ?

Sarah Dion : Non, c'est la seule avec des anneaux aussi impressionnants ! C'est un peu une planète en soi, cette chanson-là sur le disque. Ça la décrit super bien, je trouve. On s'est vraiment posé la question à savoir si on la mettait sur l'album parce qu'elle est vraiment ultra pop. But le bridge ramenait tellement vers le rock qu'on s'est dites : « CRISS, elle est bonne la toune, on va juste la mettre ! »

Hugo Lachance : Ce n'est pas une de mes préférées à la première écoute, mais comme tu dis, le bridge, la fin et le refrain sont tellement accrocheurs ! C'est catchy, c'est une petite toune qui fait du bien.

Hugo Lachance : On passe maintenant à la chanson Same Old.

(Extrait de « Same Old »)

Hugo Lachance : Ça coupe un peu raide au montage, mais c'est parfait. On n'a jamais écrit de toune dans ce genre-là auparavant. C'est plus lourd, plus slow.

Sarah Dion : C'est la première toune qu'on fait en accordage Drop D ! C'est lourd, c'est heavy, avec un bridge un peu hardcore mais joyeux. La basse monte et joue plus haut dans le deuxième couplet avec une espèce de riff mélodique.

Hugo Lachance : C'est vraiment bon !

Sarah Dion : Ma blonde, Gab Larue, qui fait le solo sur Born a Man et qui joue dans Easy Tiger, m'a aidée à écrire le bridge. Elle vient de l'univers métal et hardcore. Elle m'a dit : « Ça, ce serait vraiment cool ! » C'est elle qui est arrivée avec ces deux petits accords-là pour le bridge. Ça fait très émo, c'est atmosphérique et lourd.

Hugo Lachance : Le sujet est quand même très lourd aussi, ça va de pair avec la heaviness de la toune.

Sarah Dion : La chanson a été directement inspirée par les événements entourant le procès de Gisèle Pelicot en France. La phrase clé du refrain, « Finally the shame will switch sides / To hell with men, we survive », vient directement de sa déclaration. Elle avait choisi de ne pas avoir un procès à huis clos pour que la honte change de camp.

Hugo Lachance : Cette citation-là m'avait tellement marqué moi aussi ! C'est d'une puissance incroyable. Elle aurait pu se cacher, mais elle a décidé de faire face pour que ce soient les agresseurs qui éprouvent de la honte. C'est une vraie leçon de courage. On la salue bien bas.

Hugo Lachance : On poursuit avec Born a Man. Ma préférée !

(Extrait de « Born a Man »)

Hugo Lachance : Être une femme dans notre société, c'est tellement d'enjeux au quotidien. Cette toune-là exprime parfaitement ce que c'est que de vivre sans ce privilège masculin.

Sarah Dion : Exactement. Ça parle du fait que quand tu es un homme, il y a un vaste pan de la réalité que tu ne vis pas du tout de la même façon. Récemment, je parlais avec le soundman d'un show et on discutait de féminisme. Je lui demandais : « Vous, les gars, comment vous voyez ça ? Est-ce que vous intervenez quand vos chums dépassent les bornes ? » Et il m'a répondu très honnêtement : « On est au courant de toutes ces réalités-là, mais en tant qu'hommes, on ne le vit pas au quotidien. » C'était une réponse plate, mais tellement vraie.

Hugo Lachance : C'est la stricte vérité. En tant qu'homme, on ne subit pas cette charge mentale-là.

Sarah Dion : Moi, par exemple, je vais y penser à deux fois avant de partir faire un voyage backpack solo. On a cette crainte viscérale ancrée en nous. Toutes les filles que je connais se sont déjà faites suivre la nuit par des creeps. Le réflexe de mettre ses clés entre ses doigts quand on marche seule dans la rue, c'est universel pour les femmes. On n'a jamais la paix d'esprit totale.

Hugo Lachance : Pour un gars, quand on marche seul en ville la nuit, on a parfois un réflexe de défense en cas d'agression générale, mais pour une femme, c'est l'impression constante d'être une proie ciblée.

Sarah Dion : C'est exactement ça. De mon côté, avec mon style plus masculin et étant lesbienne, je me fais moins harceler directement dans la rue. Mais quand je suis avec ma blonde en voyage, les gars viennent constamment gâcher notre tranquillité. On ne peut pas être tranquilles deux minutes sur une plage sans se faire aborder avec de fausses questions de curiosité. Cette toune-là dit simplement : « Si j'étais née un homme, j'aurais enfin la paix. »

Hugo Lachance : On termine l'écoute de l'album avec la dernière piste : Fortune Teller.

(Extrait de « Fortune Teller »)

Hugo Lachance : Quel solo de guitare à la fin !

Sarah Dion : C'est ma bête noire en spectacle ! Raph essaie toujours de repousser le moment où on va la jouer en concert parce que la rythmique en chantant tout en jouant en downpicking est tellement difficile. Mais la toune brasse énormément en live.

Hugo Lachance : Comment est née cette chanson ?

Raphaëlle Chouinard : J'ai littéralement rêvé à la mélodie principale pendant la nuit ! Je me suis réveillée et j'ai enregistré le chant sur mon téléphone. Le lendemain au studio, on a simplement plaqué des accords par-dessus et la toune était née.

Hugo Lachance : C'est un album extrêmement solide du début à la fin. Vous avez fait un travail remarquable.

Hugo Lachance : Pour conclure l'entrevue, je vous demande votre Top 3 personnel des chansons de l'album. Raphaëlle, on commence avec toi.

Raphaëlle Chouinard : Mon Top 3, sans ordre particulier : Same Old, Born a Man et Not My Problem.

Sarah Dion : Pour moi, ce sera Born a Man, Bang Bang et Jenny, Please.

Hugo Lachance : De mon côté : en 3e position Jenny, Please, en 2e Bad News parce que ça brasse, et en 1re position Hail Mary ! Si vous deviez choisir une seule chanson comme porte d'entrée pour faire découvrir l'album à quelqu'un, ce serait quoi ?

Raphaëlle Chouinard : Hail Mary ou Not My Problem. Hail Mary représente parfaitement la couleur globale du disque.

Hugo Lachance : Et la meilleure toune en concert ?

Sarah Dion : Jenny, Please ! En spectacle, ça devient une espèce de psychose collective à la fin. Et Hail Mary aussi pour partir le show en grand.

Hugo Lachance : Si vous deviez, sous la torture, retirer une seule chanson du disque ?

Sarah Dion : Rings of Saturn. Ce n'est pas qu me elle est mauvaise, mais c'est un électron libre sur l'album.

Hugo Lachance : Qu'est-ce qui s'en vient pour Les Shirley ?

Raphaëlle Chouinard : On part en Allemagne dans deux jours pour une semaine intense de spectacles, de vitrines professionnelles et de promo radio. Les spectacles de lancement officiel auront lieu en novembre à Montréal, Québec et Toronto. Et le 24 septembre, on fait notre pré-lancement intime devant 40 personnes directement dans notre nouveau Shirley Temple Studio !

Hugo Lachance : Merci énormément les filles ! Un immense bravo pour l'album Hail Mary. On invite tout le monde à aller l'écouter et à s'abonner aux réseaux sociaux du groupe et du podcast. Merci à Hopera et à La salle des tortues. On se retrouve très bientôt pour un prochain épisode de L'Album Podcast !