Transcription de l'épisode Loco Locass : Amour oral
Avertissement : Cette transcription est le fruit d'une collaboration avec une intelligence artificielle qui fait de son mieux, mais qui ne saisit pas toujours toutes les "subtilités" de nos discussions. Le fichier audio/vidéo original demeure la seule référence officielle. Si un passage vous semble bizarre, faites confiance à vos oreilles et allez écouter l'épisode !
Hugo Lachance : Nous sommes le 9 février 2026, en provenance de Montréal. Et aujourd'hui, nous allons parler d'« Amour Oral » entre hommes... et non, on ne parlera pas de la pratique sexuelle, mais bien de l'incontournable album de Loco Locass à l'Album Podcast.
Hey, bonjour à tous ! Avant de vous présenter convenablement mon invité, je tiens à remercier les nouveaux abonnés sur les réseaux sociaux. Venez nous rejoindre, c'est un petit geste qui ne prend pas de temps, puis qui est vraiment important pour un podcast comme le mien. Alors, abonnez-vous : YouTube, Blue Sky, Instagram... vous connaissez la poutine, mais c'est un petit geste, mais ça fait vraiment, vraiment plaisir.
Aussi, je tiens à remercier mon commanditaire : alors, l'épisode est commandité par la Microbrasserie Hopéra. C'est une microbrasserie qui est située à Jonquière, donc il y a un restaurant pub sur la rue Saint-Dominique, et aussi dans le parc industriel, il y a la Shop. C'est une usine où est-ce qu'ils font leur brassage et il y a un petit pub qui est installé. C'est vraiment cool !
Vous pouvez aller voir là-bas et vous pouvez aller voir aussi certains artefacts des groupes québécois : GrimSkunk, WD-40, Mononc' Serge, etc. Vous allez être reçus par le personnel de la Shop qui sont vraiment, vraiment sympathiques. Alors, je remercie encore Vlad et son équipe. Allez déguster leurs produits aussi, ils sont vraiment bons. Pour vrai, c'est vraiment des gens qui sont impliqués dans la communauté, alors on les salue.
Vous aimez mon travail ? Vous désirez soutenir le podcast ? Et bien, vous pouvez le faire par un don spontané ou un don par mois via PayPal. Si vous êtes à l'audio, ben allez, rendez-vous sur lalbum-podcast.ca, sinon sur vidéo, ben vous avez un lien dans la description.
Hugo Lachance : Biz ! Salut. Bienvenue à l'Album Podcast.
Biz : Salut Hugo. Merci, merci de l'invitation. C'est très, très cool. Je suis vraiment content, enfin on réussit à se voir.
Hugo Lachance : On est ici pour parler évidemment de votre album « Amour Oral » qui fête ses 20 ans.
Biz : Ouais, c'est quand même assez hallucinant, hein ? Ouais ça... tu sais, moi, je réécoute jamais mes affaires, mais là pour l'occasion, j'ai réécouté l'album, puis ça disait le temps qu'il avait passé aussi, puis ça rappelait évidemment plein de souvenirs.
SEGMENT : Présentation de l’artiste
Hugo Lachance : Ben je comprends. Écoute, pour moi aussi, c'est un moment qui est important. C'est un album qui est important dans ma vie aussi. Euh, mais avant de passer à l'album, parce qu'on va évidemment écouter chacune des chansons, mais avant ça, on va faire quand même l'historique puis on va commencer comme je fais avec toutes mes invités : je pose les mêmes cinq questions. Alors, Biz, Sébastien Fréchette, c'est un gars de où ?
Biz : De Québec. Ville de Québec jusqu'à 18 ans. J'ai des racines sur la Côte-Nord parce que mes parents habitaient à Sept-Îles et à Baie-Comeau. Et puis, donc, Québec, Haute-Ville. Après ça, j'ai étudié 5 ans à Trois-Rivières. Puis après ça, je me suis envenu à Montréal. Mais là, il fallait que la migration vers l'ouest s'arrête parce que je me serais ramassé à Ottawa. Ça me tentait pas.
Hugo Lachance : En effet. C'est quoi ton album d'enfance, plus loin que tu te rappelles ?
Biz : Hm... Le Rêve du Diable qui est un album... groupe folklorique. Ouais, spontanément je dirais ça là. Disons... Ouais, ça on remonte à peut-être 3-4 ans là.
Hugo Lachance : OK, cool ! Puis ton album d'adolescence ? C'est celui-là qui est formateur ?
Biz : Ben... MC Solaar, « Prose Combat ». Pour moi c'est majeur, parce que c'est l'album quand on a entendu ça chez nous dans un party chez mes parents, dans le sous-sol... on écoutait ma gagne d'amis beaucoup de rap, presque exclusivement du rap, puis en anglais américain. Puis à un moment donné, il y a quelqu'un qui met ça, puis là, là c'est comme on a pogné de quoi.
Parce que c'est qu'on peut le faire en français, puis ça sonne pas comme RBO ou « le pape du rap », tu sais ? Ça, c'est pas une joke, faire du rap en français : ça se peut, avec les bons accents toniques, avec une production impeccable. On n'est pas obligé d'être un bandit qui vend de la drogue non plus pour faire du rap. Fait que ça, ça a débloqué bien des affaires. Mais sinon, je te dirais qu'avant ça, c'était plus cégep. Mais au secondaire, moi j'étais très métal. Ouais, j'étais... donc je dirais probablement de l'Iron Maiden.
Hugo Lachance : OK. Mais c'est cool que tu en parles parce que MC Solaar, même pour nous qui aussi on était une gagne de punks-métalleux, puis... mais MC Solaar, on a tout de suite aimé ça dans notre gagne, parce que c'est brillant, c'est bien fait, c'est... je pense que n'importe qui qui connaît, qui aime la musique puis qui est sensible à l'intelligence, MC Solaar, tu ne passes pas à côté de ça.
Biz : C'est clair. C'est clair. Tu ne peux pas, tu ne peux pas, tu ne peux pas renier ça. Puis ceci dit, il y a quand même aussi beaucoup de liens entre le métal puis même le punk puis le rap, tu sais ? Des liens qui ont été carrément incarnés avec Aerosmith-Run-D.M.C., avec Cypress Hill, Anthrax-Public Enemy... exactement.
C'est fait que ce Body Count, exact, Body Count qui était la fusion de ça. Fait que ça, qu'à première vue, ça a l'air tellement loin de la musique de ghetto noir américain au début des années 80, en tout cas, avec du métal plus blanc, puis finalement ces gens-là se reconnaissaient dans une espèce de fraternité.
Hugo Lachance : Ah oui ! Écoute, moi ça a été un moment là... « Bring the Noise », Anthrax puis Public Enemy, pour moi ça a été un moment clé dans ma vie. J'ai tellement trippé ! C'est ça. Tu sais, ça te fait dire : « OK, j'ai le droit d'être ami avec mon ami qui écoute du rap ou du métal. »
Biz : C'est ça. Ou oui, parce que c'est... c'est encore beaucoup moins maintenant, mais à l'époque c'était très divisé, c'était cloisonné. Ouais.
Hugo Lachance : OK. On va en parler quand même un peu de ça. Puis qu'est-ce qui jouait dans le char de tes parents ou à la maison ?
Biz : Dans le char, pas grand-chose parce qu'il n'y avait pas de radio... ni même de... il y avait juste une radio en fait, il n'y avait pas de cassettes à l'époque. Mais à la maison, ce qui jouait sur la table tournante, c'était... j'essaie de me rappeler les vieilles affaires... bah, il y avait... il y avait Dire Straits, il y avait...
Hugo Lachance : OK.
Biz : OK. Ben « Thriller » quand c'est sorti ! Ça j'ai tellement brisé le disque en le retournant puis en le retournant. Euh, ouais, c'est un album marquant pour notre génération. Ça pourrait sortir maintenant, puis la qualité de production de Quincy Jones est tellement hallucinante que c'est... ça va... c'est ça ! C'est un classique, quand on dit, avec le visuel aussi.
Hugo Lachance : Ouais. Sur tous les léopards, ça je comprenais pas trop, mais effectivement, le clip de « Thriller » qui est... effectivement, qui était quand ça passait là, à la Nuit des Vidéoclips, ça c'est comme : « Oh ! OK. »
Biz : Sinon moi, le premier, premier, premier disque que j'ai acheté, ça a été « Piece of Mind » d'Iron Maiden, à cause de la pochette. J'avais ça en 5e année. Mes parents, qu'est-ce c'est qu'ils écoutaient ? Écoute, d'autres affaires, tu sais, des années 80 là... ABBA... je me souviens de ça. Sinon, ouais, je reste à peu près ça, la musique populaire des années 80 mettons.
Hugo Lachance : Puis à quel moment tu as réalisé que la musique allait être fondamentale dans ta vie ?
Biz : Fondamental... bah très tôt. Moi je, du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours aimé écouter de la musique. J'ai toujours, du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours chanté mal moi-même, donc ça ne m'a jamais passé par l'esprit que je pourrais finir chanteur populaire selon ma description de tâche dans l'UDA. Par contre tu sais, j'ai joué de la batterie quand j'avais en secondaire 4.
Hugo Lachance : Ah ouais ? OK.
Biz : Ouais. Et incidemment, c'est François Pérusse qui travaillait chez Contact Musique à Québec qui m'a vendu ma batterie.
Hugo Lachance : Ah ben OK !
Biz : Qui était un étudiant de mon père à Garneau, puis il m'avait dit... mon père m'avait dit : « Ben, jeune étudiant qui travaille à Contact Musique, on va aller acheter ta batterie là. »
Hugo Lachance : C'est cool ! Qui était bassiste pour Luc De Larochellière à l'époque ?
Biz : Oui, ben oui ! Bah oui, sinon avec Denis Talbot aussi à Musique Plus dans son jeu, le quiz, je sais pas si tu te rappelles, à Musique Plus.
Hugo Lachance : Ah oui ! Il faisait de la musique. Ouais, c'est sûr.
Biz : Mais sinon, quand j'étais enfant j'écoutais de la musique folklorique. Puis quand j'avais 6 ans, j'ai fait... c'est là la première fois j'ai fait de la scène parce que j'ai... il y avait au chalet à Saint-Ubalde, donc dans Portneuf, il y avait un... au Festival de la Patate à chaque année, il y avait un orchestre de musique folklorique qui faisait des spectacles.
Donc il réunissait des violonneux du village, des conteurs, des chansons traditionnelles. Mon père jouait de l'harmonica donc il avait été intégré dans l'orchestre, puis moi ben je chantais une chanson de Breton Cyr là, « Des snelles et des pommettes », et je jouais de la cuillère.
Donc j'avais 6 ans et j'ai fait une audition, on m'a intégré dans l'orchestre, puis bon, je gagnais 60 piastres par spectacle. Ça, c'était la première fois que je montais sur une scène puis ça, ça me plaisait. Mais je pense pas que j'ai eu l'envie de faire de la musique à partir de ce moment-là. Mais sinon, j'en ai écouté beaucoup, de toutes sortes, puis à un moment donné que... c'est ça, quand MC Solaar est arrivé là, là... ouais, là on, Bat et moi, on a commencé à écrire du rap en français.
Hugo Lachance : Cool ! Puis c'est là qu'on a su qu'on pouvait faire quelque chose avec ça là ? Tu as répondu à la question suivante dans le fond, qui était : c'était quoi ton premier instrument ? Fait qu'il y a eu la cuillère, chanté mal puis le drum ?
Biz : Exact. C'est... tu comprends bien : j'ai tout ce qu'il faut pour faire du rap, je chante mal puis j'ai du beat !
Hugo Lachance : C'est bon ! Mais en passant, merci de me recevoir chez toi, ça fait plaisir. C'est vraiment cool. Avec le podcast, je me promène chez les gens, les artistes, c'est quand même un espèce d'avantage.
Biz : Ouais, puis moi ben j'ai pas besoin de mettre mes bottes puis je peux rester chez nous à faire ma vaisselle en attendant. Puis on salue aussi... mais les deux autres gars, Batlam OK... qui était supposé être là mais il est en tournage donc malheureusement il ne sera pas là.
L’épreuve Wikipedia
Hugo Lachance : Euh, fait là on va faire l'épreuve Wikipédia. Donc : Sébastien Fréchette est né le 8 décembre 72 à Québec. Biz possède de multiples facettes. Il a été moniteur au Camp Trois-Saumons dans la région de Chaudière-Appalaches, puis responsable de la cafétéria au camp Odyssée-Minogami en Mauricie, où il accueillait les jeunes adolescents responsables du nettoyage de la cafétéria.
Il a aussi été responsable des moniteurs à la colonie des Grèves de Contrecœur. Ça, c'est ton Wikipédia !
Biz : Ouais, ça fait beaucoup de responsabilités ! Tout ce qui est là, mais oui. Puis tu sais, c'est un... le camp de vacances pour moi, ça a vraiment été fondateur dans ma vie, parce que quand je suis rentré là au cégep... première année de cégep, je ne savais pas quoi faire de mon été, je ne savais pas quoi faire de ma vie presque, puis j'étais plutôt misanthrope.
Puis quand je suis rentré au camp, à force de m'occuper des enfants, j'ai trippé. J'ai rencontré deux de mes meilleurs amis, qui sont encore mes meilleurs amis à ce jour. Puis tu sais, à t'occuper des enfants, tu trippes dans le bois, tu te promènes... là, je suis devenu humaniste. Donc je me suis reformaté, ce qui est assez rare dans une vie. Euh, et je ne le savais pas, mais au cours de l'été, on... j'étais toujours en train de composer des chansons de camp, d'en chanter moi-même, donc de prendre la parole devant 300-400 jeunes, puis aussi de composer des chansons niaiseuses de « on s'en va dans le bois puis on fait une toune ». Puis ce faisant, j'étais en train d'apprendre mon métier sans le savoir.
Hugo Lachance : OK, parler au monde puis composer des tounes... fait là on en vient à Loco Locass. Donc ça, c'est toujours dans l'épreuve Wikipédia : au cégep, Batlam fait la connaissance de Sébastien Fréchette avec qui il se lie d'amitié. Après avoir découvert la musique du rappeur français MC Solaar, les deux décident de former en 95 le groupe Locos Loquaces.
Biz : Ouais. Puis on avait mis un S à Loco, puis on avait mis l'orthographe original Q-U-A-C-E-S. Puis Chafiik, quand il a vu ça, il a mis la H dans le S, puis il a rajouté deux S à la Locass pour faire non pas les « Locos Loquaces », mais pour faire Loco Locass. Comme on dit pas la Metallica, devienne vraiment un groupe, une entité.
Hugo Lachance : Vous êtes rencontrés au cégep, puis comment... c'est ça, on parlait tantôt de Solaar. Fait que comment vous vous êtes rencontrés avec Batlam ?
Biz : On... premièrement on allait à la même école primaire à Québec, qui était à l'école Anne-Hébert. Mais vu qu'il était une année plus vieux, c'est-à-dire 20 000 ans en année d'adolescence, en année de primaire, on était lointains, on savait qu'on existait. Puis on s'est comme retrouvés à la fin du secondaire, puis au cégep. On s'est retrouvés au Cégep Garneau. Puis moi je faisais de la radio étudiante, j'écrivais dans le journal. Il y avait un journal de poésie dans lequel j'écrivais, puis lui lisait mes poèmes puis il disait : « Il a l'air cool ce gars-là, il écrit bien. »
Hugo Lachance : Ah, c'est cool ça !
Biz : Puis on s'est retrouvés autour d'une émission de radio que j'animais avec des amis, qui s'appelait le « Colocage » justement. Donc « Loco Locass », c'est une émission de radio au cégep.
Hugo Lachance : Ah, OK ! OK.
Biz : Donc moi je dis tout le temps quand je vais voir les jeunes dans les écoles secondaires : ben au cégep, la matière la plus importante, c'est les activités parascolaires, parce que c'est là que tu t'accomplis, que tu rencontres des gens qui trippent sur les mêmes choses que toi, puis c'est là que tu peux trouver ton métier en fait. Pratiquer en tout cas.
Donc nous, on faisait jouer de la musique, on disait des niaiseries, on avait des personnages. Moi mon personnage d'animateur, c'était Biz... d'où le nom qui est resté. OK. Puis là on avait la case horaire privilégiée du vendredi 4 h, où on recevait des livraisons de haschich. Alors on pouvait tester la marchandise avant de commencer la fin de semaine, tu sais ?
Puis aussi un truc très important avec Batlam puis les amis de la radio : on jouait au Jeu du Dictionnaire, qui est un jeu où on doit inventer des définitions. Et puis, donc nous on jouait à ça des nuits de temps là, à boire puis à tripper dans... on était dans le langage, immergés dans le langage. Fait que tu sais, c'est une rencontre qui est vraiment basée sur le langage puis l'intérêt du langage, de la parole puis de la réflexion.
Puis quand on a entendu MC Solaar après ça... ça c'était en 95 après le référendum... puis on s'est dit : « Mais on est passé proche... qu'est-ce qui manque ? Qu'est-ce qui manque aux Québécois ? » De la confiance puis de la fierté au final. Puis ouais, absolument, pour se décoloniser comme tous les peuples colonisés l'ont fait. Puis on s'est dit : « Bah le rap peut être une bonne idée, parce que c'est basé sur la parole, la revendication. »
Hugo Lachance : Mais toi, tu viens quand même du métal ?
Biz : Ouais.
Hugo Lachance : Puis là vous avez décidé de fonder un groupe de rap ?
Biz : Ouais, ben c'est-à-dire, je viens du métal mais dans les années 90, c'était l'âge d'or du rap américain, tu sais ? Donc moi j'écoutais beaucoup Cypress Hill, de la N.W.A., Public Enemy dont j'admirais l'engagement politique. Ouais, c'est bon... Public Enemy ! La voix de Flavor Flav puis Chuck D... je me reconnais beaucoup dans lui parce qu'il dit : « Moi je fais pas... » Il fait pas de freestyle ni de battle ou rien, il dit : « Moi il faut que j'écrive. Je fais pas de l'impro, moi je fais du théâtre », tu sais ?
Puis moi je me suis toujours retrouvé là-dedans. J'admire les gars qui sont capables de faire des duels puis de faire de l'impro. Moi je suis incapable. Mais qui est Chuck D, qui est un gars qui écrit, qui est engagé politiquement puis qui dit pas des niaiseries... lui il faut qu'il écrive avant de rapper. Bon, moi aussi. Donc je suis en bonne compagnie, tu sais.
Hugo Lachance : OK. Moi j'ai une petite anecdote à propos de Public Enemy. J'ai connu Public Enemy avec Anthrax, mais en même temps il y a ma cousine Hélène qui avait commandé une cassette puis elle pensait que c'était du punk, Public Enemy. Elle l'a écoutée, elle fait : « C'est du rap », puis elle me l'a donnée. Je me suis retrouvé avec ça, je l'ai écouté puis ça a été une révélation aussi. J'ai vraiment trippé !
Biz : Oui, c'est pas du punk dans le genre musical, mais c'est du punk dans l'esprit. Quand tu as l'esprit punk, tu peux être ouvert à plein d'affaires. Exact ! Ah, c'est cool ça.
Euh, puis d'ailleurs l'esprit punk, dans notre cas, il a servi à commencer à faire Loco Locass. Parce qu'on n'avait rien. Comment ça a commencé les premiers textes ? C'était après le référendum, donc à Noël, entre Noël puis le Jour de l'An. Moi j'étais chez mes parents pendant les vacances, j'étudiais à ce moment-là à Trois-Rivières, puis Batlam il était chez ses parents, lui était à Montréal, à l'École Nationale.
Puis là il vient chez nous l'après-midi, il avait composé un texte de rap qui était une réponse à une lettre ouverte d'une jeune qui dit... qui avait intitulé sa lettre ouverte « Le Québec me tue », OK, en 95. Et donc elle disait : « C'est trop petit, ça sent le renfermé... je suis tannée, moi je m'en vas aux States », un peu gratonne. Fait que nous on a un peu répondu à ça, OK ?
Dans ce premier texte là, j'écoute ça, je trouvais ça intéressant tout ça. Je disais : « Il y a-tu de la place ? Je vas commencer », puis là j'ai rajouté un couplet tout ça. Fait que c'était ça le premier texte de Loco Locass. À l'époque, il n'y avait même pas de musique. À l'époque, en 95, on n'avait même pas nous de beat, en fait.
Hugo Lachance : Ouais. Ben ça on va en reparler, je vais t'amener ça.
Biz : Fait que ça a été la première affaire de Loco, c'était ce mauvais texte là avec lequel on n'a jamais rien fait parce que c'était pas bon.
Hugo Lachance : Ah, mais ça en prend un ! Ça en prend un.
Biz : Oui. C'est comme la fameuse compo quand tu as un... ben oui ! Tu sais, c'est comme pour un architecte : le gars qui a fait la cathédrale Notre-Dame de Paris n'a pas commencé par une cathédrale, il a commencé par une cabane d'oiseau. C'est toujours ça.
Hugo Lachance : Très cool. Euh, là on parlait des surnoms. Dans le fond, Ricard était nommé Snou ?
Biz : Ouais. Lui, ben Snou, moi c'est encore comme ça je l'appelle. Lui il a un prénom puis un nom de famille avec une particule. Fait que c'est... son vrai nom, c'est SNU de Batlam. OK. Fait que Batlam, c'est son nom de famille puis quand c'est les intimes de Batlam, on l'appelle SN, SN.
Hugo Lachance : OK. En 99, il s'associe au rappeur Chafiik (Mathieu Farhoud-Dionne) et le groupe devient Loco Locass sous la forme qu'on la connaît aujourd'hui là ?
Biz : Ouais. Puis là quand nous autres on... c'est parce qu'avant de rencontrer Chafiik, on était à Québec puis on... là, à partir du premier mauvais texte, on en a fait d'autres dont « Langage-toi » puis « Malaise malaisant » qui sont restés sur l'album « Manifestif ». Mais on n'avait toujours rien, pas de support musical pour les faire.
Donc on les faisait a cappella dans des Nuits de la Poésie, ou quand il y avait un drummeur, il faisait du drum puis on rappait par-dessus. Puis à un moment donné, on avait un ami technicien qui travaillait à Méduse, qui est un complexe artistique à Québec, puis il y avait un studio. Fait qu'on dit : « Moi je, on peut aller faire quelque chose pendant 2 jours dans le studio ? On sait pas trop quoi là, on a des textes. »
Puis on fait... que là moi puis Batlam, on a fait une petite maquette de quatre tounes expérimentales avec du beatbox. Puis moi je faisais des scratchs sur mon manteau puis on appelait ça DJ Jacket. Puis c'est vraiment... c'est du rap vraiment, mais nous c'est la première fois qu'on était en studio. On pouvait recommencer la prise pareille, on a zigonné les tounes juste avec du beatbox là, tu sais ?
Donc on ne savait pas comment, mais on avait envie de faire quelque chose. Fait qu'on l'a fait, puis ça, c'était la première affaire enregistrée. Ça c'était en 96, je pense. Puis quand on a, après ça, on a déménagé à Montréal les deux, puis nous on avait besoin d'un producteur, d'un gars, d'un DJ qui fasse de la musique.
Puis Chafiik lui, il avait un groupe déjà, un groupe de rock à l'époque. Lui voulait faire du rap parce qu'il trouvait que c'était un genre qui était nouveau, pour un compositeur de rock... tu as pas mal tout le temps les trois mêmes accords. Donc lui il avait envie d'aller voir ailleurs avec l'échantillonnage. Fait qu'il cherchait des MC. Il y a un ami commun qui nous a présentés.
« Moi je connais des rappeurs, je connais un DJ. » Fait qu'il nous a fait se rencontrer et puis... là c'était une belle rencontre. Je m'en souviens très bien, c'était chez lui, chez sa mère en fait, dans Outremont. Puis lui faisait la musique d'un film à cette époque-là. Fait qu'il dit : « J'ai une demi-heure à vous consacrer. » Chris, c'est Dr. Dre, tu sais ? C'est comme : « Ça va bien aller. » Ouais.
Fait que là on arrive, on ne se connaissait pas, on a quelques textes, 7-8 textes mettons. On garoche ça. Lui instantanément, il picosse des beats. OK. Puis là moi c'était comme : « Oh ! » J'avais l'impression de m'en faire faire un costume sur mesure, parce que sinon moi je rappais sur du Cypress Hill. OK, ouais, ouais.
Fait que tu sais, tu écoutes « Manifestif », même « Langage-toi », ça ressemble pas mal à B-Real, le phrasé, le verbe... fait qu'il s'est passé... puis moi je suis là, je suis là... puis tu sais c'est nasillard. Euh, donc ça, ça a été... forcément, si tu rappes dans sa track, ben tu vas prendre un peu son flow puis son intonation mais en français. Fait... mais on apprend tout par la mimétique aussi quelque part.
Hugo Lachance : Complètement.
Biz : Les grands peintres ont tous copié les grands peintres dans les musées. C'est toujours comme ça que ça se... il faut juste que tu digères puis que tu t'affranchisses.
Hugo Lachance : Exactement.
Biz : Mais donc à partir de là, j'étais là : « OK ! » C'est la première fois qu'on peut avoir un vrai beat pour moi avec le tempo que je veux puis pas de mots par-dessus, puis là je peux rapper mes affaires. Là Chaf, il entend ça, il a dit : « Ouais cool, on va faire un disque. Dans un an on fait un disque. » Puis là on s'est pris dans nos bras comme quand on vient de gagner la Coupe cette année, puis : « Cool, on vient de se trouver, tu sais ? » Wow !
Puis c'est ça qui est arrivé. Pendant un an et demi on a travaillé sur « Manifestif », ça c'était en 98. Puis en 2000, l'hiver même, à Noël 99, on avait fait le démo « Manifestif ». Puis est-ce qu'il y a des démos qui existent de ça ? Est-ce que vous avez commercialisé un démo ? Ben c'est-à-dire, c'est l'album en noir et blanc là oui oui, on l'a vendu.
Parce que ce qui est arrivé, c'est qu'on a gagné les Francouvertes en 2000 devant les Cowboys Fringants. Ouais, on y arrive à ça, par un vote. Puis à la suite du concours, ben on avait nous notre démo qu'on pensait qu'on allait devoir tout réenregistrer quand on allait signer avec une compagnie de disques. Mais finalement on a signé avec Audiogram, puis ils ont dit : « On change rien là-dedans. »
C'est pour ça l'esprit punk là. Ouais, ouais, le DIY. Ouais vraiment. On avait un SM58 de 60 piastres. Ouais, c'est ça, exact. Ordi puis dans le salon, comme ici. Quand le téléphone sonnait, fallait qu'on reprenne la prise. C'était vraiment, vraiment... Chaf apprenait son métier de réalisateur aussi. Fait que c'était vraiment punk dans l'esprit, « Manifestif », avec ce que ça a de bon puis de moins bon là.
Moi je trouve que c'est un peu du criage adolescent, puis je trouve qu'il y a trop de mots dans « Manifestif », mais ça c'est mon goût à moi. Mais à l'époque ça a marché fort. Puis quand on a gagné le concours des Francouvertes, le disque a été critiqué par Éric Parazelli dans le Voir, puis dans le Ici, en tant que... considéré comme un Disque de la semaine.
Euh, donc nous on était là : « Mais attends, c'est juste un démo là ! » Puis là, les disquaires, c'était la panique parce que tout le monde arrivait avec le Voir : « Je veux ce disque-là ! », mais personne n'en avait jamais entendu parler. Fait que là on en a pressé. Moi je découpais sur ma table de cuisine la pochette avec des exactos, puis on faisait l'album vraiment nous-mêmes.
Chaf en brûlait 10 à la fois dans une tour, il se levait la nuit pour... comme un boulanger avec une fournée ! Puis on avait ça dans nos sacs à dos, on allait chez Archambault puis chez Renaud-Bray, puis dans des magasins de disques pour apporter 10-20 en conseil-vente... des disques gravés !
Ouais non non, c'était... ça pouvait pas être plus punk que ça. Puis à un moment donné, on ne fournissait plus à la demande fait qu'on les a fait imprimer. Fait presser... presser dans une vraie usine, mais ça demeurait le son d'origine du salon. OK ? Wow ! Ouais c'est très cool.
Hugo Lachance : On va continuer avec juste pour faire un portrait de Wikipédia : donc les membres du groupe sont trois passionnés de la langue française qui intègrent à leur musique rythmée des textes poétiques et engagés sur une base de rap, en raffinant l'art du Koubraüss. Ouais, c'est quoi ça le Koubraüss ?
Biz : Le Koubraüss, c'est un mot qu'on a inventé parce que tu sais, quand on jouait avec les mots, ça veut dire aussi en inventer, puis incorporer un peu de « Koubraüss » dans l'affaire. Puis le Koubraüss, ça venait de l'univers de Stanley Kubrick, ce qui veut dire un peu étrange et inquiétant. C'est une notion que Freud lui-même a réfléchie... sur laquelle il a réfléchi : l'inquiétante étrangeté.
Puis tu sais quand tu vois les plans de Stanley Kubrick dans « Shining » avec le tricycle qui roule sur le tapis puis c'est étrange et inquiétant... c'est un peu un espèce de décalage. Puis ça peut vouloir dire aussi dans notre univers... on l'a souvent opposé à parfait. Quelqu'un qui est parfait, tu sais c'est comme : c'est quelqu'un qui veut trop être parfait puis qui finit par être parfait.
Ouais, un peu précieux ridicule si on veut. Donc l'inverse de ça ça serait quelqu'un qui est... c'est ça ! OK. Puis gag connu ! C'est très bon.
Hugo Lachance : Là j'ai trouvé un article, Sylvain Cormier, Le Devoir, le 11 février 2000, à propos de la finale des Francouvertes. Ouais, ça je pense c'est le plus vieil article que j'ai trouvé concernant Loco Locass.
« Alors suivait les Cowboys Fringants, une irrésistible bande de country-folk-trash. Bonne affaire du real party toute la nuit, mais aussi à faire réfléchir entre deux westerns rigodons frénétiques. Ils n'étaient pas venus seuls : une horde de fans était disséminée dans tous les coins du Zest pour entonner les refrains de ces Marcel Galarneau, Maurice au Bistro et autres banlieues. Il régnait, comme qui dirait une sacrée ambiance qui sentait furieusement la victoire. Mais attention : coup de théâtre. C'est de dire à quel point a impressionné le trio hip-hop. A littéralement arraché la première place aux Fringants, frappant de plus en plus fort à chaque fois, s'adjoignant musicien après musicien jusqu'à remplir la scène en un crescendo puissant et gagnant. »
« On ne pouvait pas non plus nier l'impact des textes. Ces types-là ont le verbe alerte et urgent. Aux meilleures années de l'Empire, je n'avais jamais vu autant l'impression d'assister à l'émergence d'artistes non seulement capables, mais déjà en train de renouveler le paysage ambiant de la chanson d'ici. » Quand même, hein ? Ça donne une bonne idée effectivement.
Biz : Parce que moi, quand j'ai entendu la foule des Cowboys chanter Marcel Galarneau, je me suis dit : « C'est fini. On vient jouer pour la deuxième place », parce que le public avait 50 % du vote. Ça a été épique. On m'a dit moi par la suite, des gens qui étaient dans le jury, que ça s'était battu au sang pratiquement entre Loco puis les Cowboys, puis à un vote près ça a basculé de notre côté.
Mais au final tout est bien qui finit bien, parce que les Cowboys ils ont sorti « Break syndical » après ça puis ils ont décollé. Ils n'avaient pas besoin de la première place. Nous autres, comme on n'était pas connus puis qu'on commençait, on en avait plus besoin. Puis là nos fans se sont tiré la pipe pendant un bout jusqu'à tant qu'on se réunisse. Puis que nous autres ça... on les a toujours admirés, puis on est toujours avec les autres.
Hugo Lachance : Ça, une sacrée soirée ! Parce que comme tu dis, après les Cowboys ont décollé mais vous autres aussi vous avez défriché, tu sais, l'aspect hip-hop au Québec.
Biz : On a participé effectivement au défrichage, à l'ouverture des oreilles des Québécois. Mais tu sais, il y avait avec nous, il y avait évidemment Dubmatique qui à ce jour, à la force de comprendre, c'est l'album le plus vendu, l'album rap le plus vendu au Québec. Le deuxième était « Amour Oral ».
Après ça, tu avais Muzion, Sans Pression, Manu Militari, Taktika à Québec... tu sais, il y avait quand même une scène qui existait mais dont on était plutôt en marge au commencement. Ouais.
Hugo Lachance : Mais c'était la première scène au Québec je pense ? À moins les autres étaient... je sais que Félix B. Desfossés a fait, écrit des livres là-dessus sur la scène de hip-hop au Québec, mais plus dans les années 80.
Biz : Bah là c'est plus anglophone, années 80. Francophone, c'est comme la... vous comme la première, deuxième vague ? Ouais moi le premier vrai rap québécois si tu veux, la proto-histoire du rap queb, je mettrais ça avec M.R.F. (Mouvement Rap Francophone), OK, milieu 90.
Puis après ça tu as K.C.L.M.N.O.P. avec « Ta gueule », qui pour moi demeure l'an zéro, le Jésus-Christ là, le jalon de : là on a du vrai rap, pas joke, puis qui a marché même en France.
Hugo Lachance : C'est pas du Lucien Francœur.
Biz : Non, c'est ça. C'était du vrai rap avec l'accent québécois, avec le joual. Puis après ça effectivement là tu arrives à Montréal avec R.D.P., avec il y avait Traumaturge, il y avait Le Cerveau, il y avait enfin... puis ben évidemment Muzion et Sans Pression. Moi quand j'ai entendu l'étage souterrain, j'ai vu le clip à Musique Plus, je me suis dit : « Oh ! OK. »
Ça, moi à ce jour, si tu dis : « On envoie une toune de rap queb sur Mars dans une fusée », je mets « L'étage souterrain ». Pour moi ça demeure la toune emblématique du rap québécois. Et je me suis dit : « OK, la compétition est extrêmement forte là. » Je, on est en train d'écrire « Je suis là je suis là » là, puis toutes les... le « Manifestif ».
Fait que cette compétition-là dans le rap est très forte. L'émulation, des fois conne parce qu'elle finit avec des guns, mais quand elle est saine cette émulation-là, attire tout le monde vers le haut. Puis nous autres on a entendu « L'étage souterrain » puis on a dit : « On ne peut pas arriver à moitié. Il faut qu'on essaie d'accoter ça là. » Donc ça, ça a été très stimulant, ces années-là là.
Hugo Lachance : OK cool ! C'est super. Justement on va en parler. J'aime ça faire un portrait de la scène musicale tu sais, pour mettre les gens en contexte. Que vous avez commencé comme en 95 à peu près ?
Biz : Ouais, premier texte en 95. Bon.
Portrait de la scène musicale de 1995
Hugo Lachance : Alors en 95. Interprète féminine de l'année c'était Lara Fabian, masculin c'était Roch Voisine. Groupe de l'année, il y avait Beau Dommage, La Bottine Souriante, Les Colocs, Desjardins et l'Abbaye, Zébulon... lequel qui a gagné tu penses ?
Biz : Ça devait être Les Colocs ?
Hugo Lachance : Non, c'était Beau Dommage, le retour de Beau Dommage. L'album rock de l'année, il y avait Éric Lapointe, « Obsession », France D'Amour, encore Richard Desjardins, Marjo puis Zébulon.
Biz : Bah moi je mettrais Éric Lapointe avec « Obsession ».
Hugo Lachance : Exactement ça ! Ouais.
Biz : Et ouais, dans la catégorie aussi pochette la plus lette de l'histoire de la musique québécoise, « Obsession » c'est un ratage complet.
Hugo Lachance : Il y avait Zébulon qui était aussi Richard Desjardins... « Tu m'aimes-tu », ça c'était bon aussi.
Biz : Oui, c'est du rock, ça c'est une autre affaire, mais ouais exact.
Hugo Lachance : Euh, découverte de l'année Éric Lapointe quand même. Réalisateur de vidéoclip de l'année c'est André Fortin pour « La rue principale ». Chanson populaire de l'année c'était Céline Dion pour « Pour que tu m'aimes encore ». Puis il y avait le rap aussi.
Biz : Fait que aux États-Unis c'était 2Pac, « Me Against the World », il y avait Notorious B.I.G., Tha Dogg Pound puis The Roots. On s'entend que c'est l'âge d'or du rap américain ?
Hugo Lachance : C'est ça. Puis Eminem qui arrive en fin 80, fin 90... c'est ça là. C'était quelque chose !
Biz : Cypress Hill ! Moi ça, « Black Sunday », ça m'a tellement impressionné, tu sais ? Puis je te dirais ça... la pochette un peu métal aussi, tu sais... mais tu sais ça c'est mes classiques tu sais, que j'ai rachetés en vinyle.
Mais tu sais, De La Soul, on a tellement fumé des bats avec ça ! Ça, mes enfants m'ont donné ça : Eminem, que je considère moi son meilleur album... lui il l'a renié, moi je considère que c'est mon préféré.
Hugo Lachance : « Relapse » ?
Biz : Non, c'est un album quand il était sur ses pilules en dépression, et ça a donné des crisse de bonnes chansons. Ça évidemment, 2003, classique des... exact, « In da Club ». Puis tu vois nous autres, on était en train de faire « Amour Oral » à ce moment-là, puis ça nous tirait vers le haut clairement, parce qu'on était plus seulement en vase clos avec le Québec.
On... dans les magasins de disques, quand dans la tour tu écoutais ce que tu voulais acheter, il y avait 50 Cent puis Eminem. Fait faut que tu sonnes aussi bien qu'eux autres, sinon ça va pas. Cypress Hill, qui est mon préféré, « Temples of Boom », oui c'est très bon ça. Bah, Fugees évidemment ! Quelque chose d'autre à dire... comment c'était fort puis bien produit.
Ouais exactement. Puis évidemment « Black Sunday », c'est ça ! « I Want to Get High »... like that ! Puis ça, ça rejoignait tout le monde peu importe... écoutait du black métal ou n'importe quoi, parce qu'il y avait... puis tu sais eux il y en ont fait aussi avec du métal, compilation, ils ont refait leur toune en métal aussi.
Hugo Lachance : Ouais, il y avait des compilations, je ne me rappelle plus c'est quoi, mais tu sais où est-ce que les groupes métal étaient jumelés à des groupes rap. Ça ça a toujours été très... puis moi je ne soupçonnais pas, je l'ai découvert plus tard, mais c'est Cypress Hill le côté latino aussi hein ?
Biz : Ouais, c'est vrai. Donc c'était pas juste noir américain mais c'était aussi sud-américain avec des trucs en espagnol. Tu sais il disait : « Don't you know I'm loco », tu sais ? Puis « loca » ça veut dire fou en espagnol. Fait qu'il y avait ça, ça nous a beaucoup... moi c'est ça je pense qui m'a donné envie de faire du rap. Puis MC Solaar m'a permis de faire du rap.
Ouais, OK, OK c'est bien. Puis après ça c'est ça, on arrive avec ça mais entre-temps il y a « Manifestif ». Non mais je trouve qu'il fait bien en pile. Et en France aussi ! En France il y avait... ben, 95 c'est une année fondamentale pour le rap français. Il devient une voix sociale majeure.
Il y avait IAM, « L'école du micro d'argent » c'est 97, mais il a commencé à écrire en 95 pour la période. Puis évidemment il y a un Solaar pour « Prose Combat » qu'on a discuté tout à l'heure. Ouais, puis c'est Solaar et aussi... c'était... moi moi j'ai acheté ça sur Saint-Jean à Québec l'album, puis j'avais un petit appart sur Frontenac. J'ai écouté ça et je me souviens, j'étais en train d'écrire « Je suis là je suis là », les paroles.
Puis j'ai écouté ça, puis là j'ai dit : « Oh fuck ! Là on est rendus Ligue Nationale là. » C'est le rap francophone en termes de qualité de production, de beat, de texte, de flow... avec « La Saga » aussi tu sais, qui intégrait le Wu-Tang. On est du même... on est capables en français d'être aussi forts que les Américains sur tous les plans.
Et ça, encore là, ça nous a aussi tirés vers le haut en disant : « OK, nous on est Québécois, mais on est en tant que francophones capables de faire du rap aussi fort que les Américains. » Facile !
Hugo Lachance : J'ai l'impression, faire du rap en français que faire du rock en français ou du métal en français, moi ?
Biz : Bah tu sais Mononc' Serge-Anonymus là, c'est excellent là, tu sais ? Moi je ne pense pas que c'est plus facile ou plus difficile d'en faire en russe ou en allemand, tu sais ? Il faut juste que tu trouves la bonne façon de le faire. Le problème souvent quand on dit « c'est plus difficile », ou plein de Québécois qui disent : « Ah moi j'aime mieux, j'entends en anglais, c'est plus facile pour moi. »
C'est que tu essaies de prendre du français puis de le mettre, de faire entrer le rond du français dans le carré de l'anglais avec les accents toniques, la prosodie, puis c'est ça qui ne marche pas. C'est ça qui donne quelque chose de faux puis de difficile.
Si tu trouves la clé de l'accent tonique comme MC Solaar l'a fait aussi... après ça moi tu me demandes : c'est plus facile. On a fait une toune en anglais là, avec « Rock Rap », qui est un espèce de toune expérimentale où on se disait... on s'imaginait nos alter ego canadiens qui s'appelaient les Crazy Kanucks, puis qui chantent la gloire du Canada en toute dérision.
Mais pour moi c'était plus dur de faire ça que de faire une toune en français, parce que je parle en français, je rêve en français, je pense en français. Je veux dire, c'est pas vrai que c'est plus facile pour moi en anglais. C'est facile de faire une mauvaise toune de rap en anglais, tu copies d'une autre !
C'est ça. Mais je pense que quand tu trouves la bonne façon de le faire dans ta langue... et essentiellement, c'est pas si compliqué que ça : il s'agit de rapper comme on parle. Ouais ! Puis les premiers albums de rap queb, fin 90 ça... les gars avaient tous des accents marseillais ! Parce qu'on avait trop écouté « L'école du micro d'argent ».
Puis quand j'ai joué avec Akhenaton l'automne dernier à Québec, puis j'ai eu l'occasion d'y parler un peu en arrière-scène, puis j'ai dit : « Toi là, tu ne peux pas imaginer la dette que les rappeurs québécois ont envers vous autres. »
« Ah ouais ? » « C'est à cause de vous autres qu'on a commencé à faire du rap ici. » Donc le rap est né à New York, il est allé sur la Côte Ouest, il a traversé en France (Paris, Marseille), puis il est revenu au Québec. Puis au Québec, moi je trouve qu'on a le meilleur des mondes : on a le lyrisme des Français puis les beats de l'Amérique.
Fait pour moi... Sans Pression ou Muzion a déjà dit : « Le rap queb c'est le meilleur rap au monde. » Pas tout le rap queb ! Mais quand tu as du bon rap québécois, effectivement on n'a pas à rougir.
Hugo Lachance : OK. Et donc... puis je disais, je sais pas si tu le sais, mais on... tout le monde avait l'accent marseillais au Québec quand on rappait. C'est donc dire la puissance de l'influence.
Biz : Ouais, parce que la sonorité québécoise queb qu'on... pas du tout marseillaise. C'est ça. Puis elle n'était pas développée encore.
Hugo Lachance : Non.
Biz : Puis tu sais, ceux qui l'ont développée, moi je t'ai dit par des jokes aussi, mais le premier c'est vraiment K.C.L.M.N.O.P.. OK. Après ça pour moi c'est Sans Pression qui, dans « Je peux backer tous mes péchés », a le plus beau « tabarnak » du rap.
Puis Muzion. Pour moi c'est Sans Pression, Muzion... c'est eux qui ont établi les bases vraiment du rap queb. Muzion avait plus le slang montréalais-créole-français. Sans Pression aussi parce qu'il y avait Ti-Kid qui rappait avec lui en créole. Puis tu sais, Sans Pression il m'a déjà dit : « Moi je capotais quand j'allais à Sept-Îles puis toutes les ados de Sept-Îles rappaient en créole les paroles à Ti-Kid. »
C'est quand même la force du rap ce que ça peut faire. C'est dire : « OK, on n'est pas Haïtiens mais on se reconnaît là-dedans parce qu'il y a un groupe rap qui nous propose ça. »
Hugo Lachance : OK cool ! Regarde, je continue : au Québec justement, il y avait Dubmatique, Yvon Krevé, Sans Pression, 2 Faces le Gémeaux, Dream Warriors, Bran Van 3000.
Biz : Ouais, Bran Van quand même ! C'est international.
Hugo Lachance : Ouais, c'est ça. Ça a frappé très fort. Puis aussi Sal-V.I.O., il était dans Johnny Go de Jean Leloup ?
Biz : Oui, absolument. Travaillait beaucoup avec Jean Leloup. Puis ça aussi Jean Leloup, on a parlé c'est ça. Mais Jean Leloup quand même, ça c'était sur le dôme ! Ce rap-là était très valable à mon avis ?
Hugo Lachance : Ben il y a quand même beaucoup de rap aussi.
Biz : Ouais. Il y a un phrasé... Jean Leloup il a un phrasé particulier qui peut se rapprocher du rap. C'est pas toujours chanté, c'est déclamé là. Ouais.
DISCOGRAPHIE
Hugo Lachance : OK. Et on va passer à la discographie. Je te nomme un album puis tu me dis c'est quoi cette période-là pour toi, ben pour le groupe en fait. Donc en 2000, vous avez « Manifestif » ?
Biz : Ouais. Bah « Manifestif » c'est le nouveau-né là, tu sais ? C'est la façon dont on s'est présentés au monde avec principalement « Je suis là je suis là » comme premier extrait. Pour moi ça représente avec le Colocage... les gars, on apprenait à se connaître. Moi je connaissais Batlam mais je ne connaissais pas Chaf.
Donc c'est un partenaire de travail qui est devenu un ami. Puis moi essentiellement mes journées c'était : le matin, j'écrivais des textes de rap ; le midi, j'allais dans l'ouest de l'île surveiller des enfants pour le dîner dans une école avec Batlam ; puis l'après-midi, on prenait le métro puis on s'en allait jusqu'au métro Joliette dans l'Est, dans Hochelaga chez Chaf, pour travailler « Manifestif ». OK cool ! Super.
Hugo Lachance : Donc c'était tout à fait punk. On ne savait absolument pas ce qu'on faisait avec ça tu sais ? Puis on était au lendemain du référendum, tout le monde était écœuré d'entendre parler d'indépendance. Personne ne connaissait le rap au Québec en dehors de Montréal et Québec.
Biz : Fait qu'on s'est dit : « On fait de la musique pour notre mère, notre grand-mère qui va nous acheter un disque à Noël, puis c'est tout là. » Ouais ouais ouais. On ne pouvait pas soupçonner qu'il allait avoir autant de gens qui allaient être intéressés par ce qu'on faisait.
Hugo Lachance : Ah, je comprends ! En 2003 vous avez sorti le EP « In vivo » ?
Biz : Ouais. Ça qui est un genre... au final c'est un cédérom mais qui intégrait des images d'un spectacle au Métropolis. C'était comme un album live avec des éléments vidéo.
Euh, et puis c'était un cédérom interactif dans le sens qu'on avait tout un délire aussi. Ce CD-là, on l'avait imaginé comme un fichier secret de la GRC qui nous surveillait. C'est pour ça qu'il y avait des images live... avaient filmé, puis qui nous considéraient comme un danger pour l'unité canadienne.
Donc c'était tout ça un peu la patente. Puis il y avait un truc, un délire autour de avec Riopelle aussi, où on pouvait faire bouger les peintures de Riopelle au son d'une chanson sur Riopelle. Puis là maintenant tout ça est caduc parce qu'on ne peut plus lire un CDR. Mais en CD, quand on le marchait, ça marchait comme CD aussi. Il y avait la chanson « Super Mario » qui était contre l'ADQ, qui était l'ancêtre de la CAQ. Ouais, OK cool.
Hugo Lachance : Puis évidemment, on va en parler en détail, mais « Amour Oral » ?
Biz : Ça c'est l'explosion. Ça, le deuxième album, ça passe ou ça casse. Puis nous forcément, ça a passé puis ça a tout cassé là ! Ça a très bien marché pour toutes sortes de circonstances. Ouais, c'est un parfait timing qu'on... ce qu'on avait besoin.
Puis on en reparlera, mais moi je trouve c'est l'album... c'est le préféré de Chafiik en termes de construction, de narration, d'ordre des chansons, de cohérence, de cohésion dans les chansons. Je l'ai réécouté récemment. Il y a encore des bonnes tounes qui tiennent la route aussi.
Hugo Lachance : Ah oui ?
Biz : Oh oui ! Inquiète-toi pas. Ça c'est... je l'ai écouté quatre-cinq fois là depuis qu'on a planifié l'entrevue, puis effectivement la majorité tient la route.
Hugo Lachance : Puis 2012, « Le Québec est mort, vive le Québec ! » ?
Biz : Ça c'est notre chant du cygne. C'est le dernier qu'on a mis, qu'on a proposé, qui a pris 8 ans à faire pour toutes sortes de raisons. Moi ça reste mon préféré comme spectateur. Tu me fais écouter les trois disques, dans cet album-là, je trouve qu'on est... moi en tout cas, je suis plus habile pour composer des chansons.
Parce que quand j'ai connu Chafiik, moi je ne connaissais pas la musique, puis les textes de Loco c'était une espèce de cataracte de mots, puis il n'y avait même pas de refrains, pas de structure. Fait que Chaf nous a appris, en tout cas moi beaucoup, à structurer en barres : 8 barres, 16 barres, le refrain de 4 barres, les mélodies tout ça.
Moi personnellement comme compositeur, en termes de texte, c'est plus aéré, c'est plus mélodique. Puis à la fin tu as la toune cachée « Wendigo » qui est plus la plus « Koubraüss » des chansons qu'on a jamais faites. L'intro dure 13 minutes sur une chanson de 16 minutes ! Ouais ouais ouais ouais.
Puis une super belle pochette. Je suis vraiment content de la pochette aussi. C'est un peu moi qui l'a imaginée en fait. On pourrait y revenir éventuellement. Mais je... puis en vinyle sort la pochette évidemment ! Oui oui, je regarde depuis tantôt. Ouais, c'est ça ! Aller la chercher là. Ouais bien sûr.
Non, elle est vraiment belle, elle est vraiment belle cette pochette. Puis l'intérêt surtout, en vinyle l'intérêt c'est que quand on la déploie la pochette, bon c'est la ceinture fléchée dans le banc de neige qui fait le tour tu sais ? Fait le tour jusque-là.
Puis dans le CD là, le CD était au milieu des espèces de franges, la ceinture, comme si c'était une espèce d'explosion électrique qui donnait la musique belle. Puis ici elle représente cette ceinture-là, l'électrocardiogramme du Québec qui est mort puis qui est vivant quand ça se remet à osciller là.
Hugo Lachance : Qui a fait la pochette ? Est-ce que c'est un artiste qui a fait la pochette ou c'est vraiment ton idée à toi ?
Biz : C'est mon idée. C'est un graphiste qui l'a fait selon mon idée de la ceinture fléchée, mais après je me rappelle plus... exact, une fille là... on pourrait la retrouver dans les crédits. Mais c'était vraiment mon idée de ceinture fléchée avec la ligne, l'électrocardiogramme. C'est cette ceinture-là qui est au plafond là qu'on a prise en photo. OK cool !
Euh, génial. Ouais c'est ça. Fait que ça... celui-là, le dernier, reste mon préféré, mais pour plusieurs, le préféré c'est « Amour Oral ».
Hugo Lachance : Ouais ben moi c'est mon préféré parce que il est associé à une période de temps tu sais ? Il est comme créé dans le temps où est-ce que ça a punché. C'est arrivé comme un coup de poing sur la gueule, ça a changé des choses aussi. Ouais, c'est ça.
Biz : Puis moi quelqu'un me dit que c'est son préféré, je ne me battrai pas au sang là tu sais ? Je veux dire, je comprends pourquoi. Effectivement, il y a une question de moment dans ta vie personnelle.
Mais on en a souvent parlé avec Chafiik : il est bien construit. C'est un album qui... là c'est à ce moment-là qu'on vient de signer avec Audiogram puis on a les moyens de nos ambitions pour en studio, tu sais ? On a un ingénieur, on a un directeur artistique.
Parce que nous ça a toujours été le problème avec Loco. Moi puis Batlam on disait tout le temps : « Chafiik, on n'entend pas les paroles ! Monte les paroles, monte les paroles ! On veut qu'on comprenne les textes. » Il monte les textes : « Ouais, mais là on n'entend plus les filles ne dansent plus tu sais, la basse. »
Fait on appelait ça la quadrature du texte : comment faire pour qu'on... puis on écoutait Eminem : « Chris, on comprend toutes les paroles puis ça cogne ! Pourquoi ? » Puis quand on est arrivé avec « Amour Oral », il y a un directeur artistique qui nous a dit : « Ben il faut pas monter les paroles. Il faut juste éclaircir les fréquences. Enlever les... les paroles sont dans les fréquences moyennes. Donc enlève les fréquences moyennes dans la musique, tu ne montes pas le volume mais tu libères la place pour les fréquences. »
Et là, là ça a été une révélation pour nous ! Parce que on gardait le kick... comme si tu veux aménager une forêt, tu la débroussailles tout ça, puis tu as la vue d'ensemble de la forêt. Avec le mix, c'est ça que ça fait : tu peux voir la forêt. Donc tu écoutes toute la musique puis tu peux isoler ton audition sur : « Ah, je veux juste écouter la basse. Je veux juste écouter les paroles. » Puis on pouvait le faire à partir d'« Amour Oral ».
Hugo Lachance : Ouais, puis ça ça prend du monde qui se... comme un ingénieur de son, un réalisateur qui est capable de tout organiser l'espace sonore. Exact. Puis panner puis mettre la leçon en 3D puis réajouter ta composition aussi. Des fois effectivement, moins c'est mieux.
Moins de musique... on a tendance à dire, c'est contre-intuitif, mais : « Ah, je vas rajouter de la musique, ça va être plus fort ! » Non, parce que quand tu compresses tout, tout s'éteint. Il faut que tout soit à la bonne place, un jeu de blocs.
SEGMENT : Fannie Lussier
Hugo Lachance : Euh, mais regarde, on va y tomber justement dans la création. Alors l'Album Podcast, un balado qui est axé sur la création et l'appréciation de la musique... puis ça, une auditrice l'a très bien compris suite à l'appel que j'ai fait sur les réseaux sociaux.
Elle m'a fait parvenir un florilège de questions vraiment pertinentes. C'est rendu que les auditeurs travaillent à ma place ! Puis c'est bien, tant mieux. C'est pour ça que j'ai décidé de créer un nouveau segment spécialement pour cet épisode : le segment Fannie Lussier. Alors on la salue, Fannie !
Euh, alors son message c'est ça : « Bonjour Hugo ! J'ai quelques suggestions de questions pour Loco Locass. Je les dépose ici. Bonne entrevue et merci pour ton excellent podcast ! » Alors : quel est le point de départ pour une chanson et comment brodent-ils autour ?
Biz : Ben ça dépend des chansons. Ouais, honnêtement ça vraiment c'est... ça dépend des chansons. Fait que si ça... on peut les prendre une par une là pour identifier le point de départ. Mais en général ça part d'une envie de dire quelque chose.
Dans le cas de Loco Locass, cette envie-là était souvent motivée par une certaine insatisfaction par rapport au monde qui nous entourait, particulièrement le Québec de l'époque. Euh, mais pas que ! Des fois tu sais, bon, c'est une espèce de souhait de légalisation puis finalement ça a fini par arriver.
Puis tu as un segment aussi qui est la portion plus personnelle de « Spleen et Montréal », « Maison et Idéal » puis « La Survenante », qui sont des chansons personnelles. Donc on est les... moi, Chafiik et Batlam, les seuls à écrire, à dire ce qu'on a à dire. Donc on s'autorisait aussi un espace plus personnel. Dans... moi c'est mon segment préféré dans l'album avec le temps là.
C'est mon segment préféré. Ouais ben c'est là où tu... groupe. Donc dans un groupe, le groupe lui-même a une identité, une entité, mais dans ces trois tounes-là tu peux accéder à chacune de nos trois têtes.
Tu rentres dans nos têtes puis tu as accès à la façon dont on travaille le texte, puis le flow puis... c'est nos tounes comme si on était partis en solo mettons. Ben moi c'est pour ça qu'avec le temps, à force d'écouter l'album, je reviens toujours à ces trois tounes. C'est mes préférées vraiment.
Peut-être plus adultes entre guillemets, tu sais, dans le propos, même dans la musique aussi. Euh, fait que plus on vieillit plus on... c'est ça, des chansons de vieux peut-être ? Donc pour le point de départ chanson par chanson, on pourra le faire, on va le faire tout à l'heure là.
Hugo Lachance : Puis là je me permets d'insérer une question puis on est vraiment dans création... tu as commencé à en parler, mais j'aimerais savoir : comment se crée une toune de rap ? Avec un band de rock c'est assez clair : guit, bass, drum. Mais à vos débuts ?
Biz : Comment avez-vous réussi à bâtir le son Loco, une toune ? Alors les débuts débuts, les premières chansons de « Manifestif », c'était seulement du texte. Donc, parce qu'on ne connaissait pas Chafiik. Donc c'était vraiment juste du texte qui n'avait pas trouvé leur musique.
Donc après ça lui, là... ça pour Chafiik, c'étaient des belles années parce que il travaillait jour et nuit. On manquait de musique ? On avait trop de textes pour la musique ! Rapidement, la musique se fait toujours plus rapidement que les textes.
On avait plein de musique tu sais, même à partir d'« Amour Oral », on avait plein de musique puis on manquait de textes parce que c'était plus long écrire les textes. Mais à cette époque-là, Chafiik prenait des textes et des fois on essayait des musiques tu sais, mettons je me souviens que « Antigone », au début, le texte était sur la musique de « Bon ».
Donc c'est un genre de reggaeton tu sais ? C'est ça. Plus... il était plus... c'était plus reggae le flow. Puis là Chaf a dit : « Ouais, mais ça en fonction du propos, on va mettre quelque chose, de la guitare et de la distorsion plus métal », tu sais ?
Fait que là la musique des fois faut l'essayer. C'est comme des costumes, tu sais ? C'est vraiment du sur mesure. C'est-à-dire que la musique c'est le costume du texte, puis ça doit tomber parfaitement. Si tu achètes du prêt-à-porter, des fois c'est trop grand, trop petit...
Mais Chafiik c'est un couturier. C'est le Yves Saint-Laurent de la musique ! Puis il était capable à partir de nos textes des fois même de faire des refrains. Mettons « Abeilles et Bestiaux », le refrain il n'est même pas en 4/4, il décale tu sais ?
Le refrain quand on le répète, il décale, puis ça ne le dérangeait pas d'avoir des structures un peu en 5 avec une mesure de plus. Il était capable de faire passer ça dans la musique pour que ça marche. Ah c'est cool ça ! Puis donc au début c'était seulement des textes... et après qu'on mettait sur de la musique. Mais tu serais avec un beatbox... à un moment donné vous aviez acheté un beatbox ?
Biz : Non même pas ! Non non, c'est vraiment... on allait chez Chafiik puis c'est lui qui faisait la musique. Puis avec le temps, on allait des fois magasiner des beats chez Chafiik là : « Bon, qu'est-ce que tu as fait ? »
Fait 3-4 mois qu'on s'est pas vus... « Je vas faire l'épicerie ! » Fait que là il mettait tout là. « J'ai un bout de texte, je pense que cette toune-là ça, cette musique-là ça irait bien. » Et là on se mettait à écrire avec la musique en boucle, l'instru en boucle, pour écrire la toune.
Donc peux-tu t'imaginer ? On... avant même d'avoir fait la toune une fois en spectacle, on est déjà écœurés de la faire ! Parce que on a écouté la musique en boucle pour l'écrire, on a réenregistré plein de fois. Donc on l'a... on est presque saturés avant même de l'avoir faite en spectacle.
Hugo Lachance : OK, je suis vraiment content de savoir ça. Euh, elle continue : « Je serais curieuse de connaître leur processus créatif pour cet album. Comment ont choisi les sujets, les lignes, les rimes ? »
Biz : Ben pour cet album-là tu sais, c'est ça : chaque chanson a son histoire. Mais mettons si on se replace dans le contexte. On avait sorti « Manifestif », ça avait été très bien reçu dans les médias (Disque de la semaine et tout).
On avait eu de très bonnes critiques, comme on a pu le voir avec Sylvain Cormier. Éric Parazelli à ce jour a fait la meilleure critique qu'on a jamais eue avec Loco Locass sur l'album « Manifestif ». Fait que tu sais, on vient de faire un premier album.
« Je suis là je suis là » a très bien marché comme extrait à Musique Plus. Mais on n'est pas dans les radios commerciales encore, puis on est un groupe de cégep tu sais ? On nous invite à la rentrée des cégeps, puis on va jouer dans les cafétérias le midi dans les cégeps tu sais ?
Puis on rentre de temps en temps, on remplit un Club Soda... tu sais, c'était ça notre affaire. Puis on voulait frapper fort avec le deuxième disque forcément. On avait plus de moyens, plus de métier. On avait signé avec Audiogram, la compagnie de disques qui allait produire l'album.
Et donc on avait... donc au début là, on était rendus mettons... je me rappelle 2003, 2002, 2001... tu sais, c'étaient ces années-là où on a écrit « Amour Oral ». Donc on avait euh, 28 ans tu sais ? On était quand même assez vieux. Ça, c'est un autre affaire aussi tu sais ?
Euh, tu compares Kinkead mettons aujourd'hui, il vient de fêter ses 18 ans ! Ouais ouais ouais. Euh, donc forcément il est plus jeune. Moi, moi quand j'ai commencé à écrire « Manifestif », j'avais déjà une scolarité de maîtrise derrière moi tu sais ?
Donc forcément ça ouvre le champ des possibles un peu plus tu sais ? Ça évite les folies de jeunesse, les erreurs de jeunesse aussi tu sais ? Ben oui, mais en même temps ça fait les qualités tu sais... la... les folies de jeunesse ça donne une énergie ! C'est ça. Mais on avait encore de l'énergie à 28 ans !
Mais j'en doute pas. Mais donc moi c'était à cette époque-là dans ma vie. J'avais entre 25 et 30 ans, puis j'avais l'impression que j'étais capable d'aller plus loin dans la composition de nos chansons. Puis on... avec Chafiik, on avait trouvé vraiment un bon modus operandi pour travailler ça.
Hugo Lachance : Ça a l'air d'être une belle période en tout cas, ouais, de création là.
Biz : Ouais, c'était très... puis tu sais, bon : qu'est-ce qui se passait au Québec ? Ben c'était George W. Bush ! Alors ça donnait « Antiaméricanisme primaire », puis « W Roi » évidemment.
Bon, en 2003 c'est l'élection des libéraux avec Jean Charest. Oui. Et là ce qui... oui ça a bien marché, on peut le dire encore à ce jour. Mais c'est que les gens m'arrêtaient dans la rue puis disaient : « Faut que vous fassiez une toune là-dessus ! Ça n'a pas de bon sens. »
Je disais : « Ouais ouais, qu'est-ce qu'il n'y a pas de bon sens ? » Puis là j'étais allé le voir, le programme libéral. J'étais allé le lire. Je dis : « Chris, il veut tout mettre à terre ! » Tu sais, se débarrasser du modèle de Révolution Tranquille... on a vraiment voté pour ça ?
Euh, puis là on... à l'automne 2003 moi j'ai commencé à écrire le texte de « Libérez-nous des libéraux ». Chafiik rapidement est venu, arrivé avec la musique. Puis là Batlam, il faut qu'on fasse quelque chose ! Il est embarqué de son bord.
Hugo Lachance : Puis le refrain, ça ne peut pas être plus simple. C'est quasiment un slogan, un slogan électoral.
Biz : Exactement ! Tu restes une pancarte électorale. D'ailleurs, Bernier quand il était conservateur se l'était approprié puis le faisait circuler sur des camions : « Libérez-nous des libéraux ! » Puis là Loco l'a contacté : « Il faut que tu arrêtes de faire ça là. »
Ah ouais ? OK ! C'était vraiment un slogan électoral politique très simple. Mais ce qui a fait la force de la chanson, c'est la mélodie. C'est... ou le beat, la mélodie, le moment... puis le moment ! Puis les chœurs en petit aigu aussi du monde... un peu comme en 2012 aussi pendant les grèves étudiantes.
Ouais, exact. Ils sont attachés... on est un peu toujours arrivés au bon moment, Loco Locass. On avait le don de... je ne sais pas si c'est un don ou un hasard, mais en tout cas on était là au bon moment où il y avait un espace pour nous au Québec pour prendre la parole.
Hugo Lachance : Ça, du timing ! Mettons... euh, on continue avec la dernière question : « La vaste étendue de leur vocabulaire est impressionnante et inspirante. Les mots semblent sélectionnés, analysés, décortiqués et ensuite livrés avec fluidité. Est-ce de la magie, de la chimie ou de l'alchimie ? »
Biz : C'est pas de la magie. Ben, je dis c'est pas de la magie... oui, des fois c'est de la magie ! Des fois il y a quelque chose de... des fois il y a une chanson qui tombe dessus comme un cadeau.
Ouais. Bon, notamment un après-midi tu sais... c'était « Bon » et moi tu sais ? C'est une chanson qui évidemment... quand tu parles d'un propos politique, faut toujours lire le programme libéral si tu veux le démonter. Fait que ça demande des fois plus de recherche.
Mais « Bon », c'était juste : on fume un bat puis on écrit une toune. Puis à l'origine d'ailleurs, c'était une commande qu'on avait eue pour un film de Clermont Péloquin qui s'appelait « Bon ». Donc c'est la toune d'un film dans lequel Jean Leloup avait un petit rôle.
OK. Puis ça parle... oui oui, le début de la... c'est un extrait du film justement. Ça, on a regardé le film, ça nous a inspiré une nouvelle sorte de pote... des plans plus petits parce qu'ils poussent dans le Nord puis tout. Fait qu'on est partis là-dessus.
Hugo Lachance : Ah ouais ? OK !
Biz : Ça n'a pas pris de temps. Vraiment pas pris de temps. Ça a bien marché aussi. Ça a bien marché aussi à cause du clip notamment. Fait que là ça, c'est de la magie je dirais. Puis des fois aussi, il arrive des affaires que tu n'as pas prévues.
Les gens... tu écris une toune puis ils trouvent, ils font des liens qui te rendent plus intelligent, comme dans « M'accrocher ».
Hugo Lachance : Euh, ça c'est ta chanson sur le suicide sur « Le Québec est mort, vive le Québec ! ».
Biz : Il y a Guillaume Vigneault m'a dit un jour : « Tu sais, dans ton refrain de "M'accrocher", tu as toutes des mots en "un" puis en "on" : avancer... c'est vain, quand il n'y a pas d'horizon à mes pieds, un ravin, j'en vois même pas le fond... »
C'est un... il dit : « Tu sais, on dirait que ça fait comme une sirène d'ambulance. » Il dit : « Si tu as pensé... si tu as pensé, tu me fais chier. Si tu n'as pas pensé, tu me fais chier ! », tu sais ? En voulant dire : si tu as pensé, c'est un coup de génie, puis si tu n'as pas pensé, tu as un coup de magie tu sais ?
Donc pour répondre à Fannie je pense, ou Fanny... des fois c'est de la magie, des fois c'est du génie puis des fois de l'alchimie. Parce que l'alchimie, moi je dirais, c'est la rencontre entre la musique puis le texte.
Hugo Lachance : Génial !
Biz : Puis là il y a quelque chose qui... il y a quelque chose qui se passe puis le, la musique te donne un ton, un beat, un espèce d'ambiance qui te fait choisir certains mots plutôt que d'autres.
Chaque artiste a ces moments-là. J'écoutais Rick Beato avec Flea, puis il disait que « Give It Away », c'est arrivé un après-midi, un jam, puis la toune... ça c'est une toune cadeau, un cadeau du ciel ! Tu apprends, c'est le côté magique.
Mais « Le But »... « Le But » ça c'est vraiment de la grosse chimie, parce que c'est la toune qu'on a le plus travaillée : 2 ans et demi qu'on a travaillée. Pas du 9 à 5 ! Mais quand même, on l'a travaillée pendant 2 ans et demi en termes de structure tu sais ? C'est la structure la plus complexe peut-être. Fait que tu sais ça c'est vraiment... ça dépend de chaque chanson vraiment chaque chanson a son histoire.
SEGMENT : Présentation de l’album
Hugo Lachance : OK cool. On va passer au segment présentation de l'album. Alors ce qu'on fait, c'est qu'on passe à travers les crédits puis on peut en discuter parce qu'il y a quand même beaucoup de monde qui ont travaillé là-dessus. C'est important de souligner.
Euh, donc : Dominique Tardif, le 19 décembre 2024 pour La Presse : « Il y a un peu plus de 20 ans, Loco Locass lançait "Amour Oral", un deuxième album dont le grouve grave aura marqué la vie sociale, politique et musicale québécoise. Les trois membres de cette cellule désormais dormante reviennent sur la création de leur invitation à ne jamais cesser de penser le gros, même si ça prend parfois beaucoup de courage. »
« Au début des années 2000, Biz et Batlam prenaient régulièrement le métro ensemble en direction de la station Joliette où habitait l'architecte du rythme Chafiik. » Je te cite : « Pour moi, "Amour Oral" traduit une sorte d'état de grâce pour le groupe. »
C'est Batlam : « On se voyait presque tous les jours, on se fréquentait énormément donc... » Si c'est exactement ?
Biz : Ouais ouais ouais. Fait que le contexte était vraiment... les conditions de création étaient vraiment fortes. Ouais. Par contre de mon souvenir, « Amour Oral » a plus été conçu quand Chaf a déménagé dans son loft sur Mont-Royal.
Hugo Lachance : Ah ouais ? OK.
Biz : Euh, ça, de ce dont il parle, c'était plus pour « Manifestif », mais ça s'est chevauché.
Hugo Lachance : Alors le titre : « Amour Oral ». Année : 2004. Réalisation : c'est Chafiik. Euh, période d'enregistrement ?
Biz : Euh, bah tu sais encore là, ça dépend. Parce que l'autre fois j'ai pris une... comme une auto, j'ai ouvert, j'ai parti le moteur. À la radio jouait « Libérez-nous des libéraux ». Donc en 2026. Et là moi je suis : « Eh ! »
Là je réécoute ça puis je réécoute la toune puis je dis : « Hé ! C'est pas la version qui est sur le disque. C'est la version démo ! »
Hugo Lachance : Ah ouais ? OK !
Biz : Qui joue à la radio. Il n'y a pas de couplet fédéral puis il n'y a pas le mix... c'est pas le même mix, il n'y a pas le même enregistrement. C'est vraiment ce qu'on a fait dans le loft chez Chaf ! Ça sort de où ça ?
Euh, ben c'est parce que quand on l'a fait en 2003... printemps 2003 elle était prête. Le disque allait sortir à l'automne... excuse, printemps 2004 elle était prête. Le disque allait sortir en octobre 2004.
Et nous, on avait refait notre site internet puis pour dire aux gens : « Venez sur notre site ! On va vous donner une toune. » OK. Une toune contre le gouvernement. Puis on l'a sortie le 1er mai parce que c'était la Journée des Travailleurs.
Puis on a appelé les syndicats, trois quatre syndicats, puis on a dit : « En passant, si vous voulez faire jouer ça dans vos manifs, allez-y ! Ça va changer de "Ça va au bout". »
Euh, et c'est comme ça que la toune a décollé. Mais cette version-là on était... on n'était pas encore rentrés chez Masterkut au studio. On allait commencer au mois d'août à faire l'enregistrement. Donc on l'a fait chez Chaf.
C'est vraiment la version démo. Il n'y a pas le couplet fédéral puis c'est pas tout à fait les mêmes mélodies dans le refrain aussi. OK. Ils ont pris la toune... c'est la toune qu'on a envoyée aux radios, puis à ce jour quand vous l'entendez à la radio, c'est la version démo.
Hugo Lachance : Fait que ça c'est un autre affaire que je dis aux jeunes dans les écoles : quand tu fais quelque chose, fais-le comme il faut, ça vaut la peine. Oui, c'est vrai.
Biz : Un brouillon que tu penses que c'est un brouillon, s'il est bien fait, ça peut devenir l'œuvre.
Hugo Lachance : Absolument ! Moi c'est ce que je dis à mes élèves aussi : la portion la plus importante d'un projet c'est le brouillon parce que c'est là que tu réfléchis. Faut le faire comme il faut. Ouais.
Biz : Euh, fait que copyright Les Disques Audiogram. Juste peut-être... je ne sais pas si c'est là qu'il faut en parler, mais le titre « Amour Oral » ?
Hugo Lachance : Ouais, ben on était... c'est vrai on a eu quelques idées. On a réfléchi puis c'était pas clair. Puis moi je trouvais ça bon. Les deux autres étaient « all-in » avec ça.
Biz : Moi je me disais : « C'est une bonne idée puis ça correspond à plein d'affaires, puis oui il y a beaucoup d'amour dans le disque, puis oui il y a de l'oralité. » Mais si ça prend une tangente qui nous échappe, comme tu parlais de la pratique entre deux hommes tout à l'heure, je dis : « Ça va être raté complètement. » Tu sais, moi j'avais un doute.
Euh, puis finalement c'est très drôle parce que tu vas dans des écoles secondaires puis j'ai dit ce titre-là devant des jeunes de 15-16 ans puis ça passe complètement. Il n'y a personne qui a sous-entendu malveillant, tu sais ? Parce que 20 ans plus tard, l'album est resté puis a presque imprimé sa propre définition d'amour oral.
Hugo Lachance : Ben écoute, je me rappelle la première fois que je l'ai lu, j'ai eu vraiment... j'ai vraiment trippé ! Quel bon titre. C'est parfait, ça fit avec leur musique. Moi c'est un titre que j'aime beaucoup là. J'allais en parler un petit peu plus tard d'ailleurs.
Biz : Puis l'affaire aussi moi qui m'a convaincu, c'est la pochette de Philippe Allard. Ouais. Parle de la pochette avec le bonhomme qui tire la langue. Donc nous on a toujours été étiquetés un peu comme fous du roi tu sais ? Parce que il y a dans Loco la question de Loco, la folie, puis « Manifestif », le plaisir festif.
Ça nous... même quand on parle des libéraux qu'on est en crisse contre le gouvernement, c'est toujours par le plaisir et avec le plaisir. C'est soit en spectacle, soit avec les jeux de mots, soit avec le rigodon de la fin... il y a tout le temps cette notion-là.
Puis il y a tout le temps... tirer la langue ! C'est une façon de contester le pouvoir mais avec des mots ! Avec des mots puis avec un peu des grimaces d'adolescents tu sais ? C'est un pétale d'iris versicolore, l'emblème floral du Québec.
Fait que... moi qui sors de la bouche ! Donc moi je me disais : « C'est cette pochette-là en fait qui m'a... » Je me suis dit : « OK, la beauté de la pochette ça atténue la grossièreté du titre. »
Hugo Lachance : OK. Je pense c'est une feuille de chou ?
Biz : Non, c'est ça, c'est vraiment un iris versicolore qui est l'emblème floral du Québec, qui le lèche en fait. Une super belle pochette. Puis en dedans c'est ça : en dedans ça marche aussi. Ici tu as la musique, ici tu as les mots, puis qui se rencontrent... OK ?
Hugo Lachance : Ouais c'est... ah oui c'est vrai ! OK. Oh wow ! OK, je n'ai pas... on voit en vinyle on le voit mieux quand c'est... OK ah wow c'est génial ça !
Biz : Puis ça ici j'en ai... tu as signé avec mon Chaf dans cet espace-là là. Vraiment ça a bien marché, c'est un disque qui a bien marché. Les lignes en bas c'est quelque chose ? Ça ressemblait déjà à des signatures un peu ?
Hugo Lachance : Oui, bah c'est du gribouillage graphique de Phil Allard. Wow ! Super belle pochette. Ouais. Euh, donc sur Audiogram. Distribution c'est Select. Mix-enregistré à Masterkut, ça c'est le studio Chafiik ?
Biz : Ouais, sur... non, c'est sur Saint-Laurent. Saint-Laurent-Fairmount je pense.
Hugo Lachance : OK. Euh, co-directeur artistique Mathieu Houde. Directeur artistique : Denis Wolff ?
Biz : Ouais, c'est lui justement qui éclaircit les fréquences là. Lui avait... lui c'était pas genre : « C'est bon ou c'est pas bon », ou c'est comme : « C'est quoi que vous voulez faire avec cette toune-là ? Tu veux qu'on comprenne les paroles ? Ben là faut enlever du hi-hat ou mettre le hi-hat à une autre fréquence. »
Hugo Lachance : Euh, concept original, illustration de Philippe Allard. Conception, réalisation graphique : Anne-Marie Deblois, Annie Lachapelle. Ouais, graphistes.
Biz : Ouais. Matriçage : Fernand Martel au Studio Victor. Oui, ça c'est dans le Sud-Ouest. Je me rappelle quand on était allés, quand on avait fini le mastering, on avait mis le CD dans le char puis on roulait sur Parc, les fenêtres ouvertes avec le volume beaucoup trop fort.
Puis on remontait Parc en face du parc Jarry puis c'était « Résistance ». Ça cognait comme il faut ! Puis j'étais là : « OK ! Enfin ma musique cogne comme je veux qu'elle cogne dans un char ! »
Hugo Lachance : Après tout, Eminem... ouais on se rend compte, une étape du mastering c'est quand même important.
Biz : Ben le mix surtout ! Ben tu as la composition, de la musique, des mots, l'enregistrement, le flow, le mix (séparer les volumes, les fréquences), puis le mastering qui est comme un peu du vernis. C'est le vernis que tu mets sur ta table tu sais, qui donne une impression de continuité sonore entre toutes les chansons tu sais ?
Ça donne une espèce de vernis d'uniformité.
Hugo Lachance : Très bonne image ! C'est une très bonne image, c'est vrai. Euh, on continue avec mixage : Gregory Smith puis Roderick Shearer.
Biz : Ouais, Rod Shearer qui est... ben c'est Rod qui a commencé puis il avait un contrat je pense c'était à Los Angeles fait qu'il est parti. Puis Rod c'est un Australien grognon OK, anglophone, qui ne comprenait absolument rien de ce qu'on disait sur cet album-là.
Puis quand il est parti, il a dit : « Moi je connais un gars, il va faire la job. » Bah OK ! Greg Smith qui est un anglo-montréalais de Greenfield Park, qui lui non plus ne comprenait pas trop ce qu'on disait mais qui était vraiment à notre service puis vraiment impeccable.
Greg derrière les consoles... je l'ai vu d'ailleurs la semaine passée dans un spectacle que ma fille faisait dans une école puis lui était là. Puis il a vraiment été impeccable derrière les consoles pour l'album. Il y a une grande partie du son qui lui revient.
Puis après ça quand on a eu fini le disque puis on partait en tournée, on a dit : « Bah ça va nous prendre un guitariste. » « Ben moi je joue de la guitare mais j'aime pas ça faire des solos, j'aime juste ça faire de la guitare rythmique. »
« Ben c'est tellement de ça qu'on a besoin ! Tu connais toutes les osties de tounes frame by frame pratiquement. » Fait qu'il est embarqué puis c'est devenu notre guitariste. C'est là qu'on a trippé avec en tournée puis tout.
Hugo Lachance : Mais lui, est-ce qu'il avait déjà mixé un album de rap ? Non. Comment tu fais ? Tu arrives avec des albums de référence puis : « J'aimerais ça que ça sonne comme ça » ?
Biz : Ouais, mais c'est ça ! On avait effectivement... mais tu sais, il connaissait beaucoup la musique puis si on disait... on lui amenait Eminem maintenant, il était capable de dire : « OK, Eminem c'est ça. Là je transpose ça pour vous autres, faut faire ça pour que ça sonne comme ça. »
Hugo Lachance : OK, quand même. Euh, photos : Marie-Lyne Baril. Correction des textes : Karine Pouliot. Puis enregistrement des vocaux : Monsieur Gregory Smith, Roderick Shearer.
Chapter 14 : Questions du public
Hugo Lachance : On va passer aux questions du public parce qu'il y a quand même beaucoup de questions. Il y en avait pour Batlam mais il n'est pas là. On peut les poser puis on en a peut-être déjà discuté sans parler pour lui ?
Biz : Je peux... non. Parce qu'il y en avait quand même une bonne qui s'adresse plus à ses personnages de télé. Non ça, je ne peux pas répondre malheureusement.
Hugo Lachance : Oui. Pat Mainville : « Salut Hugo ! Oui, j'ai une question pour Loco Locass. À la suite de votre relative absence de la scène musicale comme groupe au cours des dernières années, je me demandais si aujourd'hui vous vous sentiriez encore en mesure de défendre pleinement vos chansons passées, autant sur le plan de leur pertinence que de leur portée politique et culturelle ? »
Biz : C'est une excellente question. On y a beaucoup réfléchi, beaucoup beaucoup. Puis je te dirais, c'est ce qui explique en partie le fait qu'on se soit justement retirés. Parce que Anne Hébert appelait ça de la poésie de circonstance, de l'art engagé. Tu sais nous autres, ça vieillit vite, et des fois mal. Par exemple quand les libéraux n'étaient pas au pouvoir — c'est-à-dire rarement pendant qu'on était là — mais on ne faisait pas « Libérez-nous des libéraux » parce que la job était faite. Puis quand le Canadien ne faisait pas les séries, on ne faisait pas « Le But » non plus ! Parce que la job n'était pas faite dans ce cas-là.
Mais tu regardes ces chansons-là puis... bon « Libérez-nous des libéraux » là avec Carney, ça, ça peut s'appliquer. Quelqu'un qui n'est pas d'accord avec les libéraux, ça peut marcher. Mais tu sais « Résistance », c'est la résistance politique du Québec. Ça, ça n'a pas tellement vieilli comme idée, l'idée de résistance tu sais ? « La Bataille des murailles », ben ça, ça revient sur le sommet des Amériques en 2001. Mais avec ICE aux États-Unis et tout ça tu sais ? C'est comme on les a faites en ne nommant pas trop directement. À part pour « Libérez-nous des libéraux ». Puis les libéraux, ils vont toujours être là ! Comme les Canadiens vont toujours être là.
Fait qu'au final tu regardes ça : « W Roi »... bon c'était Bush mais ça peut concerner Trump aussi. « Antiaméricanisme primaire », même chose. Comme sentiment, « Groove Grave »... pour moi, puis je le dis parce que ce n'est pas moi qui ai écrit le texte c'est Batlam, mais c'est ce que j'ai lu de plus pertinent sur le 11 septembre, de plus ouvert, de plus... je dirais presque philosophique ! Pratiquement. Ce texte-là est d'une... moi je pense que sur l'album c'est ma toune préférée puis j'ai écrit ni musique ni texte là. Ça pourrait sortir maintenant en termes de qualité de production. Même le beat avec les tablas ! C'est une pulsation qui était quand même avant-gardiste. Le flow, le propos, le ton, le refrain... pour moi, pour moi c'est une des grandes chansons de Loco Locass. Puis je le dis parce que je n'y suis pas ! C'est pour ça que je le dis. Ça serait encore tout à fait pertinent de réfléchir sur le 11 septembre et sa suite tu sais ? Parce que sa suite, on la vit encore tu sais.
Bon... Bonzaïon ça c'est le pote, la job est faite de la légalisation. Mais avec la SQDC ça marche encore ! Pour « La Censure pour l'échafaud »... sur cette espèce de culpabilité au Québec : « Vous êtes des racistes, vous n'avez pas le droit à l'indépendance sinon vous allez devenir des nazis. » Ça marche encore ! Bah oui ! Ben c'est ça. C'est des grands thèmes universels tu sais ? Ça vient aussi avec le thème comme tu disais : « Manifestif », ça marche ! Tu sais c'est une recette que vous avez mais qui peut s'appliquer à toutes les époques aussi.
Exact. Puis tu sais « Spleen et Montréal », « Maison et idéal », « La Survenante »... ça c'est trois plongées dans nos têtes respectives. Donc ça c'est intemporel forcément. C'est des photographies d'un moment mais ça reste quand même... « La Survenante » étant la fille de nous, qui est Justine, qui est à naître là quand il écrit, quand il a appris que sa blonde est enceinte.
Hugo Lachance : OK !
Biz : « Libérez-nous des libéraux », ben dès qu'ils arrivent au pouvoir tu peux la rechanter. « Antigone » c'est une chanson contre le crime organisé, ça il y en aura toujours.
Hugo Lachance : Aha.
Biz : Puis « Engouement », ben c'est une toune sur le plaisir de la parole puis l'énergie puis qui tourne puis tout ça. Fait au final, tu sais ce qu'il y a là-dedans pourrait être je pense encore chanté. Mais c'est parce qu'à un moment donné aussi, dans les années 2010, on avait l'impression qu'on refaisait du Loco puis on n'avait pas envie... après « Le Québec est mort, vive le Québec ! » de se dire : « Ah ben là c'est la CAQ, fait une chanson contre la CAQ ! ». Non. C'est ça. Ça devient des recettes puis on jouait à Loco Locass. Puis ça, c'est comme être moins authentique aussi. Oui ben forcément ! Puis tu le fais peut-être pour les mauvaises raisons, pour payer ton chalet... fait que ça ne nous intéressait pas. Puis on les avait faites beaucoup ces chansons-là, jusqu'à s'en écœurer nous-mêmes aussi. Donc c'est ce qui explique en partie le fait qu'on a décidé d'arrêter. Tu sais, on n'a pas fait d'album de trop ! Je pense qu'on n'a même pas fait de chanson de trop contrairement à plusieurs groupes... « Load », « Reload » et « Re-Reload », on en enlève quelque part !
Hugo Lachance : Ce qui s'est passé, la fin de Loco si on veut, est-ce que c'est une décision commune ou c'est juste le temps qui a frité ?
Biz : C'est une décision commune. Puis aussi on avait comme groupe, tu sais... sur 25 ans, il y a beaucoup de poussière d'accumulée en dessous du tapis.
Hugo Lachance : Ah bah oui ! Ça c'est clair.
Biz : Puis on a souvent... la scène ça sanctifie tu sais ? C'est-à-dire : tu fais un bon show, tu as du fun, les trois on trippe puis on se tape dans la main, on va boire après... c'est le fun.
Hugo Lachance : Ouais.
Biz : Il y a des... donc on passait l'aspirateur pour mettre la poussière en dessous du tapis mais on n'a jamais passé l'aspirateur dans les coins vraiment. OK ? Fait que la poussière, ça s'accumule avec le temps. Puis des fois il y a des affaires qui... retiens un couple sur 25 ans c'est déjà beaucoup. Trois gros crisses d'ego sur 25 ans, c'est beaucoup aussi. Fait qu'il s'est accumulé des doléances de part et d'autre, puis une fatigue je dirais d'être ensemble à faire quelque chose ensemble. Parce qu'on était littéralement des fois H24 ensemble sur la tournée. La tournée d'« Amour Oral », on l'a faite sur 2 ans et demi là ! Je les voyais ces deux gars-là, je les voyais plus que quiconque autour de moi là !
Hugo Lachance : Ouais, tu peux comprendre.
Biz : Donc il y avait une fatigue à être ensemble les trois je pense, puis besoin de recul. De faire d'autres choses. Chaf a fait de la musique, Sno a été jouer... moi j'ai écrit des romans. Fait... puis l'idée que dans... moi j'aime autant rencontrer des gens, des jeunes qui nous disent : « Ah ! J'aimerais ça voir un show ! Je ne vous ai jamais vus en show ! Pourquoi vous ne faites pas d'autres shows ? J'ai vu celui de 2012, Printemps Érable, c'était malade ! » Moi j'aime bien l'idée d'être gravé, parce que si on recommençait, on ne serait jamais à la hauteur d'un souvenir. Un souvenir il est magnifié forcément tu sais ? On a eu des offres pour le 20e de faire un Centre Bell pour faire « Amour Oral » intégral tu sais ?
Hugo Lachance : Ouais. Ah ouais ? OK !
Biz : Moi, je n'aurais pas dit non je pense à cette idée-là. Un spectacle plus court évidemment qu'on aurait répété énormément. Mais tu sais, le rap, le rap ça va bien à la jeunesse. Nous autres là, on est tous cinquantenaires... fait longtemps qu'on n'a pas fait de bicyclette ! Remonter sur la bicyclette ça serait beaucoup de travail tu sais ? Ça va vite ! Il y a beaucoup d'énergie. Ça serait différent. Serait-ce aussi bon ? Je ne le sais pas. Les fans aussi forcément réveillent moins d'énergie... non ça c'est... tout est dans la façon de faire selon moi là. C'est sûr ! Faut pas... un peu comme quand tu vois des vidéos récentes de Cypress Hill tu sais ?
Hugo Lachance : Ouais.
Biz : Sen Dog, il est complètement rasé puis il a une perruque de quatre pieds de long alors qu'avant c'étaient ses vrais cheveux ! OK OK. Par contre Cypress Hill aurait pu donner une leçon à n'importe quel groupe de petits jeunes de rappeurs tellement c'était... mais un album ou un EP de Loco ça serait possible juste en studio admettons ? Avec le temps justement puis le fait de vieillir ? Pas en ce moment. Pas en ce moment. OK. Moi je dirais jamais jamais à moins... tant que les trois on va être vivants. Mais en ce moment c'est... il n'en est pas question. OK. Puis on dirait que plus on a comme appris à se passer de Loco Locass dans nos vies, fait qu'on en a moins besoin. C'est plus les fans qui nous en parlent.
Hugo Lachance : Ah ouais ? Parce que c'est ça comme tu dis, les souvenirs sont magnifiés. Puis Loco ça appartient à une période intense pour nous aussi. C'est magnifié dans nos souvenirs de jeunes gars qui commençaient dans la vie.
Biz : Je serais curieux d'entendre qu'est-ce qui pourrait sortir de Loco Locass maintenant. Maintenant la pulsation a changé dans le rap tu sais ? Fait que là on a deux choix : soit on est les vieux messieurs qui refont les recettes de vieux messieurs de Loco Locass, soit on essaie de rapper sur des nouveaux beats puis on est des vieux messieurs qui essaient d'être jeunes puis ça ne marche pas ! Fait que rap d'adulte... je ne sais pas. Snoop Dogg est capable de bien vieillir en faisant du rap. Eminem aussi. Ça se peut peut-être, mais à un moment donné il y a une limite aussi physique là. Moi je ne pense pas que je suis capable de rapper aussi vite que... c'est clair.
Hugo Lachance : OK. On continue avec les questions du public. Il y a Pierre-Olivier Brassard : « Wow man ! Il fume-tu encore du Bonzaïon ? »
Biz : Non. La vérité c'est que c'est Chafiik qui fumait pour nous trois !
Hugo Lachance : Ah ouais ?
Biz : Lui il fumait énormément, ça l'aidait. Ben ce qu'il m'a déjà expliqué lui, il dit : « Quand tu fais du mix dans une toune ou même que tu composes une chanson puis tu entends juste chaque coup de bass drum un par un pratiquement, c'est aliénant. Qu'à m'né tu n'as plus de recul par rapport à la toune, OK ? Puis le recul pour en prendre faut que tu laisses passer du temps. Puis moi, quand je fume un bat c'est comme si j'avais passé 10 jours sans écouter la toune : ça remet le compteur à zéro. » C'est ça. Fait que des fois pendant la tournée « Amour Oral » il y a du monde qui nous donnait des pofs de joint puis on en prenait. Mais là si on faisait la toune au début du show, on était batés pour le restant du show ! C'est pas idéal alors. C'est pas cool pour le monde non plus. Ben c'est un peu bizarre des fois. Fait que l'articulation c'est pas pareil... ma bouche puis... le pote n'est pas pareil, il est ben trop fort ! Fait que des fois... j'ai un souvenir à un moment donné à Trois-Rivières d'avoir fumé ça à la deuxième toune, d'avoir trouvé le show un peu bizarre. Mais on l'avait tellement fait qu'on aurait pu le faire à l'envers les tounes ! On les connaissait tellement. Ouais. C'est devenu machinal. Ouais c'est ça.
Hugo Lachance : OK. Bon ben merci Pierre-Olivier pour ta question. Alexandre Philippe, du podcast « Du bruit à mes oreilles », demande à Biz ce qu'il pense de la relève du rap souverainiste comme Kinkead ?
Biz : Ben Kinkead, j'ai beaucoup de respect. Beaucoup d'envie même de le revoir à 18 ans où est-ce qu'on était nous autres à commencer tu sais ? Puis de voir la ferveur dans ses spectacles... je m'en vais le voir en show là prochainement à Montréal. De voir des drapeaux du Québec dans la foule, de voir que les gens chantent, les jeunes chantent... respect immense à Kinkead puis aux jeunes qui font de la musique dans un contexte post-pandémique qui est plus difficile. Je ne sais même pas comment on ferait pour vivre de notre musique nous autres si on commençait maintenant.
Hugo Lachance : Ouais. La réalité a changé c'est clair.
Biz : C'est difficile pour les plus jeunes. Puis il y a mon gars qui fait des beats de rap qui me fait découvrir des artistes aussi puis j'essaie de ne pas trop m'éloigner de cette scène-là même si j'en suis éloigné, au moins d'essayer de comprendre, de suivre la rondelle.
Hugo Lachance : La mouvance exact !
Biz : Mais ça tu sais, je veux dire, ça serait tellement niaiseux puis prétentieux de dire : « Après moi le déluge ! » puis « C'était donc bien mieux dans le bon vieux temps ». Mais moi ce qui m'intéresse surtout c'est la qualité de l'écriture. Fait que tu vois, je suis plus sensible à un gars comme Manu Militari dans la qualité de la plume tu sais ? C'est sûr que si tu parles de ta réalité de jeune qui veut faire du cash puis qui veut ramasser des filles, moi ça ne me rejoint pas. Mais je suis capable d'apprécier un bon flow puis un bon beat aussi. Ouais, ça c'est clair.
Hugo Lachance : OK. Dernière question avant de passer à l'écoute de l'album. Ghyslain G. Gaudet : « La collaboration avec Malajube s'est-elle faite doucement ? Et avez-vous anticipé l'accueil de l'album "Trompe-l'œil" ? » Sur la collaboration avec Malajube vous avez fait ça ?
Biz : Ouais, c'est sur « Trompe-l'œil », c'est « La Russe ». Écoute, ça s'est fait parce que nous on a toujours admiré Malajube depuis le début. Puis quand Julien je pense est venu nous voir, nous a contactés : « On fait l'album, voudriez-vous faire quelque chose sur l'album ? ». Et il nous envoie le beat de « La Russe » qui était super stimulant ! Puis j'étais comme : « Wow ! C'est super inspirant. »
Ce qui s'est passé avec cette toune-là, c'est que dans le concept de « Trompe-l'œil » pour Julien, c'est que chaque chanson avait une thématique autour d'une maladie.
Hugo Lachance : Ah ouais ? OK !
Biz : Chaque toune, rapport à une maladie. Puis moi j'ai écouté le beat puis j'avais envie... moi depuis toujours, il y a une maladie qui me fascine complètement : c'est le syndrome de Gilles de la Tourette. Parce que c'est une maladie qui est neurologique où les gens ont des tics physiques puis le cerveau décroche un petit peu, mais qui a une composante linguistique parce que tu dis des grossièretés pendant que tu as tes tics. Et moi ça m'a toujours fasciné parce que si quelqu'un qui a cette maladie-là déménage dans un autre pays puis apprend une autre langue, est-ce qu'il va se remettre à sacrer dans une autre langue ? Il y a plein d'affaires qui me fascine là-dedans. Fait que j'ai dit : « OK, on va faire une toune sur le syndrome de Gilles de la Tourette. » Fait que l'idée de la toune, c'est qu'on participe à une émission de radio qui s'appelle « L'évangile de la Tourette ». C'est Batlam qui est l'animateur de radio qui reçoit Loco Locass, qui pose des questions puis Loco Locass répond. Ça fait longtemps puis...
Mais ce qui est drôle avec ça, c'est que la version qu'on a proposée à Malajube, elle était extrêmement vulgaire ! Forcément, parce que c'est Gilles de la Tourette. Puis Malajube sont tout sauf vulgaires. Puis Julien je me souviens avec les gars, ils tiquaient un peu sur... c'était bon là, c'était ça ! Puis là finalement ils ont décidé de garder les parties qui étaient moins vulgaires, qui décrivent le syndrome de la Tourette. Là je vous le dis, c'est ma maladie. Donc elle a été expurgée de sa vulgarité. Il en existe... je ne le sais pas où quelque part une version qui s'appelle « La grosse Russe », qui elle, c'est l'entièreté avec tout ce que ça contient de vulgarité.
Hugo Lachance : Ah ouais ? OK ! Je suis curieux d'entendre ça.
Biz : Ouais, c'était sur Bandcamp à un moment donné puis là je pense que ce n'est même plus là. OK. Ah wow ! Euh, mais comment ça s'est fait, c'est que... admiration je pense mutuelle. On est allés la faire quelques fois en show avec eux. C'est loin tout ça quand même. Ouais, c'est très loin. Puis cet album-là, « Trompe-l'œil », un grand album québécois des années... oui ça c'est clair, c'est clair. J'aimerais ça d'ailleurs faire un épisode avec eux. Le message est lancé !
Hugo Lachance : Euh oui, il y en avait une dernière, d'Alexandre Nadeau : « Hé ! Demande-leur donc s'il y a une réédition prévue en vinyle ? »
Biz : Ben, répondu à ta question ! Il en reste, ils ne sont pas encore en vente. On vient de les recevoir alors oui, ils vont être en vente. OK. Fin mars si j'ai bonne mémoire, dans tous les bons disquaires du Québec.
Hugo Lachance : Wow ! Super ! J'ai ça en primeur mondiale ?
Biz : Ah oui ! À l'Album Podcast. Et bon c'est parfait. Ça va sortir au mois de mars donc « Amour Oral » et « Le Québec est mort, vive le Québec ! ». Génial ! À la demande générale parce qu'on se l'est fait vraiment beaucoup demander. On en avait fait quelques-uns sur un seul vinyle avec une pochette noire qui comprenait 8 tounes seulement. Mais là ça c'est l'entièreté de l'album et avec peut-être ce qui est plus important : toutes les paroles de toutes les tounes qui sont là. Puis c'est des vinyles doubles parce que...
Hugo Lachance : Puis les vinyles sont noirs ou sont... ?
Biz : Euh, les vinyles sont... je vais te montrer. Ah c'est beau ! Ou c'est le bonhomme de la pochette ? Ouais. Puis ici... avec un insert. Wow ! Et cette pochette-là est belle ! C'est quelque chose ! Fait la job. Particulièrement en vinyle. Ça c'est le... OK cool. CD, ouais. Parfait. À base de ceinture fléchée ! C'est vraiment beau. Ouais moi j'aime bien les vinyles noirs. Il y en a des pas pire de couleur ou transparents mais ça, ça fait la job là. Yeah !
Chapter 15 : SEGMENT : Une chanson après l’autre
Hugo Lachance : OK. Et on va passer au segment « Une chanson après l'autre ». On va passer au podcast lui-même ! Les tounes du podcast qu'on fait, c'est qu'on écoute un extrait de la toune puis on en discute. On y va avec « Résistance ».
[Extrait de Résistance : Le monde, je ne veux pas savoir d'où ils viennent, savoir où ils vont...]
Donc « Résistance ». Ben ça, quelle intro hein ?
Biz : Ouais ça... ça ouvre avec Falardeau, qu'on avait invité dans un spectacle au Métropolis lors des Francos, puis il avait fait une adresse à la nation. Puis il parle de colonialisme essentiellement, comme il savait si bien le faire. Puis il y a un truc aussi avec Loco, c'est que chaque première chanson commence avec la dernière chanson de l'album précédent.
Hugo Lachance : Ah ouais ? OK ! OK.
Biz : Fait que « Manifestif », ça finit que le monde tape des mains, puis là ça recommence avec ça. On n'avait pas fait ce lien-là ! Ça c'est tout des petits bonbons qu'on met pour ceux qui savent. Puis oui ben c'est ça : ça commence avec Falardeau, ça ne pouvait pas... qui nous a cautionnés dès le début puis on s'ennuie de lui tellement en ce moment. Puis ça allait de soi. Le match était parfait. Ah ouais ! Son discours est encore tellement d'actualité... pas changé une virgule là-dedans ! Fait que... puis tu sais ce que je te disais tantôt de... dans le mix qu'on entend, la basse qui cogne, les paroles, l'échantillonnage classique... pour moi c'est un album qui est bien produit.
Hugo Lachance : Ah oui c'est fou ! Parce que puis j'aime beaucoup comment il commence parce que tout de suite vous mettez la table pour le reste de l'album : il y a le discours, le beat arrive puis vous commencez. Il y a la basse, il y a tout le son aussi qui est vraiment pro. Ce que vous cherchiez ? Une production qui est vraiment professionnelle tu sais ? C'est ça. On est passés du punk de garage à... ouais ! Metallica, « Black Album ». Ouais, exact ! OK, très cool. Puis le texte d'intro est super bon aussi. Puis non moi c'est une toune que j'aime beaucoup, c'est une de mes préférées là de l'album. Tu as quelque chose à ajouter là-dessus ?
Biz : Moi, mon couplet, je me souviens que j'écoutais H24 « The Eminem Show », OK ? Et que j'entends dans le flow que j'ai sur ce couplet-là Eminem, « Without Me » mettons, ou « Business »... pour moi ça correspond avec une espèce de symbiose avec Eminem de se dire : OK il est tellement fort dans son flow, dans sa versatilité, que je vais essayer de m'amuser avec ça.
Chapter 16 : Une chanson après l’autre (Continued)
Biz : Je me souviens que c'était cette époque-là. C'était l'époque de « Club de foot » en 2003. Fait qu'on était entourés de gros gros gros rap puis ça donnait le goût d'aller plus loin.
Hugo Lachance : OK. Puis avec Loco Locass, est-ce que vous avez eu des commentaires ou d'artistes mettons américains ou français, ou une reconnaissance un peu internationale ?
Biz : Américains zéro. Français non plus. Je ne pense pas que... on a quelques fans en France mais pas chez les artistes en fait. Mettons MC Solaar n'a jamais dit : « Ah ! J'ai écouté Loco Locass, c'était bon. » Ça reste à faire peut-être ?
Hugo Lachance : Ah peut-être ! Alors on continue avec « La Bataille des murailles ».
[Extrait de La Bataille des murailles]
Donc « La Bataille des murailles ». Des chœurs : il y a André Marchand, Jean-Claude Mirandette, Michel Bordeleau puis Michel Faubert et Normand Miron, avec les Charbonniers de l'Enfer !
Biz : Ouais, qu'on a entendus. Bon ça c'est une chanson... c'est moi qui ai écrit le texte. On est allés au printemps 2001 à Québec, qui était une grosse manifestation altermondialiste sur une rencontre politique qu'il y avait entre tous les chefs d'État des pays de l'Amérique pour avoir un accord de libre-échange. Mais cet accord-là, il était secret puis ils ne voulaient pas le dévoiler. Fait que nous on a dit : « Ben ça ne marche pas ! ». Plein de monde... c'était mon baptême citoyen là ! C'était écoute : il y avait vraiment une barricade près du Grand Théâtre à Québec. Ils étaient enfermés dans les hôtels. Il y avait des flics de la SQ puis de la GRC, puis une solidarité citoyenne ! On se faisait gazzé, on imbibait des mouchoirs de vinaigre, tout ça.
Fait que c'était tout ça... nous on rappait, on avait même commencé un vidéoclip avec « Langage-toi » aux barricades. Ça m'a beaucoup marqué moi, puis j'avais envie de rendre compte de ça mais je ne voulais pas parler de Québec 2001 puis ça. Parce que ça vieillit vite puis ça enferme la chanson. Fait que je me suis dit : « Ah ! Mais de tout temps, les empires économiques ont voulu s'agrandir, incorporer les pays, faire du libre-échange et tout ça. » Puis je me suis dit : « Je pourrais faire un truc médiéval. » À ce moment-là je perdais beaucoup de temps avec le jeu « Heroes of Might and Magic II », OK ? Avec des dragons là, puis un jeu tour par tour de chevaliers. Puis je me demandais pourquoi je ne travaillais pas sur l'album au lieu de jouer à ce jeu-là ? Puis au final quand j'ai commencé à écrire « La Bataille », j'avais tout un vocabulaire médiéval de herses, de chevaliers, de tout ça.
Et ça, ça a fait que la toune a coulé à cause de ça pour le texte. Puis après ça je suis allé voir Chaf puis j'ai dit : « Fais-moi du rap médiéval ! », ce qui est un peu antinomique.
Hugo Lachance : À part « La tribu de Dana », ça n'existe pas ben... c'est vrai.
Biz : Fait que là j'avais l'idée de la vielle — instrument médiéval qui est comme un violon mais avec un archet circulaire donc qui donne un effet de loop en fait — qui fait un lien avec l'échantillonnage exact ! Puis lui ce qu'il a fait c'est qu'il n'a pas pris de vielle à roue, mais il a échantillonné un violon africain d'une toune africaine, puis il l'a mis en boucle puis il l'a bendé. Puis c'est quoi... il a fait du Chafiik là ! Il a mis les colonels, il a mis les épices dans la recette ! Puis ça, ça a fait ça. J'ai entendu ça, j'ai dit : « C'est parfait ! C'est exactement ça qu'il faut. ». Donc et à un moment donné, Bat et moi on est allés voir un show des Charbonniers de l'Enfer pendant qu'on écrivait. Puis on a pogné de quoi ! Vraiment cinq gars, cinq bonhommes a cappella qui chantent du folklore avec des mélodies puis un espèce de mur sonore de beauté, de juste des voix !
Hugo Lachance : Oui.
Biz : Et on a pris trois décisions très importantes cette soirée-là. Il m'a demandé d'être le parrain de sa fille. J'ai dit oui ! Et incidemment, Justine elle est née le jour de ma fête... c'est donc dire : je ne pourrai jamais oublier son anniversaire. Ensuite on a décidé de les inviter dans « Bataille des murailles » en disant : « Ah ! C'est médiéval, ça marche super bien avec leur son. » Puis on a décidé de mettre la turlute dans « Libérez-nous des libéraux ». Ce spectacle-là, il a vraiment été majeur.
Hugo Lachance : Wow ! OK.
Biz : Et donc on a invité les Charbonniers puis Chaf a travaillé avec eux. Cette toune, quand tu l'écoutes dans les écouteurs, tu as tout le travail d'ambiance sonore des Charbonniers avec les bourdons, les voix des gars... qui culmine en un crescendo qui retombe à la fin tu sais ? C'est une toune dont la structure est très bonne. Le refrain n'est pas mal... le « coupable » c'est un échantillonnage de l'affaire du Moutier de Box. Ah oui OK ! Quand il dit « coupable pour cause d'aliénation mentale ». Donc un petit bonbon en hommage à De Box. Au début on parle de Fidel Castro qui n'avait pas été invité au Sommet des Amériques. Donc il s'isole... c'était ça. Ça passe un peu à la Nuit des Longs Couteaux aussi ? Ça peut faire penser à plein de choses ! Parce qu'en spectacle, quand on la faisait puis tout le monde a le poing puis le refrain... puis moi je me rappelle tu sais, quand je te disais que le métier rentrait : j'entendais la foule qui disait « camarades tous aux barricades ». Je voyais les gens le poing... je l'ai visualisé. Et quand on la faisait, j'ai des moments mémorables de 3000 personnes le poing dans les airs. Tu dis : « On est... ». Puis là j'étais content de ne pas avoir parlé du Sommet de Québec, parce que plein de gens qui n'étaient pas allés ne pouvaient pas connecter. Mais là, n'importe quel combat disons social pouvait connecter avec les barricades puis le « pas question qu'on nous mène à l'abattoir sans pouvoir savoir ce que le pouvoir nous cache dans le noir ».
Hugo Lachance : C'est ça ! Ça vaut pour tout. Exactement ! Fait que tu as pris une toune pas associée à un événement particulier mais une toune intemporelle. Parfait ! En plus l'ambiance est belle puis ça me... en show c'est comme un starter ! Tu démarres.
Biz : On la faisait rapidement souvent comme 2e toune ou 3e toune, c'est pour effectivement mettre la table. La montée, ça commence presque a cappella avec la vielle, monte, ça monte, ça culmine jusqu'à la bataille en fait, puis après ça redescend avec la l'espèce de réflexion.
Hugo Lachance : L'organisation des chansons aussi est super bien placée.
Biz : Ben c'est ça ! C'est la deuxième qui suit « Résistance ».
Hugo Lachance : OK. Puis moi j'aime aussi le son. Il y a une belle originalité dans le son. Dans les tounes de rap j'imagine, des tounes comme ça il n'y en a pas beaucoup ?
Biz : Non, non. Avec les Charbonniers justement qui viennent salir ça avec un grain de vieux messieurs là qu'on n'est pas habitués d'entendre dans le rap.
Hugo Lachance : En plus ça fit... c'est nos racines ! Exact ! Puis vous n'avez jamais eu peur d'intégrer ça dans votre musique aussi ?
Biz : Non non, pour nous l'identité, toute l'identité puis les citations qu'on fait par rapport aux artistes qui nous ont précédés, c'est fait partie de notre legs en fait. C'est de faire découvrir plein de trucs aux gens.
Hugo Lachance : C'est ça que vous avez... vous avez trouvé votre identité aussi en tant que... Comme je t'ai dit : on va voir un show d'un autre artiste puis on a des « Hé ! On met de la turlute dans "Libérez-nous des libéraux" ! ». C'est majeur tu sais ? Comme tu sais les artistes, on le dit souvent, mais il n'y a pas meilleur public que d'autres artistes, dans le sens que ça te nourrit tellement ! D'aller au musée, d'aller voir un film, d'aller voir un spectacle... parce que tu dis : « J'avais pas pensé à ça ! ». J'allais voir un show de jazz ou de jambé africain... « Je pense qu'on pourrait faire quelque chose nous autres avec ça. »
Chapter 17 : W Roi & Antiaméricanisme primaire
Hugo Lachance : OK cool ! On continue avec « W Roi ». Un petit peu du... je vais le faire avec les « vous les pensez » ?
Biz : Ouais.
[Extrait de W Roi]
Excellent ça ! C'est une petite toune, c'est presque une petite intro. Puis c'est Batlam qui a fait le texte à la suite justement de l'écroulement des tours puis du fait que les images roulaient en boucle.
Hugo Lachance : Mais ça dit c'est toi ?
Biz : Ah non oui non c'est Batlam, Batlam. OK. C'est qui « lyrics par Biz » ? Non j'ai pas une ligne là-dedans. Et puis ça lui faisait une référence avec « Ubu Roi », la pièce... tu sais c'est ça tu sais ? Batlam lui a un passé de théâtre, de comédien, donc il est tout imbibé de grandes pièces classiques. Donc forcément ça transparaît dans son écriture là-dedans. C'est manifeste là. W étant W. Bush, président américain qui fait une référence avec Ubu Roi.
Hugo Lachance : Ouais ! Puis c'est une petite affaire avec un accéléré de la musique. Puis de mémoire on l'avait enregistré à Masterkut les trois en même temps donc on faisait...
Biz : Mais il y avait un drummeur live ? Non non, la musique c'est un vrai drum bien sûr, mais la musique jouait dans nos oreilles puis les trois on était dans chacun trois boîtes. Puis on avait donc pratiqué beaucoup pour puncher les mots, faire circuler les...
Hugo Lachance : J'avais l'impression qu'était plus live celle-là avec un vrai drummeur, parce que... ?
Biz : Non OK, parce que le drum je pense qu'il a été joué par Jean-Sébastien Nicol, notre batteur. Fait que c'est un peu l'intro de la prochaine : « Antiaméricanisme primaire ».
Hugo Lachance : On passe à « Antiaméricanisme primaire ». On peut mettre le vinyle ?
[Extrait de Antiaméricanisme primaire]
Donc « Antiaméricanisme primaire ». C'est une toune Chafiik au complet, texte et musique de Chafiik. Puis à la base de ça parce qu'on l'oublie des fois, mais Chafiik a à peu près 10 % des textes de Loco Locass fait que... lui au début n'envisageait pas d'écrire de rap. Mais à notre contact, il a vu comment on faisait puis ça a donné envie d'écrire, lui. Puis je me souviens au début il nous avait présenté son couplet dans « Malaise malaisant »... puis il était très insécure ou gêné ou timide par rapport à ça parce qu'il disait : « Faut que j'accote le niveau des gars. ».
Puis nous il nous présente ça : c'est impact mon gars ! Vas-y fort tu sais ! C'est comme : on va te faire autant de place qu'il faut. Puis comme il était très occupé avec la musique, c'était pas comme les Beastie Boys, mais il y avait son espace de réflexion puis d'expression. Puis quand les tours sont tombées puis ce qui s'est passé après l'invasion en Irak, lui était en colère. Il était vraiment en colère. Puis il dit : « Moi je vois qu'on accuse souvent de : "Ah tu es un anti-américain primaire !" Moi ? Moi oui ! Moi là, oui OK ! ». Puis Chafiik, sa mère est libanaise. Donc lui il a une connexion sur le Liban, le monde arabe. Le grouve de Loco est arabe en fait. La musique, il utilise beaucoup d'échantillonnage de la derbouka, des chants, des sons. Ça ça fait partie de lui, de sa culture, il l'a incorporé dans l'identité sonore de Loco.
Hugo Lachance : Puis un lien à faire avec la musique traditionnelle aussi hein ? Que au Québec là dans le sens que souvent c'est des instruments où est-ce qu'on maintient une note puis il y a un loop aussi.
Biz : Ouais ben c'est ça ! Fait que ça se mélangeait bien. On peut dire ça comme ça. Puis là-dessus ben c'est ça : il y en avait beaucoup sur le cœur, il en avait beaucoup à dire. Puis il a fait cette chanson-là de circonstance. Mais tu pourrais sortir ça maintenant !
Hugo Lachance : Bah oui oui !
Biz : Avec ce qui se passe... je veux dire : tu arrêtes des enfants sans mandat ! Ça ça n'a aucun sens. Aller plus loin ? Non c'est ça. Même les républicains sont en train de dire à Donald : « Calme-toi là, ça va plus là. ». C'est sûr ! Puis tu sais, tu as Green Day au Super Bowl qui a été très habile en disant aux gars au lieu de dire : « Vous êtes des trous de cul ! », « Vos jobs, lâchez vos jobs de merde puis rejoignez-nous ! ». Ça c'est très habile. J'ai écouté le half-time, un ramassis de clichés. Un autre podcast peut-être ?
Chapter 18 : Groove Grave
Hugo Lachance : OK. On continue avec la toune « Groove Grave ».
[Extrait de Groove Grave]
Bon, « Groove Grave ». Ben ça, écoute tu... je pense c'est peut-être la meilleure musique que Chafiik ait faite. Avec les tablas ! Pour moi c'est un coup de génie là-dedans ! Les tablas indiens.
Biz : Tu nous dis qu'il y a peu de choses dedans au final ? Très peu d'éléments mais qui... tout est là. Tout est parfait. La pulsation aussi, pas du 4/4 particulier. Boom-bap. Le flow, Batlam est parfaitement intégré à ça. Au début on entend du son suite à l'écroulement des tours, la panique des gens à New York.
Hugo Lachance : Ah oui OK !
Biz : Donc c'est vraiment une séquence « W Roi »-« Antiaméricanisme » puis « Groove Grave ». Où à quel point ça nous a marqués aussi parce que c'est 2001. Donc on était dans l'écriture du disque. Donc ça a changé le monde. Ça a changé le monde littéralement, vraiment. Puis moi le beat là-dessus est vraiment bon, puis les mots aussi ! Les mots... regarde j'ai isolé : « La bîme brame sous nos pieds qui triment tram. Ah ouais ? Dann desin dann comme didane... quand je rime je rame sur la bîme qui brame c'est comme un bon baume, un qui me calme vraiment tout. ». C'étaient les belles années de Zinédine Zidane qui venait de gagner la Coupe avec les Bleus, et ça on nous a tellement parlé de ça ! Zinédine Zidane, c'est comme... puis les gens qui essaient de... moi je suis capable de faire des B-. Moi c'est une fierté quand j'ai réussi. Ben c'est ça ! Exactement. C'est presque un exercice de diction. Oui ! Mais tu sais, il y a une qualité dans ce texte-là, il y a une qualité de réflexion. On parle de Manic-5, on parle de Nietzsche... il a pris du temps pour réfléchir à ce qui s'était passé puis il en a sorti quelque chose... pour moi, une grande qualité de réflexion. Puis c'est rare dans la musique engagée. D'habitude c'est fait à chaud, ça a des qualités mais ça vieillit mal.
Hugo Lachance : Ouais c'est bien d'avoir du recul.
Biz : Ouais c'est, des fois. « Tu sais l'hégémonie voue aux gémonies les régimes honnis or au cœur même de l'homogène gîte l'ennemi Ben Laden ou Timothy McVeigh pareil au même en hégémonie. Bounce le gros ! Pense le gros, ça prend du courage. » quand même ça. Ouais c'est ça. C'est un super bon texte. Ouais, c'est un très bon texte. Moi je trouve c'est peut-être une des meilleures musiques de Loco puis peut-être un des meilleurs textes.
Hugo Lachance : Ah, je suis d'accord avec ça aussi. Autre chose à ajouter ?
Biz : Non.
Chapter 19 : Bon & Bonzaïon
Hugo Lachance : OK. On y va avec « Bon ». Peut-être le clip ?
Biz : C'est un de mes clips préférés parce que on fait brûler des sacoches essentiellement. Je ne me rappelle pas du tout du clip ! C'est un très bon clip puis il a très bien vieilli. On fait brûler des sacoches Louis Vuitton puis d'autres marques de luxe. Et on... le texte, on voit le texte qui défile en animation et on voit... on n'est même pas là ! C'est juste des sacoches qui brûlent. Ben un de mes clips préférés puis je pense qu'à ce jour, il a très bien vieilli aussi.
Hugo Lachance : Ah ouais ? OK. Je vais mettre le lien dans la description mais je ne me souviens pas de ça. Je vas aller voir ça. Cool. Là on passe : « Bon ! Bordel de merde ! Mais tu n'en as pas besoin de mes 50 balles ? Quoi ? 100 000 Claude ! C'est du bonzaïon ! ».
[Extrait de Bon]
Donc « Bon ». L'intro, comme on entend, ça fait partie du film « Bon ». C'est la porte du camion qui s'ouvre puis il voit les plans puis il dit : « Ça vaut très cher ce pote-là. ». Ben ça c'est la chanson cadeau justement dont je parlais tout à l'heure. À l'origine, le beat accueillait le texte de « Antigone ». Puis à un moment donné on a changé « Antigone », fait que là le beat restait disponible. Fait quand on nous a demandé de faire la toune, je me suis dit : « Ben si tu parles de pote, reggae-raggamuffin, ça peut marcher. ». Fait que là je me suis vraiment amusé là-dedans. J'ai une voix plus reggae-raga. Je me suis amusé dans les mélodies aussi parce que moi je ne suis pas un très grand mélodiste. Des trois, je suis clairement celui qui avait toujours le plus de misère avec les notes et tout. Puis là les « mails », les « mails »... ça c'est des petites mélodies très simples mais c'est moi qui les ai trouvées. Fait que j'étais assez content de ça.
« C'est de l'herblon cloné ! » Puis là j'entendais la foule qui criait « Hé ! Hé ! Hé ! » dans les shows. Effectivement, cet album-là c'est l'album où moi quand j'écrivais les trucs, je tenais compte du public. Parce que sur « Manifestif », le public n'existait pas ! Fait que je ne savais pas ce que c'était faire des spectacles, j'en avais jamais fait. Alors que là je savais c'était quoi faire des spectacles. Je me dis : « En show là, ça là ! Ah ouais ! La foule va faire ça, on va demander à la foule de faire ça... tu es capable d'ici ? ». Exact ! Fait que tu es meilleur dans... rajouter des petites mélodies. Le texte est arrivé en un après-midi. Mon Batlam aussi son couplet est venu assez rapidement. On a ri à faire ça. Puis la fin c'est ça : dans cette chanson-là on appelle à la légalisation du cannabis au Québec, qui finalement a eu lieu plusieurs années plus tard sous Justin Trudeau. Et puis la fin de la chanson est une espèce d'intro transition pour « La Censure pour l'échafaud ». C'est pour ça entre autres que cet album-là c'est le préféré de Chafiik : c'est que les chansons sont vraiment liées, c'est comme une histoire.
Hugo Lachance : Chaque chanson est un chapitre qui sont toutes liées à fond. Exact ! Il y a un espèce de fondu enchaîné fait qui est agréable à écouter cet album-là.
Biz : C'est ça ! En vinyle il passe bien tu sais ? Tu t'écoutes puis tu changes pour changer les faces. Puis donc on passe de trois gars qui fument des bats, qui sont gelés, à la paranoïa par rapport à l'identité québécoise pour « La Censure pour l'échafaud ». Fait... tu c'est une espèce de transition. Puis ça là, la transition en question elle nous a tellement pris du temps à faire au studio Masterkut ! Parce que on n'était pas gelés du tout ! Puis on ne trouvait pas le bon tempo puis ça ne marchait pas. Puis Greg je me rappelle, l'ingé-son, il était 3-4 heures derrière les consoles à répéter : « C'est pas ça ! », puis « C'est pas correct ! ». Puis m'en est p...
Puis là je me rappelle, à un moment donné ils ont fait semblant que je fume un joint puis Bat- « Puis ah ouais ! Donne-la ! Fume donc ! ». Puis là je dis : « Non non ! Ça ne me tente pas, ça me fait paranoïer. ». Puis là il insiste puis là je... c'est comme si je me fâche un peu puis je m'enfarge un peu : « Non ! Vas pas paranoïer ! ». Puis là, là ils partent à rire comme des gelés qui rient pour des niaiseries. Puis là on avait trouvé le ton !
Hugo Lachance : C'est bon ! Du niaisage !
Biz : Mais qui nous amenait à la paranoïa tu sais ? Parce que c'est ça que je disais : le pote est rendu trop fort ! Moi plus... ça me fait paranoïer. Même chose. Mais on paranoïe aussi quand il est question de se faire traiter de racistes ! C'est super bon. Il y a des références aussi à « Orange Mécanique », « Exactly », « Wog » ? Ouais... « Gollywog », ouais tout ça. Ouais c'est un texte assez... « J'entends la lumière, je vois les sons ». Ça c'est les « Correspondances » de Baudelaire aussi, quand lui-même dans les « Paradis artificiels », il trippe sur les tapisseries. Fait que c'est ça ! C'est toute la beauté en fait de l'ivresse de la drogue : ça modifie la perception des sens. C'est pour ça qu'on s'abandonne aussi là-dedans.
Chapter 20 : La Censure pour l'échafaud
Biz : Donc ça ça nous mène à « La Censure pour l'échafaud ». C'est parti !
[Extrait de La Censure pour l'échafaud]
Donc « La Censure pour l'échafaud ». Juste mentionner qu'il y a le bugle, c'est Gontran Ducasse ; contrebasse, Eric West-Millette ; le cor français, D'Iberville Plante ; et puis le violon par Guido Del Fabbro. Ouais.
Hugo Lachance : C'est une chanson... Guido c'est juste, il fait le lien avec Vulgaires Machins. C'est lui qui a fait le lien avec l'orchestre de Vienne qu'ils ont utilisé pour l'enregistrement de leur dernier album. Guido Del Fabbro... ben c'est un ami à Chafiik qui est très talentueux, qu'il a utilisé dans plusieurs chansons. Il venait puis il faisait des trucs. Puis tu sais cette chanson-là justement est organique puis elle a une base classique orchestrale avec les violons qui sont très graves. C'est parce que le sujet est très grave de cette chanson-là, qui essaie... c'est une chanson qui réfute littéralement les accusations de racisme qu'on porte tout le temps envers les Québécois sous prétexte qu'ils veulent se décoloniser.
Biz : Ouais. Euh, donc c'est un sujet très glissant. Je trouve qu'il a été quand même assez maîtrisé dans le propos là. J'aime beaucoup le refrain aussi qui est, qui ouvre, qui est presque opératique. Que j'avais tout le temps tellement de la misère à chanter en show ! Des fois Chafiik me disait : « OK ! Là arrête ça va plus. ». Des fois je le faisais, des fois je reculais mon micro. Mais c'est encore une fois : deux couplets de Batlam, un refrain de Batlam vraiment bien torchés.
Puis moi mon couplet là aussi, dans mon flow on entend vraiment Eminem. C'étaient mes années de « The Eminem Show ». Beaucoup d'influence dans le flow ! Puis je parle par exemple de mon grand-père qui s'appelait Jean-Rock. Jean-Rock sa gagne de dam- qu'on pouvait sacrifier pour dénazifier l'Europe tu sais c'est comme : « Bah là tu nous traites de racisme puis de nazis ! Mais écoute, on est allés au bat en Normandie ! Calmos Doritos », comme dirait ma fille. Donc il était question de ça là. Genre : ce Canada qui a décapité les Métis, exterminé les autochtones, conquis les francophones... garde-toi une petite gêne avant de traiter les autres de racistes ! D'accord ? C'est un peu ça le propos de la toune. Et Batlam fait référence à l'affaire Michaud aussi qui était très grave à l'époque.
Hugo Lachance : OK ! Je ne connaissais pas cette histoire-là.
Biz : Euh, non on poursuit avec « Spleen et Montréal ». Peut-être une petite note par rapport à « La Censure pour l'échafaud » : le clip ! Un clip d'animation qui a été fait par un gars de CatBurglaz, qui était un groupe de rap aussi à l'époque avec qui on frayait. Puis clip d'animation super drôle avec plein de refs très habiles, très très rigolotes aussi. Un de mes bons clips qui vieillit très bien. Je ne me rappelle pas des- aucun clip de tout sur YouTube ! OK. Je vas aller écouter ça c'est sûr. Donc c'est ça. Après ça là on est loin des nazis puis de « La Censure pour l'échafaud » puis... puis c'est ça ! « La Censure pour l'échafaud » fait référence aussi à « L'ascenseur pour l'échafaud », le film dans lequel Miles Davis avait fait la musique, improvisé la musique. Exact ! Donc c'est un petit clin d'œil aussi quand je disais que les arts peuvent s'interpénétrer, s'inter-influencer.
Chapter 21 : Spleen et Montréal
Hugo Lachance : C'est vrai. Donc après ben « Spleen et Montréal ».
[Extrait de Spleen et Montréal]
Biz : C'est ça fait référence à un poème de Baudelaire qui s'appelle « Spleen et Idéal ». Le spleen c'est un état dépressif un peu. Puis ça c'est le petit gars de Québec qui déménage à Montréal avec des grands idéaux, dont celui de faire du rap. Puis au final ça se passe pas tout à fait comme il voudrait. Ça a passé vite. Puis il y a des moments tu sais, quand on écrivait « Manifestif » puis même « Amour Oral », le cash ne rentre pas tant que ça. On ne fait plus de shows. « Et qui suis-je là ? » Tu sais c'est... « Je continue là-dessus ? Je fais d'autres choses ? ». Je pense que tous les musiciens, tous les artistes ont eu cette réflexion-là un jour ou l'autre dans leur carrière. Puis moi c'était vraiment ça là ! Puis il y a plein de gens qui ont déménagé à Montréal qui ont dit : « Je me suis tellement senti comme ça. ». L'espèce d'envie de faire grand puis au final, dans mon quotidien, je reste sur le divan puis je ne fais pas grand-chose. Donc des sentiments dépressifs dont j'allais faire un premier roman en 2010 que j'ai utilisé pour faire une chanson avec ça.
Donc ça c'est mon texte à moi. C'est vraiment mon espace personnel. Musique de Chafiik aussi, c'est lui qui faisait le piano.
Hugo Lachance : Où il a trouvé du piano ?
Biz : Ouais c'est lui qui faisait. OK, quand même. OK. Des voix féminines pour le refrain qui est très éthéré. Petite chanson qui fait la job je dirais là.
Hugo Lachance : Ben moi je l'aime bien. Moi j'aime bien ! C'est comme je te disais tantôt, c'est comme mon segment préféré avec le temps là. Parce que comme tu disais : on vieillit ! Fait que on fait plus de liens j'imagine avec moins d'envie de criage aussi peut-être. C'est une chanson qui est plus posée. Puis ça encore là il y a un clip mauvais je dirais ! Peut-être le plus mauvais clip de Loco ! Ça a été dommage pour toutes sortes de raisons, on n'a pas eu ce qu'on voulait. Puis c'est pas grave là ! Personne ne frappe pour 1000 au baseball. Celle-là on a fini dans la main du receveur. Mais il y a un clip quand même qui existe. Mettre les clips dans la description.
Chapter 22 : Maison et idéal
Hugo Lachance : Euh, mais on poursuit avec ma toune préférée de l'album :
[Extrait de Maison et idéal]
Biz : Donc « Maison et idéal ». Évidemment, on n'écoute pas au complet, mais la toune décolle un petit peu à la finale. À la fin avec Karim, du groupe Syncop, qui est un ami algérien qui rôdait avec nous autres puis qui venait faire des shows avec nous autres. Puis là là-dedans ben c'est chanson paroles et musique de Chafiik. C'est vraiment son intérieur de gars qui compose la musique. « Maison et idéal » fait référence à « Spleen et Montréal », donc « Spleen et Idéal » de Baudelaire. Un petit lien entre les deux titres. Puis c'est vraiment ça ! C'est Chafiik qui est : « Je suis casanier, je ne peux pas le nier ! ». Il est en dedans puis il fait des beats, c'est ça sa job ! Fait pendant que nous autres on brossait puis on faisait des... on trippait avec tout le monde, ben lui il fait ses beats puis c'est ça sa job tu sais ? Fait c'est pas toujours facile mais c'est exaltant, ça lui permet de voyager effectivement. Fait que ça c'est son intérieur à lui.
Puis on a une chanson qui est tellement dépouillée ! Tu as juste le... puis le boum, la grosse 808 puis le drum tu sais. C'est minimaliste. Ça c'est là où le génie de Chafiik justement a explosé ! Parce que plus tu es bon dans ta job, moins tu en fais. Au début ta séquence de travail s'améliore ? Ben puis tu sais, moins c'est mieux ! Puis là-dessus puis à la fin avec l'envolée de... puis en spectacle on chantait les paroles de Karim en arabe ! Donc...
Hugo Lachance : Ah !
Biz : Fait que là on n'avait pas trop l'accent évidemment, mais ça donnait quelque chose. Un grand moment d'ouverture dans le spectacle ! Des fois Karim venait la faire avec nous puis tu sais ça justement ça incorporait l'idée que notre projet de Québec n'était pas refermé sur la fleur de lys... que le grouve arabe entre dans notre Québec. Puis Chaf a toujours dit : la musique dans un projet comme Loco Locass ça correspond un peu à l'inconscient du groupe. Puis quand ta musique puise à toutes les musiques du monde, y compris et surtout à la musique arabe, ben ça dit que ton projet il est ouvert même sans que tu aies besoin de le dire : « On est ouverts, on est inclusifs ! ». Ça va de soi.
Hugo Lachance : Ah ouais ! Absolument. Puis ça fait aussi avec le début de l'album tu sais ? Tu veux savoir où le monde s'en va tu sais ? Ça fait même si Chafiik nous parle d'un gars qui fait de la musique dans sa maison (degré zéro politique), le fait qu'il le fasse avec un grouve arabe puis un invité arabe, ça a une ouverture.
Biz : Ah c'est super ! Moi j'aime beaucoup cette chanson-là, le beat, tout, les paroles aussi.
Chapter 23 : La Survenante
Hugo Lachance : Euh, on poursuit notre marathon avec « La Survenante ».
[Extrait de La Survenante]
C'est comme la toune weird de l'album !
Biz : Mais plus avec le recul, plus je l'écoute, plus je la trouve intéressante parce qu'elle propose un flow qui est vraiment unique. Oui ! Puis on est presque en mode de R&B là-dessus avec le claquement de doigts tu sais ? Le refrain aussi qui pourrait être chanté presque par une chorale gospel. Paroles de Batlam, musique de Chafiik. Et le travail... si Chafiik parlait lui de son travail de gars qui fait de la musique dans « Maison et idéal », là c'est le travail du gars qui écrit, qu'il faut qu'il travaille dans sa feuille. Puis écrire c'est faire passer le chaos dans le chas d'une aiguille ! C'est tellement ça là !
Batlam il a de la formule poétique ! Tu sais, c'est poétique... sur « Manifestif », « La Survenante » puis « Groove Grave », à mon avis c'est des textes de rap mais qui pourraient être dans un livre à côté de Gaston Miron, ça ne serait pas gênant. Absolument ! Pour moi c'est une grande maîtrise du texte effectivement. Un flow qui est très posé... nous on était bien énervés hein, les fous du roi là ! Puis là c'est comme : il va devenir père ! Alors calme-toi mon oncle ! Puis il accueille à la dernière « La Survenante » qui est sa fille à la fin. Donc il passe du gars qui écrit au gars qui va accueillir sa fille puis il lui dédie ce texte-là. Qui fait référence évidemment au « Survenant » de Germaine Guèvremont. C'est ce trio-là : « Spleen », « Maison » puis « La Survenante ». C'est vraiment une petite passe dans le disque où là on se calme puis on accède à l'intérieur de la tête des trois gars là.
Hugo Lachance : Ouais, moi je trouve ça fait un moment vraiment trippant dans l'album.
Chapter 24 : Antigone
Hugo Lachance : On poursuit avec « Antigone ».
[Extrait de Antigone]
Donc « Antigone ». Je me dis, j'ai trouvé un article de Jacques Bouchard, le 4 février 2005. « Les Loco Locass s'attaquent à l'immobilisme des citoyens face aux problèmes de fond dans notre société. Tout va bien tant que les poètes défendent l'usage du français, l'indépendance du Québec ou qu'ils dénoncent l'intolérance, l'hégémonie états-unienne, le gouvernement fédéral et les privatisations patapoufiennes. Le problème avec les missionnaires souvent, c'est qu'à force de trop vouloir conscientiser le peuple, ils finissent par piquer aussi quelques idées originales à la droite. Par exemple dans un "Antigone", les Locass réclament le durcissement des lois pour les criminels. "Trouvez un groupe de gauche qui écrit une toune comme ça !", a déclaré Biz au Devoir. Faudrait quand même les prévenir qu'un groupe de gauche qui défend l'ordre social par l'usage de la matraque ne fait pas du rap mais du dérapage. ». C'était en 2005 ça.
Biz : Ouais. Ben moi je ne sais pas si... je ne sais pas c'est qui ce gars-là là, mais si c'était son enfant qui s'était fait exploser par une bombe dans la guerre... là je ne suis pas sûr qu'il aurait le goût que la peine du gars soit réduite tu sais ? Moi je veux dire : réduire la peine des « pas fins » en prison, c'est ni de gauche ni de droite. C'est juste humain là ! Je trouve que ça ressemble beaucoup à du cherry-picking son affaire là. Mais non puis écoute : il a raison de dire que sur le fond c'est une idée de droite, le durcissement des peines envers les criminels. Mais je ne vois pas en quoi les criminels devraient... puis là on ne parle pas d'un sans-abri qui vole une pomme à l'épicerie là ! On parle de crime organisé. Les motards au Québec !
Ben là c'était au printemps 2001. Tu étais au cœur de Mom Boucher puis c'était gros dans ce temps-là ! Ils faisaient la loi littéralement tu sais ? Ils sont sortis... quand il est sorti du palais de justice on l'a vu les séries récemment, « L'Appel » et tout ça. Puis là revirement des choses : Batlam incarne le chef des motards dans la série ! Maintenant qu'il est devenu lui-même un « full patch », c'est drôle. Mais moi c'est ça : j'avais... c'est un texte que j'ai fait puis j'avais envie justement de condamner l'emprise que le crime organisé avait sur la société québécoise. Si ça fait de moi quelqu'un de droite, je l'assume. Je ne pense pas là. Puis musicalement : plus de guitoune. Parce que ce texte-là donc était sur « Bon », le reggae au début. Ça donnait quelque chose de complètement différent. Donc Chaf a dit : « Ben ça nous prendrait quelque chose de plus métallique là, en lien avec l'agressivité du ton, du propos. ».
Effectivement : guitare électrique. On est plus près de Body Count en fait que de Eminem ou Public Enemy. Exact ! Donc ça, on s'est permis d'aller dans tous les genres ou sous-genres de rap là. Ça marche très bien. Puis en show c'est une chanson qui avait énormément d'énergie qu'on faisait vers la fin pratiquement, avant « Libérez-nous des libéraux » là. On ouvrait vers la fin. Il y avait une séquence où on faisait des radios, on intégrait plein d'autres tounes... un bout de « L'Assaut » aussi avant de revenir conclure dans la chanson. C'est une chanson qui durait en spectacle des fois 8 minutes, puis dans laquelle on incorporait plein d'affaires. Puis elle était extrêmement énergique ! Les voix circulent beaucoup à trois aussi. Il y a beaucoup de passation syllabique puis de mots... un peu Beastie Boys aussi ? Ouais c'est ça ! C'est exact. Puis ça défoulait de faire ça en spectacle.
Chapter 25 : Libérez-nous des libéraux
Hugo Lachance : Cool. On poursuit avec « Libérez-nous des libéraux ».
[Extrait de Libérez-nous des libéraux : Discours de Jean Charest / René Lévesque]
Donc « Libérez-nous des libéraux » qu'on connaît, qui a tourné en masse.
Biz : Ouais. Je vais aller aux toilettes avant d'en parler parce qu'il y a beaucoup à dire.
Hugo Lachance : On continue avec... tu ne veux pas qu'on en parle ? Ah ben oui c'est vrai ! Moi ça ne me dérange pas. On peut la passer. C'est bon, continue !
Biz : Donc « Libérez-nous des libéraux ». Ben c'est ça tu sais ! Je pense que c'est la grosse toune de l'album là tu sais ? Je pense qu'un bon album là qu'on aime, il y a tout le temps une grosse toune au moins tu sais ? Celle-là c'est « Libérez-nous des libéraux » pour toutes sortes de raisons. Elle a bien marché. Je pense qu'elle était en phase avec une grogne qu'elle a fédérée, les insatisfaits du gouvernement Charest. Dans son propos, le beat était pas mal aussi tu sais ? Il y a quelque chose qui avance dans le beat. Assez simple aussi ! Il y a de la turlute, de la podorythmie pour le refrain. C'est une toune de rap qui ne faisait pas peur aux Québécois qui ne connaissaient pas le rap. C'est comme s'ils pouvaient se reconnaître : « OK, il y a un petit peu de tapage de pied, un petit peu de turlute... OK, il parle vite mais je vais m'intéresser ! ». Puis « libérez-nous des libéraux », je comprends tu sais ?
Ouais, elle était parfaitement en phase avec ce public-là. Ouais. C'est tu sais ? Puis moi je ne pensais jamais quand on a sorti l'album, je ne pensais jamais qu'elle allait jouer à la radio ! Parce que c'est une chanson qui appelle à la destitution du gouvernement au pouvoir. Il n'y a pas beaucoup de pays dans le monde où ce serait possible ! Ça c'est vrai. Dans bien des pays cette chanson-là nous aurait valu la prison ou même la mort ! Faut pas se le cacher. Mais bon ça a changé quelque chose. Ils sont tellement restés longtemps au pouvoir ! Tu sais : « en dictature c'est "ferme ta gueule !", en démocratie c'est "cause toujours !" » tu sais ?
Hugo Lachance : Ouais ouais ouais. Mais non mais c'est cool qu'une toune populaire amène du côté politique aussi quand même.
Biz : Ouais, c'est ça ! Ça c'était... il n'y avait pas beaucoup d'équivalents. Non, je ne pense pas non plus. Puis le timing comme on parlait tantôt était parfait. Puis bon écoutez : composée à l'automne 2003, l'hiver 2004, sur la base de la réingénierie du Parti Libéral de Jean Charest, l'austérité. Ouais ça, l'austérité c'était plus Couillard ! C'est ça. Monsieur au final c'est un peu la même chose.
Puis je me rappelle ça c'était drôle : il y a tellement de souvenirs autour de cette toune-là parce que c'est une toune qui est majeure dans notre carrière. Probablement la plus connue avec « Le But » là, sûr. On l'a enregistrée au mois de mai, on l'a offerte gratuitement sur notre site internet. Le site a planté parce que tout le monde est allé la télécharger ! Après ça les syndicats s'en sont emparés pendant l'été 2004. Elle s'est échangée la première position avec « Hawaïenne » des Trois Accords au « 6 à 6 » de CKOI ! C'étaient les deux tounes de l'été ! Puis écoute moi j'étais... moi je me rappelle j'habitais à LaSalle à ce moment-là. Je me faisais du barbecue, j'écoutais CKOI puis là il y a quelqu'un qui dit : « Aimeriez entendre Loco Locass avec Libérez-nous des libéraux »... puis là un gars de Sherbrooke là. J'étais là : « Hé ! On est rendus au 6 à 6 ! On est rendus populaires ! » Alors qu'avant c'était au cégep, à l'université... on faisait de la musique d'étudiants. Mais là c'était comme une autre coche là tu sais ? Dans la coche des Desjardins, de Jean Leloup, des Cowboys... la cour des artistes populaires.
Puis version démo donc ! Qui jouait à la radio parce qu'on allait enregistrer l'album au mois d'août. Donc pendant... puis je me souviens que quand on l'enregistrait au mois d'août, fin août, il y avait la une du Journal de Montréal, c'était : « Loco Locass cartonne avec "Libérez-nous des libéraux" ! ». Ah ouais ? Là moi je m'étais dit : « Mais pourquoi je réenregistre un numéro 1 ? C'est absurde tu sais ! ». Puis comme de fait à ce jour, c'est la version démo qui joue à la radio. Puis on l'a réenregistrée, ajouté le couplet fédéral pour Paul Martin à l'époque. On voulait utiliser le fameux : « Je suis prêt ! L'équipe du Parti Libéral est prête ! Nous sommes prêts ! » de Jean Charest au débat des chefs. Là je me souviens d'être en studio, j'appelle le Parti Libéral du Québec. OK ? Je leur dis : « Bonjour ! On est un petit groupe de rap, on voudrait utiliser un petit bout que Monsieur Charest a dit pendant le débat des chefs. Est-ce que c'est possible pour notre musique ? ». Il dit : « Ah ! Je vais vous transférer au Contentieux du Parti Libéral. ».
Et ça, le Contentieux, ça veut dire les limbes. On n'a jamais... moi, juste le ton là c'était comme : « Oublie ça ! Ils ne nous diront même pas non mais ils vont tellement nous niaiser que l'album va déjà être sorti. ». Fait qu'on a appelé Les Zapartistes qui étaient des amis qu'on connaissait bien et c'est François Parenteau qui imite Jean Charest... le fameux « Je suis prêt ! ». Puis on s'y méprend ! Mais tu sais à la fin c'est : « J'ai... je préfère Burger King ! ». Puis là c'est ça, aucun rapport ! Ça délire complètement. Puis c'est Christian Vanasse qui fait Paul Martin. Puis c'est tellement drôle ce qu'ils disent, puis ça va tellement dans l'esprit de la chanson ! Fait que ça c'est la version couplet fédéral qui est sur l'album.
Hugo Lachance : Moi je trouve qu'elle est proche de Eminem aussi, parce qu'il y a un côté humoristique. Ouais complètement ! C'est quoi la toune d'Eminem ? Son premier single là ? « My Name Is », je pense qu'elle est quand même proche de ça. Puis il y a le côté humour aussi je pense qui fait... oui ben oui ! On veut... on n'est pas d'accord avec les positions politiques de ce gouvernement-là puis on le dit. Mais toujours un peu sourire en coin, en tirant la langue tu sais ?
Biz : Je pense c'est ça qui a fait que ça a séduit les gens aussi. L'humour marche quand même bien tu sais ? Les chansons humoristiques comme « Hawaïenne » justement. Mais zéro politique ! Nous on a réussi à amalgamer les deux, ce qui était plutôt rare. Puis en show évidemment, c'était le point culminant de tous les spectacles des années 2000 à partir de 2004. Les gens devenaient fous, le poing dans les airs. Puis on l'a déjà fait à la Saint-Jean devant 100 000 personnes. Puis moi je me suis dit : « 100 000 personnes avec le poing dans les airs, ils vont en manger une aux prochaines élections ! ». Puis ils ont repassé encore. Parce qu'au final on prêchait à des convaincus tu sais. C'est ça aussi la...
Hugo Lachance : Ouais c'est ça exact ! Tu n'allais pas séduire d'autres personnes.
Biz : Ben, les militants libéraux, ils ne l'aimaient pas la toune. Peut-être qu'ils l'aimaient en cachette dans leur sous-sol tu sais ! On a fait beaucoup de « millage » là-dessus. Quand ils n'étaient plus au pouvoir, donc pendant l'intervalle PQ, puis que c'étaient les conservateurs au fédéral, on ne la jouait pas ! Donc là il a tout fallu réorganiser notre spectacle. « Vous faites un show de Loco Locass sans jouer cette toune-là ? ». Ben tu sais... les gens la demandaient ? Oui, mais ils comprenaient. On l'expliquait : « On ne la jouera pas parce qu'elle a fait la job tu sais. ». Puis c'est ça aussi récemment, tu as Stéphane Archambault qui a expliqué que lui il ne faisait pas « Dégénérations » parce qu'il était rendu ailleurs.
Hugo Lachance : Ah moi je l'ai reçu au podcast aussi puis il raconte ça ! Il dit : en fait quand il a travaillé avec Joe Grass puis Robbie Kuster pour son album « Point » qui est vraiment excellent... moi j'ai écouté ça tout l'été cet album-là ! C'est super bon ! C'est vraiment un virage incroyable. C'était pas gagné. Les thématiques aussi ! Moi ça correspondait parfaitement à où j'étais dans ma vie aussi. C'était la même chose, c'était : wow ! Puis en plus il dit très bien pendant l'épisode, c'est qu'il avait choisi deux musiciens anglophones puis les règles c'est qu'il ne fallait pas qu'ils connaissent Mes Aïeux ! Puis il ne voulait pas de violon a priori. Exact ! Fait tu sais, il voulait sortir de ça puis ça a fitté. Les gens comprennent qu'ils veulent entendre la fameuse chanson, mais c'est pas ça le point.
Biz : Non. Puis aussi c'est parce que nous ça nous a forcés à revoir nos chansons. Parce qu'à un moment donné, tu fais de spectacle en spectacle, tu fais un menu qui marche. Puis là tu dis : « Ben si ça marche, on ne change pas ! ». Puis effectivement la formule est gagnante. Mais à un moment donné, tu tombes un peu sur le pilote automatique. Fait que là tu fais plus ta grosse toune... c'était devenu « La mémoire de Loco Locass » qui était la grosse toune à la fin. Donc on redéplaçait des tounes puis là au final tu... ça te force à dire : « On est-tu le groupe d'une seule chanson aussi ? ». Ça implique tout ça comme réflexion.
Mais ça n'a pas duré longtemps, le gouvernement Marois. C'est un gouvernement minoritaire qui a duré 2 ans et demi je pense, fait qu'ils sont revenus rapidement malheureusement. Mais ça a été... je veux dire quand les notes de piano partaient... paf ! Les gens devenaient fous littéralement. Je me souviens qu'on l'avait jouée aussi en 2012 quand on a sorti « Le Québec est mort, vive le Québec ! ». C'était pendant le Printemps Érable. Puis il y avait aux Francofolies, sur la Place des Festivals, une foule qui allait jusqu'à René-Lévesque ! Laurent je pense a dit que c'était la plus grosse foule de l'histoire des Francofolies. C'est dur à mesurer ces affaires-là, mais il y avait du monde en crisse ! Puis on avait invité les meneurs étudiants Martine Desjardins, Léo Bureau-Blouin puis Gabriel Nadeau-Dubois à venir faire « Libérez-nous des libéraux » avec nous. Ouais ! Je me rappelle de ça. Puis la veille, le jeudi on est en train de répéter le show puis Laurent Saunier nous appelle puis il dit : « Vous ne pouvez pas faire la toune. ». C'est-à-dire : pas vous ne pouvez pas faire la toune, il dit : « Les meneurs étudiants ne peuvent pas chanter avec vous. ».
« De quoi tu parles Laurent ? ». C'est Laurent on le connaissait ! « Chris Laurent, ça fait 8 ans qu'on n'a pas entendu parler de Loco. On a un nouvel album. Le Québec est en effervescence ! Tu nous dis qu'ils ne peuvent pas chanter avec nous autres ? De quoi tu parles ? ». Puis tu voyais qu'il n'était pas bien puis que ça ne venait pas de lui.
Hugo Lachance : Oui ben oui ! Coupé.
Biz : On était dans un mode de censure politique littéralement là ! Puis là moi je me souviens d'avoir raccroché en disant : « Tabarnak ! ». On le répète pour le show du lendemain puis je dis : « Ben d'abord on ne le fait pas le show ! Allez chier ! Vous voulez nous censurer ? Allez chier ! On l'annule puis on explique pourquoi. ». Puis là Batlam a dit : « Ouais mais peut-être pas. Peut-être on peut faire d'autre chose. La liberté d'expression est morte ! On va faire une minute de silence à la mémoire de la liberté d'expression au Québec. ». Puis les meneurs, ils peuvent venir danser sur scène mais ils ne peuvent pas chanter. Ils ne peuvent pas prendre la parole.
On fait le show. Ça se passe super bien puis à la fin les notes arrivent, les meneurs arrivent... là Jésus marche sur l'eau là ! Puis on explique : ils ne pourront pas chanter par exemple. Là c'est : « Comment ça ? ». Puis là c'était tendu. Fait qu'on dit : « Ben là on va vous demander de vous asseoir puis de prendre une minute de silence en mémoire de la liberté d'expression. ». Puis Batlam il parlait, j'étais là : « Tu veux faire asseoir 75 000 personnes ? De quoi tu parles ! ». Puis les gens commencent à s'asseoir puis ils s'écrasent puis ils se taisent... puis là tu le vois là ! Tu as 75 000 personnes devant toi puis baf ! Ils s'assoient et ils se taisent. Et top chrono : pendant une minute on n'entend rien dans Hochelaga à Montréal, sauf un saxophone qui joue sur une autre scène beaucoup plus loin ! Ça marche. Puis là après on dit « Vive le Québec ! ». Puis là on part la toune, les gens se lèvent et là c'est la folie ! Les trois meneurs ils dansent avec nous autres, ils sont là. Puis je pense qu'au final ce silence-là était plus éloquent que tout ce qu'ils auraient pu dire. Puis ça a été la fois où c'était comme : « OK, là tu as une chanson... cette chanson-là là, c'est son moment de gloire. Elle a été faite pour ça. ».
Hugo Lachance : Wow ! Très... c'était vraiment... Moi là je, honnêtement je couperais mon petit doigt de la main gauche pour revenir 2 heures avant ce spectacle tellement c'était intense. Ça faisait 8 ans qu'on n'avait rien fait, on présentait notre nouveau disque en pleine grève étudiante. C'était malade. Mais c'est fou de penser à ça que ça arrive au Québec. Est-ce que tu te fais censurer comme ça pour que Laurent t'appelle puis dise : « Ils ne chantent pas » ? C'est la preuve aussi que là le gouvernement commençait à l'échapper.
Biz : Ouais bah oui ! Puis à s'entêter. « Tu veux t'entêter ? Ben nous on va aller là ! Nous autres non plus on n'arrêtera pas là ! ». Puis on commençait à... je dis « on », je parle de tout le monde y compris Loco Locass, ça commençait à devenir dangereux pour le gouvernement ! Ah oui absolument ! Parce qu'il y avait des marches tous les jours dans les rues en plus ! Faisait beau hein ? Cette année-là, le printemps hallucinant ! Et le Canadien, en appui aux étudiantes, avait décidé de ne pas faire les séries cette année-là. Et honnêtement ça a tout changé ! Parce que si on est en mode « il y a une game à soir », il y a plus de monde dans la rue là. C'est vrai ! Une game de série ou plus. Ça fait que là c'est le printemps qui occupait tout. Il faisait super beau. Et moi ce moment-là, c'est le plus près que j'ai vécu d'après le référendum de mouvement social au Québec de grande envergure.
Il y avait une créativité, une énergie de la jeunesse ! Toutes les pancartes étaient en français avec des jeux de mots incroyables, pas de fautes ! Là tu te dis : « C'est pas la Loi 101 qui les oblige à faire leur pancarte en français. Ils écrivent en français dans l'espace public parce qu'ils pensent que le français leur donne du pouvoir dans l'espace public ! ». Puis ça, moi ça m'avait réjoui au plus haut point. C'est des manifestations qui étaient propres aussi. Très peu de merde sauf quand les flics arrivaient. Après ça, de la créativité, l'ingéniosité... nous on a dit : « On va être à votre service. Si vous voulez qu'on aille faire un lip-dub ou qu'on vienne manifester, on va être là. On vous appuie. ». Il y a aussi le groupe avec Podcast où « La journée qui s'en vient est flambante neuve » est devenue aussi un aux manifestations.
Moi je participais à plusieurs manifestes, puis sur les rues, les gens avaient des haut-parleurs avec « Libérez-nous des libéraux » en boucle pour nous accompagner. C'est un bel hommage ! La toune elle avait atteint son paroxysme. On ne pouvait pas le savoir, mais on l'a fait dans ce but-là pour ça. C'est une chanson... la plus grosse chanson de notre répertoire. Pas de vidéoclip ! Fait que les gens ont fait spontanément avec des images sociales leur vécu. Chacun a son propre vidéoclip dans sa tête puis chacun fait son montage. Puis elle a duré, comme je te dis : en 2012, ça faisait déjà 8 ans qu'elle avait été écrite ! C'était déjà une vieille toune. Puis les gens s'en servaient encore. C'est un très bel honneur vraiment.
Hugo Lachance : C'est vraiment la magie qui est arrivée comme on parlait tantôt dans ce cas-là.
Biz : Ouais tu sais c'est dans ce temps-là que tu dis : ça vaut la peine de travailler tes tounes, beaucoup ! Le texte, la musique, l'enregistrement, tout, parce que ça va te survivre, ça va durer. Ouais. Mais il y a quand même aussi le moment... il peut arriver quelque chose justement, le côté magique. Ça change carrément de direction ça ! Puis tu vois « Le But » était prête je pense qu'elle était prête en 2008 puis on a attendu. Parce que cette année-là ils se sont fait sortir en première ronde rapidement. On a attendu un an ! Donc imagine : on a une cartouche là, on savait que ça allait frapper fort là. On a une cartouche qu'on attend un an avant de dégainer.
Hugo Lachance : Comment ça s'est passé justement avec « Le But » ? Comment vous en arrivez là ? C'est les Canadiens qui vous ont contactés ou non ?
Biz : Non ! C'est nous autres qui avons décidé de faire ça pour l'album « Le Québec est mort ». On commençait à travailler dessus en 2006 je pense. Mon gars venait de naître puis moi je le poussais en poussette, je rappais des couplets ! Pendant 2 ans et demi on a travaillé la toune puis c'est ça : on voulait parler de cette équipe-là puis de ses liens avec l'histoire du Québec...
Hugo Lachance : Mais la toune est entrée au Centre Bell quand même ?
Biz : Ouais ! Elle finit par y arriver mais pas d'office. Puis là j'ai appris récemment qu'ils la remettent dans le jeu « NHL 26 ». Ah ouais ? Parce que quand tu vas au Centre Bell, c'est la toune de la victoire ! Quand ils gagnent, les joueurs viennent saluer la foule puis ils mettent « Allez Montréal ! ». Fait comme c'est très réaliste dans le jeu vidéo, bah ils veulent... quand tu vas gagner avec les Canadiens dans le jeu vidéo, tu vas entendre la toune.
Hugo Lachance : Wow ! On espère des bons droits d'auteur là-dessus ?
Biz : Ah ben écoute ! C'est très peu. C'est une licence ! Ils nous donnent 3000 piastres divisé en 4. Fait que c'est ça que ça me donne : un peu plus que 500 piastres.
Chapter 26 : Engouement
Hugo Lachance : OK ! Allez on continue, nous reste « Engouement ».
Biz : « Engouement ». Voilà ! Les transitions dans cet album-là sont tout ça fait qu'il a tellement travaillé là ! Dans chaque toune il y a une transition, l'une mène à l'autre.
[Extrait de Engouement]
Donc ben les trois ! Ça ferme l'album, les trois on rappe dessus. C'est un refrain que Chafiik fait qui est vraiment un jeu de mots. Beaucoup d'énergie en spectacle en accélérant ! C'est une des tounes de la fin qui met le feu encore une fois ! Petite mélodie arabisante aussi. Donc musique assez dépouillée aussi typique du génie de Chafiik là. On a... moi j'ai un couplet puis les deux autres ont deux couplets je pense. On se passe beaucoup de mots. C'est vrai, c'est très très énergique. Tu sais, c'est une toune qui est manifestive là tu sais ? On s'amuse avec les mots dans cette chanson-là vraiment.
Puis en même temps il y a un propos toujours sur l'indépendance aussi, sur la liberté, à... ça clôt l'album sur une note assez festive parce que on est passés par plusieurs états d'âme on pourrait dire, plusieurs types d'énergie. Puis ça, l'énergie sur laquelle on voulait laisser les gens, c'est : ouais ! Tu as l'impression qu'il s'en vient quelque chose. Quelque chose qui s'en vient tu sais ? Qui annonce un autre album ? Mais 8 ans plus tard ! Ça c'était pas prévu. Mais tu sais si tu laisses les gens après le spectacle avec cette chanson-là, c'est : allez-vous-en sur cette énergie-là ! Ouais ça ne finit pas sur les slows ? Non c'est ça. Puis on n'allume pas les lumières pour vous mettre dehors tu sais ? C'est plus... on a un peu appelé à l'action sociopolitique pendant l'album mais : allez-y !
Hugo Lachance : OK ! Ah c'est bon. J'aime comment vous avez pensé l'ordre des tounes. Faut tenir compte de tellement de paramètres : les tonalités des chansons, les rythmes des chansons. Tu ne peux pas avoir quatre chansons de suite où c'est Biz qui a fait le texte et tout ça tout ça. Faut alterner plein de trucs ! Puis il faut raconter une histoire aussi tu sais ? Mais c'est un album qui est formidable à redécouvrir. Moi ça faisait longtemps que je ne l'avais pas écouté puis j'ai vraiment eu du plaisir à l'analyser.
Biz : Ça la sortie vinyle pour ça tombe bien ! Parce que ceux qui aiment la musique pour vrai puis qui n'aiment pas juste une toune dans une playlist, mais qui aiment une histoire... ben le vinyle va te raconter l'histoire dans le bon ordre. Non je pense que c'est bien. Hâte de l'avoir !
Chapter 27 : SEGMENT : Rafales
Hugo Lachance : On a passé à travers l'album ! Yes ! Un petit dernier segment en rafale. Ton top 3 de l'album c'est quoi ?
Biz : Aïe aïe aïe ! Ça n'engage à rien ! C'est dur parce qu'il y a des tounes sur lesquelles j'ai participé, des tounes où je ne participe pas... fait que là c'est-tu mon ego, mes droits d'auteur puis ça ? D'ailleurs les droits d'auteur, nous on a réglé le problème : on est tout séparés en trois ! Fait que quand « Groove Grave » joue à la radio, moi j'ai du cash même si je n'ai rien fait dessus. Ça a réglé bien des problèmes à la source.
Le top 3... je dirais : « Groove Grave » certainement. Certainement « Groove Grave ». Pas le choix de dire « Libérez-nous des libéraux » parce que c'est le gros tube. Puis j'hésiterais peut-être entre « La Bataille » puis « Résistance ».
Hugo Lachance : Moi c'est : 3, « La Survenante » ; 2, « Groove Grave » ; 1, « Maison et idéal ».
Biz : On n'a pas du tout les mêmes choix ! C'est bien tant mieux, parce qu'il y en a pour tous les goûts. Exact !
Hugo Lachance : Ta chanson... la chanson qui représente le mieux cet album-là, c'est une porte d'entrée ?
Biz : Cet album-là : « Libérez-nous des libéraux ». Quelqu'un qui n'a jamais écouté Loco c'est... il n'y a même pas photo là ! C'est bon. Il y a des gens qui ne nous connaissent juste à cause de ça ! Puis c'est justement la porte d'entrée vers d'autres choses. La meilleure chanson en show ? « Libérez-nous ».
Hugo Lachance : Puis la toune que tu aimes le moins ? Si tu en avais une à enlever ce serait laquelle ?
Biz : Écoute sur l'album je dirais peut-être « Engouement »... pas en show par exemple ! Je trouve qu'en show elle est meilleure que sur l'album mettons. Sur l'album je la trouve un peu lente mettons.
Hugo Lachance : Puis en terminant, qu'est-ce qui te rend heureux de cet album-là ?
Biz : Ben je pense tu l'as dit tantôt : c'est le fait qu'il gagne ! C'est un album qui gagne à être écouté 20 ans plus tard tu sais. On a eu du fun avec pendant nos années de jeunesse là. On a 50 ans... mais on peut le réécouter puis tu sais, on est passés à travers vite là ! Puis moi je l'ai surtout dans les écouteurs. Je pense qu'il gagne à être écouté dans des écouteurs. C'est tellement cliché de dire ça, mais je pense qu'il a bien vieilli. Je pense que oui. Puis ça dit quelque chose malheureusement du Québec. Ça dit qu'on n'a pas beaucoup avancé.
Hugo Lachance : Ah ouais ? Tu penses ? OK.
Biz : Ah ouais ! Si les tounes sont encore pertinentes la plupart, ça n'a pas beaucoup bougé au Québec. C'est comme une photo mais malheureusement qui est restée dans le temps. Tant mieux pour Loco Locass mais tant pis pour le Québec d'une certaine façon. Mais ouais je pense que l'idée d'être « Manifestif » là, ça se retrouve là-dedans aussi. C'est cool ! C'est ce qu'on pouvait faire de mieux à l'âge où on avait. Puis ça moi évidemment personnellement, il est associé à beaucoup de souvenirs dans ma vie personnelle. La tournée... c'est là où on a explosé avec les fans aussi. Puis d'ailleurs quand on l'a présenté cet album-là parce que « Libérez-nous des libéraux » avait tourné tout l'été 2004. Puis en octobre 2004, on est allés à « Tout le monde en parle ». Parce que fort du succès de « Libérez-nous des libéraux », l'album sort... « C'est qui ces gars-là ? ». Faut les recevoir !
C'est la première année de « Tout le monde en parle » donc ça faisait quelques mois qu'on avait tiré la toque à Raël avec Chaf ! Écoute il y a quasiment 2 millions de personnes qui écoutaient ça au Québec là ! Tu enlèves les gens dans le coma, les Anglais puis les vieux messieurs, il y a pas mal tout le monde. Et donc on se fait inviter, on passe en entrevue. À l'époque c'était avec du montage. Le jeudi le tournage, donc on va faire le tournage. Le disque était en vente le mercredi. Ça sortait le mercredi, le jeudi on va faire le tournage de « Tout le monde en parle ». Ça se passe bien. On s'était dit, on avait un genre de plan de match : « Faut qu'on soit vrais. Faut qu'on ait du fun. Il faut qu'on rappe ! ». Puis c'est exactement ce qu'on a fait. On rappelle des petits extraits a cappella tu sais pour...
Puis donc le tournage a lieu, ça se passe bien puis la diffusion c'est dimanche. Puis quand on dit de la magie là... bon la chimie ça tu peux la prévoir parce que c'est toi qui l'as faite là ! C'est toi qui brasses les éléments. Mais la magie c'est que sur le plateau, en même temps que nous, il y avait une comédienne qui venait présenter un film sur la Nouvelle-France avec Gérard Depardieu. Et pour parler du film, l'émission avait décidé de faire un quiz sur la Nouvelle-France. Donc on séparait les deux équipes face à face avec des buzzers. Puis l'autre bord, je me souviens, il y avait Michel Rivard qui était là. Ce qui était quand même une grosse pointure ! Nous autres on avait des tuques, on avait 30 ans à l'époque, mais on était quand même considérés comme jeunes. Puis moi, la Nouvelle-France, ça adonne que j'aime ça puis j'ai une bonne mémoire.
Fait que j'ai répondu à toutes les questions là ! [Bruit de buzzer] Biz : Québec ! [Bruit de buzzer] Biz : Champlain ! [Bruit de buzzer] Biz : Intendant Talon ! [Bruit de buzzer] Biz : 1642 !... tu sais, je connaissais tout ! C'étaient des questions très simples de l'histoire de secondaire 4, mais moi je m'en souvenais. Et ça a fait en sorte qu'il y avait 2 millions de personnes qui disaient : « OK ! Ils ont des tuques, leur jean descend un peu trop bas, mais ils connaissent leur histoire. ». Puis : « Ils ne sont peut-être pas si caves qu'ils en ont l'air ! ». Puis là les parents, ça a comme légitimé : « J'ai un ado qui aime le rap... moi il a acheté ça OK. ».
De sorte que quand l'émission est sortie le dimanche, ça a été diffusé... le lundi moi fallait que j'aille m'acheter un fil sur Saint-Hubert à Montréal. Je prends le métro puis là sur la rue Sainte-Catherine à chaque coin de rue que je fais, je me fais arrêter ! « Ah ouais ? Hé ! On t'a vu à la télé hier ! Hé ! C'était bon qu'est-ce que tu as fait ! Hé ! Michel Rivard, tu connais plus ton histoire que lui ? ». Puis là j'étais là : « OK ! Là on a pris un autre niveau là. ». Là on est... c'est plus dans les cégeps qu'on se fait reconnaître, c'est dans la rue ! C'est partout : par les adultes, par les plus jeunes. Et ça c'était tout l'automne. Après ça rendu à l'hiver on a sorti « Bonzaïon » au printemps ! Puis là là ça a décollé ! Là on en vendait à pelletées. Le lundi après la fin de journée, il ne restait plus de disque nulle part au Québec ! Réimprimer ! Puis là on est devenu un groupe populaire : 50 000 disques, Disque d'Or !
Hugo Lachance : Ah oui ça j'en ai même acheté deux, « Amour Oral » ça ! Puis tu ne vas pas en racheter le vinyle aussi ?
Biz : C'est le cycle de vie mais tu sais c'est ça. Cette émission-là, « Tout le monde en parle », nous a portés. Par « Libérez-nous des libéraux » tout l'été au « 6 à 6 », ça nous a fait décoller dans l'espace public. Après les dates de tournée ça y allait tout seul partout ! Puis là vous êtes rendus comme vous êtes vraiment entrés dans l'histoire musicale du Québec. Vous faites partie vraiment de... après c'est ça : il y a toutes sortes de palmarès, de groupes, de chansons. C'est un album intemporel qui va être fixé dans l'histoire de la musique au Québec, c'est sûr.
Et ben moi je pense qu'il témoigne de quelque chose au Québec qui s'est passé au début des années 2000. C'est-à-dire essentiellement, nous on faisait partie d'un mouvement de renouveau de la chanson politique ! Avec Vulgaires Machins, Mononc' Serge, Mes Aïeux, les Cowboys... dans les... tu vois moi je le mets par décennies la musique québécoise. Dans les années 70, c'est chansonniers. Félix Leclerc avec le Parti Québécois qui accompagne le mouvement d'indépendance. Là référendum 80 : tout le monde déprime. Drum électronique, on chante en anglais (The Box et tout ça). Les années 90 : on revient avec du social. Pas politique, mais social : Vilain Pingouin, Jean Leloup, Les Colocs. Puis début des années 2000 là, c'est politique ! Jusqu'en 2010 où là tu as le rap dans le rap qui arrive, le franglais... les artistes se désengagent politiquement. Et là c'est le Canada qui devient cool. Le Québec qui est ringard, raciste chez les jeunes perçu comme ça, j'insiste.
Alors que nous quand on a commencé, c'était le Canada qui était naze pour les jeunes ! Là le drapeau du Québec c'était ce qu'il y avait de plus cool ! Puis après pandémie 2020 là, avec Kinkead puis d'autres... Lou-Adriane Cassidy tout ça... l'idée de l'indépendance revient chez les artistes !
Hugo Lachance : Donc c'est cyclique par décennies ?
Biz : Apparemment ! Et ça ça me réjouit ! Parce que nous autres on y a participé dans notre décennie à nous. Mais là c'est plus notre décennie. C'est plus à nous autres de faire ça. Donc nos bras meurtris vous tendent le micro ! On se fait souvent dire : « Faites des shows ! Faites des tounes ! ». Mais c'est aux plus jeunes à le faire là ! Nous autres on a fait la job quand on avait 20 ans. Moi j'ai envie d'écouter ces jeunes-là, d'aller les voir en show, de les accompagner, les cautionner. Je vois que mes enfants à moi s'intéressent aussi à cette mouvance-là. Je m'en réjouis complètement. Tant mieux ! C'est vrai, tant mieux pour tout le monde.
Hugo Lachance : Et bon... on termine là-dessus ?
Biz : Ouais. On aurait long à parler encore !
Hugo Lachance : Ben oui écoute. Prochain chapitre : « Le Québec est mort, vive le Québec ! ». Ça serait cool ça ! Ça pourrait le faire album par album. Merci beaucoup Biz !
Biz : Plaisir.
Hugo Lachance : Puis oui on se refait ça pour un autre épisode. Merci à vous auditeurs, auditrices ! Merci à Hopéra. Si vous voulez supporter le podcast vous savez quoi faire, c'est dans les liens ou sur lalbum-podcast.ca. Écoute merci encore ! Puis on se retrouve pour un autre épisode de l'Album Podcast !