Malaimé Soleil : Fragile
Malaimé Soleil : Fragile
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Malaimé Soleil Bandcamp : https://malaimesoleil.bandcamp.com/
Instagram : https://www.instagram.com/malaimesoleil/
S’il y a bien une formation qui réussit à amener une lumière singulière dans les grandes forêts des mal-aimés de la province, c’est Malaimé Soleil. Entre la tendresse brute de ses thèmes et des moments instrumentaux d'une intensité folle, le groupe redéfinit les contours du rock québécois avec une authenticité désarmante.
Pour ce nouvel épisode de L’Album Podcast, Hugo Lachance s’est entretenu avec les deux têtes pensantes du projet, Francis Leclerc et Vincent Deit. L’épisode, enregistré le 23 février 2026 à la Salle des tortues à Montréal, propose une plongée intégrale au cœur de leur nouvel opus intitulé Fragile, paru sous l'étiquette Folivora Records.
Album analysé : Fragile (Sortie : 27 mars 2026)
Maison de disques : Folivora Records
Réalisation et production : Malaimé Soleil, David Marchand
Enregistrement : Salle des tortues (Montréal)
Musiciens : Francis Leclerc (voix, guitare), Vincent Deit (claviers, guitare), Antoine Saint-Onge (basse), Alexandre Crépeau (batterie).
// Introduction : Mot de bienvenue de Hugo Lachance et mise en contexte de la rencontre.
// SEGMENT : Présentation de l'artiste : Comment la formation s’est structurée pour bousculer la scène émergente.
// Vincent Deit : Plein phare sur le parcours, le jeu et les influences du guitariste et claviériste du groupe.
// Francis Leclerc : Rencontre avec le chanteur, guitariste et auteur principal au style ancré dans le terroir.
// Malaimé Soleil : La synergie du quatuor complété par Antoine Saint-Onge et Alexandre Crépeau.
// Biographie : De Sherbrooke aux Francouvertes, en passant par leur victoire historique de 11 prix au Cabaret Festif.
// Discographie : L'évolution de leur son et le passage de l'artisanat de région aux grands studios montréalais.
Né en Estrie et façonné par les scènes locales de Sherbrooke et Saint-Hyacinthe, le groupe s’est bâti un lien d’une rare proximité avec son public. En choisissant de chanter en joual, avec les mots du quotidien, Malaimé Soleil crée une musique miroir où il est immédiat de s’identifier. Mais l'artisanat du groupe ne s’arrête pas aux textes : Francis Leclerc réalise lui-même les pochettes d'album en utilisant une technique de pointillisme ultra-méticuleuse, exigeant plus de 25 heures de travail manuel au stylo et au marqueur pour chaque création graphique.
Le projet de Malaimé Soleil s’inscrit dans la digne lignée du rock francophone indépendant du Québec. Évoluant entre l’Estrie, la scène de Saint-Hyacinthe et les salles montréalaises, la formation tisse un réseau serré avec les communautés locales. L'Album Podcast met en lumière ce patrimoine, appuyé par des diffuseurs de culture alternative partout dans la province, à l'instar des initiatives régionales menées par la microbrasserie HoPera à Jonquière pour préserver la mémoire et les artefacts des groupes de chez nous.
SEGMENT : Une chanson après l'autre : Le groupe décortique l'architecture de Fragile, une œuvre qui explore de front la vulnérabilité et les redéfinitions de la masculinité à travers des récits de rupture amoureux et des obsessions cinématographiques.
// "Pissou" : Une ouverture lourde et mélancolique construite sur une gamme pentatonique mineure, évoquant la musique andine et les bandes originales d’Ennio Morricone. Le morceau culmine dans un crescendo enveloppé de motifs en pizzicato.
// "Quessé" : Un titre brut où le joual et l'énergie rock se percutent de plein fouet.
// "L'amour en sang" : Une exploration des déchirements affectifs soutenue par des arrangements de guitares acérés.
// "Tout rattraper" : Un mariage surprenant mais redoutablement efficace entre l’énergie brute du pop-punk et les rythmiques hypnotiques du blues touareg (inspiré de Bombino ou Tinariwen), taillé pour être le hit de l'année.
// "Gaguar" : Une décharge d’adrénaline électrique conçue pour la scène, qui prend toute sa dimension lors de leurs prestations live légendaires.
// "Je t'en veux" : Un titre d'une grande tension émotionnelle qui pousse un peu plus loin l'audace des orchestrations en studio.
// "L'élève de la douceur" : Une pause plus introspective et contrastée, explorant la dualité de la douceur et du rock.
// "Désert" : Une pièce directement inspirée par le visionnement du film The Way Back, où l'aridité des grands espaces cinématographiques rencontre des émotions de solitude vécues.
// SEGMENT : Rafales : Les questions en rafale de Hugo Lachance : coups de cœur, secrets de studio et chansons préférées en spectacle.
// Conclusion : Clôture de l'entrevue, remerciements aux partenaires et annonce des prochains concerts du groupe, notamment leur passage attendu au Pouzza Fest à Montréal.
Le groupe n'hésite pas à décloisonner le rock francophone traditionnel en y injectant des influences d'ailleurs. Des pièces comme Tout rattraper intègrent des motifs de guitare et des rythmes syncopés directement empruntés à la Kumbia et au blues touareg de formations comme Bombino ou Tinariwen, créant un alliage unique avec l'esthétique vintage des années 70.
Le cinéma est un moteur d'écriture majeur pour le chanteur. Plutôt que de s'inspirer uniquement de son vécu personnel, il utilise des œuvres cinématographiques pour projeter des émotions. C'est le cas du titre Désert, dont la structure narrative et l'ambiance aride sont calquées sur les paysages et la détresse humaine du film The Way Back.
Placée en ouverture de l'album, la chanson prend les auditeurs à contre-pied. Construite sur une gamme pentatonique mineure, elle déploie des textures cinématographiques massives qui rappellent l'univers d'Ennio Morricone. Sa réussite tient à son orchestration méticuleuse qui se termine sur un crescendo où s'entremêlent des pizzicatos et des murs de guitares.
Le nom de la formation joue sur les contrastes, à l'image de leur musique. Il unit la mélancolie et la noirceur des laissés-pour-compte (« les mal-aimés ») à l'éclat chaleureux, festif et rassembleur du « soleil », une dualité qu'on retrouve entre leurs textes de rupture et leur énergie scénique débordante.
Si le travail sur Fragile solidifie leur démarche en studio grâce à des arrangements ambitieux co-produits par David Marchand, c’est sur scène que le groupe libère sa véritable puissance. Reconnus pour leurs jams instrumentaux intenses et leur communion avec la foule, Francis, Vincent, Antoine et Alexandre transforment chaque salle de région ou de métropole en un rassemblement fraternel.
Leur ascension s'est faite de manière fulgurante grâce au bouche-à-oreille et à des performances mémorables dans les concours de la province. Leur passage marquant aux Francouvertes a agi comme tremplin, suivi d'une rafle historique au Cabaret Festif de la relève où ils ont mis la main sur 11 prix sur une possibilité de 16, confirmant leur statut de figures incontournables de la scène indie.
Le disque est le fruit d'une belle complicité artistique. Les membres du groupe ont partagé la réalisation et la production de l'album avec David Marchand, trouvant le parfait équilibre entre l'esthétique brute et la clarté des orchestrations analogiques et des claviers de Vincent Deit.
À contre-courant des clichés du rock survolté, Fragile porte bien son titre en mettant de l'avant une grande vulnérabilité. Les chansons abordent la rupture amoureuse, l'anxiété, la monotonie et le doute sans fausse pudeur, redéfinissant les contours d'une sensibilité masculine pleinement assumée à travers les codes du rock et du folk québécois.