Pierre Flynn : Live avec quatuor à cordes
Pierre Flynn : Live avec quatuor à cordes
Écoutez l'épisode audio Pierre Flynn : Live avec quatuor à cordes
Où écouter L'Album Podcast? Sur Apple Podcast, Spotify, balado québec et Youtube
Pierre Flynn : https://pierreflynn.com/
Facebook : https://www.facebook.com/pierreflynnmusique
Des envolées rock progressif des années 1970 jusqu'à la pureté acoustique de ses dernières créations, Pierre Flynn traverse plus de cinquante ans d'histoire musicale québécoise sans jamais perdre sa pertinence. Autodidacte au parcours singulier, il a su marier l'énergie du rock francophone à une exigence littéraire rare, élevant la chanson d'auteur au rang de grande poésie.
Pour cet épisode de L’Album Podcast, Hugo Lachance s’est rendu directement chez l'artiste le 26 janvier 2026. L'occasion de revenir sur sa riche discographie solo, l'épopée du groupe Octobre et la sortie de son récent album Live avec quatuor à cordes paru chez Audiogram.
00:08:45 // L’état de la scène musicale québécoise en 1973.
00:08:45 //// La naissance, le son et l'impact du groupe Octobre.
00:17:17 // Regard rétrospectif : les mêmes questions posées 53 ans plus tard.
00:51:42 // L'exploit scénique face aux géants britanniques de King Crimson.
00:53:58 // Quand Plume Latraverse s'approprie les hymnes d'Octobre.
00:57:32// L’histoire derrière un grand rendez-vous manqué avec Gerry Boulet.
Grandir entre Québec et Montréal à la fin des années 60, c'est recevoir de plein fouet la British Invasion (les Beatles ou Manfred Mann en tête). Pourtant, le véritable virage esthétique de Pierre Flynn s'opère sur les bancs du Cégep Saint-Laurent. C'est là qu'il découvre Léo Ferré mettant en musique la poésie d'Arthur Rimbaud. Ce choc artistique scelle son ambition créative : insuffler à la chanson francophone une puissance textuelle et littéraire capable de bousculer le quotidien.
Fondé en 1972 sur les cendres du groupe-école Les Gladstone, Octobre s’impose rapidement comme la référence du rock progressif et engagé au Québec. Aux côtés de ses complices Mario Légaré (basse), Jean Dorais (guitare) et Pierre Hébert (batterie), Pierre Flynn façonne une identité sonore brute et ambitieuse. Le groupe prend d'assaut des studios mythiques comme le Studio Six (sous l'œil de Chuck Gray) et le studio RCA Victor, apprivoisant des consoles légendaires comme la Neve 16 pistes.
Leur discographie trace le portrait d'une époque en pleine ébullition sociale et musicale :
Octobre (1973) : Le premier microsillon, propulsé par des hymnes électriques comme La maudite machine et Viens vivre.
Les nouvelles terres (1974) : Une exploration où le studio d'enregistrement devient un instrument de création à part entière.
Survivance (1975) et L'autoroute des rêves (1977) : Des œuvres d'art rock qui collent à la réalité socio-politique de la province.
Chants dans la nuit (1978) et Clandestins (1980) : Les derniers chapitres d'un groupe phare avant le grand saut vers l'indépendance.
La fin d'Octobre marque le début d'un parcours solo sans compromis, jalonné de distinctions à l'ADISQ. Élu auteur-compositeur de l'année à plusieurs reprises, Flynn signe des œuvres majeures qui marquent les esprits, à l'image de Le parfum du hasard (1987), Jardins de Babylone (1991) ou Mirador (2001).
En 2015, son album Sur la terre confirme une immense maturité poétique, naviguant entre la mélancolie boréale de la chanson Tadoussac et les récits intimistes de Duparquet. Cette quête de renouvellement culmine à l'automne 2025 avec la parution de son projet Live avec quatuor à cordes, mixé par Ghislain-Luc Lavigne et mis en arrangements par Boris Petrovski, revisitant son répertoire sous un jour de folk acoustique et orchestral classique au Palais Montcalm grâce à la collaboration de Nicolas Houle.
L'empreinte de Pierre Flynn dépasse largement le cadre de ses albums personnels. Le public s'en souvient dans le rôle d'Abraham Van Helsing pour la comédie musicale Dracula orchestrée par Bruno Pelletier. Ses pas ont aussi croisé ceux de Plume Latraverse (notamment au sein des Mauvais Compagnons), scellant sa place au cœur de l'écosystème culturel d'ici.
Aujourd'hui, préserver ce patrimoine musical est essentiel. C'est la mission d'initiatives comme L’Album Podcast, mais aussi de fiers partenaires régionaux comme la microbrasserie HoPera à Jonquière. En transformant ses espaces en lieux de conservation pour les artefacts des groupes underground et classiques du Québec, HoPera bâtit un pont indispensable entre l'histoire de notre musique et la culture locale.
Bien qu'on l'ait parfois qualifié de « prince des ténèbres » ou de Ozzy Osbourne de la chanson québécoise à cause de la mélancolie de ses textes, ce surnom est une boutade de ses contemporains. Ce sont les membres d'Offenbach et son complice Steve Fiset qui l'avaient baptisé ainsi. Michel « Willie » Lamothe s'amusait d'ailleurs à souffler de grands coups au-dessus de sa tête en coulisses pour chasser ce nuage imaginaire.
Le noyau dur d'Octobre s'est d'abord rodé au sein de Gladstone, un groupe anglophone éphémère comprenant deux musiciens anglophones, Mario Légaré, Jean Dorais et Pierre Flynn. C’est durant cette période qu'est née la pièce Come On, qui sera entièrement réécrite en français pour devenir Viens vivre, jetant les bases d'un rock progressif entièrement francophone après la dissolution de Gladstone.
Le disque a pu voir le jour grâce au coup de foudre musical de Dominique Brunet, qui travaillait alors pour BMI Canada (devenue la SOCAN) après les avoir vus au concours Campus Pop 70. Croyant fermement au potentiel du groupe, il est allé jusqu'à vendre sa propre voiture, une Citroën blanche, afin de réunir les fonds nécessaires à la production de ce premier opus éponyme.
En novembre 1973, alors qu'ils commençaient à peine à tourner et n’avaient même pas d'ingénieur de son attitré, les musiciens d’高度Octobre ont assuré la première partie des géants britanniques King Crimson au Capitole de Québec et de Montréal. Malgré un cachet de seulement 60 dollars pour tout le band, le lendemain, le critique du Montreal Star titrait : « Octobre almost steals the show ». Une véritable consécration.
Après la séparation d'Octobre, Pierre Flynn a accepté l'invitation de Plume Latraverse de rejoindre ses « Mauvais Compagnons » à l'orgue Hammond B3 pour la mythique tournée d'arénas À fond de train (avec Offenbach). Sa seule condition était de pouvoir jouer La maudite machine. Chaque soir, Plume lui laissait le micro pour le premier couplet avant de revenir rugir le second à ses côtés.
En 1988, Gerry Boulet propose une mélodie inspirée de Fats Domino à Pierre Flynn pour qu'il y écrive un texte destiné à l’album Rendez-vous doux, inspiré d'un panneau de rue croisé en banlieue parisienne. Malheureusement, sans réaliser la vitesse à laquelle évoluait la maladie de Gerry, Pierre livre le texte trop tard, alors que l'album est déjà au mixage final. Il choisira de l’enregistrer lui-même sur ses propres disques solo.
Cette pièce maîtresse de l'album Sur la terre a été écrite à la suite de la perte d'un ami très proche, qui avait choisi de recourir à l'aide médicale à mourir. Pierre a été bouleversé d'apprendre que son ami avait passé ses derniers instants à lire son journal en mangeant ses céréales, dans une normalité désarmante. Le contraste entre ce deuil et la splendeur du fleuve Saint-Laurent le lendemain a inspiré cette grande chanson contemplative.
Derrière ses faux airs de berceuse protectrice dédiée à sa fille, cette chanson aborde avec beaucoup de délicatesse la transition vers l'au-delà. Le passage évoquant le train de minuit traversant la « savane intérieure » s'inspire directement d'une scène d'un film d'animation de Hayao Miyazaki, où des ombres spectrales prennent place à bord d'un train pour un ultime voyage des âmes.