Avertissement : Cette transcription est le fruit d'une collaboration avec une intelligence artificielle qui fait de son mieux, mais qui ne saisit pas toujours toutes les "subtilités" de nos discussions. Le fichier audio/vidéo original demeure la seule référence officielle. Si un passage vous semble bizarre, faites confiance à vos oreilles et allez écouter l'épisode !
Hugo Lachance : Nous sommes le 18 janvier 2026 en provenance des studios de Rouen à Montréal et aujourd'hui je consume une histoire d'amour qui s'est développée par un sous-sol de banlieue assez vintage merci à Boucherville et je vous raconte l'histoire de Thick Glasses à L'Album Podcast. Bonjour à tous, avant de vous présenter convenablement mes invités, j'ai évidemment quelques mots de mes commanditaires. Mais tout d'abord, je tiens à remercier tous les nouveaux abonnés sur les réseaux sociaux. Venez vous abonner, c'est un petit geste qui est pas long et puis qui m'encourage vraiment. Aussi, si vous aimez mon travail, vous pouvez contribuer à faire un don spontané ou un don par mois, il y a un lien dans la description. Et pour ceux qui sont à l'audio, ben rendez-vous sur lalbumpodcast.ca, il y a un petit lien que vous pouvez cliquer et donner via PayPal. Merci d'ailleurs à tous ceux qui le font, c'est super, je vais pouvoir m'acheter des nouveaux écouteurs. L'épisode est commandité aussi par Opéra. Opéra, c'est une microbrasserie qui est située au Saguenay à Jonquière. C'est un restaurant-bar mais aussi une usine où est-ce qu'ils fabriquent leurs bières. Vous pouvez visiter les fermenteurs qui sont nommés en rapport avec des groupes québécois comme Voivod, WD-40, Horloge Simard, et cetera. Il y a des artefacts aussi que vous pouvez aller voir et aussi vous pouvez déguster leurs produits. D'ailleurs, ils brassent de la très très bonne bière. Je remercie Vlad et son équipe de soutenir le podcast.
Hugo Lachance : Je suis avec Thick Glasses. Bienvenue les gars.
Charles Devillers : Merci de nous recevoir. Enfin on réussit à se voir, à se réunir pour un épisode.
Hugo Lachance : Oui, c'est ça. Je commence toujours le podcast de la même manière, alors je vais commencer avec Gabriel. Non, c'est moi, c'est toi, on va commencer par toi. Je pose toujours les mêmes cinq questions, histoire de se présenter tout le monde.
Hugo Lachance : Gabriel, tu es un petit gars de où ?
Gabriel Dumont Mercille : Longueuil, le Vieux-Longueil. Born and raised.
Hugo Lachance : C'est quoi ton album d'enfance ?
Gabriel Dumont Mercille : C'est une bonne question. Je dirais c'est soit Mesmerize de System of a Down ou Does This Look Infected? de Sum 41. Le premier CD que j'ai eu à moi, c'était Sum 41, c'est mon papa qui me l'avait acheté pour Noël. Puis Mesmerize, c'est le premier album que je me suis acheté avec mon argent que j'avais reçu probablement d'un grand-parent. J'ai acheté ça au Zellers.
Hugo Lachance : Puis ton album d'adolescence ? Celui qui a forgé un peu ton identité.
Gabriel Dumont Mercille : The Wall de Pink Floyd. Je me sentais bien intelligent en écoutant ça, puis j'en parle encore aujourd'hui beaucoup. C'est un album qui a été très influent pour moi.
Hugo Lachance : Puis qu'est-ce qui jouait dans le char de tes parents ?
Gabriel Dumont Mercille : Beaucoup la radio, Radio-Canada. Mes parents étaient moins CD, fait que c'était beaucoup CHOI Rock, justement la musique, tout ça. Donc c'était beaucoup un grand spectre de la musique quand je voyageais.
Hugo Lachance : Et tu joues du drum dans le band. Ton premier instrument, c'était quoi ?
Gabriel Dumont Mercille : Le drum. Ça a toujours été le drum. J'ai commencé au primaire, j'avais 7 ou 8 ans. Fait que c'est une longue histoire avec mon instrument.
Hugo Lachance : Super. Là, vous avez eu le temps de penser, les gars.
Hugo Lachance : Charles, un gars de où, toi ?
Charles Devillers : Montréal, born and raised dans Notre-Dame-de-Grâce. Dans la ville, exact.
Hugo Lachance : Puis ton album d'enfance, le plus loin que tu te souviennes ?
Charles Devillers : Avant de m'acheter des CD, j'avais les CD de mes sœurs qui sont plus vieilles que moi. Là-dedans, il y avait l'album live de Blink-182, The Mark, Tom, and Travis Show. Ça, je me rappelle, ça a été super marquant, la pochette m'a vraiment marqué quand j'étais jeune. Sinon, Good Charlotte, The Young and the Hopeless. Puis sinon, le premier CD que je me suis acheté moi-même, je pense que c'était un CD des Red Hot Chili Peppers j'avais reçu en cadeau. C'était la grosse époque de Stadium Arcadium, ça c'était dans mes premiers CD que j'ai possédés.
Hugo Lachance : Puis ton album d'adolescence, celui qui t'a formé ?
Charles Devillers : Il y en a tellement, je pourrais citer, mais ado, j'étais très très très métal. Je me rappelle un Noël où j'avais reçu justement en cadeau un Greatest Hits de Black Sabbath, puis après ça j'avais reçu Master of Puppets en CD. Le genre le surlendemain, j'avais acheté ...And Justice for All puis Ride the Lightning au HMV. Fait que j'étais comme parti sur une side quest à la fin. Fait qu'adolescence, c'est vraiment très métal.
Hugo Lachance : Qu'est-ce qui jouait dans le char de tes parents ?
Charles Devillers : Un peu comme Gab, moi mes parents aussi sont très Radio-Canada, Espace Musique, tout ça, ça jouait beaucoup. Avec mon père tout seul, on écoutait CHOM dans l'auto quand même. Sinon à la maison, mes parents écoutaient beaucoup beaucoup de prog, beaucoup de musique québécoise. Mes parents, c'était très important pour eux qu'on soit ouvert sur toutes sortes d'affaires. Mes parents écoutaient du classic rock aussi, on avait des vinyles genre des Beatles, puis des chansons françaises, Renault, Georges Brassens, Georges Moustaki. On avait de tout, c'était très varié.
Hugo Lachance : Puis c'est quoi ton premier instrument ?
Charles Devillers : La voix. Parce que j'ai fait du chant choral quand j'étais petit. À 9 ans, j'ai fait les Petits Chanteurs du Mont-Royal, dans le fond j'ai fait 8 ans de chant choral. Puis au travers de ça, ben j'ai fait du piano, puis après ça à comme 12 ans, ma sœur avait une guitare, j'ai pris la guitare à ma sœur puis je l'ai pas lâchée depuis.
Hugo Lachance : À quel moment tu as réalisé que la musique allait être fondamentale pour toi ?
Charles Devillers : Déjà quand mes parents ont fait comme "Ah, veux-tu faire les chanteurs ?" puis que j'ai passé les auditions puis que je l'ai eu, j'étais comme "Ah ben tu sais, je pense que j'avais un peu déjà choisi cette voie-là". Faire de la musique plus sérieusement, je veux faire des trucs, puis je pense que ça fait aussi longtemps que ça que je me dis que je vais faire de la musique.
Hugo Lachance : Parfait, merci Charles. Voilà David.
Hugo Lachance : Oui, alors tu es un petit gars de où, David, toi ?
David Roi : Moi aussi Montréal, born and raised du quartier Rosemont.
Hugo Lachance : Puis ton album d'enfance, le plus loin que tu te rappelles ?
David Roi : Le plus loin, je pense, je me rappelle de deux que j'avais reçus à Noël. Il y en avait un, c'était le premier de Simple Plan, mais tu vois il m'a moins marqué, je me rappelle juste de la couverture arrière de cet album pour ceux qui savent, c'est pas super approprié, il y avait comme une chambre d'hôtel avec comme des filles. Mais sinon, plus sérieusement, Chuck de Sum 41, que j'avais demandé à mon frère. Puis j'avais écrit, je me trouve cute là, j'avais écrit Sum 41 phonétiquement comme je pensais que ça s'écrivait, genre S-O-M, à 7 ans je savais pas. Ça, ça a marqué pas mal.
Hugo Lachance : Puis ton album d'adolescence ?
David Roi : Moi j'y vais avec Wasting Light des Foo Fighters, un album de comme 2011. C'est sûr que j'aurais pu dire des trucs plus obscurs, mais ça, vraiment, c'était un gros coup de cœur. Ça venait avec un film aussi, ils ont fait le film Back and Forth où es-ce qu'ils parlaient de l'histoire de Sound City. À travers de là, je connaissais Nirvana, mais là on a reparlé de Nirvana dans ce film-là à cause de l'histoire avec Dave Grohl. Après ça Rage Against the Machine, ça a quand même tout déboulé. Fait que c'est vraiment passionnant. Ils ont racheté la console d'ailleurs. Puis ça donne à voir l'enregistrement, tu vois un peu qu'est-ce qui se passe, ça a l'air vraiment cool. Je pense que c'était la première fois que j'entendais parler de Queens of the Stone Age aussi à travers ça.
Hugo Lachance : Et puis qu'est-ce qui jouait dans le char des parents ou à la maison ?
David Roi : Je dirais que mon père écoutait beaucoup CHOM, puis particulièrement U2. Gros fan de U2 dans ma famille, j'un grand frère aussi qui est un peu plus vieux que moi, puis lui puis mon père trippaient gros sur U2. Puis ma mère plus québécois un peu, beaucoup de Daniel Boucher, puis Daniel Bélanger. Mon père jouait de la guitare aussi puis il me chantait les tounes de Daniel Bélanger avant de m'endormir. Ma préférée c'était Sputnick, parce que c'était moi qui était dans le vaisseau, c'était vraiment cool. C'est pour ça j'ai mis mes lunettes, je sais pas si on me voit pleurer.
Hugo Lachance : Puis ton premier instrument ?
David Roi : Moi ça a été la batterie. Le xylophone quand j'étais tout petit, mais pour vrai le premier vrai instrument que j'ai joué un peu, c'était la batterie.
Hugo Lachance : Puis à quel moment tu as réalisé que la musique allait être fondamentale pour toi ?
David Roi : Je pense justement dans ma période Foo Fighters, vraiment, j'étais allé les voir au Centre Bell, ça m'avait vraiment marqué. Puis une autre raison pourquoi je pense c'est l'album qui a marqué ma vie, c'est que j'avais une batterie à 8 ans, comme mon père justement vu que lui puis mon frère faisaient de la musique, il y avait de l'espace puis on a acheté une batterie. J'avais pas la motivation vraiment, j'ai pas vraiment persisté. En revenant du show des Foo Fighters, qui était comme 7 ans plus tard, la batterie était encore là puis c'est là que j'ai décidé qu'on allait se forcer, qu'on allait le faire, qu'on allait se faire un band. Puis aussi un show de Cancer Bats à Montréal qui m'a quand même marqué, c'était plus petit justement, ça filait plus comme quelque chose que je pourrais faire. Les Foo Fighters, c'est quand même une grosse bébite, une grosse patente, c'est moins relatable comme fait. Fait que ces deux shows-là m'ont vraiment marqué.
Hugo Lachance : Super. Julien, le petit nouveau là-dedans, depuis janvier de l'année passée, un an maintenant. Je savais pas, j'ai remplacé Étienne. On salue Étienne, il imprime encore nos beaux chandails, tout le visuel. Bon ben écoute, on le salue, on aime ça saluer du monde à L'Album Podcast. Alors, tu es un petit gars de où toi ?
Julien : Moi je viens de Vaudreuil. À ne pas confondre avec Dorion, j'existais pré-fusion, les vrais savent. Mais ouais, je viens de Vaudreuil, là, dans l'ouest de l'île.
Hugo Lachance : Puis ton album d'enfance ?
Julien : J'ai écouté beaucoup les premiers albums de Simple Plan plus jeune, comme Charles a mentionné plutôt, Good Charlotte aussi, The Young and the Hopeless ça a été le premier album que j'ai écouté à répétition je pense. Puis c'est ça, puis du Green Day aussi, les trucs comme American Idiot, c'est un peu ma genèse si on veut.
Hugo Lachance : Puis ton album d'adolescence ?
Julien : J'ai écouté beaucoup de Avenged Sevenfold, c'est encore à ce jour un de mes albums préférés, je sais que Avenged Sevenfold ça fait pas l'unanimité. Sinon, j'ai écouté beaucoup d'August Burns Red plus jeune aussi, Messengers, des trucs comme ça.
Hugo Lachance : Qu'est-ce qui jouait dans le char de tes parents ou à la maison ?
Julien : Dans le char cétait la radio, CHOM, The Buzz 99.9 dans le temps, qui m'a aussi forgé un peu en tant que musicien, beaucoup d'alternatif. Chez mes parents sinon, ma mère aimait beaucoup Radiohead, on écoutait du U2, mon père aimait bien des trucs comme ça.
Hugo Lachance : Ton premier instrument, c'est quoi ?
Julien : J'ai techniquement commencé sur le ukulélé, mais on peut dire la guitare, mon père me l'avait accordée comme les quatre premières cordes d'une guitare.
Hugo Lachance : À quel moment tu as réalisé que la musique allait être fondamentale ?
Julien : À peu près dans les années où j'ai commencé à jouer, fait qu'autour de 10 ans je dirais. Un peu avant de rentrer au secondaire, je suis rentré au secondaire en harmonie, j'ai commencé à jouer puis j'ai jamais vraiment arrêté à partir de ce moment-là.
Hugo Lachance : Ouais, c'est ça. On est ici pour parler de votre dernier album, mais on va évidemment faire un peu l'historique du band. Fait que Thick Glasses, de où vient le nom ? C'est quoi l'histoire de ça ?
Gabriel Dumont Mercille : C'est un long long brainstorm. En fait, c'est ça, Charles puis moi depuis le début on brainstormait puis le nom est venu dans un brainstorm. C'était pas mal la meilleure idée qu'on a trouvée. Je me rappelle moi honnêtement, à moins que Charles s'en rappelle, je me rappelle même plus pourquoi on a fini sur ça.
Charles Devillers : Ben c'est parce que Thick Glasses c'était comme à ce moment-là, c'était un peu un clin d'œil au côté un peu nerdy des Descendents. Les Descendents ont comme des grosses lunettes. Le nom était en anglais parce qu'au tout début, pendant les premières semaines d'existence du band, on savait pas si on allait chanter en français ou en anglais. Puis moi puis Gab même, on se disait qu'on pourrait peut-être faire les deux puis se garder des portes ouvertes. Finalement, à force d'écrire des tounes, ben tu te rends compte que écrire en français c'est ce qui venait le plus naturellement, fait qu'on a resté avec ça. Mais là le monde est tout le temps confus pourquoi on a un nom en anglais puis on a décidé de chanter en français. On avait pensé un peu à changer, mais on trouvait rien d'aussi weird parce que Thick Glasses c'est bizarre, on aimait ça que ça sonne un peu bizarre. Surtout qu'il y avait pas vraiment de band qui s'appelait déjà comme ça, ça existait pas. Souvent on cherchait un nom de band puis on était comme "Ah ce serait bon", puis là finalement ça existait déjà, fait qu'on était déçus. Fait que Thick Glasses c'était la meilleure option qu'on avait à ce moment-là puis on l'a juste gardé.
Gabriel Dumont Mercille : Moi avec le recul je trouve pas ça si weird parce que nous autres on a grandi, on écoutait Anonymus, on écoutait Barf, on écoutait Groovy Aardvark, puis c'est ultimement des bands francophones qui ont tous des noms en anglais. Puis là nous autres le monde buggait sur nous autres, j'étais comme "Mais on est des descendants de ça, dans une certaine mesure", fait que je voyais pas vraiment où était le problème d'avoir un nom en anglais. Je sais que souvent les gens nous posent la question, ils savent pas trop pourquoi, mais moi je suis comme "It is what it is" puis nous autres on roule avec puis on changera pas le nom.
Hugo Lachance : Non, mais tu as raison, j'avais pas fait le lien mais c'est vrai qu'il y a beaucoup de bands qui ont des noms anglophones et qui chantent en français. Puis tu te rends compte que tu es réellement un band québécois puis ta crowd c'est le Québec, fait que tu vas pas vraiment changer ton nom après 10 ans. Non, ça fonctionne. Puis comment vous vous êtes formés ?
Gabriel Dumont Mercille : Pour commencer, Charles puis moi on était dans un band. En fait on se connaît depuis longtemps, Charles, David et moi ça fait très longtemps. Dans le fond, Charles puis moi on s'était rencontrés, moi je commençais le cégep, Charles il finissait le secondaire, puis on avait jammé ensemble pour le fun une couple de fois. J'étais dans un band qui s'appelait Hydronium à l'époque puis on avait besoin d'un bassiste. J'ai dit à Charles, qui jouait de la guit, s'il était prêt à jouer de la basse, puis il a fait oui. Finalement, éventuellement ce band-là a arrêté, fait qu'à partir de là ça faisait longtemps qu'on parlait qu'on voulait partir un band de punk. Fait qu'au début on a parti le projet en duo, on voulait faire comme Rouge Pompier ou Oktoplut. Puis après une couple de mois, on a fait ouais ça manque de basse, on s'est rendu compte que finalement on voulait un trio. Fait que là, Charles connaissait David du secondaire.
Charles Devillers : David, on se connaissait au secondaire, on était comme dans des gangs qui se côtoyaient, on était pas les plus proches au secondaire mais on se voyait comme tout le temps aux pauses du midi. Plus on avançait vers la fin du secondaire, plus on était proches moi puis David. Puis là on est rendus au cégep, puis moi j'ai juste pensé à David parce que je savais qu'on aimait un peu les mêmes genres de bands au tout début de Thick Glasses. Ça a évolué avec les époques, mais au début on était très "Ah ça serait cool de faire du punk mais un peu stoner, un peu sludge". On avait le côté Vulgaires Machins, Descendents, mais on avait aussi l'espèce de côté Stoner et Hardcore, du Converge, du Red Fang, Cancer Bats, tout ce qui est à mi-chemin entre tout ça. Puis je savais que David aime beaucoup Cancer Bats, il aimait beaucoup Red Fang, ces affaires-là, puis j'étais comme "Ah ben David techniquement ...", je savais même pas s'il jouait de la basse ou pas, je savais qu'il jouait du drum.
David Roi : C'est ça. Puis j'ai un peu fait la même chose, Gab m'a proposé de jouer de la basse puis j'ai fait comme "I guess". Mais moi ce que je me rappelle par rapport à ça, me semble c'était vraiment juste on jasait sur Facebook, on s'écrivait sur Messenger. Moi je me rappelle, Charles c'est quelqu'un qui rit beaucoup, puis moi j'aime ces genres de personnes-là parce que j'ai l'impression qu'on s'entend bien. Puis Charles il riait tout le temps, parce que je pense qu'il est nerveux, parce que je devais pas être si drôle que ça. Puis on jasait, puis il parlait de son band, puis il me semble c'était moi qui avait dit que j'allais le faire, parce que justement tu avais dit les mots qu'il fallait, tu avais dit Red Fang puis Cancer Bats qui était vraiment ce que j'aimais.
Hugo Lachance : Mais comment vous avez fait vos premières tounes ?
Charles Devillers : Les premières premières tounes de Thick Glasses, c'était moi et Gab ensemble, on les a jammées ensemble, puis là après ça on en avait peut-être trois ou quatre, on les a montrées à David. Puis David il les a appris, j'insiste là-dessus parce que c'est arrivé souvent moi puis Gab qu'on a passé du monde en audition puis que le monde arrivait au local puis il avait juste pas appris nos tounes. Fait que David il les avait apprises, fait que c'était pas parfait, ni moi ni Gab on était loin d'être parfaits nous autres aussi, mais on était comme "Crime, il y a une volonté de vouloir faire ça". Puis c'est vraiment parti from scratch comme ça, puis à partir de là ben on s'est comme pas lâchés. Vraiment le band a parti en trio comme à ce moment-là. Après on a passé peut-être un an et demi à monter des tones en vue de faire un premier EP. Vraiment on existe officiellement, ça fait 8 ans qu'on a comme parti. On va voir votre discographie un par un comme ça on va pouvoir faire un bon portrait.
Hugo Lachance : On va continuer avec votre discographie, dans le fond ce que je vais faire c'est que je vais vous nommer vos principales parutions puis vous allez me dire c'est quoi pour vous cet album-là, qu'est-ce que ça représente pour vous. Alors ça commence en 2017, En orbite.
Charles Devillers : En orbite, c'est vraiment le premier EP qu'on a sorti. On a vraiment fait ça très modestement, avec on avait quoi, 500 pièces de budget. C'était très modestement puis c'était littéralement les premières tounes qu'on écrivait, fait que c'était loin d'être parfait mais en même temps ça a été formateur, puis ça c'est quand même un premier jet qui nous a motivés à se dire qu'on veut faire mieux sur le prochain projet.
Hugo Lachance : Comment vous l'avez enregistré cet album-là ?
Gabriel Dumont Mercille : On l'avait enregistré dans le local, je me souviens que le drum on l'avait fait dans notre local. Les vocaux je crois, on a loué l'appartement de Alex, tout le reste on l'avait fait chez Alex, un ami commun fait qu'on avait tout fait ça dans son appart, c'était très DIY.
Charles Devillers : Aucun ampli n'a été utilisé, genre il y a eu aucun ampli sur zéro de ces tounes-là, c'était tout dans la boîte, tout plugin. Puis un vrai drum, mais sinon on a recordé le drum en genre un avant-midi, vraiment, fait que c'était très brut. Mais moi je me souviens qu'on a eu beaucoup de fun.
Hugo Lachance : Non, parce que c'est le fun d'écouter votre discographie puis voir votre évolution, c'est vraiment cool parce que quand tu passes de En orbite à Dans l'abysse, il y a vraiment une grosse évolution, un vrai gros écart.
Charles Devillers : En orbite, c'est vraiment un truc modeste puis c'est sûr qu'après ça aujourd'hui on réécoute ça puis avec le recul on se dit ... mais en même temps dès la minute qu'on l'avait sorti, on avait déjà un certain recul en se disant qu'on allait faire mieux après.
David Roi : Ce qui est drôle avec du recul, c'est qu'on était tout jeunes, on se prenait au sérieux, on était comme "faut trouver quelqu'un pour faire le cover", on avait rencontré la personne dans un café puis on prenait ça vraiment au sérieux malgré le fait qu'on avait un budget nul. C'était la première fois toute la gang qu'on faisait un album pour vrai. Moi j'en garde des très bons souvenirs comme première vraie expérience.
Hugo Lachance : Moi je me souviens aussi du premier démo qu'on a fait dans la chambre de mes amis à l'époque, on s'était loué un quatre-track à cassette, le gars nous avait dit "faut pas que l'aiguille aille dans le rouge", le reste on savait pas comment ça marchait. Toi Julien, quand est-ce que tu as connu Thick Glasses dans leur discographie ?
Julien : Dans la discographie, c'est pas mal à l'époque de Courir après sa queue. Je pense que je les ai découverts l'année où L'échec héroïque est sorti, je me souviens d'avoir découvert Thick Glasses et ils ont sorti du nouveau matériel, je me souviens de la sortie de cet album-là. Moi j'aimais beaucoup En orbite, je trouvais que c'était j'étais content d'entendre la musique heavy qui crie en français. C'était une époque où justement moi je débutais avec mon autre groupe Chien Dog à ce moment-là, je cherchais de la musique francophone un peu heavy, je me suis comme réapproprié les Vulgaires Machins à cette époque-là et tout, puis je cherchais justement quelque chose comme ça. J'avais aucune idée, je connaissais pas encore les gars à cette époque-là, j'ai rencontré David pas longtemps après, puis les gars par la bande ensuite. Mais à cette époque-là, c'était loin de l'idée de faire un jour partie de ce groupe-là.
Hugo Lachance : Cool. Puis là, le deuxième c'est Courir après sa queue, c'est votre deuxième EP en 2020. Ça représente quoi pour vous ?
Gabriel Dumont Mercille : C'est un point tournant dans le band quand même. Ça a été l'album qui nous a fait signer avec Hell for Breakfast, c'est l'album je dirais où on a eu un genre de petit succès d'attention. Premier album qu'on a fait dans un studio pour vrai, puis c'est un point tournant du groupe. Je pense que c'est grâce à cet album-là justement qu'on a fait comme "OK, on est plus juste un band de bord de sous-sol, on essaie de pousser un petit peu plus la chose d'un point de vue commercialisation puis professionnalisme". Je pense que c'était le début aussi de se prendre au sérieux, puis aussi le son Thick Glasses, je pense que Courir après sa queue c'était là où est-ce qu'on s'assumait plus un peu avec le côté mélodique. Il y en avait clairement dans En orbite, puis je pense même les meilleurs moments de cet album-là c'est quand il y a ça qui pique un peu. J'aime la musique qui bûche, mais je pense qu'avec le temps on s'est rendu compte que où est-ce qu'on peut tirer notre épingle du jeu, c'est dans les mélodies, trouver l'équilibre entre le bûchage et le mélodique justement.
Hugo Lachance : C'est ça qui fait votre signature en fait. Puis j'imagine ça va tendre à s'affiner aussi avec le temps. À L'Album Podcast, on parle beaucoup de création, puis c'est quoi la différence mettons dans l'acte de créer ? Comment vous créez une chanson mettons si on parle de En orbite jusqu'à Dans l'abysse ? Est-ce qu'il y a des différences majeures dans la façon de créer ?
Gabriel Dumont Mercille : C'est drôle, j'allais dire non moi. Fondamentalement je pense c'est la même chose, je pense qu'on travaille pas mal pareil depuis le début. Même je dirais que la seule grosse différence, c'est qu'avant au début mettons Charles ou David arrivait avec une toune qui était pas mal faite puis là on la montait ensemble puis éventuellement on allait rajouter ou enlever des parties, tandis que maintenant on fait ça beaucoup plus de façon organique. Je pense que Charles ou David va arriver avec un riff ou une idée, puis de là on va monter une toune. On est old school, on a besoin de jammer dans le local.
Hugo Lachance : Mais vous vous envoyez des riffs puis vous montez chacun ça chez vous, ou vous arrivez et vous jammez ?
David Roi : On essaie de faire des démos des fois, il y en a eu quand même des démos puis on le fait pareil, on n'a pas peur de ça. Mais il y en a beaucoup aussi qui se sont jamais rendus. Sinon moi je suis très, j'ai acheté Logic il y a peut-être 10 ans puis je l'utilise encore. Julien maintenant é rendu vraiment meilleur que moi, moi je suis très amateur, Julien il est tech là-dedans dans la vie puis il a enregistré les albums de Chien Dog, il est beaucoup plus calé. Puis ça justement, c'est une addition qui va être intéressante pour voir comment ça va aider le band dans le futur. Sinon moi c'est juste quelques micros, une carte de son à deux entrées, puis avec mon background de drameur, des fois j'ai comme des idées pour le drum, fait que ça vaut la peine des fois d'essayer de taper sur le truc.
Hugo Lachance : Cool. On continue avec L'échec héroïque en 2022. C'est quoi pour vous cet album-là ?
Charles Devillers : Le premier album à quatre, déjà, parce qu'Étienne est arrivé juste après Courir après sa queue. En plus, faut penser qu'en 2020 on était en pandémie, fait qu'on a un peu sorti l'album en se disant "ben fuck it, les tounes sont bonnes, on va juste le sortir, il est prêt". Puis justement, il y a eu une résonance avec le monde pareil. Malgré tout, ça nous a quand même permis de faire une couple de shows parce que quelques mois après, la Pouzza faisait un truc punk en virtuel puis ils nous avaient invités sur un des shows. Il y a quand même beaucoup de gens là qui nous ont vus pour la première fois via cette vitrine-là. Il y a beaucoup de découvertes aussi qui se sont faites parce que le monde avait rien que ça à faire. Fait qu'on a fait ça, puis à ce moment-là la formule trio était en train de changer, c'était rendu que David avait switché à la guitare et à la basse, Étienne est rentré dans l'équation. À partir du moment où Étienne a commencé à être dans le band, ben on avait déjà des idées pour des nouvelles tounes, fait que pour L'échec héroïque, on a vraiment fait un album à quatre avec Étienne. J'un beau souvenir de ça aussi parce que ça a amené des nouvelles idées dans le band, il y a certaines tounes d'échec héroïque qui existent parce que c'est basé sur des riffs qu'Étienne a apportés aussi, ça reste quand même un effort de groupe. En termes de calibre de musicien, Étienne était quand même à un autre niveau, ça nous a fait du bien de se faire pousser dans le cul. Moi j'essaie tout le temps d'être le pire musicien dans tous mes bands, c'est une bonne façon de s'améliorer. L'ajout d'Étienne nous a aidés à être une coche plus tight, ça nous amène ailleurs. En vieillissant, on a des nouveaux standards pour nous-mêmes avec l'expérience.
Hugo Lachance : Fait que là, on tombe dans Dans l'abysse. Là, vous avez quand même eu une coche de plus. On va prendre le temps de le présenter comme il faut, on va passer à travers tous les crédits, tout ça. Si on avait des étiquettes à mettre sur Thick Glasses, qu'est-ce que ça serait ? Alternatif ?
Charles Devillers : Je pense rock alternatif c'est le bon terme parce que toutes les bands qui ultimement font un peu la même chose que nous artistiquement, ça tombe tout dans la case rock alternatif. Je pense à Smashing Pumpkins, Billy Talent, Foo Fighters, tout ça tombe dans le rock alternatif à la fin de la journée. Justement, en pensant à cette entrevue-là, j'avais pensé à Wasting Light des Foo Fighters, c'est du rock alternatif, ça gueule. On vient du punk, on vient du métal, on aime le hardcore aussi, on est des gars qui trippent sur la musique en général à la fin de la journée. De la bonne musique c'est de la bonne musique, on trouve du bon dans à peu près tout.
Hugo Lachance : Vous avez écrit cet album, c'est quoi le contexte d'écriture ? Chaque projet a été réalisé en réponse au précédent dans une certaine mesure.
Charles Devillers : En orbite a été fait d'une certaine façon, il y a des choses qu'on voulait corriger fait qu'on a fait Courir après sa queue en vue de corriger certaines affaires, puis après ça ça a été la même chose avec L'échec héroïque. Rendus à Dans l'abysse, on se disait qu'on voulait faire de quoi qui sonne vraiment pro mais de quoi qui respire, qui est pas brickwalled dans le tapis. C'est pour ça que j'étais arrivé avec l'idée qu'on pourrait faire ça à Cryo Studio avec Ryan Battistuzzi. Ryan, tu regardes son CV musical, c'est un gars qui est quand même extrêmement versatile, capable de faire des trucs très pop mais aussi des trucs très heavy avec des bands de métal. C'était tellement un plaisir d'être avec Ryan. Je pense qu'on a voulu juste pousser une coche plus loin le songwriting et la prod en même temps.
Gabriel Dumont Mercille : C'est la première fois qu'il est devenu un peu comme un producteur sans vraiment le titre officiel, parce que pour une question de budget on n'a pas vraiment le budget d'avoir un producteur. Mais naturellement il a fait "pourquoi vous essayez pas ça ?", puis on l'essaye puis c'est bon. Il a compris vite ce qu'on voulait, puis tout en respectant le fait que c'était notre album, il y a beaucoup de trucs dans l'album qui sont vraiment des idées de Ryan. Je pense que c'est peut-être ça qu'on avait aussi besoin.
Charles Devillers : Les tounes étaient faites de A à Z, la structure, les textes étaient quasiment tous là, fait que c'est pas comme si Ryan a fait du songwriting avec nous, il a vraiment fait une job de prod. Il m'a beaucoup aidé avec les harmonies vocales, j'en ai fait beaucoup sur cet album-là, Ryan m'a amené dans la bonne direction. Ça paraît parce que les autres c'est plus punk rock un peu, mais là c'est plus un ensemble, il y avait vraiment une vision. C'est le fun de travailler avec un vétéran de la scène de la production.
Hugo Lachance : Si on parle de l'album en tant que tel, est-ce qu'il y a un concept, un fil conducteur ?
Charles Devillers : Vaguement, mais je pense c'est quelque chose qu'on veut justement plus travailler sur un futur projet. On a commencé à écrire, écrire, puis éventuellement on s'est rendu compte qu'on en avait assez pour faire un album. Il y a tout le temps un concept un peu, mais il prend le bord un peu, tu as tout le temps une ligne directrice à cause de ton contexte. Cet album-là un peu, c'était en réaction au monde dans lequel on vit, une perte de l'humanité, les relations humaines. Il y a de plus en plus de monde qui demande à l'IA de faire de l'art ou qui vont aller explorer leurs sentiments en allant parler à un robot. Fait qu'il y avait un peu ça. "Elisa", ben c'est le nom du premier chatbot qui a existé, c'est un peu ça l'idée. C'était un programme fait dans les années 60 pour faire comme un thérapeute, c'est pour ça qu'il est écrit en majuscules. J'avais vu une histoire d'un monsieur qui avait eu une espèce d'épisode schizophrénique par rapport à ça parce qu'il parlait de son angoisse écologique et la machine l'avait convaincu de se suicider, c'est super dark mais on gravite vers ces affaires-là, c'est le climat actuel. Fait que je dirais que c'était peut-être ça un peu l'idée, mais au final l'important ça reste quand même que chaque toune individuelle soit bonne puis qu'on ait du fun à la jouer. On essaie d'avoir des concepts pour se donner une direction, mais on n'est pas rendus au stade où on fait des albums concepts de A à Z. Dans le nouvel album, il y a une affaire de vibe qui se suit d'une toune à l'autre, une espèce d'ambivalence constante entre une perte d'humanité et un désir de rapprocher de ses émotions, de se rapprocher des choses qui sont essentielles dans la vie.
Hugo Lachance : On va passer au crédit de l'album : donc le titre Dans l'abysse, année : 7 février 2025, compagnie de disques Hell for Breakfast. Réalisation, mixage et enregistrement : Ryan Battistuzzi au Cryo Studio, on le salue d'ailleurs. Écrit et composé par Thick Glasses. Les musiciens : Charles Devillers (voix, guitare, synthé), Étienne Dubé (basse sur l'enregistrement, maintenant remplacé par Julien), Gabriel Dumont Mercille (batterie, percussions), David Roi (voix, guitare). Mastering : Ryan Morey. Période d'enregistrement, ça serait quand ?
Charles Devillers : C'était en 2024, de mars jusqu'à l'été 2024 dans le fond, ça a été comme trois sessions de fins de semaine qu'on a faites, trois jours du vendredi au dimanche, fait que 9 jours de studio en tout.
Hugo Lachance : Est-ce qu'il y a des musiciens invités sur l'album ?
Charles Devillers : Non, ben il y a Ryan qui a joué du keys, puis Andréanne Neves qui a chanté un petit affaire, qui a participé, c'est pas mal ce que j'ai comme informations.
Hugo Lachance : Maintenant la pochette. Quelle magnifique pochette, super belle. C'est quoi l'histoire de cette pochette-là ?
Charles Devillers : C'est une pochette de Pierre-Olivier Cadu, PO Cadu. Moi je l'avais suggéré aux gars parce que PO a fait les pochettes de Fucked Up notamment, qui sont super cool, c'est tout le temps des photos. Depuis un bout, on a joué plus avec des photos pour faire les visuels de singles, d'albums, et je trouvais ça cool de continuer dans cette veine-là, ça look unique. On l'a contacté, on voulait vraiment de quoi inspiré par le liminal space, l'horreur un peu style parano, d'avoir une photo comme prise à travers un fisheye, on cherchait un peu le malaise moderne. C'est un bon ami à PO, les deux étaient en voyage ensemble au Mexique, ils avaient acheté un masque de démon durant leur voyage puis ils l'ont utilisé pour faire la photo. Nous autres on avait envoyé nos idées à PO, PO nous a fait un moodboard, on a dit qu'on aimait cette direction-là, puis après ça il nous a envoyé les vraies photos qu'il a prises durant son voyage. J'aimerais faire un gros shoutout aussi à Kevin Shinn qui a fait la pochette de L'échec héroïque, qui était vraiment belle avec le casque de chevalier dans une poubelle. Puis les photos à l'intérieur de l'album, c'est Andréanne aussi qui les a faites. PO, à la fin du processus de recherche, nous a envoyé des idées, on a débattu des options, puis on a convenu de quelle était la pochette de l'album et des singles. L'important c'était que tout le monde soit d'accord. En réécoutant l'album en finissant de le mixer avec Ryan, on a fait comme non ça c'est la bonne direction.
Hugo Lachance : Puis comment on finance un album comme celui-là ? Avec un label ?
Charles Devillers : Hell for Breakfast, c'est notre producteur depuis Courir après sa queue. À la base, Jessie de Slam Disques voulait nous signer. Moi j'ai travaillé pour Slam pendant 6 ans, puis à cette époque-là Jessie avait ouvert une division qui s'appelait Hell for Breakfast pour donner la possibilité de travailler avec des groupes francophones avec des deals différents. Vu que moi je travaillais déjà pour Slam, ça aurait été un peu un conflit d'intérêts que je sois signé sur Slam Disques, alors on s'est mis sur Hell for Breakfast, fait que c'était d'autres de mes collègues qui travaillent sur mon band, puis c'est encore le cas. Fait que c'est le label qui finance. Jessie nous a fait vraiment confiance assez tôt, puis depuis ce temps-là on a vraiment carte blanche, on fait 100 % ce qu'on veut. Le label c'est pas notre manager, c'est nous autres qui se manage nous-mêmes, on prend les décisions à quatre puis on a le dernier mot sur 100 % des choses. Eux sont là pour nous aider à nous donner les moyens pour faire ce qu'on a envie de faire, ils produisent tout à 100 % puis le deal qu'on a avec eux est très satisfaisant.
Hugo Lachance : Oui, avant de passer au segment une chanson après l'autre, il y a des gens qui vous ont laissé des messages.
Hugo Lachance : On passe au premier message, c'est Jean-Simon Fabien.
Jean-Simon Fabien (Message audio) : Salut les gars, c'est Jean-Simon, j'interromps votre entrevue une petite minute pour vous saluer puis vous faire un coup de chapeau. Premièrement, ben parce que vous avez accouché l'an dernier d'une galette qui est vraiment extraordinaire, Dans l'abysse, un tour de force. C'est un album vraiment mature pour un band qui sortait son deuxième disque seulement, c'est vraiment un step-up que je pourrais qualifier de level Trompe-l'œil à Labyrinthe, puis c'est pas en toutes circonstances qu'on dirait quelque chose comme ça. C'est pas pour rien que le chum Dominique Tardif vous couvre d'éloges depuis la sortie du disque, je veux juste ajouter mon humble voix à la sienne. Deuxièmement, pour mon coup de chapeau, ben je veux vraiment vous saluer pour ce que vous êtes, c'est-à-dire une collection de mélomanes tout à fait improbable, probablement les mélomanes les plus connaisseurs dans mon entourage. C'est pas juste la mélomanie votre affaire, je pense que ça va au-delà de ça, vous faites passer la passion musicale à un rang exponentiel de kick-out devant laquelle je peux juste m'incliner. Rares sont les personnes que j'ai rencontrées qui, comme vous, ont une connaissance à la fois encyclopédique, un profond respect puis un amour vraiment contagieux pour la chose musicale. Je trouve ça vraiment admirable. Continuez de découvrir et de nerd out with your brains out, comme on dit. Je vous salue en vous remerciant aussi pour votre contribution à la scène locale qui est vraiment bien vivante grâce à vous, on le voit vraiment dans vos shows et puis à chaque année ça grossit. Bravo pour ça. En terminant, je vous rappelle que si la gloire est à trouver dans les premières lueurs du matin, c'est par contre seulement le soir qu'on peut observer les nébuleuses et les supernovas de champagne.
Charles Devillers : On salue Jean-Simon Fabien, mon bon ami. Mon dieu, je vais lui faire écrire mes vœux de mariage lui. Comment tu es tombé sur Jean-Simon ? Ah ben on remercie Jessie. Jean-Simon Fabien, mon bon ami qui a été chroniqueur longtemps pour plein de médias, à Radio-Canada. Ça explique la plume, c'est un bon ami à moi puis je lui envoie des gros bisous.
Hugo Lachance : On passe au deuxième message, c'est Philippe Vaillancourt du Clash Podcast.
Philippe Vaillancourt (Message audio) : Hey merci Hugo de me laisser l'opportunité de laisser un bon message à mon band préféré. Salut Thick Glasses, Philippe Vaillancourt du Clash Podcast à l'appareil. En fait, quand Hugo m'a demandé de laisser ce message-là, j'ai fait quelques recherches. La recherche que je voulais faire c'était c'est quand le premier contact que j'ai eu avec quelqu'un de Thick Glasses. J'avais complètement oublié mais c'est en fait Charles le premier qui a communiqué avec moi parce qu'à l'époque j'étais chroniqueur pour Barricade Punk et je commençais tout juste le podcast, et Charles bookait des bands pour Slam Disques, donc m'a permis de booker comme Oktoplut, Matchup, Rouge Pompier vraiment au début. Fait que c'est vraiment Charles qui a quand même aidé à avoir des plus gros noms au début du podcast, fait que merci beaucoup d'ailleurs Charles pour ça. Mais j'étais pas vraiment au courant qu'il y avait un band non plus à ce moment-là. Grâce à la magie des amis Facebook, j'ai découvert que Thick Glasses existait, qu'il y avait même En orbite qui était déjà sorti au moment où on se parlait. Fast forward quelques mois plus tard en 2019, je vivais une passe, je suis parti sur un coup de tête le cœur brisé prendre un break, j'ai pris le billet le plus cheap puis je suis allé à Paris pour quelques jours pour me changer les idées un petit peu. C'était juste quelques mois après l'incendie de la cathédrale Notre-Dame, j'étais curieux fait que je suis allé voir un peu les décombres, puis l'album que j'avais choisi de mettre à ce moment-là, je me suis dit pourquoi pas enfin découvrir ce que le groupe à Charles fait, puis j'ai mis En orbite pour la première fois en regardant les décombres de la cathédrale Notre-Dame. On se souvient de quand un événement marquant arrive, ben moi le souvenir de ce moment-là de quand j'ai écouté Thick Glasses pour la première fois va être ancré dans ma mémoire à tout jamais. D'ailleurs aussi, j'ai reçu Thick Glasses pour la première fois en entrevue, c'était la première fois vraiment je recevais un band de la relève, mais c'était des gars d'expérience, ils avaient déjà joué dans Infernac Fabulae, Hydronium, Dead Bringer, Dead Brigade. Ma rencontre avec vous autres Thick Glasses, ça m'a vraiment ouvert les yeux sur une scène émergente à ce moment-là, puis clairement grâce à vous ça m'a convaincu d'inviter d'autres bands jeunes, de sortir de la nostalgie et de découvrir plein d'autres bands. Vous êtes vraiment des musiciens tellement talentueux, vous transposez votre musique super bien live même avec encore plus d'intensité. Vous êtes surtout une très belle gagne, vous êtes super smart, restez vrais, restez intègres, continuez de canaliser toutes vos influences à la sauce punk rock, des blast beats de Gab à la black métal, puis du prog de Pink Floyd par-ci par-la, des petits clins d'œil à Deftones puis du Midwest emo. Tout ce que vous faites, peu importe l'influence, ça va toujours sonner du Thick Glasses. En orbite a brisé la glace, Courir après sa queue vous a mis sur la map, L'échec héroïque vous a rendus incontournables dans notre scène, puis avec Dans l'abysse encore plus. Je suis sûr que le meilleur reste à venir, continuez de torcher, je vous aime, puis fuck Godsmack.
Charles Devillers : Merci, merci au Clash Podcast, on le salue. On est dus pour faire un autre podcast avec, ça fait un petit bout. C'est lui le propriétaire du sous-sol où je vous ai découverts en fait, quand je vous ai vus au party chez Philippe dans son sous-sol, j'ai pogné de quoi. C'était vraiment le fun comme soirée, shoutout le plafond. Notre première entrevue avec Phil c'était dans ce sous-sol justement, fait que c'était vraiment cool.
Hugo Lachance : On continue avec un message d'Andréanne Neves.
Andréanne Neves (Message audio) : Salut les garçons, je faisais juste faire un petit coucou pour vous dire que je trippais sur vous autres puis que votre album il est excellent, puis ça me rend vraiment fière d'avoir pu graviter en orbite autour de la production de ce projet-là depuis le début. Je souhaite longue vie à Thick Glasses puis je vous aime, bisous.
Charles Devillers : Merci Andréanne. Je voulais faire un gros shoutout justement à Andréanne qui a fait un gros travail, elle a été là pour le band, elle nous a aidés à faire la préprod de Dans l'abysse, tout ce qui est photos et support.
Hugo Lachance : Un dernier message de David Ouellette.
Charles Devillers : David Ouellette, qui était autrefois dans Never More Than Less, ça remonte loin. Je le connais, c'est un bon chum, il travaillait pour Coyote Records à Québec, il était booker là-bas puis moi je faisais mes premières années chez Slam. On s'est connus dans des congrès de l'industrie de la musique, le ROSEC à Rimouski, qui est un congrès de deux ou trois jours de conférences avec des kiosques où tu essaies de vendre des bands aux diffuseurs. On s'est connus là et à la Bourse Rideau, au Fuck Off. Un souvenir de ça, j'ai une confession à faire, je pense je m'en rappelle plus parce qu'on a trop bu. Dave, écris ça dans les commentaires. On a vu beaucoup de bands ensemble, on a le même genre d'humour, on aime le même genre de bands, fait que souvent on se retrouvait dans ces moments-là un peu pour ventiler parce que c'est des événements qui peuvent être un peu anxiogènes.
Charles Devillers : Elle et moi on participe aussi à La Sèche, qui est une coopérative de travail où on fait des sessions live pour des bands, abonnez-vous à la chaîne YouTube, ils ont besoin de views.
Hugo Lachance : Un dernier message de Alex Phillips du podcast Du bruit de mes oreilles qui salue le band et dit que Dave a un band qui s'appelle Slutch, ça vient de sortir le premier single avant-hier.
David Roi : Oui, Slutch, le premier single est sorti avant-hier, gros sludge en français très cool, il y a un show à la fin du mois aussi.
Hugo Lachance : Quelle a été la réception de l'album ?
Charles Devillers : C'est très positif, ils commencent à penser qu'on a un vrai band. Avec Dans l'abysse, on a eu des belles premières, des mentions dans La Presse, à Radio-Canada. On doit saluer aussi Al Dj qui joue dans le groupe Mountain Dust, qui est animateur à CHOM. Sans même qu'on lui demande quoi que ce soit, il a parlé de nous autres à CHOM à l'heure de pointe à 17h, il trouve un événement local à Montréal et il en parle, fait qu'on salue Al Dj pour ça. Pas juste médiatiquement, ça se voit aussi en spectacle. Tous les shows depuis 2025 ont très très bien été, on se trouve vraiment chanceux. Faire la run de lait des shows c'est toffe, d'aller jouer à 5-6 heures de route de chez toi, mais on a la chance d'avoir un label qui nous supporte pour prendre des chances, se faire mettre en première partie.
Gabriel Dumont Mercille : Moi j'aime le fait que ça soit une lente ascension, ça nous aide à rester groundés puis de rester très près de la scène locale. Nous quatre, on va constamment voir des bandes locaux en show dans des petites salles, on fait partie de cette scène-là activement. On sait comment c'est toffe, d'avoir la position qu'on a présentement, on est vraiment reconnaissants de ça, et de continuer à avoir cette amitié-là qui entoure tout ça, on est des amis de longue date.
Hugo Lachance : Dominique Tardif le 29 décembre 2025 pour La Presse a écrit : "Je vois déjà au loin la fin du monde et il n'y a personne qui peut l'interrompre sauf peut-être Thick Glasses parce que leurs chansons sont pour moi comme des filets de sûreté et qu'en 2025 chaque fois que ma sérénité aura été aspirée par la pente dangereuse du désespoir, Elisa était là pour me rescaper pour ne pas me laisser tomber seule dans l'abysse. Avec son deuxième album, le groupe montréalais passe au tamis de son érudition 30 ans d'imo, de post-hardcore et d'indy rock, et quoi dire d'autre que ça torche ? Si l'horizon est une nécrose, comme l'annonce Charles Devillers dans ce morceau de bravoure de 13 minutes intitulé Anamnésie, ce disque est un infaillible remède qui me convainc du contraire."
Charles Devillers : On salue Dominique Tardif, il est très responsable de pourquoi on a des mentions dans les gros médias généralistes, si c'était pas de lui on aurait jamais passé dans La Presse ni à Radio-Canada, il nous supporte depuis qu'il nous connaît, il porte son chandail de Thick Glasses dans des événements. Une anecdote très drôle, mon boss chez Stomp Records, Matt Collyer des Planet Smashers, se faisait interviewer par Dom Tardif pour les 30 ans de Stomp et Dom est venu l'interviewer avec le chandail de mon band, j'étais comme "Wow, c'est cool !".
Hugo Lachance : Les gars, ça fait combien de temps que vous avez pas écouté l'album ?
Charles Devillers : Je l'ai écouté cette semaine pour pratiquer les tounes à la maison, j'ai pas le choix de m'émerger dedans. Je suis très analytique avec ma musique, je la mets, je l'écoute, je fais juste l'analyser.
Julien : Je l'ai écouté beaucoup pour l'apprendre, c'était mon album le plus écouté en 2025 sans grande surprise, récemment je l'ai moins écouté mais c'est mon préféré certainement.
Hugo Lachance : On va passer au segment une chanson après l'autre, ce qu'on fait c'est qu'on écoute un extrait d'une trentaine de secondes puis je vous invite à commenter après. On fait une petite interlude d'abord.
Charles Devillers : Ce retour de pause est une présentation de Canadian Tire. T'es allé sur le site du Canadian Tire ouais tu peux faire biper les affaires quand tu cherches hein genre tu googles quelque chose tu mets où est-ce que tu es puis là tu pèses dessus puis ça fait flasher avec l'application. Faut juste choisir le bon magasin puis si tu cherches une vis, ça dit dans quelle allée et ça l'allume. J'adore le Canadian Tire, hier j'étais un peu déprimé puis ma blonde a dit "on va juste au Canadian Tire" puis on a tourné en rond pendant comme une heure, acheté du steak, rien de mieux. Ma blonde travaille chez Desjardins dans la prévention de la fraude, fait qu'elle doit s'enfermer dans le bureau et j'ai dû passer un long câble internet super laid jusqu'au salon, je vais aller au Canadian Tire acheter du tape blanc pour cacher ça. Ben tu vois, les patreons c'est ça qu'ils vont avoir comme extrait, les petits clous avec des crochets, demander si on vend du "top" Julien-Claude, de bonnes cigarettes. Quand je travaillais au Jean Coutu en 2020, le monde me demandait régulièrement si on vendait des cigarettes, ça me faisait toujours rire, ben non, on vend des produits pour la toux !
Hugo Lachance : On l'écoute cet album. On commence avec "ELIZA".
(Écoute de l'extrait de "ELIZA")
Hugo Lachance : Alors "ELIZA", moi ma première impression quand tu m'as envoyé les tounes, c'est que ta voix me faisait penser à un fils illégitime de Serge Fiori.
Charles Devillers : Oh mon dieu, wow ! C'est drôle parce que sur YouTube on a très peu de commentaires en dessous de nos vidéos, mais quand on a sorti le clip de "Mon acalmie", il y a quelqu'un qui a écrit en commentaire "Harmonium ?", c'est le meilleur commentaire du monde. C'est juste à cause des falsettos que je fais. "ELIZA", c'est une des tounes personnellement de cet album-là dont je suis le plus fier, la toune a juste été bâtie très naturellement. On savait que c'était l'opener de l'album assez tôt.
Julien : Vocalement, c'est une des tounes les plus intéressantes, comment Charles et David ont placé le vocal, c'est le plus poussé qu'on a réussi à faire. C'est rare qu'il y ait une toune où c'est juste Charles qui chante, c'est rare qu'il y ait une toune où c'est juste David, il y a une vraie dualité, c'est rarement juste une voix.
Charles Devillers : Cet album-là d'ailleurs, c'est une affaire qu'on avait établie en début d'écriture. J'avais remarqué que dans les anciens albums, si c'était David qui avait composé la toune, c'était lui qui la chantait, et si c'était moi, c'était moi qui la chantais. Là, j'ai dit qu'on devrait essayer de plus collaborer et de voir ce qui est le mieux pour la toune, pas nécessairement que celui qui écrit chante tout le long. Mon premier instrument c'est la voix, j'ai quand même travaillé pour arriver à ça. Plus je vieillis, plus j'essaie de faire attention au vocal, parce que souvent le vocal c'est une des dernières affaires auxquelles un band pense, alors que ça devrait être la première affaire, la toune devrait être faite selon ton range vocal. Même des bands très pros n'écrivent pas en fonction de leur vrai range vocal, ils arrivent en show et ils ne sont pas confortables, la voix travaille fort en studio mais live ça marche pas. J'ai un petit peu poussé mes limites sur "ELIZA", mais je suis très confortable à la chanter live. J'essaye de rester dans mon range naturel puis d'arranger les chansons en fonction de la voix. David le fait naturellement aussi, c'est une de nos forces de placer ce vocal-là et de ne pas le bâcler.
Hugo Lachance : Il y a une affaire que j'aime dans votre groupe, qui donne toute sa personnalité, c'est la passe plus lourde au milieu.
Charles Devillers : Grosse influence métal. On est des gros fans de thrash métal, c'est un peu de même qu'on s'est connus Gab et moi, on trippait sur le métal, on avait nos vestes avec nos patchs et on parlait d'Anthrax. Anthrax, c'est pas le meilleur band du monde mais je trouve que c'est des underdogs, ils font des genres de riffs qui sont humbles pour les chanter, tu peux les hummer. On joue beaucoup en drop D dans Thick Glasses, le drop D nous aide beaucoup à faire des genres de riffs qui sonnent comme une mélodie de voix, de faire des suites de notes rapidement, ça apporte une richesse.
David Roi : Par rapport au vocal, Charles puis moi on a eu des discussions, on est des fans de Green Day, puis un truc que Billie Joe Armstrong fait bien, c'est de faire des tounes qu'il a écrites quand il avait 21 ans et qu'il est encore capable de chanter à 50 ans passés. C'est brillant d'écrire comme ça, d'être capable de chanter tout ton catalogue en show sans devoir transposer parce que les guitaristes veulent pas changer la tonalité. Puis "ELIZA", il y a aussi l'hommage à Deftones tout au début, c'est le même beat que dans "My Own Summer (Shove It)", c'était un petit clin d'œil conscient qu'on voulait faire.
Hugo Lachance : On continue avec "Dans l'abysse".
(Écoute de l'extrait de "Dans l'abysse")
Hugo Lachance : "Dans l'abysse", shoutout au drum, belle job.
Charles Devillers : Une chose qui est restée de qualité constante sur tous les albums, c'est le drum à Gab, il est tout le temps impeccable, parfait.
Hugo Lachance : Ce que j'aime, c'est que votre son c'est un mur, il y a personne qui est à l'avant-plan plus qu'un autre, tout le monde a ses petits moments.
Gabriel Dumont Mercille : C'est ma grosse philosophie quand je compose, d'essayer d'être le plus simple possible. Moi j'ai commencé je faisais du death métal, fait que le drum tu veux que ça soit le plus over-the-top et rapide possible. C'est en écoutant plus de musique pop, en écoutant des entrevues de batteurs que j'aimais, que j'ai réalisé que même dans la musique que tu penses complexe, c'est tout le temps extrêmement simple ce qu'ils jouent. Quand tu écoutes des hits, le drum va toujours rester simple, personne ne va par-dessus l'autre, faut voir la musique dans un ensemble. Dave Grohl dans Nevermind, c'est le meilleur exemple de ça, le drum est à la fois percutant mais extrêmement simple. Souvent on dit que Nevermind c'est un album facile à jouer pour les débutants, mais c'est pas facile de faire exactement ce qu'il fait avec la même dynamique, le plus difficile c'est de se retenir pour pousser la toune.
Hugo Lachance : Au niveau des paroles : "L'orage dans mon crâne en tôle, il pleut des piliers, même si ma tête explose tu me verras pas prier. Je cours tout le temps mais je m'en vais nulle part, je suis tellement crevé que jamais je m'endors. Mais dis-moi encore que tout est rose si ça te fait du bien, la gloire du matin retentit. Tu me révèles c'est quoi d'être en vie, je veux y croire." C'est bon les paroles.
Charles Devillers : J'ai juste écrit le refrain là-dessus, tout le reste c'est la plume à David. C'est un de nos très bons textes, on a fait des textes plus collaboratifs sur cet album-là, David s'est surpassé sur cette chanson.
David Roi : Je me rappelle quand on l'a écrite, ça filait comme la toune à personne au début parce que c'était un jam où il y avait juste Charles et moi. J'adore le band Touché Amoré dans la vie, c'était un son que je trouvais qui nous irait bien. J'étais derrière le drum dans notre ancien local ici, puis j'ai un peu forcé Charles à écrire une toune à la Touché Amoré, genre "là tu vas aller vite, puis après tu vas aller moins vite". On a gardé cette dynamique-là de double time / half time. Dans les paroles, ça s'est traduit en une dualité entre déprimant et hopeful, genre tu te couches le soir tout est grave, puis tu te lèves le matin tu vois du gazon. C'est une de nos tounes très efficaces, elle fait juste 2 minutes mais elle est très complète et simple. Il y avait un effort de faire des tounes plus courtes aussi dans cet album, sauf pour "Anamnésie" où ça a dérapé. Fait que c'est bon pour "Dans l'abysse".
Hugo Lachance : On continue avec "Good Luck, Dave!".
(Écoute de l'extrait de "Good Luck, Dave!")
Hugo Lachance : Cette toune-là, au début c'était pas ma préférée, mais quand j'ai lu la critique de Louis-Philippe Labrèche du Canal Auditif le 13 février 2025, ça a changé la donne : "Alors que sur l'album précédent un certain humour était présent dans les paroles, cette fois-ci le groupe offre aux émotions toute la place, refusant les artifices. Je dis ça mais Good Luck Dave fait explicitement référence aux Foo Fighters dans ses sonorités et dans son titre, on ne parle pas ici de ses aventures extra-conjugales mais plutôt du sentiment de l'avoir échappé."
David Roi : Ce qu'il savait pas, c'est que mon nom à moi c'est Dave, c'est pas Dave Grohl, il y a aucun rapport aux Foo Fighters. Même la toune fait référence à Chappell Roan qui a une toune qui s'appelle "Good Luck, Babe!", c'est juste mon nom, c'est ça la joke, c'est moi Dave. Au-delà des Foo Fighters, c'est notre toune la plus indie rock, je la trouve le fun, elle a un feeling différent, très amusante à jouer. Quand on arrive au bridge avec le solo, il y a comme le drum qui devient un peu plus disco, très dance punk, c'est une de nos rares tounes qui est plus dansante. Si des extraterrestres débarquaient sur Terre et demandaient "c'est qui Dave ?", je leur dirais d'écouter cette toune-là, c'est un bon résumé.
Julien : Moi c'est ma première écoute de l'album quand Charles me l'avait envoyé avant même qu'il sorte parce qu'il fallait que je les apprenne, c'est la toune qui m'est restée dans la tête tout le long, elle fait du bien, elle offre une pause. Elle est venue naturellement à cause de la structure, des harmonies, il y a quelque chose qui s'est placé dans le mix avec Ryan Battistuzzi. À cause du fait que Ryan est sur l'album, on ne peut pas s'empêcher de penser un peu à Malajube, mais c'est parfait. C'est la toune où il y a le plus de percussions, de la guitare acoustique, c'est un peu plus léger, elle est super bien placée dans le pacing de l'album parce qu'elle arrive après des tounes lourdes. Le pacing c'était important pour vous ?
Charles Devillers : Oui, c'est beaucoup de discussions, de longs processus pour choisir l'ordre des tounes. On débat très sainement dans le band. C'est la même chose pour les sets de show, on essaie tout le temps de faire des sets différents pour que si les gens reviennent nous voir, ils n'aient pas exactement le même show. L'ordre des tounes, c'est la trame sonore d'une soirée, ça raconte une histoire en soi.
Hugo Lachance : On continue avec "Mon accalmie".
(Écoute de l'extrait de "Mon accalmie")
Hugo Lachance : "Mon accalmie", c'est dur d'arrêter d'écouter vos tounes parce que vous créez des verres d'oreille. Au niveau des paroles : "Tu me fais fleurir de l'intérieur quand nos regards à peine s'effleurent. Tu me fais voir de nouvelles couleurs, d'autres perspectives que la douleur. Tu me dissocies de toutes mes peurs et de ma torpeur, mon accalmie. C'est des jours si gris qui m'enveniment, sauve-moi d'ici, mon accalmie." Comment vous définissez le côté emo de votre musique ?
Charles Devillers : C'est l'amour. Dans le emo généralement, il y a le fait d'être très proche de ses émotions et d'être très cathartique, avec les mélodies et les variations d'intensité. Cette toune-là spécifiquement, "Mon accalmie", c'est straight up une toune d'amour. Moi j'avais jamais vraiment écrit de toune d'amour dans la forme la plus classique, et j'avais envie de le faire pour une fois parce que la mélodie et la vibe s'y prêtaient. Puis dans mon contexte de vie, je commençais une nouvelle relation dans laquelle je suis toujours, fait que j'y suis allé le plus honnêtement possible. Ça prend un certain courage de se mettre à nu comme ça, mais je suis très content du résultat. C'est pas si on-the-nose que ça, il y a une pointe de mélancolie à la fin du refrain et au deuxième couplet, c'est bitter-sweet. C'est de l'écriture, j'essaie de raconter une histoire, c'est pas toujours calqué à 100 % sur ma vie, c'est de l'extrapolation, je ne veux pas que le monde prenne mes tounes pour du cash non plus. C'est notre premier extrait et notre premier choix de vidéoclip, fait en VHS avec Rose qui a fait le clip, on la salue. C'est la première chanson qui a été écrite pour cet album-là.
David Roi : C'est très Charles, il est arrivé au local en disant "ah j'ai presque rien écrit", il la joue et on est tous comme "wow c'est très bon, on fait ça". J'ai rajouté les passages plus lourds après. C'est la magie du band, tu mets deux passes qui marchent bien ensemble et ça fait une toune. Charles m'avait montré une shape d'accord particulière une semaine avant et je l'ai intégrée. Au début Charles était pas sûr parce que c'était une toune d'amour et que structurellement c'est les mêmes quatre accords tout le long du couplet et du refrain, il avait peur qu'on trouve ça trop simple, mais finalement la vibe change et l'énergie change, fait que ça s'est fait naturellement en jam. Ryan Battistuzzi a donné une belle profondeur au mix, il m'a vraiment aidé avec le vocal, autant pour placer les falsetto du couplet que pour les harmonies du refrain. J'ai fait un effort conscient de mieux articuler et de prononcer mes mots sur cet album-là par rapport aux anciens pour assumer mon texte, ça joue sur la performance.
Hugo Lachance : On continue avec "Les papillons de nuit".
(Écoute de l'extrait de "Les papillons de nuit")
Hugo Lachance : C'est une interlude instrumentale de près de 2 minutes. C'est quoi l'histoire ?
David Roi : C'est moi qui avais poussé pour qu'on ait ce morceau-là, c'était un jam de fin de pratique où tout le monde était parti sauf Charles et moi. J'aimais vraiment beaucoup cette mélodie, j'écoutais beaucoup de Milanku dans ce temps-là, et le terme "Les papillons de nuit", je trouvais que ça sonnait bien. Au début, je voulais développer un EP complet avec cette mélodie-là, mais finalement on a pris une autre direction. Ça fait une pause dans l'album, surtout pour ce qui suit après. Fun fact : il y a un son de pluie en arrière-plan, il pleuvait à torrent quand on a fait la toune, j'avais une enregistreuse et je l'ai mise proche de la fenêtre, ça a saisi un instant naturel. Je l'ai proposé à Ryan, il l'a traité et intégré dans le mix, ça fait une belle transition dans le flux de l'album pour ce qui s'en vient après.
Hugo Lachance : Justement, on y va avec "Culturé".
(Écoute de l'extrait de "Culturé")
Hugo Lachance : Très grunge mais aussi métal, avec un bout très thrash à la Power Trip ou Municipal Waste.
Charles Devillers : C'est du drop D, c'est très drôle, c'est des riffs de chien sale. Des fois, au travers des tounes plus mélodiques, on crave intérieurement pour des gros riffs qui bûchent. On parlait de Sum 41 tantôt, c'est des bands qui nous ont influencés. Le riff principal fait très grunge, ça me fait penser à un band plus récent, Narrow Head, qui mélange Nirvana et Deftones avec une vibe très années 90. Ça me fait penser aussi au premier album de Nirvana, Bleach. Quand je jouais ce riff-là, je pensais aussi beaucoup à la toune "Ultra Sonique" de Groovy Aardvark. Groovy ont des passes hyper lourdes, comme Ingurgitus à l'époque, ça sonne comme du Korn un peu. C'est toujours touché de parler de néo-métal parce qu'il y a un certain dédain, mais on a grandi avec ça. Dans les années 90, il y avait beaucoup de sous-produits de néo-métal qui étaient des aberrations, mais aujourd'hui il y a des trucs qui ressortent, comme Deftones qui se sont vraiment renouvelés artistiquement et dont le public a rajeuni. Deftones nous a clairement inspirés pour cet album-là.
Hugo Lachance : Pourquoi le titre "Culturé" ?
Charles Devillers : Les paroles se sont faites assez vite. J'ai travaillé au Turbo Haüs pendant un petit moment, la salle de spectacle, et la toune se prend pas trop au sérieux. J'imaginais un personnage de vieux gars de la scène dans le premier couplet, le gars qui regarde ton band les bras croisés en disant "ouais mais moi j'ai vu Jawbreaker en 2001", tout est pas chill, il fait juste fumer des smokes devant la salle, il te dit "bon set" mais il est fendant et il sent la cigarette, puis il va voir des filles trop jeunes. Ça ne vise personne en particulier, c'est un amalgame de comportements de gens restés accrochés à ce qu'ils ont connu dans leur jeunesse. Le deuxième couplet, c'est le revers de la médaille, c'est quelqu'un qui se sent mal à l'aise d'aller au show, la personne gênée qui n'a pas la confiance d'aller chercher quelque chose qui pourrait lui faire du bien. C'est une dualité entre le gars elitist entitled et la personne timide, ça concerne bien du monde. Fait qu'on va passer au dernier morceau.
Hugo Lachance : "Anamnésie", la toune qui dure 13 minutes 25. C'est ma toune préférée de l'album, vous apportez quelque chose qui moi vient vraiment me chercher. On l'écoute.
(Écoute de l'extrait de "Anamnésie")
Hugo Lachance : Quelle belle mélodie, ça marche tellement. C'est accordé comment ?
Charles Devillers : Techniquement on est en drop C sharp (C#), on joue un demi-ton plus bas. C'était un beau défi, on a pris des risques.
Hugo Lachance : La toune dure 13 minutes et elle change constamment. Il y a le début plus emo, après à 4 minutes un bout très Pink Floyd avec les claviers de Ryan, un solo de guitare, après une section post-hardcore intense, après un riff très sludge, et le bout ambiant à la fin que j'appelle "Space Wizard Shadow Gang" ou le côté Dark Souls. Tout ça en 13 mouvements, bravo, la mélodie é malade.
Charles Devillers : Le gros riff lourd à la fin, c'était une contribution d'Étienne sur la toune, il a snappé sur ce bout-là, c'est le catalyseur de la chanson. On avait la première partie de la toune qui était déjà faite, ça faisait une toune d'environ 5 minutes avec une fin moyenne. Étienne est arrivé avec ce riff-là et on s'est dit que ce serait cool de finir là-dessus, le premier démo durait 8 minutes. C'est moi qui a été fatiguant en disant qu'on devrait la stretcher et essayer de rajouter des sections très Pink Floyd. Au début, je voulais qu'elle dure 25 minutes, mais ça a été refusé au conseil du band. Pour l'arrangement, la transition entre le bout Pink Floyd et le bout sludge était trop rapide, alors on a rajouté une section pour faire un build-up, c'est de là que c'est parti. C'est ma toune préférée de l'album, le fait d'avoir réussi à la séparer en sections qui ont un sens et une intention sans que ça soit juste un enchaînement quelconque de riffs. On l'a jouée en spectacle et le public embarque dans le build-up. On ne peut pas la faire à tous les shows parce que sur un set de 30 minutes ça prend la moitié du temps, mais quand on est headliner, on la joue tout le temps. Par rapport à L'échec héroïque et En orbite, on avait tendance à improviser et à moins structurer les passes weird, comme sur "Edward Blake" qui était parfois un désastre en show parce qu'on l'avait mal structurée au départ. Avec "Anamnésie", on a réussi à mieux l'écrire, ça fait moins chaotique. C'était clair dès le début que "ELIZA" serait l'opener et "Anamnésie" le closer. Au niveau des paroles, c'était un effort collaboratif entre David et moi, on s'est piqué des idées. C'est une chanson sur la mémoire. Je cherchais un nom pour la toune, j'avais googlé "Soleil Noir" en référence aux Bérurier Noir, mais on ne sonne pas comme ça. "Anamnésie", c'est une traduction littérale du mot anglais anamnesis, qui existe en médecine en français, mais littérairement c'est le contraire d'amnésie : le retour à la surface de souvenirs douloureux qu'on a essayé d'enterrer et qui rejaillissent.
Hugo Lachance : On a passé à travers l'album, je suis vraiment content. On va finir avec des questions rapides. Pourquoi juste six tounes sur l'album ? Faut dire qu'il y en a une qui fait 13 minutes.
Charles Devillers : C'était pas tant conscient, on avait une préprod de 35-40 minutes, il y avait deux autres tounes qu'on a larguées. Moi j'aime ça les albums courts, je me suis tanné des albums des années 90 de 75 minutes où il fallait remplir le CD. Internet a un peu brûlé nos cerveaux pour l'attention, mais je préfère un album serré quitte à ce que les gens en redemandent.
Hugo Lachance : Ton top 3 de l'album ? Pour moi : 1. Anamnésie, 2. Mon acalmie, 3. Elisa.
Charles Devillers : Je dirais la même chose, "Anamnésie" au top, peut-être inverser 2 et 3.
Gabriel Dumont Mercille : "Mon acalmie" en premier, "Anamnésie" en deux, "ELIZA" en trois. Ça change tout le temps.
Julien : "Anamnésie" je l'aime beaucoup, mais j'un petit coup de cœur pour "Good Luck Dave", elle serait dans mon top 3. J'ai fait tous les shows et le lancement de l'album en 2025.
Hugo Lachance : C'est quoi la meilleure toune en show ?
Gabriel Dumont Mercille : "ELIZA", parce que je ne chante pas, j'un solo de drum et on voit les réactions du public.
Hugo Lachance : Si tu avais à choisir une chanson pour faire découvrir l'album, la gateway ?
Charles Devillers : "Mon acalmie" ou "Dans l'abysse", elles représentent bien le côté mélodique et l'énergie, c'est une belle porte d'entrée.
Hugo Lachance : Qu'est-ce qui vous rend heureux dans cet album ?
Charles Devillers : Le songwriting et la prod. C'est rare, souvent les artistes disent qu'ils n'écoutent pas leurs albums, mais celui-là à chaque fois que je l'écoute pour pratiquer ma guitare, je ne m'étonne pas du tout des chansons, je suis très content.
David Roi : Ce qui me rend heureux, c'est quand j'écoute de la musique sur shuffle et qu'à cause des algorithmes, une toune de l'album embarque, le premier deux-trois secondes je ne la reconnais pas et ça sonne comme un album professionnel. Nos vieux vieux albums, tu grinces des dents un peu parce que ça paraît que ça a été fait avec pas de budget, mais là ça sonne la qualité. Et puis les arrangements de guitare sont vraiment meilleurs sur Dans l'abysse, Charles et moi on se complète mieux, tout le monde torche sur cet album-là.
Hugo Lachance : L'autre question crève-cœur : si tu avais à enlever une toune sur l'album, ça serait laquelle ?
Gabriel Dumont Mercille : "Les papillons de nuit", trop facile, c'est l'interlude. Non, j'ai répondu trop vite, elle est vraiment bonne.
Julien : Moi j'enlèverais "Culturé" parce que dans l'ensemble de l'album, c'est la plus avenue, elle détonne un peu du reste.
Hugo Lachance : Où est-ce qu'on peut se procurer l'album ?
Charles Devillers : Partout sur les plateformes, en show surtout, et l'album physique est disponible chez les disquaires indépendants au Québec. On est sur un petit label, mais c'est disponible en ligne sur Bandcamp, sinon vous nous écrivez sur Facebook.
Hugo Lachance : Avez-vous commencé à penser au prochain album ?
Gabriel Dumont Mercille : Oui, il va durer 4 heures, ça va être Mr. Bungle meets Green Day avec beaucoup de slap basse, deux drums en même temps tout le temps, ça va sortir en 2034. On va recréer l'album en IA pour chanter les tounes et Serge Fiori va faire la narration, on va lui demander d'écrire un texte sur les jeunes qui sont toujours sur leur cellulaire. Non, je fais des blagues, mais on a des idées.
Hugo Lachance : Merci les gars, merci pour ce marathon de Thick Glasses de Dans l'abysse. Merci aux auditeurs, merci à la microbrasserie Opéra d'avoir commandité, et on se voit au Pouzza Fest. On se retrouve tout le monde pour un prochain épisode de L'Album Podcast.