Transcription de l’épisode avec Éric Goulet : Goulet
Avertissement : Cette transcription est le fruit d'une collaboration avec une intelligence artificielle qui fait de son mieux, mais qui ne saisit pas toujours toutes les "subtilités" de nos discussions. Le fichier audio/vidéo original demeure la seule référence officielle. Si un passage vous semble bizarre, faites confiance à vos oreilles et allez écouter l'épisode !
Hugo Lachance : Bonjour Éric ! Bienvenue pour ta deuxième participation au podcast L’Album. Aujourd'hui, comme je le disais, on va parcourir ton album semi-éponyme. Il faut dire qu'au deuxième épisode, on a fait ton historique et on a appris à te connaître; aujourd'hui, on va moins se concentrer sur l'histoire pour aller plus rapidement au concept du podcast, qui est de parcourir l'album de l'artiste invité, une chanson à la fois.
Hugo Lachance : Chapitre 2 : Présentation de l'artiste. Pour apprendre un petit peu à te connaître, je suis allé consulter ta page Wikipédia et j'ai isolé deux extraits. On commence : « Durant les années 2000, Goulet poursuit en parallèle une carrière solo et sort deux albums sous le pseudonyme de Monsieur Mono, Pleurer la Mer Morte et Musique de pluie, qui connaîtront un succès inattendu ».
Éric Goulet : Ça a été long, assez long; ça m'a pris un bon temps avant de trouver un pseudonyme approprié. C'étaient des chansons qui étaient destinées aux Chiens, mais qui ont été rejetées par le groupe parce qu'elles étaient trop personnelles. J'ai vraiment jonglé pendant un an et demi avec différentes idées. Je ne me rappelle plus exactement le moment du déclic pour le nom, mais il faut dire que c'est un recueil de chansons tristounettes. En fait, je voulais faire l'album le plus triste du monde entier. Je pense que j'ai réussi, parce que si vous avez une peine d'amour, claquez-vous ça et vous allez pleurer ! Ça se voulait un peu thérapeutique aussi, mais pas seulement. Il y a eu deux autres albums finalement. Initialement, j'ai fait 500 copies de pochettes faites à la main par Simon Bossé; bref, c'était très artisanal tout ça. Contre toute attente, en une semaine, on avait tout vendu les 500 copies.
Hugo Lachance : Je me rappelle une livraison de pochettes de Pleurer la Mer Morte; je pensais à ça, le papier était tellement frais qu'il était encore ondulé !
Éric Goulet : C'est possible ! Heureusement, on avait fait du carton pour en faire 1000, parce qu'on a pu sortir assez rapidement un deuxième 500 copies. Sauf qu'après deux semaines, tout était encore écoulé. Là, j'étais vraiment dans le néant, je n'avais plus de pochettes, plus de disques. Ils sont disponibles sur les plateformes maintenant, oui, mais à l'époque, il a fallu que je trouve une façon de refaire moi-même d'autres pochettes en plus grande quantité. En tout, j'ai fini par en vendre un peu plus que tout ce que j'avais fait jusqu'à ce moment-là sous mon propre nom. En 2011, j'ai fait paraître l'album Volume 1 aux sonorités plus country, et en 2014, le Volume 2.
Hugo Lachance : C'est bien ça, oui. Rapidement, l'histoire de ça, c'est que tu es un grand fan de country.
Éric Goulet : J'ai toujours essayé d'intégrer des éléments country dans mes affaires. Pour ce virage, c'est plus une sortie du placard qu'un virage, parce qu'il y avait déjà des traces de ça avant. J'ai eu besoin d'assumer ça à 100 %. C'est quand j'ai rencontré Karl Prévost et Ariane Ouellette, qui à l'époque commençaient leur série L’Open Country, où ils recevaient des artistes non country pour faire des versions country de leurs chansons. Ce qu'il faut savoir, c'est qu'avant que ça arrive, j'avais déjà écrit des chansons country pour d'autres mondes : j'avais écrit « Mauvaise vie » avec WD-40. Suite à ça, j'ai été approché par Vincent Vallières qui voulait lui aussi un duo saveur country avec « Chacun dans son espace ». J'avais aussi écrit une chanson pour un film qui n'a pas été tourné, mais qui a été reprise par Renée Martel. J'avais déjà commencé à avoir du matériel country que j'écrivais pour les autres. D'ailleurs, j'ai fait un sondage sur la page de WD-40 sur les meilleures chansons de l'album Aux frontières de l'asphalte, et je pense que « Mauvaise vie » arrive en première position. C'est très scientifique comme approche, mais il y a une belle participation des abonnés.
Éric Goulet : Bref, pour moi, d'arriver avec les chansons country, je ne sais pas, j'ai commencé par faire les tounes que j'ai écrites pour les autres. D'être crédible comme chanteur country, en fait, c'est comme une révélation. Je me suis rendu compte que ça marchait et on s'est vraiment bien entendus avec le groupe; l'énergie était là pour faire lever une foule en concert. Toi aussi tu as une mélancolie qui est vraiment propre à toi, je pense que les deux ensemble, ça fait du country qui a du « beat ». C'était une question de temps. Assez rapidement, je me suis mis à ramasser des chansons parce qu'une compagnie de disques m'avait dit que ce serait le fun que quelqu'un fasse un bon disque country québécois, car ça faisait longtemps qu'on n'avait pas eu ça. Ça a donné, dans le fond, les lettres de noblesse. Sans vouloir dénigrer tous ceux qui font cela dans les règles de l'art, je voulais amener un petit côté un peu plus « hard country » à ça. Le country, c'est large : on peut avoir un côté plus populaire, mais aussi intense. C'était un besoin d'apporter une certaine substance, de dépoussiérer un peu la patente et d'aller un peu plus vers la gauche. C'était ma proposition, ma vision personnelle de ce que devrait être un disque country aujourd'hui, avec un grand respect pour l'intensité propre aux années 60 et 70, qui sont pour moi les plus belles années du genre. Je ne suis pas très « new country », ça ne m'intéresse pas. On sent vraiment cette influence-là. Dans le fond, les plus beaux compliments que j'ai eus suite à ces albums-là, c'est de me faire dire : « Ah, c'est une chanson de toi ça ? Je pensais que c'était une tonne de Paul Brunelle ». C'est ce que je veux; je veux que ça en fasse partie, je veux juste amener ma propre vision des choses.
Hugo Lachance : Chapitre 3 : Présentation de l'album. Éric, à ta dernière présence au podcast, on a parcouru l'album La nuit dérobée de ton groupe Les Chiens. Aujourd'hui, on va s'attarder sur ton album Goulet. On va le présenter correctement : le titre c'est Goulet, sorti en 2021. Toi, tu joues de la voix, de la guitare, du piano et de l'accordéon. À la basse, il y a Marc Déry et Rick Haworth est là aussi. La période d'enregistrement a été dans un contexte assez particulier.
Éric Goulet : Oui, ce sont les fameux albums de pandémie. L'histoire de ce disque-là, c'est qu'au moment où j'ai fait les maquettes pour le premier album, il y avait tellement de chansons que j'avais déjà du matériel pour deux albums presque. On s'était dit qu'on l'appellerait Volume 1 et qu'éventuellement il y aurait un Volume 2, parce que dans mes recherches d'albums country, les compilations venaient souvent en volumes. Ça a été toute une aventure ces deux albums-là. Au fil du temps, j'ai eu envie d'en faire un autre. J'écris toujours des chansons et à un moment donné, j'atteins un seuil critique de trois ou quatre chansons du même genre; là, je commence à penser à faire un disque country. J'ai trouvé des reprises et j'avais vraiment envie de faire un enregistrement live. C'était ça le but initial : enregistrer tout le band en même temps, ainsi que toutes les voix, comme on avait fait pour les volumes précédents où on chantait avec Ariane et Marc tous autour du même micro. C'était important pour moi d'avoir ce contrôle sur la qualité, mais là j'avais envie de le faire 100 % live, peut-être même complètement acoustique, quelque chose de très « root ».
Éric Goulet : Puis la fameuse pandémie est arrivée et on ne pouvait plus être nulle part avec personne. J'avais toutes les chansons en tête. Avec la compagnie de disques, on a décidé d'aller de l'avant avec le truc « confinement style ». Je savais que Vincent Carry, le batteur, était installé chez lui pour enregistrer et que Marc était capable de s'enregistrer aussi. J'avais fait toutes mes maquettes comme d'habitude et j'envoyais les versions avec la fausse batterie; Vincent me renvoyait sa partie, et la plupart du temps, c'était bon tel quel, souvent même mieux que mes intentions. Graduellement, une fois sa partie approuvée, j'envoyais ça à Marc qui faisait sa basse. C'est fantastique de pouvoir faire ça par Internet maintenant. Éventuellement, il sera possible de jouer à distance en même temps, mais pour l'instant ce n'est pas encore accessible ou trop compliqué. Nous, on l'a fait en différé. Au final, quand on écoute l'album, ça ne change rien parce que ce sont des musiciens extraordinaires. On commençait par la base avec la batterie, puis Marc jouait avec la vraie partie; chacun jouait en vase clos, l'un avec l'autre mais pas en même temps. Quand Rick est arrivé, il y avait déjà la basse et la batterie.
Éric Goulet : Évidemment, il y a le magnifique mix de Justin Luc Lavigne qui a unifié tout ça. J'ai réussi quand même, heureusement, à faire les deux duos en présentiel en profitant des creux de vagues successifs : en studio live avec Sarah Dufour et avec Cindy Daniel. À part ça, toutes les voix ont été faites après par moi-même. J'ai gardé beaucoup des premières prises; je ne suis pas quelqu'un qui va rechanter la chanson 25 fois. Après trois ou quatre fois, je suis pas mal tanné. Ça donne un côté frais, ce n'est pas parfait, mais je m'en fous un peu de la perfection. C'est tellement facile aujourd'hui de faire un album parfait, mais ça aseptise beaucoup l'affaire. Dans certains genres musicaux, ça prend ce côté mécanique presque robotique, mais dans le cas d'un album country, il faut que ça se tienne et que ça ait l'air naturel. C'est un album où on sent un certain plaisir; il faut avoir du plaisir à jouer et à chanter du country.
Hugo Lachance : C'est une très belle pochette. Qu'est-ce qu'il y a derrière ça ? Qui a fait ça ?
Éric Goulet : Jean-Charles Labarre, le photographe. On était en train de tourner un mini-documentaire sur mes origines au Lac-Saint-Jean. Ma mère vient de là et j'ai passé beaucoup de mois au Saguenay durant mon enfance; je m'identifie beaucoup à la région. C'était important pour moi de retourner dans le village natal de ma mère. En visitant le chalet de ma tante, on est passés à côté d'une bleuetière. Ils font brûler les champs de bleuets pour les fertiliser et quand on a vu cette place-là, on s'est dit que ça ferait une méchante photo : moi dans un champ au loin avec mon nom qui commence dans les nuages. Cette belle pochette fonctionne bien.
Hugo Lachance : Chapitre 4 : Rubrique : Ils ont dit !. C'est là que je vais chercher certains extraits de critiques ou de commentaires. Je te les lis et on les commente. José Lapointe dans La Presse du 3 mai 2021 : « Éric Goulet offre un album qui sent la poussière et le whisky sans avoir l'air décalé, parce qu'il sait toujours avoir le mot juste sans excès ». C'est un peu ce qu'on disait : la poussière sans avoir l'air décalé, on reste dans l'authenticité.
Éric Goulet : Contrairement aux deux premiers volumes, je suis revenu avec la même gang parce que c'était plus simple. Ce n'est pas tout à fait un album country pur; il y a certaines chansons qu'on pourrait mettre ailleurs. Je voulais aller vers quelque chose d'un peu moins gentil, avec un peu plus d'attitude. C'est pour ça qu'il y a des solos électriques que je ne m'étais pas permis de faire sur les deux premiers albums de country. Je tenais à ce qu'il y ait un côté un peu plus « raw ».
Hugo Lachance : Sylvain Cormier dans Le Devoir du 1er mai 2021 : « Et on embarque et on fait du chemin, on va loin. Passé, présent, futur... parfois on déraille, parfois on s'arrête, on vit des vies, on voit des vues. On passe par Maniwaki pour aboutir dans la ville aux mille clochers et le train continue. Éric Goulet est la locomotive de son propre train, même sans bouger de chez lui, confinement l'oblige. Il roule à l'avance, revisite, rapatrie, se rappelle, écrit, compose, bâtit des maquettes solides par étapes. Bien équipé ton train, puis tout le monde a embarqué là-dedans ».
Hugo Lachance : Je t'ai posé la question lors de la sortie de l'album des Chiens en 2000; maintenant je te pose la question : qui est l'Éric Goulet musicien de 2021 comparé à celui de 2000 ?
Éric Goulet : Il y a beaucoup de chemin qui a été fait entre-temps. J'ai approfondi mon métier de réalisateur, j'en ai fait beaucoup. L'écriture des chansons aussi. J'ai travaillé avec le groupe éphémère 7 jours en mai avec Michel Rivard et Luc De Larochellière. J'ai vécu beaucoup de rencontres qui m'ont régénéré. À l'époque de 2000, je n'avais pas commencé à jouer avec Pilule ou des choses comme ça. Il y a eu beaucoup d'éléments nouveaux. Pour faire un album à saveur country, il y avait des choses que je tenais à respecter, et pour moi, les duos sont importants; ça apporte plus de profondeur. Entre-temps, je suis devenu un réalisateur établi, j'ai travaillé avec pas mal de monde et j'ai fait des rencontres formidables qui m'ont vraiment nourri.
Hugo Lachance : Quel est le fil conducteur de cet album ?
Éric Goulet : C'est un mélange de nouvelles pièces, de chansons trouvées et de recyclage. Il y a des pièces sur cet album qui sont issues des sessions du Volume 1, comme « Les amoureux » qui avait été traduite par François Gagnon des Chercheurs d'or. J'avais réalisé leur album et j'ai toujours adoré cette toune-là; je l'avais enregistrée à l'époque mais jamais sortie parce qu'il y avait trop de chansons. Il y avait aussi la chanson « Aux accords des guitares » qui avait été enregistrée live autour du micro. Et il y a une reprise de Paul Brunelle parce que j'aime réactualiser des vieilles chansons. « J'attends l'orage », je l'avais déjà enregistrée en maquette il y a quelques années pour un projet. C'est un paquet de chansons qui sont unies autour du thème.
Hugo Lachance : Chapitre 5 : SEGMENT : Une chanson après l'autre. Ce segment est au cœur du podcast : on va parcourir ton album une pièce à la fois. On commence avec « Quand viendra mon heure ».
Hugo Lachance : Chapitre 6 : Quand viendra mon heure. Les paroles et la musique sont d'André Bellemare.
Éric Goulet : J'ai toujours été un immense fan des Détraqués. J'ai toujours adoré André et on a toujours été de bons potes. Quand j'ai commencé cet album-là, je n'avais pas 14 ou 15 chansons d'avance. Il m'avait reçu chez lui et m'avait fait entendre des nouvelles chansons; j'ai entendu celle-là. Il avait une version plus blues rock de cette pièce-là, mais quand je l'ai entendue, j'ai tout de suite vu le potentiel. C'est une chanson de style « country outlaw » qui installe bien la table pour le reste de l'album. J'ai isolé ces paroles : « Je suis celui qui a toujours voulu fuir le passé, le présent, et qui pourra me rattraper... me reste-t-il un peu d'amour au cœur ? ». C'est une chanson qu'il avait écrite au sujet d'une connaissance qui prenait sa retraite après 30 ans de loyaux services et qui, une semaine après, recevait un diagnostic d'Alzheimer foudroyant. C'était épouvantable comme histoire. C'est l'histoire de quelqu'un qui veut toujours fuir, mais finalement, c'est la maladie qui le rattrape.
Hugo Lachance : Chapitre 7 : Ma tête est mise à prix. Les paroles du refrain sont vraiment bonnes. On sent l'attention que tu portes au texte et les petits jeux de mots : « La vérité est dure à boire, c'est un liquide amer et noir, les vrais coupables nagent dans l'ennui pendant que ma tête est mise à prix ». C'est magnifique, c'est une de mes préférées. L'atmosphère que tu réussis à créer avec tes chansons vient me chercher.
Éric Goulet : « Ma tête est mise à prix » est la troisième partie d'un triptyque. Sur le Volume 1, j'avais repris une chanson d'Alexandre Belliard qui s'appelait « La dernière marche », qui raconte l'histoire d'un gars condamné à mort qui marche vers la potence. C'était tellement le fun que quand j'ai fait le Volume 2, j'avais envie qu'on fasse une chanson qui soit un « prequel » : il avait écrit les paroles de « La grande évasion ». C'était tellement cool que je me suis dit que si je faisais un autre album, il fallait en faire une autre qui soit le début de l'histoire. C'est finalement moi qui l'ai écrite, mais c'était censé être une collaboration. J'ai eu un flash : « Ma tête est mise à prix ». J'avais déjà la musique et je suis parti là-dedans. Ça allait avec le climat paranoïaque de la période pandémique où on n'avait pas le droit de sortir, avec les couvre-feux. Je voyais une ambiance de traque, avec les gens qui se jugent les uns les autres. Je me souviens d'avoir eu un rendez-vous à l'hôpital avec mon fils et il fallait avoir un papier spécial, un laisser-passer. C'était facile d'imaginer un texte comme celui-là.
Hugo Lachance : Chapitre 8 : En dessous du pont. C'est ton premier duo sur l'album, avec Sarah Dufour. J'aime l'idée de briser le patron des duos d'amour classiques.
Éric Goulet : Pour celle-là, je voulais faire une chanson de haine plutôt qu'une chanson d'amour. C'est un bon casting; il était question de faire un duo avec elle avant que la pandémie arrive, mais comme on ne pouvait plus se voir, ça ne s'est pas fait tout de suite. L'idée est restée. Il y a une chanson que j'adore de Bobby Bare qui s'appelle « Gasoline », qui est pour moi l'un des meilleurs duos country. Je voulais une « vibe » similaire, mais avec un angle plus tordu : deux personnes qui ne sont pas capables de se sentir dans la vie, mais qui se retrouvent en cachette en dessous du pont. J'avais le concept en tête, mais il me manquait les images. À cette époque-là, je venais de rencontrer la femme de ma vie, Amélie, qui vient du Saguenay. Elle m'a parlé de la chasse à l'orignal, alors c'était facile d'imaginer les contrastes entre nous deux : la dichotomie entre le gars de ville et la fille de région. Pour l'anecdote, j'avais envoyé la track à Sarah pour qu'elle l'essaie; elle a chanté dans son téléphone avec des écouteurs et m'a envoyé le mémo vocal. J'ai intégré sa voix dans la maquette et c'était déjà extraordinaire avant même qu'on puisse l'enregistrer en vrai en studio.
Hugo Lachance : Chapitre 9 : L'homme de Maniwaki. J'adore le rythme, ça fonctionne bien. Pourquoi Maniwaki ?
Éric Goulet : L'histoire derrière cette chanson-là, c'est que comme bien du monde, j'ai été reconnecté avec la musique traditionnelle américaine par la trame sonore du film des frères Coen, O Brother, Where Art Thou?. J'ai toujours adoré la chanson « I Am a Man of Constant Sorrow » et j'ai toujours voulu en faire une version française. J'ai traduit le texte; la musique n'est pas tout à fait la même, mais le thème et l'histoire sont identiques. C'est l'un des bons moments de l'album.
Hugo Lachance : Chapitre 10 : Chauffeur de van. On poursuit avec « Chauffeur de van ». [Musique]. « Un jour de passe sur le Highway, j'ai besoin d'aide, mon char va mal... Un jour de base, j'ai besoin d'aide, mon char... ». Ça m'arrive, un chauffeur... C'est bon, une autre chanson, une chanson de route. Qui avait traduit cette chanson-là ?
Éric Goulet : Je me suis inspiré un peu de leur version que j'avais réalisée pour leur premier album. [Musique]. Oui, j'aurais aimé ce temps libre, mais la notion... j'aime ça conduire. Comme ça sur la route, puis écouter de la musique, je pense que je pourrais facilement... Il y a des aspects là-dedans qui sont... le côté conduire des longues distances, on travaille. Puis moi, j'aime ça aller faire un show en Gaspésie, ça ne me dérange pas.
Hugo Lachance : Chapitre 11 : Au temps des adieux. On poursuit avec « Au temps des adieux », ton deuxième vidéo avec Cindy Daniel. [Musique]. « Il y avait pourtant déjà eu tant d'amour, bien avant quand nous vivions... si tu savais comme je t'ai aimé... ». Je voulais que ton... [Rires]. [Musique].
Éric Goulet : On voulait faire quelque chose ensemble un jour. Puis quand est venu le temps de faire ce disque-là, il y avait déjà le duo avec Sarah, mais je voulais aussi avoir cette occasion. Là, c'est plus un vrai duo, c'est vraiment la chanson country triste, le « vintage » triste. Tu t'es inspiré un peu de Tennessee Waltz musicalement, puis l'histoire de bâtir ce qui va se séparer, puis qui, au lendemain de leur dernière nuit ensemble... Ce sont des thèmes universels, réconfortants, tout ça.
Hugo Lachance : Moi, je pense que c'est le fun de déconstruire ces thèmes-là, ces mythes-là, mais c'est le fun aussi de les adapter. Est-ce que tu as eu une bonne réception pour cette chanson-là dans cet album ?
Éric Goulet : Pour le peu que j'en ai su, ouais. Les gens me sortaient oui parce que cette collaboration, ça a aidé à propulser un peu... Je ne sais pas, mais l'invitation de délire, effectivement. Mais tu sais, c'est un milieu difficile. Je me suis... c'est ce qu'on m'a dit, que c'était pas intégré.
Hugo Lachance : Chapitre 12 : Belle femme. On va y aller avec « Belle femme ». Un extrait parce que tu avais sorti un vidéoclip. Oui, je me pose des fois... venir vers moi. [Musique]. « Venir à moi, belle femme... jamais pensé pouvoir vivre avec toi... tout ce temps-là sans un drame, toujours voulu t'avoir, belle femme... ». Oui, une de tes compositions qui s'adresse à qui ?
Éric Goulet : Elle s'adresse à ma femme, que je venais juste de rencontrer à cette époque-là. C'est tellement un beau moment dans ma vie que je devais lui offrir une chanson.
Hugo Lachance : Mais là, on peut quand même écrire des chansons tristes même quand on est en amour ?
Éric Goulet : Pour « Au temps des adieux », j'ai juste imaginé si un jour on devait se séparer, qu'est-ce que je pensais, qu'est-ce que je lui dirais. C'est facile d'imaginer les deux quand tu as été... quand ça a été... [Musique]. Merci... Qui a fait le vidéoclip ? Carlos a réalisé le montage; en fait, ce sont des images filmées par Isabelle Longnus et Jean-Charles Labarre, qui avait fait la photo de l'album.
Hugo Lachance : Chapitre 13 : La ville aux mille clochers. [Musique]. C'est vraiment le country. [Musique]. « C'est quand je reviens... par cette nuit-là, je m'arrêterai quand je rêvais... ».
Éric Goulet : Ce sont les affaires que j'aime dans la musique, que j'aime intégrer dans mes chansons, puis ça, pour moi, c'est réussi. [Musique]. La grandeur, ça me fait tellement du bien comme musique. À toutes les fois que je passe à la radio puis qu'une tonne country joue, je monte le son, j'ai du fun tout le temps.
Hugo Lachance : La prochaine, une chanson de Montréal ?
Éric Goulet : Oui, absolument. Parce qu'il semblerait que Mark Twain, l'auteur américain, était venu à Montréal dans les années 1800 quelque chose, ou début 1900, et il avait dit que c'était la ville aux mille clochers. C'était déjà beaucoup, mais c'était plus que ça.
Hugo Lachance : Chapitre 14 : J'attends l'orage. On poursuit avec un « cover ». [Musique]. « Tout est trop chaud, tout est trop sale et tout est trop collant... tout est trop lourd, tout est trop mal, il arrête ainsi... ». Le temps flirtait avec le... [Musique].
Éric Goulet : Une espèce de possession simple. Sur le premier album, c'était la chanson qu'on avait faite à cette époque-là, qui était à l'époque très « heavy metal ». C'était notre groupe Nos Morts, en 1997. J'ai toujours adoré cette chanson-là et j'avais envie de la revisiter en mode country, mais country un peu punk. Parce que j'aimais beaucoup aussi, quelque part au début des années 2000, l'espèce de renouveau avec des bands comme les Supersuckers, qui étaient des bands de punk ou de métal qui refaisaient des disques de country. Je voulais un peu ce genre d'énergie-là.
Hugo Lachance : On disait tout à l'heure, c'est comme si ce n'est pas juste un album de country ?
Éric Goulet : Oui, tout à fait. Parce que je trouvais que j'en avais déjà fait pas mal sur les deux précédents. Non, ça fait partie de ce que je trouve être la couleur de l'album. C'est intéressant aussi, puis aussi c'est un album qui permet peut-être de se raccrocher, de se raccrocher à ceux qui ne sont pas trop country. Ça aide à la compréhension puis au rythme de l'album. J'essaie, avec ces albums country que j'ai faits à date, je fais ça pour que les gens qui aiment le country aiment ça, et pour que les gens qui n'aiment pas le country aiment ça. Je veux faire aimer le country aux gens qui pensent qu'ils n'aiment pas ça, tout en étant le plus certain possible que les amateurs vont y trouver leur compte aussi à un autre niveau. Je trouve ça... j'essaie juste de brasser un peu la patente, ce que je fais dans n'importe quoi que je fais de toute façon, c'est la même chose.
Hugo Lachance : Chapitre 15 : On est là. On passe avec « On est là ». [Musique]. Dans cette chanson-là, j'adore, il y a un peu des Chiens là-dedans. [Musique]. « Tout est dit sans même un mot, bonjour avec les feuilles... c'est comme tout ce qui est beau, on y croit juste un peu... ». Rien à dire, on descend le tempo, oui.
Éric Goulet : J'avais écrit ça initialement pour Isabelle Boulay. Ah oui, OK ! Puis j'avais envoyé la maquette et je n'en ai jamais entendu parler. Mais quand j'ai travaillé sur l'album de duos avec Renée Martel et Patrick Norman, ils avaient encore besoin de chansons, ils cherchaient des chansons. J'avais proposé cette chanson-là, puis ils l'avaient chantée. OK, j'ai Renée Martel qui chante cette chanson-là, ben j'étais tout à fait heureux de ça ! Mais j'aime ça des fois, ce que j'ai fait justement sur le Volume 1 où je reprenais « Danse avec moi » que Renée avait chantée, « Mauvaise vie » qu'Alex avait chantée, ou « Chacun son espace ». On va chanter une petite chanson que j'avais écrite, j'aime ça faire aussi ma version de la chanson.
Hugo Lachance : Dans l'album, j'ai beaucoup apprécié ça. Je trouve que la préparation pour ce podcast-là, on n'a pas le choix de se plonger dans un album, puis souvent ça nous... c'est vrai que ça vaut la peine. Il faut s'arrêter puis écouter un album au complet. Évidemment, il y a des albums où il y a beaucoup de remplissage, mais dans tes albums, on ne sent pas de place pour le remplissage.
Éric Goulet : Parce que j'ai fait des albums avec WD-40, La Niche, etc. On a préféré faire un album plus court, de 30 minutes, que d'ajouter seulement un nombre de pistes. Ça peut donner quelque chose de cool quand il faut que tu te forces des fois pour faire une chanson de plus, ça peut donner quelque chose de spontané, de rafraîchissant puis de surprenant. On a pu couper, absolument.
Hugo Lachance : [Musique]. Les albums qu'on a traités au podcast, on sent qu'il y a un rythme qui change, mais l'album est constant.
Chapitre 16 : Six heures. [Musique]. « Tu es pour personne, oublie-moi... plus y retourner, oublie ça... ».
Éric Goulet : Ce sont des paroles de Luc De Larochellière. J'avais la musique depuis longtemps pour ça et je n'avais aucune espèce d'idée de quoi faire avec. Mais je sentais qu'il y avait quelque chose dans cette chanson-là, surtout dans le refrain en tout cas. Il y a une partie qui est particulière dans cette chanson-là, c'est une partie dont la chanson est issue en fait : une partie de piano qui était là pas mal tout le long de la chanson. Puis finalement, je l'ai enlevée complètement et je l'ai mise à la fin de la chanson, c'est devenu comme la finale de la toune. Mais toute la chanson était basée là-dessus. J'avais cette partie-là, il y avait quelque chose, j'aimais le mot, il y avait quelque chose qui se passait dans le mouvement des désaccords. C'est des fois difficile à décrire, c'est difficile à mettre le doigt sur quelque chose, comme un feeling qu'on a. J'avais comme l'impression que ça avait sa place là-dedans même si c'est totalement la moins country du lot, pratiquement. Oui, effectivement. Mais je ne sais pas trop, je voyais ça peut-être un peu à cheval.
Hugo Lachance : À cheval. J'ai envoyé un démo avec ce texte-là puis il a dit OK, c'est bon. Moi, j'ai eu la chance de travailler avec lui aussi, j'ai fait un vidéoclip, j'ai participé aussi. [Musique]. C'était pour l'album Rhapsody lavalloise, quelqu'un de vraiment sympathique. Totalement, j'ai adoré travailler avec cette personne-là, parce que ça donne une belle rencontre.
Hugo Lachance : Chapitre 17 : Aux accords de guitare. On est déjà rendus à la dernière chanson, « Aux accords de guitare ». [Musique]. « Tandis qu'aux accords des couples retournaient toujours... après-moi combien l'horreur... je te chantais mes chansons pour parfois tu disais souriante, aussi pure que le ruisseau... pourquoi... voyons, chanson charmante, t'as pris mon cœur dans la... ».
Éric Goulet : Country pur ! Ça fait 20 ans que j'adore cette chanson-là. J'ai même cité cette chanson-là dans mes propres chansons. [Musique]. Puis sur chacun des volumes, Volume 1, 2 et 3, moi ce que je voulais, c'était une chanson hommage à nos pionniers.
Hugo Lachance : À l'époque où, au Québec, on traduisait les chansons en français beaucoup. Bref, cette chanson-là assurément, et aussi « La petite grenouille ».
Éric Goulet : Je pense que je parlais de ça avec Rick Haworth. Je pense qu'il m'a dit que c'est lui qui jouait du « pedal steel » sur « Mon amour » de Stéphane Faulkner, au début des années 70. Je crois qu'il m'a dit que c'est lui qui avait joué là-dessus. Mais c'est réussi comme hommage.
Hugo Lachance : Merci Éric ! On a passé à travers l'album. [Musique].
Chapitre 18 : SEGMENT : Rafales. J'ai quelques questions, je commence par mon top 3 : c'est « L'homme de Maniwaki » en troisième, « Quand viendra mon heure » bien sûr, parce que l'ambiance, et « Ma tête est mise à prix », parce que les deux, c'est vraiment mon ambiance. Mais mention honorable aussi à « J'attends l'orage », parce qu'il y a un petit peu de lourd dans les paroles, ça paraît que ça vient d'ailleurs, mais le côté gospel dans la fin, le rythme de la chanson.
Hugo Lachance : Juste une parenthèse, je sais qu'on en a déjà parlé pendant la première rencontre, mais j'aime beaucoup comment tu mixes les chansons. J'ai remarqué aussi le travail sur les sons de batterie. Je suis batteur, ça me touche, mais je trouve que dans cet album-là, les sons de batterie sont vraiment bons. La prise de son est extraordinaire.
Éric Goulet : Il s'est enregistré lui-même.
Hugo Lachance : La meilleure chanson en concert ? As-tu eu l'occasion de les jouer en concert ?
Éric Goulet : Trop peu, trop peu. Mais oui, quand même quelques occasions où on a pu présenter ces chansons-là en show. Sur YouTube, il y a le lancement de l'album qui est diffusé. Je ne sais pas si c'était ma meilleure performance parce qu'on n'avait pas joué live depuis plus d'un an pour tout le monde, c'était la pandémie. Moi, j'avais la plupart des chansons que je n'avais jamais chantées non plus. OK, on avait répété un petit peu mais... Des chansons comme « La ville aux mille clochers », « Ma tête est mise à prix », « Belle femme » sont faites, elles sont vraiment pensées pour le live. En général, quand je fais un album country, je pense vraiment au live beaucoup plus que si c'est un album qui est fait pour être écouté; oui, et performé surtout. J'ai la chance de jouer avec la fabuleuse Marianne Arsenault, qui est une chanteuse formidable.
Hugo Lachance : [Musique]. Si des fois on peut inviter des personnes spéciales pour les chanter, c'est cool. Mais aussi il y a Catherine Planet qui joue du violon, qui a joué sur « Au temps des adieux », qui est une super chanteuse aussi. Quand j'ai la chance, je peux avoir les deux, je peux avoir un duo avec Catherine ou un duo avec Marianne.
Éric Goulet : Je suis content qu'on ait réussi à faire un disque vraiment en pièces détachées puis qu'au final, quand on l'écoute, on n'ait pas du tout cette impression-là. C'est un commentaire qui est revenu souvent de la part de la plupart des gens. Ouais, je suis content, à l'écoute ça ne paraît pas, c'est un tout. On se rapproche d'un collage à la limite. Je suis fier aussi que ce soit le troisième et qu'il amène ça ailleurs. Le premier, c'était vraiment un composite de compositions originales et de reprises de mes compositions écrites pour d'autres. Le deuxième, c'était juste des chansons originales sauf une reprise, donc c'était comme un autre défi pour moi d'écrire un album au complet de nouvelles chansons. Et le dernier, c'était de poursuivre mais en n'allant pas à la même place. Donc le troisième est un peu un amalgame des deux premiers dans le sens où il y a des reprises de moi-même, il y a des reprises, il y a des chansons originales, mais le traitement et l'approche sont complètement différents.
Hugo Lachance : Ça conclut... ah non, c'est vrai, j'ai mon moment du défi !
Chapitre 19 : SEGMENT : Défi. C'est là où j'invite mon invité à inviter quelqu'un d'autre à participer au podcast. Vu qu'on tourne les épisodes en même temps la même journée, on ne sait pas si ça a fonctionné avec Pierre Flynn. Tu m'avais proposé qu'il fallait absolument que ce soit Luc De Larochellière ?
Éric Goulet : Ouais, effectivement. Il y a tellement de beaux albums à explorer.
Hugo Lachance : On va le contacter ! Merci beaucoup Éric de tes participations, c'est très apprécié. Tout le monde, on se revoit pour un prochain épisode de L'Album Podcast!