Chansons par toutes sortes de monde (BD Plume Latraverse)
Chansons par toutes sortes de monde (BD Plume Latraverse)
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Site internet officiel Moult Éditions : https://www.moulteditions.com/
Le 8 novembre dernier, les murs de la célèbre microbrasserie Le Cheval Blanc à Montréal vibraient au rythme d'un enregistrement hors série de L’Album Podcast. Délaissant pour un soir son format traditionnel axé sur le décorticage de disques vinyles, l’animateur Hugo Lachance s’est entouré des maîtres d'œuvre d'un projet éditorial colossal : un album hommage à l’univers du poète national Plume Latraverse, transposé non pas en musique, mais en illustrations et en bandes dessinées.
[00:02:00] // Ouverture de la soirée et interventions de Joël Desmarais-Racine
[00:08:40] // CHANSON : Interprétation acoustique de Faux dur (et...trouble-fête)
[00:11:51] // LE SEGMENT : Table ronde sur la genèse du recueil avec Caro Caron et Jasmin Miville-Allard
[01:01:57] // CHANSON : Moment de recueillement musical sur la pièce Rideau
[01:14:40] // Hommage vibrant à l'indomptable Henriette Valium et sa création libre
[01:21:36] // CHANSON : Relecture éclatée du classique La p’tite vinguienne pis l’gros torrieu
Porté avec ferveur par les codirecteurs Caro Caron et Jasmin Miville-Allard (mieux connu sous le pseudonyme de Pollux), le recueil intitulé Chansons par toutes sortes de monde est un véritable tour de force graphique. L'ouvrage rassemble les imaginaires de 35 artistes issus des franges les plus créatives de l'illustration québécoise, chacun s'appropriant l'une des 33 pièces du répertoire de Plume. Publié sous l'égide de Moult Éditions et tiré à 4 000 exemplaires, ce livre d'art s'impose comme un manifeste underground pur jus, mené au bout du crayon de manière totalement indépendante, sans l'aide d'aucune subvention gouvernementale.
L'enregistrement public a permis de croiser les regards et les anecdotes de collaborateurs clés :
Marc Tessier : Ce pilier historique du neuvième art québécois a exposé sa démarche méticuleuse entourant la chanson Métamorphose, rappelant comment sa fascination pour les grandes figures artistiques et historiques l'a naturellement poussé à joindre les rangs de l'aventure.
Siris : Reconnu pour son univers unique et son célèbre personnage de « La Poule », le bédéiste a mis en images la pièce Ô petit restaurant du coin. Il s'est remémoré au micro ses discussions créatives au Cheval Blanc avec Marc Tessier, traçant des liens esthétiques serrés entre son propre trait et l'œuvre du peintre Jean Dallaire.
Mimi Traillette : Fidèle à son habitude, elle a injecté une bonne dose d'humour noir, grivois et délicieusement décalé en signant les planches de deux titres : Le fermier Jean et Les Brassières.
Hugo Lachance : Le batteur et animateur a lui-même mis la main à la pâte en signant l'illustration officielle texturée de la pièce La p’tite vinguienne pis l’gros torrieu.
Caro Caron : En plus de veiller au grain logistique du collectif, elle a accouché d'un visuel percutant pour La fête du mort, créant une imagerie qu'elle considère aujourd'hui comme fusionnelle avec le texte.
L'épisode s'est conclu en beauté aux côtés de Véronique Lambert, venue détailler la conception de son illustration pour l'ode à la vie Tant qu’on pourra. En exploitant de manière ingénieuse une technique de photomontage sur fond vert, elle a réussi le pari fou de réunir une brochette impressionnante de piliers de la culture alternative d'ici (dont Richard Desjardins, Luc De Larochellière et Vincent Peake) au cœur d'un « party fictif » célébrant la beauté des contacts humains.
Plume s'est montré d'une rigueur absolue. S'il a donné carte blanche aux bédéistes pour l'interprétation visuelle de ses morceaux, il a exigé en contrepartie une qualité graphique et orthographique d'une précision chirurgicale. Sa condition non négociable était que chaque ligne de texte imprimée soit rigoureusement calquée sur la version définitive et officielle publiée dans son anthologie littéraire « Tout Plume » en 2008, révisée à la virgule près.
Si les interprétations ont longtemps fusé, les recherches approfondies de l'historien Jean-Claude Marsan citées au cours de la soirée tendent à démontrer que le protagoniste de la chanson serait nul autre que Georges Brassens. S'appuyant sur cette révélation historique, Caro Caron a choisi de calquer les traits du personnage central de sa bande dessinée sur le visage du célèbre chansonnier français, parsemant ses cases de clins d'œil évidents comme des silhouettes de chats et de vieilles bouteilles.
Cette œuvre détient une valeur patrimoniale inestimable, puisqu'il s'agit de la toute dernière bande dessinée complétée par la légende de la BD underground québécoise avant son décès. Dans ses planches d'une densité graphique brute, Valium s'applique à relater une rencontre bien réelle survenue avec Plume Latraverse, s'amusant à croquer le poète avec une hilarante « face de bébé minou ». Vivant de l'aide sociale, ses proches et ses pairs ont d'ailleurs vendu ses dernières illustrations originales pour financer dignement ses obsèques.
La mise en œuvre de son projet s'est apparentée à un véritable casse-tête logistique en raison des règles de distanciation sociale. Ne pouvant rassembler ses invités sous un même toit, la créatrice s'est déplacée pour orchestrer 56 séances photo individuelles sur fond vert (green screen), installant parfois son studio portatif directement sur le porche des artistes. À l'aide du logiciel Photoshop, elle a patiemment détouré et assemblé chaque personnalité — incluant Luc de la Rochellière, Richard Desjardins et les gars de WD-40 — pour les intégrer de manière ultra-réaliste dans les décors nocturnes du bar le Quai des Brumes.
Ce collectif est ce que l'on peut appeler un authentique « projet pandémique », son processus s'étant étiré sur une période de près de cinq ans. Si les confinements successifs et la fermeture des ateliers ont considérablement ralenti la logistique d'édition, la crise a également agi comme un puissant catalyseur créatif. Face à l'isolement, Caro Caron a profité de ce temps d'arrêt forcé pour imposer une cadence de production structurée aux collaborateurs, transformant cette période d'incertitude en un canevas de résilience poétique et subversive.
Sources et archives journalistiques :
Chronique historique, L’Écho de Laval, 3 mars 2021.
Analyse littéraire par Caroline Montpetit, Le Devoir, 18 mars 2021.
Reportage d'Yves Bergeras, Le Droit, 17 décembre 2021.
Portrait par Stéphanie Morin, La Presse, 22 janvier 2022.
Rétrospective de Jean Siag, La Presse, 3 décembre 2017.
Notes de production d'époque de l'épisode hors série de L'Album Podcast au Cheval Blanc.