Transcription de l’épisode « Chanson par toutes sortes de monde » (Hommage en BD à Plume Latraverse)
Avertissement : Cette transcription est le fruit d'une collaboration avec une intelligence artificielle qui fait de son mieux, mais qui ne saisit pas toujours toutes les "subtilités" de nos discussions. Le fichier audio/vidéo original demeure la seule référence officielle. Si un passage vous semble bizarre, faites confiance à vos oreilles et allez écouter l'épisode !
Hugo Lachance : Hey, bonjour à tous !. Je vous souhaite la bienvenue à cet épisode spécial qui n'est ni de la saison 1, ni de la saison 2 ; c'est un épisode hors-série particulier parce qu'on va parler d'un album, et plus précisément d'un album de bande dessinée qui rend hommage à l'œuvre de Plume Latraverse. Je fais cette petite introduction pour vous dire qu'on a eu beaucoup de plaisir à le faire en direct du Cheval Blanc, mais il y avait quelque chose que j'aurais dû prévoir avec toutes mes années d'expérience derrière la bar : c'est que dans les cinq-à-sept, le monde, peu importe ce qui se passe, les gens n'écoutent pas. Cela crée une drôle d'ambiance, mais on s'est habitués puis on a réussi à reprendre le rythme.
Hugo Lachance : Je tiens à remercier les gens du Cheval Blanc. Durant l'épisode, j'ai oublié de nommer les contributeurs, ceux qui ont participé à illustrer les chansons de Plume, alors je m'en excuse et je répare mon erreur dès maintenant. Les artistes sont : Trette, qui fait partie évidemment du podcast, Audrey Larouche, Rose Beef, Francis d'Arnet, Polux, Eva, Roline, Do Lessard, Anne Martin, Thib de Corta, Richard Suicide, Carlos Santos, Mac Tessier et Caro Caron, qui est l'instigatrice du projet avec Polux. Il y a aussi Marc Tessier, que j'ai nommé et qui est un de nos invités, ainsi que Cis la Poule et moi-même. On compte aussi Alexandre Fat, Jean-François Lebœuf, Guillaume, P. Trépanier, Poison de luxe, Alexandre Lafleur, Jean-Pierre, Chani Got, Blanc F., Mathieu, Mot, Kenel, Pascal Angelo, Christian Chéri et Isabelle Chartrand. Enfin, il y a Céline B., La Terreur, Henriette, Vum, Véro Lambert (qui est aussi du spectacle), Éric Bouchard, Jean-Pierre Sauvage, Jacques, bref, Jean-François Godre. Ce sont les artistes qui ont participé et j'espère que j'en oublie pas parce que j'ai comme une version antérieure à la publication originale ; sur ce, je vous souhaite un bon épisode tout le monde.
Hugo Lachance : Nous sommes le 8 novembre 2023 et, en direct du Cheval Blanc à Montréal, vous écoutez l'Album Podcast. Bienvenue au Cheval Blanc pour un épisode un peu spécial. Aujourd'hui, on déroge un peu du concept habituel parce qu'on parle d'un album, mais cette fois-là, ce n'est pas un album de musique : c'est un album de bande dessinée qui concerne l'un de nos plus grands poètes québécois, Plume Latraverse. On parle de ce recueil qui est tout chaud, qui est arrivé aujourd'hui et qui s'appelle « Chanson par toutes sortes de monde ». On va recevoir sept invités pour vous présenter cette œuvre d'artistes qui viennent de milieux différents, dont moi-même. L'album contient la collaboration d'environ 35 artistes à peu près. Il y a Joël Desmarais-Racine qui est avec moi ce soir et qui va jouer le rôle de Plume Latraverse. J'ai demandé à Plume d'être là ce soir, mais il n'a pas voulu, alors j'ai demandé à Joël. C'est un prix de consolation, mais ce sont de grandes chaussures à chausser.
Joël Desmarais-Racine : Oui, je ne sais pas c'est quoi sa pointure, mais elle doit être grande.
Hugo Lachance : Mon premier invité n'est pas un illustrateur, mais c'est un musicien et c'est un podcasteur aussi parce que tu as un podcast qui s'appelle « La balado des 15-24 ». Tu y traites les sujets un peu comme à l'Album Podcast : tu fais ça avec ton père et vous parlez de chacun des albums de Plume, une chanson après l'autre.
Joël Desmarais-Racine : Ouais, c'est un gros projet parce qu'il y en a quasiment 40, des albums, alors on est partis là-dessus il y a peut-être un an ou deux. C'est l'idée que j'ai lancée à mon père parce qu'il est comme une encyclopédie de la musique et de l'histoire. On a une passion commune pour Plume Latraverse : moi je suis très factuel, j'aime lire plein de choses, tandis que mon père est plus dans les souvenirs. Il y a cette espèce d'énergie entre nous deux qui est géniale ; je vais parler de quelque chose et cela le fait flasher sur un souvenir. Il me dit : « Oui, je m'en souviens, en 73 j'ai fait ça ». Il a une grande passion pour l'histoire et la géographie, donc il est toujours capable de nous situer dans le temps et dans les lieux pour nous remettre en contexte. C'est un échange, pour vrai, ce n'est que du bonheur à faire ça avec lui.
Hugo Lachance : Je vous invite à aller voir ça, ça s'appelle « Le balado des caisses de 24 ». Vous êtes rendus au 5e épisode, je pense ?.
Joël Desmarais-Racine : On vient de sortir le 5e sur l'album « Noir et blanc », et on est en train de préparer « À deux faces » qui devrait sortir avant Noël. Joel est là pour nous accompagner ce soir en musique ; c'est lui qui va faire les introductions et les transitions.
Hugo Lachance : Comme tu dis, tu fais ça avec ton père et c'est un super long projet ; est-ce que ça marche bien ton podcast ?.
Joël Desmarais-Racine : Oui, je pense bien, il y a une bonne réception. La communauté de fans de Plume Latraverse sur Internet est quand même forte et réactive. Quand on a lancé cela, on l'a dit d'emblée : on est des fans, on connaît ça, mais on n'en connaît pas autant que certains et on le mentionne tout le temps en épisode. Si vous avez des correctifs à nous apporter, nous sommes preneurs. On aime bien spéculer sur ce qu'une chanson veut dire ou sur ce que Plume pensait au moment de l'enregistrement. Il n'existe pas grand-chose comme document biographique sur sa carrière. Au préalable de chaque épisode, je parcours Internet et le site de la Grande Bibliothèque ; je regarde les articles de journaux publiés à l'époque correspondant à l'album et je retrace une chronologie. Cela me permet de créer un fil conducteur biographique qui n'existe pas autrement pour Plume Latraverse. J'aime aussi avoir la part des fans et des auditeurs pour des témoignages, car avec ses 60 ans de carrière, il a touché les gens pendant tellement longtemps. C'est avec des anecdotes qu'on est capables d'avoir un portrait global de cet artiste qui est très complexe et qu'il y a beaucoup à décortiquer. Chaque épisode dure quasiment 3h ou 4h, donc c'est un gros morceau, mais on adore échanger là-dessus.
Hugo Lachance : Pourquoi as-tu une toune fétiche de Plume ?.
Joël Desmarais-Racine : Écoute, il y en a plusieurs et cela change souvent. Tu me l'avais posé au préalable pour peut-être en faire un extrait, mais j'ai une demande spéciale : est-ce que tu me permets de la faire au complet ?.
Hugo Lachance : Vas-y, et après cela on accueille nos deux premiers invités ; vas-y Joël, c'est à toi.
Joël Desmarais-Racine : Une de mes tounes préférées serait « Faux dur (et trouble-fête) ». C'est une chanson qui, je pense, vaut la peine d'être racontée au complet parce que c'est un récit. Je suis même étonné qu'elle n'ait pas été prise dans le livre parce qu'on voit tout de suite la bande dessinée décrite dans ce récit-là. (Chanté) : « Nous étions là quelques joyeux amis, à avoir soif un beau soir à Paris. Le bar fermé mais à force de grimace, nous eûmes droit à un verre sur la terrasse. Nous n'étions pas aussitôt installés, au bruit des chaises et des tables collées, que deux intrus en mal d'amour se mirent en frais de nous tourner autour. Les discussions plus ou moins évasives, compte tenu de cette heure tardive, se virent agressées de sous, par nos deux trouble-fêtes en mal de coups. Et puis soudain d'un geste un peu trop long, l'un d'eux mouille de bière mon pantalon. Je me lève mû par un instinct batailleur, tout prêt à arracher le cœur. Dans un dernier sursaut salutaire, qui s'immisce entre la paix et la guerre, je me retiens de lui sauter dans la face, pour calmement me rasseoir à ma place ».
Joël Desmarais-Racine : (Suite de la chanson) : « Il y a quelques années sans aucun doute, en vrai rocker les nerfs à bout, je l'aurais soulevé par les dents pour le grafigner sur cent. Dites que je suis un faux dur ou que je ramollis, ou que j'ai eu peur devant mes amis, que je garde mes doigts pour ma guitare qui se casserait sur une mâchoire. Moi je pense juste que ça ne valait pas la peine de gâcher toute ma fin de semaine à cause d'une simple gorgée de bière qui serait tombée un peu de travers. Et le lendemain lorsque j'ai pris l'avion, la tête toute pleine de papillons pour retourner tout fatigué dans mon pays aux mille clochers. Entre les pleurs et les petits enfants, et les petits vieux intransigeants, je me disais pourquoi m'énerver, c'est rien qu'une bande dessinée, que c'est déjà assez dur de naître, de trembler et de disparaître. Vaut mieux s'en sortir de bon ton, en en faisant une belle chanson. Avez-vous vu dans ses poches, il y avait un gun, un couteau dans la mémoire longtemps ! ». Merci Joël ! Super.
Hugo Lachance : Maintenant j'aimerais inviter les instigateurs de ce merveilleux projet ; accueillez Caro Caron et Jasmin Miville-Allard. Dans le livre, il y a des biographies pour chacun, alors je vais vous présenter les artistes instigateurs. Caro Caron a été publiée à maintes reprises, notamment par les Éditions du Remue-ménage. Ses œuvres ont été exposées à la galerie Robert Poulin, à la Centrale Powerhouse et galerie La Roche dans la rue, ainsi qu'à d'autres endroits moins fréquentables où la fête est à l'honneur. Illustration, BD, peinture, gravure, collage mural, body painting, décors de scène atypiques sont autant de langages graphiques qui servent sa signature subversive et provocatrice, brodée de poésie kitch. Elle étend ses tentacules dans tout l'underground montréalais. On peut faire beaucoup de liens avec l'univers de Plume Latraverse, comme le cabaret et la Montréalité. Caro, en quoi l'œuvre de Plume influence-t-elle ton travail ?.
Caro Caron : Il y a des parallèles à faire avec la débauche, la vie de bar et la Montréalité. La ballade des 15-24, tu t'imagines vraiment comme si tu avais brossé toute la nuit puis qu'à 5h du matin le soleil se lève. C'est comme ça que Plume peut influencer mon travail.
Hugo Lachance : Jasmin Miville-Allard est co-directeur de cet ouvrage aux accents frauduleux. Il est actuellement doctorant en histoire de l'art à l'Université de Montréal. Il a été archiviste au Musée des beaux-arts de Montréal, au Centre d'histoire et d'archives du travail, et conservateur aux archives des Jésuites du Canada. Est-ce qu'on t'a engagé à Laval pour le projet de Plume ?.
Jasmin Miville-Allard : Effectivement, je me suis fait engager essentiellement pour le projet de Plume et je devrais remettre ma démission demain en réalité, parce qu'on vient de sortir le livre. Ça a été un projet complexe. On a fondé Moult Édition il y a à peu près 20 ans, et le parcours de Plume nous a beaucoup influencés dans la manière de penser l'édition. C'est-à-dire ne pas nécessairement faire les choses comme il faut dans une perspective économique, mais le faire de façon passionnelle et en dehors du monde des subventions. C'était naturel de lui rendre hommage avec un projet underground et un peu punk. Plume a réussi à proposer dans l'espace public une manière de faire différente en demeurant dans l'esprit populaire sans jamais compter sur Radio-Canada ou les grands médias. Il a réussi à faire chier jusqu'à la fin et tout le monde connaît une chanson de Plume. C'est un géant, et cette persévérance est au cœur du projet de Moult Édition. Le livre est un projet qui dure depuis presque 5 ans.
Hugo Lachance : Comment a commencé la genèse du projet ?.
Jasmin Miville-Allard : On y avait pensé il y a longtemps, puis c'est resté en jachère. C'est un projet qui a eu une poisse tout le long, cela a toujours été difficile. J'en ai parlé à Caro qui a tout de suite accepté qu'on le fasse ensemble, ce qui a donné un souffle intéressant au projet.
Caro Caron : Je suis habituée à faire des projets rapides, mais ici il y a eu les vies qui embarquent et la pandémie. Je me suis fâchée et j'ai dit : « Ça se passe maintenant ! ».
Hugo Lachance : Côté financement, comment avez-vous financé ce projet ?.
Jasmin Miville-Allard : Je vous donne un secret : j'ai un passif chez l'imprimeur. C'est un projet qui est fait tout à fait bénévolement et je tiens à lever mon verre à tout le monde qui y a travaillé. C'est la seule façon de pouvoir dire ce qu'on veut sans se faire chier avec de la censure.
Hugo Lachance : Comment Plume a-t-il réagi ? Comment il vous a donné sa bénédiction ?.
Jasmin Miville-Allard : Au début du projet, je ne voulais pas qu'on travaille dans le vide, alors j'ai fait un document de présentation. J'ai écrit à VLB qui m'a renvoyé à la gérance de Plume. Ils m'ont dit de revenir quand nous serions plus avancés. La seule chose que Plume a dite, c'est : « Je suis pour le projet du moment qu'il y a une qualité graphique et orthographique, et je veux que vous suiviez la manière dont j'ai écrit les textes dans Tout Plume ». J'ai acheté le livre « Tout Plume » et j'ai fait réviser les textes à la virgule près. Il est très fier de sa version définitive de 2008. Pour un auteur-compositeur, c'est une Bible à étudier pour voir comment il a utilisé la langue.
Hugo Lachance : Tu as eu une réponse un peu bête de la gérance au début de l'été ?.
Jasmin Miville-Allard : Oui, j'ai eu une réponse disant : « Je me surprendrais que Plume ça l'intéresse, il a trouvé vos trucs vraiment ordinaires ». Je suis tombé en bas de ma chaise. J'ai tout révisé encore pendant quatre jours et j'ai renvoyé le tout. Le lundi matin, la gérante m'a appelé pour s'excuser en disant qu'elle reçoit tellement d'affaires qu'elle est obligée de filtrer. Finalement, Plume a dit que le projet était « joyeusement flayé » et il nous a donné sa bénédiction.
Caro Caron : Il répond même à nos questions ! J'avais une question sur le mot « snels » dans une chanson et il m'a répondu par l'entremise de sa gérance.
Jasmin Miville-Allard : J'ai aussi demandé qui était le mort dans « La fête des morts » et il m'a répondu que c'était Brassens. C'est un mythe qui perdure ; certains pensaient que c'était sa propre mort.
Hugo Lachance : Présentons le recueil. Titre : « Chanson par toutes sortes de monde ». Année : Automne 2023. Le lancement se fait mardi prochain à 17h, et au Cabaret à partir de 20h30 avec Bernard Adamus et plein d'autres. Tirage : 4000 exemplaires. Éditeur : Mout Édition. Il y a environ 185 pages et 34 artistes qui participent. 33 chansons sont abordées, plus une biographie définitive de Plume.
Jasmin Miville-Allard : Chacun a choisi sa chanson selon sa proposition. Hugo, tu as même illustré des chansons toi-même.
Hugo Lachance : Oui, j'en ai choisi deux ! J'ai fait une playlist Spotify avec toutes les tounes pour qu'on puisse les écouter en lisant le livre. On accueille maintenant notre premier artiste, Marc Tessier, qui a illustré « Métamorphose ».
Joël Desmarais-Racine : [Musique]. Il m'aura fallu du temps pour atteindre cette lueur. J'aurais traversé des vents remplis de pleurs, j'aurais traîné ma carcasse dans la sueur de la nuit, je serais couvert de crasse, lavé de pluie. Et au bout de mon chemin, je ne serai pas rendu plus loin lorsque j'échangerai mon corps avec la mort pour aller faire ma lessive, la conscience contemplative sur les bords du Styx avec ma toison d'or. Il aura fallu du jus pour m'infiltrer au travers de cette existence de cube de fer et dans la déchéance du temps, dans la pollution de l'air, avec les poètes vendant des vers de terre, boitillant d'infirmité dans des obstacles à avaler les difformités de la vie, attisant le destin pour me retrouver serein avec une belle auréole de Saint-Esprit.
Hugo Lachance : Merci Joël ! Alors Marc Tessier, bienvenue à l'Album Podcast. Prends ton micro. Dans le livre, on te présente comme tel : il a débuté sa carrière en bande dessinée au Québec en 1987 en tant qu'éditeur chez …Publication, les Éditions Première Ligne, les Éditions Trip et les Éditions Moelle Graphique. Il a supervisé la publication de plus de 70 livres. Il a aussi réalisé plusieurs romans-photos et portraits d'auteur en bande dessinée. En tant qu'auteur, il a publié avec Fantagraphics Books, Delcourt et Conundrum Press. Bienvenue Marc.
Marc Tessier : Salut ! C'est une belle présentation, ça. Il y a trop d'affaires, j'étais comme Jasmin avec juste deux ou trois trucs, mais c'est ce qu'on trouve dans le livre.
Hugo Lachance : Alors, comment as-tu découvert Plume Latraverse ?
Marc Tessier : Comment j'ai découvert ? Dans une toilette ! [Rires]. Moi non plus j'ai pas eu tes questions à l'avance, donc là je ne suis pas préparé, mais c'est pas grave, ce sont des questions bien génériques. Je peux dire que moi j'adore Plume pour son design. Quand tu regardes ses albums, tout ce qu'il a fait, il y a quelque chose d'artistique, de fun, de underground qui ressemble beaucoup à ce qu'on fait nous autres dans notre approche « Do It Yourself ». On est toute une gang parce que nous autres, quand on a commencé à faire de la BD, les éditeurs faisaient des affaires poches, il n'y avait pas grand-chose et ils nous faisaient signer des contrats à vie. On a dit : « Fuck off ! ». On est tous partis ensemble et c'est pour ça qu'on se tient depuis ce temps-là : on s'entraide, on fait de la BD ensemble.
Hugo Lachance : C'est cool ça ! Quitte à ne pas être payés, vous êtes des vrais de vrais vous autres.
Marc Tessier : Pas être payés, mais ensemble ! Comme le Parti libéral : « Ensemble ». Mais des fois c'est le fun d'être payé aussi. Ça coûte bien trop cher de ne pas être payé !
Hugo Lachance : Qu'est-ce qui t'a convaincu à participer au projet ?
Marc Tessier : Deux mots : Caro Caron. Son nom va revenir souvent ce soir en tant que chef, si je peux dire. Moi je fais beaucoup de collectifs de BD, mais c'est la première fois que quelqu'un m'invite dans un collectif ; c'est Caro. J'étais très touché parce que normalement les gens disent oui quand je les appelle, mais personne ne m'appelle. Elle a pensé à moi et j'en suis éternellement reconnaissant. Merci Caro !
Hugo Lachance : Justement, tu parles de ton travail, on va en parler un petit peu plus. J'ai trouvé un article dans Le Droit de Yves Bergeras, le 17 décembre 2021 : « Entouré d'une quinzaine de complices au dessin, dont Boum, Christian Quesnel, Marc Pageau et Siris, le bédéiste et photographe Marc Tessier a consacré à René Lévesque la bande dessinée Quelque chose comme un grand homme. Éloge biographique mais pas panégyrique de celui qui, avant de devenir l'homme politique qu'on connaît, fut un auteur de théâtre raté, un journaliste baroudeur, un aventurier doublé d'une tête de cochon, ainsi qu'un grand humaniste ». Donc tu t'attaques au peintre aussi, Gandalire, et tu as comme projet de travailler sur l'œuvre de Jean Drapeau, c'est ça ?
Marc Tessier : Drapeau, c'est secret ! C'est avec Siris, ça s'en vient dans deux ans.
Hugo Lachance : Est-ce que participer à un projet comme Chanson pour toutes sortes de monde te donne envie de travailler sur le personnage de Plume encore plus ?
Marc Tessier : Oh mon dieu ! Moi je suis booké pour les quatre ou cinq prochaines années. Je travaille sur trois livres de BD en même temps. Il y en a deux qui sortent l'année prochaine. Avec Siris, c'est une grosse affaire : on parle des années 70, de Drapeau, du corridor des Jeux Olympiques, de la corruption, de comment les artistes ne sont jamais payés à leur juste valeur. Ce sont souvent des coups de cœur, comme travailler sur Plume, c'est un coup de cœur.
Hugo Lachance : C'est une belle opportunité. Ton choix s'est arrêté sur « Métamorphose », de l'album du même titre. Qu'est-ce qui a motivé ton choix ?
Marc Tessier : Parce que Caro a dit qu'elle voulait des scènes de nudité ! [Rires]. Non mais c'est un livre de Plume, on ne va pas se censurer. En plus, on n'a pas de subvention, personne ne va réviser nos affaires, on peut se faire plaisir. C'est sûr que faire de quoi d'un peu trash, il n'y a pas de problème. Tant qu'à ne pas être payés, on peut bien dessiner ce qu'on veut. Mais j'aimais ça, il y avait quelque chose là-dedans. Caro aimait aussi le côté mexicain, « Il m'aura fallu la rousse ». Il y avait des références avec Irma Doux, tout ça, et je trouvais ça intéressant. Je suis allé chercher des vieilles photos des années 20 et j'ai fait des collages avec un Mexicain qui a fait des images hallucinogènes. Je trouvais que réunir ça, ça allait marcher.
Hugo Lachance : Je pense que ça a marché ! Regardez le fond de l'écran, on voit ton travail : « Métamorphose ». Des collages ?
Marc Tessier : Oui, moi je suis photographe. Il y a des éléments que je photographie moi-même, puis après ça je rajoute des choses et je modifie. J'ai intégré le texte à l'intérieur.
Hugo Lachance : Les fesses qu'on voit en haut à droite, c'est les fesses de qui ça ?
Marc Tessier : Ce sont des peintures. Ce sont des éléments que j'ai pris, découpés dans des toiles et mis là-dedans. Ça ne paraît pas en petite photo, mais ce sont peut-être les fesses de Jasmin quand il a perdu 60 livres ! [Rires]. Je me retiens de faire une blague sur la graine.
Hugo Lachance : On voit d'autres planches ici. Peux-tu nous en parler ?
Marc Tessier : J'ai vu des modèles de pin-up des années 20. Je trouvais qu'il y avait une certaine innocence dans ces vieilles photos-là, une certaine beauté. Mettre les petits squelettes qui se promènent, ça me faisait bien rire, ça fitait avec le côté festif de la toune et aussi le petit côté allusion érotique de Plume qui me faisait bien rire. Son rapport au Mexique aussi, quand même. C'est la chenille qui sort de son cocon.
Hugo Lachance : Excellent travail ! Est-ce que tu avais considéré d'autres chansons ?
Marc Tessier : Quand Caro m'a approché, j'ai feuilleté le petit livre à la bibliothèque et j'ai regardé laquelle fitait. Celle-là, c'était comme parfait, un gros coup de cœur. Je voyais déjà des images, je me disais que je pouvais faire ça et que ce serait le fun. On est bien visuels, donc ça poppe dans la tête.
Hugo Lachance : Est-ce que tu as des choses à annoncer pour la suite ?
Marc Tessier : Caro est en train de me faire un cover de bande dessinée qui s'appelle LSD Comics. Je travaille là-dessus avec elle, avec Jean-Pierre Chani Got et avec Alexandre Lafleur ; ils sont tous dans le recueil de Plume.
Hugo Lachance : C'est une belle gang ! Merci Marc de ta présence.
Joël Desmarais-Racine : [Musique]. Il m'aura fallu de la bière pour que je me saoule un bon coup sur le chemin du cimetière, comme un vrai trou, un vrai fou. À la santé de la santé qui cache ses maladies, vivons aux handicapés, mes chers amis ! L'immortalité m'appelle en me montrant ses mamelles, comme une belle paire de haut-parleurs stéréo. J'ai jamais pu résister devant deux beaux bouts de tétons, je m'en vais me reposer la tête entre les deux. [Musique]. Il aura fallu du temps qu'on aille cogner aux portes pour traîner jusqu'aux papillons.
Hugo Lachance : Merci Joël, merci Marc. On va accueillir notre prochain invité, le prochain artiste : Siris La Poule.
Siris La Poule : [Musique]. Oh, la belle vie de quartier ! Le facteur, l'épicier, le monteur de légumes, le garagiste, le pharmacien, le chien du voisin, le restaurant du coin. Salut Hugo ! Je prends le micro comme chez nous, c'est mon deuxième bureau ici. Je suis plus à l'aise que toi !
Hugo Lachance : D'une certaine façon, oui ! Je lis ta présentation qui est dans le livre : Siris suit depuis plus de 30 ans les travers de la société en bande dessinée et en illustration. Il a participé à plusieurs fanzines et collectifs d'ici et d'Europe. Il a fait beaucoup de promotion pour la bande dessinée alternative lors de festivals à Montréal, en Belgique et en France. Tu as participé au fanzine Bébé Krypton alors que tu étais au Cégep du Vieux Montréal. Il publie Vogue la valise : L'intégrale aux Éditions de La Pastèque en 2017, album récompensé de plusieurs prix. Il participe également à René Lévesque : Quelque chose comme un grand homme avec son vieux complice Marc Tessier au scénario, avec qui il signe Un Paris pour Dallaire. C'est pas mal ça.
Siris La Poule : Merci, bonsoir !
Hugo Lachance : Je vais poser à peu près la même question à tout le monde : comment as-tu rencontré l'œuvre de Plume Latraverse ? C'est quoi ton premier contact ? Je demanderais un peu de silence dans la salle, il y a bien des choses à dire et la bière fait beaucoup verbaliser.
Siris La Poule : C'est mon frère. On est cinq à la maison : deux gars et trois filles. Le premier est un gars, le dernier est un gars, et entre les deux il y a trois filles. Chez mon frère, j'ai 14 ans et il met un 33 tours sur la platine. Mon frère est un maniaque de musique et il met Plume Pouding. Moi, je prends automatiquement la pochette, je regarde ça, j'écoute les tounes et je fais « Wow ! ». J'ai 14 ans et je me dis que c'est bon, ça m'intéresse. Mon frère était bien content que j'aime ça. C'est là que j'ai succombé à Plume, ça a toujours roulé. La toune que j'ai choisie, on a un certain lien avec notre ami ici à côté parce que cet album-là — tu vas peut-être me reprendre — je crois qu'il a été enregistré à Saint-Hubert.
Hugo Lachance : Je n'ai pas assez de détails, on n'est pas encore rendus à cet album avec le podcast de Joël.
Siris La Poule : L'album, c'est Livraison par en arrière. On voit Plume en photo avec une pipe en bois. Mais ça se peut que ce soit une rumeur à Repentigny aussi. J'ai un ami dont les parents avaient un dépanneur. Il travaillait au dépanneur et il a vu rentrer un grand « slack » de 6 pieds 4. Il s'est dit : « Tabarnak, c'est Plume ! ». Il achetait des chips, je ne sais pas quoi. Il y avait un studio de musique à côté dans ce temps-là.
Hugo Lachance : C'est un bon âge, 14 ans, pour connaître Plume. Il me semble que cela fitait avec les boutons d'acné ! Est-ce que tu as eu d'autres choses pour faire ton choix ?
Siris La Poule : Moi, il y a beaucoup de choses par rapport à la bouffe. Mon personnage s'appelle « La Poule ». J'ai peut-être un truc métabolique avec la bouffe, je ne sais pas trop. L'histoire s'appelle « Au petit restaurant du coin ». Ça parle un peu du côté social parce que j'ai toujours fait des histoires proches de la société. J'aimais beaucoup le texte. Je n'ai pas tout écrit par rapport à la toune, j'ai cherché juste des éléments qui pouvaient construire une page. J'aurais bien aimé faire trois ou quatre pages parce que — merci Caro — il y a une affaire qu'il faut souligner : avec tout le temps que ça a pris avec la pandémie et toutes les difficultés depuis 4 ou 5 ans, le deadline n'a pas arrêté d'être repoussé. Au début, on était supposés avoir peu de temps, c'est pour ça que plusieurs personnes que l'on chérissait, comme Richard Suicide et moi-même, n'ont fait qu'une page. On pensait que le deadline était là, puis la pandémie est arrivée. Moi je me fais opérer, Jasmin a deux enfants d'un coup... Tout ça pour dire que je connais très bien cet album-là et il me fait vraiment tripper.
Hugo Lachance : Avant de la présenter, j'ai un article de La Presse, Jean-Christophe Laurence, 3 décembre 2017, à propos de ton album Vogue la valise : « C'est une BD autobiographique qui raconte l'histoire très difficile de ta famille. On se prend d'une affection spontanée pour ce personnage baptisé La Poule pour sa drôle de binette. La vérité est que Siris est identique à son personnage, jusqu'aux sourcils touffus, un peu chialeux, la bouche en cul de poule, mais foncièrement optimiste et bon ». Un peu comme tu le fais, Plume a entretenu un personnage plutôt excentrique au départ et qui a beaucoup évolué avec le temps. En quoi créer un personnage peut-il aider à raconter une histoire plus personnelle ?
Siris La Poule : Il s'est imposé, ce personnage-là. Je l'ai pris et je lui ai dit : « Écoute, toi tu vas m'amener partout où je veux ». Il est même dans la BD de Plume, je l'ai introduit. La Poule peut se promener partout. C'est ça qui est le fun, je ne suis pas coincé avec une seule histoire. Je lui ai dit : « Tu vas me suivre, c'est moi le boss, on va faire des histoires ensemble ». C'est un petit électron libre qui peut s'intégrer partout. Je veux juste souligner quelque chose : Jasmin et Caro ont réalisé un rêve que je voulais réaliser quand j'ai sorti Ballon numéro 1. Je voulais faire une histoire sur Plume, mais j'étais trop timide pour lui demander.
Hugo Lachance : C'est une révélation ! Vous l'aurez appris à l'Album Podcast. On regarde ta planche ? « Au petit restaurant du coin ». Ça reflète vraiment bien l'esprit de la toune. On voit ton petit personnage en bas à droite qui est au téléphone. Les textes de Plume sont tellement riches.
Siris La Poule : Oui, « On foutait les niaiseux ». On riait du monde qui travaillait, on les trouvait pas mal épais, on dansait dans la ruelle, l'argent tombait du ciel. C'est fantastique et en même temps c'est un peu dur.
Hugo Lachance : Moi, ça m'a pris vraiment du temps à choisir ma toune à illustrer parce que j'ai choisi une d'Oignon. Je l'ai choisie à cause de la section de brass, parce que je trouvais qu'elle faisait très « New Orleans ». Mais pour faire une séquence narrative, c'était difficile. Souvent, Plume illustre des sentiments ou des métaphores, mais ce sont des choses qui ne s'inscrivent pas nécessairement dans un mouvement. Faire une séquence narrative, c'était dur. Il y avait plein de tounes que j'aimais, mais l'autre que j'aurais pu choisir, c'est « Saigne-break ». Vous connaissez ? 7 minutes sur un radeau... les personnages, tu les vois comme dans un film. C'est une espèce de blues sur une vague.
Siris La Poule : Merci beaucoup Hugo. Merci Caro.
Joël Desmarais-Racine : [Musique]. Au petit restaurant du coin, joyeux copains, on passait notre temps en famille. Tous les petits gars, les petites filles, en se donnant la chair de poule, les mains sur la machine à boules. Au petit restaurant du coin, on ne passait pas mal notre temps.
Hugo Lachance : Merci beaucoup Joël. On va accueillir notre prochaine invitée : Mimi Traillette. Elle a travaillé sur deux chansons : « Le fermier Jean » et « Les Brassières ». Le fermier Jean est découragé, sa femme a sacré le camp le mois passé. Deux semaines après, 15 vaches en chaleur ont mis le feu à sa grange par erreur. [Musique]. Le fermier Jean est dans le jus, il mange du beau pot. Merci Mimi. Avant de te présenter, on salue « Tonton Plu-Plu » qui a fait une belle ride d'autobus aujourd'hui dans la soute à bagages. C'est toi qui l'as fait ?
Mimi Traillette : Oui, waouh ! Ça me fait plaisir.
Hugo Lachance : Toi tu as travaillé sur deux chansons. Je te présente selon ta bio : Mimi Traillette est une artiste touche-à-tout dont l'univers à l'humour grinçant, décalé et coloré évoque le Muppet Show en plein bad trip d'acide. Grande amatrice de jeux de mots douteux — moi aussi — elle s'amuse à inventer des visions alternatives de la réalité, souvent inspirée des héros de la culture populaire. Toujours prête à démarrer au quart de tour, elle lutte ardemment contre la bégueulerie de ce monde. J'ai trouvé un article dans La Presse du 6 janvier 2012 — on remonte loin : « Sa philosophie : il y a toujours une grande touche d'humour dans ce que je fais, je détourne les choses. Mon univers est décalé et je cherche à reproduire une version alternative de la réalité, du genre le Titanic n'a pas coulé à cause d'un iceberg mais parce qu'un monstre marin en forme d'iceberg l'a attaqué ». Après plus de 10 ans, est-ce que c'est toujours le cas dans ta pratique ?
Mimi Traillette : Plus encore ! Je pense que c'est de pire en pire.
Hugo Lachance : C'est quoi ta rencontre avec Plume Latraverse ?
Mimi Traillette : En fait, Plume n'a pas tant bercé mon adolescence. Ma meilleure amie du secondaire 5 était archi-fan de Plume, mais moi j'écoutais les Beatles et les Ludwig Von 88. N'empêche pas l'autre, mais le côté décalé et le jeu de mots, jouer avec le langage, c'est ça qui me touche le plus dans l'œuvre de Plume. C'est un terreau fertile pour ces niaiseries-là.
Hugo Lachance : Comment tu perçois l'humour dans l'œuvre de Plume ?
Mimi Traillette : C'est le genre d'humour que j'aime beaucoup, un truc un peu décalé, des fois un peu vulgaire. Mon humour est un héritage humoristique familial de Hara-Kiri. Mon grand-père était gendarme dans les DOM-TOM et il se faisait livrer Hara-Kiri en Nouvelle-Calédonie. C'est mon humour familial, donc des trucs un peu trash, décalés, salaces, ça me parle complètement.
Hugo Lachance : Pourquoi t'es-tu arrêtée sur ces deux chansons-là ?
Mimi Traillette : Je suis arrivée un peu plus sur le tard dans le projet parce qu'il était déjà amorcé. Caro m'a proposé d'embarquer et j'ai dit oui avec plaisir. C'était vraiment difficile de trouver des filles qui trippent sur Plume, je te dis, parce que la plupart des filles sont rebutées par tout le côté macho. Je me souviens qu'on en avait parlé, Caro, tu avais de la misère à en trouver. J'ai de la misère aussi pour le cabaret de mardi prochain à trouver des filles qui veulent jouer ou s'impliquer. Nous autres, on approuve !
Mimi Traillette : Vu que je suis arrivée plus sur le tard, j'avais comme une liste de qui participait déjà avec les tounes choisies, donc ça restreignait le choix. Je me suis vraiment gratté la tête, j'écoutais des tounes sur YouTube. « Celle-là n'est pas tant narrative... j'aime cette chanson-là mais qu'est-ce que je dessinerais ? ». Ça ne m'évoquait pas tout de suite quelque chose. Puis j'ai écouté « Le fermier Jean » et j'ai fait : « Ben, c'est l'histoire de mon quotidien ! ». J'habite à la ferme, mon chum est maraîcher. On n'a pas d'invasion de sangsues, mais des corneilles ont mangé tout le champ l'été passé. Ça me parlait vraiment beaucoup. Puis « Les Brassières », ça me faisait rire. Je ne pouvais pas faire trois pages sur « Les Brassières », donc j'ai trouvé le moyen de faire un petit twist : c'est comme si c'était le rappel.
Hugo Lachance : On regarde ça ? La façon dont tu l'as amené, dans « Le fermier Jean », c'est comme si Plume parlait à du monde. Tu as le truc où il parle comme à des enfants et ça répond. On entend Plume et on t'entend toi. Ça colle vraiment à ce que tu fais.
Mimi Traillette : C'est comme un show de marionnettes quasiment. On entend le côté tannant et fatigant.
Hugo Lachance : Est-ce que c'est toi qui prépares un numéro pour le cabaret ?
Mimi Traillette : Ah non ! C'était Claude L'Heureux qui voulait faire... non, c'est moi qui étais fatigante. J'essayais de faire ma moufette : « Tu ne voudrais pas faire les brassières avec ta gang de lesbiennes et vous mettre en totons ? ». Mais ça ne marche pas ! Elle ne veut pas se mettre en totons.
Hugo Lachance : Dommage ! Merci pour ta participation. Joël, on y va avant de partir à la pause ?
Joël Desmarais-Racine : [Musique]. Plus de brassières, le paysage est plus plaisant. C'est moins bon pour les affaires, mais pour les yeux, je vous jure, c'est différent ! Il y en a des petits, des gros, des flats, des jumbos. Depuis que les filles ne portent plus de brassières, les gilets sont plus gros, les gilets sont plus beaux.
Hugo Lachance : Merci Joël. Avant de passer à la pause, je veux souligner le travail de Céline B. La Terreur pour « Rideau ». Alors, ça vous tente de nous payer le cognac ? On se revoit après la pause. Mettez vos lunettes, assoyez-vous bien hardiment. Ça n'en prend pas plus pour faire un bon show.
Joël Desmarais-Racine : [Applaudissements, Musique]. Si vous payez le cognac ! Coulez votre belle-mère dans le ciment, c'est facile ! Posez votre voisin, allez le ranger en avant. Un amical coup de poing... approchez jusqu'à temps qu'on fasse un bon show ! On a payé assez cher, faites ça comme il faut. Ceux qui sont en tabarnac, ils viendront nous voir à l'entracte. On est bien ouverts à vos commentaires, si vous payez le cognac ! Si vous payez le cognac !
Hugo Lachance : [Applaudissements]. Re-bienvenue tout le monde pour la deuxième partie de cet épisode consacré au recueil sur l'œuvre de Plume Latraverse, qui s'appelle Chanson par toutes sortes de monde. Le livre est disponible maintenant, on l'a reçu aujourd'hui, il est tout chaud ! Il est en vente ici au coût de 30 dollars, c'est moins cher qu'en magasin. C'est le temps ! On va continuer avec une invitée qui n'a plus besoin de présentation : Caro Caron. Joël, as-tu réparé ta corde ?
Hugo Lachance : Chapitre 12 : Caro Caron : La fête du mort. Je connais seulement un vieux gris barbu, autour du corps les fleurs sentent à la fête, juste pas trop. [Musique]. Merci Joël, Joël Desmarais-Racine. Alors Caro, là maintenant c'est l'heure de parler. Tu es là comme instigatrice du projet, mais là c'est le temps de parler de ta contribution volontaire, une fantastique contribution. Ton choix s'est arrêté sur « La fête du mort ».
Hugo Lachance : Moi j'ai découvert la chanson « La fête du mort » par ta BD, je ne la connaissais pas vraiment. C'est spécial car j'ai lu ta BD avant d'écouter la toune et maintenant les deux sont comme indissociables. Qu'est-ce qui t'a poussée à choisir cette chanson à moitié morte ? Tu voulais te fêter toi-même finalement ou c'est un hasard ? Comment on se prépare pour illustrer une chanson comme celle-là ?
Caro Caron : Ben on fait nos exercices là comme ça là. Tu fais des étirements de doigts, oui comme ça, deux doigts, trois... tabarnac trois ! Ah oui !
Hugo Lachance : Coquine ! Mais comment tu te prépares là ? Comment... calme-toi ! Alors non mais comment tu as abordé ta toune ? Comment on prend une toune comme ça puis on en fait une BD ?
Caro Caron : Ben j'espère bien... écoute, je suis allée dans un chalet. Je suis allée dans un chalet puis là... je devrais-tu dire ça ? Oui, je vais le dire, c'est un podcast on a le droit. J'étais allée dans un chalet pendant une semaine puis je me suis dit : pendant cette semaine-là, je vais tout crayonner mon dessin.,
Hugo Lachance : Mais tu as pris les paroles, tu as fait un scénario ?
Caro Caron : Oui ben oui, j'avais le texte écrit puis en tout cas... je vais te passer des détails mais bref, j'ai crayonné mon dessin en 4 jours suite à beaucoup d'inspiration.,
Hugo Lachance : En 4 jours ? C'est substantiel crayonné, mais après ça ça t'a pris combien de temps ?
Caro Caron : Ça m'a pris 3 ans à le dessiner ! Je l'ai crayonné en 4 jours parce que j'étais vraiment dedans, il n'y a pas d'Internet, il n'y a pas de dérangement.
Hugo Lachance : C'est organisé l'exposition ici d'originaux. Est-ce que tes originaux sont là ?
Caro Caron : Ouais, dans l'expo. J'en ai mis deux parce qu'on ne peut pas tout mettre, hein ? Mais ils sont là sur les murs. Il y a la page couverture là-bas en couleur puis juste en dessous il y a les deux dernières pages. L'idée c'est que « La fête du mort » ou en tout cas les tounes de Plume, comme je disais, c'est vraiment plus des moods. C'est difficile à mettre en séquence narrative.
Caro Caron : Celle-là, moi je trouve qu'elle se dégageait du reste parce que je trouvais qu'il y avait vraiment comme une histoire où je pouvais faire des descriptions puis me payer la traite en faisant des portraits du monde que lui haït.
Hugo Lachance : Donc toi, tu as fait plein de caméos là-dedans ?
Caro Caron : Ben plein de portraits d'hypocrites puis de mangeux de marde, c'est ça !
Hugo Lachance : Ça, c'est soulageant, ça fait du bien ! Je comprends, il faut bien que le corps exprime.
Caro Caron : C'est ça. Sinon, c'est parce que j'aurais fait mettons « Les pauvres » ou quelque chose de même, mais je trouvais que c'était long. Pour moi faire de la BD, c'est vraiment fucking long puis je fais vraiment plein de détails. Je me disais que si je peignais pendant 3 ans de temps là... faire « Les pauvres », ça va me dragger down. Il faut que je sois vraiment dedans, il faut que je me sente mise.,
Hugo Lachance : Tu as vraiment l'ouvrage, c'est hallucinant ta contribution.
Caro Caron : Tant qu'à faire, j'aimais autant quelque chose qui finit vraiment dans un happy ending, c'est-à-dire dans une grosse orgie ! C'était fantastique avec une pipe dans les toilettes. Tu remarqueras que la fille dans la pipe d'une toilette, elle est vraiment participative et elle n'est pas une victime. Non non non, elle est inclusive, elle est très inclusive, elle inclut plein de choses !,
Hugo Lachance : Avant de présenter ton travail, raconte-moi ta rencontre avec Plume Latraverse. Comment tu as découvert son travail ? Personne n'a jamais rencontré Plume, mais comment tu as découvert sa musique ?
Caro Caron : Shit, ça fait bien trop longtemps ! Moi j'ai tout le temps vécu avec ça là. N'importe quel kid a vécu avec Plume, « Les Brassières » au moins tout ça. Je ne me souviens pas du moment où c'est arrivé. J'avais 14 ans quand j'ai découvert Plume, ça a toujours fait partie de la vie. Je viens d'une grosse famille où la musique passe du Québécois à l'Américain à l'anglais, de tous les genres. Plume faisait partie de la poutine de tout ça.,
Caro Caron : Je viens de Jonquière puis il y avait un bar de chansonniers à l'époque qui s'appelait La Fracassée. C'étaient des chansonniers, tout le monde jouait du Plume puis tout le monde jouait la Saint-Jean là-bas. Je peux comprendre que ça écœure du monde parce que c'est vraiment de la toune de taverne.
Caro Caron : Je ne veux pas parler pour Valium là, mais quand j'ai demandé à Valium pour une contribution — feu Valium qui est mort maintenant — il m'a dit : « Toune de taverne, j'en ai rien à colisser, j'haïs ces affaires-là ». Mais il a raison là, mais il a réussi à me chier une anecdote quand même ! En plus dans sa contribution, on va la voir tantôt, c'est quand même dans le registre de la toune de taverne.,
Caro Caron : Moi j'ai tout le temps aussi beaucoup aimé d'autres ranges de musique, punk, électro, n'importe quoi. Plume, c'est comme un petit genre de... plaisir coupable !,
Hugo Lachance : Merci la foule ! C'est ça, plaisir coupable chocolat. On regarde son travail que je trouve vraiment hallucinant, « La fête du mort » de Caro Caron. On ne lira pas tout, mais ça commence tranquille puis ça finit pas mal en orgie. Dis-moi s'il y a des caméos. Ce que j'aime de cette toune-là, c'est qu'elle s'étire pendant 9 minutes, avec des gros brass bien lents, elle prend tout son temps. Zéro radiophonique, elle s'étire tranquillement et prend le temps de décrire tous les personnages. C'est ça que tu as fait dans ta BD : ça commence plutôt relax et ça finit en bordel.,
Caro Caron : Ouais, il y a des caméos là. Brassens en bas, le guitariste en bas, c'est qui ? C'est Brassens. C'est l'idée que je me fais du mort parce que Jean-Claude Marsan a dit que le mort, c'était probablement Brassens. Il ne m'a pas dit pour sûr, il m'a dit « probablement », et c'est ce qu'on pense nous autres aussi. Ça me donnait une direction sur la face du bonhomme. Automatiquement, pour qui connaît Brassens : les chats, les femmes toutes nues, les bouteilles... c'est fantastique !,
Caro Caron : Si tu remarques dans ma BD, les seules personnes qui ont des têtes de mort ou des têtes de merde, c'est tout du monde hypocrite. Les seuls qui ont des têtes normales, c'est genre le vieux qui est là, la fille avec les beaux tétons, le curé puis les noirs. Et là ça finit en orgie partout.,
Hugo Lachance : Tu en as skippé des pages ! On sait bien, tabarnouche ! On est déjà rendus à la fin.
Caro Caron : Oui j'en ai skippé. Vous pouvez prendre votre temps pendant que Joël change sa corde. Tu peux tirer ta révérence.
Hugo Lachance : Excuse-moi, j'ai oublié des pages mais ça finit quand même sur un beau party !,
Caro Caron : L'important c'est le processus, c'est le chemin, pas l'arrivée.
Hugo Lachance : Écoute, je ne sais pas si le podcast va finir comme ça ce soir mais ça ne serait pas pire pareil ! Je veux juste que tu fasses un petit caméo à lui dans le coin, qui est dans son cercueil. C'est qui ?
Caro Caron : C'est Napoléon dans son cercueil ! Napoléon dans son cercueil, il était bandé comme un chevreuil !,
Hugo Lachance : Bonnes références ! Oui j'ai une bonne famille ! Écoute, on va passer justement à
Chapitre 13 : Henriette Valium : Création libre. Henriette Valium a fait sa contribution. J'aimerais qu'on s'attarde un peu à ça parce que tu l'as approché. Il raconte dans sa BD un peu comment tu l'as accroché.
Caro Caron : Regardez là, la page de droite au centre, en 2020 : « La fatigante à Caro Caron m'achale pour que je fasse de quoi, ça va s'appeler le projet Plume ». C'est mon portrait en dessous, c'est ma moche en bas.
Hugo Lachance : C'est ressemblant ! Comment tu l'as approché ? Tu l'as gossé pas mal pour qu'il participe ?
Caro Caron : Je ne l'ai pas gossé tant que ça. Il aimait ça dire qu'on le gossait beaucoup pour faire de quoi alors qu'il disait oui tout de suite ! C'est quand même cool qu'il ait fait tout ça.,
Hugo Lachance : D'ailleurs, c'est sa dernière contribution avant de mourir, pas vrai ?
Caro Caron : Ouais, c'est sa dernière BD avant de mourir. Lui-même ne le savait pas, mais c'est ça.
Hugo Lachance : Mon Dieu, c'est quelque chose d'historique !,
Caro Caron : Oui, son anecdote c'est une rencontre. Il raconte Plume, puis là il y a comme Plume qui arrive en arrière et qui le regarde avec sa face de « bébé minou ». Juste cette image-là, ça fait un bon t-shirt ! Hallucinant sa face de bébé minou.
Hugo Lachance : Il y a une exposition qui est consacrée à l'œuvre d'Henriette Valium à Repentigny au Centre d'art Diane-Dufresne. C'est mon hometown ! Tu es là-dedans toi encore, tu es dans l'organisation ?,
Caro Caron : Je suis partout ! Depuis que Valium est mort, on a fait des levées de fonds. On a tout vendu les affaires de Valium qui traînaient. À force de vendre les petits machins et de faire des encans, on a payé toutes ses obsèques parce qu'il était sur le B.S. C'est moi puis Sylvia, sa blonde, qui l'a trouvé mort dans son garage. On suit les différentes expos, à Marseille le printemps passé puis là à Repentigny.,
Caro Caron : Je l'ai tout le temps en stock parce que j'ai plein de stock chez nous de Valium. Il venait chez nous tout le temps porter des rouleaux de posters comme un écureuil, genre : « Garde ça pour je ne sais quelle raison ». On a su c'était quoi la raison quand il est mort ! On dirait qu'il avait préparé son affaire. C'est sa dernière contribution.
Hugo Lachance : Je vous invite à aller voir l'expo à Repentigny. Si vous avez besoin d'un lift, moi je fais souvent le voyage. C'est un call de génie, son travail est hallucinant. Merci Caro. Mais là on est rendus à moi ! C'est moi qui te pose des questions ?
Caro Caron : Oui ! J'ai rien préparé ! Petit bout de « La fête du mort » en terminant ? Vas-y donc, on va tester ta nouvelle corde.
Joël Desmarais-Racine : [Musique]. Je me dis face à ce désespoir que c'est à force de broyer du noir qu'on en vient à devenir raciste. Défilé en parade, on aurait dit une mascarade pour faire brailler les journalistes.
Hugo Lachance : Merci Joël. Moi j'ai participé à cette aventure-là ! Let's go ! Chapitre 14 : Hugo Lachance : La p’tite vinguienne pis l’gros torrieu. Caro Caron, présente-moi !,
Caro Caron : Allô Hugo ! Comment ça va ? Je présente Hugo : originaire du Saguenay et vivant depuis peu à Repoche (Repentigny). Il représente partout où il va ! Gros chanceux ! Il est principalement au secondaire, en étant artiste, réalisateur de vidéoclips et batteur... de la formation WD-40 !,
Hugo Lachance : Yeah ! Tout pour le rock ! Bien que je ne sois pas bédéiste, j'ai créé plusieurs illustrations et affiches au cours des dernières années, notamment pour WD40. Je me suis laissé tenter par ce projet non seulement pour la gloire et l'argent — grosse plotte ! — mais surtout par respect pour ce grand escogriffe et par amour de cet univers qu'il nous a donné.,
Caro Caron : Je me suis laissé tenter... non, tu dis gloire et argent mais surtout par amour de l'univers de Plume ! Tu t'es emparé de « La p'tite vinguienne pis l'gros torrieu » en espérant nous les rendre pas trop maganés. C'est raté en tabarnac parce que ça finit vraiment dans un bain de sang noir !,
Hugo Lachance : Effectivement ! J'ai eu beaucoup de fun à faire ça. Tu ne m'as pas approché, je me suis intégré dans ce projet-là ! J'ai dit : « Oh, elle cherche des filles ! ». J'ai choisi « Mouton noir » au début, mais finalement j'ai découvert « La p'tite vinguienne ». C'est une histoire fantastique parce que c'est une toune joyeuse, même un peu niaiseuse, mais avec des paroles trash. Le contraste est le fun.,
Hugo Lachance : Le concept, c'est comme un petit livre de musique où tu suis la toune. J'ai mis en scène les deux personnages, la petite vinguienne et le gros torrieu. Je suis allé chercher le côté naïf parce que les deux dansent tout le temps en même temps. J'ai élaboré un super concept avec Joël. Joël, tu vas faire la toune puis on va regarder ma BD au complet ! On va voir si ça marche.,
Hugo Lachance : Allez, tout le monde est prêt ! J'avais besoin de cette corde. Bravo ! Chapitre 15 : CHANSON : La p’tite vinguienne pis l’gros torrieu.
Joël Desmarais-Racine : [Musique]. La petite vinguienne puis le gros torrieu vivaient ensemble tous les deux. Le gros torrieu n'avait pas de job, la petite vinguienne relevait sa robe. La petite vinguienne retournait chez eux porter l'argent au gros torrieu. Le gros torrieu la dépensait en couraillant les cabarets, mais il gardait toujours 15 cents pour le transport de la petite vinguienne.,
Joël Desmarais-Racine : La petite vinguienne ne demandait pas mieux que de voir heureux son gros torrieu. Mais elle était pas mal tannée de manger des volées pour souper. Un soir, pour changer la rime, elle a fait une crise à son gros... pimp ! Excusez-là ! Le gros torrieu, pas achalé, lui a colissé une autre volée. La petite vinguienne, en beau joualvert, a empoigné une barre de fer. Dans un réflexe passionnel, elle l'a batté entre les deux snells !,
Joël Desmarais-Racine : [Musique]. Le gros torrieu, plié en deux, fonçait en se protégeant de son mieux pour agripper... je la connais !
Hugo Lachance : Paroles oubliées ! C'est mon concept !
Joël Desmarais-Racine : La petite vinguienne, au désespoir, regarde celui qu'elle adore sur le trottoir, désemparé... elle l'a drogué ! Ce qui veut dire : il ne faudrait pas prendre les petites vinguiennes pour des valises !,
Hugo Lachance : Merci Joël ! C'était parfait. Parler de moi maintenant, on va accueillir notre dernière invitée. C'est la prédominance masculine ? Non !
Chapitre 16 : Véronique Lambert : Tant qu’on pourra. Accueillons tout le ying et le yang de l'incommensurable Véronique Lambert !,
Véronique Lambert : On m'a toujours dit que j'avais une prédominance masculine, je ne vais pas te la montrer ce soir ! Bonsoir Hugo !
Hugo Lachance : Allô Véro ! On a gardé la dernière place pour ta contribution parce qu'elle est vraiment hallucinante, c'est parfait pour conclure. Tu as choisi la toune « Tant qu'on pourra ». Je te présente : à 16 ans, le « Blues de la bêtise humaine » de Plume se transforme en événement fondateur. Vaut mieux en rire qu'en pleurer. Ça mettait au jour l'absurdité existentielle dans laquelle elle se sentait plongée. Elle griffonnait déjà des poèmes, elle a été dans un band punk, elle a fait tout et rien. Bachelière en histoire, études en allemand, école de l'humour, et surtout une vie à servir des milliers de bières de taverne en taverne !,
Véronique Lambert : Ouais ! C'est notre belle barmaid au Lacté ! C'est un plaisir de te voir ce soir.
Hugo Lachance : Comment tu as découvert Plume ?
Véronique Lambert : Ben je viens de le découvrir, mais j'étais sur l'acide ! Je connaissais « Bob épine » et « Jean-Pierre », mais un moment donné, j'habitais sur Saint-Christophe en 1989. On écoutait des cassettes dans ce temps-là. Une amie avait amené du Plume puis on a fait de l'acide. C'étaient des petits caps rouges à 7 piasses. On voit la différence entre les fumeux de joints qui ne se rappellent de rien et les faiseux d'acide ! C'était l'été de l'affaire Chantal Daigle. Quelqu'un met « Le blues de la bêtise humaine » et là j'ai fait : « OK, c'est pas juste moi qui trouve que la planète est fuckée ! ».,,,
Hugo Lachance : Véro, tu as écrit un recueil de poésie et tu lances ton deuxième.
Véronique Lambert : J'ai publié un premier recueil en 2001, Dernier train pour Batifolia. Là, je lance un livre de blagues dans deux semaines. Le titre c'est : C’est de l’âme la mer c’est de la merde.
Hugo Lachance : Parle-nous de ta contribution au recueil de Plume.
Véronique Lambert : Caro m'a présenté ses planches il y a deux ans. Elle m'appelle et me dit : « Ça serait le fun d'avoir un photoroman dans ce livre-là ». La première idée que j'ai eue, c'est « La p'tite vinguienne pis l'gros torrieu », avec Marguerite Anne puis Serge Brideau. Un photoroman avec ça ! Mais Hugo l'a pris ! J'hésitais avec la toune « Autopsie », qui a un des meilleurs textes de Plume : « Le rock c'est comme la vie qui se crosse à gros coups de poing ».,,
Véronique Lambert : Finalement, mon choix s'est arrêté sur « Tant qu'on pourra ». C'était la pandémie, le besoin de retour aux choses et c'est une toune rassembleuse. La fête, c'est le rassemblement. On a vécu longtemps ensemble des soirées de fête. C'était porteur d'espoir. J'ai réussi à faire mon party de fous, mais avec tout le monde séparé.,,,
Hugo Lachance : Tu as réussi à créer un rassemblement avec une toune rassembleuse !
Véronique Lambert : J'ai fait 56 photoshoots que j'ai rassemblés sur Photoshop. J'avais accès à des fonds de scène du Quai des Brumes où je travaille depuis 20 ans. On était en pandémie, on ne pouvait pas prendre de photos tout le monde ensemble. On a fait un party avec Vincent et sa blonde, on portait des masques. Les gens venaient chez nous, je prenais les photos sur green screen et je peinturais sur Photoshop.,
Hugo Lachance : On regarde ça ? Il y a cette image que j'aime bien.
Véronique Lambert : On voulait une double page, alors j'ai fait une petite introduction. C'est moi qui ai écrit le texte en deux secondes. On a mis Jasmin et Caro parce qu'ils travaillent sur le projet depuis 5 ans. Dans mon photoroman, il y a Bertrand Junior, Ariel la saxophoniste, Madame Autruche qui est Mélissa Archambault... On reconnaît la Roquette ! Il y a plusieurs clin d'œil à d'autres tounes, une chasse au trésor d'œufs de Pâques.,,,
Véronique Lambert : Il y a Pascal Angelo, Sony Duval... et il y a Balthazar. Il boit en tabarnac, mais il fait de la course à pied. Pour la case « À quoi ça sert de faire la course à pied », c'était parfait ! On voit aussi Marianne Arsenault qui mord sa médaille, et Étienne de WD-40 qui porte des bigoudis !,,
Véronique Lambert : Il y a Guillaume Blé, LG Breton... Il y a Poison de Luxe qui tète le cul d'une bouteille de vin ! On a fait le photoshoot avec Serge Brideau, je lui ai dit : « Fais semblant de vénérer quelqu'un ». C'était vraiment drôle les photoshoots sur green screen sans savoir où ça se dirigeait !,,
Véronique Lambert : Pour la serveuse qui réanime l'espoir, je suis allée louer une machine de réanimation juste pour le photoshoot ! Tout le monde capote sauf Alex. C'est une des meilleures photos de toi qui existe ! Il y a aussi Bruno Tangué, alias Satan Bélanger. Chez eux, sa table tournante tourne à l'envers !,
Véronique Lambert : Ma vieille grand-mère est là aussi. On a fait le photoshoot en janvier pendant la pandémie. Vincent n'avait pas vu personne depuis un an et demi. Morena, sa blonde, le maquillait et le déguisait. Il a dit : « Enfin la vie normale ! ».,,
Véronique Lambert : Luc de la Rochellière participe aussi. C'est drôle parce qu'il n'est pas un personnage de party trash. Il a l'air juste découragé, ça fait un beau contraste ! Et il y a Colette, le mannequin emblématique d'un magasin de lingerie sur la Plaza Ontario. Ça faisait des années qu'on prenait des photos d'elle. J'ai payé 200 piasses pour l'acheter quand le magasin a fermé.,,,
Hugo Lachance : Richard Desjardins participe aussi ?
Véronique Lambert : J'ai pris la photo avec mon iPhone au bar ! Richard aime bien Plume. Il m'a raconté que quand il a commencé sa carrière, dans l'Ouest, les travailleurs lui demandaient tout le temps de chanter du Plume ! Il a passé une heure derrière le bar avec moi à faire des niaiseries.,,
Hugo Lachance : Merci beaucoup Véro ! On conclut là-dessus. Joël, tu vas nous jouer « Tant qu'on pourra ».,
Joël Desmarais-Racine : [Musique]. À quoi ça sert de faire la course à pied, tant qu'à prendre l'air pas besoin d'être pressé. On est bien mieux à la terrasse d'un bistrot... tant qu'on pourra se passer du cimetière, avoir à manger. Entre joyeux copains, tâter le cul d'une belle bouteille de vin ! Ma vieille grand-mère qui est morte à 103 ans buvait de la bière puis du fort en même temps, c'est le secret de sa longévité !,,,
Hugo Lachance : Merci Joël ! Merci beaucoup tout le monde !