Johnny Pilgrim : Sur la trace de Tex Lecor
Johnny Pilgrim : Sur la trace de Tex Lecor
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Le projet Johnny Pilgrim (né Jean Pellerin) dépasse largement le cadre de la simple série de reprises : c'est la rencontre inattendue de deux esprits libres, marginaux et profondément indociles. Avec l'album Sur la trace de Tex Lecor, Pilgrim s'applique à redonner ses lettres de noblesse à un répertoire trop souvent réduit à ses élans humoristiques, en mettant en lumière toute sa charge dramatique, poétique et sociale.
Pour cet épisode de L’Album Podcast, enregistré à la Salle des Tortues à Montréal, l'animateur s'est installé avec ce créateur au parcours hors norme. Un entretien captivant qui navigue entre les projecteurs d'Hollywood, l'urgence de la scène métal des années 80 et la poésie brute du terroir québécois.
[00:04:20] // Comment Jean Pellerin s'est retrouvé à réaliser le culte Cliff 'Em All! de Metallica
[00:21:40] // Réalisateur à Los Angeles : les coulisses des clips pour Kiss, Def Leppard et Guns N' Roses
[00:23:50] // L'éthique underground et la suite des anecdotes entourant Cliff 'Em All!
[00:27:15] // L'anecdote de tournage chaotique du vidéoclip Indians pour le groupe Anthrax
[01:33:35] // LE SEGMENT : Souvenirs des Colocs et de Dédé Fortin racontés par Jean Larocque
Johnny Pilgrim a tracé sa route loin des sentiers balisés, guidé par un refus systématique des compromis industriels. Dès son passage en théâtre au Collège Lionel-Groulx, son tempérament entier se frotte aux cadres rigides de l'autorité. Cap vers les États-Unis : après avoir poli ses armes en cinéma au prestigieux Art Center College of Design, il s'impose sous le nom de Jean Pellerin comme un réalisateur de vidéoclips incontournable à Los Angeles durant l'âge d'or de MTV.
Son portfolio aligne des collaborations légendaires : il pilote l'imagerie de Kiss (Crazy Crazy Nights), de Def Leppard ou encore des Guns N’ Roses (You Could Be Mine). En 1987, il signe un coup de maître en convainquant la formation de James Hetfield de lancer leur tout premier format vidéo commercial, Cliff ’Em All !, un collage d'archives brutes devenu un hommage mythique au regretté bassiste Cliff Burton.
Paru sous la bannière de l'étiquette DeVizu, l'album Sur la trace de Tex Lecor s'est matérialisé sous la gouverne du réalisateur Éric Goulet (Les Chiens). L'ambition de ce projet était claire : épurer les arrangements pour révéler la richesse cachée de Tex Lecor, celle de l'artiste peintre et du grand poète des grands espaces.
Pour habiller la voix texturée et habitée de Pilgrim, une équipe de fins renards s'est mobilisée en studio, réunissant Éric Goulet (guitares, claviers), Jean Larocque (batterie) et Ariane Ouellet (violon). Salué comme un véritable « bijou » par la critique d'ici, le disque a été encensé pour sa capacité à démantibuler l'auditeur par sa justesse et sa puissance évocatrice.
L'album revisite des œuvres chargées d'histoire, collées aux luttes et aux réalités du territoire :
McNally : Une ballade dramatique et lourde relatant le sacrifice ultime d'un homme pour préserver son village d'une inondation catastrophique.
Sainte-Scholastique Blues : Un blues poussiéreux qui ravive la plaie ouverte de l'expropriation massive de milliers de familles en 1969 pour le chantier de l'aéroport de Mirabel.
Les charpentiers du ciel : Un hommage vibrant aux travailleurs d'acier mohawks, bâtisseurs des gratte-ciel des métropoles américaines au péril constant de leur propre vie.
Pilgrim et Lecor partagent finalement la même fibre : un amour indissociable pour les cordes de guitare et les touches de peinture, doublé d'une méfiance historique envers les décideurs qui mesurent le talent à la couleur de l'argent.
Il s'agit tout simplement de la traduction anglaise littérale de son nom de naissance, Jean Pellerin (Pilgrim signifiant pèlerin). L'appellation du projet est née aux États-Unis en 1993, à une époque où le créateur s'affairait à mettre en boîte un album de berceuses acoustiques bien spécifique pour souligner la naissance de sa fille.
Jean Pellerin travaillait alors pour une maison de disques qui gérait la formation Dokken, laquelle partageait les mêmes bureaux de gérance que Metallica et Def Leppard. Comme Metallica refusait catégoriquement à l'époque de plier devant les codes mainstream des radios et des clips hyper-léchés de MTV, Pilgrim a été mandaté pour concevoir un objet vidéo alternatif, brut et sans artifice, capable de connecter directement avec la communauté émergente du thrash métal.
Bien qu'il n'ait pas réussi à établir le contact avec l'entourage de l'artiste avant d'entrer en studio, les retours post-lancement ont été extrêmement chaleureux. Francine Pellerin s'est déplacée en personne pour assister à l'un de ses concerts dans la métropole, tandis que le fils de Tex Lecor a tenu à communiquer directement avec Johnny Pilgrim pour le remercier d'avoir honoré la mémoire de son père avec autant de dignité et de rigueur.
La chanson documente l'expropriation brutale de 97 000 acres de terres agricoles par le gouvernement fédéral de Pierre Elliott Trudeau en 1969 pour faire place au projet de Mirabel. Johnny Pilgrim raconte avoir croisé sur sa route à La Morandière une femme profondément marquée par les ravages de cette « abeille gouvernementale », sa famille ayant été chassée d'un lopin de terre qu'elle cultivait et chérissait depuis cinq générations.
C'est un hommage senti de Tex Lecor destiné aux travailleurs mohawks de Caughnawaga (Kahnawake) qui s'exilaient toute la semaine vers New York ou Chicago pour ériger l'ossature métallique des grat-ciel. Ces hommes bravaient des hauteurs vertigineuses douze heures par jour, évoluant fréquemment sans aucun filet de sécurité, afin de subvenir aux besoins de leurs proches restés au Québec.
Le batteur Jean Larocque s'est remémoré au micro une partie de hockey d'anthologie organisée par Dédé Fortin en 1995. Ce match amical mettait aux prises plusieurs bands de la scène alternative, incluant Les Colocs, Blaise et Daphné, ainsi que Groovy Aardvark. L'anecdote veut que le gardien de but désigné se soit pointé totalement ivre au petit matin et que ce soit la légende des Canadiens, Henri Richard, qui ait procédé à la mise au jeu officielle de la rencontre.
Sources et revues de presse :
Chronique de Sylvain Cormier, Le Devoir, 24 décembre 2021.
Portrait de Dominic Tardif, La Presse, janvier 2022.
Reportage d'Audrey-Anne Gauthier, Le Citoyen - Abitibi-Témiscamingue, 1er septembre 2022.
Notes de production et archives de l'épisode de L'Album Podcast.
Transcription intégrale de l’épisode avec Johnny Pilgrim : Sur la trace de Tex Lecor