Transcription de l’épisode avec Johnny Pilgrim : Sur la trace de Tex Lecor

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Avertissement : Cette transcription est le fruit d'une collaboration avec une intelligence artificielle qui fait de son mieux, mais qui ne saisit pas toujours toutes les "subtilités" de nos discussions.  Le fichier audio/vidéo original demeure la seule référence officielle. Si un passage vous semble bizarre, faites confiance à vos oreilles et allez écouter l'épisode !


Hugo Lachance : Bienvenue à cette nouvelle édition de L’Album Podcast en compagnie de Johnny Pilgrim. Mais avant de vous le présenter comme il faut, je tiens à remercier Véronique Lambert. Parce qu'on est présentement chez Véronique Lambert, au studio La Salle des Tortues; c'est un espèce de pôle culturel, et au cinéma, c'est elle qui commandite!


Éric Goulet qui a fait mon jingle.  C'est que j'aime beaucoup Éric Goulet parce qu'il m'a donné beaucoup d'opportunités. J'ai réalisé son vidéoclip pour « Monsieur Mono » qui était tourné ici d'ailleurs. Quand je jouais avec les Shirley, la mouture masculine, c’est lui qui m'a donné une chance aussi avec le podcast.


Johnny Pilgrim : On l'aime au boutte, c’est lui que j'aime le plus au monde avec Johnny. La première fois que j'ai joué à Montréal avec Johnny, dans la salle, il y avait Éric que je connaissais pas du tout. J'avais jamais rencontré. Il y avait Roger Miron et Steve Hill, Nico Jouannaut, il y avait lui, je connaissais pas aucune de ces personnes. C'est en 2002, en juin 2002 à L’Escogriffe, la première fois que j'ai joué à Montréal avec Johnny puis un outro de mes chums de Californie. Je venais de déménager de la Californie avec lui, ça fait une trentaine d'années. Dans la salle, il y avait ces quatre gars-là qui sont devenus mes copains musicaux, mes frères de musique, mes supports moraux; les gars qui m'ont introduit dans la musique de Montréal. Tu as joué dans un clip de Steve Hill?


Johnny Pilgrim : C’est même moi qui l'ai réalisé!


Hugo Lachance : Ma première question c'est : est-ce que tu te rappelles la première fois qu'on s'est rencontrés ?


Johnny Pilgrim : Je me rappelle la première fois qu'on s'est rencontrés. C’est au Cheval Blanc, je pense que c'est ça. Au Cheval Blanc, qui est un endroit que j'aime.À côté du Quai des brumes,  le Cheval Blanc, c'est la place où ils m'ont donné une chance. Puis on est allés voir Metallica.


Hugo Lachance : Parce que c'est un moment assez hallucinant. Après, on s'est retrouvés dans un restaurant, on était toi, moi et Éric Goulet justement, assis comme des niaiseux. Il y avait une salle avec les gars du band dedans. Toi tu pouvais rentrer, il y avait je voyais des boîtes de tournée de Metallica; c'est quelque chose quand même !


Johnny Pilgrim : Je sais que tu avais pas eu la chance de les rencontrer,


Hugo Lachance : Non, mais par contre il y a James Hetfield qui est passé devant moi. Ça, c'est impressionnant because, évidemment, c'est un héros de jeunesse; il is grand, il est imposant James en face. J'ai comme tendu la main, j'ai pas osé lui faire un "high five" ou de quoi du genre, mais je l'ai vu sans le rencontrer vraiment, mais je me suis rendu assez proche. J'ai essayé de nous faire présenter tout le monde, mais est-ce que tu nous as vus ? Puis le show était bon ? Oui, le show était très bon, mais je me souviens plus de tout.

J'appellerai ton nom parce qu'évidemment, je ne t’ai même pas présenté encore. Je savais que Johnny Pilgrim était avec nous aujourd'hui.

 

Johnny Pilgrim : Le truc, c'est que Johnny Pilgrim, c’est la traduction exacte de mon nom. Puis le fait que le groupe Pilgrim est né vraiment aux États-Unis quand je jouais avec mes chums en juin 2002 à L’Escogriffe. On jouait  ensemble un peu partout dans son bar, les gars travaillaient dans les bars. C’était pour faire des tounes de rocking chair parce que moi, j'allais avoir une fille en 93. Je voulais faire un album pour la bercer. Puis on a la tête de berceuse, on devrait s'appeler pourquoi pas Pilgrim. Pilgrim, ça veut dire pèlerin en anglais.


Hugo Lachance : On parle de 2002, je vois pas de banjo, il y avait pas de band à ce moment-là.


Johnny Pilgrim : Le truc, c'était que Jim de la Californie avait conduit mon auto puis il est venu pour se retrouver chez Johnny. On recevait un appel de Joe qui faisait le son à L’Escogriffe et qui jouait avec Les Poulets. Il nous demande : « Vous êtes où ? ». On est chez Johnny. On est partis, on est allés jouer à L’Escogriffe ce soir-là. Après on revient, Éric Goulet a embarqué dans la van, il commençait avec nous autres. Miron était là. Au Cheval Blanc, Nico Jouannaut is coming down to see us parce que Les Chiens, c’était Éric Goulet, Nico, puis je pense Marc-André Hébert. On savait qu'on allait au Cabaret.


Hugo Lachance : Vous avez joué pendant que je travaillais. Est-ce que tu te rappelles du p'tit Jean ?


Johnny Pilgrim : Le p'tit Jean ! Ma mère était très musicale, elle aimait beaucoup Gilles Vigneault. Mon père s'appelle Jean Pellerin, du bout de Plessisville. Il y avait de la musique qui se faisait là. Les premières fois que j'entends du Tex Lecor, c'était dans un parc, une fête de famille. Dans ce temps-là, Tex Lecor, c’était les rêves d'une vie. Il y avait même des gars dans l'histoire de ma famille, le plus vieux frère de mon père a marié la plus vieille sœur de ma mère. Les six autres gars du mariage étaient un groupe. Tout le monde se ressemble, tout le monde avait des gueules : le gros nez des Pellerin, les cheveux noirs, les gros sourcils. Francine Pellerin, qui est venue au show qu'on a fait cet été, elle était super. La première fois que j'ai entendu une toune de Tex Lecor, c'était elle qui chantait ça.


Hugo Lachance : Rubrique « Ils ont dit ». En fait, il y a un article de Dominic Tardif en 2022. Il dit que tu as fait un bref passage dans les classes du programme d'interprétation théâtrale du Collège Lionel-Groulx, où ton indocilité se heurte à l'autorité de tes profs. Plus tard, tu as été déçu aussi parce que tu as fait des demandes à Téléfilm, tout ça. C'est vraiment un homme indocile, indomptable ?


Johnny Pilgrim : Moi, j'étais juste un peu rebelle. J'ai jamais aimé le monde qui me tape sur la tête, qui me disent quoi faire. C'était un peu trop stressant, il y avait pas de créativité vraiment. J'ai décidé que l'interprétation théâtrale, c'était pas mon affaire. J'étais bon là-dedans, j'étais hot même, je savais que je l'avais, mais je voulais pas me faire dire quoi faire tout le temps. Dans les années 75-76, j'allais au Cégep de Saint-Jérôme pendant même pas un an. Il y avait des bons profs, mais je me suis aperçu qu'il y avait pas de films qui se faisaient au Québec. J'ai décidé de partir voyager un peu. J'étais déjà allé sur le pouce quand j'avais 16-17 ans, j'avais beaucoup aimé la Californie. J'ai tout le temps gardé ça dans mon œil, puis quand je me suis fait accepter à Sainte-Thérèse puis après à Saint-Jérôme, j'ai dit : « Pas de panique, le film, c'est en Californie que ça se passe ! ».


Hugo Lachance : Tu as fait des études en cinéma à Los Angeles. Une partie de mon adolescence a été marquée par toi parce que tu as coréalisé ou réalisé des vidéoclips de Kiss, Def Leppard, Guns N' Roses... Sur mon VHS de MusiquePlus, c’est marqué réalisé par toi, c'est quand même impressionnant.


Johnny Pilgrim : Les vidéoclips dans le temps, quand ça a commencé, c'était tout nouveau, on pouvait faire n'importe quoi. C’était les années 80 exactement. C'était une porte ouverte. Les compagnies de disques te donnaient du cash puis demandaient même pas de rushes, même pas rien. Tu pouvais faire un vidéo pour 5 000 pièces puis en mettre 15 000 dans tes poches, c'était important à l'époque. C’était le véhicule qui était diffusé sur les grandes chaînes, c'était un nouveau média. J'ai été chanceux, je suis tombé direct dans la naissance de ce nouveau médium.


Hugo Lachance : Il y a un fait qui m'a jeté par terre, c'est que tu as réalisé la vidéo de Metallica, Cliff 'em All. Ça vient me chercher beaucoup parce que, étant donné ma jeunesse, j'avais cette cassette VHS. Il y avait beaucoup de posers, beaucoup de big hair, mais Metallica, c’était totalement contre ça, c'était la base du métal. Ils voulaient rien savoir de passer à la radio ou chez MTV, ils voulaient pas se mettre des culottes collantes.


Johnny Pilgrim : Exactement. Un moment donné, la compagnie de disques pour laquelle j'avais travaillé — j'avais fait des vidéos pour Dokken — m'a approché. La compagnie de disques qui avait Dokken, c'était la même que Metallica. Ils se sont dit qu'il y avait pas de place à la radio ni de vidéo, mais qu'ils pourraient vendre encore plus d'albums s'ils en avaient. Le manager de Q-Prime, qui géraient aussi Def Leppard, a demandé à quelqu'un d'y consacrer du temps. Avec tous les gens qui écoutaient pas le mainstream, on savait c'était qui Metallica, on avait les albums Master of Puppets, Ride the Lightning. On a filmé ça.


Hugo Lachance : Tu as aussi fait le vidéoclip « Indians » d’Anthrax ?


Johnny Pilgrim : On filmait dans un petit théâtre. Il y avait tellement de monde qui s'est pointé pour être dans le vidéoclip qu'il a fallu que les pompiers et la police viennent avant qu'on ouvre les portes du théâtre parce qu'il y avait plein de monde. On a détruit un beau vieux théâtre.


Hugo Lachance : Téléfilm Canada. Dominic Tardif dit que tu as essayé d'avoir des fonds de Téléfilm Canada pendant 8 ans et qu'ils t'ont fait chier. Ça concerne un projet sur Tony Roman ?


Johnny Pilgrim : Tony Roman, c’est une grande vedette québécoise des années 60 qui faisait de la musique un peu yéyé. C’était une grande chambre à part, il is allé à Londres en 63. Il chantait en français, c'est fou. Je l'ai rencontré au Rainbow à Los Angeles, on est devenus bons copains. Quand il est revenu au Québec, il a essayé d'avoir des fonds de Téléfilm Canada pour faire des films. Téléfilm Canada a dit à Tony : « Tu ne peux pas te diriger toi-même, on va aller chercher une vedette pour le faire ». Comme ils ont fait avec plein de monde. J'ai eu plusieurs projets mais ça a jamais marché parce que j'étais pas un gars qui allait jouer au hockey avec eux autres. Aux États-Unis, tu pouvais pratiquement avoir tout ce que tu voulais, mais un moment donné, tout le monde veut revenir chez soi. Mais je me suis buté à Téléfilm Canada, ils m'ont fait chier.


Hugo Lachance : On va présenter l'album parce qu'on est là pour parler de ton hommage à Tex Lecor. Le titre : Sur la trace de Tex Lecor. Le EP est sorti en 2020 puis l'album officiel en 2021 chez Disques de Bureau.


Johnny Pilgrim : J'avais le studio booké pour une couple de jours parce que quelqu'un avait décommandé. Je savais pas qu'Éric Goulet travaillait au studio avec Carl Bastien. On est rentrés pour faire mes tounes. Moi, j'écris des tounes surtout en anglais; c'est facile, mon anglais est meilleur que mon français après 40 ans là-bas. On est allés au studio, on avait un après-midi, on a fait une coupe de tounes. Éric nous a invités à un barbecue chez eux. C’est lui qui m'a demandé si je connaissais du « revival » de Tex Lecor. Ma sœur avait des problèmes de santé et je suis resté à la maison pour prendre soin d'elle, ma petite sœur. Le génie musical, les accords... quelqu'un m'a offert ça, il a dit : « Regarde, j'ai une compagnie de disques puis j'ai une connexion pour faire jouer des tounes canadiennes-françaises sur un plateau qui s'appelle Franco Country ». J'étais sérieux ! J'avais jamais fait de disque avant. Oui, j'en avais fait avec Johnny, mais c'était des affaires recollées. C'est la première fois que je fais ça seul. Pour la photo de la pochette, je me suis pointé à Repentigny dans une cave. Une chance que j'avais du make-up et une habilleuse ! Non, je rigole, il y avait rien de tout ça.


Hugo Lachance : Rubrique « Ils ont dit ». Audrey Gauthier, dans Le Citoyen d'Abitibi, dit le 1er septembre 2022 : « L'album de Johnny Pilgrim is a jewel, un bijou. La façon dont il met en valeur ce répertoire de la musique québécoise un peu caché mais tellement riche est impressionnante. C'est un bonheur et une surprise de redécouvrir le bon vieux Tex Lecor ». Le Devoir, le 24 décembre 2021 : « On découvrait Tex Lecor par Jean Pellerin, dit Johnny Pilgrim, et on était remués, chamboulés. La claque de ce gars était puissamment envoyée ». Ça fait du bien de lire ça.


Hugo Lachance :  Quel a été la réaction de la famille de Tex Lecor ?


Johnny Pilgrim : J'ai essayé de rejoindre la famille, mais j'ai pas eu beaucoup de temps pour me préparer et j'ai pas été capable de les rejoindre avant. But, quand on a joué à Montréal la dernière fois, il y avait une femme qui s'appelait Francine Pellerin. Elle ressemblait exactement à ma maman. C'était incroyable de la voir taper des mains et chanter. C'est elle qui m'avait introduit à tout l'univers de Tex Lecor. J'ai eu des feedbacks de son fils aussi, il disait que j'avais honoré son père. J'ai reçu un courriel d'un bonhomme qui était son grand ami aussi, il m'a dit des belles choses.


Hugo Lachance : Chapitre 11 : SEGMENT Une chanson après l'autre. Après ça, moi j'ai isolé peut-être des bouts de texte ou des questions, mais le but, c’est qu'on en jase.


Hugo Lachance : Chapitre 12 : John McNally. On écoute un extrait. Pour l’album, « Scotch Whisky » puis « C'est là où ce soir on a quelque chose à noyer ». Il s'appelait John McNally. Grand sourire, il est dans le passé, puis 32 maudits bonshommes, ils ne sont pas prêts de l'oublier. C'est quand même dramatique, il y a des gros pays là-dedans. Je me demande qui joue du drum là-dedans ? Pourquoi tu as décidé de commencement l'album avec ça ?


Johnny Pilgrim : C’était la musique qui me donnait des images. C'est un peu ça qui a fait que j'ai fait du film dans ma vie : j'écoutais de la musique puis je voyais des images dans ma tête. C'est ce qu'il y a dans la musique de Berlioz, voilà. Mais ça, ça me donnait des images. Je savais que mon père avait travaillé dans un camp de bûcherons puis il m'avait parlé des gars qui marchent sur l'eau. C’était quelqu'un qui tue pour sauver un village. Dans ta vie, il y a du monde qui font du bien. Lui, il a été super généreux de sa personne puis il prend le temps. Il y a également du monde qui sont là à toutes les roues et font des petites affaires pour bien du monde : du monde qui donne à manger aux vieux, du monde qui vont faire de la musique pour les vieux.


Une personne que j’ai connue dans ma vie, c'est Michel Méthot. La belle Michelle Méthot, on l'aime tout le monde, on la salue. C'est vraiment un ange. Il a fait autant pour la musique de Montréal qu’Éric Goulet en en faisant la promotion. On avait fini de faire ma vie au Québec, j'avais dit : « OK ». Je savais pas que j'allais revenir. Je suis parti en 79 avec une valise, plus de guitare. Je suis retourné en 2010 avec une valise et une guitare. Est-ce que c'est rose ou non ? Je faisais une tournée western. J'ai joué avec Ray Condor, j'ai joué de la slap-bass. Ce sont nos vieux fonds communs. Quand j'ai joué de 2002 à 2010 au Québec, avec Éric partout, au Cabaret partout, ça faisait pas de cash. On faisait des vieilles, vieilles merveilles que personne ne sait jamais. On va passer à la prochaine toune, ah oui !


Hugo Lachance : Chapitre 13 : Saweay. Donc, c'est quoi la prochaine de l'album ?


Johnny Pilgrim : Les Indiens. Ma mère me disait que c'est le nom de... Lundi, ouais. Mais les Indiens, je connaissais pas ça avant d'aller à Montréal, puis il y avait le petit village d'Indiens. Ma mère, son voyage de noces était d'aller à Montréal. Il y avait quelqu'un avec qui je discutais du podcast puis là, il me fait écouter de la musique country. Je lui fais écouter l'album de Goulet, son dernier, tu sais. Il dit : « Ouais, ouais, c'est bon ». Puis c'est pas grave Johnny, sur YouTube c'est comme : « Ah ben oui, ça c'est bon ». J'ai dit que j'allais faire le podcast avec toi. C'était pas mal serré dans le temps pour moi, ben des affaires, des questions. Il n'y a pas une coupe de questions parce qu'on a parlé des États-Unis et du Québec ? La neige, le rhume... viens le voir, tu vas l'avoir avant midi. But, tu peux peut-être à cette étape-là, tu vas aller te baigner. Le froid qui dure longtemps, c'est de la merde, je comprends. On passe au « Bal chez Jos Brûlé », là c'est le temps, vraiment.

Hugo Lachance : Chapitre 14 : Bal chez Jos Brûlé. Mon cher Johnny, as-tu une anecdote de soirée ou de veillée mémorable ? Parce que c'est un peu ça la base, de veiller.

Johnny Pilgrim : Des veillées mémorables, il y en avait à chaque année au Jour de l'An. On se retrouvait à Sainte-Sophie dans le sous-sol de l'église ou quoi que ce soit, puis tout le monde avait la bonne humeur, tout le monde chantait. Ma mère chantait, tout le monde a chanté, le monde répondait. Ça a duré des heures et des heures. J'ai commencé à sept heures, puis à deux heures du matin, tous les enfants étaient couchés, les bonshommes en prenaient encore un coup. Ça vient d'où ça ?


Hugo Lachance : Chapitre 15 : Campagnard.


Johnny Pilgrim : En améliorant leur sort. Comme question... ça va les tounes ? Juste à côté de la rue Marie-Anne où on avait déménagé avec ma mère quand il y avait des marées, mon père a travaillé pendant 35 ans.


Hugo Lachance : Chapitre 16 : Autant en emporte le vent. Je te demanderai pas de prendre des écouteurs parce que tu connais ça. Une personne qui est quelque part dans mon cœur, il faut que ça sorte. Tex disait : « Je vais essayer d'aller voir les compagnies de disques, je vais essayer de faire mon chemin, mais ça ne marche pas. » Moi, j’ai la même attitude aujourd'hui que lui avait quand il était aux Beaux-Arts en 58. C’est quelqu'un qui n’était jamais célébré vraiment pour ce qu’il était : un artiste peintre avant tout. Un artiste, un vrai. C’est quand qu’il a fait le dernier bel album ? C'est plein, c'est le dernier des vrais là.


À Repentigny, il y avait comme une reproduction, un agrandissement de son autoportrait. Avec Éliott mon fils, j'avais envoyé ça. C'est triste, c'était un grand artiste, on s'entend, il y avait de la technique. Que ce soit Téléfilm Canada, TVA ou n'importe quel film le matin, que ce soit Salut Bonjour ou n'importe quelle niaiserie de télé, on ne célèbre pas les vrais poètes et les vrais artistes. On célèbre ce que le monde aime à la télé, on pense à Télé-Vedettes. Puis lui, ce gars-là, depuis le début, il n'y a pas eu grand-chose.


Johnny Pilgrim : Avec le temps, j'ai réalisé que Tex Lecor était un très bon artiste, avec beaucoup d'entregent et un très bon humour. C'était vraiment un être humain exceptionnel, pas mal plus que ma génération ne l’a connu. C’est rare de le célébrer, on se disait : « Waouh, c'est quelqu'un ! ». En plus, il y a vraiment une profondeur, une intelligence musicale. À un moment donné, Tex est allé dans le commercial. Il y a du monde qui lui ont offert un paquet de cache, ben oui. Je parle du Tex des années 60, moi je l'ai connu; le Tex des années 80 c'était ça pour moi.


Malheureusement, il a un peu donné là-dedans. Le truc qu'on vient d'écouter, la toune qui dit « j'ai frappé à toutes ces portes numérotées », on était bons, mais pourquoi on ne nous donne pas une chance ? On sait même pas ton nom puis on voit que : « Hey, on pourrait faire du cash avec lui ». Si au bout de la Molson on t’offre 150 000 pièces pour faire un décor commercial de Molson, tu vas le prendre. Ça va m'aider à acheter des peintures, ça va m'aider à créer. C’est comme tout le monde dit de lui : il donnait du cash à quelqu'un qui est jeune.


Hugo Lachance : On va le voir un petit peu plus tard dans les tounes. C'est quand même quelqu'un d'engagé aussi dans des tounes qui ne sont pas dans les tiennes, mais qui ramasse le clergé assez raide aussi. Je ne me rappelle plus de la toune, c'est quoi, mais quand j'ai fait mes recherches, je suis tombé là-dessus et je me suis dit : « OK, c'est quelqu'un qui avait de la gueule là ».


Johnny Pilgrim : Et puis tu dis que tu manges du monde, de ceux qui ont du cash, parce que je peux dire qu’il dit ce qu'il veut qu'on dise. C’est pour ça que je pense qu'il is mort sans une logique, sans sa force, sans quoi que ce soit, parce que là il ne veut pas nous aider. On va continuer avec ça justement, le rapport avec la mort.


Hugo Lachance : Chapitre 17 : Grand Jos. Ça, c'est un des premiers.


Johnny Pilgrim : Il y avait quelqu'un qui écoutait une grande collection de blues et de jazz chez eux, des disques surtout de blues. On allait là-bas, on s’achetait un joint. Il y avait une place pour acheter de la bière pas loin, à côté du comptoir, puis lui il avait une guitare. À chaque fois, c'était mon début musical vraiment. Chaque fois que j'allais le voir, je prenais mon temps puis on roulait un joint. On se prenait une bière puis on faisait de la musique. Vu que tout le monde dans la ville le connaissait, mon ami Johnny, lui, ne prenait pas de drogue, mais il y avait quelqu'un qui en prenait et qui s'est pointé. La prochaine fois, on commence à jouer dans la cuisine. Le band s'appelait le Kitchen Blues. Mais il fallait faire une toune en français. J'en connais une, je connais le « Grand Jos » de Sainte-Sophie. Puis Jos voyage sur le même billot. On dit même que la nuit, quand la lune est pleine, on entend le démon chantonner. Ma question : qu'est-ce qu'il chante ?


Hugo Lachance : « Faut s'en aller et pour s'en aller faut saluer le matin au soleil ». Mais quand tu penses à des rapides, ça va au plus vite. Faut laisser sa place pour s'en aller. La version originale de cette toune, c'est une version que j'ai entendue sur un de ses vieux shows. C'est une des versions que j'ai entendues où c'est du monde a cappella avec des claquements de mains.


Hugo Lachance : Chapitre 18 : Rame donc. Tôt ce matin, le vent du large caresse nos mains, tout de soucis loin des rivages.


Johnny Pilgrim : Ta version est la même mais dans un style un peu plus folk, mais moi je ne voulais pas faire ça. Je veux pas faire comme ça, on va le déconstruire. C'est devenu ce que c'est par la magie d’Éric Goulet. La magie, car il a tellement une sensibilité musicale que lui entend des trucs que toi tu n’entends pas, c’est tout blues.


Hugo Lachance : Chapitre 19 : St-Scholastique blues. Il n’y a plus de maison à Sainte-Scholastique. Il y a un texte de Tex Lecor qui parle justement du « St-Scholastique blues » qui dit qu'en 69, le gouvernement Trudeau a exproprié 97 000 acres. Ton père a eu sa ferme, son grand-père, son arrière-grand-père, puis un moment donné l'expropriation dit : « On ramasse tout, on met ça à terre ». Mais tu prends ton trou ? Oui, ça fait 4 ou 5 générations qu’on a la terre. Je ne veux pas vendre, mais tu es obligé. Le gouvernement te donne des pinottes pour ta terre où ta famille a grandi depuis 5 générations. On ne peut rien faire.


Johnny Pilgrim : On a été invités à faire le centième anniversaire de La Morandière. Le moment qui était à l'autre bout, au 49e parallèle. C'est la géographie, le 49e ou 50e parallèle, c'est le bord de la terre des ours. Il n’y a plus rien après, au bout de la route, plus rien que des ours. J'ai rencontré un artiste incroyable qui s'appelait Jim Zeller. Si jamais tu as la chance de checker Jim Fucking Zeller... Sa femme, Loulou, I love you. On a joué là et c'était un petit gazebo avec une épluchette de blé d'Inde. Il y avait 20 personnes, on se gelait les couilles mais c'était des vieux, des bonshommes de 80 ou 79 ans.


Un moment donné, on a joué « St-Scholastique blues ». Il y avait une femme qui était là en avant de moi qui m'a regardé. C’est une femme qui avait été expropriée avec sa famille et qui était restée avec ses grands-parents. C'était la première fois que je voyais vraiment une victime de l'appareil gouvernemental. Hugo, est-ce que tu veux dire something ? De toute ma vie à jouer avec Johnny, c'est la seule fois…


Hugo Lachance : Chapitre 20 : L'anecdote de La Morandière par Jean Larocque. C’est la seule fois que je l'ai vu comme ça, après le commentaire d'une personne qui est dans l'auditoire. Tu ne savais plus du tout comment réagir, tu étais comme... je ne t'ai jamais vu de même. Juste pour bien comprendre : vous étiez en show là-bas, vous avez fait cette toune, puis la dame s'est présentée. C'est là qu'elle a expliqué sa situation. Elle a expliqué le contexte historique de sa déportation puis comment elle s’était retrouvée un moment donné en Abitibi parce que c'était comme la place pour retrouver un petit peu son souffle. Elle a décidé de s’installer là-bas, à La Morandière. Il y avait un petit peu de tout ça dans l'explication de son historique. C'est une éternelle déportée, car elle est partie de Sainte-Scholastique puis elle a fait le tour à la quête d'un territoire. Je ne t'ai jamais vu de même à propos d'un truc que tu connais, mais quand quelqu'un le vit encore plus que toi... La musique, ça sert à préserver sa mémoire là.


Johnny Pilgrim : Elle est revenue émue aux larmes. Les deux versions de Tex sont pertinentes. On va passer à la neuvième toune, OK ? « Les charpentiers du ciel ».


Hugo Lachance : Chapitre 21 : Les charpentiers du ciel. De quoi ça parle ? Des barrages ?


Johnny Pilgrim : Il parle des gars, des Caughnawaga (Kahnawake). Il parle des vrais gars qui ont monté tous les gratte-ciel à New York ou Chicago. C’est toute la même petite gang. Ben oui, mais c'est ça que je te dis, parce qu'au début de la toune — j'ai pas les paroles avec moi — il parle du Nord et de New York. Pourquoi ? Ils n’ont pas besoin d'attacher des filets de sécurité, exactement, voilà. Les autres, le dimanche soir, ils s'en allaient à New York ou Chicago. Ils roulaient toute la nuit pour arriver le lundi matin à six heures et travailler. C’étaient des Amérindiens, des Noirs, des Haïtiens, ils étaient logés et nourris comme des chiens puis travaillaient 12 heures par jour sur ces gratte-ciel, sans filets ni harnais. Le vendredi à trois heures de l'après-midi, ils descendaient du ciel et ils s'en allaient. Tex, lui, il allait partout dans le Québec, il était avec tous les Indiens. Il se tenait avec les marchands, le monde qui faisait les peintures, les artistes. Il ne se tenait pas avec les riches, il se tenait avec les vrais. C’est à savoir de quoi il parlait. Celui-là, c'est pour traverser.


Hugo Lachance : Chapitre 22 : La ballade de Jos Brûlé.


Johnny Pilgrim : C’était vraiment la première toune qui m'a fait tripper sur Tex. C'est comme un gars qui s'en va dans une ferme ou quoi que ce soit puis il essaye de voler les œufs ? Un moment donné : « Avez-vous ma truie ? Avez-vous mis ma truie ? Je suis tellement mal depuis qu'elle est partie. » C'est sur les vinyles un peu grivois. Non, non, il y avait les poules. C’étaient drôle parce qu'il y avait de l'humour. Mais celle-là, je l'ai trouvée comique mais morbide. Ben oui, c'est la toune la plus morbide. C'était tellement stupide mais joyeux. Quelqu’un parlait il n'y a pas longtemps du suicide avec du banjo, puis là…


C'est mon gros malheur d'être parti pendant que Les Colocs sont arrivés. Ils ont fait une révolution vraiment québécoise. Tout le monde aimait Les Colocs. Quand le gars s'est suicidé, ça a eu une grande importance. J’écoutais Les Colocs un peu mais j'étais pas dans mon monde avec cette musique-là. Mais avec la mort de Dédé, une partie de l'identité québécoise est partie. C’est à cause du référendum de 95, puis en plus il est décédé... une partie de la dynastie québécoise est partie. Je pense que ça marque un tournant dans l'imaginaire des Québécois.


Hugo Lachance : Chapitre 23 : L'anecdote des Colocs par Jean Larocque. Ça a adonné qu'on était signés avec la même compagnie de disques, avec Blaise et Daphnée, en 95. On allait dans des partys ensemble. C’était le gars le plus facile d'approche, il était convivial avec les autres membres du band. Dédé avait organisé une game de hockey et il y avait quatre bands qui jouaient. C’était nous autres et Les Colocs contre... Dédé était un mordu de hockey d'ailleurs. Le guitariste est arrivé le matin, c'est lui qui était le gardien pour l'équipe, il était soûl raide ! On l’a équipé en gardien. C'était un épisode marquant, c’est Henri Richard qui est venu faire la mise au jeu. Je m'en souviens, je me suis dit que je vais recevoir Vincent Vallières au podcast puis je me mets un mémo là-dessus. Les gars de Groovy Aardvark étaient dans l'autre équipe. Mon ami Johnny, on pense à l'autre Johnny.


Hugo Lachance : Chapitre 24 : T'es-tu déjà demandé ? C’est un texte en français qui dit : « S'il s'en va, je veux prendre soin et je vais prendre l'avantage de tout, je veux que sa poche remplisse la mienne ».


Johnny Pilgrim : Tex avait un sens de la poésie, l'envie de regarder quelqu'un puis de penser à quelque chose. Tu marches dans la rue avec un sac, où est-ce que tu t’en vas ? Si ça ouvrait une canne de vers pour moi, pour ceux qui ont voulu écrire des chansons. J’en ai plein les tiroirs, des chansons qui ne verront peut-être jamais le jour. C'est mon Harley, c'est le chien dans ma tête, comme mon petit logo de l'album. On parle évidemment de ton album sur Tex Lecor, mais est-ce qu'il y a des choses qui s'en viennent pour toi personnellement ? Tu disais tantôt que tu allais voir Steve Hill pour enregistrer ton album demain. Qu’est-ce qui s’en vient pour Johnny ?


Moi, je fais de la musique. Mon chien et moi on lit beaucoup, je lis énormément vu que je n’ai jamais eu la télé. J'adore les mots, je suis en amour avec les rimes. J'en ai des tonnes, OK ? Puis je voulais les mettre en musique avec les trois accords que je connais, c'est la seule façon que je peux le faire. On se connaît depuis qu’on est un groupe ensemble, on est faits pour faire de la musique ensemble jusqu'à la fin. Là, on est en février 2023. Demain, j’enregistre avec Éric, puis après avec Éric et la gang à Québec. J’ai des tounes depuis des années que je n'ai jamais enregistrées. Le truc, c'est qu'on n'a pas de subvention, on n'a rien de ça. Le truc quand je fais des affaires au Québec ici, il faut que ça saigne en français. J'ai décidé de ne plus essayer d'avoir des subventions de Téléfilm Canada ou de la SODEC. Avec Éric, on va faire de la musique pour enregistrer nos tounes. On peut s'attendre à quoi ? Ça serait dans quel univers ? La musique que j'ai aimée toute ma vie.


« Il faut reprendre la route », c'est la dernière des chansons qu'on a trouvées, on cherchait les deux dernières. C'est la dernière, un genre de vieux country ou quoi que ce soit, les hippies contre le pot. Il y avait une fille qui riait avec des cheveux longs. Tex a fait beaucoup d'enregistrements et d'albums. C'est quelqu'un dont les propos ont évolué avec le temps, avec ses influences médiatiques, son côté kitsch des années 80. C'est quelqu'un qui a changé de bord avec le cash, puis il est revenu au truc qu'il disait dans « Autant en emporte le vent » : garde sur ton dos ta vieille guitare. On finit avec ça.


Hugo Lachance : Chapitre 25 : Il faut reprendre la route. Trouver le soleil pour demain matin. On va prendre ça pour finir comme il faut. Je te réinvite à ton micro, on finit. « Il faut reprendre la route », le texte de l'album est vraiment intéressant. On finit avec ça, je te dit oui. C'était la seule toune de Tex que j'avais jamais entendue. On était avec Éric et Johnny, on a passé au travers du répertoire. C'était après un long monologue d'un cabaret avec quelqu'un, puis je commençais à jouer ça. Qu'est-ce que tu voudrais qu'on retienne de cet album ?


Johnny Pilgrim : J'ai été un Québécois, j'ai été un partisan jusqu'à temps que je m'aperçoive que la politique ne donne absolument rien. On est des citoyens nord-américains, on est un paquet de monde qui a pu garder son langage et garder sa fierté culturelle. Autant que je regarde un immigrant, avec les histoires du Québec là, il chante ce qui nous convient. Tex Lecor is a guy who should be celebrated avec les drapeaux du Québec. Je n'ai pas de drapeau, mais cet album-là, je pense que tout le monde qui vit ici devrait savoir d'où on vient.


Hugo Lachance : Chapitre 26 : Conclusion. À la Salle des Tortues, je te remercie de ta générosité. On finit avec la danse et les shooters. On verra bien, je remercie Johnny. Merci à tous les auditeurs, on se retrouve pour un prochain épisode de L’Album Podcast!