Transcription de l’épisode avec Les Breastfeeders : Les matins de grands soirs 

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Avertissement : Cette transcription est le fruit d'une collaboration avec une intelligence artificielle qui fait de son mieux, mais qui ne saisit pas toujours toutes les "subtilités" de nos discussions.  Le fichier audio/vidéo original demeure la seule référence officielle. Si un passage vous semble bizarre, faites confiance à vos oreilles et allez écouter l'épisode !


Hugo Lachance : Bonjour tout le monde ! Nous sommes le 19 avril 2023 et vous écoutez L'Album Podcast. Aujourd'hui, je suis vraiment content ; c'est un épisode qui va être, je pense, qui va être vraiment cool. Je suis vraiment heureux parce que je reçois un groupe que j'ai toujours bien apprécié : Les Breastfeeders. Bienvenue les gars !

Luc Brien : Salut ! Merci !

Hugo Lachance : Je suis avec Luc Brien, chanteur et guitariste des Breastfeeders, et avec Johnny Maldoror, alias Martin Dubreuil. OK les gars, on va commencer le podcast. Avant de vous présenter comme il faut, j'aime bien commencer le podcast avec un blanc pour savoir quels sont nos liens. C'est quand la première fois qu'on s'est rencontrés ?

Martin Dubreuil : Je ne sais pas, mais tu es musicien dans le milieu, c'est pas mal ça. Souvent à l'Esco (L'Escogriffe), les fins de soirée, on traverse le bar et on s'en va là-bas.

Hugo Lachance : Pas vraiment, non. Moi, la première fois que j'ai rencontré votre travail, c'est vraiment avec le premier album. J'avais vu un show amené, ça fait longtemps, puis on était pas mal sur le party dans ce temps-là. J'ai été tout de suite séduit par la musique, puis l'esthétique du band ; le show est assez hallucinant. J'ai écrit un petit quelque chose juste pour mettre en contexte, justement puisqu'on parle de concert : c'est quoi un concert des Breastfeeders ? Un concert des Breastfeeders, c'est là où on peut danser le « nitty-gritty » en risquant un « stage dive » en face ; là où le sang coule non seulement des lacérations du Maldoror, des doigts de Sunny, du dandysme du maître Brien solidement campé à l'avant-scène, du charme envoûtant de Miss LeLove, des coups constants assenés par la section rythmique pilotée par Freddy et Joe, mais aussi des oreilles des spectateurs jusqu'à la piste de danse où, justement, on y danse avec rage jusqu'à en percer le cuir de ses bottillons. Là où tout peut exploser. Je ne vous ai pas vus souvent en show, mais je sais que les shows sont assez intenses puis c'est vraiment ce qui vous caractérise. C'est le moment où j'aimerais vous présenter individuellement. L'idée, c'est de connaître votre background d'où vous viens. Pour ça, ce que j'ai fait pour toute l'entrevue, c'est que j'ai parcouru votre dossier de presse, tous les articles, je suis allé chercher et j'ai isolé certaines phrases, certaines citations, et j'ai consulté votre page Wikipédia aussi. Donc Luc, dans Le Soleil du samedi 2 septembre 2006, tu disais : « J'étais pas assez normal. La ville m'a aidé à sauver mon estime de moi-même. Je me suis aperçu qu'il y avait du monde avec qui je m'entendais... Ce que j'aime dans l'urbanité, c'est d'être toujours près de son contraire. On est toujours confronté à something, il y a un bouillonnement de différences ». Luc Brien, c'est de gars de où ?

Luc Brien : Je suis né à Longueuil, j'y ai vécu seulement 5 ans. Ensuite de ça, à cause du travail de mon père, on est arrivés à Québec ; j'y ai fait de 5 à 11 ans. Après ça, justement, on est retournés en banlieue de Montréal, mais pas Longueuil, à Brossard, puis j'ai été stigmatisé assez rapidement. J'étais quelqu'un de moins à l'aise avec tout le monde à cette époque-là. Maintenant ça va mieux. J'étais un peu ce que j'étais, rien de grave, rien de bizarre. Aucune peur qu'on pouvait avoir, peut-être que j'avais les cheveux un peu trop épais. L'extrait que tu as lu, c'est que quand j'ai pu enfin partir de là, je suis tombé à la bonne place. Tout d'un coup, tout le monde avait son identité puis là je n'étais plus un bizarre ; pourtant je n'étais pas vraiment bizarre, mais j'étais catégorisé comme tel, puis tout d'un coup, j'étais juste normal. Je suis tombé à la bonne place pour arrêter de voir du monde camper, parce que ce qui me blessait moi durant mon adolescence, à mon avis, je pensais que j'étais un débile ou que j'étais fou, que j'avais quelque chose qui ne marchait pas parce que j'essayais... pour moi je ne me voyais pas bizarre, mais je l'étais. C'était normal de me détester, c'était normal de me trouver con, c'était normal. Pourtant je ne parlais jamais. J'ai pas eu de la misère avec les autres, je n'ai pas été bouffé ou intimidé, mais en fait, ce que j'ai gardé, c'est comme ça dans certaines banlieues — je ne dis pas que toutes les banlieues sont comme ça, mais dans cette époque-là où je suis peut-être tombé en mauvaise époque ou à la mauvaise place — c'était : si tu n'es pas capable d'être comme tout le monde, tu es un sacré épais. Si tu n'es pas capable d'écouter la même musique que tout le monde, tu es dans un cave. Si tu n'es pas capable de faire la bonne fente correcte à tes jeans... et donc moi ça ne me tentait pas, je voulais juste être moi-même.

Hugo Lachance : C'est la cruauté de l'adolescence, exactement.

Luc Brien : C'est peut-être ça, mais bon. Moi, la différence que j'ai eue, c'est quand je suis arrivé enfin dans un centre urbain, j'ai vu que les parents de tes amis c'est des artistes, tes amis c'est des artistes, ou ils le sont déjà ; la vie s'est ouverte devant moi d'une très belle façon. Mais tu as toujours été différent quand même, mais entouré de gens différents. Ce que j'aime dans la citation, c'est d'être toujours près de son contraire.

Hugo Lachance : C'est vrai que moi aussi, j'étais un gars de région quand on arrive à Montréal, mais là tu te rends compte que c'est toutes sortes de monde, puis tu fais ta place tranquillement, puis tu peux être un peu plus anonyme tout en étant toi-même. Ça, c'est le fun. Je continue. Je sais que tu es passionné d'histoire et que tu as fait des études en littérature. Dans le livre En-d’sous de Sunny Duval, votre guitariste original, paru en 2010 aux éditions Coups de tête, il parle du temps que vous avez à tuer dans la vanne sur la route : « des fois on entend des récits de la Première Guerre mondiale (ça c'est Lucien, notre chanteur-historien) ». C'est vrai que tu meublais le temps avec ces choses-là ?

Luc Brien : C'est Lucien, notre chanteur historique ! Je suis toujours en train de lire quelque chose, j'ai toujours un livre, et j'ai toujours un livre de la Première Guerre mondiale ou de la Deuxième Guerre mondiale. Sur la route, quand je lisais quelque chose que je trouvais intéressant ou impressionnant, comme qu'en 1914 il est arrivé tel truc ou d'imaginer à l'époque les charges de chevaux au début ou les pantalons rouges, je le racontais. C'est un autre monde, une autre planète. J'ai tendance à parler de ce qui me fascine. Fait que des fois quand tu roules vers Détroit, c'est oui, Lucien l'historien parle.

Martin Dubreuil : C'est vraiment intéressant d'être accompagné d'un historien pour qu'il nous raconte bien ce qu'il est en train de lire ou qu'il raconte ce qu'on a vécu au monde ou à nous pour nous le rappeler nous-mêmes. Sur la route, on changeait les photos de police de l'auto aussi. C'est-à-dire qu'au moins on lisait les polices parce qu'il faisait la lecture du courrier. C'était un beau moment de vanne.

Hugo Lachance : Ah c'est le fun ! Parce que c'est aussi dans le livre à Sunny. Martin, tu es né à Montréal dans Rosemont, près du Jardin Botanique.

Martin Dubreuil : Oui, Rosemont, dans le bout de Pie-IX, Saint-Michel, entre autres. On est montés un peu plus au nord-est, 29e Avenue, Beaubien. Ouais, c'était un peu de même, mais toujours proche du parc Maisonneuve, puis du Jardin Botanique. Enfin j'allais là, le Jardin Botanique c'était ma forêt, c'était notre forêt à nous. Les ruelles, le parc Maisonneuve pour se promener, puis sur la rue Masson. Des belles ruelles, puis les filles en bikini en train de se faire bronzer sur leur parterre, on ne voit plus ça.

Hugo Lachance : Pour ce qui est de ta carrière d'acteur, tes premiers rôles professionnels étaient dans Elvis Gratton II et III de Pierre Falardeau en 1999 et 2004.

Martin Dubreuil : Oui, c'était mon premier rôle professionnel. Avant ça, j'd'ailleurs joué pendant des années, quasiment, dans juste des courts-métrages, des films underground de cégep, jamais payé ou à peu près.

Hugo Lachance : Est-ce que tu es un actor de formation ? Je continue. En 2014, il y a eu Félix et Meira de Maxime Giroux.

Martin Dubreuil : Oui, j'habitais dans le quartier ici durant le tournage, puis quand je croise des Juifs hassidiques, j'y repense souvent. Quand je vois un couple, ces personnages me reviennent. C'est vraiment le quartier, puis j'habitais là quand on l'a tourné aussi. Avec ma préparation de tous les jours, je regardais les Juifs pour me mettre dans le rôle de Félix. J'étais en liberté dans le quartier, puis je l'ai vu en présentation de film ou en entrevue. On y pense pareil, parce que les hassidiques, on n'a pas accès à eux. Des fois on en voit une qui est cute, on sait qu'on ne peut pas. Il y a une fascination étrange avec ça, que ce soit un défi ou autre chose. Puis le cinéaste s'est payé le trip de se faire un scénario dans lequel arrive enfin cette rencontre-là. Donc je pense que ça touche beaucoup de gens.

Hugo Lachance : J'ai habité pendant un petit peu de temps aussi dans le quartier, puis c'est vrai que c'est comme deux communautés. C'est comme l'aspect noir et blanc du Mile-End, qui est un quartier bien coloré.

Martin Dubreuil : Ouais, c'est vrai.

Hugo Lachance : Et tout récemment, Maria Chapdelaine de Sébastien Pilote en 2021.

Martin Dubreuil : Oui, je voulais vraiment jouer pour Sébastien Pilote par ses anciens films. Je me disais : « Bon, lui ! » parce que je ne veux pas jouer à tout prix juste pour faire de l'argent. Si je vise un certain chemin au cinéma, je me ramasse à avoir des offres d'autres choses par d'autres mondes, puis de la télé, puis tout ça. Mais à la base, mon but c'était de jouer pour tel ou tel cinéaste. Il y en a qui se rajoutent quand je les découvre, donc Sébastien Pilote, je voulais vraiment jouer pour lui. Enfin, il m'a donné le rôle dans Maria Chapdelaine. Au début, quand j'ai entendu qu'il refaisait Maria Chapdelaine, avant même qu'il m'offre le rôle, je me demandais pourquoi ils refaisaient ça, mais sa vision était importante pour lui.

Hugo Lachance : On a un lien en commun parce que moi aussi j'ai joué dans un film de Sébastien Pilote.

Martin Dubreuil : C'est vrai ? Oui monsieur ! Lequel ?

Hugo Lachance : La disparition des lucioles.

Martin Dubreuil : Tu fais quoi ?

Hugo Lachance : Moi, je joue dans le film. C'est WD-40 qui est là-bas, la gang à Pierre-Luc. Nous, on joue notre propre rôle dans La disparition des lucioles, mais je t'avoue que tu ne me vois pas vraiment dans le film parce qu'il y a Alex et Étienne qui sont en avant, puis moi, on voit ma barbe pendant environ 12 secondes. Pour revenir à toi Martin, récemment je suis tombé là-dessus, je t'écoutais dans 19-2, où ton personnage est un peu en dépression, puis dans Les pays d'en haut en 2017 entre autres. En 2011, tu as eu une nomination à la 13e cérémonie des Jutra comme meilleur acteur de soutien dans Les Sept Jours du talion, et une autre à la 31e cérémonie des prix Génie.

Martin Dubreuil : Non, tu as raison.

Hugo Lachance : Martin, dans un balado qui t'est consacré, tu racontes souvent l'histoire qui t'a permis de retrouver ton père et l'étonnante coïncidence qui vous unit. Peux-tu nous raconter cette anecdote ?

Martin Dubreuil : Je savais que mon père était chanteur dans un groupe sixties du Québec, mais on ne l'avait pas identifié encore à une certaine époque. Avant que je trouve ça, je ne me rappelle plus si je l'avais dit à Dominique Tardif pendant le balado... sûrement. Ma mère m'en avait parlé. On cherchait dans les disques, puis finalement on s'est aperçu qu'il s'appelait Albert, Alberto de son vrai nom, Alberto Ramaglia. Puis c'est sûr qu'il n'y avait pas de groupe sous le premier nom qu'on cherchait qui s'appelait comme ça. Puis à un moment donné, c'est Luc qui a découvert ça grâce à un collectionneur. Ils ont changé de chanteur dans le groupe, donc Alberto Ramaglia, mon père, est devenu le chanteur d'un groupe, et ils lui ont dit : « Tu vas t'appeler Rémi », et ça est devenu Rémi et les Chantelles. Je pense qu'il était déjà avec ma mère à cette époque-là. Donc dans toute l'histoire, c'est que là, maintenant, j'ai pu identifier c'était quoi le nom du band et du chanteur. Je devais lui laisser un message. Finalement, mon père s'est ramassé sur une compilation « Québec Rock des années 60 » sur Internet, parce que je pense que c'est illégal ces compilations-là. C'était un bonhomme allumette qu'ils avaient rajouté sur la pochette parce que ceux qui avaient fait la compilation n'avaient pas réussi à trouver de photo de Rémi avec les Chantelles ; ils avaient juste dessiné un petit bonhomme allumette avec une flèche marquée « Rémi ». C'était particulier de l'entendre, mais finalement il y avait une toune ou deux qu'on a rejoint un moment donné. Finalement, au fil du temps, j'ai trouvé mon père avec l'aide d'Internet. Je vais chez lui pour la première fois, je visite sa maison avec sa femme, et je lui demande s'il lui reste des instruments de musique. Il me dit : « Non, j'ai tout donné au fil des ans, j'ai tout donné, mais j'ai gardé ma tambourine ». Et la tambourine, c'est mon instrument à moi aussi ! Parce qu'il faut comprendre, pour ceux qui ne connaissent pas Les Breastfeeders, c'est que toi tu es tambouriniste dans le groupe.

Martin Dubreuil : Au début, on a commencé à jouer, Luc et moi, à caresser ce petit début de projet là. J'ai essayé, on avait un début de toune, mais j'ai essayé de jouer d'un instrument et je savais que je n'étais pas assez bon. Alors j'ai continué à suivre le band au local. On est devenus six, et j'écrivais déjà les paroles avec lui, puis j'étais assis dans le local, j'étais le gars qui roule les joints. J'ai retrouvé la cassette de ça, parce que toutes les répètes étaient enregistrées dans le temps. On finit une toune puis on entend le clic du joint. Et j'avais déjà mon nom de Maldoror à ce moment-là.

Hugo Lachance : Prochaine question s'adresse à vous deux, parce que la question est simple : qui étaient Luc et Martin en 1999 ?

Luc Brien : En fait, notre amitié est née là. On ne se voyait pas avant, mais à ce moment-là, oui. Pour ce qui est de la dégaine, Luc avait les cheveux noirs longs jusqu'aux fesses, il avait une dégaine un peu psychédélique avec son béret. Tout ce qu'il racontait comme histoires, tout le monde l'écoutait.

Hugo Lachance : D'où vient cette passion pour le look des années 60, le look soigné ? Parce que ça se transpose dans Les Breastfeeders aussi. Comme je dis toujours, on n'est pas un band « sixties », mais d'inspiration.

Martin Dubreuil : Ça vient de beaucoup de choses. J'ai été élevé, quand j'étais petit, avec la télé sur l'heure du midi ou le soir avant de partir pour l'école : c'était Courageous Cat, ou The Lone Ranger. Il y avait toute cette esthétique qu'on connaissait déjà un peu sans l'exprimer, puis on savait que les gens ne s'habillaient plus vraiment de même. Il y a aussi le fait que je consommais beaucoup de bandes dessinées des années 60 ou 70. Ça a été mon premier intérêt. Il y avait un petit gars à l'école avec qui on dessinait, on faisait des bandes dessinées, puis lui il était vraiment bon. C'était en noir et blanc. Même les premiers dossiers de magazines, souvent c'était publié avec un seul passage de couleur orange. J'essayais de copier ces dessins-là, et donc les premiers que j'ai connus c'était fin des années 70. J'ai remarqué que les messieurs avaient des boutons de manchette déjà, j'ai remarqué comment les messieurs s'habillaient dans les bandes dessinées. On n'a pas le même background d'enfance puis les mêmes goûts, mais moi aussi j'étais un roi de bibliothèque et c'est ça qui a fait qu'on a cliqué, entre la bande dessinée et les livres de la bibliothèque. On aurait pu se tenir ensemble quand on était jeunes, c'est clair, même si j'avais des points communs avec d'autres enfants aussi, mais moi je n'étais pas le gars « sixties ».

Luc Brien : C'est dans la même gamme. C'est que moi, justement, quand je suis parti de Québec après mon enfance et que je suis arrivé à Montréal, mon premier été, je n'avais pas d'amis. Fait que je me suis mis à écouter la radio et les animateurs de radio. C'étaient encore des gars qui parlaient comme je parle en ce moment, ce n'était pas juste la puissance de la musique. On venait juste de se débarrasser du disco puis je n'aimais pas ce genre de pseudo-phobie là. Je me suis mis à piger dans les documentaires de cette époque-là, puis je me suis même fait excepter mes cours que je n'aimais pas à l'école pour aller à la bibliothèque lire l'histoire du rock. Et encore une fois, j'ai remarqué les habillements. J'ai vraiment commencé à trouver que les gars de l'époque de Liverpool, avec les Beatles, étaient cool et qu'ils avaient une sacrée dégaine comparativement à ce que je voyais autour. Je trouvais que c'était beaucoup plus dangereux. C'est pas mal ça en fait, c'est la construction d'une esthétique qui était plus populaire, plus travaillée. Si on parle des bands en costumes, il y avait beaucoup de ces bands, mais dans les années 60 l'esthétique amenait un nouveau design, une matière qui arrivait qu'on n'avait jamais vue. Dans les années 50 aussi, dans le design, il y avait encore quelque chose : ils portaient encore des vestons, les vêtements n'étaient pas si loin des années 50, mais après, avec les hippies, ça a changé.

Martin Dubreuil : Les Breastfeeders sont nés dans un building sur la rue Châteaubriand, où j'avais déjà habité avec Alexandre Lafayette, dont on a parlé tantôt, et un autre coloc. On avait un band un peu plus acoustique, puis après ça on a déménagé. J'avais connu Luc au cégep entre-temps, puis là j'ai retrouvé un appartement avec encore mon ami Alex dans ce même building-là sur la rue Châteaubriand, qui est comme une ruelle entre Rachel et Duluth. Ça donne qu'une amie qui était créatrice ou costumière de marionnettes, je la rencontre et elle me dit que son chum cherche un appart. Je lui dis : « Il y a un appart en bas de chez nous à louer », et c'était Luc son chum. Il a demandé pour l'appart puis ça a marché, il a eu l'appartement en bas de chez nous. J'ai commencé à être acteur aussi, je jouais déjà un petit peu, puis je faisais de la poésie. Là, on a commencé à faire des soirées de poésie ensemble avec un ami, Mathieu, qui nous avait organisé des soirées comme « Le cri d'une génération » ou je ne sais pas trop. Et on avait été amenés à écrire ensemble. C'était un building où le monde passait d'un appart à l'autre, tout le monde était sur le party, et on est devenus des potes de poésie et de musique. Aussi, Luc me faisait découvrir de la musique qu'il aimait, puis ça me faisait du bien parce que moi je n'écoutais pas ça. Enfin, il était un peu devenu le DJ de la place parce que sa musique plaisait à tout le monde. Tout le monde aimait ça quand on venait veiller chez nous. On avait commencé chez nous dans l'après-midi, puis on s'est rendu à écouter du Mötley Crüe en haut, et quand le soleil commençait à se lever, on mettait la bande originale de 37°2 le matin. En 1999, Joe est devenu un coloc chez nous aussi, au troisième, et lui il est le bassiste à l'origine du band...

Hugo Lachance : Chapitre 2 : SEGMENT : Présentation de l'album. Sept ans après avoir lancé leur premier album, Déjeuner sur l'herbe, en 2004 sur l'étiquette Bonsound, ils entament leur première tournée en salle américaine. Comment ça s'est passé ? Parce que vous avez quand même percé le marché américain, la scène américaine.

Luc Brien : Au début, on n'était pas encore aguerris comme groupe de route. Ce qui nous a servi, c'est que Bonsound, fondée par Gourmet Delice et Yannick Plamondon avec nous autres et L'Ombre, a décidé de partir leur compagnie. Ils ont été en mesure de trouver du financement et un roadie, puis ils nous ont envoyés aux États-Unis avec un planning. Ça nous a aidés d'avoir des gérants qui pouvaient s'occuper de la logistique. La barrière de la langue n'a jamais été là parce que ça jouait dans les radios universitaires là-bas ; c'était bien apprécié. En 2004, Montréal commençait à avoir la réputation de ville du rock.

Martin Dubreuil : C'étaient des années difficiles aux États-Unis avec le début de la guerre en Irak. Les Français n'avaient pas voulu embarquer là-dedans, alors pour les Américains progressistes, la langue française était comme la langue des progressistes ou des antiquaires. Souvent, quand on allait quelque part, il y avait genre cinq bands, mais les gens venaient surtout pour nous voir parce qu'on paraissait dans les journaux gratuits. À l'époque, tout le monde lisait les journaux pour savoir quels bands venaient cette semaine, et on se démarquait parce qu'on chantait en français. C'était un intérêt de plus pour les gens. Les journaux comme le Voir ou le Mirror ont énormément aidé la scène locale ; si tes algorithmes ne t'amènent pas là aujourd'hui, tu ne sauras pas ce qui se passe de façon organique. Je me tenais à jour dans ce qui se faisait, je connaissais les nouveaux films québécois et les critiques. La première chose que je regardais, c’était la page des albums pour voir les noms. C’était une belle année pour la scène locale parce qu’il y avait plusieurs petites scènes un peu partout, comme à l'Esco, ce qui aidait à la promotion. Je dois d'ailleurs le début de ma carrière d'acteur au Voir. Je restais encore chez ma mère dans Rosemont et le Voir ne venait pas jusque-là ; il restait dans le Plateau. Quand j'ai commencé à me tenir dans le Plateau, au Carré Saint-Louis, je voyais les petites annonces pour des auditions le jeudi. Je ne pensais même pas à l'école de théâtre, je voulais juste jouer dans des films. J'ai fait des auditions pour des films de Cégep et j'ai décroché un rôle quasiment à chaque fois grâce à ça.

Hugo Lachance : Chapitre 11 : L'anecdote des New York Dolls. En 2016, le groupe joue aux Francofolies de Montréal et joue en première partie des New York Dolls au Festival d'été de Québec.

Luc Brien : On était sur le bord de la route avec du gazon, ce n'était pas comme si on avait une place avec une tente pour tout le monde. Je me souviens d'avoir parlé un peu avec le chanteur David Johansen parce qu'on s'était croisés dans le gazon. C'était une super soirée ; il y avait Les Secrétaires, puis nous autres après. Toute la gang des Secrétaires, c'est un peu la même clique, ce sont de vrais fans des Dolls, plus que nous autres. Jean-Philippe de Dynamo nous avait dit après deux tounes : « Vous étiez où quand on sortait des albums ? » parce qu'il n'y avait jamais eu une aussi grosse pizza avec le cachet. C’était cool de jouer avec eux, mais j’ai été un peu timide parce qu’on ne les connaissait pas tant que ça.

Hugo Lachance : Dernier point avant de finir la présentation : en février 2006, le groupe interprète la chanson « Bip Bip » de Joe Dassin. Chapitre 12 : L'anecdote du disque d'or. Vous avez même damé le pion à Star Académie dans les ventes en 2016.

Luc Brien : C’est la seule fois de ma vie que ça a passé à la radio de même. Un jour, j’entends la porte s'ouvrir et se refermer ; quelqu'un avait déposé un disque d'or dans mes escaliers. On ne sait même pas ce qu'on a fait avec, on l'a comme perdu. C'était à l'époque des albums hommage. Au début, je ne voulais pas vraiment participer parce qu'ils demandent tout le temps au même monde. Mais je me suis dit que si je disais non, ce serait encore les mêmes, alors on a dit oui à condition de choisir une toune qui n'était pas connue au Québec. On a choisi « Bip Bip » parce que ce n'était pas un succès ici, alors que c'en était un en France. C'est une traduction d'une toune américaine ou brésilienne, je pense.

Hugo Lachance : Ça conclut la première partie. On fait une pause. Chapitre 2 : SEGMENT : Présentation de l'album. Maintenant, on va s'intéresser à l'album. Le titre, c'est Les Matins de Grands Soirs. Philippe Renaud écrivait dans Le Nouvelliste en août 2006 : « Les journalistes ont tendance à présumer qu'on parle de lendemains de brosse ». Luc, tu avais répondu que ce n'était pas l'intention ou que tu préférais garder le flou, que ça pourrait être les matins précédant ces grands soirs.

Luc Brien : En fait, j'ai sorti un vieux poème de quatre pages que j'avais écrit dans les années 90. Quand je faisais des lectures de poésie à l'époque, j'avais l'habitude de lire lentement. Dans la mythologie révolutionnaire, le « Grand Soir », c'est le moment de la révolution. Dans mon poème, c’étaient les matins qui précédaient le grand soir social. Pour moi, c'est plutôt ça : le matin du soir qui s'en vient, autant que le lendemain. Tout le monde a aimé le titre tout de suite. J'ai vu après qu'il y avait des émissions de radio et des maisons de production avec ce nom-là et j'ai vérifié si j'avais le droit. J'ai découvert qu'il y avait une chanson de révolutionnaires français des années 30 qui portait un nom similaire, parlant de la révolution de gauche.

Hugo Lachance : L'album a été réalisé par Ryan Battistuzzi et Joe. Il y a Luc Brien (voix, guitare, chœurs, claps), Suzie McLove (voix, deuxième guitare, orgue, clavier, glockenspiel). C'est important de nommer les musiciens parce que ça fait partie du travail de s'entourer de ce monde-là. Il y a aussi Solitaire (première guitare, piano, claps), Jo (basse, 12 cordes, chœurs, claps) et Fred Fortin à la batterie. Chapitre 4 : L'apparition de Fred Fortin. Comment est-il apparu ?

Luc Brien : À une certaine époque, on jouait tous les mardis à l'Esco avant le premier album. On s’appelait Les Miséreux. C'étaient Martin, Sunny et moi, et on engageait toujours un drummer différent. On a connu Fred comme ça et un moment donné, on cherchait un drummer et il est arrivé. Il a fait la création de l'album et au moins deux ans de tournée avec nous.

Hugo Lachance : Chapitre 5 : Les anecdotes avec Fred Fortin. C'était une époque un peu plus glam et rock'n roll. Fred nous présentait tout le temps de façon spectaculaire en show ; un moment donné, il finit de parler et il dit : « C'est quand tu veux, baby boy ! ». Il appelait Luc « Baby boy Alfred Fortin ». L'enregistrement des voix et des instruments s'est fait chez Ryan Battistuzzi. Chapitre 6 : Le mot de Ryan Battistuzzi. Il vous a envoyé un petit mot.

Ryan Battistuzzi : « Salut Hugo, Luc et Martin ! Je voulais vous féliciter pour vos 25 ans d'existence. L'album Les Matins de Grands Soirs est toujours aussi excellent et écoutable. Je voulais vous demander de jouer "L'hiver" en spectacle, je pense que vous ne l'avez jamais fait. Merci de m'avoir fait confiance ; j'étais très jeune à l'époque, j'avais environ 24 ou 25 ans. J'en garde de bons souvenirs ».

Luc Brien : Ce que Ryan ne peut pas raconter, c'est qu'on a des versions grivoises de toutes les tounes. Sunny, Ryan et Fred faisaient des versions grivoises avant ou après les sessions. Fred et Sunny avaient des personnages : Balloune et Raoul. Chapitre 7 : Balloune & Raoul. Pour la conception de la pochette, c'est Moni Kim et les Breastfeeders. Elle a été vraiment généreuse de proposer de faire le graphisme. Sophie (Suzie McLove) s’est occupée de la photographie. On était tellement méticuleux ; on ne sait pas toujours ce qu'on veut, mais on sait ce qu'on ne veut pas. On a un peu gossé Moni avec les détails, mais la pochette est super belle. Je m'étais inspiré d'un album des Beach Boys pour le visuel.

Hugo Lachance : Chapitre 8 : Contexte, la scène locale en 2006. À l'ADISQ en 2006, vous avez gagné l'album de l'année alternatif. Dans votre catégorie, il y avait Karkwa (Les tremblements s'immobilisent), Malajube (LP1), et d'autres comme Patrick Watson et Champion. C'était une époque forte où la scène montréalaise explosait. Caféine et Dumas passaient en rotation dans les radios mainstream. Une phrase pour décrire le groupe à ce moment-là ?

Luc Brien : On était en feu ! On a fait l'enregistrement en trois mois, entre l'hiver et le printemps. On l'a sorti en août et c'est la seule fois qu'on a été dans les dix meilleures ventes au Québec parce qu'on est sortis une semaine avant tout le monde. On a fait la première page du Voir pendant une semaine. Pour le financement, on avait mis de l'argent de côté grâce aux spectacles. L'album a été très bien accueilli par la critique internationale, avec des mentions dans Black Book, Spin et le NME. Ça nous a donné une certaine crédibilité au Québec de dire qu'on allait jouer aux États-Unis, même si c'était dans un bar de 60 personnes à Boston. Philippe Renaud disait qu'il y avait un pas de géant entre le premier et le deuxième album. Le premier était tapé live sur un deux-pistes, mais pour le deuxième, on était plus assurés dans la livraison ; il sonne...

Hugo Lachance : Chapitre 9 : La voix de Luc. Ta voix est magnifique, c'est l'une des plus belles voix au Québec pour les gens. Maintenant, ta voix me fait halluciner ; c'est vraiment du style. Tu as compris comment chanter en studio.

Luc Brien : Pour le premier album, je connaissais encore mal ma voix. C'était mon premier passage devant un micro ; je n'avais jamais chanté dans un micro auparavant. J'avais joué et chanté en masse, mais j'ai appris à jouer de la musique dans le métro. C'est peut-être pour ça que je chante fort. Le premier album, je l'aime, mais je déteste l'écouter parce que je n'aime pas ma voix là-dessus. À force de faire des centaines de spectacles, j'ai appris comment m'y prendre. Ça paraît parce qu'il y a une belle texture agressive.

Hugo Lachance : C'est très rare que je trouve un style comme le tien. En plus, il y a ton accent ; tu ne chantes pas en joual, tu chantes un peu à la française avec un léger accent.

Luc Brien : Les Français trouvent que je suis très Québécois-Canadien. Pour eux, je n'ai pas un accent international. On n'ecrit pas en joual et notre rythmique est très carrée. L'influence était plus « franchouillarde » au début. Il y avait des termes qu'on dit au Québec, mais on utilisait le joual à la française. Avec les années et les albums, on a voulu faire disparaître un peu ça tout en gardant notre style.

Hugo Lachance : Je pense que ça résume bien l'album ; ça donne la révolution des Breastfeeders. Ça paraît aussi dans l'agressivité. Juste une dernière question : est-ce que vous réécoutez souvent vos albums ? Est-ce que vous avez fait l'exercice pour le podcast ?

Martin Dubreuil : Non, je n'ai pas pris le temps de l'écouter au complet.

Luc Brien : Moi, je les réécoute de temps en temps. J'ai des moments où, parfois, je n'aime pas ce que j'entends. C'est bizarre, mais je me les suis retapés de temps en temps. On en parle et on en rit. Je suis peut-être celui qui les réécoute le plus parce que je suis moins présent sur certains aspects vocaux, quoique nous avons une nouvelle chanson où c'est moi qui chante, mais nous n'en discuterons pas tout de suite.

Hugo Lachance : On va forcément le refaire pour le prochain segment. On fait une pause avant d'attaquer le dernier segment. De retour avec le segment qui nous intéresse. Chapitre 10 : SEGMENT Une chanson après l'autre ! On commence avec la première du disque : « Viens avec moi ». Chapitre 11 : Viens avec moi. Tout est à sa place, tout sonne super bien. Il y a un côté naturel, on entend la pièce, ce n'est pas surproduit. Pour les paroles, est-ce que vous êtes toujours en co-écriture ?

Luc Brien : Pour la musique, c'est principalement moi.

Martin Dubreuil : Pour les paroles, Philippe Papineau écrivait dans Le Devoir en août 2006 que l'image est beaucoup plus évocatrice qu'une affirmation. La personne qui entend une image va elle-même lui donner un sens et une charge émotive, tandis que l'affirmation fait le contraire. On aime que l'auditeur puisse donner son propre sens aux mots. Je parlais de ça récemment en entrevue au sujet du poète Denis Vanier : il n'y a rien à comprendre, tu peux toujours imaginer. C'est la meilleure façon de prendre la poésie. Tu décodes un message d'après ce que tu as vécu, ton passé émotionnel ou ton absence d'émotion. C'est comme ça qu'on écrit nos textes.

Hugo Lachance : Comment ça se passe pour la co-écriture ?

Martin Dubreuil : J'écris une poésie, je laisse aller mes sentiments et mes idées. Luc a aimé ma poésie dès le début, ce qui m'avait beaucoup flatté. Il trouvait quelque chose dans la mienne et j'étais heureux qu'on écrive ensemble. À la base, j'écris plus en joual, mais pour les Breastfeeders, je me suis adapté à son style. Je suis un acteur, donc ça fait du sens de fusionner cela ensemble pour donner un ton.

Luc Brien : Martin est un excellent poète joual, mais moi, je n'ai pas cet imaginaire-là. J'adore la poésie et la chanson joual, mais mon imaginaire est très XIXe ou XXe siècle. Un exemple d'une des premières chansons qu'on a écrites ensemble au café sur Saint-Denis à l'époque : « Je coulerais ton armada sur l'océan de tes sanglots, je te baiserais pas comme il faut, je te lancerais mes mégots ». C'est une vision de la vie amoureuse à travers le prisme de la chute. L'amoureux est comme les barbares qui s'en vont détruire l'autre. Il y a des références historiques et parfois religieuses.

Hugo Lachance : Est-ce que vous avez chacun un texte de votre côté ?

Martin Dubreuil : J'arrive avec une idée de base la plupart du temps. On en discute, puis Luc prend son crayon et écrit. On réfléchit ensemble. Comme ce sont des rimes, c'est plus facile. Il faut que le texte se tienne comme un poète le pense. On philosophe en écrivant.

Luc Brien : Martin apporte les images poétiques et moi je viens peaufiner les détails pour l'uniformité. C'est une écriture singulière à deux. C'est agréable de chercher les mots qu'on ne comprend pas ou d'aller chercher des références.

Hugo Lachance : Ça paraît que vous avez creusé. Parfois, je tombe sur des mots que je ne connais pas et je devez regarder ce que ça veut dire.

Luc Brien : Si je tombe sur un mot rare ou un archaïsme qui ne se dit plus depuis 300 ans, mais que je trouve qu'il « fitte » bien, je ne m'empêcherai pas de l'utiliser. Je n'ai pas honte de ma langue française ; il est important pour nous d'avoir un registre de plus de 40 mots. C'est moi qui chante, donc il faut que les mots sonnent bien et soient faciles à livrer. Pour « Viens avec moi », ça faisait un an qu'on jouait le premier album en spectacle et je me disais que ce serait cool d'avoir une chanson typique pour commencer les spectacles. J'ai bâti la structure avec la guitare rythmique, puis la basse, puis la voix. Au début, j'improvisais les paroles en direct à chaque spectacle.

Hugo Lachance : Chapitre 12 : L'anecdote de "La vie c'est mortel baby !".

Luc Brien : On était allés dans un chalet avec Karine et Suzie au début de l'automne. Alex Lafayette, le gars qui a toujours une solution, a réussi à ouvrir une fenêtre pour qu'on puisse entrer parce qu'on n'avait pas la clé. Cette chanson était très linéaire et je me disais qu'il fallait un « bridge ». Le texte porte sur la pulsion de vie versus la pulsion de mort. « Quand tu meurs dans mes bras », est-ce l'orgasme (la petite mort), le désir physique ou la mort qui parle à quelqu'un ? On ne le sait jamais vraiment. On sent que la vie est mortelle, c'est une urgence de vivre. C'est la meilleure chanson pour débuter l'album.

Hugo Lachance : Chapitre 13 : Chanson pour destinée. La musique est de Luc Brien et Suzie McLove. Les paroles sont magnifiques : « Et puis la vie coule entre nos doigts et tu désires ce que tu ne connais pas, et puis crier dans le désert, tes talons arrachent les fleurs du parterre ». Le son de ta voix là-dessus est hallucinant.

Luc Brien : Ryan Battistuzzi avait acheté un micro spécial, un RCA 44 à ruban, pour capter le grain de ma voix. Le riff de cette chanson est né au local. Sunny était aux toilettes et j'ai lancé un riff pour le fun, un genre de « Angle mort » à l'envers. Je me suis mis à improviser et Sunny est arrivé.

Martin Dubreuil : On avait une amie qui avait pris une vidéo de nous en spectacle. En regardant une fraction de seconde, on ne reconnaissait pas la chanson à cause d'une sorte d'hallucination auditive : on entendait « Destinée, tu n'as pas menti, non non ». On a réellement trouvé le refrain en regardant nos positions de mains sur la vidéo. À cette époque, l'appartement au 6311 Christophe-Colomb était notre quartier général pour créer.

Hugo Lachance : Chapitre 14 : Funny Funiculaire. C'était le deuxième extrait de l'album. Le texte dit : « J'atteins l'empyrée sans jambes en l'air et lorsque le plancher dégringole en perdant le pied à la fiole dans les vapeurs de l'Eucharistie décadente, il n'y a pas d'enfer puisque j'ignore la descente ». Luc, est-ce que tu es religieux ?

Luc Brien : On ne parlait jamais de religion chez nous, mais j'utilise les références historiques. L'empyrée, l'ascension, l'enfer... ce sont des images que j'aime. Suzie et moi avons formé un couple pendant plusieurs années et nous étions le noyau du groupe à ce moment-là. On habitait ensemble et on composait ensemble, même si pour cette chanson, les crédits lui reviennent. Pour le texte, j'avais consulté un dictionnaire d'argot parisien du XIXe siècle pour trouver des mots bizarres comme « lupanar ». J'd'ailleurs écrit ce texte pour le premier album, mais il n'avait jamais été utilisé jusqu'à ce que Suzie arrive avec cette musique.

Hugo Lachance : Chapitre 15 : L'anecdote de la grand-mère de Suzie.

Luc Brien : Sa grand-mère avait capoté sur les paroles. Elle voyait cela comme le diable à cause de l'Eucharistie décadente. J'ai dû lui écrire une lettre pour lui expliquer que le personnage qui chante n'est pas nécessairement la personne réelle.

Hugo Lachance : Chapitre 16 : Tout va pour le mieux dans le pire des mondes. C'est l'une de mes préférées à vie. La structure est originale, ta voix est hallucinante et les chœurs sont vraiment bons.

Luc Brien : Il nous restait une journée de studio. Fred Fortin disait qu'il fallait faire en sorte que ça ne ressemble pas à du DIY. Sunny est un gaucher qui joue en position de droitier avec un accord ouvert, c'est pour ça que personne n'est capable de refaire son jeu de guitare.

Hugo Lachance : Le « playing » de Sunny sur cet album est vraiment bon. On a le temps de danser avant que le ciel se décide à retomber. C'est la quête de la révolte sur les pistes de danse. Chapitre 17 : Da-Di-Dam. C'est un travail de studio où tout le monde participe vocalement. C'est court et c'est expérimental. On a toujours voulu garder un esprit poétique et expérimental. On finit les quatre premières chansons qui « bûchent ». On continue avec la sixième pièce : « J'apprendrai que c'est l'hiver ». Chapitre 18 : Et j’apprendrai que c’est l’hiver. Me suivra ni au ciel ni en enfer et c’est dans tes lettres, tes cartes postales, que j’apprendrai que c’est l’hiver. Tu ne me suivras ni au ciel ni en enfer et ce sera l’hiver. J’aime beaucoup les images que vous faites là-dedans. Une question : comment ça se passe dans l’enregistrement d’une toune des Breastfeeders ?

Luc Brien : Pour celle-là, c’était pour le premier album. On avait commencé à la jouer, c’était Bob l’Olivier puis Michel Danino qui étaient là. On commence à la jouer puis Bob, quand ça partait, ça ne partait pas mal. On ne l’a pas faite finalement, on l’a sortie au deuxième album. J’imagine qu’on avait changé la façon de la jouer mais ça serait le fun, on l’a déjà faite en show une fois.

Hugo Lachance : La toune qui suit, bon, je me souhaite de l'avoir tantôt parce que je me rappellerai toujours ça : c’était un soir chez nous puis comment je peux vivre sans toi. Comment ça se passe ? Qui veut vivre sans la fille ? J’aimais bien l’idée de « Comment je peux vivre sans toi ». Je pense que tu m’es arrivé avec ça, tu te demandais comment je pourrais vivre sans toi. On a tout développé l’idée de juste comment tu peux vivre sans ta blonde, c'est fini, je t’attends d’aller. Toute la toune, c’est ça, c’est d’aller là-bas si ça dit. Comme « ça sera mon évasion de ton Sobibor ». Sobibor, c’est un camp de la mort nazi ?

Luc Brien : Ah oui, oui, oui, oui ! Je te capte plus sur mon terrain. Des fois les poètes, on est reliés, mais à l’époque je pensais que j’étais un poète. Tu amènes des trucs vraiment et tu trouves une solution. Je trouvais que c’était chier d’être paralysé. C’est drôle parce que les surréalistes à l’époque, c’était sur le buste ensemble puis eux ils refusaient la rime. Mais en fait, la rime, ça amène vraiment plus les deux à deux, ça arrive à faire penser à la prochaine étape parce que tu es quelqu’un qui dit : « c’est bon » ou « c’est pas bon ». Quand tu es tout seul, tu te dit que c’est bon, ça doit être bon, c’est juste toi qui te juges. Surtout une complicité comme on a, on fait comme un test d’approbation, ça peut être un défi aussi.

Martin Dubreuil : Des fois, pas tout le temps, mais des fois oui. Parce que j’ai pas l’impression que je parle tout seul, je parle avec les gens. Même si j'ai juste droit à ça, ça fait partie des choses. On est avec les gens sur scène et ce n’est pas pareil que quand on se parle dans la vie, il y a de quoi de magnifié. Moi, c’est ce que je vois quand je fais un show : le jour où je joue, ce sont les gens devant moi. Ce n’est pas une affaire de « ah, ils m’écoutent », c’est une affaire qu’on est ensemble, on vit quelque chose ensemble à ce moment-là. J’avoue que pour quelqu’un qui fait du rock, c’est l’aspect de communiquer avec la mort, d’échanger typiquement dans le public, puis tout le monde est là pour monter ensemble. Moi, j’ai trouvé que vous avez fait un bon moment. Je n'aurais pas été comme ça si vous n’aviez pas été de même, j'aurais fait de la musique de merde ! Alors c’est bon pour apprendre à être solidaires.

Hugo Lachance : La prochaine, on avance, là. Chapitre 19 : En dansant le Yah !

Luc Brien : En fait, la musique, c’est Sunny Duval puis son idée. Sur l’album, c’est plutôt « En dansant le Yah ! ». C’était à la mode, une nouvelle danse. On avait toujours voulu faire une nouvelle danse. Moi je voulais faire une danse comme dans le temps où ça dansait à trois : il y en avait un qui faisait un mouvement et les deux autres se penchaient vers lui à tour de rôle. Je ne pense pas que c’est pour ça finalement, parce qu’on avait juste rajouté « En dansant le Yah ! ». La danse, c’est la quatrième base depuis le début de l’album ! Ça, c’est dans tous vos problèmes.

Hugo Lachance : Ok, ouais. Ce sont les questions de François Lachance, mon frère. Moi, ce n’est pas musical parce que je ne compose pas musicalement, mais j'ai été influencé aussi. J’aimais tellement ça pour moi. Donc là, je suis un truc, j'aime ça. Je ne suis pas un gros trippeux de scope et de musique, mais là je comprends pourquoi c’est un peu sur le temps mon affaire. Mais les Breastfeeders, j’aime bien ça, ça fait longtemps que je cherche pour cet album-là. Surtout, c’est le côté agressif, le côté sonore qui rappelle un peu le punk que moi je pensais par là. Tu sais, il n’y a aucun album garage qui sonnait comme ça, il y a une urgence là-dedans. Il y avait quand même le son des Breastfeeders et des affaires, puis je trouvais que ça ne faisait pas « Prog », Fred ! J’avais eu peur un petit peu, j’avais peur d'avoir une toune qui ressemble à du Yesterday. L'apport de Fred Fortin au drum, ça se voit qu’il a laissé sa marque, c’est clair. C’est parce que c’est lui qu’on entend en premier, c’est lui qu’on entend sur la personnalité de « Tout va pour le mieux dans le pire des mondes ». Il sait prendre sa place aussi, il y avait des trucs où il faisait des beats justes, mais il reste toujours à faire le petit fil intéressant à la Fred Fortin. Je pense que lui, il est vraiment là. Il y a des tounes qu’on a reprises, une qui s’en vient qu'on disait compliquée. On continue avec « Pas sans saveur ».

Hugo Lachance : Chapitre 20 : Pas sans saveur. « Pas sans saveur », paroles et musique de Suzie McLelove. « Je ne suis pas une fille sans saveur, quoi qu’on en dise peu importe l’heure, on ne s’ennuie jamais à mes côtés, de l’hiver ne me fais pas peur, on se fera cuire des biscuits au beurre, le néant peut se rhabiller à mes côtés ». Chapitre 21 : Le message de Suzie McLelove.

Suzie McLelove : J’attendais une amie à souper puis il y avait quelque chose qui mijotait. Je ne me souviens plus exactement c’était quoi, mais ça sentait bon puis je me trouvais belle, fait que je suis « pas sans saveur ». C’est ça, je ne suis pas une fille sans saveur. Je n’ai pas pris un papier pour écrire ça bien vite, je n’ai pas pris la guitare bien vite, fait qu’en 20 minutes la toune était faite. Je ne l’ai pas cherchée, je ne l’ai pas rendue compliquée.

Luc Brien : Ben oui ! En fait, ça c’est la seule, je pense, musique et paroles de Suzie. Je pense que pour tout le monde, c’est une de nos préférences. À côté du côté maternel, celui-ci au contraire, c’est une fille qui gagne à être connue, qui a une présence qui inspire le respect. Elle est de ta bonne humeur quand même, c’est une super bonne toune. Le timbre de sa voix est aussi particulier. Vos voix sont comme un peu aux antipodes, on voulait des textures. Ça fait une toune qui ressemble beaucoup à Suzie en fait. Les filles aiment vraiment Suzie aussi. Des fois, il y a des filles dans les bands envers qui les filles dans l'assistance sont jalouses, mais je pense qu'au contraire, les filles s'identifient à Suzie. Personne ne la déteste. C’est parfait : « le néant peut se rhabiller à mes côtés », ça c’est quand même fort ! On a toujours eu peur.

Hugo Lachance : Chapitre 22 : Le roi est nu. « Est-ce que tu crois que je parle de quelqu’un d’autre que toi ? Si j’ai bien vu, le roi est nu ». Parlez-moi de cette chanson.

Luc Brien : Pour la musique, j’avais envie de me taper un genre de mode revival des seventies puis je trouvais que ces accords-là sont très dans le temps. Je trouvais ça cool mais en même temps, j'étais comme si je n’écrirais pas ça aujourd’hui. C'est vers 75, 76 à peu près. Ça, c’est une bonne porte d’entrée.

Hugo Lachance : Chapitre 23 : Qui a deux femmes. « Flaubert même que je connais tous les championnats, ils ne m’ont rien appris. Devant les filles je perds la raison et je réponds par la bouche de mon canon. Ces derniers temps aux échecs, c’est vrai, je préfère les dames ». Il y a deux femmes personnelles. Chapitre 24 : L’anecdote de Noireau Sans-Loi.

Luc Brien : En fait, la première mouture de cette toune-là, c’est peut-être à l’époque de « Noir ridicule », pendant la traduction de « Blacky No-Law ». Med la première version de cette toune, c’est que je parlais de ma gang, de mes amis, que les bouteilles étaient pleines au début. En fait, le titre original c’était « Je ne vois rien et j’ai des problèmes », parce qu'à cette époque-là, je ne voyais rien parce que je suis myope ! Moi j’ai lu le livre de Sunny Duval et à travers tous ses textes, il parle de vous comme étant sa gang d'amis. Le rock, c’était important, vous étiez vraiment unifiés et solides pendant un bon bout ensemble.

Martin Dubreuil : On est plus que des amis d'une certaine façon. On n’est pas là juste pour travailler ensemble, on est là pour vivre quelque chose et poursuivre notre amitié aussi.

Hugo Lachance : Chapitre 25 : Le départ de Sunny Duval.

Martin Dubreuil : Ça a été un petit peu ça aussi le choc. Il y avait moins de complicité entre Sunny et moi, enfin, entre Sunny et Johnny Maldoror. Sunny m’écrivait des textos après une petite tournée ou un show : « Salut Martin, tu sais que je t'aime, mais je déteste Johnny ». Enfin, j’ai pas de place pour lui dans ma vie de tous les jours, au local ou quoi, mais en show et en tournée des fois, c’est de la vitre. Lui, ça l'avait atteint. Je me souviens qu'il saignait sur sa main, c’est la raison pour laquelle il avait arrêté de jouer pendant le show : la vitre l’avait coupé. Puis aussi, il y avait le fait qu’on était comme une bête à six têtes, il n’en pouvait plus de cet aspect collectif. Il avait des projets solo. On s’est dit : « Ok, on ne connaît pas d'autre guitariste », au début on pensait que ça allait être facile d'en trouver un mais finalement ça a pris des années. On a été chanceux d'avoir David là. Sunny, j’ai respecté sa décision parce qu’il avait envie de faire autre chose puis on voit aujourd'hui que c’est cool, il n’a plus besoin de se faire chier avec les mots des autres. Les gens se rappellent encore de lui comme le guitariste des Breastfeeders. Il fait ses carrières solo et il voyage, il ne voulait pas non plus de grosses tournées. Je pense qu’il a même refusé des grosses tournées avec une chanteuse classique pour rester dans son lit !

Luc Brien : Le dernier jour qu'il a fait, quand on a fait un rappel, après il a pleuré à grosses larmes dans mes bras. Il a dit : « J’ai d’autres choses à faire dans ma vie, j’ai plus de place pour ça, ça me détruit ». Au-delà de son apport musical, comme personne à côtoyer dans une vanne, entre autres, c’est incroyable. Tu ne peux pas t’ennuyer, Sunny est drôle, c’est la personne la plus fun à côtoyer.

Hugo Lachance : Avant de passer au dernier chapitre, je veux savoir on est où en ce moment ? On est presque chez vous ?

Martin Dubreuil : On est en bas de chez nous. On a connu le monde de la musique, tout ça, mais Luc reste cuisinier, il travaille dans des restaurants. Il travaille au Nouveau Palais comme cuisinier. On s'est connus dans les années 90 sûrement, on a bien connu WD-40. On se retrouve et voilà, ça roule !

Hugo Lachance : Chapitre 26 : Où allez-vous si vite ? Il nous reste deux chansons avant de passer au dernier segment. On continue avec « Où allez-vous si vite ? ». « Où allez-vous si vite lorsque le soir se pose, que la réponse se repose ? À quoi servent les mots jamais lus ? Où atterrissent les balles perdues ? ». On parlait de chansons un peu « ovnis » de cet album-là, mais je l’ai écoutée plusieurs fois et c’est l’un des trucs que j’aime beaucoup finalement.

Luc Brien : Des fois dans les musiques, il n’y a pas de paroles, puis il y a cette deuxième toune qui fait que ça commence lourd, puis le refrain arrive. La première partie, c’est « L’amour entre animaux » qu’elle avait écrite pour le band comme un homme libre.

Hugo Lachance : J’avais ça dans ma liste, ok ! « Où allez-vous si vite ? ». Je trouvais que vous étiez un peu bizarres là-dessus, avec le refrain qui est speedé, ça fait très « sixty ». Le début, il a fallu m’habituer mais je l’aime beaucoup dans l’ensemble. Le texte est quand même assez fort, c’est sérieux, on sent qu’on s’est forcés pour trouver comment parler du temps qui passe. « À quoi servent les mots jamais lus ? Où atterrissent les balles perdues ? ». Chapitre 27 : Tuer l'idole. Donc « Tuer l'idole », j'ai le texte au complet ici parce que c'est pour comprendre, c'est comme une espèce d'échange entre deux personnes, tu me dis, je te dis.

Luc Brien : Une espèce d'échange entre les deux, ouais ouais, une espèce d'échange entre les deux.

Hugo Lachance : Pour détailler vraiment sur musicalement la drive, la toune, c'est maintenant.

Martin Dubreuil : Il y a quelque chose, le fait peut-être que j'étais un acteur aussi, il y a quelque chose dans ma tête que tu cherches, c'est ça. Ce n'est pas « Tuer Lidl », c'est de « Tuer l'idole ».

Luc Brien : En fait, cette chanson-là, à l'origine, c'est parce qu'on allait être le « house band » de Vidéaste recherché.

Hugo Lachance : Oh ok, qui est un festival de court-métrage au Québec puis animé par mon oncle aussi.

Martin Dubreuil : Un animal ! J'avais oublié. Fait qu'on se fait approcher pour être le « house band » du festival, donc de faire des jams, on disait « Vidéaste recherché ».

Luc Brien : Vous pouvez le faire avec moi un soir comme dans des trucs. Le prochain album, donne-moi deux secondes, je vais prendre ma douche tout nu avec ma graine, puis on n'est jamais seuls j'entends. Jamais vu. Tu me dis que tu n'aimes pas les « m'as-tu-vus » maintenant ?

Martin Dubreuil : Recherché. Fait qu'on a cherché longtemps ce que je pouvais faire. Il y avait un film des années 60 qui était Chercher l'idole.

Hugo Lachance : Chapitre 28 : Tu n'es pas mon chien. Ce n'est pas mon chien.

Luc Brien : Que je tombe sur la ligne au téléphone, dans l'histoire sur son courage.

Martin Dubreuil : « Ce n'est pas mon chien » en 2023, ça serait bizarre, mais l'origine de... en fait, j'ai composé ça sur le fly, c'était très vieux, c'est même avant le premier album. La forme de la chanson a changé. J'ai composé, j'ai jamais improvisé ça chez les Girardin.

Luc Brien : C'était une maison avec un piano, puis chaque année à l'époque où est-ce que c'était normal d'être classe ouvrière, puis elle m'a demandé... quelqu'un m'a mis une guitare dans les mains. J'imagine, le duo, je commence à pianoter et puis je pars. J'improvise quelque chose, puis j'arrive dans un refrain puis je dis : « Ça ne va pas très bien car tu n'es pas mon chien ». Je vais toujours me le rappeler.

Martin Dubreuil : Le piano là, avec ses yeux bleus !

Luc Brien : On a aimé les compagnies. C'est que jusqu'à maintenant, je marche sur le trottoir, puis c'est juste une période de ma vie, puis je vois un chien attaché à l'extérieur d'un dépanneur. Il est tellement content de le voir, puis tu te dis, ça doit faire deux minutes qu'il est dans le dépanneur, mais c'est comme s'il ne l'avait pas vu depuis 5 ans. Il est tellement heureux de le revoir après deux minutes.

Martin Dubreuil : Puis la pensée que j'ai eue quand j'ai vu ça, c'est : j'aimerais tellement ça être aimé à ce point-là ! Ça pourrait être mal interprété, puis d'ailleurs maintenant, je dois modifier des paroles.

Hugo Lachance : Chapitre 29 : L'anecdote du gars de Radio-X. J'aime ça jouer tout le temps.

Luc Brien : Merci ! C'était avant toute l'histoire, puis après ça, je le vois arriver, il était quand même bien pénis.

Martin Dubreuil : C'était plutôt : j'aimerais ça comme aller en quelque part deux minutes, puis je reviens, puis il y a quelqu'un qui m'aime tellement que le deux minutes a été intolérable. Ok, effectivement, c'était ça que je voulais dire.

Luc Brien : L'amour calme, c'est ça les gars. Et non la moindre...

Hugo Lachance : Chapitre 30 : Septembre sous la pluie. Sous la pluie.

Luc Brien : À trouver le chemin, le jardin.

Hugo Lachance : La voix là-dessus ! Med je veux juste amener la chanson parce que la chanson progresse et ferme l'album. Trente secondes de chaos, donc c'est « Septembre sous la pluie », une grande toune quand on la joue. Ça, il y a plusieurs histoires. Moi, j'adore la jouer cette chanson.

Martin Dubreuil : Ça ne rend pas justice à la toune de l'album quand on la joue. Non mais non.

Luc Brien : Med moi je trouve qu'on la joue bien. En fait, l'histoire de cette chanson-là, c'est spécial. C'est justement, à m'emmener plusieurs à travailler, puis moi...

Martin Dubreuil : L'état comme ça. Tu t'inspirais de quelque chose ?

Luc Brien : J’ai pris un vieux disque de vieux standards jazz qui s’appelle September in the Rain. Plus rapidement, les mots sont venus : « Regarde la nuit, trouve une fenêtre lézardée par les larmes au cœur de la tempête, au cœur de la stupide tempête ». Parce que je trouvais « au cœur de la tempête », j’ai proposé ça au band, puis la banane, puis Fred Fortin qui disait qu’on devrait peut-être y aller avec une rythmique « Tomorrow Never Knows ». Ok, c’est la toune qui manque. Après ça, j’avais une mélodie tellement que j’avais un petit peu piquée à Marie des forêts, puis je me disais ça prend un instrument autre qu’une guitare, autre que le clavier, autre que moi. D’accord.

Hugo Lachance : De comment vous avez créé le chaos à la fin.

Luc Brien : Je me suis continué comme encouragé à ce que ça devienne du jam à la fin de la toune, puis moi je veux juste une affaire : c’est magique ! Puis c’est la première fois, depuis toutes les tounes qu’on avait enregistrées, d’entendre Luc puis Suzie chanter en même temps, tous les couplets à l’unisson.

Hugo Lachance : Puis quand tu écoutes là, des fois tu entends Luc, de votre attention, c’est vraiment des accents qui vont percer des plans quand tu vas la réécouter. Tu feras attention à ça. On a joué quelques fois à l’époque cette chanson là, puis en ce moment ça fait partie de notre set.

Luc Brien : C’est comme, c’est des cils qui font des tapes, il n’y a pas de carnet et puis là pour jouer. Donc là, il y a à fond, sans bines Scott, sans accordéon, puis à jouer avec Axl Rose... enfin, qu’on est capables d’arranger.

Hugo Lachance : Chapitre 31 : SEGMENT Rafales. Il me reste une partie des questions mettons en rafale. En fait, c'est le top 3 du moment. Chapitre 32 : Top 3 du moment.

Luc Brien : « Tout va pour le mieux dans le pire des mondes », le deuxième c'était « En dansant » d'ailleurs.

Hugo Lachance : Un top 3 du moment justement, puis j'avais dans ma tête « Septembre sous la pluie » aussi pour faire un peu aller dans un autre spectre. Med là-dessus toi Martin, c'est quoi ton top 3 comme ça ?

Martin Dubreuil : Je ne sais pas, mais je peux dire que quand on a commencé à écouter le disque, les débuts de chaque toune, j'ai trouvé ça incroyable. Je trouve qu'on a de bons débuts, qui prennent une grande chance. Med tantôt, j'ai trouvé vraiment cool cette version-là sur l'album. Malheureusement on ne trouve plus de dommages.

Hugo Lachance : Quelle chanson représente mieux cet album ?

Luc Brien : Je trouve vraiment bien foutu, mais c'est comme là, ça peut aller un peu à gauche. Est-ce la plus réussie, ou « Viens avec moi » ? Ouais, « Viens avec moi », c'est l'esprit. Tout le monde brille, tout le monde a son bras, les voix sont bonnes. On continue.

Hugo Lachance : La meilleure chanson en concert mettons ? On va prendre l'album là. Meilleure toune d'un concert sûrement c'est ça.

Luc Brien : On est plus solides quand on la fait.

Hugo Lachance : Chapitre 33 : L'anecdote de la distribution d'albums. Où peut-on se procurer l'album ? Vous allez me dire sur les plateformes ? Il n'y en a plus physiquement ?

Luc Brien : Il n'y en a plus, tout ce qui reste c'est des éditions du premier album en vinyle, ok. Pas celui-là.

Hugo Lachance : Je le veux celui-là !

Luc Brien : Des années, j'ai dit : « Comment ça si vous avez... ». Parce que j'étais allé dans les magasins de disques autour de chez nous, puis s'ils sont en consigne ? Non, non. Je suis allé voir Bonsound : « Pourquoi vous ne mettez pas nos disques ? ». Il faut que j'en aie pris quelques magasins chez Sonora à moi.

Hugo Lachance : Des projets ? Je sais que vous en avez.

Luc Brien : On accumule les tounes qu'on espère. En fait, le projet c'est de finir de taper assez tôt pour faire un album début octobre.

Hugo Lachance : Est-ce que vous considérez ça ?

Luc Brien : Ça dépend, oui. Bah là, il y a des choses, mais quand le podcast va sortir, je ne sais pas quoi... sur Facebook oui ?

Hugo Lachance : Med la façon de connaître vos activités, vu qu'on ne peut plus le voir, il n'y a plus de temps, ça va être Facebook ?

Martin Dubreuil : Peut-être moi. Tous les jours, je fais une nouvelle danse au TikTok !

Hugo Lachance : Ouais. Est-ce qu'on peut voir des choses qu'on n'a pas pu montrer ce soir ? Chapitre 34 : Le moment du défi ! C'est le moment où je demande à mes invités de mettre au défi un artiste de son choix à venir participer au podcast. On lance ça dans l'univers, qui voudriez-vous entendre ici ?

Martin Dubreuil : Farina !

Luc Brien : Mon album est disponible, puis après moi je l'ai vu, je ne l'écoute pas, puis c'est les plateformes quand ce n'est pas matériel.

Hugo Lachance : Merci beaucoup de votre participation à l'Album Podcast, vraiment une grosse soirée. Alors merci tout le monde d'avoir écouté ça, on se revoit pour un prochain épisode. Bye !