Transcription de l’épisode avec Éric Goulet : Les Chiens La nuit dérobée

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Avertissement : Cette transcription est le fruit d'une collaboration avec une intelligence artificielle qui fait de son mieux, mais qui ne saisit pas toujours toutes les "subtilités" de nos discussions.  Le fichier audio/vidéo original demeure la seule référence officielle. Si un passage vous semble bizarre, faites confiance à vos oreilles et allez écouter l'épisode !


Hugo Lachance : Bonjour tout le monde ! Bienvenue à L’Album Podcast. Avant de recevoir mon invité, Éric Goulet, je tiens à vous remercier, les auditeurs, si vous avez profité du premier épisode avec WD-40. J'espère que vous avez apprécié, ça a été assez intense; les autres le seront encore plus. Alors aujourd'hui, je reçois Éric Goulet pour le premier vrai épisode, dans le fond, de L’Album Podcast, parce qu'avec WD-40, on se rappelle que c'était un spécial pour le 30e anniversaire. Mais je reçois Éric qui, d'ailleurs, a fait la musique du générique qu'on va écouter à l'instant. On se retrouve de l'autre côté.

Hugo Lachance : Bienvenue Éric !

Éric Goulet : Salut !

Hugo Lachance : C'est un honneur de t'accueillir, ça me fait plaisir. Cet épisode-là, ça fait longtemps qu'on en discute. On parlait de WD-40, les épisodes de WD-40, puis bientôt ton nom va apparaître parce que les prochains, ce sera Aux frontières de la sphère.

Éric Goulet : Exactement.

Hugo Lachance : On va commencer avec une question juste pour débuter : Éric Goulet, c'est un gars de où ?.

Éric Goulet : Moi, je suis natif de Sept-Îles. Par contre, j'ai grandi à Montréal à partir de 1970.

Hugo Lachance : Pour nous aider à mieux te connaître, le petit exercice que j'ai fait, c'est que je suis allé voir ta page Wikipédia puis j'ai relevé certains extraits. On en discute, d'accord ?.

Éric Goulet : Oui, d'accord, allons-y !.

Hugo Lachance : Alors, ta page Wikipédia : leader du groupe rock alternatif francophone Possession Simple. Effectivement, vainqueur du concours organisé par Radio-Canada en 1988. Ils sortent deux albums avant de se séparer. Les albums, il y avait le premier, c'était Cru, qui a été réédité en vinyle récemment.

Éric Goulet : Cru est en train d'être travaillé pour une réédition remixée. Même moi, j'ai écouté puis j'ai beaucoup de plaisir à écouter cet album-là, c'est vraiment bien fait. On est vraiment... je pense que le premier album de Possession Simple, c'était un petit peu cumulatif de tout ce qu'on avait accumulé de chansons depuis le début du groupe. Tandis que quand on est arrivé à Cru, on dirait que l'on avait fait beaucoup de tournées; le son du band s'était un petit peu précisé, si on veut. Donc on a vraiment commencé concrètement du nouveau matériel à partir de zéro, puis on avait des objectifs, des trucs qu'on voulait faire. C'était sûr que c'est un disque un peu plus audacieux que le premier.

Hugo Lachance : Effectivement, mais je t'en parle parce que je voulais parler de ma rencontre avec ton travail. La première fois que je suis tombé sur Possession Simple, c'était sur la compilation Kitchen Squad. Je m'en fais parler encore à tous les jours; c'est très drôle, moi j'en parle souvent. Je connais le milieu parce que ça a été un véhicule; à l'époque, les compilations étaient des véhicules pour les artistes. Moi, je me souviens, on était à la Maison des jeunes de Saint-Hubert puis je suis tombé sur ça à l'adolescence : « Le Système ».

Éric Goulet : Absolument ! C'était un genre de clin d'œil à Frank Zappa, cette chanson-là, à la fois musicalement et thématiquement. C'était un peu une parodie de chanson qui dénonce, dans le fond; ce n'était pas au premier degré du tout, cette affaire-là. Musicalement aussi, on mélangeait des éléments un peu de funk puis des petits passages un petit peu... Maintenant que tu me le dis, je fais le lien avec l'univers de Zappa. C'était vraiment ça, quand j'étais beaucoup dans Possession Simple, c'est vraiment le plus proche que je l'ai approché.

Hugo Lachance : C'est un truc qui m'avait marqué dans cette compilation. Ben puisque tu m'en parles, j'avoue que je peux faire des liens avec Zappa, tu as raison; moi je suis un grand fan de Zappa. On continue avec le point numéro 2 : Goulet forme Les Chiens en 97 avec Nicolas Jouannau et Olivier Renaudine, deux anciens membres de Possession Simple. Il est récompensé d'un prix Mimi en 2001 en tant que réalisateur de l'album La nuit dérobée. La même année, le disque remporte le Félix du meilleur album alternatif de l'année. Une grosse année !.

Éric Goulet : Grosse année ! C'est quand même un prix qui est important, oui, tout à fait. On était vraiment surpris de ça. Ça a été quand même une grosse année, on a fait beaucoup de tournées suite à cette discussion, enfin surtout de bonnes tournées, pas des longues et grandes tournées, mais de belles conditions. On avait tourné beaucoup avec Daran entre autres, on a fait la première partie de Noir Désir. Un sommet en carrière. En ce moment, il a l'amabilité de nous recevoir chez lui, son Félix trône là-bas.

Hugo Lachance : Les Chiens ont influencé de nombreux artistes québécois, notamment grâce à l'album La nuit dérobée, dont l'importance est reconnue par des musiciens tels que Yann Perreau, Vincent Vallières, Dumas ou encore Éric Lapointe. Éric Lapointe, j'étais pas au courant par exemple !.

Éric Goulet : C'est sur ma page wiki, je sais, mais il a dû trouver un peu parce qu'on a joué en première partie de Lapointe. En fait, c'est très drôle parce qu'initialement, c'est Éric Lapointe qui faisait ma première partie dans les années fin 80, parce qu'on avait le même gérant à l'époque, François Blanchet, maintenant chef du Bloc québécois. Lui, il avait découvert Éric Lapointe à cette époque-là puis il croyait beaucoup en lui. C'était avant la sortie de son album, et les gens qui venaient nous voir n'avaient pas du tout apprécié. Finalement, revirement de situation quelques années plus tard, on a fait quelques-unes de ses premières parties.

Hugo Lachance : OK. Tu fais également partie de la formation bluegrass Pea Dream et tu joues dans les groupes Trompe le monde et Les Ringo, des formations hommages respectivement aux Pixies et aux Beatles. Vous avez joué quand même souvent sur la scène montréalaise.

Éric Goulet : Mon projet là, c'est pas forcément quelque chose dans laquelle on met beaucoup d'énergie, c'est juste un projet qu'on a parti pour le fun. Trompe le monde, les Pixies à l'époque, c'était je te dirais une volonté; j'étais tellement obsédé par la musique des Pixies à cette époque-là qu'il fallait que je la sorte de mon système. Évidemment, la façon que j'ai trouvée de le faire, c'est de les chanter puis de les jouer. Ça a duré quelques années, pendant 7 ans je pense, avec André Papanicolaou et Nicolas Jouannau des Chiens. Au début, c'était Olivier, l'ancien batteur des Chiens, puis après ça il a été remplacé par Jean Laroque.

Hugo Lachance : L'idée que j'ai pour les groupes qui rendent hommage... je n'appelle pas ça des hommages, mais en tout cas qui interprètent des chansons de groupes, il faut que le groupe n'existe plus ou ne soit plus actif; c'est rendre hommage à la musique, notamment au groupe comme tel ou aux chansons, interpréter les chansons. Est-ce que tu as d'autres projets de groupes hommages ?.

Éric Goulet : On faisait des chansons du Velvet Underground, ça a été bon pour un show. Je ne sais pas si ça va se refaire un jour, mais ça, c'était cool.

Hugo Lachance : Tu as réalisé, entre autres, Yann Perreau, Vincent Vallières, WD-40 et Michel Rivard aussi ?.

Éric Goulet : Oui, Pierre Flynn entre autres.

Hugo Lachance : Est-ce que tu as d'autres projets de réalisation qui s'en viennent ?.

Éric Goulet : Il y a toujours Gilles Bélanger, je suis en train de faire un album avec lui, celui qui a écrit les 12 chansons à Paris. La musique d'une chanteuse, une grande chanteuse acadienne qui s'appelle Sandra Le Couteur. J'ai déjà fait deux albums et je suis en train de commencer le troisième.

Hugo Lachance : C'est quoi réaliser un album au Québec ? Est-ce qu'il y a de la demande ? Est-ce que les gens viennent te voir pour ce que tu as fait ou tu t'adaptes ?.

Éric Goulet : J'essaie d'être le plus versatile possible, ça c'est sûr. Si je peux faire autant dans le genre électro que dans le folk ou dans le rock... moi j'aime tous les genres musicaux. J'ai des connaissances générales sur à peu près tous les genres, ce qui me permet parfois de refuser des propositions, parce que j'en refuse plus que j'en prends. En fait, le critère pour moi, c'est de sentir que je peux apporter quelque chose. Si j'entends les démos de quelqu'un, soit que par exemple c'est tellement bon tel quel que je vois pas ce que je pourrais apporter de plus, ou bien c'est tellement loin de ce que je ferais ou voudrais faire avec un genre de projet comme ça; encore là, je vais être porté à le refuser parce que je vois pas ce que je peux apporter.

Hugo Lachance : Est-ce que tu as ciblé des gens pour dire : « Écoute, j'aimerais ton travail » ?.

Éric Goulet : Plume Latraverse ! C'est la seule personne que j'ai essayé d'approcher sans aucun succès. Je ne me suis même pas rendu à lui parler, mais ça serait quelque chose qui m'intéresserait beaucoup. Une belle idée, je pense qu'on pourrait avoir du fun. Mais quand j'ai travaillé avec Renée Martel, avec Patrick Normand, toutes ces rencontres ont été dirigées vers le country ces dernières années. Mais tu vois, là, je vais produire et réaliser un album avec Carlos, qui est complètement éloigné de ça. Je me promène, il n'y a pas un style qui est plus important que l'autre ou un style qui m'est plus propre; c'est vraiment des rencontres, c'est ça qui est important. Avec la personne, même si j'adore ce qu'elle fait, si le courant ne passe pas bien, ça ne m'intéresse pas. Pour moi, ça reste avant tout une expérience humaine, il faut que ce côté-là soit agréable parce qu'on dirait que là, j'ai comme plus de temps à perdre.

Hugo Lachance : On va poursuivre. Avant de tomber dans la présentation de l'album, j'aimerais ça parler de quels sont nos liens de connaissance. On s'est connu à l'époque où tu étais batteur des Shirley, pas la formation récente, la première formation masculine. Puis je pense qu'on avait fait une coupe de shows ensemble, notamment une tournée au Saguenay. On en discutait tantôt, ça a été des choses assez épaisses. On a joué ensemble aux Francos une fois, puis aussi on a partagé une scène au grand écran dans le film La Vérité. Une scène de bar, je pense, dans le moment clé du film, on y jouait notre propre rôle. On a fait ça deux fois. Ça m'a donné beaucoup d'opportunités, de tourner avec Les Shirley, et j'ai toujours été très reconnaissant envers Monsieur Moineau. Tu m'as donné beaucoup d'opportunités, puis voilà, on est là pour servir; c'était le moment émotionnel. Si on en revient à ton groupe Les Chiens, parce qu'on est là pour ça : si je te demandais une phrase pour décrire le groupe en 2000, quelle serait-elle ?.

Éric Goulet : À ce moment-là, je dirais qu'on n'était pas faciles. Entre la fin de Possession Simple en 96-97 et le début des Chiens, il y a eu beaucoup de remises en question, on a essayé beaucoup de choses. Pour le premier album des Chiens, qui était éponyme, on avait essayé de travailler avec un réalisateur établi, Pierre Bazinet, qui avait son studio au centre-ville. Jusqu'à ce moment-là, j'étais pas mal toujours le réalisateur par défaut parce qu'on n'avait jamais les moyens d'engager un réalisateur. Il y avait personne que j'aurais vu capable d'amener ça où je voulais. On a toujours été indépendants, on a toujours produit nous-mêmes nos albums; c'était nous qui payions pour le studio, pour tout ce qui était créatif. On était un peu nos seuls maîtres à bord, autant par choix que par défaut parce que personne voulait vraiment nous signer à cette époque-là. C'est comme ça que j'ai appris mon métier de réalisateur, en faisant mes propres albums. Graduellement, les gens autour se sont mis à écouter les disques et me demandaient de les aider. J'avais développé une connaissance par moi-même de comment utiliser une console, comment placer les micros; j'ai toujours été bon dans l'enregistrement guérilla.

Éric Goulet : Quand on a fini le premier album, on s'est dit qu'on allait essayer autre chose, confier notre bébé à quelqu'un d'autre et faire ça dans un vrai studio professionnel avec un réalisateur professionnel. Le résultat était correct, mais ne m'avait pas jeté par terre. En plus, l'album a été un peu un flop parce que la compagnie de disques a fait faillite pas longtemps après la sortie. Fin des années 90, début 2000, on se retrouvait encore sans compagnie de disques, mais avec plus d'expérience et un meilleur équipement. On avait acquis un huit pistes Tascam de qualité professionnelle, je m'étais acheté une petite console assez correcte, et on a recommencé à travailler des chansons dans notre local, dans une sorte de réinvention. C'est un processus long quand tu réapprends tout par toi-même, pour trouver une nouvelle façon de travailler en mode guérilla avec les moyens du bord. C'est pour ça que finalement je crois au processus et j'essaie de ne pas me laisser abattre par les contretemps, parce qu'à chaque problème sa solution. Si tu n'as pas de plaisir à être dans une vanne pendant 4 heures pour aller faire un show de 80 minutes, tu n'es pas à ta place.

Hugo Lachance : Raconte-moi brièvement l'histoire des Chiens.

Éric Goulet : C'est le prolongement naturel de Possession Simple. À la fin des années 80, on avait développé un style qui mettait beaucoup l'accent sur le saxophone; c'était dans l'air du temps et je jouais moi-même du sax. Je voulais intégrer ça dans le son du band, car pas grand monde faisait ça. C'était un peu le combat entre deux tendances : une section rythmique portée là-dessus avec Olivier et Nico, et moi plus côté rock alternatif, Pixies. Sauf qu'après 10 ans, on s'est rendu compte que le saxophone, joué par Luc Lemire, devenait presque encombrant parce qu'on se sentait obligé d'en mettre partout pour garder le son du band. On n'avait plus envie d'être ça. Luc, lui, voulait juste jouer du sax, il ne voulait pas être le gars qui joue de tout. On était dans une impasse, et comme il commençait à jouer avec Éric Lapointe, il était de moins en moins disponible. Naturellement, on s'est réinventé en trio avec Olivier et Nico, et on a commencé à faire des chansons pour définir l'identité des Chiens. On s'est rendu compte que certaines chansons fonctionnaient sans le sax, et on ne voulait plus traîner des chansons comme « Le Système », qui était une joke au début; 10 ans plus tard, je ne me voyais plus faire cette joke-là, on était rendus plus loin, on approchait de la trentaine. C'est Olivier qui a suggéré de repartir complètement à neuf. Sur le coup, ça m'a choqué, mais j'ai réalisé que le groupe n'allait nulle part de toute façon. On s'est réinventé : Les Chiens, c'est les mêmes gars, mais on repart le répertoire à zéro. C'est à ce moment-là qu'on a fondé Trompe le monde, pour jouer des chansons alors qu'on n'en avait pas encore à nous.

Hugo Lachance : On tombe au segment présentation de l'album : La nuit dérobée, année 2000, réédité en 2010 chez La Tribu. Musiciens : Éric Goulet (voix, piano, synthé, harmonica), Nicolas Jouannau et Olivier Renaudine. Il y a eu la collaboration d'Hélène de Blois aux chœurs, et l'apport de Pierre Girard à la prise de son et au mixage a été important. Ça a été enregistré dans mon appartement sur la rue du Parc-La Fontaine. Un des premiers disques d'appartement à ma connaissance avec les batteries et tout; pour ne pas trop déranger les voisins, on avait utilisé une valise en carton comme batterie. La pochette est un collage de photographies découpées réalisé par Louis Bédard. Qu'est-ce qui fait de cet album un classique ?.

Éric Goulet : Pour moi, c'est un disque qui nous a vraiment définis. On a réussi à atteindre un degré d'unité. C'était un peu notre version lo-fi et dark de Dark Side of the Moon, on voulait faire quelque chose d'ambitieux avec les moyens du bord. C'est un album qui est resté dans la mémoire de l'underground et qui a vendu énormément, pour des raisons qui ne nous concernent pas, mais ça a rejoint beaucoup de gens. Des artistes comme Dumas ou Vincent Vallières m'ont appelé après pour que je réalise leurs albums; ça a eu beaucoup de répercussions, ça nous a mis sur la map. Est-ce qu'il y a un concept ? C'est un peu comme Sgt. Pepper's, ça devient autre chose en cours de route. On ne s'est pas dit ça au début, mais le concept s'est fait au fur et à mesure; dans l'enchaînement, il y a une ambiance nocturne, comme une nuit en ville. J'avais utilisé des synthétiseurs, un Minimoog prêté par Christian Legault; je suis allé « full clavier », une approche très personnelle, un genre de country urbain spatial.

Hugo Lachance : Rubrique « Ils ont dit ». Le journal Voir, le 18 octobre 2000 : « l'harmonica de l'homme à la maladie nous rappelle que s'il a voulu être une femme d'épices, il est aussi un disciple de Neil Young. En baissant le volume, il a affûté sa plume et adapté son timbre à une série de petites vignettes d'amour urbaines pas toujours roses ». Et Marie-Christine Blais pour la réédition : « c'est l'un des plus beaux disques jamais produits au Québec, l'un des plus méconnus aussi ».

Éric Goulet : Des fois, tu essaies des affaires et ça marche. On voulait juste réussir à faire un bon disque avec les moyens qu'on avait, c'est-à-dire très peu : un huit pistes et des micros à 100 pièces. On espère toujours toucher les gens, et dans ce cas-là, ça a marché.

Hugo Lachance : J'ai vu ton entrevue avec Claude Rajotte. Il dit qu'il a capoté sur la réalisation et que c'est aussi bien fait qu'Abbey Road.

Éric Goulet : J'admire énormément Claude Rajotte, c'était une référence pour moi. Je me souviens qu'on lui avait envoyé un premier démo en 85-86 et il nous avait répondu pour nous dire que c'était correct, mais que les Beatles étaient déjà passés par là. C'est drôle qu'il revienne plus tard pour dire que c'était aussi bon qu'Abbey Road. Tout de suite après, il parlait de WD-40 en disant que c'est un groupe mythique. C'est des beaux compliments. Claude Rajotte avait aussi fait une compilation de ses chansons préférées, et la première chanson était « La nuit dérobée ».

Hugo Lachance : Chapitre 8 : SEGMENT Une chanson après l'autre. On va commencer à regarder ça, on va évidemment, c'est le but du podcast, revoir chacune des chansons l'une après l'autre pour les commentaires. Ce qu'on fait, c'est qu'on écoute un petit extrait puis ensuite on commente. J'ai pris des notes, mais le but est d'en connaître un petit peu plus, les discussions peuvent dévier, il n’y a pas de problème. Alors on va commencer, je vais m'installer ici et réveiller mon téléphone. À l'avenir, je vais me faire quelque chose de mieux. « La ville est en feu ».

Hugo Lachance : Chapitre 9 : La ville est en feu. Est-ce que tu réécoutes des albums des fois ?

Éric Goulet : Il y a des albums que je remixerais. Je parle plutôt du travail pour ce qui a été remixé pour la sortie en vinyle.

Hugo Lachance : Pour le vinyle, mais il n'a pas été remixé, il ne pourrait pas être mixé. « La ville est en feu », super belle intro, l'album commence intelligemment. Moi dans mes notes, ce que j'ai, c'est que évidemment j'isole toujours un petit bout de texte. Parfois je prépare une question, mais j'ai pensé que « la ville était en feu, ce n'était que nos amours qui brûlaient ». Dans cet album-là, on dirait que j'ai l'impression que chaque pièce est comme un peu isolée, mais fait partie d'un tout un peu comme on discutait tantôt, puis j'adore comment tu construis ces ambiances-là. Ça, c'est une super belle intro, puis les paroles que tu amènes dès le départ, je trouve que c'est une image qui est forte. Comment tu construis ces ambiances-là, les ambiances musicales ?

Éric Goulet : C'est comme dans le cas de cette chanson-là, c'est difficilement explicable. On jouait beaucoup ensemble encore à cette époque-là, donc des fois on commence à jouer, Olivier se met peut-être par terre, puis tout le monde se joint, et puis ça fait comme un espèce de truc à partir de là. Souvent, nous on a enregistré pas mal tout ce qu'on faisait, donc on fait repartir l’enregistrement et on se dit : « OK, on construit là-dessus, on a un solide groove là, où est-ce qu'on va avec ça après ? ». Graduellement la chanson se développe comme ça, dans ce cas-là pour cette chanson en particulier. Puis ensuite les textes, pour vrai, s'il y en a que je peux te dire à peu près d'où ça vient, d'autres non, je ne m'en rappelle juste pas. Tu étais un peu des fois dans une espèce de lancée créative puis ça devient comme ça. Je porte une bonne attention aux textes oui, parce que quand je le chante, je m’en rends compte. C'est beaucoup le processus à force d'en faire aussi, tu finis par trouver ton timbre graduellement. Je pense qu'entre les premiers albums de Possession Simple et La nuit dérobée, cet album-là, c'est là que j'ai commencé à avoir vraiment trouvé mon timbre. C'est le principe que quand tu entends ta voix, au début tu n’aimes pas ta voix, mais à partir de ce disque-là, j'ai commencé à trouver. J'utilisais beaucoup des micro-tibi et des affaires comme ça pour trafiquer ma voix aussi, puis créer justement un côté un peu, pas expérimental, mais c'était assez unique. Au Québec, il n’y avait pas encore beaucoup de monde qui faisait ça. Même pour moi, quand j'ai entendu comme les nouveaux timbres, j'entendais Pink Floyd, j'entendais plein d'affaires que les autres avaient digérées effectivement.

Hugo Lachance : On poursuit avec « L'homme à la maladie ».

Hugo Lachance : Chapitre 10 : L'homme à la maladie. Je suis l'homme à la maladie, ils tiennent, on veut le mettre en quarantaine, ma vie est ma seule.

Éric Goulet : De cette chanson-là, ça, c'est vraiment pour moi des chansons qui sont plus comme, pas des exercices, mais c'est une idée, tu passes un flash puis tu fais juste rapide sur le thème de l'homme à la maladie. Musicalement, c’est un peu un « rip-off » de Bob Dylan à l’époque de All along the Watchtower. C'est quand même ça, ça concorde bien avec l'ambiance, tout évidemment. C'est bien aussi dans les textes qu'on soit capable de s'imaginer la pièce, de laisser place à l'interprétation sous forme de pouvoir voyager là-dedans, mais je trouve que ce texte-là concorde bien avec la chanson puis nous amène quelque part.

Hugo Lachance : Quelle maladie ? C’est très, très intéressant. On parle de maladie d'amour, mais là ?

Éric Goulet : Oui, mais aussi j'ai perdu ma grand-mère quelques années avant ça de maladie bien sûr. Donc tout ça, il y avait un peu ce sentiment qui revient un petit peu là-dedans, des thèmes de deuil qui ont été ajoutés, qui n’étaient pas présents dans mon œuvre avant parce que je ne l’avais pas vécu. C'est quand même le thème de l'album aussi, ce n'est pas un album de party non plus, c’est un album plus d'introspection, comme tu dis, une balade la nuit en ville, ça concorde bien.

Hugo Lachance : On continue oui ? On y va avec, bon évidemment, « La Vénus du Mile-End ».

Hugo Lachance : Chapitre 11 : La Vénus du Mile-End. Tu la bandes comme si c'était une inconnue, sur la Saint-Denis, descendre vers le fond. Évidemment ici on coupe les extraits, mais j'invite tout le monde à lire et se procurer l'album. Où est-ce qu'on peut se procurer l'album ?

Éric Goulet : Sur les plateformes et physiquement en 2023.

Hugo Lachance : Mais pour ceux qui connaissent pas évidemment Les Chiens, il faut dire qu'il faut donner le temps à la chanson de prendre racine, de s'installer. Même si ce n’est pas un extrait officiel, je pense que c'est l'extrait qui a le plus roulé. C’est une chanson qu'on joue encore, comme beaucoup de chansons de ce disque-là. Je trouve que c'est une pièce qui est magistrale. C'est un album que j'étais content de redécouvrir puis, avec le recul, que cette pièce-là existe et que cet album-là existe, pour moi c'est quelque chose de vraiment important. Je peux comprendre l'influence que ça a aussi chez d'autres musiciens. « L'amour est une perte de contrôle et la vie une leçon de rock n' roll », ça, c'est le petit bout que j'ai isolé parce que je pense que tu as raison. Plus on vieillit, plus ça prend de l'importance. Puis aussi j'ai découvert un nouveau mot : « et on s'accroche à la falaise et on s'enroche dans le malaise ». Tu étais arrivé avec un néologisme, on ne dirait pas. En fait la question, on parle de tout ça, c'est comment ton processus d'écriture a évolué en près de 25 ans ou même 35 ?

Éric Goulet : C'est beaucoup de recherche. Encore là, on parle de réinvention, mais quand on a commencé Les Chiens, je voulais que ce soit un nouveau départ, mais pas juste musical. À cette période-là, à la fin des années 90, j'ai comme complètement détruit ma personnalité créative dans le sens que j'ai vraiment tout balancé, c'est comme si tout ce que j'avais écrit jusque-là ne valait plus rien et qu'il fallait que je recommence vraiment à zéro. Fait que j'ai vraiment fait des recherches, c’était après l'arrivée d'Internet quand même, mais je suis allé prendre des livres sur l'écriture, pas seulement l'écriture de chansons, mais l'écriture dramatique entre autres. Je me suis mis à écouter beaucoup par osmose Serge Gainsbourg. Je suis allé vraiment chercher d'autres sortes d'influence que les premières influences que j'avais au début, qui étaient peut-être plus Offenbach ou des trucs peut-être plus québécois. C'est à partir de ce moment-là que je me suis vraiment ouvert à plein d'autres choses, puis j'ai essayé d'intégrer dans les chansons un côté plus dramatique, une construction plus dramatique du texte.

Hugo Lachance : Je te pose la question parce qu'aujourd'hui, peut-être qu'on va se tanner, on va enregistrer deux épisodes puis le prochain épisode porte sur ton dernier album, Goulet. Je te pose la question parce que j'ai porté attention évidemment aux textes de La vie dérobée et Goulet. Je trouve que tu as une constance, il y a un soin, il y a un choix des mots qui, même sur l'album country, montre une solidité. Félicitations, c’est pour ça que je te pose la question, puis je suis content d'apprendre que tu es outillé pour ça, ça paraît.

Éric Goulet : J'ai travaillé fort. Au début ce n'était pas bon, puis c'est vraiment par essais et erreurs, beaucoup d'essais et erreurs. C’est de savoir aussi qu'il y a des mots que je sais que je ne peux pas dire. J’ai une conscience de ces affaires-là que j'avais peut-être pas à l'époque, que j'ai vraiment développée au fil du temps : de savoir que si tu veux dire telle phrase, dis-la de telle façon au lieu de telle autre parce que sinon c'est moins beau littéralement parlant. Ça va sonner mieux. Les sujets sont universels dans les chansons, ce sont des expériences qu'on vit, mais ce qui est plaisant, c'est de trouver une tournure de phrase, une phrase qui va sortir du lot, un beau jeu d'esprit. Ça arrive quand même régulièrement, mais c'est quelque chose que je fais dans la vie de tous les jours. Je ne suis pas le gars qui fait des jeux de mots poches un peu tout le temps, je n’aime pas ça les jeux de mots, donc j’essaie que ça soit bien intégré.

Hugo Lachance : Ça intègre bien tous les éléments qu'on aime de ce disque-là : les ambiances, les mélodies.

Éric Goulet : C'est tout un album. Je pense que l'une des forces de cet album-là, c'est sa vitesse, son tempo. C'est quelque chose que je voulais vraiment qu'on impose, c'est vraiment d'asseoir les chansons, d'asseoir les grooves. Ce qu'on avait gardé du premier album des Chiens et de Possession Simple, c'était un côté un peu énervé rythmiquement, un peu dynamique. On était beaucoup réputés pour notre énergie avec Possession Simple, quand tu revois les critiques de l'époque, c'est toujours l'énergie, l'énergie. C'est vrai, on était plus jeunes aussi. L'énergie, c'était bien important que ça soit dynamique, alors que rendu là, on avait fait un déjà un premier album en commençant tranquillement à intégrer des éléments plus ambiants. Le morceau « La Vénus du Mile-End » est un bon exemple, c’est une chanson avec un trémolo de guitare que je traîne depuis au moins 10 ans. J'ai des cassettes un peu partout qui en témoignent, avec un espèce de gros funk et un motif que je ne trouvais pas encore la manière de jouer, je ne trouvais pas la façon de faire quelque chose avec ça. Puis je ne sais pas pourquoi, on a eu un déclic, ça a été en ralentissant la chanson de moitié complètement. C'est devenu : « Ah OK, là ça marche, là il y a quelque chose ». C’était de sortir le motif de guitare, puis on dirait qu'à partir de là, j'avais mon texte. Je ramasse des phrases tout le temps dans des cahiers ou peu importe, puis j'avais « la Vénus du Mile-End », « la Vénus de Milo », j'avais comme un imaginaire qui tournait dans ma tête autour de ça. On dirait que c'est venu rapidement, car c'est rare que je passe beaucoup de temps sur un texte.

Hugo Lachance : Est-ce qu'elle existe la Vénus ?

Éric Goulet : Bah oui, c'était quelqu'un que j'ai connu à cette époque-là. Quand tu écris une chanson, pour moi, je mélange tout simplement les souvenirs. Aujourd'hui, on écoute la chanson justement et ça me donne la latitude pour réfléchir. On se demande c'est qui la femme, mais ce n’est jamais au détour d'une phrase une seule personne au final. Il y a certaines chansons que j'écris pour une personne en particulier, ça c'est clair, mais souvent ça peut avoir l'air d'être ça mais ça ne l'est pas non plus. C’est la beauté de cette chanson-là.

Hugo Lachance : Alors on continue avec « Dormir au bord d'une autoroute ».

Hugo Lachance : Chapitre 12 : Dormir au bord d'une autoroute. Ce genre de goût que j'aime beaucoup, je dors au bord de l’autoroute, ce ne sont sont pas des vagues mais que des cœurs. J'aime beaucoup l'ambiance, nous on parlait aussi d'ambiance cinématographique. Je trouve que tu es bon pour installer ces ambiances-là. Moi j'aime beaucoup me créer des scénarios d'habitude quand j’écoute de la musique. Quand je me concentre là-dessus, je trouve qu’on est capables de générer des images, de créer un paysage, un scénario. Le bout que j’ai isolé c’est : « Je dors au bord de l'autoroute, ce sont des vagues mécaniques où la mer est loin, mais la musique des camions lourds qui m'envoûte berce minuit endormi ». Magnifique !

Éric Goulet : Merci, mais ça c'est vraiment toute cette chanson-là. On est chanceux parce que sur des albums, il y a des chansons qu’on peut appeler des « works », ce sont des chansons qui ne sont pas vraiment finies à la base, mais tu as quelque chose, un groove qui coule, des accords qui sont le fun. Tu ne sais pas trop où tu t’en vas avec ça, mais ça va être bon pareil, faut travailler. Dans le cas de cette chanson-là, toute l'album était enregistré sur la rue du Parc-La Fontaine sauf les pianos. On est allés enregistrer les pianos chez ma mère parce que je n’avais pas de piano à l'époque. Tout le reste était enregistré sur Parc-La Fontaine et moi je dormais dans une chambre au troisième étage. L’été il faisait chaud, j'ouvrais la fenêtre et il y avait beaucoup de trafic sur Parc-La Fontaine à l'époque. Des fois, quand c'était la nuit et qu'il avait plu — la pluie revient beaucoup dans cet album-là aussi — quand tu avais les véhicules qui passaient, ça faisait comme des vagues mécaniques. Puis après ça, c’est devenu un travail sur toute l'ambiance, la chanson contribue à cette histoire.

Hugo Lachance : Moi je comprends, parce que quand j'étais avec mon groupe, pour notre premier album, on a travaillé aussi beaucoup les ambiances, construire des décors. C'est pratiquement de la musique de film. J'adore la musique de film, ma plus grosse influence musicale c'est Ennio Morricone.

Éric Goulet : Moi aussi j'adore ça, puis je pense que c’est vraiment important de prendre le temps de s'écraser et de profiter de ces ambiances-là. C’est pour ça que c'est un album qui me plaît beaucoup. Ensuite on va y aller avec justement, encore un peu dans le même style, « Motel Horizon ».

Hugo Lachance : Chapitre 13 : Motel Horizon.

Éric Goulet : Ah oui, tu vois ça, c'est le son de la rue du Parc-La Fontaine. J'ai sorti le micro dehors et enregistré les autos qui passaient.

Hugo Lachance : Chapitre 14 : L'anecdote de Plume Latraverse. Moi je l’ai connu sur l'album.

Éric Goulet : J’ai demandé en personne la permission d'enregistrer cette chanson. On s’est vus à côté, je lui ai dit : « J’aimerais ça enregistrer ta chanson ». Il m’a dit OK. Quand même, ça a été le début d’une bonne relation. Je ne sais plus si je lui avais remis une copie, mais je sais qu'il a fini par l'entendre. Ça a toujours été super cool, c’est une de mes idoles, de mes premières influences. Tu peux difficilement intégrer une influence de Plume Latraverse sans que ça fasse un peu comme un hommage ou un pastiche.

Hugo Lachance : À quoi ressemble l'originale ? Je la connais pas.

Éric Goulet : C'est une toune assez molo. La légende raconte que ça a été co-écrit avec Richard Desjardins, mais je ne sais pas, c'est vraiment un autre mode. C'est très différent.

Hugo Lachance : On continue avec « Une toute petite douleur ».

Hugo Lachance : Chapitre 15 : Une toute petite douleur. J'ai une note là-dessus justement : les sons de batterie, on entend bien la valise. Les violons là-dessus, c'était un sample ?

Éric Goulet : Oui. C'est une chanson qui parle un peu de deuil, comme on disait tantôt. « J’ai la tête ailleurs », ça parle de l’image d’une toute petite douleur qui arrive à tout le monde. Des fois ça peut déclencher un souvenir, ça rappelle au protagoniste la douleur de quelqu'un d'autre. C'est une peine sur laquelle on s’attarde un peu plus. Vu que c’était enregistré dans l'appartement, c'était très léger et ça donnait vraiment un autre côté unique à cet album-là.

Hugo Lachance : C'est beaucoup le travail de Pierre Girard aussi.

Éric Goulet : Oui, d'utiliser des trucs comme des reverbes à ressort analogue. Cette façon d'enregistrer la batterie, on sait que chaque toune a un son de drum un peu différent. J'essaie que ça soit toujours intéressant à écouter. C’est une affaire pour moi qui est importante dans la réalisation : avoir le bon son pour la chanson. Tu ne peux pas avoir une balade comme celle-là avec un gros son de basse, il faut que chaque timbre soit à sa place pour porter la chanson. Pour moi, c'est toujours la chanson en premier.

Hugo Lachance : Oui ça paraît, sur chaque album que j'ai décortiqué on sent que le son de la batterie est vraiment adapté à l'ambiance de la chanson. C’est fou de voir à quel point tu es capable d'aller chercher des sonorités différentes avec le même instrument acoustique, selon les bâtons, le placement des micros ou les effets. Sur un album en général, le son est pas mal toujours le même, ce qui peut être correct aussi. Mais pour moi, c'était important de moduler un peu selon le genre de chanson. Sur cet album-là, tout est à sa place. J'adore ça. « Motel Horizon » et « Soleil Bleu », ce sont des pièces où les décors sont plantés.

Hugo Lachance : Chapitre 16 : Soleil bleu. On entend un Pierre Girard à l'acteur ethnique. Une question pour toi par rapport à l'ensemble : c'est quoi ton instrument de prédilection pour composer pour cet album-là ?

Éric Goulet : Pour cet album-là, ça a été beaucoup la guitare. J'étais vraiment beaucoup à la guitare dans ce temps-là. Il y a un peu de piano qu'on entend, mais c'était vraiment du piano; j'en ai joué presque avant de jouer de la guitare. Puis là, je commençais à ce moment-là aussi à élargir ma palette de guitariste parce que, jusqu'à ce moment-là, j'avais pas mal juste une guitare ou deux, genre de Strat que j'ai modifiée jusqu'à ce que je me fasse voler. À partir de là, je me suis vraiment mis à la Telecaster puis je m'étais fait tonner des guitares. Je m'étais fait voler aussi ma guitare, une vieille guitare archtop que j'avais, que j'utilisais en slide parce qu'elle était épouvantable, mais les assurances m'ont payé dans le fond une Telecaster et une belle guitare de jazz.,,

Éric Goulet : Ces instruments-là, ça a beaucoup changé aussi mon son, mon envie d'aller ailleurs. Je les avais sous la main, les instruments, puis là j'étais chez nous, en tout cas j'avais le temps de travailler chez moi. Je pouvais, quand les gars n'étaient pas là, essayer des affaires tout seul chez nous pour refaire mon son. C'est une belle recherche sonore dans cette chanson, un côté qui est un petit peu plus, pas dissonant, mais c'est une belle mélodie puis la mélodie change, elle devient un petit peu plus complexe. Moi je trouve que c'est très séduisant pour l'oreille.,

Hugo Lachance : Chapitre 17 : La nuit dérobée. Un autre classique de l'album. En fouillant un peu sur le web, je suis tombé sur des extraits de prestations aux Francofolies en 2010. C'était comme un hommage à Montréal, oui assurément. Comment était Montréal à cette époque-là ?,,

Éric Goulet : C'était beaucoup la période justement où j'habitais sur Parc-La Fontaine. J'ai vécu des beaux moments d'urbanité à cette époque-là, au coin de Cherrier. C'était de pouvoir marcher, c'était vraiment une période tout en vélo ou à pied. À l'époque, je sentais la ville, j'étais vraiment au centre-ville. Je peux comprendre Montréal à peu près dans ces années-là, en 2002. Pour moi, ça a été des brumes encore à cette époque, puis sinon il y avait le Cinéma du Parc et j'avais vraiment une belle vie urbaine. J'aime vraiment ça, la ville, quand tu peux vivre ça comme ça, tu n'as pas besoin de te déplacer en voiture jamais. C'est la plus belle expérience, c'est ce que j'espère retrouver incessamment, ne plus avoir besoin d'aller reconduire mes enfants en auto à l'école à tous les matins. Vivre la ville à hauteur d'homme, ça, c'était quelque chose.,,

Éric Goulet : On se refait nos connaissances à Montréal, moi je me suis refait comme un réseau. On continue à faire de la musique, on a des places de party aussi. On découvre une autre version de soi-même. On était tous beaucoup plus jeunes, on avait tous beaucoup moins de responsabilités. On dirait que, pour moi, je regarde cette période-là puis j'étais encore dans un espèce de début, un renouveau professionnel et personnel aussi. On avait survécu au bug de l'an 2000.,

Hugo Lachance : « Donc les gens sont beaux l'après-midi mais Montréal est plus belle la nuit ». C'est une super belle phrase. « Si tu es là je reste aussi ». Ça a été une des chansons qui a le plus roulé sur l'album, j'imagine ?

Éric Goulet : Sûrement. C'était la chanson qui avait été choisie par sa compilation. De toute façon, elle vient d'être utilisée pour l'adaptation du livre Le Plongeur au cinéma, ça va sortir au mois de février. Ça a même fait en sorte qu'on a été invités à jouer à la première du film. Il y a des chansons comme ça pour moi... cette chanson-là, c'est une chanson que je veux écouter de tout ça.,

Hugo Lachance : Est-ce que c'est ta première chanson qui se ramasse au cinéma ?

Éric Goulet : Non, ce n'est pas la première fois. Ça a déjà été utilisé aussi dans des films de Sébastien Pilote; il a utilisé des chansons de moi dans quelques films. En plus, elle est utilisée dans la bande-annonce. Dans la bande-annonce, l'importance de la chanson est beaucoup plus grande. J'ai encore de l'émotion à entendre cette chanson-là aujourd'hui. Je ne sais pas si c'est un moment grave, tout cet album-là est un moment grave avec le recul.,

Hugo Lachance : Chapitre 18 : Lundi. Un autre très bon riff ici de Possession Simple, une chanson qui concluait l'album Cru en fait. J'aime beaucoup la manière de traiter la voix et les reverbs qu'il y a en arrière de tout ça.,

Éric Goulet : On avait aussi un Space Echo, on en a mis beaucoup sur l'album. C'est sûr que sa contribution à la palette sonore est essentielle. C'est vraiment de se challenger les deux avec des affaires comme les micros-tibi puis des guitares en carton quasiment, c'était un bel espace de création. J'ai tendance, peut-être moins maintenant, mais à l'époque je voulais conceptualiser la réalisation dans le sens où il n'y a aucun clavier sur l'album. Ce ne sont que des guitares, des actions, aucun clavier. On ne sent pas qu'il y a de claviers là-dessus, mais c'est encore là la façon de l'utiliser que je trouve vraiment bien.,

Hugo Lachance : On n'est pas capables d'identifier si c'est un son de basse, il y a une recherche en arrière de ça, de travailler avec justement des instruments vintage.

Éric Goulet : J'utilisais des Minimoog, tu peux vraiment mouler le son à ta guise et tu n'es pas pris avec des tablettes de sons pré-faits. C'est toi qui le fais. Pierre Girard m'a tout enseigné. En 82, j'avais été louer un Minimoog chez Mafaza et j'ai commencé à apprendre comment ça marchait en tant que réalisateur. C'était super bien d'utiliser ça. Je me suis posé beaucoup la question sur comment on faisait ça. Ce n'est pas de l'échantillonnage, il y en a juste un petit peu pour les violons dans « Une toute petite douleur » qui sont tirés d'un Mellotron, qui est une autre légende préhistorique. Mais l'usage est pas mal sur toutes les chansons pour des ambiances ou des lignes de basse, et il y a beaucoup de Moog là-dedans. J'avais envie d'utiliser ça.,,

Hugo Lachance : Chapitre 19 : Le dépanneur fantôme. Pour ces ambiances un peu Ennio Morricone. Puis aussi il y avait une influence de ma part avec les groupes instrumentaux comme Les Jaguars, super importants. C'était important pour moi de rendre des hommages comme ça à des trucs.,,

Éric Goulet : Le dépanneur fantôme, c'était un endroit, je pense sur la rue Duluth, il y avait un certain ancien dépanneur qui était là. C'était comme une capsule, il était comme figé dans le temps. Il était fermé depuis des années mais, si tu regardais par les fenêtres, tu voyais encore des produits sur les tablettes, probablement des années 70. Moi j'étais fasciné par cet endroit-là. Ça a été détruit pour faire des condos, une platitude pareil, mais à l'époque c'était quelque chose de bien mythique pour moi. Je passais souvent par là, des fois je m'arrêtais pour regarder l'intérieur de cette place.,

Hugo Lachance : Une autre superbe belle pièce de l'album, la 11e déjà. On finit par celle-là. Chapitre 20 : Tant pis. Elle commence avec une longue introduction.,

Éric Goulet : Je pense que c'est la seule chanson où c'est moi qui joue tout sur l'album. C'est un beau texte aussi : « les morceaux d'un rêve qui foutent le camp se remplacent de temps en temps avec ce qu'on trouve sur le long de la route, c'est un tant pis mais c'est la vie ».,

Hugo Lachance : Est-ce qu'il y avait une raison pour la placer en dernier ? Ça ferme bien la séquence, l'album est quand même assez réfléchi.

Éric Goulet : Il y avait vraiment une impression de continuité. Je ne pense pas que cette chanson-là aurait pu être placée plus tôt. On a notamment un souci de ça. Par exemple, la chanson « L'homme à la maladie », la version originale était à mon sens trop vite. Comme c'était la deuxième chanson, je trouvais que ça rochait le rythme de l'album, donc on a vraiment ralenti le pitch pour que la chanson soit plus lente. Il y avait toute cette notion-là d'un souci d'avoir une continuité pour que tu ne débarques jamais. Chaque chanson est à sa place, il n'y a pas de remplissage sur cet album-là.,,

Éric Goulet : On pourrait dire que les chansons instrumentales le sont, mais moi je trouve que c'était la première fois qu'on faisait ça, mettre des chansons instrumentales. C'est quelque chose que j'ai fait sans arrêt depuis ce temps-là, je trouve que c'est cool. Ça permet, quand le propos peut sembler pour certains un peu lourd ou accablant, d'avoir des petites pauses instrumentales pour prendre le temps de respirer.,

Hugo Lachance : Chapitre 21 : SEGMENT Rafales. Façon de conclure l'album. J'ai fait mon top 3, j'enlève « La Vénus » pour donner une chance aux autres : « La nuit dérobée », ensuite « Dormir au bord d'une autoroute » et puis « La ville est en feu ». C'est mon top, même s'il peut être fluctuant.

Éric Goulet : C'est parce que, pour vrai, chacune des chansons est réussie. C'est la première fois, je pense, que je réussis à faire un de mes propres albums où je trouve que chaque chanson est parfaite. C'est vrai que c'est difficile de faire un top 3. Pour moi, réussir à arriver à quelque chose d'aussi satisfaisant, c'est un accomplissement en soi parce que je me suis battu avec certaines chansons longtemps. En spectacle, les chansons sont un petit peu plus rythmées, mais l'arrangement est peut-être un peu plus dépouillé, moins somptueux. Ça démontre que la chanson se tient; je peux la faire guitare-voix et ça va marcher aussi.,,

Hugo Lachance : Qu'est-ce qui vieillit bien et qu'est-ce qui vieillit mal dans cet album ?

Éric Goulet : Je vais être un peu prétentieux mais, pour moi, rien ne vieillit mal. C'est un des rares disques que j'ai faits que je ne remixerais pas. On l'a mixé, Pierre Girard et moi, sur ma petite console dans mon bureau. C'était vraiment artisanal. Il n'y avait pas d'automation, rien, donc c'était mixé « old school ». Il y avait des chansons où, quand le refrain arrivait, il fallait faire embarquer la reverb manuellement. C'étaient toutes des manipulations qu'il fallait faire live au moment propice, comme les albums des années 70 qu'on aime. Chaque mix est une performance.,

Hugo Lachance : Ça paraît, parce que c'est un album où rien ne vieillit mal. C'est un album qui vit très bien et qui aura toujours sa place.

Éric Goulet : On a pris du temps là-dessus. C'est un travail collectif. Pierre Girard y est pour beaucoup, puis évidemment les gars. Nico a fait de super belles lignes de basse. Il a une immense compréhension harmonique de l'instrument, il est capable d'utiliser des notes de substitution au lieu d'aller sur la tonique, ce qui amène des couleurs. Ma plus grande fierté, c'est juste de l'avoir fait, de s'être donné un objectif et d'y être parvenu, même au-delà de mes attentes, surtout avec les moyens qu'on avait. Ce n'était pas un disque high-tech du tout, c'était vraiment de l'artisanat de haut niveau.,,,

Hugo Lachance : Qu'est-ce que tu voudrais qu'on retienne de cet album-là ?

Éric Goulet : Je pense que c'est un album qui est très touchant. C'est la première fois que les émotions étaient juste assez bien dosées pour que ce soit facile à recevoir. C'est important de savoir s'ouvrir et de laisser aller un peu de soi dans son œuvre pour qu'elle puisse nous appartenir.

Hugo Lachance : Chapitre 22 : Le défi. Je demande à mon invité de mettre au défi un autre artiste de participer au podcast.

Éric Goulet : Je ne sais pas si je devrais le faire, mais je proposerais Pierre Flynn. Il me semble que ça serait le fun.

Hugo Lachance : Chapitre 23 : Conclusion. Merci à toi Éric de ta participation, merci aux auditeurs et on se revoit pour un prochain épisode de L’Album Podcast !