Téléchargez l'épisode audio Spécial wd-40 : Aux frontières de l'asphalte
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WD-40 sur Youtube : https://www.youtube.com/channel/UC-aUT7WtDk7gN6f_ofsZuyw
Pour ce troisième volet de notre grande série rétrospective, le balado L’Album Podcast s'attaque à ce que plusieurs considèrent comme le véritable âge d'or et le sommet créatif de WD-40 : l'album Aux frontières de l’asphalte. Animé par le batteur de la formation, Hugo Lachance, cet épisode réunit une fois de plus les deux frères et piliers fondateurs, Alex Jones (Alexandre Carrier) et Étienne Carrier.
Ensemble, ils se replongent dans l'année 1999 pour décortiquer la genèse de cet opus majeur qui a marqué un virage esthétique crucial pour le groupe, mariant leur hargne punk-garage d'origine à des effluves country-punk et un blues profondément organique.
[00:26:26] // Le dépouillement et les surprises du sondage Facebook des fans
[00:35:38] // L'anecdote savoureuse et les premiers croisements avec les Cowboys Fringants
[00:36:03] // Trou de mémoire en direct : on cherche désespérément le nom de Yann Perreau...
[00:37:23] // Le message surprise, lucide et teinté d'affection du réalisateur Éric Goulet
[00:53:58] // On cherche le nom de Martin Bureau...
[00:55:35] // On cherche (encore) le nom de Martin Bureau...
[01:04:22] // Les coulisses de l'époque Polliwog avec M-A Thibert, Vincent Peake, Marc Vaillancourt et Voivod
[01:09:45] // LE SEGMENT : La sombre légende du castor albinos de Natashquan
[01:27:46] // Les pires et meilleures anecdotes de "jobs de misère" des frères Carrier
Lancé en grande pompe le 6 octobre 1999 sous la bannière de l'étiquette La Tribu, Aux frontières de l’asphalte s'est sculpté loin des structures polies de l'industrie. Pour piloter ce virage, WD-40 s'est associé au réalisateur Éric Goulet (Les Chiens) et à l'indispensable ingénieur du son Pierre Girard. La préproduction s'est orchestrée en mode isolation totale dans un chalet situé au Lac Froid, jetant les bases d'une création intense et sans compromis.
L'une des signatures sonores les plus fascinantes de l'album découle d'ailleurs d'une approche purement artisanale et minimaliste en studio : pour obtenir des percussions au fini texturé, boisé et résolument roots, Éric Goulet a tout simplement troqué les éléments traditionnels de la batterie contre une authentique valise en carton frappée aux balais.
« On retient ce qu'on veut bien retenir, mais cet album-là, c’est notre plus grosse création. » — Alex Jones
L'épisode passe au peigne fin la tracklist pour en extirper les secrets de composition :
Aux frontières de l’asphalte : Une pièce d'ouverture épique et atmosphérique qui évoque la fin brutale du goudron et de la civilisation pour laisser place au néant sauvage. Le titre s'inspire du sentiment de bout du monde ressenti par Étienne Carrier là où les routes numérotées s'arrêtent brusquement sur la Côte-Nord ou vers Natashquan.
Tout pour le rock : Plus qu'une simple chanson, un véritable manifeste à la débrouillardise et une glorification du « système D » et de la persévérance ouvrière.
42$ par jour : Une charge viscérale et frontale inspirée directement des années d'usine d'Alex Jones, illustrant la dure réalité des travailleurs exploités au salaire minimum.
Mauvaise vie : Une collaboration mythique et fantasmagorique avec la regrettée autrice-compositrice-interprète Ève Cournoyer.
Souvenirs d’Amos : Une ballade rugueuse et écorchée, typique de la plume d'Alex Jones, où la provocation se frotte à une émotion d'une grande sincérité.
Les témoignages de la communauté recueillis sur les réseaux sociaux confirment que le disque a magnifiquement traversé le temps. Des morceaux audacieux comme Café Chrétien ou Du diesel sur le prélart continuent de résonner par leur justesse poétique et leur audace sonore.
Cette ligne de texte incisive a été couchée sur papier par Alex Jones en se replongeant dans ses souvenirs d'adolescence. Alors qu'il était âgé de 17 ou 18 ans seulement, il gagnait sa vie dans une usine (shop) aux conditions de travail extrêmement dangereuses et vétustes pour un salaire de misère, frôlant quotidiennement des accidents de travail majeurs pour une poignée de dollars.
Pendant qu'il travaillait d'arrache-pied sur une installation commerciale de néons, Alex a subi une terrible décharge de 9 000 volts. L'intensité du choc électrique a été telle qu'elle lui a fait perdre la vue pendant quelques secondes et a littéralement lacéré et coupé sa peau. Son bracelet métallique est même resté soudé et coincé dans l'équipement sous tension.
L'anecdote est ironique : le groupe était en panne d'inspiration et n'arrivait pas à baptiser la pièce. C'est le réalisateur Éric Goulet qui a proposé le titre Jour de paye. Pourtant, si l'on prête attention aux paroles, cette expression n'est absolument jamais prononcée par le chanteur, le texte privilégiant plutôt la tournure de phrase « jusqu'à soir sympa ».
Fidèle à son esthétique nocturne et sombre, la formation s'est pointée aux alentours de minuit dans le stationnement d'une halte-routière abandonnée pour capter ses images. L'accueil des résidents et des habitués locaux s'est toutefois avéré d'une hostilité rare, Alex Jones mentionnant sans détour au micro qu'ils n'étaient « fucking pas les bienvenus » sur les lieux et qu'ils ont dû composer avec une tension palpable tout au long de la nuit.
Cette image colorée fait référence à une période intense où Étienne Carrier rentrait régulièrement à la maison après des soirées de « brosse » monumentales. Trop intoxiqué pour réussir à atteindre son lit, il s'effondrait et s'endormait à même le linoléum (le prélart) de la cuisine. Sa conjointe de l'époque avait coutume de le disputer au réveil en lui disant qu'il était en train de « tuer les petites étoiles » imprimées sur le prélart en y passant la nuit.
L'amie du groupe Nathalie Rankin a raconté à Étienne Carrier une histoire survenue dans son village d'origine, centrée sur la capture d'un rarissime castor albinos qui avait par la suite été empaillé pour être exposé. Selon les croyances et les traditions de la communauté, capturer un animal albinos sans le consommer attire le mauvais œil. La légende locale veut qu'une série d'accidents tragiques et inexpliqués (notamment des villageois écrasés par des tracteurs) ait frappé la région peu de temps après l'événement.
La mise en place du studio éphémère d'Éric Goulet au chalet s'est avérée un véritable cauchemar d'ingénierie. La console de mixage analogique sélectionnée pour l'enregistrement était tellement massive et lourde qu'il a été impossible de la faire entrer par les portes ou les fenêtres du bâtiment. L'équipe a dû faire venir une grue de chantier sur le terrain pour soulever la console et la parachuter à l'intérieur du chalet.
Cela découle d'une décision marketing et d'une entente d'exclusivité très rigide conclue à l'époque : il avait été statué que les disques physiques ne seraient distribués et vendus que dans les succursales du disquaire Archambault afin de forcer les visites en magasin. Cette stratégie commerciale a généré une immense frustration et des vagues de mécontentement chez les centaines d'admirateurs qui s'étaient déplacés dans la mythique salle du Spectrum de Montréal avec la ferme intention d'acheter leur copie sur place.
Source journalistique :
Chronique et critique de l'album par Éric Parazelli, Voir, octobre 1999.
Contenu exclusif issu de la série du 30e anniversaire de L'Album Podcast.
La rétrospective historique de WD-40 se poursuit ! Restez à l'affût pour notre prochain rendez-vous où nous plongerons dans l'univers totalement débridé et expérimental de l'album Fantastik Strapagosse.