Transcription de l'épisode WD-40, Spécial 30e anniversaire — Épisode 3 : Aux frontières de l'asphalte
Avertissement : Cette transcription est le fruit d'une collaboration avec une intelligence artificielle qui fait de son mieux, mais qui ne saisit pas toujours toutes les "subtilités" de nos discussions. Le fichier audio/vidéo original demeure la seule référence officielle. Si un passage vous semble bizarre, faites confiance à vos oreilles et allez écouter l'épisode !
Hugo Lachance : Bienvenue à ce troisième épisode du spécial WD-40 de L'Album Podcast. Aujourd'hui, pour ce 3e épisode, on poursuit notre série. Lors des deux derniers épisodes, on parlait de Hors-série! et de Crampe en masse. Je vous rappelle que l'objectif est de réviser chacun des six albums en six épisodes, en voyant une chanson à la fois. Évidemment, tout ça s'inscrit dans le cadre du 30e anniversaire du groupe. Avant de vous présenter mes invités convenablement, n'hésitez pas à nous joindre sur les réseaux sociaux, Facebook et Instagram, pour nous donner de bons commentaires et un paquet d'étoiles sur iTunes. On est prêts et de bonne humeur ! Les gars, on est de retour à Saint-Hubert, dans ton entrepôt, Alex. La dernière fois, on s'est donné le cul assez solide; cette fois-ci, j'ai amené ma chaufferette. On a l'air gros, mais ce n'est pas parce qu'on est gros, c'est parce qu'on a plusieurs couches de vêtements.
Hugo Lachance : Chapitre 2 : SEGMENT : Présentation de l'artiste. On a aussi parlé de l'histoire du band, on ne retournera pas là-dedans, mais en résumé : vous êtes originaires du Saguenay et vous déménagez à Montréal au début des années 90. WD-40 voit le jour en 93. Vous enregistrez deux démos, un peu Hors-série! en 96, et votre premier album, Crampe en masse, sort en juin 98. On tombe maintenant dans ce que j'appelle l'âge d'or de WD, la période la plus vaste, mais aussi, quelque part, la plus sombre; c'est ce qu'on va voir aujourd'hui. Dans cet épisode, on s'intéresse à l'album magnifique Aux frontières de l'asphalte. C'est un classique ! Même si vous avez eu des difficultés avec les acteurs du milieu de la musique, vous faites votre place très rapidement. Dans quel état d'esprit êtes-vous lorsque vous entamez l'écriture de cet album ?
Alex Jones : Ça allait très bien, on se promenait de local en local et on était très, très productifs. C'est là qu'on a rencontré Éric Goulet, par l'entremise de Jean-Robert Bisaillon. Ça avait cliqué tout de suite. On avait un très beau local dans un sous-sol sur Saint-Laurent, je me souviens, où on a fait nos premiers démos. On avait enregistré la chanson « Les camions » et deux ou trois autres patentes, juste pour le fun. C’était sur Saint-Laurent, côté est, dans un sous-sol où il y avait des locaux d'artistes à côté du Shift.
Étienne Carrier : C'était très productif. On nous avait présentés à Claude Larivée, qui fondait sa compagnie La Tribu (L'Arrivée-Cabot-Champagne), et il était bien intéressé à nous avoir. On était dans la mire de plein de monde, tout le monde voulait nous garder, on était le band « hot » du moment. On avait réussi à attirer beaucoup d'attention médiatique. On avait des offres et on savait qu'il se passait quelque chose; on avait quelque chose de différent. Tout le monde trippait bien gros sur mes textes. La seule chose que je reproche à cet album-là, qui aurait pu être parfait, c'est qu'on a fait une tournée juste avant et je n'avais plus de voix. J'étais à bout de tonalité. Si j'avais pu le faire avec toute ma voix, ça aurait été mon meilleur succès populaire. Mais ma façon de chanter est quand même restée intéressante; j'ai poussé et j'ai tout fait pour que ça sorte. Ça a donné un côté animal. Je me suis d'ailleurs fait refuser ma deuxième bourse du Conseil des Arts parce qu'ils disaient que j'avais une voix forcée, voire empruntée, qui rappelait les vaches du rang Saint-Martin ! C'est la seule chose que je regrette, car sinon, c'est une grande création.
Hugo Lachance : On a fait ça au studio dans le Vieux-Montréal, c'est quoi le nom du studio déjà ? On va en reparler tantôt. Tu as dit qu'il y avait des versions démos de ces tounes-là ?
Alex Jones : Oui, je me souviens que la première version de « Les camions » était vraiment « hot ». C'est là qu'on avait aussi enregistré notre reprise de « Salut à toi » dans le même sous-sol. C'étaient des démos relativement bien enregistrés et très propres. On a enrichi l'album avec ça. C'était un album charnière; on a d'ailleurs gagné le prix du Meilleur album alternatif de l'année avec ça. Je me souviens de la remise au Spectrum. J'ai encore le trophée à la maison, un gros bloc en métal. Ça n'a aucune valeur marchande, sinon je l'aurais déjà revendu !
Hugo Lachance : Chapitre 3 : Contexte. Vous êtes donc en demande. Quel était le contexte en 98 et 99 ? Je me souviens que Black Sabbath était venu jouer au Centre Molson et vous aviez fait une première partie avec Jean-Robert Bisaillon pour ses 40 ans. Ça fait longtemps ! Ozzy Osbourne a même mentionné WD-40 pendant son spectacle. Est-ce une légende urbaine ?
Alex Jones : Non, c'est vrai, il existe une preuve !
Étienne Carrier : On a fait ces chansons dans une période très créative sous médicaments. Je me souviens d'un show à Québec où Claude Larivée était venu; il nous avait avertis qu'il ne fallait pas qu'on fume ni qu'on boive. Mais on s'est fait rentrer une caisse de 24 ! On était complètement mongols. Personne ne pouvait nous faire confiance. Mais c'était très créatif, on avait tout sorti. Claude Larivée était fou comme la mort, tout le monde trippait sur nous. On était dans ses plans, c'est sûr, mais il avait oublié une chose : on était complètement déchaînés. La pochette est magnifique, c'était une photo prise par la blonde de Michel Faubert à l'époque. On avait fait une session aux bureaux de La Tribu et on a pris cette photo dans un stationnement, style Tim Hortons, avec des beignes. Il y avait une grosse recherche derrière ça, incluant la citation à l'intérieur : « Le mal ne vient pas de l'intérieur, c'est nous qui sommes en lui ». On était en feu total, c'était notre plus grosse création. On composait beaucoup ensemble parce qu'on travaillait ensemble et on jouait tout le temps ensemble. Nos femmes étaient les « veuves du rock » car on était toujours ensemble, c'était une fusion totale.
Hugo Lachance : Chapitre 4 : SEGMENT : Présentation de l'album. L'album Aux frontières de l'asphalte est sorti le 6 octobre 1999 chez La Tribu.
Alex Jones : On avait fait une grosse préproduction au chalet d'Éric Goulet au Lac Froid. C'était une grosse semaine ! On a été payés pour préparer l'album là-bas et c'est là qu'on a composé la chanson-titre. Il fallait tout monter à l'étage et il a fallu sortir la console avec une grue parce qu'elle ne passait pas par les portes. Je me rappelle avoir retrouvé ma vieille basse BC Rich que j'avais rachetée dans un « pawn shop ».
Hugo Lachance : C'était une belle session d'enregistrement avec Pierre Girard. La réalisation et le matriçage sont de Pierre Girard. Rigoulet s’est occupé de la batterie et des arrangements, et il y a Michel Faubert au violon.
Alex Jones : J'adore Michel Faubert, c'est un grand artiste et un personnage tellement sympathique. C'est Éric Goulet qui avait suggéré de le recevoir en postproduction au studio. Je me rappelle quand je travaillais au studio Saint-Vincent, Michel venait voir ses musiciens et il arrivait avec sa bière avec le bouchon encore dessus; il ne comprenait pas pourquoi moi je travaillais si fort. L'enregistrement s'est fait du 10 au 15 septembre 99 au Studio Saint-Vincent. Il y a 13 pistes. La conception de la pochette est de Joan Bolduc, graphiste chez La Tribu, et Danielle Bérard a fait la session de photos. Il y a de super belles photos de moi là-dessus. Il y a aussi Eve Déziel qui chante sur « Mauvaise vie », qui est un classique.
Étienne Carrier : Je pense que Mara Tremblay était déjà signée par Claude Larivée à ce moment-là. J'avais demandé Mara, mais Éric Goulet a dit non, qu'on allait prendre Eve parce qu'elle avait quelque chose de différent, de plus sombre. Je lui faisais confiance et ça a été un très bon match. C'est une personne très intéressante. Elle était venue au studio et j'ai rencontré sa fille à ses funérailles plus tard. Je ne l'ai pas connue avec ma personnalité flamboyante, mais je me rappelle de l'enregistrement de « Mauvaise vie ».
Hugo Lachance : Chapitre 5 : SEGMENT : "Ils ont dit". On va commencer avec Éric Parazelli dans le Voir, qui a fait une encore une fois une bonne critique. Il disait qu'avec cet album, le trio country WD-40 avait toutes les cartes en main pour toucher un public plus large. Il notait une accessibilité accrue suite à un virage country, des arrangements rehaussés par Éric Goulet, et une qualité d'écriture ayant atteint des sommets, tout en gardant ce côté vulgaire et authentique qui fait de WD-40 un cas unique au Québec. Il a tout à fait raison ! Moi, j'ai découvert le band à cette époque-là, au Cabaret juste avant qu'ils engagent Pierre Desrochers. Pierre Desrochers, on le niaisait parce qu'il écrivait son nom « P-Y-E-R Fire » et il avait mis des chaînes partout en arrière sur la scène. On pouvait grimper là-dedans, c'était impressionnant. Il y avait pas mal de monde. C'était l'époque charnière où on faisait un lancement, mais on ne vendait pas d'albums sur place.
Alex Jones : Oui, car il y avait un « deal » pour que les gens aillent acheter l'album chez Archambault. Tout le monde était en crisse parce qu'ils venaient pour acheter le disque et il n'y en avait pas ! C'était une époque complexe, on ne savait plus où se garer. Archambault ferme aujourd'hui, c'est difficile. Ils ne savaient plus sur quoi s'enligner. Clairement, ne pas avoir d'albums au lancement n'était pas la solution. On essayait de garder un bon contact avec les disquaires car c'était important. On arrivait à Place du Royaume et il y avait de gros posters de l'album partout dans le centre d'achat. À partir de 5000 copies vendues, on commençait à rentrer dans nos frais. On était loin du compte, mais notre public aimait surtout se taper des copies de CD. Heureusement qu'aujourd'hui il n'y a plus de cassettes, ça nous a sauvés !
Hugo Lachance : Je te cite, Alex : « Ce qu'on recherche par la drogue, l'alcool ou la vie de débauche, c'est quitter la réalité pour explorer un univers fantasmagorique où règne une autre logique. Ce que je trouve intéressant, c'est de décrire cet univers fantastique et surréaliste plutôt que les étapes pour y arriver ». C'était ça le concept de l'album ?
Alex Jones : J'ai dit ça ? On dirait que c'est plus Fantastik, oui. Je ne pense pas qu'il y avait un fil conducteur volontaire, mais on a créé un univers. On était dans cet état d'esprit-là; je cherche encore d'ailleurs ! J'avais fait une émission de radio d'une heure avec Lucien Francœur et Franco Nuovo sur la création sous influence. Après une heure, on était toujours au même point. Après 30 ans, j'en suis toujours au même point : c'est un délire total et instinctif. La plus belle citation sur la création vient de Keith Richards. Il disait qu'il fallait avoir des antennes pour capter des ondes; c'est comme ça qu'il a composé « Satisfaction », suite à un rêve. Des fois, tu as une illumination qui arrive de nulle part, comme si tu canalisais ce qui t'entoure. Mais je pense qu'il vaut mieux être à jeun; la création sous substances ne dure pas éternellement, c'est temporaire. Tu peux avoir un « high » et capter quelque chose, mais c'est en toi; il faut essayer de canaliser ce que tu ressens.
Hugo Lachance : J'ai croisé Bernard Adamus et Marc Déry et on a jasé de la création sous influence. Ce sont deux gars qui ont mis ça de côté dans leur carrière. C'est toujours l'angoisse de perdre son « mojo », de ne plus être pertinent ou créatif, mais on se rend compte que c'est juste une autre façon de travailler, plus naturelle.
Alex Jones : J'ai l'impression que quand tu es jeune, tu en as plus dans ton affaire, et en vieillissant, c'est plus dur d'aller chercher une énergie brute. On a dégradé pas mal de problèmes, on a arrêté de respirer une couple de fois !
Hugo Lachance : Le 24 janvier dernier, j'ai demandé aux abonnés de notre page Facebook quelle était leur chanson préférée sur l'album et pourquoi. J'ai recueilli
Hugo Lachance : Chapitre 6 : Sondage Facebook. J'ai fait un sondage sur Facebook et j'ai recueilli quelques commentaires d'auditeurs sur l'album.
Alex Jones : J'allais tellement chanter ça à mes bébés pour les endormir ! Bon, je chante mal, alors ils avaient intérêt à s'endormir vite pour s'épanouir. On parlait du « Calvaire »... non, parce que ça fait trois semaines ou un mois que je suis décomposé en char. À l'époque, j'étais représentant pour Local Distribution. On était toujours sur la route, on s'est même perdus pour se rendre à La Tuque. Une fois là-bas, je me rendais vraiment à La Tuque puis à Jonquière.
Hugo Lachance : J'ai pris le volant. Non, Hugo... non, 30. Moi, quand on est partis de Québec, j'ai dit : « Chauffe pas, je dors ». Toi, tu conduisais, mais à quel moment tu t'endormais ? Non, j'ai pris le volant après, ce n'est pas tout. Tu vois, c'est que toi, à un moment donné, tu m'as dit : « Là, là, faut que tu chauffes, je ne suis plus capable ». Tu m'as réveillé, j'ai débarqué, puis tu n'avais même pas mis le char sur « Park » ! Quand tu as débarqué du char, le char partait tout seul, mais mets-le sur « Park » ! Là, j'ai embarqué et j'ai dit : « Coudon, on est où ? ». Tu m'as donné ça à 20 Jésus, Hugo, ça ne se raconte pas. On ne savait plus où on était, et là, on était rendus à chaque fois qu'il s'est endormi.
Alex Jones : Et Chambord ! J'ai composé fort dans mon char pour m'en rappeler. Mais lui aussi chante ça à ses bébés, surtout la première phrase. C'est Nathalie Ranken, la fameuse quoi, à moi... que je n'ai pas vue depuis, sacrément, ça fait 20 ans. Je ne l'ai pas vue avec une radio de l'Abitibi, oui, ça fait à peu près un an. Vous savez, Stéphanie Dubuc la connaissait, mais je la salue encore une fois. Ça fait un crisse de bout que je ne l'ai pas vue, j'espère qu'elle va bien.
Hugo Lachance : Un autre commentaire de Marie-Lène : « J'adore entendre "Mauvaise vie" parce qu'elle me rappelle la chance que j'ai eue de la chanter sur un stage aux côtés d'Alex il y a quelques années. Un acide beau trip ! Mais j'avoue que la chanson-titre de l'album me fait vibrer un petit brin plus que les autres dès que j'entends "faire chaud ici", j'ai chaud, je suis content ».
Étienne Carrier : Valérie Cannelle a écrit : « Tout pour le rock ! Parce que des années plus tard, l'expression fait partie de mon vocabulaire quotidien pour les moments de la vie de rock comme pour les moments qui volent la vie. "Un île dans la chandelle brûlée par les huit boîtes" qui, par extension, est devenue pour moi une glorification du système D et du "demain est un autre jour". "Tout pour le rock", c'était aussi une phrase que je me répète pour me convaincre que je suis capable de passer à travers un moment difficile ». Grosse, grosse toune !
Hugo Lachance : C'est beau ! C'est qui qui a écrit ça ? C'est Valérie Cannelle. C'est très bien écrit. C'était nous autres à Chicoutimi, dans le magasin en dessous de chez elle. Il y avait les... [Rires].
Alex Jones : Mythonie, je ne sais pas pourquoi tu me rappelles ça. C'est là que j'ai composé « Tout pour le rock ». C'était ça, on était tout le temps, tout le temps à tourner, pensant à dormir dans le truck. Puis on mangeait de la marde et je faisais des dépressions majeures. Mais c'est vrai que c'est un hymne total. D'ailleurs, ça m'a toujours surpris que c'est moi qui aie eu l'idée de faire « Tout pour le rock », juste la syntaxe disons. [Rires].
Hugo Lachance : C'est beau. Dernier commentaire, les gars, de Jacqueline : « Parce que c'est la plus rock pour le riff et le refrain, et puis Iggy Pop qui se brosse devant le miroir avec le batteur des Red Hot Chili Peppers ». J'ai fait des statistiques sur Facebook et tout le monde a nommé au moins une toune de l'album. Ça veut dire que c'est un album que les gens apprécient pour l'ensemble, ce n'est pas un album de « one-hit wonder ». C'est clair. [Rires].
Étienne Carrier : La chanson la plus populaire, c'est « Mauvaise vie » justement, avec 21,5 %. Malheureusement, « Mauvaise vie », en plus, c'est la seule chanson que j'ai composée en collaboration avec Éric Goulet. On a fait moitié-moitié, c'est comme un cadavre exquis : il faisait un couplet, je faisais l'autre. Oui, c'est vraiment une collaboration 50/50, et on a fait la musique ensemble.
Alex Jones : Moi, Perry, j'ai rajouté la mélodie du début, le petit zigonnage de guitare avec les accords, mais ce n'est pas moi qui ai composé les accords de duo. Il s'inspirait de quand on avait commencé à faire « De l'Asphalte », il s'est inspiré de Dave quelque chose. Il me parlait que je l'ai interviewé au podcast, c'est ça, son album solo avec Salad Food. Oui... allô, je ne me souviens plus de son nom.
Étienne Carrier : Je ne fais pas ça, mais bon, ça dépend. Maintenant, moi je trouve ça bien. Je me rappelle de « Mauvaise vie »... je ne sais pas si tu veux parler juste de « Mauvaise vie » ?
Hugo Lachance : J'ai fait un sondage comme ça sur Facebook et j'étais étonné de voir que toutes les tounes de l'album avaient été nommées comme étant la préférée. Ça veut dire, pour moi, que c'est un album qui est complet. Il n'y a pas de « filler » là-dessus. C'est un album qui a vraiment touché les gens profondément. C'est un album qui... quand c'est sorti, on ne s'en fout pas, mais à ce moment-là, je recevais déjà des lettres d'amour. C'était fou, des autographes, ça n'avait pas de sens. Je suis parti dans un bar, et une madame est venue me faire signer un autographe pour ses étudiants. C'était vraiment ça, c'était complètement capoté. J'étais jeune, j'avais 22 ou 23 ans. Accompagné de disques et de lettres d'amour...
Alex Jones : J'avais reçu ça dans un bar, mon ami Jean-Pierre. Une madame est venue porter une lettre d'amour, juste vraiment... vous ne savez pas ! C'est vraiment comme un autre monde. Je me rappelle les Cowboys Fringants qui faisaient notre première partie au Cabaret. J'avais écouté... ce n'est pas pour devenir un homme d'affaires. Chapitre 7 : L'anecdote des Cowboys Fringants. J'avais écouté... je me rappelle de l'autre qui s'appelle... Mado, pas moi, c'est ma copine. McDo, pas moi, c'est ma copine.
Hugo Lachance : Chapitre 8 : On cherche le nom de Yann Perreau... Dès qu'elle est riche ! Le chanteur, il s'appelait Yann Perreau, on le salue. Il va venir avec son démo. Moi, j'écoute ça dans le char, je me rappelle, il a fallu que je chante dans le parking de chez ici. [Rires]. Je ne sais pas quoi dire. Ils ont tout crissé dehors, ils ont gardé... [Musique]. J'ai posé la question, j'ai demandé à Éric Goulet son expérience de l'enregistrement de Aux frontières de l'asphalte, et il m'a envoyé un petit message. Ça dure environ une minute et demie. Chapitre 9 : Message d'Éric Goulet.
Éric Goulet : Aux frontières de l'asphalte, on a commencé à travailler sur ce disque-là à mon chalet sur le bord du Lac Froid. C'est là, entre autres, qu'on a écrit la chanson « Mauvaise vie », Alex et moi, puisqu'on faisait un peu de préprod là-bas. On ne voulait pas faire trop de bruit pour ne pas déranger les voisins, pour éviter d'avoir un gros drum très puissant sous la patte de Julien « L'Hiver noir ».
Éric Goulet : Donc on a fait toute la préprod comme ça, et on a tellement aimé ce que ça donnait qu'on a décidé d'utiliser la valise en carton pour l'enregistrement du disque aussi. Ça s'est fait au studio de Pierre Bazinet, dans le Centre-Ville de Montréal en fait. Tout ça a été enregistré « live » quand même pour la plupart des chansons.
Éric Goulet : En deux jours, on a enregistré toutes les chansons avec Alex qui chantait. Tout le monde était dans la même pièce, grosso modo, sous la houlette technique du grand Pierre Girard. La troisième journée a été consacrée à faire des « overdubs » de guitare, des claquements de mains, des synthétiseurs ou des effets un peu exotiques qui ont contribué, je pense, à donner une couleur débridée, assez unique, à ce disque fabuleux qu'est Aux frontières de l'asphalte.
Hugo Lachance : Chapitre 10 : SEGMENT : Une chanson après l'autre. On passe maintenant au segment où on écoute les chansons une après l'autre et je vous invite à commenter. On commence en force avec « Aux frontières de l'asphalte ». [Musique]. [Rires].
Alex Jones : Parce que moi, je fais toujours mes recherches jamais à l'intérieur du chalet, mais j'entendais comme d'autres choses avec la distorsion du lac, parce que vous savez, les ondes voyagent toujours bien sur l'eau. Ce que j'entendais, c'était complètement autre chose que ce qui était en train de jouer. J'ai dit : « Non, changez ça ! ». Ça a fait ce blues organique là. C'est tout ce qui manquait dans la déclaration d'Éric Goulet : c'est un album très organique. Je ne me souvenais plus de l'histoire de la valise. C'est vrai qu'on avait tout fait avec une valise. Ça marchait très bien, même l'album.
Étienne Carrier : C'est plus facile à contrôler le son, j'imagine. Mais le son, c'est vrai que tu as été très bon comme ça. C'est quand même le ton de l'album qui est parti de ça exactement. C'est la première toune et je trouve que tout ce qui se passe là-dedans, ça met la table pour le reste de l'album. Quand on parlait de créer un univers, cette toune-là, c'est vraiment le départ.
Hugo Lachance : Chapitre 11 : Aux frontières de l'Asphalte. Vous plantez le décor et ça annonce un album assez pesant. J'ai noté des « limites » dans le texte : limite de la ville, limite du goudron, frontières de la sphère, limite des camions, au-delà de l'ennui, au-delà du néant. Qu'il neige, qu'il grêle, qu'il vente, qu'il pleuve, et ce peu importe le temps. Je trouve que tes paroles sont vraiment bonnes là-dedans.
Alex Jones : « Peu m'importe si, tu peux m'importe le temps... » Il peut m'importe, ce n'est pas ça ? [Rires]. Ça m'a toujours énervé le monde qui tripe trop sur la météo, surtout la température ressentie. Le monde qui dise : « Ah, il fait moins 10 mais c'est ressenti moins 35 ! ». J'aimerais savoir, c'est qui le gars de la « température ressentie » ? J'imagine un gars en bobettes avec une couverte qui sort dehors : « Tabarnac ! ». C'est assez personnel, la température ressentie que je ressens.
Étienne Carrier : Tu as raison, c'est un film. Je me souviens que ça m'était venu, je ne me rappelle pas où, mais quand on s'est rendus au chalet, à un moment donné, c'est Éric Goulet qui chauffait. Il a arrêté le truck, j'ai dit : « OK, c'est quoi qui se passe ? ».
Alex Jones : Mais on est Aux frontières de l'asphalte, parce que la route est finie pour commencer le chemin de terre. On pouvait s'ouvrir une bière dans le truck de la vie. On était aux frontières de l'asphalte. C'est là que l'asphalte s'arrêtait. On ne pouvait pas vraiment, mais l'histoire des frontières de la sphère... Ce n'est pas Éric Goulet, car c'est moi qui l'avais trouvé, il m'a dit : « C'est ici ».
Étienne Carrier : J'en avais déjà parlé que ça allait être ça. Parce que j'étais parti... ce sont les camions qui ont été la toune qui a engendré tout cet album-là. Quand j'ai fait « Les camions », je voyais des camions sur la Côte-Nord qui se rendaient là, comme dans ce film-là. Je voulais te demander... avant que la route se rende jusqu'à Natashquan sur la Côte-Nord, la route s'arrêtait carrément. Tu arrivais et pouf, il n'y avait plus de route.
Alex Jones : À Rivière-du-Loup, il y avait souvent des coins de même. Le chemin arrêtait, ce n'était pas fini de construire, et il y avait un chemin de terre qui continuait. Même au Portage, il y avait une place avec une Volvo abandonnée. Tu avais une route et, d'un coup, pouf, elle arrêtait à l'orée de la forêt ou d'un champ. Ça me fascinait, les frontières de l'asphalte. Même quand on pogne la 20 qui était supposée continuer jusqu'à Rimouski, et d'un coup, c'est plein partout pareil, la 132 là.
Hugo Lachance : « Aux frontières de l'asphalte », qui l'a composé ? Probablement moi. Je me rappelle parce que c'est toujours musical, mon affaire.
Étienne Carrier : On se rappelle tous les deux d'avoir fait le « tan de de de de de dedans » qui est un peu devenu ma marque de commerce. C'est un peu comme la marque Toastie de Words du rock. Alex, c'est lui qui a fait la décoration, j'ai mis les couleurs, et Jean-Louis avec la déco autour, le truc du « dou dou dou dou ». Bonne chanson pareil, car j'ai joué dessus. [Musique].
Hugo Lachance : Chapitre 12 : Café Chrétien. Un autre classique. On parlait de ta voix tantôt. [Musique].
Étienne Carrier : Cette toune-là est loin dans mon esprit. J'avais l'impression que c'était pour moi qu'il l'avait composée, parce que cette chanson-là me vient d'une émission qui jouait quand j'avais 4 ans à la télé, qui s'appelait « Bonjour Santé » ou quelque chose comme ça. C'était juste avant ou après « Il était une fois l'homme ». Il y avait un épisode sur la cigarette et je me rappelle que le gars fumait comme un trou, entouré de mégots géants. Ça m'avait toujours marqué.
Alex Jones : Et bien sûr, toute l'histoire du « Café Chrétien »... c'est notre oncle André qui faisait tellement de meetings pour les AA. Il prenait beaucoup de café et beaucoup de cigarettes pour parler de ses problèmes de consommation.
Étienne Carrier : C'est un medley de tout ce qui est arrivé. Pour moi, c'était très « mon oncle André ». C'était un café chrétien parce que les premiers shows que j'ai faits avec mon premier band au Cégep, c'était au Café Chrétien. On avait fait le blues et mangé de la merde. Je reprenais des tounes de Dutronc ou Jacques Brel.
Alex Jones : C'était d'ailleurs la grande sœur de Jean-Charles Claveau qui était intervenante là-bas. Je pense même que c'était la blonde non-avouée de mon oncle André à l'époque. Elle était dans tout ce qui bougeait ! [Rires].
Étienne Carrier : C'est exactement ce que tu racontes dans la chanson. Le truc, c'est que c'est déprimant. La première fois que je suis allé à Vancouver, on n'avait pas une cenne pour manger. Il y avait du café gratuit quelque part, alors on prenait un café. Je me suis retrouvé chrétien à mon insu ! [Rires]. [Musique].
Hugo Lachance : Chapitre 13 : Les camions. Il m'avait sorti un espèce de truc à ruban là.
Étienne Carrier : La machine était grosse. Plus la machine est vieille et plus elle fait des sons bizarres, des enregistrements fantômes.
Alex Jones : Moi je regarde le camion. On devrait jouer, oui. Le tournage du clip avait été pénible. Quand on est arrivés là à minuit le soir parce qu'on voulait qu'il fasse noir pour tourner dans une station-service abandonnée qu'on avait vue. On avait vu les pistes qui partent là, même si c'était comme « blues of the please right now ». C'était comme, tabarnak, on n'était fucking pas les bienvenus dans la place. C'était pas honnête, c'était pas le temps. Ce n'était pas 45 pièces, 50, trois pieds, on avait Halloween.
Hugo Lachance : Chapitre 14 : On cherche le nom de Martin Bureau...
Étienne Carrier : Je suis rentré le soir chez nous puis je pleurais, je savais pas quoi faire avec ça quand j'ai vu les images. J'en vois rien du tout, il capote personne. Mais finalement c'est bon, c'est super beau.
Alex Jones : La seule affaire qui me gossait, c'est qu'on était supposés avoir Geneviève, la blonde à Jules, déguisée en vamp. C'est genre Vampirella, puis Jules l'avait appelée. Il lui a dit : « Laisse faire, c'est vraiment de la mort, reste à la maison ». Elle était vraiment en crisse. Elle était toute maquillée, elle était supposée venir nous rejoindre pour aller au dépanneur avec une grand-mère avec une poussette. Je t'entends, Bernard aurait pu venir en déguisé ici avant Vampirella, j'aurais été bien content de l'avoir en même temps. Ça amène au côté étrange du nouvel album, oui.
Hugo Lachance : Chapitre 15 : On cherche (encore) le nom de Martin Bureau... C'est vraiment comme on disait tantôt, c'est vraiment un album, la toune forte de l'album, ça met le temps.
Étienne Carrier : Moi bien sûr, c'est sûr que j'ai haï ça faire cette toune-là parce que c'était beaucoup trop atmosphérique pour mon cerveau. Il faut exactement que ça soit vraiment mathématique, une patente. Là, c'était comme complètement ouvert, j'étais complètement très angoissé. C'est ça qui donne toute la couleur aussi, on s'entend, on en angoissait un lapin. J'espère que ma femme n'écoute pas ça.
Hugo Lachance : OK, on passe à autre chose. Ah, tu ne veux pas parler ? Non, mais du réalisateur Éric Girard ? Pourquoi pas ? C'est quoi la toune après ?
Alex Jones : Non, mais moi là, je ne sais pas quoi dire après là. J'avais de la misère à la rendre justement parce que c'était cool là. C'était bien trop beau parce que si je l'avais achetée, Alexandre l'aurait cassée dessus. Elle est tombée dessus avec... tu sais, je tiens avec mes espèces de sons un peu de mal d'arriver, une espèce de son de même. Mais vu qu'il y avait beaucoup de boulot, c'était très angoissant pour moi parce que c'était pas comme un dossier. Mais la solution, c'est qu'on va prendre Pat, c'est Pat qui va le faire.
Hugo Lachance : Bon, maintenant l'hymne national de WD. Chapitre 16 : Tout pour le rock. L'hymne national !
Alex Jones : Partout pour me détendre ! Tout pour nous, c'est les étoiles du plat. Ça, c'est clair.
Étienne Carrier : Mais là vous avez... il y a eu des petites culottes classiques, mais là vous avez fait un hymne national. Réussi à faire un hymne national puis réussi à faire comme un slogan. On n'est pas dans le cul, mais j'aimerais vraiment ça qu'ils jouent ça pendant les games des Canadiens par rapport à ça. J'ai mis les plaies, j'ai mis les rideaux.
Hugo Lachance : Moi ce que j'aime vraiment ça, c'est quand je fais un solo de basse en arrière. Le matin, c'est ça qui donne tout le poids à cette chanson-là. Mais en studio, tu n'avais pas fait ça. On l'a enregistrée deux-trois fois. C'est une anthologie en fait, parce qu'on n'avait pas les droits de cette version-là.
Alex Jones : D'été avec ça comme thème ! Moi je l'ai réécrite pour les remercier. Là il y a eu peur d'avoir à payer une coupe de secondes, juste assez pour pas me payer de droits, je pense que c'est moins que 30 secondes. Radio-Canada, c'est du bon moment. Mais c'est quoi ? C'est quoi une émission d'été ? C'est pas compliqué, ça fait là, il y a quelqu'un qui l'a pris et s'en est servi. Il est devenu riche après l'autre personne. Ouais, 42 pièces par jour, c'était pas au début.
Hugo Lachance : Chapitre 17 : Mouche à marde. L'automne, c'est parfait pour commencer les choses. Super belle introduction.
Alex Jones : On dit qu'on n'a rien entendu, OK ? Non, mais c'est une chanson que j'ai composée quand j'ai commencé avec WD-40. J'ai enregistré ça sur une guitare semi-acoustique 12 cordes qui allait vraiment très mal, une Aria. C'est là que j'ai composé cette toune-là. C'était vraiment de base, je ne me souviens pas. C'était comme une inspiration totale. Pour moi c'est un classique. Pour moi qui l'ai fait, moi je l'ai reprise de quelqu'un mais je l'ai continuée.
Étienne Carrier : Je ne comprends pas qu'on l'ait enregistrée là parce qu'elle est tellement vieille. Mais c'est toi qui as inventé, on était à Port-Cartier là.
Hugo Lachance : Chapitre 18 : L'anecdote de Pollywog avec M-A Thibert, Vincent Peake, Marc Vaillancourt et Voivod.
Étienne Carrier : C'est vraiment écœurant votre décor de scène, la grosse bol de toilette ! On l'avait, on avait perdu Alex. La dernière fois que je l'avais vu, il m'avait dit : « Je m'en vais, je m'en vais ». Il n'est pas dans la chambre d'hôtel, ils m'ont abandonné ! Si je me lève le matin, le truck n'est plus là, puis l'autre, il avait dormi dans la chambre de Voivod.
Alex Jones : Je m'étais réveillé avec une revue de cul en pleine face ! Puis c'était le bordel dans la chambre à Stiv. C'était complètement mort. Il avait barbouillé ses murs au crayon-feutre, c'était comme les Rolling Stones. Juste mettre en contexte, parce que là j'ai pas mal personnel comme une personne. Il y avait Groovy Aardvark, Gros Meneur, nous autres... un band de métal français. Tellement mongol cette tournée-là ! Ça va parce que moi j'appelle ma mère, je sais pas trop ce qu'il est, la dernière fois je me suis noyé.
Étienne Carrier : Moi j'arrive finalement avec Marc Vaillancourt en culottes de cuir bien entendu. Quel triste de mongol ! Qui m'abandonne, il s'arrangera, il est pauvre, il me laisse là. Oui, c'est lui qui avait dit ça ! Tu ne peux pas abandonner quelque chose, quelqu'un. Tu peux abandonner le guitariste, le chanteur, ça va mal... tu sais, il t'a remplacé.
Hugo Lachance : Chapitre 19 : Souvenirs d'Amos. Rappelle-toi, on s'en rappelle. Je me rappelle, c'est quoi ça ? C'est Martin Bureau.
Alex Jones : Martin Bureau ! On le salue d'ailleurs. Salut Martin Bureau, oui ! Belle contribution. J'ai composé ça moi, entre Mozart et Jagger, quand on était allés jouer à Rouyn-Noranda dans une tournée. Je ne sais plus qui c'était, si c'était pas « Sauvage québécois ». Je ne me rappelle plus, on jouait avec les... je me rappelle de quand on jouait. Puis j'avais rencontré Nathalie Rankin que je trouvais superbe, puis j'avais passé la soirée à parler avec elle.
Étienne Carrier : Bon, on est allés aux toilettes ensemble, en fait des choses, mais rien de sexuel. Puis je l'aimais, ça a été une très belle rencontre. C'était comme mon premier grand choc culturel entre vraiment rencontrer du monde des Premières Nations. Jaser avec elle à quel point c'était connexe, c'est différent en même temps, puis c'est un peu historique. C'est sérieusement pas comme une chanson, mais c'est très beau, oui c'est beau. L'histoire qu'elle me racontait : « Je ne conte pas des histoires de légende de ton village, je peux me dire ben là... ». Elle a dit l'autre jour : « On a poigné un castor albinos ».
Hugo Lachance : Chapitre 20 : La légende du castor albinos.
Étienne Carrier : Un castor albinos, puis on l'a empaillé. Puis à partir de là, il y a eu plein de malheurs dans le village puis ils ne comprenaient pas pourquoi. Il y a eu des morts, du monde se faisaient écraser par des tracteurs, se faisaient frapper... il y avait plein d'histoires. Puis là ils ont voulu savoir qu'est-ce qui s'était passé, puis les chefs de l'Ouest avaient demandé à la tribu... je ne me rappelle plus c'est quoi les tribus, c'est pas des étiquettes. Ils ont demandé qu'est-ce qui s'était passé dernièrement dans la tribu, puis ils ont dit qu'ils avaient trouvé un castor albinos. « Puis qu'est-ce que vous avez fait avec ? ». Ils ont dit : « On l'a empaillé ». « Si ! On ne dispose jamais faire ça, ça porte malheur. Quand tu poignes un animal albinos, il faut que tu le manges, sinon ça porte malheur ».
Alex Jones : Il est exposé au Conseil de bande puis il a fallu qu'il le fasse disparaître. C'est elle qui m'a conté ça, c'est ça qui m'a inspiré la chanson là. Oh, mais c'est une belle chanson ! Je baisse le corps et tout ce que tu dis. Ça y est, c'est une belle toune d'amour ou de l'histoire d'un soir. Même si c'est cru et vulgaire, ça donne un petit côté un peu humoristique là-dedans, puis là pour moi c'est une belle façon de parler de ça. Comme une vedette ! J'y suis retourné des années plus tard puis écoute, tu arrives là-bas... si t'es pas invité là, tu peux vraiment être très mal reçu. Mais moi j'étais reçu comme un dealer, si suite bière ! Toutes les maisons m'étaient ouvertes. Ah non, j'ai dit même, ils m'aimaient vraiment.
Hugo Lachance : Chapitre 21 : Du diesel sur le prélart.
Alex Jones : Pour moi, un gars comme moi... c'est comme une toune que moi non plus... quand je suis comme le fils de... je ne comprenais pas jusqu'à ce qu'on fasse ça parce qu'il n'y a pas de changement. Je vais faire une petite pause de guitare, on va faire un froid bizarre parce que je vous dis que ça n'a pas de bon sens. C'était comme plus simple que Social Distortion. Le diesel coûtait moins cher que le gaz.
Étienne Carrier : Ouais, puis c'était aussi une chanson comme une chanson-fleuve. Ouais, ben c'est ça beaucoup. Je mets un vers que je cherche encore d'ailleurs, mais on en entend parler à mon insu. Mais oui, c'était mon fameux faiseur de basse qui était vraiment la marde polaire comme ils disaient pour 45 pièces. Pour trouver ça... non sérieux, c'est rendu cher.
Alex Jones : Mais oui ! Je pense que c'est rendu que ça vaut plus cher que ça valait neuf dans le temps. Il y a beaucoup de personnes qui viennent souvent. « Diesel bonjour ! ». Ça parle de parité, ça parle de danser ce qui est possible là-dedans. C'est un peu blender, c'est comme « Blender ta tête de Light ». C'est comme « Blender Street Band »... de comment il s'appelle... quelque chose de plus beau que des filles qui dansent dans un salon, c'est ça.
Étienne Carrier : C'est vrai que je grattais les étoiles de son prélart dans un moment de ma vie... pas un long moment, c'était gratuit, il y en avait. Un moment donné là, des fois je partais à la brosse pendant des mois, OK ? Je perdais un peu le contact avec... j'aimerais pas dire je trouve ça triste, mais bon c'est la vérité, c'est ma vie. Ben oui ! Puis à un moment donné j'avais des espèces de petites étoiles qu'il y avait sur le prélart. Sur mon prélart ! Je dormais sur le prélart ! Je dormais à terre direct. Je ne dormais pas avec elle dans sa chambre. Ma blonde de ce temps-là, qui n'est pas mon épouse actuelle, ça fait longtemps là-dessus. Non, non, mais je le dis. C'est une de mes premières blondes puis elle disait : « Tu tues les étoiles, les étoiles du prélart ! ». Parce que je dormais dessus.
Alex Jones : OK, OK, OK ! C'est exactement de là que ça vient. C'est que je dormais sur le prélart, j'étais trop saoul pour me rendre à mon lit. Ou en tout cas, c'est comme les étoiles à force de danser dessus, mais moi j'avais ça aussi. Mais mon sens à... tu as raison, je veux vivre dans la forêt !
Hugo Lachance : Chapitre 22 : Je veux vivre dans la forêt.
Alex Jones : Une automne épique ! Un peu d'automne, j'ai tellement un fleuve d'images aussi. Cet album, partir... mais notre jeunesse, notre enfance était très urbaine. On était... on n'est pas loin, on n'avait pas de chalet. On vient du centre-ville, on vivait dans le centre-ville. Mais on a découvert le bois beaucoup plus tard quand justement on allait dans des chalets du monde qui en avaient, quand on allait jouer en région. Là on était comme invités à ces portes inconnues pour nous autres qui étaient la forêt. Disons le monde qui avait vraiment des ski-doos, des trois-roues, qui vivaient dans le bois. Le petit... des vrais « white trash » qui restaient dans la forêt là, puis qu'il y avait des chiens, des meutes. Il y en avait des meutes de chiens !
Étienne Carrier : Tu sais, c'est tout ça qu'on ne connaissait pas du tout, mais c'est formidable qu'ils vivent là-dedans autant qu'on le voyait aussi des gens qu'on a connus qui étaient dans le bout d'Acton Vale, puis pas loin de Drummondville, qui avaient une communauté de punks forestiers qu'on a connus dans ce coin-là. C'était ça. C'est que moi, le total inconnu pour moi, je ne connaissais pas ça. Moi je ne viens pas de la forêt. On n'a jamais eu de... je suis vraiment plus campagnard aujourd'hui avec mes poules à Saint-Hubert qu'on l'était à l'époque. On n'avait pas des grandes cours, on était vraiment... on n'avait pas les choses, on était en autobus.
Hugo Lachance : C'est vraiment... tu as réussi à créer un espace d'univers fantasmagorique un peu avec moi. La forêt pour moi c'était... c'est envoyer des orignaux quand on a traversé le parc des Laurentides. Si on avait vu plus d'animaux ici que ce que j'ai envoyé quand j'étais jeune, c'était mythique pour moi. Les orignaux, on n'en envoyait jamais, on ne sortait pas de chez nous ! Les seules fois qu'on allait dans la forêt c'était pour ramasser des... On n'avait pas de contact avec la forêt justement.
Alex Jones : Pendant la pandémie, on a fait un espèce de spectacle virtuel si on veut, qui s'appelle « Sippy », puis je reviens là-dessus. Une version solo chez vous un peu dans ce que je fais là maintenant, de mon côté à moi vraiment. Je pense au Picpus là que je fais tout, tout.
Étienne Carrier : C'est vrai que c'est une belle... j'ai rien réinventé, j'ai rajouté un petit accord ou deux.
Hugo Lachance : Non, mais vraiment super bonne ! Une super bonne version. J'invite tout le monde à aller voir sur notre page YouTube, chercher. En région... mais c'est fantasmagorique quelque part en région ! C'est tout un peu la même affaire si on vient des régions, on s'entend.
Alex Jones : Mais nous on a tellement déménagé ! Le Saguenay... mais je veux dire, j'ai vécu quasiment aussi longtemps à Rivière-du-Loup qu'au Saguenay. C'est ça. Moi peut-être un peu plus parce que plus jeune, mais j'ai passé comme ça.
Étienne Carrier : Par rapport à moi, je suis très déraciné. J'ai pas de racines. Ma mère est au Saguenay, mais moi pas longtemps. Mais je comprends... dès que j'ai eu l'âge de partir, je suis parti. Parce que le thème de la nature, les animaux, ça, ça revient souvent dans toute la difficulté. C'était un fantasme ! Ils me font peur... mais tous tes animaux sont tes amis toi !
Hugo Lachance : Chapitre 23 : 42 $ par jour. C'est une chanson qui va toujours plus loin, mais il me semble qu'il manque un couplet.
Alex Jones : Parce que j'ai voulu la refaire en mettant des trucs pour le doute, et je trouve qu'il en manque un bout qui vient de la prendre. C’est vraiment une version différente, mais c'est ça. Quand je suis arrivé à Montréal, suite à une séparation douloureuse, mon frère m'a dit : « Viens, on va faire un groupe, on va devenir des stars ». À ce moment-là, j'avais déjà commencé un peu WD-40, mais je gagnais seulement 42 pièces par jour.
Étienne Carrier : On était à la limite du salaire minimum. Avec 42 pièces par jour, il fallait que tu joues en haut d'un escabeau. C’est vrai, on a fait ça quand on a fait la tournée de cet album-là; j'avais un petit escabeau et je montais au bout pour commencer le show avec ça. Je soupçonne d'ailleurs mon voisin de me l'avoir volé.
Hugo Lachance : Tu es très soupçonneux !
Alex Jones : C'est une chanson que j'ai composée intégralement, incluant les paroles. « Risquer sa vie pour 42 piastres par jour », ça vient de moi, parce qu'à 17 ou 18 ans, dans une shop de marde, je me disais que risquer de mourir chaque jour pour 42 pièces, ce n'était pas l'idéal. Je n'avais pas la job facile : je prenais des chocs électriques, je me coupais, je tombais. Travailler sur des escabeaux, c'était le bout de la merde et j'étais en perpétuelle pression profonde.
Étienne Carrier : Alex caressait peut-être le même rêve, mais moi je me disais qu'on allait faire de la musique et que j'allais devenir musicien pour m'en sortir. J'ai fait ça en attendant toute ma vie, mais là je suis sur le bord.
Hugo Lachance : Chapitre 24 : Anecdotes de job....
Alex Jones : On était sur une installation, sur le toit, et il fallait débarquer le « frame » à bout de bras. Ils posaient les transfos et les fils, et il ne me restait plus qu'à le pluer directement sur le néon. C'était du 9000 volts. En dessous du plexiglas, je n'ai pas mis d'isolant électrique de mort et j'ai perdu la vue pendant quelques secondes. Ça m'a coupé la peau.
Hugo Lachance : Tu as perdu la vue ?
Alex Jones : J'ai pris un si gros choc électrique dans le cerveau que j'ai perdu la vue. Je suis tombé à terre et quand j'ai repris mes esprits, mon frère me regardait en riant. J'avais un bracelet en métal, une sorte de côte de mailles de merde. Je ne suis jamais revenu aussi vite d'un lendemain de brosse qu'après ça, j'étais énergisé. Mon bracelet était resté pogné dans le basket électrique; ça m'est arrivé plus souvent qu'à mon tour.
Étienne Carrier : C'était du 60 milliampères, mais il y avait des plus gros « pots ». Un gars l'a déjà pogné avec sa bedaine, c'était du 15 000 volts à 60 ampères. Même s'il pesait 400 livres, il a sauté de 20 pieds jusqu'au fond de la shop parce que ça a arqué sur sa bedaine. Il lui est resté une cicatrice, on aurait dit un éclair. Le gars, Raymond, a atterri dans le fond de la shop avec son cigare : badaboum ! C'était puissant, l'électricité était notre quotidien.
Hugo Lachance : Chapitre 25 : Jour de paye. En contexte, on passe au jour de paye. Un autre classique qu'on joue à tous les shows. Je me rappelle que c'est Éric Goulet qui a trouvé le titre parce qu'on n'en avait pas. On ne dit jamais « jour de paye » dans la chanson, c'est plutôt « jusqu'à soir sympa ».
Alex Jones : Avant, la journée de paye était le jeudi, mais pas dans les shops, car le monde ne rentrait pas le lendemain. On était toujours payés le vendredi et on s'arrachait la tête comme s'il n'y avait pas de lendemain. On restait devant la shop à fumer des cigarettes, c'était mongol et pas motivant, mais c'était là.
Hugo Lachance : Tu as fait tout cet album avec ta guitare Regal ?
Alex Jones : Oui, mon incroyable Regal ! Pendant la préproduction, Éric Goulet me disait que je n'en avais pas besoin, mais je l'ai utilisée comme une guitare normale. C'est une de mes plus vieilles guitares avec ma Strat. Un luthier m'avait monté un double micro sur la Regal, mais ça donnait un son « flat » comme une guitare de jazz. Ça marchait mal avec ma distorsion. C'est Éric qui m'avait proposé d'essayer autre chose, mais j'ai dit : « De la merde », et j'ai gardé ce son assez rond sur l'album.
Hugo Lachance : Cette guitare-là ne s'est pas fait voler ?
Alex Jones : Non, ils ont seulement volé l'autre. J'avais mon incroyable Strat dans un « case » flambant neuf. Ils avaient défoncé le truck à coups de barre de fer, pété deux fenêtres et volé mon Aria. C'est après ça que j'ai acheté ma première Coronado 2. Ça explique peut-être la qualité du son et la réalisation d'Éric; cet album est fantastique et vous avez des sons spéciaux.
Étienne Carrier : J'ai utilisé une guitare qui appartenait à une connaissance de Jean Leloup. Un musicien me l'avait prêtée, c'était une sorte de Gibson ES, le modèle de Jimmy Raney qui est mon idole de guitariste jazz. C’est pour ça que je l’avais achetée, elle était vraiment unique.
Hugo Lachance : Chapitre 26 : Mauvaise vie. Un classique. Les gens la confondent souvent avec Mara Tremblay, mais c'est Eve Déziel qui chante.
Alex Jones : Éric Goulet nous l'a présentée parce qu'elle avait une voix spéciale. On ne se mentira pas, je ne lui ai pas vraiment parlé, elle est venue enregistrer et c'est tout. C'était un peu comme avec Marjo sur « Saint-Armand », j'ai encore moins parlé à Eve qu'à Marjo. Je l'ai croisée souvent par la suite et j'étais toujours content de la voir. Je pense que ses dernières prestations étaient avec nous autres, on lui avait donné les paroles.
Étienne Carrier : C'est une très belle chanson. Pour le texte, c'est Alex et Éric qui ont fait la moitié chacun, et on a fait la musique ensemble. C'est vraiment du 50/50. C'est resté l'une des tounes les plus populaires de l'album. Le seul reproche de Jean-Robert Bisaillon, c'est que la seule chanson qui jouait à Radio-Canada, c'était un « cover », mais de quoi ? On achève, il reste deux tounes qui brassent.
Hugo Lachance : Chapitre 27 : Un char (Criss que j'ai le goût de m'acheter).
Alex Jones : C'était ma version de J.J. Cale parce que ça faisait un bout que je caressais cette idée-là sans qu'elle aboutisse. C'est écrit de la main gauche, c'est assez basique. C'est un moment fort de l'album parce que ça brasse pas mal.
Hugo Lachance : Chapitre 28 : Fais de moi un cowboy.
Alex Jones : J'ai composé cette chanson pour S'entraide, ce n'est pas vrai, c'est moi qui l'ai composée. C'était mon premier vrai départ très country, je voulais que ça entraîne. C’est un peu comme « 42 pièces par jour ». J'ai d'ailleurs vendu plus de démos que d'albums d'Étienne Carrier.
Hugo Lachance : Chapitre 29 : SEGMENT Rafales. On fait le top 3 de l'album.
Alex Jones : Mon top 3 : « Les camions », « Je vis dans la forêt » et « Café Chrétien ».
Hugo Lachance : Même les paroles vieillissent bien là-dedans. « Elle avait les boules basses » aussi, c'est plus profond qu'on pense. Qu'est-ce que tu voudrais qu'on retienne de cet album ?
Alex Jones : Monétairement, je me suis retrouvé là-bas. On ne peut pas acheter une maison avec cet album-là. On retient ce qu'on veut, c'est comme la température ressentie.
Hugo Lachance : Chapitre 30 : Conclusion. On vient de finir deux épisodes. Dans deux semaines, on abordera l'album Fantastik.
Alex Jones : Attendez-vous à des révélations juteuses !
Hugo Lachance : Merci beaucoup les gars pour votre collaboration ! On se retrouve bientôt pour parler de Fantastik, au revoir !