Veranda : Là-bas
Veranda : Là-bas
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Le 13 avril 2023, c’est à la Salle des Tortues à Montréal que s’est déroulé l'enregistrement de L’Album Podcast. Autour du micro, Hugo Lachance reçoit le duo Veranda, composé de Catherine-Audrey Lachapelle et Léandre Joly-Pelletier. Venus décortiquer leur opus Là-bas, les deux complices lèvent le voile sur un projet unique qui marie avec brio les codes du bluegrass traditionnel à la sensibilité de la chanson folk francophone.
Paru en septembre 2022 sous l'étiquette Big in the Garden, Là-bas se déploie comme une véritable « ode à l’errance ». À travers ses 11 pistes, le disque explore la solitude, la condition humaine et la quête d'identité en s'ancrant dans de grands paysages cinématographiques de forêts et de rivières.
[00:01:32] // Catherine-Audrey Lachapelle revient sur son rôle marquant dans la série District 31
[00:07:45] // Les coulisses des tournages de vidéoclips pour Patrice Michaud et Arcade Fire
[00:12:42] // L'éveil musical : Léandre Joly-Pelletier et l'histoire de sa toute première guitare
[00:21:18] // Coup de foudre artistique : la rencontre fortuite du duo Veranda
[00:37:45] // LE SEGMENT : L'art et la technique du yodel traditionnel
Veranda est le fruit d'une synergie rare entre le jeu dramatique et la rigueur instrumentale. Catherine-Audrey Lachapelle est une actrice de talent issue de la promotion 2008-2012 de l'Option-Théâtre du Collège Lionel-Groulx. Le grand public l'a adoptée à la télévision grâce à ses rôles dans Yamaska et surtout District 31, où elle prêtait ses traits au personnage de Virginie Francoeur. Nourrie depuis l'enfance par l'œuvre de Dolly Parton, elle injecte une théâtralité et un sens du récit exceptionnels au projet.
À ses côtés, Léandre Joly-Pelletier déploie une solide feuille de route de multi-instrumentiste (voix, guitares, mandoline). Ayant collaboré avec de multiples têtes d'affiche de la scène folk, son jeu est profondément guidé par l'héritage des pionniers du genre, notamment Bill Monroe. Le duo s'est croisé pour la première fois lors de séances de jam bluegrass dominicales organisées dans un bar sportif du boulevard Saint-Laurent à Montréal. La toute première chanson qu'ils ont harmonisée ensemble fut d'ailleurs Kentucky Waltz de Bill Monroe.
Pour donner vie aux compositions, l'enregistrement s'est installé au studio Treatment Room sous la gouverne d'une équipe de musiciens d'élite :
Joe Grass : Banjo clawhammer, pedal steel
Tommy Gauthier : Violon
Marc-Olivier Tremblay Drapeau : Contrebasse
Léa Jarry : Chœurs enveloppants sur les pièces Forêt et La Visite
Le mixage a été confié à Gilles Castilloux et le matriçage à Ryan Morey, tandis que le visuel de la pochette s'appuie sur une œuvre de Denis Beaudet et une photographie de Félix Renaud. Comme le soulignait la critique Valérie Marcoux dans Le Soleil, le disque brille par des voix authentiques qui se marient de manière brute et organique. Sylvain Cormier du Devoir y a quant à lui décelé une quête poétique qui chante « le désir d’être bien quelque part » pour s'affranchir de l'ennui.
L'épisode permet de voyager à travers les arrangements épurés du répertoire :
Toutes les rivières : Une douce et profonde introspection sur le besoin de s'arrêter pour faire le point après des années de mouvement perpétuel.
La Visite : Une chanson inspirée des contes traditionnels et du folklore forestier, qui dépeint l'attente languissante d'une femme dont l'amoureux travaille dans les chantiers du Nord.
Escuminac Breakdown : Une pièce instrumentale dynamique et texturée qui illustre parfaitement le point de rencontre entre respect de la tradition et modernité.
Près de la moitié de l'opus a été composée à Escuminac, en Gaspésie. À la suite d'une rencontre chaleureuse au Festival Bleu de Carleton, des amis ont invité le duo à s'installer sur leur propriété. Catherine-Audrey et Léandre ont pu s'isoler dans un petit chalet et utiliser un studio aménagé dans une vieille grange, composant face aux paysages inspirants de la péninsule.
Contrairement à la majorité des interprètes qui s'exercent avec des structures phonétiques d'apprentissage, Catherine-Audrey a développé son yodel de manière totalement autodidacte. Elle s'est imprégnée de l'art de la bascule vocale en écoutant en boucle les vieux disques vinyles de son grand-père, particulièrement ceux du pionnier Will Skanter. Elle confie que pour bien yodler, il faut être « à l'os » et abandonner tout jugement sur soi-même pendant l'exécution.
Pour préserver l'électricité et la cohésion naturelle propres à la musique acoustique, Veranda insiste pour enregistrer les pistes de base (bed tracks) en direct. Catherine-Audrey et Léandre s'installent simultanément dans le studio avec la contrebasse pour capter l'énergie brute de la performance, choisissant la plupart du temps d'évoluer de façon libre, sans l'aide d'un métronome (clic). Les pistes vocales et les harmonies sont superposées par la suite.
Le morceau explore les remises en question existentielles et les bilans intimes qui accompagnent généralement l'entrée dans la trentaine. Le texte s'attarde au vertige de mesurer le chemin parcouru vis-à-vis des attentes de la jeunesse, tout en cherchant une manière douce de dédramatiser ces angoisses universelles liées à l'avenir et à la consolidation de son identité.
Son incarnation de la populaire Virginie Francoeur à l'écran a offert un coup de projecteur et une visibilité inestimable au projet musical. Piqués par la curiosité, de nombreux téléspectateurs ont choisi de pousser la note plus loin en allant découvrir l'actrice sur scène en formule concert, ce qui a grandement contribué à remplir les salles de spectacles dès les balbutiements du duo.
Au sens large, le bluegrass se résume à de la musique country interprétée exclusivement sur des instruments 100 % acoustiques. Historiquement et techniquement, le genre possède un certificat de naissance précis : il est né en 1946 sous l'impulsion de Bill Monroe et de sa formation The Blue Grass Boys. Ces derniers ont révolutionné la scène en fusionnant le blues américain, le jazz et le country traditionnel autour d'une technique de banjo révolutionnaire et syncopée.
Le budget de production repose sur un équilibre entre deux sources de revenus. D'une part, le projet a obtenu l'appui financier d'organismes culturels publics, notamment des subventions du Conseil des arts du Canada et de Musicaction. D'autre part, le duo a réinvesti les fruits de son propre travail, capitalisant sur les revenus générés par une tournée intensive de près de 70 spectacles à la suite de leur parution précédente.
Sources et références journalistiques :
Chronique de Sylvain Cormier, Le Devoir, 16 septembre 2022.
Critique de Valérie Marcoux, Le Soleil, 17 septembre 2022.
Portrait de Josée Lapointe, La Presse, 22 septembre 2022.
Chronique de Darryl Sterdan, TNNITIST, 6 octobre 2022.
Données et propos recueillis lors de l'épisode de L'Album Podcast à la Salle des Tortues.