Avec pas d'casque : Astronomie
Avec pas d'casque : Astronomie
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Avec pas d'casque Bandcamp : https://avecpasdcasque.bandcamp.com/
Le 10 apiil 2024, c’est à la Salle des Tortues à Montréal que s’est déployé l'enregistrement de L’Album Podcast. Autour du micro, l'animateur s'est installé avec deux figures incontournables de la création multidisciplinaire québécoise : Stéphane Lafleur et Joël Vaudreuil. Ensemble, ils sont venus décortiquer l'ADN d'Astronomie, l’album emblématique de la formation Avec pas d'casque.
Lancé en 2012, cet opus demeure une référence absolue du folk atmosphérique, brillant par sa poésie brute, son minimalisme maîtrisé et sa capacité à bercer l'auditeur.
[00:11:07] // Les coulisses et l'anecdote de l'acteur dans le film La disparition des lucioles de Sébastien Pilote
[00:13:14] // Joël Vaudreuil nous présente son long métrage d'animation primé Adam change lentement
[00:16:35] // Le grand débat d'étiquettes : Avec pas d’casque fait-il du « Rock vedge » ?
[00:43:56] // Comment le groupe est involontairement devenu un symbole musical du Printemps érable en 2012
[00:49:14] // Les souvenirs inconfortables de leur émission de télé en direct à MusiquePlus
[00:03:07] // L'anecdote mémorable entourant l'enregistrement de la chorale
[01:08:46] // La petite histoire de la maison mystérieuse dotée d'une cheminée en dragon
[01:15:00] // Les coulisses et l'enregistrement du solo de guitare
Au cœur d'Avec pas d'casque réside une connexion intime avec l'univers visuel. Les deux piliers du projet mènent des carrières parallèles majeures derrière la caméra. Stéphane Lafleur est un réalisateur et monteur de renom, salué pour ses longs métrages acclamés comme Continental, un film sans fusil, Tu dors Nicole et le récent Viking. De son côté, Joël Vaudreuil s'impose comme un illustrateur et cinéaste d'animation au style unique, dont le film Adam change lentement a voyagé jusqu'au Japon, berceau de l'animation.
Paru le 20 mars 2012 sous la bannière Dare to Care / Grosse Boîte, l'album Astronomie a profité de cette sensibilité cinématographique. Sa genèse s'avère d'ailleurs singulière : le titre et la direction thématique ont été inspirés par un collage d'enfant aperçu dans une Maison de la culture — un système solaire en 3D bricolé avec des boules de styromousse et des assiettes d'aluminium, où le mot « astronomie » était tracé à la main. Ce concept a imposé une imagerie centrée sur la nuit, le silence, l'infini et la tendre petitesse de l'humain face à l'immensité de l'univers.
L'accueil de l'industrie a été unanime :
Gala de l'ADISQ 2012 : Sacré grand lauréat des prestigieux prix « Album de l'année – Choix de la critique » et « Album de l'année – Folk ».
Gala du GAMIQ 2012 : Couronné « Album Folk de l'année », tandis que la formation mettait la main sur le titre d'« Artiste de l'année ».
L'épisode s'applique à analyser l'écriture imagée de Lafleur à travers des pièces maîtresses :
Intuition #1 : Véritable hymne à l'instinct, cette chanson est devenue indissociable de l'année 2012 au Québec, s'invitant naturellement comme trame sonore spontanée dans les rassemblements sociaux de l'époque.
La journée qui s'en vient est flambant neuve : Une ode lumineuse à l'espoir et à la résilience, invitant à avancer malgré le poids du passé.
Apprivoiser les avions : Un morceau empreint de nostalgie évoquant le territoire de Mirabel et la patience amoureuse.
Talents : Une réflexion touchante sur la sensibilité humaine et la capacité de chacun à percevoir le monde qui l'entoure différemment.
En combinant une mélancolie douce à un humour robuste et terre-à-terre, le groupe réussit le tour de force d'offrir sur scène une relation d'une grande intimité avec son public, décrite par plusieurs critiques comme un véritable baume sur une plaie ouverte.
L'inspiration derrière cette ligne marquante de la pièce La journée qui s’en vient est flambant neuve provient directement d'une œuvre visuelle créée par l'artiste Carmen Menza. Stéphane Lafleur se souvient d'avoir été profondément marqué par l'un de ses dessins ou peintures qui mettait en scène un personnage surmonté d'un diamant flottant au-dessus de la tête, une image forte qu'il a par la suite transposée et adaptée dans ses textes.
Ce motif rythmique, qui rappelle la cadence d'une marche équestre, a été breveté par le multi-instrumentiste Nicolas Moussette. Plutôt que de se tourner vers des percussions ou des instruments traditionnels, il a choisi de frapper l'un contre l'autre deux petits verres en plastique (un bleu et un blanc) dénichés dans son atelier, qui s'avéraient être des verres promotionnels thématiques de Spider-Man datant de 1962.
Au sein du groupe, ses collègues l'ont amicalement surnommé le « Buffer King ». Stéphane détient une capacité remarquable pour calculer de manière chirurgicale les temps de déplacement sur les routes lors des tournées. Il prend en compte les imprévus et les arrêts logistiques à la minute près, permettant au groupe de se pointer exactement à l'heure convenue pour les spectacles ou les entrevues, devançant régulièrement la précision des algorithmes de Google Maps.
Les sessions d'enregistrement se sont déroulées directement dans l'espace de création de Nicolas Moussette, situé au rez-de-chaussée d'un duplex typique de la Petite Italie à Montréal. Le local abritait autrefois un vieil atelier de tailleur de marbre, ce qui a exigé des musiciens un travail colossal de nettoyage, de désencrassage et d'insonorisation artisanale avant de pouvoir y capter les premières notes.
À la suite d'une participation particulièrement stressante dans les studios de la station MusiquePlus, Stéphane Lafleur et Joël Vaudreuil ont réalisé qu'ils étaient profondément inconfortables avec les rouages et le cadre rigide de la télévision direct (les mouvements de caméras, les décomptes techniques). Estimant que leur insécurité transparaissait à l'écran et nuisait à l'authenticité de leur proposition artistique, ils ont d'un commun accord décidé de rayer ce format de leurs plans promotionnels.
La signature nominale du projet a été trouvée en un éclair, en l'espace de cinq minutes à peine, lors des balbutiements du groupe. Elle s'inspire directement d'une tournure de phrase récurrente employée par le chroniqueur sportif Jean Dion dans les pages du journal Le Devoir, qui utilisait cette expression imagée pour décrire un joueur de hockey sur glace évoluant sans casque protecteur.
Les deux créateurs se sont croisés pour la première fois alors qu'ils gagnaient leur vie dans l'univers de la postproduction télévisuelle. Stéphane occupait un poste de monteur d'émissions tandis que Joël y travaillait à titre d'assistant-monteur. Leur passion commune pour la chanson et le rock alternatif les a rapidement poussés à se réunir chaque samedi dans un local de la Cité 2000 pour commencer à improviser et bâtir leurs premières maquettes.
Sources journalistiques et critiques :
Chronique de Catherine Handfield, La Presse, 13 mai 2024.
Critique d'Olivier Lalande, Voir, 22 mars 2012.
Chronique d'Éric Dumais, Bible Urbaine, 9 avril 2012.
Bilan annuel d'Olivier Robillard Laveaux, Voir.ca, 31 décembre 2012.
Analyse de Maxime Catellier, Les voix parallèles, Hiver 2013.
Contenu issu de l'épisode du 10 avril 2024 de L'Album Podcast enregistré à la Salle des Tortues.
Transcription intégrale de l’épisode avec Avec pas d’casque : Astronomie