Transcription de l’épisode avec Avec pas d’casque : Astronomie
Avertissement : Cette transcription est le fruit d'une collaboration avec une intelligence artificielle qui fait de son mieux, mais qui ne saisit pas toujours toutes les "subtilités" de nos discussions. Le fichier audio/vidéo original demeure la seule référence officielle. Si un passage vous semble bizarre, faites confiance à vos oreilles et allez écouter l'épisode !
Hugo Lachance : Bonjour à tous ! Nous sommes le 26 avril 2024. Nous sommes à Montréal dans le studio La salle des tortues. C'est un studio sur écran vert qui est disponible pour vous si vous avez besoin de faire des vidéoclips ou des entrevues. Madame Véro Lambert va vous accueillir avec sa nouvelle caméra top-notch. Vous pouvez la contacter sur les réseaux sociaux et je vais mettre le lien aussi en commentaire. Aujourd'hui, c'est un épisode super important pour moi parce que ça fait pratiquement un an qu'on essaie de le faire. On se retrouve de l'autre côté du thème à L’Album Podcast.,
Hugo Lachance : Alors, je suis en compagnie de Stéphane Lafleur et de Joël Vaudreuil du groupe Avec pas d’casque. Bienvenue messieurs !
Stéphane Lafleur : Salut.
Joël Vaudreuil : Salut.
Hugo Lachance : Comme je disais en introduction, on se court après depuis à peu près un an. On a finalement réussi à s'attraper. Tant mieux ! On est ici pour parler de votre album Astronomie, qui est paru en 2012. On va en parler un petit peu plus tard, mais pour commencer, je veux vous poser des questions que je pose à peu près à tous mes invités pour apprendre évidemment à savoir d'où vous venez. Comme ça, on apprend comment vous avez réussi ce que vous avez fait avec votre album. Alors, Stéphane Lafleur, c'est un gars de où ?,
Stéphane Lafleur : Un gars de Saint-Jérôme. Je suis natif de Saint-Jérôme, même de La Fontaine plus précisément. J'ai passé les dix-neuf premières années de ma vie là-bas, puis après ça, j'ai bougé à Montréal.,
Hugo Lachance : OK. Puis ton album d'enfance ?
Stéphane Lafleur : Album d'enfance, je n'ai pas souvenir d'avoir un album d'enfance. Je me souviens de cassettes de Metallica qui se prêtaient dans la cour d'école. Il y avait une coupe de vinyles québécois aussi dans le sous-sol que j'ai découverts. Mais la musique s'écoutait beaucoup en VHS chez nous. Mes parents enregistraient de la musique à la télé au début des années 80. C'est bizarre, mais la musique s'écoutait beaucoup en VHS. Voilà, mes premiers souvenirs de musique sont à la télé.,
Hugo Lachance : Tu parlais de Metallica tantôt. Est-ce que c'est ton album d'adolescence ?
Stéphane Lafleur : Non. Moi, j'étais un ado du grunge. Le grunge, Nirvana, est arrivé en même temps que mon premier bouton. Je suis vraiment tombé là-dedans à fond.,
Hugo Lachance : OK, on est de la même génération. Et puis, qu'est-ce qui jouait dans le char de tes parents ?
Stéphane Lafleur : Ah, la radio ! Ce n'était pas des... mes parents n'étaient pas des écouteurs d'albums nécessairement. C'était vraiment la radio. C'était les hits de la radio, les hits de l'heure.
Hugo Lachance : OK, cool. Puis ton premier instrument de musique ?
Stéphane Lafleur : La flûte à bec en deuxième année du primaire, comme à peu près tout le monde. C'est le fun. Au secondaire 1 et 2, j'ai joué du sax alto. Ça, je n'ai pas fait une grande carrière. J'étais alto 2, ce qui en dit long sur mes capacités. Je ne pourrais pas en jouer aujourd'hui. On n'en retrouve pas dans les albums, ce n'est pas moi qui joue.,
Hugo Lachance : Joël Vaudreuil, même question. Joël, c'est un petit gars de où ?
Joël Vaudreuil : Contrecœur en Montérégie, qui n'est pas loin de Sorel.
Hugo Lachance : OK. Et puis, ton album d'enfance ?
Joël Vaudreuil : L'amour est sans pitié de Jean Leloup. Je l'ai écouté tous les jours pendant à peu près deux ans. Encore aujourd'hui, quand je l'écoute, c'est comme... je pense que c'est la première fois que j'avais l'impression qu'il y avait un album qui s'adressait à moi, à 9 ou 10 ans.,
Hugo Lachance : Je comprends, parce que je l'ai réécouté récemment, c'est un album qui vieillit super bien. C'est encore vraiment très, très, très bon cet album. Puis ton album d'adolescence ?
Joël Vaudreuil : Je dirais Dirt d'Alice in Chains. Il me semble que j'ai beaucoup, beaucoup trippé sur le premier album de Rage Against The Machine aussi. En effet, je trippais sur Tom Morello, comment il jouait de la guitare. J'achetais des revues pour voir comment il faisait ses sons de scratch puis je ne comprenais rien. C'était malade !,
Hugo Lachance : Ah oui, c'est hallucinant ! Je suis tout à fait d'accord avec toi. Puis, qu'est-ce qui jouait dans le char de tes parents ?
Joël Vaudreuil : Ben, comme Stéphane, je pense que mes parents étaient très radio. Comment ça s'appelait donc ? Boom FM. C'est toutes les succès, toutes les tounes que ce sont des tounes des Beatles mais interprétées par un band français que mes parents ne savaient pas que c'était les Beatles. C'est ce genre de musique. C'est une station de radio qui est dans le Centre-du-Québec, je pense. Sinon, ma mère aimait... je connais toutes les tounes de Claude Barzotti à cause de ma mère aussi. Ça rend un homme émotif.,
Hugo Lachance : Ton premier instrument ?
Joël Vaudreuil : Guitare électrique. Mon père m'avait amené au magasin de musique puis il m'avait dit : « Je te paye la moitié de l'instrument que tu veux ». Comme je n'avais pas beaucoup d'argent, je me suis acheté une guitare électrique Samick couleur crème.,
Hugo Lachance : Alors là, je m'adresse à vous deux. Vous souvenez-vous du moment où vous avez réalisé que la création allait être fondamentale dans votre vie ?
Stéphane Lafleur : Tôt. Mais exactement où, je ne sais pas. Mais rapidement, j'ai compris qu'il allait y avoir de la création. Dès le primaire, je savais. Je ne savais pas encore le médium, je cherchais le médium, mais l'écriture, le dessin, c'était super important.
Joël Vaudreuil : Moi, c'était mon lubrifiant social quand j'étais jeune. C'est comme ça que j'arrivais à entrer en contact avec le monde, par le dessin puis les trucs comme ça. C'est un peu la même chose pour moi au secondaire : vu que je dessinais bien, ça m'ouvrait des portes. Même à la maternelle, j'avais comme des phobies sociales et, par le dessin, j'arrivais à me faire des amis parce qu'on dessinait ensemble.,
Hugo Lachance : C'est parfait ça ! Je pose la question parce que le but du podcast, ce qui m'intéresse, c'est vraiment la création. Comment on arrive à créer quelque chose ? Puis, en l'occurrence avec vous, comment on arrive à créer un album comme Astronomie ? Qu'est-ce qui est apparu en premier : musique ou cinéma ?
Stéphane Lafleur : La musique. La musique est arrivée plus vite, mais avec aucune ambition d'en faire quelque chose de public. C'était un hobby. Le parcours académique est plus cinématographique. Quand j'étais jeune, c'était la Sainte Trinité : en même temps, au club vidéo on pouvait louer une caméra VHS pour une fin de semaine et faire des conneries avec, puis au magasin de musique à Sorel, on pouvait louer un 4-track à cassette pour une fin de semaine. J'ai commencé à faire les deux en même temps. C'était le même niveau de qualité vidéo, mais c'était le genre de truc qui allume un désir de jouer.,
Hugo Lachance : Est-ce que tu as conservé ça ?
Stéphane Lafleur : Ouais, il y a des cassettes.
Joël Vaudreuil : Moi aussi. Mon ami Marc avec son frère Martin, leur père avait une caméra vidéo puis on s'amusait à faire des films d'action, puis du doublage. On a tout fait ça. Mais c'était tellement le fun ! C'est qu'il faut que tu aies les bons amis, il faut que tu aies la bonne gang pour tomber dans cette affaire-là. C'est aussi créer un lien entre la création et le plaisir, et non pas la création et l'ambition.,
Stéphane Lafleur : Et c'est malade aussi parce que si tu as accès à une caméra pendant une journée et que tu as des fantasmes de long-métrage, finalement tes cassettes ce sont juste des intros de films. Tu as juste les quatre premières minutes de tous les films que tu veux faire dans ta vie, puis ils sont tous un peu pas bons. C'est ridicule. Tu te rends compte que c'est long faire un film.,
Hugo Lachance : Je pose la question parce qu'on va en apprendre un petit peu plus sur vous : vous êtes tous les deux cinéastes aussi. Est-ce que vous réécoutez souvent vos albums ? Avez-vous réécouté Astronomie avant de faire le podcast ?
Joël Vaudreuil : Non. J'ai appelé Stéphane pour lui demander parce que moi j'ai douté, j'étais comme : « Je devrais-tu ? ». Mais non, je ne l'ai pas fait.
Hugo Lachance : Est-ce que vous les écoutez parfois ?
Stéphane Lafleur : Jamais. À moins d'une obligation de répétition ou quelque chose comme ça. Il n'y a pas un samedi où je me lève et je me dis : « Tiens, je réécouterais bien Dans la nature ».,
Joël Vaudreuil : En fait, ce n'est pas vrai. Moi, j'avoue que je réécoute pour apprendre. Comme on n'a pas des pratiques régulières, quand on a un événement, je me fais une playlist puis je drum par-dessus. À ce niveau-là, j'en réécoute en partie, juste les sélections.
Hugo Lachance : Je commence par vous présenter individuellement. Stéphane Lafleur, donc tu es cinéaste. Ta filmographie... tu as réalisé neuf longs métrages à peu près ?,
Stéphane Lafleur : Non, pas du tout ! Quatre.
Hugo Lachance : Bon, bien il y a des erreurs dans ton dossier de presse !
Stéphane Lafleur : C'est possible. Dans IMDB, il y a au moins neuf titres associés à moi en tant que monteur. J'ai monté des films aussi.
Hugo Lachance : Parce qu'il faut dire que je monte mes entrevues avec Wikipédia !
Stéphane Lafleur : Tu vas pouvoir les corriger ! Donc Continental, un film sans fusil, qui t'a valu deux Jutra et un paquet d'autres distinctions. Tu es fin d'être venu aujourd'hui ! C'est drôle parce que Véro, qui est propriétaire de La salle des tortues, a fait la même chose hier mais avec Viking.,
Hugo Lachance : Écoute ! Donc tu as aussi En terrains connus, Tu dors Nicole que j'ai vu aussi lors de sa sortie, un super bon film. Viking où on dirait la planète Mars. Donc tu es aussi réalisateur, scénariste et tu es aussi monteur pour les projets des autres.,
Stéphane Lafleur : J'ai monté Monsieur Lazare de Philippe Falardeau, Le démantèlement de Sébastien Pilotte...
Hugo Lachance : J'ai joué dans un film de Sébastien Pilotte ! La disparition des lucioles.
Stéphane Lafleur : Bien, j'ai monté ça !
Hugo Lachance : Tu l'as monté ? C'est à cause de toi qu'on voit juste ma barbe ?
Stéphane Lafleur : Bien oui !
Hugo Lachance : Parce que je joue avec WD-40. On a joué notre propre rôle dans le film de Sébastien Pilote et La vérité de Marc Bizillon. Quand j'ai vu La disparition des lucioles, on voit ma barbe à peu près deux secondes.,
Stéphane Lafleur : Ouais, mais elle était super mise en valeur !
Hugo Lachance : Je te remercie. C'est quoi la job de monteur ?
Stéphane Lafleur : Le cliché est de dire que c'est la dernière écriture. Toutes les images ont été tournées, puis on les organise, on raconte l'histoire. On choisit la durée des plans, les prises, on travaille la structure. C'est vraiment un travail de création, d'écriture, de rythme. J'apprends beaucoup à le faire et tu as vraiment l'impression que tu apportes quelque chose au projet. Tu fais monter le même matériel par deux personnes et tu as deux films complètement différents.,
Hugo Lachance : Joël, je suis allé avec mes élèves mercredi voir Antigone et j'ai vu ton film qui va bientôt paraître : Adam change lentement.,
Joël Vaudreuil : C'est de l'animation. C'est mon premier long-métrage. Avant ça, j'ai fait à peu près une quinzaine ou une vingtaine de courts-métrages indépendants, puis j'ai fait des vidéoclips aussi. Je suis autodidacte là-dedans. Ce premier long-métrage est arrivé parce que j'avais fait le tour de comment raconter une histoire en neuf minutes. J'avais envie d'un défi scénaristique. C'est aussi un fantasme de spectateur : ce film-là, c'est l'espèce de film d'animation que je n'ai jamais vu mais que j'ai toujours espéré voir au niveau de l'humour, du rythme et du sujet. C'est un film qui est assez lent, avec un humour pince-sans-rire, des personnages adolescents introspectifs.,,,
Hugo Lachance : Tu crées des personnages un peu étranges. Adam, c'est un grand adolescent un peu déformé qui grandit à toutes les fois qu'il se fait intimider. Un personnage assez spécial.
Joël Vaudreuil : Il sort en salle le 7 juin officiellement. Il va faire quelques cinémas comme le Beaubien ou le Parc.
Hugo Lachance : Tu es illustrateur aussi et membre d'Avec pas d’casque, Moussette, Le diable comme l'outil et Cheval fou. Est-ce que tu continues à jouer avec ces groupes-là ?
Joël Vaudreuil : C'est jamais fini tant qu'il n'y a pas quelqu'un qui est mort ! Le diable comme l'outil est un projet personnel qui roule tout le temps. Moussette, à la seconde qu'il lève un flag, on est là. Cheval fou, ça vient par vagues.,
Hugo Lachance : On se rapproche d'Avec pas d’casque. Un démo en 2004, un premier album avec un des meilleurs titres au monde : Trois chaudières de sang.,
Stéphane Lafleur : C'est Joël qui a trouvé le titre. Comme j'avais écrit les tounes, la condition était que lui choisissait le titre de l'album. Il est arrivé avec ça.
Hugo Lachance : C'est quoi trois chaudières de sang ?
Joël Vaudreuil : C'est juste le plaisir des contrastes. Je trouvais ça drôle de mettre ce titre-là avec cette musique-là. À l'époque, notre local était à la Cité 2000. C'est un ancien entrepôt où il y a deux cents locaux par étage avec huit bands par local, tous des bands de métal. Nous autres, on faisait du folk. On se faisait enterrer par le bass drum du band d'à côté. On était tout le temps en position de lutte. On faisait des tounes assez douces et le titre créait un contraste qui nous faisait rire.,
Hugo Lachance : En 2006, Dans la nature jusqu'au cou, en 2008 Astronomie, en 2012 Dommage que tu sois pris... non, Astronomie en 2012, pardon. L'origine du nom du groupe ?,
Stéphane Lafleur : Ça vient d'une tournure de phrase de Jean Dion, journaliste sportif au Devoir, pour parler d'un joueur évoluant sans casque protecteur. On a trouvé le nom en cinq minutes. On pensait que le band allait durer six mois.
Hugo Lachance : Comment vous vous êtes rencontrés ?
Stéphane Lafleur : On travaillait au même endroit. J'étais monteur d'un show de télé et lui était assistant-monteur. On s'est mis à parler de musique. Il venait de partir un band qui s'appelait Les Gregory Charles. Le concept était que chaque membre jouait d'un instrument qu'il ne maîtrisait pas. Joël jouait du drum depuis à peu près cinq minutes. Il m'a dit : « Viens au local, j'aime mieux jouer avec quelqu'un que d'accompagner des CD ». On se voyait les samedis à la Cité 2000. De fil en aiguille, je suis arrivé avec une couple de tounes, je n'avais pas le goût de faire des covers. Un moment donné, on a booké un show de vingt minutes. Il fallait se trouver un nom de band.,,
Hugo Lachance : C'était pas de la première partie de bands métal ?
Stéphane Lafleur : On a fait beaucoup de premières parties de bands punk, parce que les gens que Joël connaissait, c'était La descente du coude et tout ça. Les débuts, c'était des matchs des fois ! Il y avait plus de criage dans nos tounes au début, un peu à cause de la Cité 2000. Le bruit ambiant était tellement fort qu'on sentait le besoin d'être méchants.,
Hugo Lachance : Dans Avec pas d’casque, qui travaille le plus fort ? Le musicien, le cinéaste ou le poète ?
Stéphane Lafleur : Avec le temps, c'est vraiment un band. C'est tough de durer. Ça fait vingt ans qu'on a commencé. Ça a toujours été assez démocratique, il n'y a pas d'ego. Tout le visuel, c'est Joël qui le fait. Il y a un sentiment d'appartenance partagé. Même si c'est moi qui compose, Joël amène tout son input visuel qui fait partie de l'univers du groupe autant que les chansons.,
Hugo Lachance : Vous connectez les deux parce que tes paroles sont très imagées.
Joël Vaudreuil : C'est arrivé aussi que les pochettes arrivent avant que les tounes soient finies et que les dessins influencent les paroles. Pour Trois chaudières de sang, Joël avait trouvé le titre avant que j'écrive la toune. Il y a toujours eu ce dialogue entre nos yeux et nos oreilles. Souvent, quand on tombe en période de mix, je me retire car je fais moins confiance à mon oreille, et je travaille sur la pochette. Je fais confiance à leur oreille et ils font confiance à mes yeux. Même en tournée, on a trouvé nos positions : qui pilote, qui est copilote, qui fait les playlists. Chaque fois qu'on part en tournée, j'ai l'impression d'aller dans un camp de vacances avec des amis.,,,
Hugo Lachance : C'est ce qu'on disait avec WD-40 : on part avec les chums faire du rock, c'est un moment spécial. C'est ça le band qui vieillit bien.,
Stéphane Lafleur : C'est un commentaire que je me fais souvent dire après les spectacles par des gens que je ne connais pas : « Ça paraît que vous êtes amis ». C'est un super beau commentaire. On a toujours approché la scène comme si on jouait dans le salon de nos amis.,,
Hugo Lachance : À la base, Avec pas d’casque était un duo ?
Stéphane Lafleur : Oui, au début. Nicolas Moussette est arrivé après Trois chaudières de sang. On l'a mis au lap steel, il ne savait pas en jouer. Le critère pour entrer dans le band, c'est qu'il faut que tu sois smart, pas que tu sois bon ! Mathieu Charbonneau est arrivé juste avant Astronomie. Souvent, tu enregistres et tu fais plus d'arrangements que ce que tu es capable de faire live. La porte d'entrée, c'est : « Ah, ça serait cool qu'il y ait quelqu'un de fin qui joue ça avec nous ».,,
Hugo Lachance : En parlant de concert, vous avez développé une relation particulière avec vos spectateurs. Les gens chantent avec vous. C'est quoi la relation avec votre public ?
Stéphane Lafleur : Ça va dans les deux sens. Au début, on se battait un peu avec une foule qui n'était pas venue pour écouter cette musique-là. On avait un côté qui ne se prenait pas au sérieux, on criait un peu. Tranquillement, je me suis rendu compte que les tounes dont on me parlait le plus étaient les plus introspectives. Ça m'a donné confiance d'aller dans cette direction parce que ça m'intéressait plus. C'est un dialogue avec le public qui nous a suivis. La crowd s'est construite organiquement. On faisait des shows devant quatre personnes, puis cinq, puis six. Personne ne venait nous voir parce qu'il était forcé. On ne roulait pas sur un hype, mais sur un intérêt réel.,,,,
Joël Vaudreuil : Parfois, tu fais des shows devant vingt personnes dans une grande salle, mais elles sont tellement attentives que tu sors de là avec l'impression d'avoir fait un show devant dix mille personnes. L'écoute est hallucinante.,
Hugo Lachance : Chapitre 8 : Rock vedge. Sur les CD, il y a comme une étiquette pour chaque chanson où l'on retrouve la durée et le style. À un endroit, c'était écrit « rock vedge ». Est-ce que c'était voulu ? J'adore ça !
Stéphane Lafleur : C'est parfait ça ! Je ne sais pas d'où ça sort, j'adore ça moi aussi.
Joël Vaudreuil : Pour Astronomie, j'avais proposé « folk astronomique », il me semble. Notre premier album était classé « World » si je me souviens bien.
Stéphane Lafleur : Ah oui ? Dans mon playlist, il me semble que le premier était classé « World » et le suivant était « Country ». Mais « rock vedge », j'embrasse le terme ! Ce sera ma contribution pour le prochain album.
Hugo Lachance : On va passer au segment présentation de l'album. Chapitre 9 : SEGMENT : Présentation de l’album. Le titre est Astronomie. À ce sujet, Olivier Lalande écrivait dans le Voir du 22 mars 2012 qu'au cœur de l'opus se trouve un thème nocturne, une prémisse vague survenue après un passage dans une Maison de la culture où le groupe est tombé nez à nez avec un collage portant la mention « astronomie ». Comme pour Dans la nature jusqu'au cou, le titre a été décidé avant même que vous ayez les tounes.
Stéphane Lafleur : Ouais, c'est ça. C'était un genre de bricolage d'enfant. Je me demande même s'il n'y avait pas une assiette en aluminium. C'était des planètes faites avec des boules de styromousse pendues. C'était comme un plan solaire en 3D coupé en deux pour que ça tienne sur le papier.
Joël Vaudreuil : Je suis prof d'arts plastiques, je vois exactement le genre ! C'était écrit « astronomie » à la main. On était ensemble quand on l'a vu et on a fait : « Ben, c'est ça l'album ».
Hugo Lachance : Est-ce que c'était un point de départ parce que les tounes n'étaient pas faites, ou il y en avait déjà ?
Stéphane Lafleur : Il y avait probablement déjà quelques chansons. Souvent, une fois que tu as le titre, ça teinte ce qui reste à composer. C'est le fun de se donner une thématique, ça crée un cadre.
Joël Vaudreuil : Je me souviens pour Dans la nature jusqu'au cou, quand on a trouvé le nom, c'est devenu la thématique sans trop savoir pourquoi, mais ça nous permettait de nommer la chose. Ça crée un cadre pour faire des albums concepts.
Hugo Lachance : L'album est sorti le 20 mars 2012 sur le label Grosse Boîte. La réalisation est de Joël, Nicolas Mousset et Stéphane. Mathieu Charbonneau a joint le band à cette époque ?
Stéphane Lafleur : C'est le premier album sur lequel il joue. Mathieu joue du baryton et de l'euphonium.
Joël Vaudreuil : Il y avait du synthé aussi. Dans les notes sur Bandcamp, on retrouve Nicolas Mousset, Joël Vaudreuil à la batterie, autoharpe, voix, guitare, ukulélé, flûte, clavier et paroles, puis Stéphane Lafleur.
Hugo Lachance : Olivier Lalande, encore dans le même article, dit qu'il en résulte une série de confidences sous les étoiles. C'est l'infini des possibilités, la petitesse de ce que l'on est versus l'immensité de l'univers. C'est l'éternelle question : qui suis-je, où vais-je, quelle est ma place ? Ce sont beaucoup de conversations écrites au « je ». C'est l'univers de tes paroles.
Stéphane Lafleur : Ça ramène à de drôles de places ! Je ne l'ai pas réécouté, donc j'ai hâte qu'on fasse ça ensemble, ça va me revenir tout seul.
Hugo Lachance : Moi je trouve que ça fitte parce que je me suis plongé dedans depuis quelques jours. Mathieu Charbonneau est là au clavier et sax, ou plutôt à l'euphonium et au vibraphone. Il y a aussi du trombone avec Benoît Rocheleau. J'ai une question : ça a été enregistré au Motel Colibri ?
Joël Vaudreuil : C'était notre local de pratique dans la Petite Italie.
Stéphane Lafleur : C'était un motel qui était dans le coin de Rawdon me semble, un nom qu'on aimait beaucoup. En fait, Nicolas restait au-dessus d'un duplex et au rez-de-chaussée, c'était un tailleur de marbre. Quand le tailleur n'a pas renouvelé son bail, Nicolas l'a pris pour faire un studio de musique. Il a fallu tout enlever la poussière, c'était dégueulasse ! On l'a insonorisé et plusieurs bands jouaient là. Nicolas gérait l'horaire et ça finançait une partie de son loyer.
Joël Vaudreuil : Ça ressemblait ici en fait, une espèce de fantasme d'avoir ton atelier et ton studio dans ta maison. Les deux premiers albums d'Avec pas d’casque avaient été faits dans mon salon avec une carte de son à deux entrées et des micros super cheap. Nicolas est arrivé dans le band avec une console, du meilleur équipement et des connaissances plus poussées. C'est lui qui est devenu l'ingénieur de son.
Hugo Lachance : J'ai parlé avec Éric Goulet pour Les Chiens et il expliquait que le drum au début était un « drum valise » parce qu'enregistré dans un appartement.
Joël Vaudreuil : C'était ça ! Je me souviens quand on a fait notre premier album, j'avais fait des notes de trombone et c'était une seule prise parce que la voisine ne trippait pas, et je la comprends !
Hugo Lachance : Le mixage est de Marc-André Batigne, qui travaillait avec Unicorn Care. Il a fallu le retenir ?
Stéphane Lafleur : Il a fallu lui rappeler que ce n'est pas les autres groupes qu'il a mixés. J'ai hurlé quand j'ai entendu ma voix pleine de reverb, j'avais l'impression d'être Sting !
Joël Vaudreuil : C'était la première fois qu'on se faisait mixer par quelqu'un de l'extérieur. Il est arrivé avec une approche peut-être un peu plus « hi-fi » que ce qu'on voulait. Ma voix était perdue dans l'univers.
Hugo Lachance : Il faut dire qu'Astronomie est un petit peu plus produit, c'est comme le début d'une autre étape dans l'évolution du groupe. La période d'enregistrement s'est faite à l'été et à l'automne 2011. Comment ça se passe en studio pour Avec pas d’casque ?
Stéphane Lafleur : Ça a varié. Pour Astronomie, le fait que Nicolas soit l'ingénieur du son faisait qu'on ne pouvait pas tous jouer en même temps. Souvent, c'était guitare et drum. Comme notre bassiste était à la console, ça se faisait un peu en pièces détachées. Après ça, on a fait le EP Dommage que tu sois pris et c'était différent, on a tout fait ensemble dans la même pièce avec Éric Villeneuve.
Hugo Lachance : Ça m'étonne parce que je pensais que l'album était fait quand même assez « live » dans le son.
Stéphane Lafleur : On joue slack de même même en pièces détachées !
Joël Vaudreuil : Quand tu n'es pas dans un vrai studio, tu as des périodes définies. Je me souviens qu'on avait une période précise pour enregistrer le drum parce qu'on avait emprunté des micros à ruban à Patrick Watson. Ça crée des drôles d'horaires. Pendant l'enregistrement d'Astronomie, je travaillais, donc je ne pouvais pas toujours être là.
Stéphane Lafleur : Tu n'es pas dans un espèce de sous-marin de création. Parfois, ça crée des belles surprises de voir où l'on arrive à aller en peu de temps, et d'autres fois tu te dis que tu aurais aimé mettre deux heures de plus.
Hugo Lachance : Le nombre de pistes est de neuf. On passe à la conception de la pochette. Chapitre 10 : Le visuel du groupe. Joël, comment abordez-vous le visuel ?
Joël Vaudreuil : C'est souvent une correspondance. J'essaie d'embarquer dans le processus pendant la création. Stéphane nous envoie des textes et des riffs de guitare, et je commence à faire une correspondance esthétique. J'avais en tête le bricolage qu'on avait vu, mais je ne voulais pas faire quelque chose de naïf comme ça.
Joël Vaudreuil : Mon point de base pour la pochette, c'était une mauvaise photocopie d'une feuille noire chez Jean Coutu qui donne l'impression que ce sont des étoiles. On va l'afficher à l'instant... et voilà ! Le jeu était de créer des fausses constellations.
Hugo Lachance : Il y avait la ballerine ?
Joël Vaudreuil : C'était des jeux de dessins. J'en ai fait plusieurs. J'avais même essayé de ploguer un hommage à Bam Bam Bigelow parce qu'il était décédé dans ce temps-là. J'avais fait une constellation qui était la tête de Bam Bam, un gros monsieur choqué avec des tatouages de flammes sur la tête, mais ça n'a pas été retenu.
Hugo Lachance : C'est une superbe pochette et un album qui a eu du succès. C'est l'album qui a le mieux marché ?
Stéphane Lafleur : C'est notre album qui a eu le plus de succès, si on peut dire ça.
Hugo Lachance : À l'ADISQ 2012, vous étiez dans la catégorie album de l'année (choix de la critique) avec Marie-Pierre Arthur, Canailles, Richard Desjardins, Lisa LeBlanc et Fred Pellerin. Vous avez gagné le Félix ? Vous étiez aussi dans Album Folk de l'année. C'était une grosse année.
Joël Vaudreuil : Oui, c'était une grosse année. Je me souviens du lancement au Fairmount au début du printemps érable. C'était le jour de la première grosse manifestation. Les gens arrivaient de là, il faisait un soleil de printemps extraordinaire. Il y avait une énergie palpable dans la salle.
Hugo Lachance : Chapitre 11 : Le printemps érable. Vous avez fait partie d'un documentaire ?
Stéphane Lafleur : En fait, l'album est sorti le 20 mars et le lancement était le 22. Pendant la promo, notre label nous a dit que quelqu'un avait utilisé une de nos tounes sans demander pour une vidéo. C'était la vidéo en noir et blanc de Jérémy Battaglia qui documentait une des marches. Il avait mis « Intuition #1 » là-dessus. C'était tellement bien fait qu'on a accepté.
Stéphane Lafleur : Après, on a reçu plein de demandes pour utiliser d'autres tounes pour des vidéos du genre. J'ai eu peur que ça dérape. Je ne voulais pas que l'album devienne juste ça. Il y avait une belle coïncidence entre certaines chansons et le contexte social, mais je ne voulais pas que ce soit l'unique image du groupe.
Hugo Lachance : Chapitre 12 : SEGMENT : Ils ont dit. Voici quelques critiques de l'époque. Éric Dumais pour Bible urbaine disait que l'opus regorge de zones de contraste et d'ombrage qui teintent de mélancolie des mélodies matures et complexes. Olivier Robillard Laveaux dans le Voir en a fait son album de l'année pour la richesse de la langue et les images fortes de ce folk atmosphérique. Qu'est-ce que ça fait de recevoir autant d'amour ?
Stéphane Lafleur : Ça fait plaisir. Quand on fait une proposition et qu'on sent qu'elle est comprise, c'est ça qui est cool.
Joël Vaudreuil : Dans le band, on ressent des émotions face aux textes et aux mélodies que Stéphane amène. C'est gratifiant quand c'est bien reçu de l'autre côté, c'est une communication.
Stéphane Lafleur : On savait que le succès d'Astronomie était un « bump » passager et circonstanciel. On ne s'attendait pas à ce que ça aille toujours en croissance. Je n'avais aucune attente pour l'album suivant.
Hugo Lachance : Chapitre 13 : L'émission de télé à Musique Plus. Vous n'aviez pas de plaisir à faire de la télé ?
Stéphane Lafleur : On a fait une performance et on a haï ça. C'est beaucoup de stress, il faut être bon quand ils disent « Go ! ». J'ai dit aux gars que je n'étais pas heureux quand je faisais ça, donc on n'en fait plus. Ça ne sert à rien si on n'est pas bien là-dedans.
Joël Vaudreuil : L'insécurité que les caméras et le décompte créent, ça ne sert à personne. Les gens qui te voient insécure n'ont pas envie de te connaître, et ceux qui t'aiment sont déçus. On sort de là en colère parce qu'on a mal performé. En spectacle, si on se trompe, on est humains et on se reprend, c'est pas grave. On a juste décidé qu'on ne faisait plus de télé.
Hugo Lachance : Chapitre 14 : SEGMENT : Une chanson après l’Autre. On écoute un extrait et vous commentez. On commence avec une des meilleures chansons du monde : « Intuition #1 ». Chapitre 15 : Intuition #1.
Hugo Lachance : « Tu diras que c'est l'instinct qui t'a amené jusqu'ici, l'imprudence comme elle se doit de temps en temps, et ça sera ton camp de base ». C'est la dernière chanson composée pour l'album ?
Stéphane Lafleur : C'est une constante chez moi d'écrire une dernière toune parce que j'ai l'impression qu'il manque celle que je vais aimer beaucoup. Elle est sortie d'un coup en une ou deux journées. Elle annonçait la suite de mon écriture : plus de place à la musique, moins de paroles. Avant, je bombardais d'images métaphoriques, mais là j'ai réalisé que ça n'en prenait pas tant que ça.
Joël Vaudreuil : Quand Mathieu est arrivé dans le groupe, il a amené la possibilité de laisser respirer la musique. C'est le premier album où on se permettait ça. On était moins en train de « fronter » et on laissait respirer les choses. C'est audacieux.
Joël Vaudreuil : Pour moi, c'est un groupe basé sur des très bons textes appuyés par des gens motivés. Avec Astronomie, la musique arrivait à continuer les textes même quand ils étaient finis. C'est la parfaite balance.
Hugo Lachance : On passe à « Défrichage ». Chapitre 16 : Défrichage. On entend la pièce dans ta voix, on entend la « room ».
Stéphane Lafleur : J'avais vu un documentaire sur le développement de l'Abitibi. On avait promis des terres agricoles aux gens, mais c'était juste de la roche, alors on leur a dit d'aller travailler dans les mines. C'est un hommage aux gens qui nous ont précédés et qui ont défriché le Québec.
Hugo Lachance : C'est magnifique, mais qu'est-ce que ça fait d'entendre ta voix ?
Stéphane Lafleur : Très bizarre ! On n'a jamais prétendu être de grands musiciens ou moi un grand chanteur. Il faut juste assumer ton outil.
Joël Vaudreuil : Je dis souvent que je suis un bon drummer d'Avec pas d’casque, mais un très mauvais drummer de n'importe quoi d'autre !
Hugo Lachance : Chapitre 17 : La journée qui s’en vient est flambant neuve. Oh, comme il est lourd le temps qui s'appelle hier, prends-le ce diamant dans ma tête, il est pour toi, je promets, je promets que la journée qui s’en vient est flambant neuve. Et bien, la journée qui s'en vient est flambant neuve, c'est un classique, cette chanson-là !
Stéphane Lafleur : Oui, c'était une époque où j'écoutais beaucoup les Beach Boys et Animal Collective, qui eux-mêmes sont très inspirés des Beach Boys. Je pense qu'il y avait cette idée d'une toune plus festive, plus positive, un peu dans la lignée de « L'amour passe à travers le linge » qui était sur l'album précédent. Je me souviens aussi qu'une des images venait d'une œuvre de Carmen Menza, qui fait des tatouages maintenant, mais qui à l'époque faisait de la peinture et du dessin. Il y avait un personnage avec un diamant au-dessus de la tête, et c'est devenu une ligne dans la chanson : « Prends-le ce diamant dans ma tête, il est pour toi ».
Hugo Lachance : C'est un super beau texte. Ce que j'ai isolé, c'est : « Oh, comme il est lourd le temps qui s'appelle hier, prends-le ce diamant dans ma tête, il est pour toi. Le vent qui est bon est le même qui arrache, nous avons l'outil, il manque la manière. Frôle-toi de ton mieux, frôle-moi davantage, gave-moi de ton amour pour chimer l'univers fantastique ». C'est fort !
Stéphane Lafleur : C'est ce dont je parlais tantôt, des tounes avec beaucoup d'images un peu en rafale qui n'ont pas nécessairement de lien ensemble, mais qui finissent par en avoir un parce que c'est ça, le montage. Tu m'as demandé ce que c'était que faire du montage : c'est poser des idées ensemble, tu en prends deux et il y en a une troisième qui naît du rapprochement.
Hugo Lachance : On peut se promener dans tes textes. Souvent, quand j'écoute le podcast, je me concentre sur la musique, mais quand je me concentre sur les textes, j'oublie la musique et je pars ailleurs; ce sont comme des petits haïkus.
Stéphane Lafleur : L'idée dans l'écriture, c'était toujours de faire comme un sac de chips : viens en prendre un, puis repars avec. C'est évidemment la chanson qui a le mieux fonctionné, on m'en parle souvent.
Hugo Lachance : C'est une magnifique chanson. Vous l'avez enregistrée ensemble, je m'imagine que vous avez fait le drum et la guitare en même temps ?
Stéphane Lafleur : À cause du côté festif, je me souviens qu'on avait mis le bass drum sur le côté et qu'on faisait des parties de pulsations par-dessus. On avait déconstruit le drum et on ajoutait des couches.
Hugo Lachance : À la fin de la toune, c'est pas mal plus intense. C'est dur de faire une bonne toune festive, mais vous l'avez eue, même s'il y a quand même un brin de mélancolie dedans.
Stéphane Lafleur : C’est drôle parce que quand on la réécoute, c’est un running gag. Chapitre 18 : L'anecdote de la chorale. Quand on pratique et qu'on la joue aujourd'hui, c'est une des tounes où l'on n'est plus capables d'aller chercher les notes hautes. On a l'impression d'être rendus des vieux messieurs avec des voix graves !
Hugo Lachance : Chapitre 19 : Apprivoiser les avions. On entend une des rares guitares électriques, un son de « shotgun » sur la table.
Stéphane Lafleur : Oui, c'est une des rares chansons à la guitare électrique. Il y avait une volonté de faire un long, long texte, la pièce dure 7 minutes 30.
Hugo Lachance : On y entend les influences grunge, mine de rien, avec les montées d'accords en demi-tons. On ne va pas à la note où l'on pense aller.
Stéphane Lafleur : Tu as raison. On essayait de faire une roue d'accords qui allait « looper » à l'infini.
Hugo Lachance : Joël fait un petit beat équestre là-dessus ?
Joël Vaudreuil : Non, ce n'est pas moi qui le fais. C'est une idée d'arrangement de Nicolas Moussette. Il avait deux petits verres en plastique, un bleu et un blanc, et ils sonnaient vraiment bien.
Stéphane Lafleur : À l'époque, Nicolas réparait beaucoup d'instruments de musique. Quand tu entrais chez lui, c'était tout le temps un atelier avec des vieux claviers et des tables tournantes. Il y avait tout le temps plein d'affaires et chaque instrument était celui auquel tu ne t'attendais pas. C'était sûrement un verre de Spider-Man de 1962 avec une ancienne baguette de « tee-ball ».
Hugo Lachance : C'était quoi ton image par rapport aux avions ?
Stéphane Lafleur : Quand j'étais jeune, mes parents m'emmenaient voir les avions à Mirabel lors de spectacles aériens; c'est l'image de base. Mais il y avait aussi le fait que je venais de déménager dans un quartier situé dans un corridor aérien. Je me disais qu'il fallait que j'apprivoise ce bruit-là, sinon ça allait me rendre fou.
Hugo Lachance : Chapitre 20 : Talents. Il y a une longue intro où Nicolas joue de l'archet sur sa basse.
Stéphane Lafleur : Il faut donner beaucoup de crédit à Joël sur cette chanson-là. Quand je suis arrivé, j'étais tout seul à la guitare et c'était mince. Le premier réflexe de Joël a été de mettre du kick et de créer ce beat qui a complètement transformé la chanson par rapport au démo.
Hugo Lachance : Il y a aussi du « up-picking » partout sur l'album. L'image de la première phrase, c'est un voyage en Gaspésie, c'est ça ?
Stéphane Lafleur : Oui, devant une maison, il y avait un Harley-Davidson grandeur nature fait en bois de mer. Je me demandais qui avait le talent pour faire ça, moi je ne saurais même pas par où commencer.
Joël Vaudreuil : Chapitre 21 : L'anecdote de la maison avec la cheminée en dragon. On voyait tout le temps une maison quand on partait en tournée et la cheminée était un dragon. On était excités comme des puces chaque fois qu'on passait devant. C’est comme si un dragon était accoté sur la maison avec la tête vers le haut, et quand ils font des feux, la fumée sort par sa gueule. C'est malade, il y a du monde qui ont ce talent-là !
Hugo Lachance : À part regarder à travers les fenêtres quand elles sont ouvertes, avez-vous d'autres talents particuliers ou inusités ?
Joël Vaudreuil : Stéphane, c'est le « Buffer King » ! Quand on part en tournée et qu'on a huit heures de route avec une entrevue avant, Stéphane dit : « On va partir à 22h02, comme ça, ça nous donne un petit huit minutes pour des imprévus ». Et quand on arrive, il a tout le temps raison, même si Google dit que ça va prendre cinq heures. Il calcule les arrêts et ça tombe pile.
Stéphane Lafleur : Et Joël, c'est celui qui « top la joke ». Quand on commence une niaiserie, tout le monde en rajoute, mais Joël va inévitablement être celui qui ferme la joke. La meilleure idée sort et tu ne peux plus rien rajouter au-dessus, ce serait gênant d'essayer.
Hugo Lachance : Chapitre 22 : Deux colleys. On y entend une très belle « slide » de Nicolas. C'est une excellente chanson pour « frencher », c'est un beau mode. On dirait que c'est un album qui fait du bien à se coller.
Joël Vaudreuil : Quand j'entends ça, du point de vue de la batterie, je trouve ça vraiment beau, la retenue en musique. Tout le monde laisse la place aux autres, personne ne prend trop de place et ça crée un « mood ». C'est le genre de son que j'ai l'impression que tu peux toucher.
Hugo Lachance : On est dans les textures, c'est de l'ouvrage épuré. C'est dur de faire quelque chose de simple. En cinéma, c'est la même chose, ton film Continental est un ouvrage épuré. Faire de l'art minimaliste ou abstrait, c'est super dur parce que s'il y a quelque chose qui dépasse, on le voit tout de suite. Faire des tounes simples avec des arrangements aussi riches et autant de couches, le dosage est vraiment important.
Stéphane Lafleur : Mon souvenir est qu'il n'y a pas tant de pistes que ça. C'est plus une affaire de choix. On assume qu'il va y avoir ces espaces qui respirent, et ça les maximise. C'est très cinématographique. L'intention de l'album était de laisser plus de place à la musique et de me la fermer un peu une fois de temps en temps. Ce n'est pas parce qu'on laisse de la place qu'il faut que quelqu'un la prenne pour faire un solo; c'est laisser la place au feeling. Ça laisse des espaces à l'auditeur pour s'évader et construire ses propres images.
Joël Vaudreuil : Chapitre 23 : L'anecdote du solo de guitare. Quand Stéphane avait envoyé le premier démo de « Deux colleys », j'avais fait un solo de guitare en « tapping » dégueulasse du début à la fin et je lui avais renvoyé en disant : « Il manque ça ! ». C'était une excellente blague, mais ça n'a pas fait la coupe !
Hugo Lachance : Chapitre 24 : Astronomie. Une courte instrumentale.
Stéphane Lafleur : C’est un bidouillage que j’avais fait chez nous avec un micro de voix et des pédales de « delay ». C'est juste une petite loupe.
Hugo Lachance : Ça marque une pause dans l'album et c'est super cohérent. Est-ce que vous l'avez déjà jouée en show ?
Stéphane Lafleur : On l'avait jouée avec le Quatuor Molinari à l'église Saint-Jean-Baptiste. C'est le quatuor qui faisait la mélodie au violon.
Hugo Lachance : Vous avez fait un concert avec le Quatuor Molinari ?
Stéphane Lafleur : Oui, conjointement avec Philippe B. C'était une soirée magique. Les Molinari orchestrent régulièrement des albums pop. On était au moins dix-huit musiciens sur scène. C’était un des shows les plus stressants de ma vie parce que nous, on joue au feeling, mais le chef d'orchestre me disait : « Non, il n'y a pas de feeling, tu comptes dans ta tête et tu chantes là ». On n'avait eu que deux ou trois pratiques, j'étais full insécure, mais finalement le show a été magique.
Hugo Lachance : Chapitre 25 : Veiller le feu. Les thématiques de la nuit, encore. « Concours de lumière, blessures en ordre croissant, tu voudrais que je préfère, j'irai évidemment, mais je veillerai le feu avec toi ». C'est une toune que j'aime vraiment beaucoup.
Stéphane Lafleur : C'est vraiment spécial de réécouter tout ça douze ou treize ans plus tard. Je suis agréablement surpris, j'ai toujours peur de réécouter parce que j'ai l'impression que je vais tout haïr, mais ça me ramène à une belle place.
Hugo Lachance : C'est la même chose avec tes films ?
Stéphane Lafleur : Oui, je n'écoute jamais mes films. S'entendre parler ou s'entendre chanter, ce n'est jamais bien le fun.
Hugo Lachance : Il y a de super belles paroles : « Nous ferons des concours de lumière de blessures en ordre croissant ». C'est magnifique ! Le petit carillon dans la toune, c'est quoi ?
Stéphane Lafleur : Ma mère m'offre souvent des instruments de musique parce qu'elle sait que j'en fais, mais je ne les utilisais jamais. Elle m'avait donné un petit carillon. Je l'ai tapé sur mon drum et il faisait le début de la toune. Chaque fois qu'on jouait la chanson, je pensais à ma mère.
Hugo Lachance : Chapitre 26 : Les oiseaux faussent aussi. « La nuit est passée à travers, j'ai deux heures de sommeil encore, encore crie la lumière qui charge ma fenêtre. Je veux seulement que tu mettes ta bouche sur mon silence une fois pour toutes, fermer ma gueule et qu'aujourd'hui demain on commence ». Et ce bout sur les « cheveux de fortune » ?
Stéphane Lafleur : Je ne dirai pas d'où ça vient par contre, je ne dirai pas l'inspiration ! Mais j'avais entendu dire que certains oiseaux faussaient et que ça rendait l'accouplement plus difficile; je trouvais que c'était une bonne information à savoir.
Joël Vaudreuil : C'est une chanson que j'aime beaucoup. Quand on faisait la tournée d'Astronomie, on la jouait souvent à la fin du spectacle. On y ressentait la mélancolie de la fin du show. Elle finit bien le disque.
Hugo Lachance : On a passé à travers le disque ! Chapitre 27 : SEGMENT : Rafales. Mon top 3 : j'ai décerné des prix à mes chansons favorites avec des noms de joueurs de hockey. Le prix Brad Marsh pour « Apprivoiser les avions », le prix Guy Lafleur pour l'élégance de « La journée qui s’en vient », et le prix Greg Adams pour « Intuition #1 ». Votre top 3 à vous ?
Stéphane Lafleur : Je dirais « Talent », « Les oiseaux faussent aussi » et « Veiller le feu ».
Joël Vaudreuil : Dans le désordre : « Intuition », « Les oiseaux faussent aussi » et « Deux colleys ». J'ai eu du plaisir à la réécouter. On va avoir des discussions en sortant d'ici sur les tounes à inclure dans la prochaine tournée !
Hugo Lachance : Quelle chanson représente le mieux l'album ?
Joël Vaudreuil : « Deux colleys », parce qu'elle représente bien le « mood » thématique et musical. « Intuition », je trouve qu'elle annonce quelque chose qui est au-delà de l'album.
Hugo Lachance : Qu'est-ce qui vous rend le plus fiers dans cet album ?
Stéphane Lafleur : Le band. Le fait qu'on ne soit pas en chicane après toutes ces années, qu'on soit encore là pour en parler aujourd'hui et qu'on sorte un nouvel album cette année.
Hugo Lachance : La meilleure toune en show ?
Joël Vaudreuil : Pour moi, ce sont les tounes que Stéphane fait tout seul au rappel, comme « Le chemin de la maison ». C'est fou de ressentir le point de vue du spectateur sur lui, je reviens tout le temps du backstage pour le voir. Sinon, « Gloire du matin » est plaisante à faire.
Hugo Lachance : Où peut-on se procurer l'album ?
Stéphane Lafleur : En format physique chez tous les bons disquaires, il y a des réimpressions. Sinon, Bandcamp reste la meilleure plateforme pour supporter les artistes.
Hugo Lachance : Des projets pour Avec pas d’casque ?
Stéphane Lafleur : On lance un album en septembre et on reprend la route.
Hugo Lachance : Chapitre 29 : Conclusion. Merci messieurs, c’était un plaisir et un honneur de partager ce moment avec vous !