Chou : Blanc
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Le 29 septembre 2024, à Terrebonne, l’équipe de L’Album Podcast recevait la formation la plus délicieusement bruyante et ironique : Chou. Venus décortiquer leur deuxième opus intitulé Blanc (ou affectueusement Chou Blanc), le quatuor a offert une plongée sans filtre dans son univers où l'urgence rock flirte constamment avec l'humour noir québécois.
Né de la rencontre en 2018 entre Bruno Bouchard (guitare et voix) et Charles Laplante (guitare), rapidement rejoints par Gabrielle Oltra à la batterie et Patrick « Patch » Chagnon à la basse, le groupe s'est taillé une place à part sur la scène rock alternative avec un style autoproclamé : l'« arachno-punk ». Un habile mélange d'influences abrasives rappelant autant les Américains de Hot Snakes que l'énergie lourde de Galaxie.
[00:05:35] // Le contexte de création et l'urgence de ce deuxième disque
[00:25:26] // L'hilarant concept visuel de la pochette qui flirte avec le plagiat
[00:56:29] // Les coulisses et l'anecdote de la chanson Barré du Couche-Tard
Si leur premier effort homonyme en 2022 avait piqué la curiosité de l'underground, Blanc pousse tous les curseurs un peu plus loin. Le concept central du disque ? L'échec, décliné sous toutes ses formes les plus pathétiques et quotidiennes. Qu'il s'agisse de la catastrophe environnementale, des travers du capitalisme sauvage ou des déboires amoureux les plus ordinaires, Chou mord là où ça fait rire et réfléchir.
Fidèle aux préceptes du punk D.I.Y., le noyau des 13 pistes a été capturé en formule live, sans clic, au cours d'un seul week-end intensif à l'automne 2023. Pour matérialiser ce son brut, organique et urgent, la bande a fait confiance à l'architecte sonore David Fournier pour l'enregistrement et le mixage.
[00:30:18] Il va y avoir des morts : Un constat abrasif et une critique sociale frontale de la destruction écologique de la planète.
[00:34:45] Je fais attention : Une réflexion grinçante sur l'isolement moderne et les dérives du complotisme.
[00:41:12] Rien : Le récit drôle et inconfortable d'un rendez-vous amoureux saboté par la présence chaotique des enfants.
[00:47:48] Tirelire : Un hymne pop-punk qui s'attaque aux difficultés de séduire et de vivre à l'ère de l'inflation galopante.
[00:51:11] Pythons chauds : Un clin d’œil cynique à la section des commentaires sur le web et aux rouages de l'industrie musicale.
[00:56:29] Barré du Couche-Tard : Un hommage senti au groupe Flokons givrés, nourri de souvenirs d'entretiens d'embauche lamentablement ratés.
[01:00:59] Ça plombe : Le vertige et le conflit intérieur de l'adulte qui réalise qu'il a troqué ses idéaux contre le confort d'un bureau climatisé.
[01:05:35] Pain : Une ode brute à la liberté de tous les jours, bonifiée par la participation de François Gagnon.
[01:09:59] Trio-tang (J’envoie des messages) : La suite spirituelle et technique de leur morceau fétiche Duo-tang.
[01:15:04] Doux comme un agneau : Une collaboration avec Catherine Jeanne-D'arc qui aborde les thèmes de la rédemption et de la paix personnelle.
[01:19:35] Péter toute : L'expression viscérale et libératrice de la fatigue extrême et du point de rupture.
[01:23:35] Offrande aux dieux de l'indifférence la plus totale : Une charge satustique contre les ratés du système de santé.
[01:27:22] Vraiment pas pire : Une conclusion lucide sur l'acceptation de soi et la lente amélioration humaine.
Pour ce projet, Chou n'a pas hésité à croiser le fer avec d'autres figures de proue de la scène locale, invitant notamment des membres de Charôgne et Simon Turcotte à se joindre à la fête. Visuellement, le groupe a confié son imagerie à Sébastien Legault pour créer des parodies percutantes.
Cette étiquette farfelue est née d'un délire autour du célèbre personnage militant montréalais « anarcho-Panda ». Charles Laplante s'est amusé à imaginer une version mutante et terrifiante typée body horror qu'il a baptisée « anarchno-Panda ». Par déformation, le groupe a adopté le terme « arachno-punk » pour taquiner les puristes. C'est un piège sémantique efficace : les musiciens s'amusent du fait que la grande majorité des gens se font prendre au jeu de mots en lisant trop vite.
Le visuel est un pastiche complet et revendiqué du mythique Album Blanc des Beatles. Pensé par Sébastien Legault, le design reprend exactement la même police d'écriture minimaliste, mais remplace la célèbre pomme verte du label Apple par un chou bien de chez nous. Le groupe plaisante d'ailleurs en affirmant que le concept de l'album ne tourne pas seulement autour de l'échec, mais qu'il vise aussi activement à récolter des poursuites judiciaires pour violation de droits d'auteur.
Tout a commencé avec un riff de guitare sensuel et langoureux composé par Bruno. Pour créer un décalage humoristique total avec cette musique plutôt sexy, Charles a proposé d'y greffer un texte de chicane familiale : les menaces absurdes et fatiguées d'un parent séparé qui tente de gérer ses enfants pendant une date. C'est ce contraste qui a donné naissance à ce que le groupe qualifie ironiquement de leur pièce de « dad rock ».
Sous ses airs de décharge punk directe, la chanson délaisse le traditionnel tempo en 4/4 pour adopter des structures rythmiques changeantes et complexes, notamment des passages en 7/8. Gabichou a dû faire preuve d'une discipline de fer pour compter chaque mesure avec précision. Bruno a même dû lui dessiner un tableau schématique pour l'aider à mémoriser les cassures et les pauses de la structure.
C'est Bruno qui emploie cette métaphore agricole pour imager la puissance de frappe et la régularité chirurgicale de Gabrielle à la batterie pendant les sessions d'enregistrement. Si tous les membres du quatuor ont repoussé leurs limites durant ce week-end en studio, la performance physique et rythmique de la batteuse a été le véritable pilier qui a permis de maintenir la cohésion des pistes live.
Le groupe a opté pour la méthode guérilla : le vidéoclip a été capté en l'espace de trois heures à peine, sans aucune autorisation de tournage, dans des commerces publics comme le Dollarama et le Super C. Le concept met en scène Gabichou vaquant à ses occupations quotidiennes pendant que Charles apparaît de façon impromptue à l'écran, le tout filmé durant la journée la plus caniculaire de l'été.
Sources et crédits :
Notes de production et entretien exclusif de l'épisode du 29 septembre 2024 de L'Album Podcast à Terrebonne.
Fiche technique de l'album Blanc, Chou, 2024.