Douance : Monstre
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Douance site web : https://www.ambiancesambigues.com/nos-artistes/douance
Douance sur Instagram : https://www.instagram.com/douancedouance/
Le 25 mars 2024, l’équipe de L’Album Podcast s'est posée aux célèbres studios de Rouen à Montréal pour un entretien d'une grande vulnérabilité. Autour du micro, Hugo Lachance recevait Alexandrine Rodrigue, l'âme créative derrière le projet Douance.
Venue décortiquer son tout premier album complet intitulé Monstre, l'artiste originaire de Chicoutimi est revenue sur son parcours — de ses balbutiements folk au sein du collectif Chassepareil jusqu'à ce virage grunge et alternatif hautement thérapeutique. Un épisode captivant qui lève le voile sur une œuvre brute, viscérale et résolument authentique.
[00:04:55] // La naissance de Douance et la quête de confiance artistique
[00:07:24] // L'impact de sa rencontre avec Julie Doiron et Dany Placard
[00:10:21] // Fascination pour l'esthétique et la liberté musicale des années 90
[00:13:31] // Qu'est-ce que l'essence « grunge » au-delà des pédales de distorsion ?
[00:31:23] // LE SEGMENT : Je n'ai jamais dit ça ! (Démystification et éclats de rire)
[00:50:57] // L'onde de choc et l'influence créative de Mara Tremblay
Paru le 23 février 2024 sous la bannière d'Ambiances Ambiguës, l'album Monstre s'impose comme un autoportrait sans fard axé sur le sentiment d'imposture et le vertige d'être inadéquat. Pour co-réaliser ce disque, Alexandrine a fait équipe avec Vivianne Roy (du groupe Les Hay Babies). Ensemble, elles ont sculpté une esthétique « high-fi » qui superpose de multiples couches d'instruments tout en préservant jalousement la désinvolture et la fragilité lo-fi des premiers enregistrements de l'artiste.
Le visuel du disque donne immédiatement le ton : il met en vedette Gommette, le chat d'enfance d'Alexandrine, attifé d'une robe de poupée. Une métaphore tendre et ironique pour rappeler qu'il ne faut jamais trop se donner de sérieux dans l'art.
Pour donner vie à cette architecture sonore, une solide équipe de musiciens a croisé le fer en studio :
Alexandrine Rodrigue : Voix, guitare
Agathe Dupéré : Basse, synthétiseur, guitare
Mélanie Venditti : Synthétiseur
Marc-André Labelle : Guitare, chœurs
Raphaël Léveillé : Batterie, percussions, synthétiseur, chœurs
Le disque navigue constamment entre des décharges de distorsion intense (rappelant l'influence de Sonic Youth, Beck ou Cat Power) et des moments de pure lumière mélodique :
Soucis : Un titre lumineux axé sur le lâcher-prise quotidien. Son vidéoclip, mettant en scène une horde de chiens heureux dégustant un gâteau de fête, agit comme une véritable séance de zoothérapie visuelle.
Bisous : Une plongée désarmante dans l'anxiété relationnelle et le besoin viscéral d'affection.
Maladie : Une ballade touchante et épurée qui aborde avec sensibilité la fragilité et la « maladie du corps ».
Monstre & Je ne suis plus un monstre : Le cœur conceptuel et le diptyque de l'album, traçant le chemin sinueux entre la solitude étouffante et la réconciliation définitive avec soi-même.
Comme l'a si bien résumé le critique Gilles Deleurme (Écoute donc ça) : « Je ne m’attendais pas à recevoir une si grosse claque dans la face. On est à la fois surpris par l’intensité du jeu des musicien.nes et par les mélodies très élaborées. » Douance prouve ici que le rock alternatif francophone n'a pas besoin de fioritures techniques lorsqu'il est porté par une telle charge émotive.
Ce choix n'a rien à voir avec un diagnostic clinique ou une analyse de santé mentale. Alexandrine cherchait un mot à la sonorité forte et intrigante, mais surtout un pseudonyme protecteur pour dissocier sa création de sa propre identité et gagner en confiance. Elle a adopté ce terme issu du champ lexical de l'intelligence supérieure comme un défi personnel — une philosophie basée sur le fameux « fake it until you make it » — afin d'exorciser son propre sentiment d'imposture.
L'étincelle s'est produite à Tadoussac, dans le cadre de spectacles intimes coordonnés par le père d'Alexandrine. Après avoir assuré avec brio la première partie de Julie Doiron, Douance a piqué la curiosité de Dany Placard. Ce dernier lui a proposé d'enregistrer ses chansons dans son mythique studio maison, La Chèvre. Julie Doiron s'est finalement greffée à l'aventure de manière très organique, s'installant derrière la batterie et prêtant sa voix pour les chœurs.
Pour l'artiste, le grunge s'affranchit des barèmes purement techniques comme l'utilisation d'accords spécifiques ou d'un certain niveau de distorsion. C'est avant tout une attitude, une esthétique abrasive et une authenticité viscérale. Elle le décrit comme un savant mélange de lourdeur, de désinvolture et de « mal de vivre », affirmant avec philosophie qu'un vieil album folk dépouillé peut tout à fait détenir une essence profondément grunge.
Le visuel met en scène des adeptes de danse en ligne évoluant au ralenti au sein du Club Bolo, un club de danse country LGBTQ+ situé dans le quartier Centre-Sud de Montréal. Alexandrine recherchait le choc visuel et poétique entre les textures dream pop planantes de son morceau et l'esthétique bien typée de la danse en ligne. Le résultat final offre un tableau humain d'une grande tendresse.
Sources et références journalistiques :
Chronique de Julien B. Gauthier, Le Réveil, 16 juin 2022.
Portrait de Dominic Tardif, La Presse, 21 février 2024.
Critique de Gilles Deleurme, Écoute donc ça, 4 avril 2023.
Analyse de Philippe Papineau, Le Devoir, 22 février 2024.
Propos et données issus de l'émission du 25 mars 2024 de L'Album Podcast aux studios de Rouen.