Transcription de l’épisode avec Douance : Monstre
Avertissement : Cette transcription est le fruit d'une collaboration avec une intelligence artificielle qui fait de son mieux, mais qui ne saisit pas toujours toutes les "subtilités" de nos discussions. Le fichier audio/vidéo original demeure la seule référence officielle. Si un passage vous semble bizarre, faites confiance à vos oreilles et allez écouter l'épisode !
Hugo Lachance : Bonjour à tous ! Nous sommes le 25 mars 2024. Nous sommes à Montréal et vous écoutez L’Album Podcast. Bienvenue à cette nouvelle saison de L’Album Podcast, le premier enregistrement de la saison 2. Je suis avec Alexandrine Rodrigue. Bienvenue à L’Album Podcast !
Alexandrine Rodrigue : Merci !
Hugo Lachance : J'avais vraiment hâte de te recevoir puis de parler de ton album Monstre, un album que j'ai beaucoup aimé. On va commencer par le premier segment, le segment présentation de l'artiste. Alexandrine Rodrigue, c'est une fille de où ?
Alexandrine Rodrigue : Je viens du Saguenay, plus précisément. J'ai grandi à moitié à Laterrière puis à Chicoutimi. Laterrière, c'est comme un village direct à côté de Chicoutimi, vers le parc des Laurentides, en sortant du parc des Laurentides.
Hugo Lachance : C'est ça, on est compatriotes ! Moi j'ai grandi à Jonquière aussi. Donc, l'album de ton enfance ?
Alexandrine Rodrigue : L'album qui a bercé mon enfance ? On parle de quel âge là à peu près ?
Hugo Lachance : Ton premier souvenir d'enfance, ton premier album dont tu te souviens. Pas ado, mais avant ça.
Alexandrine Rodrigue : Je pense que ce serait un album de Good Charlotte, Young and Hopeless de quoi de même. J'étais au primaire.
Hugo Lachance : Ah ouais, OK ! C'est bon. Puis justement, ton album d'adolescence, ça serait quoi ?
Alexandrine Rodrigue : J'ai de la misère à m'en rappeler exactement, mais j'ai beaucoup écouté Remember That I Love You de Kimya Dawson. Sinon, EVOL de Sonic Youth. Il y en a sûrement d'autres, mais comme ça, de même, c'est ce qui me vient.
Hugo Lachance : C'est parfait. Parle-moi de ton premier instrument de musique.
Alexandrine Rodrigue : C'était la guitare. Mon premier premier, c'était une genre de Squier Stratocaster bien « chipette ». C'était une gauchère parce que je suis gauchère. Finalement, ça ne marchait pas pour moi la guitare gauchère, donc j'ai switché à droitière. Mes souvenirs sont flous, mais il me semble que c'est mon père qui m'avait acheté cette guitare-là. Je ne l'ai pas eue longtemps parce que vite, j'ai voulu jouer de l'autre bord. C'est tant mieux, parce que c'est un peu plus simple. C'est quand même chiant les guitares gauchères.
Hugo Lachance : C'est vrai. Toi tu es gauchère et tu joues sur une guitare droitière ? J'ai remarqué la même chose avec Sara Dufour qui, elle aussi, est gauchère mais joue la guitare droitière. Ça amène certains avantages, surtout au drum aussi; tu peux jouer sur un kit droitier mais jouer ouvert, ça t'amène un petit peu ailleurs. Est-ce qu'il y avait de la musique chez vous ?
Alexandrine Rodrigue : Il n'y en avait pas énormément, mais mon père grattait la « guide » puis était quand même mélomane, donc j'ai écouté beaucoup de musique avec lui. J'étais moi-même assez passionnée de musique assez jeune, donc j'ai toujours recherché à en découvrir plus puis à comprendre ce que j'écoutais.
Hugo Lachance : Avant de parler de ton projet, tu fais partie d'un autre groupe aussi ? Quelles étaient tes premières expériences dans la musique ?
Alexandrine Rodrigue : J'ai étudié au Cégep en guitare. Sinon, je suivais des cours de guitare classique à l'école de musique quand j'étais plus jeune. Mon premier groupe dans lequel j'ai le plus évolué, je pense que c'est Chassepareil, qui est un groupe de folk dans lequel je joue de la guitare puis je chante. Mes groupes principaux, ça a été Chassepareil puis Douance.
Hugo Lachance : Est-ce que ça fonctionne encore, Chassepareil ?
Alexandrine Rodrigue : C'est assez calme dans le sens où il ne se passe pas beaucoup de choses ces temps-ci, mais ce n'est pas mort. Il se passe encore quelques trucs de temps en temps, mais ce n'est pas moi qui compose les pièces, donc je suis un peu plus en mode contemplative. Quand il arrivera quelque chose, je m'impliquerai, mais là pour l'instant c'est sur pause.
Hugo Lachance : Ton premier projet personnel s'appelle Douance. Ça vient de où, ce nom-là ?
Alexandrine Rodrigue : Ça veut comme dire quelque chose, mais en même temps rien dire. C'est un mot qui, à la base, je trouvais sonnait bien quand je me cherchais un nom de band, parce que je n'avais pas envie de m'appeler Alexandrine Rodrigue. Ça me faisait chier un peu comme nom d'artiste, pas parce que je n'aime pas mon nom, juste parce que j'avais envie de quelque chose d'un peu plus intriguant.
Alexandrine Rodrigue : À cette époque-là, quand j'ai fait mon premier EP, je voulais prendre plus confiance en moi puis arrêter de penser que mes tounes n'étaient pas assez bonnes, ce qu'on se dit quand on se sabote. Douance, c'est lié au champ lexical d'être doué. Je l'ai un peu utilisé par défi, un genre de « fake it until you make it ». Mon désir ultime n'était pas d'avoir un lien direct avec la santé mentale.
Hugo Lachance : Je me demandais si tu n'étais pas inspirée de ça, parce que je travaille avec des élèves qui sont en douance des fois, puis c'est un concept qui peut être flou.
Alexandrine Rodrigue : Si jamais j'avais effectivement été consciente que j'avais la douance, je ne pense pas que je me serais appelée comme ça, parce que je n'ai pas envie que le nom de mon projet fasse penser aux gens que c'est une représentation directe de la santé mentale. Je sais que mes chansons en parlent, mais ce n'est pas ça le concept.
Hugo Lachance : J'aimerais que tu me parles de ta rencontre avec Julie Doiron et de l'impact qu'elle a eu sur ta carrière.
Alexandrine Rodrigue : C'est un hasard, parce qu'en fait c'est Dany Placard qui m'a approché pour réaliser mon EP, puis Dany et Julie sont un couple. J'ai été vraiment chanceuse. Julie Doiron est une artiste que j'écoute depuis que j'ai 17 ou 18 ans; elle m'inspire et me fait du bien. Je me suis fait offrir de faire sa première partie dans un petit show organisé à Tadoussac, là où mon père habite.
Alexandrine Rodrigue : À ce moment-là, je n'avais pas de tounes, rien du tout. Mais je savais que j'allais être en résidence d'écriture le mois précédent le concert. Je me suis dit que je ne pouvais pas refuser, que j'allais m'en vouloir. C'était là que ça se passait, il fallait que j'écrive des tounes.
Hugo Lachance : Comment t'ont-ils approchée pour un show si tu n'avais rien ?
Alexandrine Rodrigue : Le contexte, c'est que mon père organisait des shows intimes à Tadoussac l'hiver. Il est un peu biaisé; il savait que je faisais de la musique et que j'aimais Julie, donc il m'a demandé de faire sa première partie. Le show s'est bien passé et Dany était là parce qu'il accompagnait Julie. Il est venu me voir et m'a dit que c'était cool, qu'on pourrait faire les tounes à « La Chèvre », son studio à la maison. De fil en aiguille, il a su que je trippais sur Julie, donc il l'a invitée à venir faire des drums et des backs.
Hugo Lachance : C'est cool ! Ton premier EP est paru à l'hiver 2021. Julien B Gauthier écrivait dans Le Réveil que tes influences allaient de Sonic Youth à Cat Power, Beck et la musique des années 90 en général. Tu es née à Chicoutimi en 1994. Qu'est-ce qui est attirant pour toi dans les années 90 ?
Alexandrine Rodrigue : Je ne sais pas trop, je pense que c'est une esthétique et une identité artistique qui m'attire à la base. C'est difficile à expliquer, mais je suis quelqu'un de nostalgique, donc il y a peut-être un peu de ça inconsciemment. Quand j'ai recherché des artistes et des albums qui m'ont parlé, ça a adonné à être des affaires qui étaient dans cette « vibe » là. Ce n'est pas un statement, c'est juste ce qui me ressemble.
Hugo Lachance : En 1994, l'année où tu es née, il y avait Dookie de Green Day, The Downward Spiral de Nine Inch Nails, Weezer, Nirvana... c'est une grosse année !
Alexandrine Rodrigue : Ce sont toutes mes influences !
Hugo Lachance : Tu as dit en entrevue que Nirvana et les groupes « mainstream » n'étaient pas spécialement tes influences de l'époque grunge. Quelles sont tes influences plus personnelles ?
Alexandrine Rodrigue : J'ai du respect pour Nirvana, mais on dirait que je suis un peu en opposition au groupe parce que dès que tu t'identifies au mouvement grunge, tout le monde te parle de Nirvana et Pearl Jam. Ce n'est pas contre eux, c'est juste que ce qui m'a toujours plus attirée, ce ne sont pas les canons de l'histoire.
Hugo Lachance : Je me sens comme ça aussi, j'ai un rapport amour-haine avec ces albums-là parce qu'ils ont tellement joué qu'on a une petite aversion pour le mainstream de cette époque.
Alexandrine Rodrigue : Les trucs qui m'inspirent ne sont pas nécessairement ceux auxquels on pense quand on dit le mot grunge. Il y avait les premiers albums de Cat Power, Kim Gordon de Sonic Youth qui est une déesse qu'on peut vénérer, ou Liz Phair avec Exile in Guyville. Sinon, des vieux albums de Beck avant Mellow Gold, comme One Foot in the Grave, qui sont vraiment plus underground.
Hugo Lachance : Comment tu définirais le grunge, une fois pour toutes ?
Alexandrine Rodrigue : Un côté « slop », un côté un peu lourd, et un peu de désinvolture. C'est quelque chose de viscéral, de simple, parfois un peu abrasif ou lo-fi. Pour moi, le grunge n'est pas une succession d'accords avec tel ton de distorsion, c'est plus une attitude, une façon de transporter ta musique. Un vieil album folk de Beck peut être grunge aussi.
Hugo Lachance : Dominique Tardif écrivait que ton projet s'appelle Douance parce que tu désirais t'insuffler du courage au moment de naître artistiquement.
Alexandrine Rodrigue : C'est vrai, mais ça m'est arrivé de me faire écrire sur Facebook par des gens qui veulent des renseignements cliniques. Dans ces contextes-là, je me dis que je devrais peut-être changer de nom, ça me vient chercher un peu parce que les gens pensent que c'est juste ça. Mais bon, ça intrigue le monde !
Hugo Lachance : On passe au segment présentation de l'album. Le titre est Monstre. Il est paru le 23 février 2024 sous le label Costume Records. La réalisation est de Viviane Roy (des Hay Babies) et de toi-même.
Alexandrine Rodrigue : Je suis vraiment contente d'avoir approché Viviane parce qu'elle n'avait pas fait de réalisation auparavant pour d'autres projets que le sien. C'est quelque chose qu'elle voulait faire. Je voulais l'annoncer comme une coréalisation parce que j'aimerais ça être reconnue comme réalisatrice un jour.
Hugo Lachance : Tu écris les paroles et tu joues guitare et voix ?
Alexandrine Rodrigue : J'arrive souvent avec des maquettes où je joue des synthétiseurs et des drum machines, mais en studio, c'est surtout voix et guitare. Toutes les voix et les back vocals, c'est moi qui les fais.
Hugo Lachance : Les autres musiciens sont Agathe Dupéré (basse et guitare), Mélanie Venditti au synthétiseur, Marc-André Labelle à la guitare et Raphaël Léveillé à la batterie. Un show de Douance, ça ressemble à quoi ?
Alexandrine Rodrigue : Ce n'est pas identique à l'album parce qu'il y a beaucoup de couches et d'overdubs, mais ça reste fidèle avec une livraison un peu plus intense parce que le volume est assez fort. Je priorise le full band parce qu'en solo, ce serait complètement différent.
Hugo Lachance : L'album a été enregistré au studio La Traque avec Benoît Bouchard ?
Alexandrine Rodrigue : C'est le studio de Benoît Bouchard à Montréal. On a aussi enregistré au studio Madame Wood. On avait gagné un prix aux Francouvertes qui nous offrait trois jours de studio, donc on a commencé des « bed tracks » là-bas puis on a tout fini chez Benoît.
Hugo Lachance : Comment ça se passe en studio pour cet album ?
Alexandrine Rodrigue : On avait fait une préproduction en band, on avait beaucoup pratiqué les tounes. On était prêts à faire des bed tracks live. On était les cinq à jouer en même temps. On a surtout enregistré live, ça a ajouté quelque chose. Les voix ont été faites à la fin. C'était le fun d'être sept ou huit personnes dans la même pièce, même si c'est énergivore. C'était l'opposé de l'expérience avec Dany Placard qui était ultra relaxe.
Hugo Lachance : Parlons de la pochette. C'est Gomette, ton chat d'enfance ?
Alexandrine Rodrigue : Oui, elle porte une robe de poupée et n'a pas l'air ravie ! Pour moi, l'identité visuelle est vraiment importante, c'est une extension de ce qu'on entend. La photo complète, c'est moi avec le chat, mais j'ai juste coupé pour qu'on ne voie que le chat. Je trouvais que ça fitait avec le concept de se sentir inadéquat.
Hugo Lachance : Quel était le contexte d'écriture de l'album ?
Alexandrine Rodrigue : Ce n'est pas facile tout le temps d'écrire des tounes. Je me suis donné un mois où je n'étais pas chez nous pour faire juste ça. Ensuite, je les ai montées avec le band. C'était un peu après mon EP et les Francouvertes; j'étais obligée d'écrire parce que mon EP durait 19 minutes et que j'avais signé des contrats pour des shows de 60 minutes !
Hugo Lachance : Comment ça s'est passé, les Francouvertes ?
Alexandrine Rodrigue : C'était spécial parce que c'était pendant la pandémie. Tout était en ligne et il n'y avait personne dans la salle sauf les juges. Mais ça m'a donné une « drive » pour passer à travers la pandémie. Je me suis rendue en demi-finale et j'ai gagné quelques prix. On était tous au Lion d'Or, mais on n'avait même pas la même loge pour ne pas être ensemble. C'était plate, mais ça m'a amené beaucoup de bon.
Hugo Lachance : Gilles de l'Erne écrivait à propos de ta prestation au Pantoum : « Moi c'est Douance puis on s'en vient câlisser une nouvelle toune ».
Alexandrine Rodrigue : Je veux juste spécifier que je n'ai pas dit ça ! Je ne sacre pas sur scène. Il y a dû y avoir un malentendu ou le son n'était pas bon, mais je n'ai jamais dit qu'on s'en venait « câlisser » des tounes. J'ai peut-être dit qu'on s'en venait « casser » des tounes. Sachez-le, le Québec !
Hugo Lachance : Chapitre 13 : SEGMENT : Présentation de l'album. On arrive maintenant à la présentation de chacune de tes chansons. Ce que j'ai fait, c'est que j'ai isolé certaines parties du texte pour qu'on en discute ensemble. On va commencer avec l'introduction. Chapitre 14 : S.O.S..
Hugo Lachance : Donc, c'est une chanson instrumentale. C’est une introduction que je trouve bien efficace parce qu'on dirait qu'elle résume et prépare très bien ce qui s'en vient pour la suite des choses. Je trouve ça le fun qu'elle soit instrumentale.
Alexandrine Rodrigue : Oui, en ce moment, le setlist commence par cette toune-là. Je trouve que ça ouvre bien un show, ça prépare quand même le terrain. C’est comme une moyenne de ce qui s'en vient.
Hugo Lachance : Moi j'ai bien apprécié ça. La prochaine, c'est le Chapitre 15 : Soucis.
Hugo Lachance : « Arrête de te faire du souci pour tout et pour rien ». Donc, « Soucis » c'est le premier extrait de cet album-là. C'est ça ?.
Alexandrine Rodrigue : Premier extrait, tu veux dire le premier single ? Il est sorti au mois de mai passé, donc c'est normal. C'est le premier extrait avec un vidéoclip qu'on devrait dire.
Hugo Lachance : Dans ce que j'ai isolé comme paroles, il y a : « Arrête de te faire du souci pour tout et pour rien, dis-toi que c'est peut-être mieux ainsi et si tout te chie, il y a sûrement quelque chose qui va pas si mal. Et si tu trouves rien, c'est correct, je te jure que ça va passer ». Parle-moi de cette chanson-là.
Alexandrine Rodrigue : J'aime ça, c’est comme une petite toune simple que j'ai écrite vite, vite. Dans le fond, c'est parce que c'était la toune qui voulait un peu conter le temps qu'il ne faut pas non plus trop se prendre au sérieux. Mon EP était vraiment dark et je ne m'en étais pas rendu compte sur le coup, mais je voulais justement que le prochain album reste fidèle à ce que j'avais envie de dire dans le moment.
Alexandrine Rodrigue : Avec « Soucis », je pense que je voulais transmettre le message comme quoi c'est valide et c'est correct de ne pas filer, mais que ça va être correct. J'écoute beaucoup de Courtney Barnett en ce moment.
Hugo Lachance : Je ne connais pas ça.
Alexandrine Rodrigue : C'est vraiment bon. Elle a le don de faire de la musique qui n'est pas triste, mais qui rend quand même hommage à ce sentiment-là. Ça te fait filer comme si tu avais une amie qui te disait : « Je vois comment tu te sens, mais c'est correct, ça va passer ». Cette toune-là, c'était un peu ça que je voulais transmettre comme message.
Hugo Lachance : Il y a des gens qui ont le don d'avoir une certaine mélancolie innée. Je vais écouter Courtney Barnett dans l'auto tantôt. Mais ton album est dark, bien qu'il ne soit pas juste ça. « Soucis » est un bon exemple parce que c'est un peu plus up-tempo. Ce qui marque dans ton album, ce sont aussi les progressions musicales, avec des élévations. À propos de « Soucis », Philippe Papineau écrivait dans Le Devoir que c’est une tentative de lâcher-prise, d'aller vers quelque chose d'un peu plus lumineux. Le clip de la pièce en est un bon exemple, on y voit une enfilade de chiens heureux d'être contents. Parle-moi de ce clip, je l'ai trouvé très cool.
Alexandrine Rodrigue : Ça faisait un bout que j'avais cette idée-là. J'avais mes idées de clip, mais je ne savais pas quels moyens financiers j'allais avoir. Je m'étais dit qu'au pire, j'allais pogner une caméra et aller filmer des chiens dans un parc. Finalement, c'était encore mieux : j'ai eu les moyens d'avoir un réalisateur qui a pu pousser mon idée un peu plus loin. Honnêtement, je ne sais pas ce qui représente mieux le fait de ne pas se prendre au sérieux qu'une gang de chiens. Inconsciemment, la zoothérapie fait partie de ma vie parce que j'ai des animaux et j'aime ça. Pour cette toune-là qui est simple, j'avais le goût de quelque chose de simple. Une gang de chiens qui joue et qui mange un gâteau de fête, c'est quand même efficace.
Hugo Lachance : Très, très cool. C’est une excellente chanson. On passe à la suivante. Chapitre 16 : Bisous.
Hugo Lachance : « Si je te disais comment je me sens, me donnerais-tu encore des bisous ? ». J'aime beaucoup ta voix là-dessus.
Alexandrine Rodrigue : Merci, j'ai peur tout le temps.
Hugo Lachance : C'est une chanson qu'on va écouter en deux temps parce qu'elle commence vraiment avec ta voix, une guitare et de la percussion, on entend la « room » en arrière, mais c'est une toune qui s'élève un peu plus loin. C'est juste pour montrer que tes chansons peuvent passer d'un état à un autre. Donc, dans le texte : « Si je te disais comment je me sens, me donnerais-tu encore des bisous ? Si je te disais que j'ai peur tout le temps, m'inviterais-tu encore chez vous ? ». C'est une chanson pleine de subtilités, surtout avec les voix et les arrangements de synthétiseurs. Comment fais-tu tes arrangements dans une chanson ?.
Alexandrine Rodrigue : Ça dépend d'une toune à l'autre. Pour cette chanson-là, ce que j'avais déjà, c'était la drum machine et les guitares. Les interventions de synthétiseur, je ne les avais pas pensées à l'avance. Je laisse une certaine agentivité à mes musiciens et musiciennes d'arriver avec des idées et d'exprimer leur propre identité musicale. Des fois, c'était Viviane qui disait : « J'entendrais ce hook-là, on l'essaie ? ». Pour « Bisous », les synthés ont été composés soit par Mélanie, soit par Viviane. En général, j'aime laisser de la place aux musiciens pour m'amener quelque part où je n'aurais peut-être pas pensé, mais je sais si c'est un endroit où je veux aller ou pas.
Hugo Lachance : Et à qui donnes-tu des bisous comme ça ?.
Alexandrine Rodrigue : Ça, c'est un secret ! Mais « Bisous », je n'avais vraiment pas réfléchi plus que ça en l'écrivant. Je ne savais même pas si elle allait se trouver sur l'album, mais c'est une des premières que j'ai écrites. C'est une des premières que j'ai rodées dans mes shows des Francouvertes. Les gens me disaient tout le temps qu'ils l'aimaient, donc je l'ai mise sur l'album parce que c'est une super bonne toune. Ça parle d'amour, d'insécurité et du fait que c'est difficile de savoir si les sentiments de l'autre sont réciproques. C'est confrontant d'avoir des sentiments pour quelqu'un.
Hugo Lachance : C’est une thématique qui est importante pour toi visiblement, cette espèce d'insécurité de savoir si ça va marcher ou si tu vas m'aimer encore. On continue avec le Chapitre 17 : Maladie.
Hugo Lachance : « Je ne sais plus quoi faire lorsque vous êtes tous malades, faut-il que j'y pense, faut-il que je l'oublie ? ». Donc, « Maladie » : « Moi je suis née avec la maladie du corps, j'ai dû l'apprivoiser afin qu'elle me suive partout, mais s'il te plaît, laisse tranquille ma famille et mes amis ». C'est une chanson vraiment douce et vulnérable. Peux-tu nous parler de cette « maladie du corps » ?.
Alexandrine Rodrigue : Ça peut se présenter sous plusieurs formes, autant physiques que mentales. Cette chanson-là, en ce moment, je trouve que c'est une des plus chargées émotionnellement de l'album. Je l'avais écrite parce qu'il y avait des gens autour de moi qui n'allaient pas bien, et des fois je ne sais pas trop quoi faire de ça. Je l'avais écrite durant le mois de résidence que je m'étais donné. Quand je compose, je ne réalise pas nécessairement à quel point une chanson va être chargée; c'est plus après coup, en la jouant devant du monde, que je réalise qu'elle me fait de quoi.
Hugo Lachance : C'est mon texte préféré parce qu'il est ouvert et que tout le monde peut l'interpréter et s'y retrouver. D'habitude, tu n'écris pas de longs textes, mais là, les couplets sont longs.
Alexandrine Rodrigue : Oui, Mélanie qui fait mes back vocals a trouvé ça plus difficile de les apprendre !.
Hugo Lachance : On poursuit avec un duo de chansons. Chapitre 18 : Monstre.
Hugo Lachance : On commence vraiment « smooth ». C’est une chanson que j'aime beaucoup parce qu'elle est intense, presque métal.
Alexandrine Rodrigue : C'est ma toune Sonic Youth ! C'est exactement ce que je voulais qu'il se passe quand je l'ai écrite.
Hugo Lachance : Est-ce que tu vois ces deux chansons-là comme un duo ?.
Alexandrine Rodrigue : Oui, c'est un peu un genre de diptyque.
Hugo Lachance : « Quand mes cheveux seront longs, vais-je être moins seule, ou si au fond je suis faite pour une vie de monstre ? ». Il n'y a pas beaucoup de paroles, mais elles sont bonnes. Le monstre, c'est toi ? C'est ton monstre intérieur ?.
Alexandrine Rodrigue : Il y a plein de façons de l'illustrer. C'est la chanson-titre de l'album. Je l'avais enregistrée initialement avec Dany Placard pour le EP, mais finalement on a décidé de ne pas la mettre. C'est vraiment la pièce qui, symboliquement, a mené le projet de création de l'album. Je l'aime full cette toune-là. Ça parle de solitude, d'un peu d'absurdité autour de tout ça, et de quelque chose qui a besoin de sortir. C’est pour ça qu'il n'y a pas beaucoup de mots et que c'est surtout la musique qui parle.
Hugo Lachance : C'est ce que j'aime de tes textes : on sent que c'est super personnel mais c'est ouvert. Tout le monde peut interpréter ça à sa manière. On a l'impression de s'impliquer dans le texte en le lisant, comme un échange. On va écouter l'autre chanson qui s'appelle « Je ne suis plus un monstre ». Chapitre 19 : Je ne suis plus un monstre.
Hugo Lachance : Celle-là est plus douce, même si ça lève un peu à la fin. Tu l'avais enregistrée pour ton EP ?.
Alexandrine Rodrigue : On l'a réenregistrée pour l'album pour qu'il y ait un sentiment d'unicité entre les tounes, mais je l'avais enregistrée avant. « Je ne suis plus un monstre », je l'ai composée pas mal après « Monstre ». C'était une réponse. Dans mon processus de création, j'avais le goût de me donner un petit défi : faire en sorte qu'il y ait des thèmes et des mots récurrents d'une toune à l'autre.
Hugo Lachance : Quand j'écoute ton album, j'entends parfois du Mara Tremblay ou des trucs d'Olivier Langevin. Quelles sont tes influences au Québec ? Chapitre 20 : L'influence de Mara Tremblay.
Alexandrine Rodrigue : Ça me surprend que tu entendes ça parce que ce n'est vraiment pas country-folk, mais j'aime full Mara Tremblay. J'ai énormément écouté Chihuahua et Papillon, les deux premiers albums. Je suis vraiment fan de folk et de country dans la vie, j'ai hâte que ça s'entende plus dans mes tounes.
Hugo Lachance : Je me suis dit que j'allais poser la question même si je n'étais pas sûr.
Alexandrine Rodrigue : Je ne le cacherai pas, j'écoute beaucoup de musique anglophone et j'écoute moins de musique proche de moi physiquement. Sinon, j'aime énormément Catherine Leduc de Tricot Machine, ses deux albums solo sont merveilleux. On a énormément de bons bands au Québec. On continue avec la huitième chanson. Chapitre 21 : Je sais pas.
Hugo Lachance : Pour « Je sais pas », dans mes notes, j'ai encore fait une petite flèche vers Mara Tremblay pour les sonorités. C'est une autre chanson qui est dans mon top 3. « Je voudrais seulement qu'on me confirme que plus aucun mal ne va m'arriver ». Parle-moi de cette chanson.
Alexandrine Rodrigue : Je pense que c'est mon « slow », ma ballade d'amour que j'aime full aussi. Je réalise que c'est une des chansons sur lesquelles j'ai le plus de feedback; les gens l'ont beaucoup aimée. Ça parle de peur et d'incertitude. On a fait un clip de danse en ligne pour cette chanson-là.
Hugo Lachance : Un clip de danse en ligne ?.
Alexandrine Rodrigue : Le clash entre la dream pop et la danse en ligne au ralenti, c'est le fun. On est allés tourner le clip dans un club de danse en ligne gay dans le Centre-Sud, qui s'appelle le Club Bolo. Le clip est extrêmement touchant et je vous encourage tous à l'écouter.
Hugo Lachance : J'aime ça quand il y a un clash entre deux propos. Mon rêve serait que cette toune-là se ramasse sur des playlists country juste à cause du clip. On poursuit avec Chapitre 22 : Les choses.
Hugo Lachance : Dans « Les choses », ce que j'aime beaucoup, c'est la recherche de son. Comment travailles-tu ton son de guitare ?.
Alexandrine Rodrigue : Ça dépend de la réalisation. On n'a pas passé énormément de temps à checker le ton de guit avant de craquer, contrairement à d'autres projets. Je pense que mes tounes à moi, c'est plus moi qui les ai checkées, et celles de Marc-André, c'est plus lui. C'est assez intuitif parce qu'on a beaucoup joué ensemble avant d'enregistrer, donc on a appris à se « blender ».
Hugo Lachance : L'album est bien fait. Je me demandais quelle était la part de la réalisation de Viviane Roy dans le choix des sons.
Alexandrine Rodrigue : Viviane a contribué de plein de façons en apportant des suggestions d'ambiance, des idées de thèmes ou de phrasés. Mais pour les guitares, on y est allés assez « straight forward ». « Les choses », c’est une autre toune que j'ai écrite assez vite parce qu'il fallait que je fasse des shows plus longs. On est dans la partie de l'album où je dis souvent « je sais pas, je sais pas ». La prochaine toune s'appelle d'ailleurs « Mais je sais que ». J'avais composé ça avec Angel Olsen comme inspiration, même si je ne pense pas que ça y ressemble finalement. Je voulais rapporter une petite référence à Blink-182 de ma jeunesse dans la deuxième partie de la chanson.
Hugo Lachance : C'est un album qui se tient et il n'y a pas de moments où l'on s'emmerde. On passe à la suivante. Chapitre 23 : Mais je sais que.
Hugo Lachance : « Je ne sais pas quoi te dire quand toujours j'ai peur de ne plus t'aimer, mais je voudrais que tu saches, j'aimerais être avec toi ». Tu abordes souvent les thèmes de l'amour et de l'insécurité. Est-ce difficile de se révéler comme ça dans tes textes ?.
Alexandrine Rodrigue : Sur le coup, je ne m'en rends pas compte. J'écris parce que je m'assois et que ça sort de même. C'est après, quand tout le monde m'en parle, que je me dis que oui, c'est peut-être dur.
Hugo Lachance : Je suis content de mettre un visage sur la musique parce que je ne te connaissais pas du tout avant l'album. Je trouve que ça fait un bel ensemble et on sent que tu avais besoin d'en parler.
Alexandrine Rodrigue : Honnêtement, je n'ai pas de mérite. Je ne fais pas ça pour faire un statement ou pour que les autres qui vivent ça aillent mieux. La musique sert à ça, c'est merveilleux. C'est ma façon de composer : en écrivant des trucs personnels que j'ai réussi à rendre juste assez « pas personnels » pour que ça rejoigne les autres.
Hugo Lachance : On continue avec la dernière pièce. Chapitre 24 : Cheville.
Hugo Lachance : C’est la chanson qui clôt l'album. Parle-moi de cette chanson.
Alexandrine Rodrigue : C'est la plus longue de l'album, elle fait un bon cinq minutes. « Cheville », c'est une toune qui veut faire un lien entre le mal physique et le mal mental. Ça s'appelle « Cheville » parce que je me suis cassé la cheville bien comme faut. J'ai eu mal pendant vraiment longtemps. Quand je la présente en live, le monde rit, mais ce n'est vraiment pas drôle. La toune parle du fait que des fois on se sent léthargique, on a le goût de rien. J'écrivais la toune et j'avais littéralement mal à ma cheville. C'est pour ça que je dis : « J'attends d'avoir envie de quelque chose ». Je ne pensais pas qu'elle serait sur l'album, je la trouvais « weird », mais je l'ai jouée à Viviane et elle a dit que c'était une très bonne toune.
Hugo Lachance : Ton album, c’est un album à apprivoiser. Si tu ne prends pas le temps de tout écouter, ça ne fonctionnera pas. Je l'ai écouté trois ou quatre fois avant que tous les éléments se placent. Il faut lui donner la chance.
Alexandrine Rodrigue : Je pense que c'est un album qui mérite d'être écouté dans l'ordre et dans son entièreté, même s'il y a des tounes plus « catchy » comme « Soucis » ou « Je sais pas ».
Hugo Lachance : Ça finit bien un album. As-tu des plaques de métal dans ta cheville ?.
Alexandrine Rodrigue : Oui, j'en ai plein, et des vis aussi !.
Hugo Lachance : On est frères de cheville alors ! Quelques questions avant de terminer. Ton top 3 du moment ? Chapitre 25 : Le TOP 3 du moment.
Alexandrine Rodrigue : « S.O.S. », « Monstre » et je vais dire « Cheville » parce qu'elle mérite d'être aimée et que c'était le fun de la faire au lancement.
Hugo Lachance : Moi c'est « Je ne sais pas », « Monstre » et « Je ne suis plus un monstre ». Et « Soucis » en première parce que c'est une belle porte d'entrée. Quelle chanson représente le mieux l'album ?.
Alexandrine Rodrigue : « Monstre ».
Hugo Lachance : Ta meilleure chanson en show ?.
Alexandrine Rodrigue : « Monstre ». Je suis une cassette brisée !.
Hugo Lachance : Qu'est-ce qui te rend le plus heureuse dans cet album-là ?.
Alexandrine Rodrigue : C'est une bonne question. Je pense que c'est le fait qu'il soit sorti et de l'avoir fait. Je suis fière du résultat et ce n'est pas rien. Des fois, on perd de vue que c'est un grand accomplissement en soi parce qu'on valorise nos accomplissements musicaux à travers la réception des autres ou les festivals. Mais deep down, c'est « fucking nice » d'avoir fait ça peu importe la suite.
Hugo Lachance : On change de registre. Comment finance-t-on un album comme ça ? Chapitre 26 : Financement.
Alexandrine Rodrigue : Avec beaucoup de chance et des « skills » de rédaction de subventions ! J'ai eu le privilège d'avoir des subventions du Conseil des Arts du Canada et du Conseil des Arts du Québec pour rester productrice de l'album. Sans ça, j'aurais dû couper quelque part. Pour moi, c'est important de payer le monde comme il faut. Mais ce n'est pas évident, je ne sais pas si je vais en avoir pour le prochain.
Hugo Lachance : Merci beaucoup pour cette entrevue. Chapitre 28 : Conclusion.
Alexandrine Rodrigue : Merci pour l'invitation !.
Hugo Lachance : Merci tout le monde, on se retrouve pour un prochain épisode de L’Album Podcast !