Orloge Simard
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Orloge Simard Site officiel : https://www.orloge-simard.com/
Orloge Simard sur Instagram : https://www.instagram.com/orlogesimard/
Le monde de la musique alternative québécoise compte ses marginaux, mais rares sont ceux qui ont érigé l'irrévérence en véritable doctrine philosophique. Originaire du Saguenay, le groupe culte Orloge Simard bouscule les conventions depuis 2012 à grands coups de paroles sans filtre, d'humour noir et de poésie trash du quotidien.
Pour cette série d'épisodes de L’Album Podcast, l'animateur Hugo Lachance s'est déplacé dans un lieu pour le moins insolite : la Coopérative funéraire du Fjord à La Baie, le 15 août 2024. Autour du micro, Olivier Simard, Andy Ellefson, Guillaume Bouchard et Maxime Bouchard sont venus livrer les secrets de leur démarche artistique unique et de leur célèbre « aucuncadrisme ».
Né dans un garage de Bagotville à La Baie, le quintette se compose de musiciens chevronnés qui défendent sur scène des personnages plus grands que nature :
Olivier Simard : Au chant et à la guitare, il est le leader et le cerveau fondateur du projet.
Andy Ellefson : Aux claviers et aux synthétiseurs, il apporte la touche psychédélique et planante au groupe.
Guillaume Bouchard : À la basse, le gardien du groove lourd.
Maxime Bouchard : À la batterie, véritable métronome du chaos.
Jimmy Ballonet : À la deuxième guitare, complétant cette machine rock.
Au centre de l'univers d'Orloge Simard se trouve un concept fondateur : l'aucuncadrisme. Cette approche rejette catégoriquement la censure, les barrières morales et les impositions de l'industrie. Le groupe s'efforce de dépeindre la réalité brute, jusque dans ses aspects les plus laids, vulgaires ou marginaux, pour en extraire une authenticité absolue et une liberté totale de création.
Cette quête de vérité crue s'est construite à travers les polémiques, le groupe ayant l'art de transformer les scandales en leviers médiatiques. On pense notamment à l'incident de Sainte-Rose-du-Nord en 2014, lors du festival Folk Sale, où un public hostile est allé jusqu'à débrancher leurs instruments en plein spectacle — un événement qui a paradoxalement scellé leur statut de rockstars locales.
Leur parcours hors norme a d'ailleurs fait l'objet du documentaire Saguenay Libre (2019), réalisé par Carl-Étienne Lalonde et Justin Allard. Mais Orloge Simard, c'est aussi un engagement communautaire fort : le groupe est le maître d'œuvre du festival Le Culte de Port-Alfred, un événement visant à revitaliser ce secteur et à propulser la scène musicale régionale.
De l'artisanat des débuts aux productions plus massives, l'évolution musicale du groupe est jalonnée de sorties marquantes disponibles sur leur boutique officielle :
2013 : Coke Calciné (EP)
2014 : Aucun Cadre
2016 : Coke Calciné (EP Remasterisé)
2017 : Beuvez toujours, ne mourez jamais
2020 : À chacun son Waterloo
Ce solo légendaire n'est pas exécuté par un instrument traditionnel, mais plutôt avec une scie mécanique. Le groupe a recruté Jasmin, un habitant de Ferland-Boilleau. Bien qu'il ne soit pas musicien professionnel, Jasmin a pris l'invitation très au sérieux : il s'est exercé de longues heures chez lui en portant des protecteurs d'oreilles avant de venir enregistrer sa performance mémorable directement dans la cour arrière de Jimmy.
La multinationale française craignait de subir la censure ou des blocages algorithmiques sur les plateformes de diffusion en continu à cause de l'utilisation du mot « nazi » dans le texte. Les membres du groupe ont dû négocier fermement pour démontrer que la chanson, loin de faire l'apologie de cette idéologie, utilisait plutôt un angle absurde et satirique pour renvoyer dos à dos les extrémismes de tous horizons.
L'objectif premier du projet est citoyen et patrimonial : faire bouger les choses pour la sauvegarde de l'église Saint-Édouard, un joyau architectural de la région. En rassemblant la population autour de spectacles et d'événements artistiques, Orloge Simard cherche à revitaliser le secteur et à prouver la valeur collective du bâtiment. Les bénéfices générés sont réinvestis pour assurer les éditions futures et maintenir une pression militante constante.
Pour matérialiser le concept de « culte de la personnalité » qui teinte l'œuvre, le groupe a fait sculpter des statues grandeur nature à leur effigie par l'artiste David D. Entièrement financées par les musiciens eux-mêmes pour garantir un niveau de détail exceptionnel, ces pièces uniques ont même été installées temporairement sur les quais de La Baie pour piquer la curiosité des passants et servir d'outil promotionnel.
Ce durcissement sonore est une réaction directe aux tensions sociales nées de la pandémie et à l'avènement de la « culture de la cancellation ». Le groupe a délibérément délaissé les arrangements folk et la guitare acoustique pour proposer des compositions explosives, affirmant haut et fort leur droit à une liberté d'expression totale et sans fioritures.
La formule est empruntée directement au chef-d'œuvre littéraire Gargantua de François Rabelais. Le groupe se reconnaît profondément dans l'humour grotesque, charnel, truculent et baroque de l'écrivain, une parenté d'esprit qui a grandement influencé l'imagerie globale du disque ainsi que la théâtralité de leurs costumes de scène.
La session en studio à Montréal s'est avérée particulièrement stressante pour le guitariste Jean-Michel Peltier, intimidé par le contexte professionnel. Pour tenter de calmer son anxiété, il a un peu trop abusé du vin de dépanneur, au point de perdre l'équilibre, de basculer de sa chaise et de devenir incapable de plaquer une note spécifique qu'il qualifiait pourtant obstinément de « morte ».
Il s'agit d'une règle interne farfelue que les membres s'étaient imposée lors de leurs sorties thématiques baroques au parc Jarry à Montréal. Si un participant perdait l'équilibre en plein milieu d'une partie de Limbo, il devait obligatoirement se faire « cuirer », c'est-à-dire recevoir des coups de ceinture en cuir dans le dos ou au visage — une punition corporelle amicale qu'ils trouvaient délicieusement raccord avec l'esprit de l'époque.
Tout découle d'un délire créatif entre Andy Ellefson et un ami dans la métropole. Le duo s'amusait à revêtir des habits d'époque complets, arborant de larges cols fraises, pour aller siroter du Ricard au parc Jarry (qu'ils s'amusaient à renommer le parc Lulli). C'est ce penchant pour le grotesque rabelaisien qui a jeté les bases esthétiques et inspiré les costumes de scène du groupe.
Hugo Lachance compare la construction de cette pièce à une véritable toile de Jérôme Bosch, en raison de son foisonnement de détails rococo et de personnages récurrents, à l'image du coloré Fabrice Bouchard. Le texte excelle à dépeindre le glissement progressif d'une fête de famille tout à fait routinière vers un chaos absurde et surréaliste, un procédé créatif cher à la philosophie de la formation.
Sources et crédits journalistiques :
Saguenay Libre, documentaire réalisé par Carl-Étienne Lalonde et Justin Allard, 2019.
Données techniques et propos tirés des séances d'enregistrement du 15 août 2024 à la Coopérative funéraire du Fjord pour L'Album Podcast.