Transcription intégrale des trois épisodes avec Orloge Simard 

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Avertissement : Cette transcription est le fruit d'une collaboration avec une intelligence artificielle qui fait de son mieux, mais qui ne saisit pas toujours toutes les "subtilités" de nos discussions.  Le fichier audio/vidéo original demeure la seule référence officielle. Si un passage vous semble bizarre, faites confiance à vos oreilles et allez écouter l'épisode !


1e épisode : L'Histoire et les Humains

Hugo Lachance : Et bonjour à tous ! Bienvenue à ce premier épisode d'une série de trois avec le groupe culte Orloge Simard. On passe tout le mois de décembre avec Orloge Simard, donc il y aura trois épisodes le 7, le 14 et le 21 décembre 2024. Je tiens à remercier la Coopérative funéraire du Fjord à La Baie de nous avoir accueillis. Les trois épisodes sont commandités par Hopéra Microbrasserie de Jonquière; merci Vlad pour tout. Aujourd'hui, c'est le premier épisode : on s'attaque à l'histoire et on rencontre les musiciens qui sont derrière les personnages d'Orloge Simard. Attention, ce n'est pas un épisode pour les oreilles et les âmes sensibles; vous pourrez juger par vous-même de l'œuvre d'Orloge Simard après cette série d'épisodes.

Hugo Lachance : Merci. Nous sommes le 15 août 2024 à la Coopérative funéraire du Fjord à La Baie. Pourquoi la Coopérative funéraire du Fjord de La Baie ? Parce que ça va être un épisode de la mort avec Orloge Simard à l'Album Podcast. Trois, quatre ! Allez, bonjour ! Bienvenue à l'Album Podcast tout le monde. Avant de vous présenter convenablement mes invités, je tiens justement à remercier Renée Simard de la Coopérative funéraire du Fjord à La Baie de nous accueillir aujourd'hui. On remercie aussi Vlad d'Hopéra Microbrasserie de nous avoir fournis en bière ce soir; merci mon gros, on t'aime fort. Aujourd'hui, je reçois Orloge Simard. Ça fait assez longtemps qu'on prépare cet épisode-là et là, aujourd'hui, ça fitte. Je suis vraiment, vraiment content. Avant de vous les présenter, allez vous abonner sur Facebook, Instagram, YouTube et les plateformes Apple Podcast ou Spotify. C'est chiant, on vous demande ça tout le temps, mais c'est vraiment ça le nerf de la guerre, c'est ça qui est motivant. Alors aujourd'hui, je suis avec Olivier Simard, Andy Ellefson, Guillaume Bouchard puis Maxime Bouchard aussi. Bienvenue les gars.

Olivier Simard : Merci Hugo ! Bienvenue à La Baie !

Hugo Lachance : Oui, je suis super content. Vous voyez un magnifique décor en arrière de ma face en contre-jour, probablement une belle vue sur le Fjord. On est à la Coopérative funéraire du Fjord parce qu'on est à moitié morts, ou bien on est fatigués, on est sur les derniers milles.

Olivier Simard : Ça va être assez, ça donne un avant-goût des cérémonies. On a d'autres carrières à faire, comme coiffeur ou peut-être que je vais prendre la business de ma tante lorsqu'elle va prendre sa retraite. Alors, rendez-vous au début ! Aujourd'hui, on est ici pour parler de l'album Beuvez tousjours et ne mourrez jamais d'Orloge Simard.

Hugo Lachance : Avant de vous présenter individuellement les gars, on s'est connus d'une façon un peu spéciale parce que moi je ne connaissais pas Orloge Simard avant qu'on se rencontre. Il y a quelqu'un qui peut raconter comment on s'est connus ? Parce que je voulais t'amener tranquillement à parler de votre festival aussi.

Olivier Simard : Ben oui, on peut raconter ça. La première fois qu'on s'est rencontrés, c'était au festival. On vous avait invités, WD-40, toi et les mecs, à venir jouer pour votre 30e anniversaire devant l'église Saint-Édouard tout près d'ici, pour notre première édition. On voulait évidemment des bands cultes pour le Culte de Port-Alfred.

Hugo Lachance : WD-40, c'étaient les candidats idéaux. Je vous remercie encore parce que votre festival, vous venez de finir votre deuxième édition. C'est quoi l'objectif du festival, en fait ?

Olivier Simard : L'objectif, c'est de sauver l'église Saint-Édouard. Les spectacles sont sur le perron de l'église, sur le terrain directement. On veut revitaliser le secteur de Port-Alfred qui a beaucoup souffert de la fermeture de l'usine qu'il y avait ici avant. Aussi, on veut promouvoir la musique du Saguenay–Lac-Saint-Jean; on n'invite que des groupes ou des artistes originaires d'ici ou qui habitent ici.

Hugo Lachance : WD-40, comme on le sait, vous êtes tous originaires de la région du Saguenay. C'était vraiment parfait, et c'est là qu'on s'est rencontrés. Après ça, on a fait une petite tournée, on a joué à Rimouski aussi. C'était vraiment le fun, on s'est fait une tournée de quatre shows, mais deux shows ont été annulés avec vous. La tournée était immense !

Guillaume Bouchard : On les a faites seuls après. Ça a bien fait qu'on se rencontre aussi, on a des points en commun je pense. Vous êtes quand même un gros morceau de la musique underground au Québec.

Hugo Lachance : Ça a été vraiment un honneur de venir jouer avec vous autres. Pourquoi les deux shows avaient été annulés, déjà ?

Maxime Bouchard : C'est-tu parce que Alex s'était foulé la prostate ? 

Hugo Lachance : La vraie raison, c'est qu'il a fait sauter son gasket de prostate. On le salue, Alex Jones ! Mais non, c'est parce qu'on était prêts à partir puis il s'est effondré. Alex, pour vrai, il a eu une double pneumonie. Ça avait l'air vrai, on n'est pas innocents, vous nous avez envoyé le billet du médecin puis tout, fait qu'on vous a crus.

Hugo Lachance : Est-ce qu'il y aura une troisième édition au festival ?

Guillaume Bouchard : Oui, évidemment. On est tous crinqués pour une troisième édition, on n'a que des commentaires positifs. Ça va se faire.

Hugo Lachance : Je vais vous poser les quatre mêmes questions à chacun. Je commence avec Olivier Simard. Tu es un gars de où, toi ?

Olivier Simard : Je suis un gars de La Baie. Mon album d'enfance le plus loin dont je me souvienne, mon père me faisait écouter beaucoup le vinyle de Chabicouin. C'était une émission animée avec des braconniers; c'était une histoire, pas vraiment un disque de musique. Sinon, je me rappelle que mon père écoutait beaucoup de Pink Floyd et de Metallica. Il y a des vidéos de moi quand je suis petit où je chante des chansons du Black Album. À l'adolescence, c'est peut-être un album de Jean Leloup, comme Le Dôme. La plupart de ses disques m'ont beaucoup marqué. Dans le char de mes parents, il y avait un peu de tout, comme les Cranberries ou Metallica. Mon premier instrument, c'était la basse à 12 ou 13 ans, mais après je suis passé à la guitare. Je trouve la basse trop compliquée, je ne suis pas assez intelligent pour ça.

Hugo Lachance : Andy, c’est un petit gars de où ?

Andy Ellefson : Bagotville. On est tous nés en 1990. Les gens de La Baie parlent beaucoup en termes d'arrondissements : Grande-Baie, Port-Alfred, Bagotville. Mon album d'enfance, c'est mon oncle Dag qui me l'a fait écouter : Rasta Bigoud, un band de reggae breton. À l'adolescence, avec Olivier, on écoutait beaucoup Jean Leloup, mais on a découvert aussi Serge Gainsbourg, surtout Histoire de Melody Nelson. Ça a vraiment été une révélation. Mon premier instrument, c'est le clavier « tape-touche ». J'ai commencé en 2012 dans un ancien studio de photographie abandonné parce qu'ils me voulaient dans le groupe. J'ai toujours aimé les sons psychédéliques, New Wave et synthétiques.

Hugo Lachance : Guillaume, c’est un petit gars de où ?

Guillaume Bouchard : La Baie aussi, j'ai plus vécu à Bagotville. Ma mère commandait des CD chez Columbia : The Wall, Superficial of the Century, Jeff Beck. Richard Desjardins jouait beaucoup à Noël aussi. À l'adolescence, j'écoutais beaucoup de métal comme Iron Maiden, Metallica et du punk. Je gravais mes propres CD de compilations. Mon premier instrument, si on ne compte pas la flûte, c'est la basse. J'ai eu un accordéon quand j'étais très jeune, mais c'est surtout la basse.

Hugo Lachance : Maxime, c’est un petit gars de où ?

Maxime Bouchard : Le seul vrai de Port-Alfred de la gang ! Mon père écoutait beaucoup de disco, du ABBA et de Boney M. Mon premier album au primaire, c'était Blink-182, The Mark, Tom, and Travis Show; c'était plein de jokes de bites. Puis Slipknot, Offspring, Nirvana et Pantera. Dans le char, mon père écoutait sa « disco mobile » Chez Gino. Mon premier instrument, c'est le chant. J'ai fait le concours les Christine-Christines en maternelle en chantant l'oiseau de René Simard. Je suis arrivé 3e, peut-être parce que j'avais un maquillage de dinosaure.

Hugo Lachance : D'où vient le nom Orloge Simard ?

Olivier Simard : J'ai commencé ça seul, je faisais des petites chansons pour mes amis autour des feux. J'ai pensé au nom Orloge Simard, mais ça ne veut pas dire grand-chose. Le H existe pas parce que mon nom commence par un O et je suis O positif, alors j'ai enlevé le H. Il n'y a rien de profond là-dedans.

Hugo Lachance : Sur Wikipédia, on dit que vous êtes connus pour vos paroles non censurées et vulgaires, s'apparentant à Plume Latraverse ou Mononc’ Serge.

Olivier Simard : Ce n'est pas faux, il y a des analogies à faire. On a écouté du Mononc’ Serge étant adolescents. On adopte la philosophie du « aucun-cadrisme », qui implique le rejet de toute forme de censure. La photo sur Wikipédia est une photo de merde prise par un paparazzi dans un stationnement à Sainte-Thérèse pendant qu'on sortait de la vanne après avoir bu notre 12 packs. Le gars est arrivé avec un gros flash et a fait un petit montage de merde.

Andy Ellefson : On raconte avec humour et absurdité les excès de la vie. On dépeint la réalité telle qu'elle est, parfois laide. Ce n'est pas juste de la vulgarité gratuite, il y a beaucoup de caricature. Olivier a d'ailleurs étudié en littérature, il a un bac de l'UQAC.

Hugo Lachance : En 2014, le groupe a dû interrompre un spectacle au Festival du folk sale (Virage) à Sainte-Rose-du-Nord parce que des spectateurs mécontents ont commencé à vous cracher dessus et à débrancher vos micros.

Olivier Simard : C'est là que je me suis rendu compte que ça allait fonctionner ! Quand on s'est fait cracher dessus, j'ai fait « wow, là on a quelque chose ». Ça a créé une petite controverse et j'ai pu m'exprimer ensuite dans le journal. Ça renforce le mythe autour du band. Si on s'arrête au premier degré, ça ne marche pas.

Hugo Lachance : Discographie : Coke calciné (2013), Aucun cadre (2014), Beuvez tousjours et ne mourrez jamais (2017), À chacun son Waterloo (2020) et Culture du culte (2022).


2e épisode Beuvez tousjours et ne mourrez jamais 

Hugo Lachance : Aujourd'hui, on est ici pour parler de l'album Beuvez tousjours et ne mourrez jamais de Orloge Simard. On passe au segment présentation de l'album. Pourquoi avez-vous choisi cet album pour le podcast ? Ce n'est pas toi qui l'as choisi, Olivier ?

Olivier Simard : Non, moi j'ai rien choisi, je ne me suis même pas choisi moi-même ! Culture du culte, c’est le prochain épisode.

Andy Ellefson : Je pense que c'est toi qui me l'as dit parce que c'était le premier.

Hugo Lachance : C'est un bon choix en tout cas, je pense qu'on a bien choisi celui-là.

Olivier Simard : En fait, c'est parce qu'il a été le fun à faire pareil. On l'a fait à Montréal cet album-là. C'est le seul qu'on a fait là-bas en fait. On l'a fait en partie à Montréal puis en partie ici; c'est comme un peu des deux en même temps. Mais il y a beaucoup d'histoires intéressantes qui concernent cet album-là. Puis Aucun cadre, on en a beaucoup parlé quand même. Fait que ça, je pense que c'était le fun, un bon choix. Il y a plus d’anecdotes là-dedans.

Guillaume Bouchard : C'est ça, puis c'est le deuxième si on ne compte pas le EP. Aucun cadre c'est le premier, on était moins expérimentés. Ça a été fait à La Baie. Lui, comme il fallait voyager, il y a tellement d'histoires intéressantes avec ça. Pour le mixage, on en parlera plus tard parce que ça, c'est du bon.

Hugo Lachance : On est au jeu des étiquettes. Les étiquettes c'est chiant, mais il faut en mettre pour diriger les auditeurs. S'il y avait des étiquettes, que ce soit un genre ou des groupes comparables, à quoi ça ressemble ? C’est quoi Orloge Simard ?

Andy Ellefson : C'est du rock calciné. Dès le début, ça a été ça. Puis on s'est déjà fait dire qu'on avait un humour corrosif. Oh, on s'est déjà fait dire ça ! Je ne pense pas que ce soit vrai, c'est une grosse accusation l'humour corrosif. Moi je n'étais pas trop d'accord, mais du calciné et de la corrosion, je n'haïs pas ça, c'est rock en christ. Ce n'est pas nous qui avions trouvé ça, « rock calciné », c'était au Sous-Bois je pense. On avait joué là puis c'était écrit : « Orloge, rock calciné ». On avait bien aimé le terme parce qu'à l'époque on avait sorti Coke calciné, fait que le terme calciné c'est unique. Je ne pense pas qu'il y ait d'autres bands qui peuvent... peut-être qu'il y en a eu d'autres, mais c'est assez rare.

Maxime Bouchard : Puis le rock a le dos large. Dans cet album-là, on trouve du funk quand même.

Olivier Simard : Moi j'avais un terme aussi pour le décrire : c'est hétérogène. Je trouve que ce n'est pas un album linéaire, tu as plusieurs styles musicaux dessus. Des fois ça devient tellement hétérogène que tout ça fonctionne encore. C'est un album qui va vraiment partout, qui touche un peu à tout avec du rock funk plutôt hétéroclite.

Hugo Lachance : Oui, hétéroclite ! On retrouve du rock, du funk, du folk aussi parfois. Moi, si je me fie à Wikipédia, la musique est un mélange de plusieurs styles incluant le folk, le rock, le reggae et le country.

Maxime Bouchard : Il manque le jazz par exemple ! Il manque ça parce que du jazz, on en fait beaucoup, on est comme un « jazz ensemble ». Tu l’as inséré dans « Cabane à pêche » en fait sur un « tap touche ». C’est quel mouton ? Ben, faut pas que le mouton rentre dans la clôture, ça c'est sûr.

Andy Ellefson : Mais cet album-là, on se laissait plus aller un peu parce qu'il faut qu'il rentre dans la clôture. Je pense que c’est ça, faut que ça soit un peu... c’est drôle. C'est une sélection de chansons, plus une sélection. On en a plein, des chansons.

Hugo Lachance : Mais c’est votre premier vrai album ?

Guillaume Bouchard : Non, c’est le deuxième. Deuxième album officiel.

Andy Ellefson : On avait 15 chansons et il a fallu en choisir 14. Ce n'est pas une grosse sélection, mais on a eu des choix difficiles à faire. Il y avait beaucoup d'idées de chansons qui auraient pu être prises ici et là, mais on a arrêté notre sélection tous ensemble parce qu'il y a une grosse partie de l'album aussi qui fait partie de vieilles compositions d’Olivier qu’il avait créées plusieurs années avant. On est allés piger là-dedans, mais on a aussi créé de nouvelles chansons. Dans celui-ci, il y avait des nouvelles chansons tandis que dans l'autre, c'était plus juste des vieilles.

Hugo Lachance : Là, on va passer à travers l'album et les crédits. Le titre : Beuvez tousjours et ne mourrez jamais. Remerciement à Blaise Pascal et François Rabelais pour l'inspiration.

Andy Ellefson : Bah oui, c’est une citation du livre Gargantua de François Rabelais. Salut Franky ! Je ne sais pas ce qu'il fait, lui. En fait, Gargantua et Rabelais, ça s'apparente quand même beaucoup à l'humour d'Orloge. On a un peu cet humour-là grotesque. Puis justement, le livre Gargantua a un esprit très baroque, ça déborde de partout. On trouvait aussi que ça s'apparentait bien et il y a comme une grosse thématique baroque avec l'album. Ça vient d’un moment où moi j'ai commencé à m'intéresser à Blaise Pascal et à tous les philosophes un peu français, l'histoire française, les rois Louis XIV et Louis XIII, et cetera. À un moment donné, avec Thomas, un de mes amis à Montréal, on vivait là-bas tous les deux et il y a eu un trip de baroque. On faisait du Limbo dans un parc habillés en baroque, on prenait du vin puis du Ricard.

Olivier Simard : C'est ça, exact. On allait au parc Jarry pour l'appeler le parc Lully, qu’il est le compositeur de Louis XIV, et on allait mettre des affiches le soir d'avant sur les poteaux : « Le Parc Lully ». Puis là, ben, il y avait trois règles : fallait que tu aies des hauts de chausse ou des bas de chausse, ça prenait des petits bas, après ça ça prenait un col fraise. C’était vraiment juste un col fraise, avec des espèces de bavettes dont je ne me souviens plus du terme. Il fallait aussi que tu apportes des boissons françaises ou, à la limite, québécoises de la Nouvelle-France. On faisait du Limbo et quand tu tombais à terre, on mettait de la grosse musique baroque française nonstop. Le monde nous prenait en photo, on était de vraies bêtes de foire.

Andy Ellefson : À ce moment-là, lorsque quelqu'un tombait, il se faisait « cuirer ». Tu ôtes ta ceinture et tu donnes un coup de cuir au visage idéalement, sinon dans le dos. C'est très baroque de souffrir, je ne sais pas si vous le saviez. Parce qu'on s'entend, tout ce qui est baroque est beau, et pour être beau, il faut souffrir. Alors ça prend des coups de cuir au visage. On cuirait tout, on cuirait nos meubles. Moi et Andy, on avait une vieille laveuse dans le milieu du salon qu'on voulait crisser à la tonne, mais elle était tellement pesante qu'on retardait tout le temps le moment. Fait qu'elle était dans le milieu du salon. Quand on venait chaud sur le Ricard, on lui donnait des coups de cuir, on la punissait parce qu'elle était trop lourde. C'est là que vous avez inventé le « Baroque and Roll ».

Guillaume Bouchard : C'est physique. Quand on boit de l'alcool, on devient très comme un moine bizarre. Il y avait du baroque partout sur nos murs, des affiches, des vinyles. Tout ça s'est transmis sur le stage parce qu'à cette époque-là, pour les spectacles du lancement, on s'habillait en costume baroque. On l'a fait à peu près trois ou quatre fois. C'est sûr que c'est lourd à porter parce qu'on avait aussi du maquillage, on se faisait maquiller en blanc. Quand on fait un show de rock, on sue en christ, c'était lourd à porter.

Hugo Lachance : Année : 28 avril 2017. Compagnie de disque : indépendant. Nombre de pistes : 14. Réalisation? 

Olivier Simard :C'est tout nous. Il n'y a pas de réalisateur attitré. En fait, il n'y en a jamais eu, c'est entre nous autres. Mais qui a fait le mix ?

Olivier Simard : Pour cet album-là, non, le mix on ne l'a pas fait. Mais il n'y a pas de réalisateur, les réalisateurs c'est nous. On peut avoir des conseils, comme Marc Gendron qui a enregistré à Montréal, il peut nous donner des conseils des fois. Jimmy avait fait la préprod; Jimmy n'était pas dans le ben à ce moment-là mais c'est lui qui avait enregistré la préprod ici. Il y a même des extraits des bouts de la préprod qui ont été mis dans le disque au final. Sinon, c'est vraiment le groupe qui réalise.

Hugo Lachance : Les musiciens : voix, guitare et paroles : Olivier Simard. Basse : Guillaume Bouchard. Batterie : Maxime Bouchard. Clavier : Andy Ellefson. Guitare électrique : Jean-Michel Peltier, qui est le seul album qu'on a fait ensemble. Aux autres voix : Rosanne Tremblay, Kim Duguay, Alex Côté et Thomas Dupuis-Délias. Violon : Sophia Net. Saxophone : Philippe Brochu. Trompette : Kim Duguay. Studio : Chenapan à Montréal. Dans ce temps-là, on avait un gérant, Stéphane Papillon, notre pote. Il avait un studio avec Marc Gendron et Yann Perreau. C'est là qu'on a enregistré la majorité de l'album, au studio Chenapan sur De Lorimier. C'était pas loin d'un magasin de croissants.

Maxime Bouchard : Les croissants, on y reviendra là-dessus, je ne suis pas sûr que ça va faire le montage. Prise de son par Marc Gendron et prises additionnelles par Jimmy Descoteaux. Mixage par Marc Gendron et matriçage par Richard Addison. Illustration de la pochette : Andy Ellefson. Design de la pochette : Donat de chez Fabrique. Photos et illustrations intérieures : Vanessa Rossi et Andy Ellefson.

Hugo Lachance : Pour la pochette, vous avez accordé beaucoup d'importance à l'esthétique. Elle va apparaître à l'écran : voilà, c'est fou !

Andy Ellefson : La pochette c'est un personnage baroque très droit, très fier, très voltairien. C'est un regard à la Voltaire. Avec le titre, c'est de toujours boire mais de rester fier, contrairement aux rockstars qui sont mortes à 27 ans. C’est « Live fast », faire des excès et ne pas mourir. On voit un personnage baroque très noble, très culte, avec une coupe de vin, la boisson la plus philosophique qui soit. Quand tu prends ça, tu es moins fou que sur du Jack Daniel's. Ça nous mène à la citation de Blaise Pascal : « Trop ou trop peu de vin empêche de trouver la vérité ». C'est de l'optimisme, il faut profiter de la vie au max et ne pas avoir peur de toujours aller à fond. On est extravagant, dès qu'on arrive quelque part on prend beaucoup de place.

Hugo Lachance : On continue avec les crédits : « Musique et paroles 100 % biologiques sans additif ni colorant artificiel qui fausserait la non-double réalité. Dédié à nos pères et à nos mères, à toute la lignée de bons buveurs, nos ancêtres qui par leur simple et grande vie nous ont appris de quoi est faite la noblesse de notre soif ».

Andy Ellefson : C'est une citation de Lionel Groulx dans ses livres, on a juste changé « race » par « soif ». C'est une adaptation d'une citation nationaliste du vieux prêtre historien. On l'avait fait aussi avec Maria Chapdelaine : « Ces gens sont d'une soif qui ne sait pas mourir ». La soif s'apparente à l'alcool et à l'ivresse, mais il y a aussi la soif de vivre. Il y a beaucoup de références à la mère patrie qu'est la France, à nos ancêtres de l'Europe. C'est notre histoire à nous autres qui s'est prolongée en Amérique du Nord. Il y a une certaine substance et une poésie dans vos paroles, ce n'est pas juste pour dire de la merde.

Hugo Lachance : Remerciements sincères à Stéphane Papillon, notre gérant et booker, un homme incroyable et nécessaire. Merci à Marc Gendron, un homme d'une gentillesse inégalée qui a su nous endurer trop souvent. Merci à Jimmy Descoteaux qui nous a aidé à façonner les chansons. On a un message vidéo de Stéphane Papillon.

Stéphane Papillon : Bonjour ! C'était un honneur de travailler avec des gars aussi brillants, aussi travaillants et délinquants. Une belle partie de ma vie, j'ai ri en tabarnac. Je n'ai jamais vu des fans aussi fidèles, des salles pleines à la grandeur du Québec. Un succès organique, la vraie patente. On a frisé les oreilles de bien du monde.

Hugo Lachance : Merci Stéphane ! On est rendu au segment « une chanson après l'autre ». On commence avec « Crescendo ». Est-ce que vous réécoutez vos albums souvent ?

Andy Ellefson : Très rarement. Moi, je l'écoute quand on est dans le processus. Quand le disque vient de sortir, j'écoute le résultat final un petit peu pendant quelques jours, puis je passe à autre chose. Je le réécoute seulement quand il faut ressortir une chanson pour un spectacle.

Hugo Lachance : J'ai isolé des petits bouts de paroles. Bienvenue mesdames et messieurs dans le tout nouvel hôtel nommé le Crescendo, tout de blanc et d'or, savamment conçu par les plus grands architectes. Je suis Orloge Room Service et je vous souhaite bienvenue dans l'hôtel du vice.

Olivier Simard : J'aime bien cette intro-là, on peut s'imaginer toutes sortes de choses avec un room service un peu malsain. Ça ouvrait bien le disque. À un moment donné on voulait appeler le disque Crescendo, mais on a finalement choisi un autre qui était mieux. C'est très funk.

Guillaume Bouchard : Il y a une anecdote pour celle-là. On l'a enregistrée à Montréal avec Marc. Jean-Michel est arrivé le vendredi et ça ne marchait pas bien. Le deuxième jour, il avait deux bouteilles de vin dans son étui de guitare. Le premier jour, il n'avait pas pu la faire parce qu'il était trop chaud. Marc se grattait la tête. Jean-Michel disait : « Je m'ennuie de mon ami matin ». Il a pris deux bouteilles de vin le matin mais on l'avait fait en préprod et il nous avait sorti de quoi d'incroyable. C'est comme de l'autosabotage. Il a fallu revenir le dimanche matin avant de repartir au Saguenay pour l'enregistrer, sinon il n'était pas capable. Il tombait de sa chaise. Il disait tout le temps : « Je ne peux pas faire cette note-là, sais-tu pourquoi ? Parce qu'elle est morte ». Il a passé plus de temps à expliquer pourquoi il l'avait ratée qu'à l'essayer. Il était nerveux d'aller dans un vrai studio.

Hugo Lachance : On continue avec « Vincent ». Je suis sur mon bot avec ma Civic Type S, je vais au drag avec Jo et Vanesse... j'ai laissé Jonathan Lemieux dans le parking du Costco.

Andy Ellefson : C'est une chanson qui parle de gars de chars, des gars qui trippent sur les courses. C'est un univers qui est éloigné de moi mais très fascinant parce que c'est tellement niché. Un de mes chums, Marc-André, m'avait énuméré des termes comme Civic Type S et VTEC parce que je n'étais pas familier avec ça. On a décidé de faire une grosse toune avec ça, d'inclure toutes les termes que je ne comprenais pas pour faire un personnage. Guillaume a fait intégré un solo de saxophone aussi.

Guillaume Bouchard : Souvent, les chansons que je compose, je fais la guitare aussi. Celle-là était supposée être plus comme du Cure au départ, mais c’est finalement pas mal plus pesant. Pour cet album-là, on a fait les trois premières chansons batterie-basse ensemble, puis après ça a été couche par couche. On joue sur le clic.

Hugo Lachance : Le vocal, vous l’enregistrez comment ?

Olivier Simard : Il y a beaucoup de pistes vocales là-dedans qui sont celles de la préproduction faite chez Jimmy Descoteaux à La Baie. Je suis habitué avec lui pour enregistrer mon vocal. En studio à Montréal, je me suis rendu compte que c'était souvent moins bon, il y avait moins de feeling, c'était moins senti. Jimmy est un moine du son, il a fait du bon boulot.

Hugo Lachance : On passe à « Organic Music ».

Andy Ellefson : C'est un gros délire. C'est la toune d'introduction d'un spectacle au Sous-Bois à Chicoutimi, bien avant que l'album sorte. Le concept c'était un spectacle biologique, « bio », alors on jouait en bas du coton. C'est une chanson toute en simplicité, un bon verre d'oreille qui reste dans la tête.

Hugo Lachance : On passe à « Fabrice Bouchard ». Beaucoup de sperme sur les murs de chez nous.

Olivier Simard : C'est une chanson que j'aime bien, le texte est imagé. Fabrice Bouchard est un personnage de dealer qui était apparu dans une chanson précédente. Tout le monde me demande s’il existe pour vrai. C'est un personnage inventé, mais beaucoup de gens lui ressemblent dans le monde underground. Sa blonde, Joséphine, apparaît aussi sur cet album-là. C'est intéressant de voir les personnages qui reviennent; on crée un multivers. C'est une chanson assez folk.

Guillaume Bouchard : C'est une des lignes de basse les plus complexes que j'ai jamais faites. Olivier m'avait proposé une ligne au départ, mais j'ai fait ma propre ligne. On appelle ça la « Freebase ».

Hugo Lachance : On continue avec « Eurk! Un Condom ». C’est vulgaire mais c’est une grosse caricature d’un gars qui refuse de mettre une capote.

Andy Ellefson : On sait exactement à quoi s'attendre avec un titre de même. L’effet de répétition est intéressant parce que c’est une situation dont on ne parle pas mais qui se passe tout le temps. Il essaie de convaincre la fille avec des arguments de crotte de poil alors qu’elle a de bons arguments. C'est une chanson pertinente.

Hugo Lachance : On passe à « Le Vin ». Le vin rend les lèvres bleues, rend la parole fumeuse... il ne rend pas plus beau, il te met en mode crescendo.

Olivier Simard : C'est une chanson qui passe bien partout, elle n'est nullement choquante. Ça a été un de nos singles à la radio. Conceptuellement, ça fitte dans le disque parce qu'il y a une bouteille de vin à l'arrière. C’est un bon verre d’oreille.

Hugo Lachance : On passe à « pendaison de crémaillère »; ça par exemple ça ne marchera jamais, oublie ça !

Olivier Simard : À ma pendaison de crémaillère, après avoir rangé les cuillères puis les assiettes en porcelaine... la famille était là attroupée dans la cour. Moi je me colissais de tout le monde, j'avais juste le goût de boire.

Hugo Lachance : « pendaison de crémaillère », une chanson fleuve. Je pense que c'est un de vos chefs-d'œuvre. On dirait un retable de Jérôme Bosch, cette affaire là parce que ça commence par une belle célébration en famille puis ça finit dans un chaos total. Le texte est magnifique.

Andy Ellefson : C'est tellement bien écrit, bien imagé et poussé à l'extrême. C'est un texte fleuve avec une mise en situation et des personnages qui arrivent, un univers partagé. Tu as Fabrice Bouchard, Joséphine, puis la bonbonne de propane. Mélodiquement c'est un de mes meilleurs refrains. Ce n'est pas baroque, c'est rococo tellement c'est exagéré dans les détails de vaisselle.

Guillaume Bouchard : Marc Gendron avait dit à Olivier : « Tu ne penses pas que le bout où Armand va toucher le petit Cédric... tu ne devrais pas peut-être changer les paroles pour que ce soit plus subtil, moins rude ? ». Et Olivier a fait non : faut vraiment que ça reste vrai, cru et rude. C'est une réalité qui existe.

Hugo Lachance : On passe à « Dent dure ».

Olivier Simard : Machinerie lourde au travers des jonquilles... garrocher de la gravelle pour briser les petites fleurs. Faut pas compter sur moi pour te jouer du violon avec les chiens battus qui crèvent à l'unisson.

Guillaume Bouchard : Ça se base beaucoup sur la basse, un gros groove de basse. Marc Gendron a dit que l'intro de basse faisait la job. C'était un vieux riff qu'on avait développé bien avant les autres disques.

Olivier Simard : Ce qui est drôle c'est qu'au début « Dent dure » c'était « Vincent ». J'avais mis le texte de « Vincent » sur « Dent dure », mais on a adapté. C'est un bon blues rock qu'on fait tout le temps en show.

Hugo Lachance : On passe à « Ma cabane à pêche ».

Olivier Simard : Dans ma cabane à pêche au mois de janvier... viens te réchauffer. Attention mes amis voici un grand pêcheur qui a le poisson tatoué sur le cœur.

Hugo Lachance : Je tiens à dire en partant : c'est du génie ! Richard Desjardins peut aller se rhabiller !

Olivier Simard : On aurait pu la mettre sur Aucun cadre parce qu'elle existait déjà et elle avait du succès. C'est un peu du « fan service ». On a fait une version un peu celle qu'on fait en spectacle.

Andy Ellefson : Les gens ont vraiment trippé fort sur la petite toune acoustique. C'est bien raconté, une tune humoristique conne. Olivier a fait cette chanson là pour une émission, Des racines et des ailes. Une équipe de Français était venue faire un reportage sur la pêche blanche.

Olivier Simard : On arrive là, tout le monde prend de la bière naturellement, on est bien sous. Mais en France ils n'ont pas le droit de montrer du monde en train de prendre de l'alcool à la télé. Quand ils disaient « silence on tourne », il fallait cacher nos bières en dessous de nos sièges. C'était légèrement mis en scène pour vendre le Québec aux Français, folklorique avec trois pouces de ketchup.

Hugo Lachance : On enchaîne avec « Beuvez Tousjours ».

Guillaume Bouchard : Ce sont les mêmes accords que « Cabane à pêche » mais c'est plus relax, c'est un reggae. On l'a enregistrée avec Philippe Belley pour le projet Pimp ma cabane. On a décidé de ralentir le tempo, Max a fait un drum différent et on a improvisé ça.

Hugo Lachance : « Golden Shower ».

Olivier Simard : Il me semble que je serais dû pour un golden shower, ton urine chaude sur mes yeux qui pleurent... je me sens douillet comme avant que ma mère ne m'accouche.

Andy Ellefson : Le refrain est accrocheur. J'ai comme voulu écrire un texte très éthéré avec une pratique inhabituelle, faire une chanson super douce. Je trouve que les chœurs féminins y ont vraiment leur place.

Olivier Simard : Ce n'est pas pour rendre hommage, c'est juste pour le fun de faire de quoi de poétique avec ça. Ce n'est pas une pratique dégradante, c'est une belle douche, une chaleur qui t'enveloppe le corps.

Hugo Lachance : On continue avec « Le Bout du Canton ».

Olivier Simard : Tu marches tout le temps tout droit, pogne le clos, pogne le champ... c'est transversal, c'est Babylone, c'est plus loin que le boulevard.

Hugo Lachance : Il y a comme des répétitions, une accumulation. Musicalement c'est le fun.

Olivier Simard : C'était ça le but de la chanson, l'espèce de répétition qui n'arrête jamais pendant quatre minutes. Il y a un beau côté surréaliste. C'est comme si tu indiques un chemin qui mène nulle part. La tune est métaphorique.

Guillaume Bouchard : Il n'y a pas de logique dans la structure. Le couplet peut durer éternellement. On ne la fait pas en show parce que c'est une chanson plus relaxe qui ne fait pas danser le monde.

Hugo Lachance : « Fuir ses problèmes ».

Olivier Simard : C'est la dernière qui a été composée pour le disque. Ça parle de dépression, de culpabilité, mais aussi de la société québécoise, de la souveraineté. C'est une réaffirmation, une indépendance de soi et de la collectivité. Il y a plus d'une couche de lecture.

Hugo Lachance : On finit avec « Titoeuf ».

Andy Ellefson : Tu n'as pas de classe, pas d'amis, pas de fierté, même pas le courage de tout abandonner.

Guillaume Bouchard : C'est la première chanson qu'on a enregistrée en s'envoyant des parties chacun de notre côté. Olivier a composé la première partie acoustique, j'ai fait le milieu avec le slap, puis on a rejoint tout ça musicalement. C'est un peu Pink Floydien, avec des solos de guitare qui ont beaucoup de feeling.

Hugo Lachance : On a mixé cet album-là à distance, c'était une méchante job. On appelait Marc Gendron au téléphone pendant qu'il était dans son studio à Montréal et nous on était dans l'appart de Jean-Michel sur la rue Bagot. On écoutait les versions sur un petit speaker Bluetooth. À la fin, on a envoyé Olivier et Maxime à Montréal pour mixer le reste. Ils s'étaient mis « chaud marre » et ils nous écrivaient que les mix étaient « de la bombe », mais quand on les a reçus, c'était de la merde ! Finalement les mix n'étaient pas si bons que ça.


3e épisode : Culture du culte

Hugo Lachance : Hé bonjour tout le monde ! Bienvenue à ce deuxième épisode de la série avec Orloge Simard. Aujourd'hui, on s'intéresse à l'album Culture du culte. Avant de vous présenter pour une deuxième fois mes invités, je tiens à remercier Hopéra d'avoir commandité cet épisode, même si la Brasserie Port-Alfred s'est invitée; on les salue, mais on remercie beaucoup Vlad pour sa commandite d'Hopéra. Aujourd'hui, je suis avec Orloge Simard et on parle de l'album Culture du culte. Avant de commencer, allez vous abonner s'il vous plaît, ça fait extrêmement plaisir et c'est vraiment motivant sur Apple Podcast, Spotify et YouTube. Mettez des likes, des étoiles et des commentaires, ce serait vraiment cool et très apprécié pour tout le travail qu'il y a dans ce podcast. Alors aujourd'hui, je suis avec Olivier Simard, Andy Ellefson, Guillaume Bouchard et Maxime Bouchard.

Hugo Lachance : Si vous voulez connaître l'histoire du groupe, référez-vous à l'épisode précédent, Beuvez tousjours et ne mourrez jamais, où on fait la présentation correctement de tout le monde. Aujourd'hui, c'est ça, on parle de Culture du culte, mais avant ça, il y a une question que je ne vous ai pas posée à l'épisode précédent : comment vous êtes-vous formés ?

Olivier Simard : On s'est formés, en fait, moi puis Guillaume. On a été les deux premiers à jamer ensemble; on jamait des petites chansons puis moi j'avais déjà des compositions de mon côté. Ça nous a amenés à une réflexion : on pourrait peut-être justement monter un groupe avec les chansons qu'on a. Guillaume jouait de la basse, moi de la guitare, on pouvait faire quelque chose avec ça. Là, on s'est entourés d'une gang d'amis. Andy, qui est un proche à nous, a embarqué au clavier. Après ça, on avait Maxime; moi je le connaissais moins personnellement, mais il nous avait été conseillé en tant que batteur. C'était peut-être un mauvais conseil, mais l'avenir nous l'a dit ! Non, on est bien contents. La première mouture du groupe, c'était nous quatre.

Guillaume Bouchard : On a commencé le groupe à quatre. Comme on disait dans l'autre épisode, Andy ne jouait pas de musique, mais nous, on voulait absolument qu'Andy fasse partie du groupe. Fait qu'on lui a dit : « Ben, tu vas jouer du clavier ». C'est pas pire, on a parlé de sa formation de "tape-touche", ça a bien marché.

Hugo Lachance : Bon, là on se retrouve pour l'album Culture du culte. On va commencer par la présentation de l'album, mais avant ça, j'espère que ça va bien fonctionner, j'en déploie un de la gang parce qu'il y a des personnes qui vous ont envoyé des messages. 

Vlad Antonov : Hier, après une petite journée avec nos yeux en brume par des volutes d'alcool, notre bon Hugo m'a texté pour me demander si j'avais des anecdotes ou un petit hommage à faire à Orloge Simard. Les anecdotes, évidemment, on va les garder sous silence parce qu'il y en aurait des millions pour des oreilles chastes et prudes. Mais un hommage... je ne sais pas si c'est un hommage vraiment, mais c'est un peu la relation qu'on a avec Orloge depuis le début. Il a fallu que je fouille pas mal sur les internets pour voir quand est-ce qu'est née cette affaire-là, et c'était notre première rencontre en 2017 pour sortir, en 2018, notre première collaboration avec le groupe. Évidemment, il n'y a pas grande histoire qui a commencé avec un verre d'eau. Orloge Simard, c'est quoi pour nous ? Évidemment, ce sont des amis, c'est une famille. Les gens vont nous dire : « Oui, c'est grivois, c'est si, c'est ça », mais il y a une profondeur dans ce qu'ils disent. Pour moi, c'est une poésie qui pourrait rappeler les Vigneault, les Gainsbourg et compagnie.  On pense qu'il y a un petit côté un peu vulgaire, mais qui dissimule beaucoup d'affaires. Ce sont des gars très intègres, mais qui sont capables de se désintégrer. C'est le patrimoine, c'est la culture québécoise. Quand on parle de culture, Culture du culte, oui effectivement, il y a le culte des Simard, mais il y a surtout la culture qui joue énormément dans notre culture. Ce sont des personnes brillantes, des amis d'amour, des personnes à qui on peut se confier. On rigole, on fait les malins quand on est ensemble, mais quand on est plus posés individuellement, c'est là qu'on est capables d'avoir de belles conversations sur notre pays, sur notre région, sur notre culture et sur notre philosophie de la vie. Je pense que, comme je disais au début, rien ne se crée avec un verre d'eau, mais avec Orloge, ça se finit toujours avec un verre d'eau quand il y a du pastis dedans. Je vous aime, les amours ! 

Hugo Lachance : Merci beaucoup, super message ! On commence avec justement Culture du culte. Le titre : Culture du culte. Année : 2022. Nombre de pistes : 11. Compagnie de disque : toujours indépendant. Studio : Rouge Régulier et Bend. Studio Rouge Régulier, c'est le nom du studio maison de Jimmy. Les fumistes comprendront ! Réalisation : Orloge Simard. Musiciens : toujours Olivier Simard à la guitare, voix et textes; Guillaume Bouchard à la basse; Maxime Bouchard à la batterie; Andy Ellefson au clavier et voix; et Jimmy Descoteaux à la guitare. Jimmy a rejoint le band à l'album d'avant avant.

Hugo Lachance : Textes : Olivier Simard et Andy Ellefson pour « Culture du culte », « Échaufourée sur la MD », la partie "télé" dans « Essayez pas », ainsi que le manifeste de Culture du culte. Voix supplémentaires : Alex Côté, Sophie Maltais, Maxime, Guillaume, Andy, Francis et Master. Master, tu as une belle contribution ! Je me souviens, dans le sous-sol chez Jimmy, on se demandait : « C'est qui ça, Master ? ». On l'a mis loin du micro. Master, c'est un de nos chums d'enfance de La Baie, son vrai nom c'est Mathieu. Il avait des grands cheveux roux comme une crinière de cheval. On les salue !

Hugo Lachance : Julien Bégin, dans Le Réveil du 23 septembre 2022, écrivait : « Plus humoristique, la chanson "Sasquatch" portera sur la rencontre entre la mythique créature et les chasseurs en forêt pendant une tournée violente. Sur celle-ci, un musicien invité a même joué de la tronçonneuse ». Jasmin était à la tronçonneuse. Jasmin, c'est notre collègue à moi puis Max. Il n'a jamais joué de musique, on trouvait ça drôle de l'intégrer dans l'album. Prise de son : Jimmy Descoteaux, Phil Peltier et Guillaume Bouchard. Mixage : Jean-Sébastien Chouinard. Matriçage : Richard Addison, le même que pour l'autre album; il est tellement efficace, on l'adore.

Hugo Lachance : Période d'enregistrement : album conçu, pensé et enregistré entre janvier 2021 et juin 2022. Montage et concept de la pochette : Andy Ellefson. Statues et socles : parce que vous avez fait ériger des statues à votre image. Sculpture du hot-dog : Audrey Giroux. Photo de la pochette et du groupe : Jay Kearney, un excellent photographe. Salut Jay, on te salue ! Excuse-nous pour ta crise de cœur, il s'en remet tranquillement. Photo et conception du drapeau : Andy Ellefson. Aide au graphisme : Donald Logo. Habit : Geneviève Godbout. Conception graphique de l'affiche et des t-shirts : Alexandre Goulet.

Hugo Lachance : Pour son dixième anniversaire, le groupe Orloge Simard lancera le 23 septembre prochain un quatrième album en carrière intitulé Culture du culte. Tel un manifeste, cet opus anti-censure prône un mouvement artistique comprenant un volet de développement durable : la seule forme d'art qui perdure dans le temps. La dévotion ne pourrit pas. Qui a écrit ça ?

Andy Ellefson : C'est moi. C'est comme une mise en scène, dans le fond, pour présenter l'album. En fait, c'est comme un manifeste. Moi, j'ai toujours aimé les manifestes du début du 20e siècle : les surréalistes, les futuristes. J'ai toujours été fasciné par les manifestes et je me suis dit : « Ça en prendrait un aussi pour décrire Culture du culte ». Culture du culte, c'est vraiment de faire des œuvres qui traversent le temps et qui sont d'une beauté sublime le plus possible, mais selon notre personnalité aussi. Je n'ai pas de définition du sublime, de l'intouchable ou de l'intangible, mais l'aura, c'est ce qui fait qu'une œuvre traverse le temps. L'aura, on ne pourra jamais vraiment la définir, ça se ressent.

Andy Ellefson : Avec l'album, c'est ce qu'on veut faire. On prône vraiment le contraire du minable. Il y a tellement de trucs qui se font actuellement où l'on pense qu'ils ne se forcent pas. On aime les trucs où l'on y va au maximum selon ce qu'on est, selon nos valeurs. Culture du culte, c'est de faire le maximum qu'on peut avec tout ce qui est d'art. C'est dur à définir, je manque de mots, mais c'est vraiment de faire des trucs qui traversent le temps. Tout ce qui est culte traverse le temps. Nous, on prône ça; on est loin des mathématiques, on est plus dans le ressenti. On veut faire quelque chose d'auratique.

Hugo Lachance : C'est le concept, et en même temps, ça me fait penser aussi au culte de la personnalité parce qu'on s'érige nous-mêmes en statues. C'est vraiment intéressant parce que le culte est à plusieurs niveaux.

Andy Ellefson : C'est vraiment le thème de l'album. On vous amène là, on vous fait décoller. Pas juste au niveau musical et de la présence, mais on a créé un culte. L'album parle d'indépendance; c'est un album qui met son pied à terre et qui s'affirme. On va le voir aussi avec la première chanson d'introduction, ça met vraiment la table. Là, ce n'est plus juste un groupe, vous êtes rendus à un niveau supérieur au niveau de l'image : une secte. C'est assez hallucinant, et toujours enraciné en région, dans la culture québécoise. C'est une belle mise en scène pour cet album exceptionnel.

Hugo Lachance : Les statues sont vraiment grandeur nature. On a payé ça nous-mêmes, sans subvention. Ça coûte quand même cher à faire, c'est vraiment la qualité d'abord.

Olivier Simard : Tant qu'à faire imprimer de quoi, on essaie de faire quelque chose d'exceptionnel et de beau. C'est ce que Andy puis David ont imaginé, et c'est le résultat que tu vois sur la superbe pochette.

Maxime Bouchard : La sculpture est d'ailleurs remisée à l'Hopéra. On les avait chacun chez nous, nos statues grandeur nature; elles étaient même plus grandes que nous. Moi, je la remisais en bas chez nous dans le sous-sol, et à chaque fois que je descendais, j'en faisais un saut. Prends le micro, Max ! C'est un peu vaudou aussi. Si quelqu'un touche la queue de ta statue, ça fait des sensations. Il faut dire aussi que Max a sucé sa statue, ça faut le dire, il ne faut pas le cacher !

Hugo Lachance : À propos des statues, Daniel Côté écrivait dans Le Quotidien le 23 septembre 2022 que l'œuvre commandée au sculpteur David D., qui est le fils de Victor Dallaire, a été exposée pendant quelques heures pour aiguiser la curiosité avant la tournée de lancement. C'est aussi elle qui figure sur la pochette, tandis qu'au dos, on remarque une œuvre d'Audrey Giroux montrant une main tenant un hot-dog. Elle a un côté super capitaliste que nous trouvions intéressant. La sculpture de David formera un décor grandiose, reposant sur une balustrade provenant de l'église Saint-Édouard. Olivier Simard milite d'ailleurs depuis plusieurs années afin que ce joyau architectural demeure présent au cœur du secteur de Port-Alfred.

Olivier Simard : L'article dit que je suis un militant, mais je ne suis pas un militant comparé aux gars à côté de moi. C'est eux qui déploient le plus d'efforts; moi, je fais juste le festival.

Hugo Lachance : Mais c'est important d'en parler parce que maintenant, non seulement vous faites un lien avec la musique, mais là, ça se déploie au niveau d'un festival pour sauver une église. C'est un monument architectural, ce serait angoissant de perdre ça. Pour prendre ces photos-là, on a passé des journées là-dedans. On avait besoin de masques N95 parce que c'est plein de champignons et de crottes de pigeons. C'est tellement toxique à l'intérieur que vous ne pouvez pas entrer comme vous voulez.

Hugo Lachance : On en est à la deuxième édition de votre festival. L'année prochaine, on a dit qu'on confirmait une troisième édition. Les profits vont-ils à la réfection du bâtiment ?

Andy Ellefson : En fait, les profits servent à faire d'autres éditions pour promouvoir la sauvegarde de l'église. C'est une manifestation communautaire. Quand tu rassembles tout le peuple autour d'un monument, ça démontre qu'il a de la valeur. On veut faire revivre le bâtiment par la présence des gens. La présence de WD-40 sur le perron, entre autres, c'était de toute beauté.

Hugo Lachance : Merci aux gens de Port-Alfred ! On se retrouve dans cet album qui a un concept qui l'entoure. Le groupe prend de l'ampleur, on va au niveau culte. Ça fitte aussi avec ce qu'on voit sur les médias sociaux, ceux qui s'intéressent à la courbure de la terre, et cetera. Orloge Simard est culte, vous avez même intégré ça à votre vocabulaire.

Andy Ellefson : Notre tournée s'appelait « Tout pour le culte, tout pour le rock ». Culte est un beau mot. Ce n'est pas nous qui l'avons inventé, mais on veut le promouvoir parce que ça peut définir beaucoup de choses. Culte, c'est l'adoration de quelque chose. Après, il y a le niveau religieux ou sectaire, mais il y a aussi le côté immortel. Quelque chose qui est culte ne meurt pas. On faisait référence à l'épisode précédent, Beuvez tousjours et ne mourrez jamais : le but est de ne pas mourir, de faire face à la mort et de dire que l'empreinte de mon existence est là toujours.

Andy Ellefson : Le culte est intangible, c'est du sublime. Quand on voit une cathédrale en Europe ou même ici, on a un sentiment de se faire écraser par la grandeur. À notre époque, on manque de ça, on est plus matérialistes, on veut que ça coûte le moins cher possible. Ça crée des bâtiments beaucoup moins cultes qui vont moins perdurer.

Hugo Lachance : Vous faites aussi un lien avec la souveraineté du Québec et la fierté régionale. C'est comme ça que je vous ai découverts. On comprend rapidement que c'est pour élever autre chose. Le rock est un tremplin.

Andy Ellefson : Nous faisons de l'art ! Cet album, c'est la promotion de l'art à 100 %. L'art donne un sens à notre vie. Personnellement, j'ai trouvé que l'art est le seul sens à la vie. Si tu n'as pas d'art, tu perds le sens parce que la vie est difficile à définir. Je mets au défi tout le monde : trouvez un sens à la vie. Le sens de la vie, ce n'est pas juste travailler, chier, dormir et mourir. L'art va donner un sens. Tu écoutes un album ou un film, et il te reflète des aspects de ta vie; c'est là que le sens arrive.

Hugo Lachance : Ça donne vraiment une autre dimension à un album, une espèce d'élévation. Il y a aussi beaucoup d'humour; dans le culte, ça peut être intense comme ça peut être ridicule. Olivier devient plus grand que nature dans cet album.

Olivier Simard : C'est le but, et on le voit à travers la pochette. C'est forcé sur une vraie photo avec une vraie sculpture, ce n'est pas fait par ordinateur. La pochette a coûté plus cher que de produire l'album !

Andy Ellefson : On avait fait un bon coup de publicité avec les statues en les mettant sur le quai pendant qu'il y avait deux bateaux de croisière. Les touristes se prenaient en photo avec nos statues en pensant qu'on était du monde important au Saguenay.

Hugo Lachance : Il y a un lien à faire avec Mike Ward aussi.

Olivier Simard : Il nous a copiés ! Mike Ward a fait ça après. On lui posera la question à savoir s'il avait vu notre œuvre avant, parce que pour son dernier spectacle, il a fait faire une grosse statue de son visage. Mais Hubert-Félix Thiéfaine a fait ça aussi avant nous; il y a une pochette où il est en statue. On n'a pas inventé ça, on est modestes.

Andy Ellefson : C'est différent pour nous, car les statues sont face aux vitraux de l'église. La ministre de la Forêt est passée à pied pendant que les statues l'insultaient. La sculpture de David est belle, ce n'est pas juste conceptuel. La différence avec Michael Jackson, c'est que ce ne sont plus les enfants qui aiment ses statues.

Hugo Lachance : Concernant la réception de l'album, Pierre-Olivier Boivin écrivait dans Le Canal Auditif le 4 octobre 2022 : « Culture du culte est un beau cadeau que s'offre Orloge Simard pour ses dix ans d'existence. Le quintet festif a réellement réussi à se hisser au niveau de groupe culte dans son créneau ». Quelle relation entretenez-vous avec vos fans ?

Olivier Simard : Les fans, ce n'est pas un groupe homogène, c'est hétérogène. Il y a des fans que j'aime beaucoup et d'autres que j'aime moins, c'est vrai. Mais on boit tout le temps avec les fans après les shows. On se fait beaucoup d'amis partout. On n'est pas difficiles d'accès. On aime relaxer une petite demi-heure, puis on sort parler à tout le monde.

Hugo Lachance : L'article mentionnait aussi que si les paroles sont parfois plus faibles, elles sont appuyées par des arrangements très réussis. On y parle de guitares stoner rock, de synthétiseurs rétro et d'une section rythmique solide.

Olivier Simard : Dans cette critique, on me décrit comme un guitariste, ce qui prouve qu'il ne me connaît pas, parce que je ne suis vraiment pas bon ! Pour les paroles faibles, ça ne me dérange pas; c'est de se faire dire que je suis guitariste qui est une insulte. Je ne suis pas en désaccord, il y a des opinions, mais pour moi, il n'y a pas de paroles faibles dans le dernier.

Hugo Lachance : Comment avez-vous abordé la composition pour cet album ?

Olivier Simard : C'était pendant la pandémie. Andy et moi avons commencé ça dans un chalet. On s'est dit qu'il fallait faire quelque chose qui « rentre au poste ». On était tannés de voir tout le monde chialer pour rien. On voulait un album qui rocke fort. On a mis de côté la guitare sèche. On venait de sortir Waterloo, mais on n'a pas pu le tourner à cause de la pandémie, alors on a fait un album tout de suite après. On a décidé que ce serait plus rock pour répondre au climat social, à la culture de la cancellation. On est pour la liberté d'expression à 100 %. On aime la vérité crue. On voyait le rock disparaître, on voyait que dans les galas, le rock n'était même plus dans la soirée principale. Le but était de faire un album "coup de poing".

Hugo Lachance : Un article du Journal de Québec du 2 octobre 2022 disait : « Provocateurs et fiers de l'être, les membres assument totalement les paroles grivoises, voire obsènes. Nous sommes dans une époque où les gens sont choqués plus facilement, nous on aime provoquer et aller à contre-courant ». On passe au segment « une chanson après l'autre ». On commence avec « Culture du culte ».

Olivier Simard : Ça commence doucement avec une intro. C'est Jimmy qui a fait ça avec un effet. « Cher petit crisse de fifon léthargique, cher con minable et peureux, avez-vous déjà reçu Culture du culte en plein visage ? ». Le texte met vraiment la table. Il explique le concept. « Nous, gens du Saguenay, voulons par notre indépendance imposer Culture du culte au Québec pour qu'il forme un fabuleux pays de bagarre. Vive le Québec libre, vive le Québec culte ! ».

Andy Ellefson : C'est plus un spoken word. Je fais des textes poétiques mais je ne suis pas un chanteur, donc ce n'est pas mélodique nécessairement. Ça prend une musique plus calme en arrière pour laisser place au texte. Mes textes, c'est pour dire : « Vous n'êtes pas assez pour nous fermer la gueule ». On va continuer à s'exprimer et à être indépendants. Ça prenait des couilles pour arriver avec un manifeste comme celui-là durant la pandémie. Le disque met ses couilles sur la table dès la première chanson.

Guillaume Bouchard : Au début, je voulais que les cinq premières chansons finissent et commencent avec la même note pour qu'elles s'enchaînent, mais on a annulé le projet; c'est plus écoutable sans être enchaîné. On voulait que ce soit coup de poing. Le retrait de la guitare sèche aide. Aucun folk, juste du gros rock. Ce sont principalement des compositions de Guillaume; il en a des centaines dans son ordi. Il a pris les plus rock et on a composé là-dessus. Jimmy gère la plupart des guitares, c'est un robot : tu lui donnes n'importe quoi et il fait exactement la même chose.

Olivier Simard : « Culture du culte », c'est ce qu'on est en show. On va faire des chansons de Aucun cadre, mais on va les faire comme sur Culture du culte. C'est l'accomplissement du virage rock. Les deux albums, Waterloo et celui-là, vont bien ensemble. On a réussi ça sans se dénaturer.

Hugo Lachance : On continue avec « Sasquatch ».

Olivier Simard : « Sasquatch ! Dans la forêt, ça sentait bon, ça sentait l'urine, la chaux de chev. J'avais amené ma can de tabac de 125 grammes ». Cette chanson, je l'ai composée lors d'un trip à la Motörhead. Le refrain était vraiment métal au début, mais les gars ont dit que c'était trop métal. On l'a démétallisée pour mettre du clavier. Finalement, c'est bien meilleur, c'est résolument plus efficace.

Andy Ellefson : Le texte vient d'un running gag qu'on avait avec les Sasquatch. On travaillait au Marché Richelieu ensemble et il y avait un boucher qui faisait des gags sur les "squatch" et les "sousarcisses" au lieu de saucisses. Il avait un humour unique. On est allés au chalet de tes parents et on criait tout le temps « Sasquatch ! », même devant ta mère, France. On la salue ! On délirait sur le vin et l'alcool fort dans le bois. C'est un running gag depuis longtemps, ça méritait une chanson. Ça fait un peu chanson gore de série B.

Olivier Simard : Oui, une espèce de mythologie. Je trouve ça drôle parce qu'il y a du sang qui gicle; je n'avais jamais expérimenté d'écrire sur un massacre. C’est très film d'horreur. Cet univers-là, je l'ai toujours imaginé à Ferland-Boilleau. C'est très territorial, très régionaliste. Souvent les histoires se passent au Lac-Saint-Jean, mais le Sasquatch, c'est à Ferland-Boilleau.

Andy Ellefson : C'est un gars de Ferland-Boilleau qui a fait le solo de scie mécanique sur la chanson. On lui a dit qu'il fallait qu'il se pratique. Il pratiquait chez lui avec des protecteurs d'oreilles. On a enregistré ça chez Jimmy dans la cour pour 200 piasses de gaz. C'est un solo écologique ! Jasmin n'est pas un musicien, mais il l'a fait. Il est même venu sur scène lors du show de lancement pour faire son solo de scie mécanique. Il était stressé !

Hugo Lachance : On continue avec « Antifa ». Attention aux oreilles !

Andy Ellefson : « Quelqu'un tu choisis ? Pour avoir essayé les deux, les antifas sont mieux... Gosses au néonazi. Quelqu'un tu choisis ? ». À chaque fois que je veux me faire un peu de fun, je lâche un coup de fil à un chum extrémiste. J'ai déjà fait un trip à trois avec un nazi et un antifa, et j'ai de la misère à marcher depuis ce temps-là. C’est une façon d'alimenter la réflexion. On est avec un distributeur numérique qui s'appelle Believe. On dépose nos chansons avec les textes, et on avait choisi celle-là comme single.

Andy Ellefson : Alizée, notre attachée de presse, m'appelle pour me dire qu'elle n'est pas sûre que ça va passer en France parce que Believe est une compagnie française et qu'il y a le mot « nazi ». Elle avait peur qu'on se fasse barrer partout. Je lui ai dit : « Est-ce qu'en France vous savez lire ? ». Le texte n'est pas juste un mot, il faut lire le sens. Ils sont frileux dès qu'ils voient "N-A-Z-I". C'était extrême. Pourquoi y aurait-il de la censure ? On ne peut pas exprimer des choses qui ont existé ? Ce n'est pas un texte pro-nazi, au contraire, c'est contre les extrémistes.

Andy Ellefson : Finalement c’est passé, ils ont compris, mais il y a eu une crainte initiale. C'est une manie d'enlever des mots aujourd'hui, comme censurer un "fuck" à la télé. C'est une chanson sur la polarisation, qui rit des extrêmes. Tout le monde se fait traiter de nazi ou d'antifa, on peut être autre chose que ça. Le trip à trois entre un nazi et un antifa crée une brèche dans l'espace-temps, une belle psychose. La fin de la chanson, c'est la manifestation de l'expression « coucher à gauche et à droite ».

Andy Ellefson : Peu de gens assument un texte comme celui-là. Au cinéma, on parodie les nazis, mais en musique ça semble moins bien tomber. On n'a eu aucun trouble avec ça, les gens comprennent la chanson. C'était aussi une joke de sortir ça en single parce que la chanson est longue. On voulait montrer qu'on s'en foutait de passer à la radio. On voulait faire du rock pur. On veut utiliser notre intellect, mais sur les réseaux sociaux, tout le monde s'exprime par des commentaires terribles. Les termes sont galvaudés. On bannit des mots au lieu de s'exprimer de façon respectueuse. Censurer un mot n'est pas une solution car ça empêche les gens de s'exprimer sur l'histoire.

Hugo Lachance : C'est un bel exercice de travailler sur la censure en fessant sur les deux en même temps. Musicalement c’est monstrueux. On s'envoyait des sections avec Guillaume. Le dernier riff date de l'époque de la Tour à Bière à La Baie. Oli parlait de « Saint-Fulgence ». On intègre souvent des vieux trucs dans nos nouveaux albums. Dans les pochettes, il y a toujours un lien avec l'album précédent. Dans Waterloo, c'était écrit « Pour toujours Culture du culte ». À la fin de Coke Calciné, c'était écrit « Aucun cadre ».

Guillaume Bouchard : Pendant la deuxième partie, c'est long, il y a de la guitare puis ça chante. Quand on a enregistré le drum au studio Tone bender à Montréal, Max trouvait ça bien trop long. Je lui ai dit : « Fais confiance à Oli, ça va être correct ». On est arrivés là, Max a commencé son drum. Oli avait commandé de la bière et il est revenu avec plein de 40 onces.

Maxime Bouchard : On arrive à l'hôtel le soir, c'est Olivier qui avait réservé. Il y avait des couleurs mauves, roses et vertes, des néons avec un poteau, un bain tourbillon et un miroir au plafond. On a fait : « Nice, on va baiser en tabarnac ! ». Je me suis mis tout nu et j'ai dansé. C'était la meilleure baisse de ma vie : deux frères qui baisent avec Alex ! Quel cochon !

Hugo Lachance : On continue avec « Chaud marre ».

Andy Ellefson : « Je me mets chaud du matin jusqu'au soir ». Ça fait un peu penser à Nicolas Ciccone, mais c'est un ouvrage inachevé. Ça parle des personnages qu'on aurait voulu inventer, de l'ivresse qui nous éloigne du rivage dans un torrent de liberté. Je suis bien fier de ce petit bout de texte-là. C'est le seul échappatoire efficace et rapide. Le refrain, la guitare et le clavier sont bons. Il n'y a pas grand-chose à raconter de plus, c'est juste "Chaud marre".

Olivier Simard : Jimmy disait tout le temps ça. Il disait « Je suis chaud mort », mais il prolongeait le "mort". Andy l'a écrit et l'a changé pour "marre" dans des publications Facebook, et c'est devenu une réplique culte. On a fait plein de liens, comme « se marrer » de rire. C'est d'inventer une nouvelle expression unique à nous. L'inspiration vient aussi de Gainsbourg qui se mettait chaud nonstop.

Hugo Lachance : L'introduction est drôle aussi.

Olivier Simard : C'est le frère du sculpteur Victor Dallaire qu'on entend. Magella, qui habite au coin de la rue, est venu nous voir. Il a une casquette de marin avec des "pins" dessus, c'est un personnage de Bagotville. Il a commencé à conter ses vieilles histoires de brosse et je l'ai filmé à son insu parce que c'était trop drôle. On a pris cet extrait-là pour l'album.

Hugo Lachance : On continue avec « Ma tante Pollen ».

Olivier Simard : « Ma tante Pollen, yeux de fraises, cheveux de fils de laiton... jamais tu ne partiras sur le dos de mon râteau ». L'inspiration vient de Jimmy. C'était ma fête de 30 ans, on était défoncés solides dans un chalet à Petite-Rivière-Saint-François. Mon chum Pat avait fait des biscuits au pot. Jimmy était défoncé et disait : « Viens me chercher, ma pain, je suis prêt pour la mort ! ». C'est une ambiance particulière. Dans les remerciements de Waterloo, c'était écrit « Merci à ma Pollen ».

Olivier Simard : Dans la chanson, elle se pend aux luminaires qui tournent. C'est une chanson de pendaison. Le neveu regarde ça parce qu'il a des fantasmes sur sa tante qui est très jolie. Il est tout tourmenté. C'est un peu inspiré de « Te v'là » de Charlebois. On en apprend tout le temps !

Hugo Lachance : On continue avec « Casino ».

Olivier Simard : « Depuis que j'ai vendu ma moto, j'ai tout flambé au casino. Je me suis floué au Québec pour les taxes de l'hypothèque ». Le Journal de Québec disait qu'on abordait des sujets sérieux en exposant les déboires d'un adepte des jeux de hasard. On essaie de donner du sens, de ne pas faire du trash pour le trash. C'est l'histoire d'un type accro au jeu, et c'est le même personnage que dans la chanson « Moto à vent »; les vrais fans comprendront le multivers. C’est la suite de « Moto à vent ». C’est la seule chanson qui incorpore du reggae, un trip rock et reggae à la Bob Marley. En spectacle, on les enchaîne car le dernier accord de l'une est le premier de l'autre.

Hugo Lachance : On continue avec « La saison des singes ».

Guillaume Bouchard : C'est une vieille chanson que j'avais composée plus jeune et qui fitait sur cet album. C'est une chanson écologique. Le titre vient du fait que quand on faisait des shows l'automne, ça virait complètement mongol. On appelait l'automne « la saison des singes » parce qu'on revenait des festivals et on virait singe, on virait maca.

Maxime Bouchard : Le show où on a commencé à dire ça, c'était à Chibougamau dans une église. On est arrivés là le lendemain d'un show à La Baie pour le soundcheck et on était tellement chauds que ça n'avait pas de bon sens; on tombait dans les marches. On avait une vieille vanne pleine de "rotane" sans fenêtres, il y avait une angoisse à l'automne quand le soleil se couche tôt.

Hugo Lachance : « Échauffourée sur la MD ».

Andy Ellefson : « Aujourd'hui je ne suis pas un mou, je tire du gun sur des skidoos ». Olivier a modifié des trucs pour que ça fitte avec la musique, mais c'est mon texte à 95 %. J'ai envoyé le texte à Guillaume et il a fait la musique en 10 minutes. À la fin, il y a une quinzaine de couches de clavier style Giorgio Moroder. C'est Sophie Maltais qui chante les chœurs, elle apporte une belle couleur.

Hugo Lachance : On continue avec « Fourrer le trouble ».

Olivier Simard : « La nuit est en prison... moi je suis orin comme mon idole GG Allin ». « J'ai joué de la clarinette dans un groupe rock stéréo. J'ai vendu de la drogue à toutes les idoles de pelu, même René Angélil ! ». Je ne suis pas venu ici pour boire du crème soda, mais du « crème sida ». C'est un de mes chums qui a sorti ça. C'est une chanson très absurde. « Fourrer le trouble » est une expression de Jimmy parce qu'on se fait souvent accuser de vouloir chercher la merde. C’est un défilement d'absurdités avec de beaux jeux de mots, comme la rime entre « pas raciste » et « CV à la me ».

Hugo Lachance : On continue avec «Poui».

Guillaume Bouchard : Je suis le magicien derrière les compos et le drum. Au départ, le clavier était supposé être de la guitare, mais on a décidé de mettre le clavier en avant. En studio, le gars me disait que j'étais un « mongol ». C’est une chanson progressive car on est des crinqués de musique progressive. J’avais 18 ans quand j’ai commencé cette chanson. Je l’ai finie l'année de l'enregistrement en ajoutant l'intro au clavier. Le titre vient de « puissance », c’est le diminutif qu'utilisait Thomas. Quand c'est «Poui», on s'élève encore plus.

Hugo Lachance : On y va avec « Essayez pas ».

Andy Ellefson : C'est une boucle avec la première chanson. Ça raconte qu'on va toujours continuer à s'exprimer. « Essayez pas de nous arrêter ». L'inspiration vient de la pierre tombale de Charles Bukowski où il est écrit « Don't try ». Lui voulait dire de ne pas juste essayer, mais d'aller jusqu'au bout. Nous, on l'a transformé en « n'essayez pas de nous arrêter ». C’est une de mes chansons préférées, surtout avec la voix de Sophie à la fin.

Hugo Lachance : Merci les gars ! C'était un christ de fun d'être avec mes chums. Je vais laisser le mot de la fin à Jean-Loup. J'espère que ça sera un épisode culte. On se retrouve pour un autre épisode de l'Album Podcast !

Jean-Loup : Saleu!