PUST : Pust
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La scène alternative montréalaise a trouvé son nouveau canal de hargne brute avec PUST, un duo survolté qui redéfinit l'urgence musicale à coups de textes sarcastiques et de distorsion abrasive. Derrière ce projet se cachent deux visages bien connus de l'underground québécois : Benoit Poirier (batterie, voix et textes), notamment reconnu pour son travail avec Jesuslesfilles et son rôle de directeur musical à la station CISM 89,3 FM, et Simon Doucet-Carrière (guitare), ancien membre de la formation Birmani.
Pour décortiquer leur tout premier EP éponyme, l'animateur Hugo Lachance a reçu le duo aux studios de Rouen à Montréal. L'occasion idéale de plonger dans les rouages du egg punk, ce sous-genre qui troque les codes rigides du hardcore traditionnel pour une approche beaucoup plus absurde, libre et déchaînée.
[00:10:31] // L'origine multilingue et mystérieuse du nom PUST
[00:12:18] // Les coulisses de la formation du duo
[00:13:56] // Le grand jeu des étiquettes musicales et du positionnement
[00:41:12] // Focus sur la folie créative derrière Crisser l'feu dans des guns
Lancé le 28 juin 2024, cet effort autoproduit de 5 pistes s'impose comme un exutoire viscéral face à l'absurde violence du monde moderne. En à peine onze minutes, la formation déploie une hargne et un volume impressionnants pour seulement deux musiciens. Enregistré en formule live dans leur local pour capturer l’énergie brute du moment, le disque a ensuite reçu les traitements de Mathieu Blackburn au mastering et une collaboration de Pierre Brouillette Hamelin à ce que le groupe appelle la « basse du futur ».
L'imagerie visuelle, quant à elle, a été façonnée par Benoit Poirier à partir de photographies signées Caroline Perron et Louis. Le résultat final navigue sur des textes cyniques et des structures minimalistes :
La faute de la boîte : Un brûlot punk qui utilise l'allégorie scientifique du chat de Schrödinger pour traiter de l'incertitude et de la responsabilité collective.
Crisser l’feu dans des guns : Une décharge intense basée sur un syllogisme tordu pour illustrer le cycle de la violence absurde.
Un des peu : Une réflexion grinçante sur l'intelligence et l'instinct de survie face aux modèles qu'on nous impose.
La cendre au grand complet : Une critique sociale cinglante qui s'attaque de front à la crise du logement, au gaslighting des locataires et à l'indifférence des propriétaires.
Le futur par en-arrière : Une finale aux accents lourds rappelant l'alliance de Motörhead et Voivod, décrivant une fin du monde lente, grise et monotone sur de grands terrains de stationnement.
Cette proposition indépendante, distribuée via Ambiances Ambiguës, a rapidement trouvé écho auprès des radios universitaires (se taillant une place dans les palmarès de CHYZ et CFOU) en plus de récolter des critiques élogieuses dans Le Devoir et Le Canal Auditif. Signe que l'urgence du duo résonne au-delà de nos frontières, le projet compte déjà des auditeurs fidèles en Allemagne, au Brésil et au Royaume-Uni.
Benoit Poirier décrit le chain punk comme une branche du hardcore classique : c'est une musique très fâchée, hautement revendicatrice, sérieuse et régie par des codes vestimentaires et musicaux stricts. À l'inverse, le egg punk se veut une mouvance totalement affranchie et décalée. Cela permet au duo de s'éloigner des structures prévisibles pour explorer une approche spontanée, bizarroïde et teintée d'humour noir.
Le morceau est directement inspiré par la scène finale du long-métrage Arsenault et Fils du réalisateur Raphaël Ouellette. Benoit Poirier a traduit cette tension à travers un syllogisme humoristique : si une arme sert à tuer du gibier et que le feu sert à cuire la viande, pourquoi ne pas brûler directement les armes pour pouvoir tout manger immédiatement et régler le problème à la racine ?
C'est un choix de production totalement délibéré de la part de Simon Doucet-Carrière. Lors du mixage, il a choisi d'appliquer une forte distorsion sur pratiquement tous les éléments, incluant les instruments et la voix de Benoit. L'objectif était de concevoir une esthétique punk garage extrêmement sale et lo-fi, donnant l'illusion d'une imperfection accidentelle alors que le tout est techniquement très maîtrisé.
Hugo Lachance a fait ses devoirs et a découvert que le mot résonne différemment selon les frontières. En norvégien, il se traduit par une bouffée d'air (breath) ; en allemand, il évoque l'action de souffler ; tandis qu'en suédois, il s'apparente à un soupir de fatigue. De manière beaucoup plus crue, le terme est également utilisé dans certaines langues comme une insulte équivalant à « trou de cul », une polysémie brute qui colle parfaitement à l'esprit du groupe.
Cette note est un clin d'œil nostalgique à un échantillon sonore tiré de la compilation mythique PolyWog Live, un disque de chevet formatif pour Benoit Poirier. Le segment audio original provient d'une performance collaborative entre les formations Groovy Aardvark et B.A.R.F., où l'on entend un spectateur s'écrier « vin tabarnak » pendant une relecture complètement éclatée de la chanson Le petit bonheur.
Sources journalistiques et critiques :
Chronique de Philippe Renaud, Le Devoir, 28 juin 2024.
Chronique de Louis-Philippe Labrèche, Le Canal Auditif, 5 juin 2024.
Transcription et notes de production de l'épisode de L'Album Podcast enregistré aux studios de Rouen.