Transcription de l’épisode Sara Dufour : On vas-tu prendre une marche?
Avertissement : Cette transcription est le fruit d'une collaboration avec une intelligence artificielle qui fait de son mieux, mais qui ne saisit pas toujours toutes les "subtilités" de nos discussions. Le fichier audio/vidéo original demeure la seule référence officielle. Si un passage vous semble bizarre, faites confiance à vos oreilles et allez écouter l'épisode !
Hugo Lachance : Nous sommes le 1er octobre 2024 à Montréal et ceux qui suivent le podcast, vous savez qu'on a déjà reçu une duchesse au podcast, mais aujourd'hui on reçoit — je ne suis pas sûr qu'elle va aimer le comparatif — on reçoit une reine. Oui, on reçoit Sara Dufour à l'Album Podcast.
Hugo Lachance : [Applaudissements] [Musique] Hey bonjour tout le monde ! Avant de vous présenter convenablement mon invité, je remercie Véronique Lambert qui nous reçoit à la salle des tortues parce que c'est elle qui commandite l'épisode. Alors si vous avez besoin d'un studio écran vert pour n'importe quoi, show d'humour, vidéoclip ou tournage, c'est un studio tout équipé avec caméras, cyclo vert, micros et fils. Demandez à Véro, vous pouvez la rejoindre facilement sur les réseaux sociaux. Merci beaucoup à la salle des tortues. Aussi, je tiens à prendre le temps de dire merci à tous mes nouveaux abonnés, c'est vraiment cool de m'encourager dans ce projet-là un peu fou. Pour les autres, vous pouvez vous abonner sur YouTube, Apple Podcast ou Spotify, vous connaissez les plateformes. Sara, bienvenue à l'Album Podcast.
Sara Dufour : Ben merci ! c'est vraiment cool. C'est un plaisir d'être là.
Hugo Lachance : Merci d'avoir accepté mon invitation. Écoute, tantôt je t'ai présentée comme une reine. C'est un peu une joke, mais je te présente comme une reine parce que tu travailles beaucoup. Tu as fait beaucoup de spectacles et de grands festivals partout au Québec depuis la sortie de ton dernier album, parce qu'on est ici pour parler de ton album On vas-tu prendre une marche?. Donc, des shows en Asie, tu animes à la radio, tu fais de la télé, tu es habilement présente dans le paysage médiatique et tu séduis de plus en plus de gens avec tes spectacles et ton indiscible charme. Je me suis préparé, c'est malade ! Non, mais je pense que c'est juste d'affirmer quand même avec humour que tu es un peu la reine du folk-rock, dans le fond, ça marche bien ton affaire.
Sara Dufour : Ça va super bien. J'ai fini mon contrat de radio, j'avais accepté pour un an parce que moi, en plus, j'habite au Lac-Saint-Jean. À chaque semaine, il fallait que je descende, j'acceptais d'être jamais chez nous plus qu'une semaine à la fois. Mais je trouve ça super flatteur comme introduction, comme présentation.
Hugo Lachance : c'est un peu d'humour mais c'est quand même vrai. C'est vrai parce que tu travailles beaucoup. Je trouve que tu es habilement présente dans les médias. Habilement, ça veut dire que tu sais choisir tes trucs. Des fois, tu as l'impression qu'il y en a qui veulent vraiment chercher l'attention médiatique, mais moi je trouve que tu choisis bien tes projets. Tu fais des projets assez populaires, mais tu as une belle présence médiatique en fait. Tant mieux, et puis je suis bien fier de toi, je trouve ça vraiment cool. Ça démontre mon intérêt pour ton travail et puis pour le podcast, je pense que les auditeurs vont apprécier ça.
Sara Dufour : C'est super cool. J'y vais beaucoup avec le feeling, il faut que je ressente les affaires avant de dire oui, il faut que ça m'habite quand j'accepte de faire de quoi. C'est pour ça que je suis là.
Hugo Lachance : Yes ! On va passer au segment présentation de l'artiste. Je pose les mêmes questions à tout le monde comme un dénominateur commun. En partant, Sara Dufour, tu es de où ?
Sara Dufour : Je viens de Dolbeau-Mistassini, une petite Jeannoise plus précisément. Ça s'entend, je pense !
Hugo Lachance : Mais comme je te disais tantôt, moi je suis un gars de Jonquière, donc ce n'est pas le Lac-Saint-Jean, faut pas se tromper.
Sara Dufour : Souvent, les gens me disent que je viens du Saguenay, mais ma sœur habite à Jonquière et moi à Dolbeau-Mistassini, ça me prend 1 h 40 aller chez ma sœur. Peux-tu changer de région ?
Hugo Lachance : Ce n'est pas la guerre entre les deux, mais il y a quand même des différences de paysages et d'accents. Ah oui, c'est sûr, c'est vrai, ça s'entend en plus ! Ton album d'enfance ? Le plus loin dont tu te souviennes ?
Sara Dufour : Ce que je me rappelle d'avoir acheté avec mon argent de poche autour de 10 ans, à ma fête, j'avais eu je pense 75 piatres. J'avais été m'acheter deux cassettes à cette époque-là : La rue principale des Colocs et La femme d'or de Gerry Boulet, Rendez-vous doux. Je pense que c'est ça que j'avais acheté. Je les avais appris par cœur.
Hugo Lachance : Le plus loin dont tu te souviennes ?
Sara Dufour : Le plus loin que je me souvienne, si je recule avant ça, la musique que j'écoutais par moi-même ou celle de la maison... Tu te rappelles la maison Columbia ? Avant 10 ans, ma mère nous faisait écouter du Michel Sardou, des Gipsy Kings, du Chopin, c'était bien éclectique. On va parler un peu de ça. Et il y avait aussi, vu que je viens d'une famille protestante, beaucoup de musique du Seigneur.
Hugo Lachance : Ah ouais ? Une première à l'Album Podcast ! La musique du Seigneur. Est-ce que tu écoutais du Stryper ou quelque chose du genre ? Du métal chrétien ?
Sara Dufour : Mon frère en écoutait probablement parce que mon grand frère écoutait ça. .
Hugo Lachance : On le salue ! Salut, on aime ça saluer à l'Album Podcast. Ton album d'adolescente ?
Sara Dufour : Mon album d'adolescente, c'est dur d'en nommer juste un. L'album bleu de Weezer, après ça l'album Survival of the Fatest, la compilation punk. C'est vraiment lui qui pourrait ressortir le plus. Nous autres, on n'avait pas d'argent. Quand on avait deux pièces, on était les plus heureuses. Je parle au « nous » parce que j'avais ma meilleure amie Gabrielle, qui est rentrée chez les sœurs. On n'a pas fait de crise d'adolescence, mais on voulait vivre. On se promenait avec nos sacs d'école dans le dos sur le pouce.
Sara Dufour : On n'avait pas d'argent. Moi, je pensais que tous les petits buissons, c'était du pot ! J'essayais d'en fumer, mais ce n'était pas ça. Quand on avait deux piastres, on allait s'acheter une montagne de patates frites chez Noël jadis, parce que c'est fermé. On demandait une montagne de ketchup et on était heureuses avec ça. J'ai un peu le dos rond parce que j'ai marché toute mon adolescence avec un pack-sac dans le dos. Ma mère me disait de me tenir droite, mais aujourd'hui j'ai de la misère, je suis tout le temps un peu par en avant à cause de ça. On écoutait la compilation de Fat Wreck Chords. On avait un lecteur CD, on se mettait un écouteur chacune et on marchait dans les rues de Dolbeau en faisant des danses avec nos grosses pattes d'éléphant que ma mère avait cousues. Mon adolescence, c'est une époque incroyable, j'ai vécu une des plus belles adolescences du monde.
Hugo Lachance : Je t'imagine vraiment bien avec la trame sonore, une tripeuse mais pas délinquante.
Sara Dufour : Exactement ! Mes parents se sont séparés en 92. C'est très rare qu'on ait fait de la garde partagée. Mon père, c'était soit Lara Fabian ou Céline Dion dans le tapis, mais c'était rare que j'étais avec lui. De temps en temps à Noël ou pour faire du quatre-roues l'été au chalet. Avec ma mère dans le char, je me rappelle d'une « run » qu'on avait faite pour monter à Montréal pour le mariage d'un cousin. C'était l'album du film Forrest Gump. C'est un excellent album ! Je niaisais, je faisais du lipsync sur Respect. On était quatre enfants et on réservait nos places en avant. Ma mère écoutait aussi les Gipsy Kings.
Hugo Lachance : Et la musique du Seigneur, c'était quoi exactement ?
Sara Dufour : C'étaient des tounes qu'on chantait à l'église. Jusqu'à l'âge de 10 ans, j'allais à l'école du dimanche. C'était protestant, il y avait de la guitare, c'étaient de bonnes tounes. J'en ai encore qui me reviennent en tête. J'ai arrêté d'aller à l'église parce qu'une fois, on avait des devoirs à faire et je ne les avais pas faits. J'étais tellement mal de ne pas l'avoir fait que j'ai passé l'église dans le char de ma mère, j'étais trop gênée de retourner. Je parle très rarement de ça, mais c'est un fondement.
Hugo Lachance : Est-ce que ça a influencé ton désir de faire de la musique ou est-ce que ça se reflète dans tes chansons ? Tu nommes Dieu à quelques reprises dans ton dernier album.
Sara Dufour : Vu de même, peut-être que ça laisse une trace, une découverte. Au niveau du texte, peut-être que ça a eu un impact. Je demande souvent à mes invités de parler de leur premier instrument.
Hugo Lachance : J'ai l'article du journal de Saint-Augustin-de-Desmaures en mai 2014 qui dit qu'à 7 ans tu reçois ta première guitare de ton grand-père et à 15 ans une deuxième de ta grand-mère.
Sara Dufour : Pour mon premier instrument, j'ai joué de la flûte à bec, le classique. Mais je jouais de l'alto, ce qui est plus rare, j'essayais de ne pas faire la même partition que les autres. À 14 ans, la guitare que ma grand-mère m'a donnée était une Sonata. Elle est accrochée chez nous, elle avait même fait une petite plaque en métal avec écrit « Sara » dessus. Je vais la garder pour tout le temps parce que ça reste un objet marquant. Ça m'a pris deux ans avant de décider de prendre des cours par moi-même. On n'était pas fortunés, mon père ne payait pas de pension alimentaire, ma mère était toute seule. En plein hiver, j'allais à mes cours à Dolbeau à pied, je marchais dans la neige avec ma guitare dans les mains, sans étui. C'est drôle parce que tantôt, je suis arrivée avec un étui cette fois-là. Je suis tellement contente d'avoir persévéré parce que le bout où il faut que tu casses ton poignet pour les accords, il y a bien du monde qui lâche. J'ai appris mes accords de base avec un prof qui s'appelait Frédéric Désautels. Il m'a appris les accords et les tablatures, je n'apprenais pas à lire la musique. Je lui apportais des tounes que j'aimais : Weezer, Jean Leloup, Eric Clapton (Tears in Heaven), Metallica, Sheryl Crow. J'ai pris six mois de cours. À ce moment-là, je ne composais pas, je voulais juste apprendre les tounes des autres. On avait fait un concert, je ne chantais même pas, je faisais juste jouer. C'est un de mes amis, Francis Doucet, qui chantait. C'est après ça que c'est venu naturellement, j'ai eu envie de dire mes propres affaires.
Hugo Lachance : Et chanter en jouant, ce n'est pas évident au début.
Sara Dufour : Au début, ta main veut suivre tes paroles ! C'est la pratique. Merci de me faire retourner dans mes souvenirs.
Hugo Lachance : Comme je te disais tantôt, on va passer du temps ensemble, on a le temps. Pour ma préparation, je fouille dans les articles de journaux. Michel Tassé, dans La Voix de l'Est en septembre 2012, écrivait à propos du 44e Festival de la chanson de Granby que tu avais énormément de charisme, un folk au gros accent country et un brin de Lisa LeBlanc dans le nez.
Sara Dufour : Ça fait 12 ans déjà ! C'était mon premier concours de toute ma vie. Ma vie a basculé quand j'ai découvert l'École nationale de la chanson à Granby en 2011-2012. C'est un an intensif qui a changé ma vie. Je n'avais pas de confiance quand je suis arrivée là, je me sentais « space » parce que je trouvais que ce que je composais n'était pas comme les autres. J'avais le syndrome de l'imposteur. Mon prof, Claude Vallière, a fait une grosse différence. Il m'expliquait comment le cerveau fonctionnait, les distorsions cognitives. Il m'a appris à changer ça. Quand on passe par cette école, on a un accès direct aux auditions du Festival de Granby. J'ai été prise, même si je n'étais pas tout à fait prête. J'étais « green ».
Hugo Lachance : Tu as aussi eu un duo, Vanessa Borduas.
Sara Dufour : On s'est connues à l'école. On s'est liées d'amitié, elle a été là pour moi pendant un bout difficile. J'avais 27 ans quand je suis retournée à l'école, elle en avait 19. Je n'y allais pas pour me pogner le beigne, j'y allais pour changer ma vie. Être seule sur un stage, ça prend du « guts », donc s'accoter ensemble nous rendait plus fortes. On a fait le Studio-Théâtre de la Place des Arts, c'était de belles expériences. Vanessa a maintenant sa boîte, Productions Flèche, elle est hyper travaillante.
Hugo Lachance : On parle de conquérir l'étranger. Cédric Bélanger écrivait en 2023 que ton rêve était de faire la première partie des Cowboys Fringants en Europe.
Sara Dufour : Ça me ramène dans ce rêve-là. Depuis que j'ai commencé, je veux porter ma musique, ma culture et mes chansons le plus loin possible. Je chante en français et je crois que la francophonie m'appelle. Je ne veux pas arrêter de grandir, la musique est une évolution constante. Je veux voyager avec ma musique. Ma « trail » au Québec n'a pas été standard, c'est une trail que j'ai tapée moi-même en ne lâchant jamais. C'est la même chose pour l'international. Je ne crois pas à l'explosion instantanée. J'ai dit en sortant de l'école que je souhaitais que ça soit tranquille parce que je n'ai pas de plan B. Je voulais avoir le temps d'assimiler chacune des étapes pour me sentir chez nous.
Hugo Lachance : Tu as fait les étapes une par une, avec maturité.
Sara Dufour : Exactement. Les gens sont arrivés comme des cadeaux. On est allés faire une tournée en Chine au printemps avec Envol et Macadam et leur projet « Planete Rock ». On est partis en formule « band de garage ». J'avais l'impression de faire là-bas ce que j'ai fait il y a 12 ans : faire chanter le monde qui ne comprenait pas mes paroles. C'est une énergie. En Chine, les autorités ont lu mes textes et m'ont défendu de chanter deux tounes à cause de la liberté d'expression et de la drogue. J'ai chanté ma toune de baseball quand même, j'ai juste changé « on a fumé du pot » par « on a fumé des topes ».
Hugo Lachance : Ta discographie : Le Breaker (2015), Dépanneur Pierrette (2016), l'album éponyme (2019) et On vas-tu prendre une marche? (2023). Dany Placard est ton acolyte depuis une dizaine d'années.
Sara Dufour : J'ai tout fait avec Placard musicalement. Derrière la femme que je suis, il y a trois hommes importants : mon gérant, mon chum et Placard. Sans eux, je ne serais pas où je suis. J'ai eu Stéphane Papillon comme gérant pendant 7 ans, puis Karl Emmanuel a pris la relève durant la pandémie. Stéphane a même suggéré à Karl de devenir mon gérant, tout s'est fait dans l'harmonie.
Message de Stéphane Papillon : Travailler avec quelqu'un avec autant de talent, une si bonne attitude et une éthique de travail de mongol, il n'y a rien pour la faire reculer. C'était un grand honneur de voir cette fleur-là grandir. Sara, je t'aime !
Sara Dufour : Avec Papillon, on a tellement défriché ensemble. Le jour où j'ai décidé de quitter Joliette, j'ai pris rendez-vous avec Isabelle Ouimet pour les relations de presse de mon EP. Je lui ai dit que je cherchais un « bookeur ». Elle m'a présenté Stéphane Papillon. Il m'a regardée et il a dit : « Moi, je vais te gérer ». On a fait un show à la Taverne Jojo à Montréal. Après le show, il m'a dit : « C'est comme si on t'avait saupoudrée de fairy dust ».
Sara Dufour : En 2013, j'étais à la « Bourse Objectif Scène » à Jonquière. Le porte-parole était Dany Placard. Je l'ai écouté jouer sa chanson « Toujours les mains dans l'huile » et « Raccourci », une adaptation de Tom Waits. Je suis allée le voir à la fin pour lui dire que je connaissais la version originale. Puis là, dans le même moment mon contrebassiste...
Hugo Lachance : On parle de ta rencontre avec Dany Placard. Comment ça s'est passé ?
Sara Dufour : Il a rencontré Placard parce qu'ils étaient, je pense, dans un bar ou je ne sais pas trop, et ils étaient dehors en train de fumer une tope ensemble. Là, il demande à mon contrebassiste de remplacer sur son show; ils deviennent amis. Moi, je dis à mon contrebassiste : « Hey, j'aimerais ça travailler avec Dany Placard ». Mon contrebassiste en parle et Placard dit qu'il est ouvert n'importe quand parce qu'il m'avait vue performer à Bourse Objectif Scène. J'étais énervée ! Je me rappelle que Stéphane Papillon m'avait dit de me donner la chance de rencontrer d'autres mondes pareil, pour ne pas nécessairement aller sur le premier venu et pour élargir mes horizons. J'avais sélectionné une coupe de personnes pour faire un album, mais j'étais tellement accrochée que je voulais travailler avec Placard.
Hugo Lachance : Et depuis ce temps-là, vous avez développé une belle complicité ?
Sara Dufour : On a appris à travailler ensemble. Des fois, je jamme une toune d'un bout à l'autre, et d'autres fois, je fais trois phrases et je suis jammée, mais je sais qu'il y a de quoi à faire. Pour Placard, c'est comme si c'était facile; sa blonde dit que c'est facile de faire un album avec lui. On a un vocabulaire semblable, peut-être parce qu'on vient de la même place au Saguenay–Lac-Saint-Jean. C'est mon moteur des mots et de la musique.
Hugo Lachance : Tu parles aussi d'un troisième homme très important dans ta vie et ta carrière.
Sara Dufour : Oui, c'est mon chum, Dominic. Il me rend plus belle, il me fait du bien, et c'est important parce que le rôle de la personne avec qui tu partages ta vie, c'est de s'élever ensemble. Ça me donne confiance quand il m'encourage. De fil en aiguille, il a pris de la place dans ma carrière. On est comme un trio, un « power trio » pour prendre les décisions. Mon chum, c'est lui qui m'habille, qui a fait la mise en scène de mon show; il est directeur de tournée, directeur artistique et directeur de production. Il est très impliqué.
Hugo Lachance : Est-ce qu'il vient du milieu de la musique lui aussi ?
Sara Dufour : Oui, il a beaucoup d'expérience en musique. Je l'occupe de plus en plus, donc il a moins de temps pour ses propres affaires. Les gens me demandent souvent comment on survit à ce rythme de vie en couple, mais vu qu'il est impliqué dans mon travail, ça fonctionne. Avant, avec mes ex, je ne voulais même pas qu'ils montent sur mon stage, mais avec Dom, c'est différent.
Hugo Lachance : Vous avez passé au travers d'une année 2022 assez intense, n'est-ce pas ?
Sara Dufour : En 2022, j'avais 56 shows en 3 mois, c'était dingue ! En plus, j'avais appris en avril que j'avais des micronodules sur les cordes vocales. J'avais la chienne ! C'était un marathon. Mon chum a fait tous mes tests de son; je n'en faisais aucun. J'arrivais sur scène, je faisais le show, et je partais me coucher sans alcool. C'était très strict, mais on a passé au travers ensemble. Cette année, avec une trentaine de dates, je trouve que j'ai le temps d'aller à la plage ! On salue Dom. Je suis assez discrète sur ma vie personnelle, mais je veux le nommer pour lui lancer des fleurs.
Hugo Lachance : Est-ce que tu ressens une pression des médias ou des paparazzis par rapport à ta vie privée ?
Sara Dufour : Les gens sont parfois indiscrets, mais ça me fait rire. Dernièrement, quelqu'un est venu cogner chez nous pour savoir si je vendais des CD et pour prendre une photo; c'était vraiment bizarre. Mais au niveau des médias, c'est correct. Je n'ai jamais reçu de photos de graine ! Je ne projette pas ça. J'ai eu des invitations de gars qui m'ont dit qu'ils avaient du caribou dans le congélateur, mais ça ne marche pas de même.
Hugo Lachance : On va parler de ton album. Dans ton communiqué, on mentionne que c'est pour les fans de Brandy Clark, Willy Lamothe, Tom Petty ou Robert Charlebois. Comment qualifierais-tu ta musique aujourd'hui ?
Sara Dufour : Ça a évolué. C'est passé de country-folk à folk-country, mais maintenant, je dis que c'est du « Folk and Roll ». J'aime le rock and roll, la guitare électrique. Avant, c'était plus bluegrass, mais quand j'ai découvert l'électricité, j'en ai voulu plus.
Hugo Lachance : Philippe Papineau, dans Le Devoir, dit que ton disque On vas-tu prendre une marche? est un album de retour aux sources, creusé dans le bois à Dolbeau.
Sara Dufour : Je pensais que ça allait être le contraire, mais c'est un album à cœur ouvert. Il n'y a pas de toune de ski-doooo ou de quatre-roues; je ne dis le mot « pick-up » que deux fois. Tout a commencé fin 2019. J'ai senti un désir de prendre soin d'un être vulnérable, mais je ne voulais pas d'enfant. Alors, je me suis dit que j'allais m'acheter un chien. Je suis quelqu'un qui a besoin de solitude.
Hugo Lachance : Et la pandémie est arrivée par-dessus ça.
Sara Dufour : Oui, et j'ai fait une tournée de 43 spectacles en duo, sans technicien, dans des boîtes de pick-up et des trailers. Stéphane Papillon disait que c'était parce que j'étais une fille qu'on pouvait mettre dans un pick-up et qui allait sourire pareil. Mon désir de solitude grandissait. En juin 2020, j'étais au chalet et je me disais : « C'est jamais assez ». J'ai décidé de m'installer pour passer l'hiver au Lac-Saint-Jean pour écrire. Mon père disait qu'il n'y avait pas d'eau l'hiver, mais on a patenté un setup avec une pompe et un fil chauffant dans la crique des castors. Je voulais des tempêtes de neige pour que le chemin ferme et que je sois obligée de prendre mon ski-doo.
Hugo Lachance : Tu as vraiment vécu l'expérience à fond ?
Sara Dufour : J'ai cordé quatre cordes de bois toute seule devant ma mère pour lui montrer ! Je tripais de voir la terre geler et de voir jusqu'où je pouvais me rendre seule. Je n'ai pas de skills de survie, c'était juste un défi personnel. Je me voyais seule avec mes chiens pour les cinq prochaines années en disant « fuck you » à la vie de couple.
Hugo Lachance : Mais ton plan a changé quand tu as rencontré Dom.
Sara Dufour : J'avais un contrat sur un voilier, Les Flâneurs, et le capitaine me parlait de liberté, ce qui me crinquait encore plus à rester seule. Quand j'ai rencontré Dom, j'ai dit à Papillon : « Fuck, j'ai rencontré un gars, ça chie mon plan ». Il m'a répondu : « If you want to make God laugh, make a plan ». La chanson « Fuck You à l'amour » est née comme ça. J'ai trouvé la fin de la toune en marchant dans la neige, j'ai couru jusqu'au chalet pour l'écrire.
Hugo Lachance : Parle-moi de la réalisation de l'album avec Placard et Ben Bouchard.
Sara Dufour : On travaille tout ensemble. Placard est venu chez nous pour travailler les tounes, mais on n'envoie rien aux musiciens avant le studio. On arrive au studio Bobo Hano à Dolbeau, on joue la toune et on l'enregistre tout de suite. Il n'y a pas de maquette. Je veux quelque chose de brut et de spontané. Si le guitariste la pratique trop, ce n'est plus vrai. C'est le premier jet qui donne de quoi de bon.
Hugo Lachance : Tu as aussi choisi de ne pas jouer de guitare sur certaines pistes.
Sara Dufour : Oui, sur des tounes comme « Maison frites », je fais juste chanter. Ça donne une vibe et un groove différents. En show, ça me permet de lâcher ma guitare et de tenir le micro, même si j'apprends encore quoi faire de mes mains !
Hugo Lachance : Tu es aussi productrice de ton propre matériel.
Sara Dufour : Depuis mon EP, c'est une fierté. En 2014, j'ai déposé une demande de subvention à l'émergence trois jours avant la date limite. J'ai travaillé jour et nuit avec ma sœur au téléphone et j'ai eu ma subvention. Je suis une artiste-entrepreneure; j'investis mon propre argent. Si tu veux gagner ta vie en musique, il faut en faire le plus possible toute seule.
Hugo Lachance : Qui sont les musiciens sur ce disque ?
Sara Dufour : Il y a Paul Thor à la batterie, Nathan Vanoveren, Ben Bouchard, Dave Chadel, Alex Goudreau et Dominique Hudson. Il y a aussi Gaston Dufour, mon chien, qui chante, et Stormy, le chien de Placard, qu'on salue en haut. Ben Bouchard a été l'ingénieur et il s'est beaucoup impliqué dans la coréalisation et la direction vocale. On a travaillé fort l'intention du vocal. Richard Addison a fait le mastering.
Hugo Lachance : La pochette est très belle, avec ce concept de mouvement.
Sara Dufour : Le photographe est Étienne Dion et le graphisme est de Gab Pelletier. On a fait les photos à côté de chez nous. C'était important pour moi de montrer le retour en région; tout le monde dans l'équipe vient du coin. Je voulais que la pochette soit en mouvement parce que l'album parle de marche. Mick Jagger a déjà dit que le rock ne doit pas être trop préparé, et c'est exactement notre philosophie en studio.
Hugo Lachance : Comment te sens-tu après la sortie de ce troisième album ?
Sara Dufour : Le troisième est stressant. À chaque fois que je finis un album, je me sens vide, comme si je ne serais plus capable d'en faire un autre. J'en parlais à Placard, j'ai de l'angoisse par rapport à ça. Mais Karl, mon gérant, m'a laissé un beau message pour me féliciter de nos nominations à l'ADISQ. C'est un bel accomplissement après trois ans de travail ensemble.
Hugo Lachance : Un dernier mot sur le vinyle ?
Sara Dufour : C'est mon premier vinyle ! Il y a eu beaucoup de « back and forth » parce que ça ne réagit pas comme un CD, ça saturait. Dom a géré tout le dossier avec les gars du mastering pour que ça sonne bien. On finit en écoutant un extrait de « J’écrirai ».
Hugo Lachance : Cette chanson-là, c'est la fondation de l'album, n'est-ce pas ?
Sara Dufour : Oui. Ça faisait 17 ans que mon stock traînait partout, chez ma sœur, mon père ou mon ex. J'étais écoeurée de ne pas dormir chez nous. J'ai écrit le premier couplet au chalet en juin 2020. C'était mon ancrage, mon refuge. Une fois, Paul est venu au chalet, on a bu une bouteille de gin Kilomètre 12 en deux heures et on a fait une version full punk de la toune. On était bien chauds ! On a essayé de partir le ski-doooo, on a tiré ensemble sur la crine et on est tombés par derrière parce qu'on avait oublié d'enlever la « kill switch ». C'est un beau souvenir qui a marqué le début de cet album.
Hugo Lachance : Tu sais, on parle de ta mère aussi, tout ça.
Sara Dufour : Ouais, « Enracinée », exact. Et ça, c'est le début en fait; c'est la première toune que j'ai commencée, mais ce n'est pas la première que j'ai finie. Celle-là, c'était un début fait pendant trois ans. On a fait cette chanson-là, je répétais le même couplet deux fois puis il y avait plein de solos dans le milieu en show.
Hugo Lachance : Je te disais tantôt, je parlais de ta voix dans cette toune-là; elle est vraiment bonne, je trouve que tu as un beau ton de voix. Tu as ton accent, c'est bien, mais cet album-là est bien enregistré je trouve.
Sara Dufour : Moi aussi je trouve. Il est bon pour les prises de son. C'est parce qu'il sonne un peu « chalet » aussi; ce n'est pas évident de faire ça.
Hugo Lachance : Quand j'ai entendu ta voix, j'ai fait : « Wow, ok, une voix qui est plus mature ». Mais tant mieux, tu es moins énervée — sans que ce soit péjoratif, tu comprends ?
Sara Dufour : Non, mais tu as raison, ça fait bien assis un peu. Et je veux m'asseoir encore plus ! Ça fait du bien. Je ne sais pas si c'est l'âge, mais je t'en parlerai tantôt, j'ai une note là-dessus. Bref, je rajoute deux ou trois affaires au travers de tout ça : Stormy, le chien de Placard, c'est à la fin de cette chanson-là qu'il jappe. Pendant qu'on était en studio, nos chiens étaient là et il a jappé à ce moment-là. Après ça, ce que je pourrais dire, c'est que quand on a « tapé » la toune, quand on l'a finie... parce qu'on l'a tapée, mais c'était les deux mêmes couplets. Quand on est arrivés à la dernière session, ça n'avait pas de bon sens. De juin 2020 jusqu'en février 2023, c'est comme... christ, je ne peux pas répéter le même couplet deux fois ! J'étais écoeurée que ça ne finisse pas. Mais en plus, c'est que j'avais acheté ma maison. Je l'avais achetée, je pense que je l'avais achetée parce que... bref, tout ça pour dire que j'étais redéménagée au Lac-Saint-Jean, mais je n'étais jamais chez nous. Je n'avais pas le temps de m'installer. Écoute, ça fait trois ans et demi que je suis retournée au Lac et je viens quasiment de m'installer cette année parce que je suis tout le temps dans la van. Le deuxième couplet, c'est ça que ça raconte.
Hugo Lachance : C’est parfait, c’est très bon. On continue avec « On vas-tu prendre une marche? ».
Sara Dufour : « Je suis partie une semaine à Montréal, je me suis ennuyée de chez nous. Je suis contente d'être revenue dans le camp pour pouvoir jouer de la musique. J'étais allée voir deux ou trois chums, des vieilles connaissances, dont un prétendant qui prétend qu'il aimerait ça me donner le "kiss". "Envoie donc, prends le marchand, enlève-moi mon masque, veux-tu me prendre par la main parce qu'il fait bien chaud ?" ». Donc oui, c'est ça, « On vas-tu prendre une marche? ». Ça c'est cool, je l'aime bien cette chanson-là.
Hugo Lachance : Elle a un petit côté comme... parce que je pense que c'est la basse qui fait un peu tout le temps... on dirait que la toune est vite, mais pas vite.
Sara Dufour : Ouais, c'est ça exact, tu as raison. C'est parce que, des fois je fais cette toune-là dans des émissions et je dis tout le temps à Brice : « Toi, tu ne lâches pas l'os ». C'est ça qui donne un "drive" qu'on dirait que ça avance. Ou sinon c'est comme plus "v’tits". Ça paraît que tu as écouté un peu de punk au début ! C'est Placard qui a tout joué à la basse sur tout mon album. Placard qui fait la basse, ça c'est cool aussi, c'est un King du « tone ».
Sara Dufour : « On vas-tu prendre une marche? », c'est en fait la première toune que j'ai finie. Là, on est rendus à l'automne. J'ai eu mon bois, parce que c'était un peu autobiographique, on va se le dire. J'arrivais de Montréal, je pense au début novembre; je revenais d'une « run » à Montréal. J'avais été en nomination pour mon album Sara Dufour, c'était le Gala de l'ADISQ en 2020. Mon album était sorti, fait que j'étais en nomination pour l'album Folk de l'année, mais en pleine pandémie. C'était de la marde, on va se le dire là ! Ah non, écoute, ça n'a pas rapport. J'arrivais d'une « run » là où j'avais été faire une coupe de trucs, voir des amis. C'est drôle parce que j'avais rencontré un gars sur le bateau, tu sais, du tournage Le Flâneur dont j'avais parlé. Je pense qu'il était supposé venir, mais juste pour le fun. Moi, je ne voulais pas m'attacher à rien, j'étais comme : « Viendra faire un tour au chalet, on ira marcher ». On avait été marcher un peu à Montréal, c'était un peu ça qui était dans l'air, mais rien de concret. Ça m'a inspiré le début de cette chanson-là quand je suis revenue parce que je me rappelle que quand j'étais à Montréal, je me disais : « Ah, j'ai hâte de revenir, de chauffer mon petit poêle, mes petites affaires puis me faire ma petite bouffe "basic" ».
Hugo Lachance : Et tu as décidé d'en faire le titre de l'album ?
Sara Dufour : J'explique le début, mais je ne raconte jamais ces affaires-là normalement.
Hugo Lachance : On est là pour ça, moi j'aime ça !
Sara Dufour : Je ne savais pas que mon album allait s'appeler de même, mais cette chanson-là est venue en revenant de Montréal, pour de vrai. Après ça, j'ai extrapolé cette histoire-là pour l'amener jusqu'au printemps. Même moi, je n'avais pas encore passé l'hiver. Je m'apprêtais, j'attendais... mon père m'avait dit : « Tu vas geler des pieds ma fille, parce que tu ne sais pas... désolé là, mais le plancher va être frette ! ». On remblayait le chalet puis il disait : « Je vais venir avec le souffleur, je vais venir remblayer ça ». J'étais « grosse » là-dedans, et ça me faisait triper.
Hugo Lachance : C'est ce qu'on entend un peu, mais je trouve ça vraiment cool d'entendre ça parce que tout ce que tu dis dans cet album-là, c'est vraiment littéralement ce qui se passe.
Sara Dufour : Oui, c'est exact. Finalement, le gars n'est jamais venu ! Non, c'est ça qui est cool parce qu'en même temps, ça a donné une toune et on ne s'est jamais revus. On le salue !
Sara Dufour : « T'es-tu déjà posé la question si les filles ou les garçons, quand tu voulais partir à pleurer... » Je suis contente que tu dises que tu l'aimais bien celle-là. Moi aussi, c'est un bon "groove", le drum est super bon. Vraiment ! Et c'est quand je te disais que j'ai lâché ma « guit », c'est dans une toune de même. Ça donne quelque chose que je ne ferais pas naturellement et c'est ce que j'aime : se laisser aller à faire comme... je laisse aller les gars, on enregistre un "groove".
Sara Dufour : Pour cette chanson-là, le texte n'était même pas fait à moitié quand on l'a « tapée ». Je ne savais pas où ça allait aller. C'était un autre phrasé et ça a été un défi en studio parce que ça ne marchait pas, la façon que je chantais. Mais quand tu creuses et que tu cherches, tu trouves. C'est ça qui est beau de la musique, parce qu'il y a une réponse. Tu as juste à continuer de chercher et tu le sens quand tu arrives.
Hugo Lachance : C'est ça, ce sont des façons de prononcer, faut que tu fasses la recherche. Mais ta voix sur cet album-là varie quand même, tu as comme différents styles de voix, plus doux, les textures aussi.
Sara Dufour : Exact ! Celle-là, je pense que c'est celle qui m'a donné le plus de fil à retordre sur l'album, et c'est une de celles que j'aime le plus. Pour les paroles, j'ai le début... tout le premier « verse ». Tantôt je t'ai dit que c'était le premier couplet que j'ai commencé, mais ce n'est quasiment pas vrai parce que ça, c'est en avril 2020, pendant le confinement. Je jammais dans ce temps-là chez nous, j'étais en Estrie, à Racine, un petit village. Je jammais ça sur un Mi. Je ne le chantais même pas de cette façon-là, je m'en rappelle : « T'es-tu déjà posé la question ? ». C'était moins « sloppy », plus haut perché un peu.
Sara Dufour : C'était plus « square » versus le petit côté « slack » actuel qui fait vraiment du bien. Je suis partie sur ce trait-là et après ça j'ai décidé de continuer dans l'écriture, de me questionner sur les questions qu'on se pose finalement. Cette dualité-là : souvent le monde qui est tout seul veut être en couple, le monde qui est en couple veut être tout seul. Les grandes questions que je me suis aussi posées à différents moments de ma vie, c'est normal. Je ne trouvais pas le filon quand même, il manquait quelque chose. C'est quand on a ramené ma mère là-dedans... Cet album-là lui est dédié, on aura sûrement l'occasion d'en parler. Ma mère me disait de regarder devant moi. Ce sont toutes ces affaires-là de faire : « Ok, mais je m'accroche aux enseignements qu'elle me donnait ». Pour moi, ça faisait tout le sens du monde. Cette chanson-là a pris tout son sens sur le tard.
Hugo Lachance : C’est cool, parce que des fois on « kick out » des tounes trop vite je pense.
Sara Dufour : Celle-là, j'aurais pu à un moment donné faire : « Tu sais quoi ? Je ne veux plus rien savoir ». Mais finalement, les propos sont intéressants et ça s'adresse à tout le monde. Je pense que tout le monde se reconnaît là-dedans, en plus ce sont des sujets d'actualité. Le « groove », le « high-hat », ça fait un peu « World » aussi avec les petites percussions. Ça marche bien en show, j'ai du gros fun parce que je lâche ma « guit ».
Hugo Lachance : Ah oui, c'est vrai !
Sara Dufour : J'ai appris aussi qu'il faut que tu apprivoises comment bouger avec ton corps. Comment tu apprivoises ça exactement ? Ça me fait triper, ce n'est vraiment pas évident quand tu as toujours une « guit » dans le cou. Pour cette chanson-là, je pense que c'est bon. La prochaine, c'est vraiment un petit bijou !
Hugo Lachance : Attends, c'est quoi la prochaine ? On va l'écouter.
Sara Dufour : Ah non, ce n'est pas ça, je me suis trompée, mais on peut la faire quand même, ce n'est pas grave. La prochaine, je trouve que c'est un petit bijou, on va l'écouter au complet : « Mes pneus ». Je l'ai composée dans mon char.
Sara Dufour : « Je roulais sur un retour à Montréal, je rêve d'amour et de chaleur tropicale. L'année suivit son cours comme la rivière dans un canal. J'ai eu des temps plus lourds, des jours où ça faisait mal. En traversant le parc, le paysage était si beau. Je suis partie dans mes pensées puis j'ai fermé la radio. J'ai toujours trouvé que ça réfléchissait mieux en écoutant le son de mes pneus. »
Sara Dufour : Je l'aime beaucoup cette chanson-là.
Hugo Lachance : Moi aussi je l'aime ! Comment tu l’as « tapée » ? Parce que ça sonne bien, il y a quelque chose de vraiment fun.
Sara Dufour : On l'a faite à la fin. On ne l'a pas faite en studio parce que je suis seule avec Placard. Ce sont les deux dernières tounes, mais c'est la dernière que j'ai tapée. J'ai voulu pousser jusqu'à la fin. Je ne me rappelle plus si j'ai fait la « guit » en premier puis Placard a joué par-dessus, ou si on a joué ensemble. Peut-être même qu'on était face à face, parce que ça sonne vraiment comme s'il y avait un micro d'ambiance. On l'a faite à Montréal, au studio de Benoît Bouchard.
Sara Dufour : Il y a des affaires simples dans la vie. Quand j'avais fait cette toune-là, je me disais qu'au pire je ferais une version plus longue plus tard, mais pour moi la toune est là. Je suis authentique, le texte est le fun et le titre est intriguant. Tu réponds au titre à la fin : « le son de mes pneus ». Je roulais en char et je me rappelle, j'étais en conversation et la personne me disait qu'elle écoutait de la musique. Moi, j'étais comme : « Souvent en char, je n'écoute rien ». Je trouve que ça donne des idées, ça fait bien réfléchir. J'ai dit : « Ben moi, j'écoute le son de mes pneus ». Je savais que cette phrase-là était une toune.
Sara Dufour : Là on va passer à une autre idée : je m'en vais dans le bois. C’est ton « single ».
Sara Dufour : « J'étais en train de fendre du bois dans le garage, après quelques longes et tout ça m'aide à passer la rage. Je ne peux plus parler d'amour, je suis fatiguée de faire mes bagages, et je hais les grands discours. De tout mon coeur, je déménage. Je fais un "fuck you" à l'amour puis je m'en vais... je ne sais pas ce qui m'attend là, mais je m'en vais le coeur coucou. Non, je m'en vais dans le bois ! »
Hugo Lachance : Écoute, à mon avis, c’est un super beau hit, une toune de show, une toune de festival. Ça doit marcher en show ! C’est le fun à la faire toute seule à la guitare aussi.
Sara Dufour : Oui, le monde la chante en show, c’est vraiment le fun. La structure est complètement classique, mais c’est bien fait, ça a sa place. Encore une fois, je ne vais pas chercher loin, je vais juste creuser dans mon quotidien. Pour cette chanson-là, j'avais mon bois, du gros bois qui était cordé, et je me faisais du petit bois. J'allais dans le garage avec la hache et je fendais du petit bois. J'aime ça faire ça ! On dirait que je ne pense qu'à ça et ça fait du bien parce que souvent le cerveau n'arrête jamais.
Sara Dufour : Mais quand tu fais ça, tu fais attention et il y a quelque chose de fun à faire des actions physiques répétitives. Ça fait du bien pour mon cerveau en tout cas. Je viens de corder quatre cordes de bois la semaine passée chez nous. Il a fait frette l'avant-dernier jour avant que je reparte, et j'ai dit : « Je vais me donner une petite attisée dans le poêle ». Je suis allée me fendre du petit bois pour l'allumer. C’est rare que je sacre, mais j’ai la « chienne » facile !
Sara Dufour : Il y a l'autobiographie de tout ça. Je tape ma « trail », j'avais mes raquettes et je me suis piqué une trail pendant l'hiver. Mon chien était jeune à ce moment-là et lui, quand j'arrive dans le bois là où il n'y a pas de trail, il tripe ! Fait que l'automne et le printemps, quand il n'y a pas de bibittes, je m'en vais marcher dans le bois au travers des arbres et je fais ma trail au fur et à mesure. Pour moi, ce sont des souvenirs incroyables. On est chanceux d'être en région pour ça, d'avoir un accès proche à la vraie nature sans voisins proches.
Hugo Lachance : On continue avec « Maison frette ». J'aime ça faire le podcast pour ça, parce que c’est authentique.
Sara Dufour : « On entend mon chien... ok, je suis dans une maison frette. Un poêle de laine autour du "clabord". Je suis en train de passer mes économies à payer des billes d'électricité, mais ce n'est pas trop grave parce que mon gérant m'a dit que j'aurais bien plein de shows cet été. Je suis dans ma maison frette, je chauffe le dehors ! »
Sara Dufour : Évidemment, ça devient de plus en plus intense, les voix s'ajoutent. Ça sonne bien cette toune ! C'est une autre où j'ai lâché ma « guit ». On sent que c'est différent de ce que je fais habituellement et c'est ça qui me fait triper, parce que c'est de l'évolution musicale. Ta voix prend une autre forme quand tu n'as pas ta guitare. Je ne vais pas arrêter d'en jouer par exemple ! Mais j'aimerais continuer à développer ça parce qu'en show, c'est plus tripant visuellement pour le monde, et pour moi aussi.
Sara Dufour : Au départ, j'habitais dans le chalet. Je marchais un peu partout et je passais tout le temps devant le même chalet. Papillon, qui habitait à Montréal à ce moment-là, me disait qu'il aimerait s'en aller en région. Il m'a dit : « Si jamais tu vois de quoi à vendre, tu me le diras ». Et il y avait de quoi à vendre pas loin de chez moi. J'ai dit : « Moi je suis sur un domaine familial, je ne suis même pas sûre que ça peut se vendre à quelqu'un d'autre ». J'avais appelé mon père et il m'a dit : « Non, lui il ne peut pas acheter ça, mais ce serait bon pour toi ma fille ! ».
Sara Dufour : Moi je pensais passer un hiver au Lac-Saint-Jean et que ce serait fini après. Mais je suis allée visiter. Ils vendaient tout meublé, c'était cool. Il y avait déjà un système d'eau pour l'hiver parce qu'ils partaient en Floride normalement en novembre et revenaient en avril. Normalement, il y a de l'eau de mai à octobre, mais là il y avait un « setup » de fait. Bref, je l'ai achetée. Dans mon show, je raconte toute une histoire par rapport à ça, je me fais rire avec ça. J'ai acheté à la mi-mars, et deux semaines après, ma mère mourait. Elle a eu le temps de venir voir, et après c'était fini.
Hugo Lachance : Tu disais tantôt que ta maison est frette, tellement mal isolée que tu es obligée de souffler de la neige dessus ?
Sara Dufour : Ça, c'était au chalet de mon père il y a longtemps ! Mais c’est vrai qu'on le sent. La façon que j'ai fait le « pacing » de l'album, c'est évolutif et chronologique. Quand je dis « On vas-tu prendre une marche? » ou « Je m'en vais dans le bois », c'est que je suis dans le chalet familial. On sent qu'il y a un poêle à bois, le petit camp. Je porte attention à ça, c'est important parce que ça raconte une histoire.
Sara Dufour : Le mois de mars arrive, la fin de l'hiver, et là j'achète. Il n'y a pas de poêle à bois dans cette maison-là, donc je ne chauffe plus. L'été passe, puis l'automne. Je rentre en studio pour ma première session en février 2022. C'est mon premier hiver que je passe là. Quand les frettes arrivent, je me rends compte que je chauffe le dehors ! C'est l'enfer. Je partais le matin pour aller au studio chez Bobo Hano, mais il pleuvait dans la maison !
Sara Dufour : J'avais du chauffage mais le toit n'était pas isolé, donc la neige fondait et il pleuvait à l'intérieur. Je capotais. Il faisait tellement frette ! Quand j'ai acheté meublé, ça venait avec une couverte chauffante; ça m'a sauvé la vie. Quand je me couchais le soir, tout le bas de mon lit et mon mur étaient gelés blancs, tout blanc ! Ils n'avaient jamais chauffé l'hiver, ils partaient en novembre. Il faisait 13 degrés quand je me levais le matin.
Sara Dufour : Je partais le fourneau à 450 degrés et j'ouvrais la porte pour réchauffer ma cuisine. Je partais une grosse bouilloire sur le fourneau puis je retournais dans ma chambre dans ma couverte le temps que ça se réchauffe. Mon père disait : « Tu fais pitié, ça n'a pas de bon sens ! ». Mais moi je disais : « Papa, je suis chez nous, je suis tellement bien ! ». Le printemps est arrivé, on a isolé, mais ça m'a coûté tellement cher d'Hydro ! Depuis, j'ai installé un poêle à bois. Mes murs ne sont pas encore isolés, mais ça fait la job en masse.
Sara Dufour : On entend aussi mon chien Gibson dans cette chanson-là. Quand il m'entend chanter sur ce ton-là, il chante ! Des fois je viens et on chante ensemble. Il est fascinant ce chien-là. Le fait de lâcher ma « guit » a vraiment servi la chanson. C’est Ben Bouchard qui a eu l'idée d'ajouter toutes les voix qui répondent à la fin pour ne pas que ce soit redondant. On passe à « Vieux Dan ».
Hugo Lachance : Moi j'étais content d'entendre ça parce que cet album-là sonne incroyable !
Sara Dufour : J'ai lu dans une entrevue de Dany Placard les chansons qui l'avaient inspiré. Il parlait de l'album de Bruce Springsteen, The Seeger Sessions. C'est malade cet album-là, c'est « live » dans la maison, complet. C'est hallucinant. Quand j'ai écouté cette chanson-là grâce à Dany, c'est devenu ma toune préférée. J'ai dit : « Ok, je veux faire ça ». J'ai fait cette toune-là pendant des années en show, la version de Bruce, et c'était ma toune où je présentais les musiciens.
Sara Dufour : On inventait des paroles, les gars faisaient des solos. J'aimais trop cette toune-là. Quand on a fait l'album, j'ai dit à Placard que « Old Dan Tucker » me faisait triper et qu'on devrait se faire une version francophone. On s'est assis tous les deux dans ma maison frette au Lac-Saint-Jean et on a bâti « Vieux Dan ». On l'a faite ensemble complètement. C'est une des plus fun en show parce que c'est « catchy ».
Hugo Lachance : Tu as dû payer des droits pour ça ?
Sara Dufour : Non, parce que ça fait partie du répertoire du domaine public. C'est une toune qui a plus de 100 ans, il y a plusieurs versions. Voilà !
Hugo Lachance : Au travers de ce que tu écris, j'ai de la misère à lire, puis au travers de ce que tu me dis, j'ai de la misère à suivre. Là, c'est une toune que j'aime beaucoup, puis je te ramène à tantôt parce qu'elle est bien montée, très bien orchestrée, super bien arrangée. Celle-là, j'ai l'impression... ouais c'est ça, tu disais je pense à Cédric Bélanger encore le 28 octobre 2023 : « J'ai l'impression d'être moins énervée vocalement », confirme l'artiste jeannoise qui précise avoir un faible pour les ballades. Pour là, tu dis : « Moi si c'était juste de moi, je ferais un show juste avec des ballades, j'aime ça faire des tounes tranquilles. Un jour il faudrait que je fasse un spectacle "Sara relax" ». On me décrit comme étant dynamique, festive, et c'est vrai que j'ai ça, mais mon petit côté tendre et vulnérable, il est tellement là.
Sara Dufour : C'est vrai, c'est vraiment vrai. Je pense que c'est le fun quand tu es posée, ça fait du bien. C'est peut-être correct parce que pour traverser, c'est correct que ça, ça a été mon côté plus tof ou plus rock en show, mais on ne peut pas être juste une affaire dans la vie. On est habités, on est pleins de nuances, on change. Puis moi, ça me fait du bien de faire des tounes comme ça.
Hugo Lachance : Effectivement, ça te va bien je trouve.
Sara Dufour : Je suis contente. C'est vrai que j'y pense à ce show-là, de faire un show où je vais être peut-être à deux, où ce que ça va être averti que ça va être plus relax. Je vais peut-être reprendre même des tounes. Il y a quelque chose qu'il faut garder en tête, c'est que le dynamisme, être énergique et pétillante, cette énergie-là, tu vas l'avoir quand même. C'est juste que je suis sûre que je vais être capable de réinvestir cette énergie-là dans un concept plus relax, puis avoir des bouts qui sont plus intenses, des bouts plus posés. Moi, je pense que ça pourrait fonctionner pour un public averti parce que si tu viens pour faire le party, ben là ce ne sera pas ça.
Hugo Lachance : Ou du nouveau public aussi.
Sara Dufour : Exact ! Ça me fait vraiment triper, c'est quelque chose que je vois peut-être dans l'avenir. Mais l'orchestration, comme tu le mentionnes, moi ça a été cette chanson-là. Je l'écoutais juste pour la montée de piano de la fin. Il y a un petit côté Fred Fortin quelque part là-dedans. Je ne sais pas pourquoi j'entends ça, il y a des sonorités, des petits slides en arrière, c'est vraiment plus planant aussi comme toune. Anecdote de même : à la fin, les dernières paroles, on entend qu'il y a comme un sustain puis ça se dépose. Il y avait une phrase, mais finalement j'ai fait : « C'est lourd », je l'ai enlevée puis on a juste fini. Je ne raconte pas ça d'habitude.
Sara Dufour : C'est l'évolution. Quand je pense à ma vie, quand je regarde où j'en suis, j'ai un « smile d'en face » qui me pogne. J'ai marché dans la nuit, j'ai roulé sous la pluie, je me suis déjà sentie comme... « Smile d'en face » ! C'est cool parce que je ne sais pas encore si c'est parce que j'ai 40 ans, mais toute cette prise de conscience-là qu'on fait en vieillissant, je pense que cette chanson-là me décrit. C'est une chanson que je pourrais faire en disant : « Voilà, ça là, c'est moi en ce moment ».
Hugo Lachance : Je trouve qu'au travers de « Smile d'en face », ce sont deux tounes qui sont nées à la guitare acoustique.
Sara Dufour : Moi et Placard on enregistre avec mon iPhone. Les deux versions acoustiques de ça, les versions iPhone, je les aime autant que des versions studio. Ça sent vraiment Placard. Ça m'ouvre la tournée qu'on vient de faire, « Smile d'en face », ça ouvre le show, c'est parfait. J'étais dans mon char quand j'ai commencé l'affaire. C'était comme : « Quand je pense », puis là j'entendais dans ma tête, puis ça j'ai tapé avec mon cellulaire : « Quand je pense à ma vie, je regarde où j'en suis ». Encore une fois, le phrasé a évolué parce qu'il était différent. Celle-là, je l'ai déjammée après, j'avais juste le riff, l'intention, puis je suis arrivée chez Placard et j'ai dit : « Il y a de quoi faire, c'est sûr ».
Hugo Lachance : Puis vous l'avez finie ensemble ?
Sara Dufour : On l'a finie ensemble. J'aime bien celle-là aussi. Ben Bouchard a amené sa touche dans cette chanson-là parce que quand ça fait les pauses instrumentales, c'est lui qui a apporté ça. De le réintégrer à la fin, de la façon qu'il l'a mené, dans la deuxième fois où l'on entend juste le bout instru, il y a un keys des années 80. C'est très subtil, tu ne l'entends pas si tu ne te concentres pas. Ça roule au bout. Je l'aime vraiment cette chanson-là parce qu'elle est dynamique, elle rentre dedans, elle vient chercher le petit côté « punchy » qui m'habite aussi.
Hugo Lachance : Il en reste trois. On y va avec « Garde de chasse ».
Sara Dufour : On se faisait acheter par les vieux nos paquets de cigarettes sur le coin du dépanneur Pierrette. On s'était monté un camp en branches d'épinettes, ça avait pris trois jours le long du rang Saint-Jean. Je voulais être garde de chasse là où j'avais pas encore trouvé ma place. « Garde de chasse », c'est cool de faire l'exercice parce que ça te remet dedans. C'est un album récent mais quand même. Ça, c'est une vieille toune ! C'est une toune qui était sur mon deuxième album, Sara Dufour, mais que j'ai écrite en 2013 je pense.
Hugo Lachance : Ah oui, ok ?
Sara Dufour : C'est comme un genre de récit de vie, comme « Baseball », enfant, ado, âge adulte. C'est un peu dans le même esprit. C'est une toune qui a passé peut-être un peu dans le beurre. Quand on a fait le premier album avec Placard, il m'avait dit : « Moi, "Garde de chasse", je la referais différemment ». Au troisième album, on s'est dit : « Pourquoi on ne la referait pas différemment ? ». Parce qu'il y a de quoi là-dedans, puis mon interprétation avait changé aussi. Pour moi, c'est une toune de char. Le bout musical à la fin, il y a quelque chose dans l'instrumentation des boys, c'est très bien travaillé.
Hugo Lachance : Il y a aussi le timbre de ta voix, ta voix est posée je trouve.
Sara Dufour : C'est vrai aussi ce que je raconte : le Vans Warped Tour de l'an 2000. J'étais montée sur le pouce à 15 ans à Montréal pour aller au Vans. On est partis à 4 heures du matin de Dolbeau, on est arrivés à minuit à Montréal par un trucker qui avait arrêté aux danseuses à Trois-Rivières. On l'avait attendu ! Puis le camp avec les branches d'épinettes, j'avais 12 ans. Ma chum et moi, on voulait être gardes de chasse dans ce temps-là. On s'est fait un vrai camp à côté de chez nous, dans le rang Saint-Jean, tout en branches d'épinettes. C'était comme une petite tente fermée. On avait des gros mocassins, on voulait dormir là. On fumait des cigarettes « Hélix ». On avait 12 ans, on avait fumé un paquet de topes, toutes les botes étaient dans notre petit camp. On n'avait pas dormi là la nuit, ça n'avait pas de rapport, il faisait trop frette. Mon frère le lendemain est allé dans mon petit camp, il a tout poigné les botes de topes, il a amené ça à ma mère et a dit : « Maman, Sara fume ! ». Franchement, ce sont des anecdotes qui sont le fun à raconter.
Sara Dufour : Et même si je voulais que la nuit me lise, que mon corps dans tes bras ne s'en lasse pas. Si j'imagine tes mains parcourir mon présent, je pourrais mourir demain et partir vers l'au-delà. J'ai navigué longtemps, j'étais jamais chez moi, j'ai bifurqué souvent et douté de mes choix. Mon passé et présent me rattrapent parfois, mais je ne doute pas de l'amour que pour toi. J'ai navigué longtemps, j'étais jamais chez moi. Évidemment, la voix évolue, c'est beaucoup plus intense à la fin.
Hugo Lachance : Belle chanson, belle mélodie.
Sara Dufour : Ça, j'étais avec ma mère. En fait, ma mère est venue me visiter dans mon hiver au chalet, je pense que c'était dans le temps des fêtes. J'enregistre sur mon iPhone parce que j'étais assise sur le divan, ma mère était aux toilettes, puis je fais le riff de guite. Ça, c'est comme rapide, puis la toune on dirait qu'elle est lente. Je l'ai de-tapée, puis je pense que c'est pour ça que cette chanson-là me ramène énormément à ma mère. Je ne sais pas pourquoi, parce que dans le fond ça parle d'amour, de mon chum, mais ça m'amène à ma mère. L'amour c'est rempli de doutes, on se questionne, on avance. Le premier couplet, j'ai une image exacte de quand j'ai filé ça, c'est une image ancrée.
Hugo Lachance : Puis après ça, la toune évolue.
Sara Dufour : Quand on l'a faite en studio, j'avais dit à Ben : « Je veux qu'on aille dans le ciel ». Parce que ma mère était là quand j'ai commencé le riff, mais elle était morte quand je l'ai fini. J'ai dit : « Moi, je veux qu'il y ait du ciel ». Quand ça l'ouvre à la fin, il y a ce côté céleste. Je pense que c'est pour ça que ça me fait penser à ma mère, même si c'est une toune d'amour, parce qu'il y a un avant et un après.
Hugo Lachance : Tu l'as commencée elle était là, tu l'as finie elle n'était plus là. C'est ça exactement le côté céleste.
Sara Dufour : Ben a bien catché ça. Quand je pense à ça, je suis dans le ciel, ma mère est là, ça me fait triper. J'adore faire le podcast pour entendre des histoires de même. C'est aussi l'importance de choisir avec qui on fait la trail de notre vie, parce que ça a des impacts. Je suis contente de marcher à côté de mon chum. On finit avec « Ma mère ».
Sara Dufour : J'ai toujours parlé au ciel, confié mes secrets à mes chiens, rêvé d'un frère ou d'une sœur avec qui jouer à la marelle. Sa mère a la cervelle en musique, se saoulant au bar du coin jusqu'aux petites heures, puis quand elle venait à la maison, elle s'enfargeait dans ses traînes de fleurs.
Hugo Lachance : Très, très belle cette chanson.
Sara Dufour : Merci. J'aime le début quand tu dis : « Ok, on y va ». On s'entendra que cette chanson-là, ce n'est pas une toune que tu refais 25 fois en studio. C'est la première prise pour vrai. On l'a peut-être faite trois fois. J'ai repoussé ce moment-là. Quelques jours après, l'album fallait qu'il parte au pressage, puis j'étais comme : « Ah, ça ne me tente pas, ah ça ne me tente pas ». Le projet était fait, mais je n'étais pas... on dirait que c'était quelque chose de plus profond.
Hugo Lachance : Dis-moi, ton setup quand tu as enregistré, c'était comment ?
Sara Dufour : C'était bien simple, je pense même que c'était le soir. Il me semble qu'on avait fait une session de soir à Montréal, au studio chez Ben. Placard fallait qu'il parte, puis je me suis retrouvée toute seule avec Ben. On était bien relax. Tu la joues, il y avait un micro, la guite en même temps, complètement. Au début même, je voulais peut-être l'enregistrer avec mon iPhone chez nous. C'est la dernière chanson que j'ai écrite sur l'album.
Hugo Lachance : C'est magnifique, un bel hommage à ta mère. Tu as trouvé ton cœur ?
Sara Dufour : Je l'ai trouvé ! Je suis allée le faire souder. C'est récent, je suis allée à Rouyn-Noranda. J'ai perdu mon cœur là-bas. Je suis allée à Rouyn pour faire un show au FME, puis 15 minutes avant le show, je me suis regardée dans le miroir, le cœur était là, je l'ai mis dans mon gilet. À minuit le soir quand je me suis couchée, il n'était plus là. J'ai fait un post sur les réseaux sociaux puis quelqu'un l'a retrouvé. On la salue cette personne, c'est Wendy, la femme de ménage du centre musical en sol mineur qui l'a trouvé. C'est Robin Lemieux, le prof de drum, qui est allé le chercher. Elle l'avait mis sur le comptoir.
Sara Dufour : Mais tout ça pour dire, avant que ma mère ne meure, elle nous a tout donné. Elle a donné sa vie pour ses quatre enfants. J'avais une relation très, très proche avec elle, la meilleure relation que vous ne pouvez pas imaginer. Avant de mourir, ma mère me dit : « Sara, quand je me ferme les yeux puis que je pense à ta carrière, je vois une grosse vague qui s'en vient ». Moi je lui avais répondu : « Ben checke-moi bien faire du surf ! ». Et quand elle est partie, c'est arrivé pour de vrai. Les Cowboys Fringants m'appellent pour aller jouer au Centre Bell avec eux autres, après ça on part en France, les shows, les shows, les émissions télé. C'était mon go. Elle avait confiance en moi puis elle savait très bien où je m'en allais.
Hugo Lachance : Cette vague est vraiment arrivée.
Sara Dufour : J'ai l'impression de surfer encore là-dessus 3 ans et demi plus tard. J'ai l'impression que ça fait un an même pas qu'elle est partie, ça a tellement été vite. Je pense que je me suis accrochée à ça. Il y a du monde qui me disait de prendre ça slow, de prendre un break, de vivre un deuil, puis moi je disais : « Non, ma mère m'a dit de surfer ! ». C'est une belle façon de partir parce qu'elle m'a donné une dernière poussée. Quand cette chanson-là est venue, c'est comme si tout s'est éclairci. Si je mets ça en lumière, c'est sur cet album-là, pas sur le prochain. La boucle est bouclée.
Hugo Lachance : Exactement.
Sara Dufour : On arrête de le dire, ça va être sur papier, ça va être couché. Le texte est écrit en hommage, tout est là, l'histoire est claire. Je peux mettre un point là, c'est fait. Prochain album, on passe à autre chose. Je me sens bien parce que j'ai l'impression d'avoir fait le tour par rapport à ça. Bravo, on a passé à travers l'album !
Hugo Lachance : Yes, c'est cool ! On y va avec le jeu des choix niaiseux. Je te donne des choix, faut que tu choisisses. Dépanneur Pierrette ou Dépanneur Sagami ?
Sara Dufour : Dépanneur Pierrette ! Pour les bonbons parce qu'il y a un peu de bouffe autour. Dépanneur Pierrette, ils ont des bonbons en tabarouette, ceux qui habitent au Saguenay–Lac-Saint-Jean savent de quoi on parle.
Hugo Lachance : Tremble ou Bouleau comme bois de chauffage ?
Sara Dufour : Bouleau ! Moi j'ai 100 % bouleau dans mon cabanon. J'ai fait appel à mon chum Kevin McLalen qu'on salue pour la question suivante. ski-doo ou 175 pouces ou 146 pouces ?
Sara Dufour : 140 pouces ça n'existe pas, c'est 146 ! Moi le mien c'est un Summit 165 pouces deille. 175 je trouve que c'est trop, à moins d'habiter dans l'Ouest. 2 temps ou un 4 temps Turbo ?
Sara Dufour : 2 temps, ben oui ! Je ne connais rien là-dedans, mais 2 temps. Salut Kevin !
Hugo Lachance : Prendre une marche dans le bois ou en ville ?
Sara Dufour : Les deux ! Je suis habituée à ces deux-là.
Hugo Lachance : Country ou Punk-rock ?
Sara Dufour : Country-punk, ou Folk and Roll ! Folk and Roll punkish.
Hugo Lachance : Fender ou Gibson ?
Sara Dufour : Gibson ! Tu as vu comment j'ai répondu vite ?
Hugo Lachance : Martin Cloutier, Étienne Marcou, Dan Martino ou Valérie Robert ?
Sara Dufour : Étienne Marcou ! Il a collaboré sur mon spectacle pour mes entre-chansons. On a développé une belle relation.
Hugo Lachance : Vivre dans le bois ou au Mexique ?
Sara Dufour : Un mois au Mexique, le reste dans le bois ! C'est difficile, mais j'avoue que ça ne peut pas être juste un des deux.
Hugo Lachance : Michel Couillard ou Laurence Bouchard ?
Sara Dufour : Michel Couillard ! Pour tout ce qu'il a fait. Quand j'ai déménagé à Montréal, j'étais allée le voir. J'avais une vieille Honda Civic 91 avec le cardan fini. Il m'a dit : « Je vais te le changer moi ton cardan ». On a jacké mon char dans sa cour à Sainte-Julie, on s'est couchés en dessous du char et on a changé le cardan. Il était tellement cool. On ne parle pas de Watatatow parce que tu en as parlé en masse, tu as fait les trois dernières saisons.
Hugo Lachance : Merci Sara Dufour !
Sara Dufour : Bravo et félicitations pour tout ton travail!