Transcription de l'épisode avec Claude Rajotte
Avertissement : Cette transcription est le fruit d'une collaboration avec une intelligence artificielle qui fait de son mieux, mais qui ne saisit pas toujours toutes les "subtilités" de nos discussions. Le fichier audio/vidéo original demeure la seule référence officielle. Si un passage vous semble bizarre, faites confiance à vos oreilles et allez écouter l'épisode !
Hugo Lachance : Nous sommes le 2 février 2025 et ceux et celles qui suivent le podcast, vous savez qu'on a déjà reçu une duchesse à L'Album Podcast, on a reçu aussi une reine, mais aujourd'hui on reçoit un roi. Oui, agenouillez-vous, manants, car aujourd'hui on reçoit le roi des ondes, Claude Rajotte à L'Album Podcast ! Bonjour à tous. Avant de vous présenter convenablement mon invité, je tiens à remercier tous ceux et celles qui se sont abonnés au podcast sur les plateformes et dernièrement sur BlueSky. Alors je vous invite à nous rejoindre là-bas. Prenez le temps de le faire, c'est gratuit, ça fait plaisir, c'est encourageant. Alors ça nous permet de progresser comme le fait si bien ce podcast. Claude, ça va bien ?
Claude Rajotte : Ça va très bien. Essaie de pas parler trop fort dans le micro, là, on peut ajuster tout ça, pas de problème. Ben merci de m'avoir invité, ça me fait plaisir de recevoir les gens chez moi comme ça, dans ma salle à dîner, tranquillement. Si tu prends la porte, c'est par là la sortie !
Hugo Lachance : Non, c'est quand même intimidant de se retrouver chez toi, je trouve.
Claude Rajotte : Ah, intimidant... bon, c'est ça, exactement. Mais j'ai le commentaire une fois de temps en temps, mais ça fait plutôt plaisir. Ça me dit que j'ai fait quelque chose ou que, je sais pas, j'ai une certaine importance.
Hugo Lachance : Tu as marqué les esprits, tu as marqué le mien en tout cas.
Claude Rajotte : Ouais, mais ça m'est arrivé juste les dernières années, c'est pas arrivé au début de ma carrière. C'était pas le but que je visais, je voulais juste être honnête, être correct. Je savais pas si ça allait donner quelque chose, mais ça a l'air que oui.
Hugo Lachance : Ouais, mais c'est pour ça aussi que les gens t'apprécient je crois, puis que tu restes dans les mémoires pour ton intégrité.
Claude Rajotte : Ouais, je suis resté absolument le même, jamais changé.
Hugo Lachance : J'ai écrit un petit texte pour te présenter car tu as une présence médiatique au Québec depuis une cinquantaine d'années. Tu as fait tes premières armes sur la bande AM et tu as connu l'arrivée du FM où tu as débuté ta carrière sur les premières radios commerciales. Tu as ensuite assisté à la naissance d'une nouvelle approche de faire la télévision qui était jusque-là inconnue au Québec et tu l'as portée jusqu'à son dernier souffle. Ce dernier souffle sera causé par l'arrivée d'une autre révolution technologique : l'Internet. Tout ça en restant fidèle à toi-même, mû par ta passion pour la musique et pour la communication. Quelle carrière quand même !
Claude Rajotte : Ouais, je savais pas que ça allait me mener aussi loin que ça, la musique. Mais dans mes choix de carrière, quand j'étais plus jeune, je me disais : « Ah non, je vais faire toujours confiance en la musique ». Puis c'est ça, je voulais toucher à différents trucs dans ma carrière aussi. J'ai fait mes armes dans les petites radios commerciales AM à l'époque. Mon rêve, c'était de faire de la radio FM parce que la grosse patente, c'était de faire de la radio en stéréo, comprends ? Le FM existait — moi je suis né en 1955 —, le FM existait déjà quand même, mais j'écoutais, j'étais curieux. J'écoutais toutes les stations au grand complet.
Hugo Lachance : Ah ben il n'y a pas de question, c'est juste pour souligner ta carrière puis le fait que tu sois passé par toutes ces étapes-là.
Claude Rajotte : Quand je pars, j'arrête plus puis je me perds en plein milieu !
Hugo Lachance : Pas grave, j'ai suffisamment de matériel. Tu as publié ton excellente autobiographie Les oreilles de Claude Rajotte, parue aux Éditions de l'Homme — que je recommande fortement d'ailleurs à tout le monde. Ça, c'est en 2024. Et aussi quatre épisodes de 2 heures de La chaîne musicale à la radio de Radio-Canada — que je recommande fort aussi sur l'application ICI TOU.TV ou ICI Musique. Les deux pratiquement coup sur coup. Qu'est-ce qui explique cet enjouement pour Claude Rajotte ?
Claude Rajotte : Je sais pas, moi. C'est les Éditions de l'Homme qui m'ont approché pour écrire un livre. Puis aussi, j'ai la maladie de Crohn, mais qui va beaucoup mieux, beaucoup, beaucoup, beaucoup mieux. Je me sens normal depuis à peu près un an et quelques. Puis j'écrivais mon livre et puis je me disais : « Bon ben, je vais un peu mieux, je vais me réessayer à la radio ». Donc j'ai écrit à la direction des programmes d'ICI Musique. On m'est revenu puis on m'a offert de faire La chaîne musicale pendant un mois de temps, raconter ma vie, qui est un truc que j'ai jamais fait non plus.
Hugo Lachance : C'est différent du livre.
Claude Rajotte : C'est pour ça que je pose la question, parce que là, faut préparer l'émission. Tu passes la semaine au complet à écrire tes animations, vraiment là, parce que moi je me disais : il faut que ça soit intéressant. Alors je racontais plus que j'animais, vraiment. C'est-à-dire, je parlais aux auditeurs, mais je m'ennuyais de faire de la radio. C'est naturel pour moi de faire de la radio. J'ai fait 17 entrevues, plus que ça même, pour la sortie de mon livre en deux semaines. N'importe quelle heure du matin ou du jour, moi quand le micro est là, j'allume.
Hugo Lachance : Ben merci de nous recevoir pour ça. Est-ce que ça fonctionne bien, le livre ? Est-ce que ça se vend bien ?
Claude Rajotte : Mo, j'ai pas vraiment vérifié les ventes. Je peux dire qu'au Salon du livre de Montréal, ça a été le livre le plus vendu. Ils pensaient en manquer, mais je suis loin du côté de Janette Bertrand, il y a des limites ! Mais ça a l'air à vendre parce que j'ai beaucoup de gens qui m'envoient des photos montrant qu'ils ont acheté le livre ou qu'ils ont fini de lire le livre, puis j'ai que des bons commentaires jusqu'à maintenant. Ils ont juste hâte à un deuxième, mais il a fallu que je coupe beaucoup. J'en avais bien plus long que ça à dire, j'ai dû couper 40 % à peu près, puis c'est sûr qu'il y a des artistes dont j'ai pas eu le temps de parler, là.
Hugo Lachance : Est-ce qu'un Tome 2 est possible ?
Claude Rajotte : Ah ben on verra ce que la maison d'édition dira, c'est pas moi. Mas moi je me suis aperçu aussi que — parce que moi je suis pas quelqu'un qui lit beaucoup parce que j'ai des problèmes aux yeux —, mais pour écrire, ça a toujours été curieux. J'ai regardé des émissions littéraires pendant très longtemps, j'en regarde encore, j'aime la philosophie et tout. Puis j'ai essayé d'écrire, ils voulaient un livre comme écrit par moi, vraiment seul. Donc j'ai voulu écrire comme je parle, et puis il faut que ça soit fluide, que ça soit une histoire intéressante. Donc c'est de cette façon-là que j'ai embarqué dedans, j'ai trippé ! Je savais pas si j'aimais ça, écrire. Moi j'ai commencé tranquillement, puis j'ai fait parvenir les textes aux éditions, puis ils ont dit : « Ah ben on adore ça ». Bon ben c'est parfait, c'est encourageant, donc j'ai continué.
Hugo Lachance : Non, ça paraît, parce que quand on lit, on t'entend. On entend ta voix puis ton humour aussi est présent.
Claude Rajotte : Oui, oui, ben je peux pas être autrement que moi-même, je pense. M'auraient-ils invité à La Petite Vie ou je sais pas trop quoi, je pouvais juste être moi-même.
Hugo Lachance : Non, c'est rempli d'anecdotes, c'est vraiment une belle lecture. D'ailleurs je tiens à remercier et à saluer ma belle-sœur Marie qui m'a acheté ce livre. Elle a du goût, ma belle-sœur ! En même temps, elle m'a acheté un livre sur Jean Leloup, puis c'est bon.
Claude Rajotte : Jean Leloup, j'ai toujours adoré.
Hugo Lachance : D'habitude, je reçois les artistes au podcast puis on parcourt un de leurs albums, une chanson après l'autre, c'est le concept du podcast. Je te pose les mêmes questions avec lesquelles je débute pour tout le monde pour mettre tout le monde sur un dénominateur commun. Alors Claude Rajotte, c'est un petit gars de où ?
Claude Rajotte : De Notre-Dame-du-Bon-Conseil. Oui, oui, c'est ça. Né à Drummondville le 3 juillet 1955 à 7 h le soir, comme c'est dit.
Hugo Lachance : Ton album d'enfance ?
Claude Rajotte : Mon album d'enfance... pour toi, ça va être difficile peut-être. À quel âge supposons ? Disons, je demande d'habitude aux invités le plus loin, leur premier contact avec la musique, un album qui a marqué leur enfance. Moi ce serait plus peut-être, j'avais 12 ans, on peut dire que c'est l'enfance, c'est un album de James Last, Non Stop Dancing 8, que j'ai entendu dans un centre d'achat à Calgary. Et j'ai dit : « C'est quoi cette musique fantastique là, avec des cuivres ? ». C'étaient des tounes modernes que je connaissais pas, il m'a fait découvrir les Rolling Stones puis je sais pas trop quoi. Mais ça, c'est un des premiers que j'ai achetés. Mais ensuite, le premier album rock que j'ai acheté par exemple, c'est Chicago II, qui est encore un excellent album. En fait, leurs trois premiers albums, c'est vraiment trois excellents disques qui s'écoutent encore, parce que moi j'ai toujours aimé les cuivres, la musique riche musicalement sans le savoir quand j'étais enfant. Mais j'aimais les thèmes de télévision aussi, parce que c'était riche musicalement avec des violons puis tout ça. J'ai toujours adoré toutes les musiques, j'aime le bruit en général.
Hugo Lachance : Et ton album d'adolescence, ce qui a marqué ton adolescence ?
Claude Rajotte : Ah, ça serait le Led Zeppelin II. Le Led Zeppelin II avec ma table tournante que j'ai reçue à Noël. J'ai reçu une surprise que j'avais demandée, mais il y avait une table tournante qui venait avec.
Hugo Lachance : Wouah ! Tes parents ont été quand même assez généreux avec toi.
Claude Rajotte : Ben, fils unique, tu es pourri gâté, mais tu t'en rends pas compte par exemple. Tu penses que tout le monde est pareil, là : tout le monde a sa TV dans sa chambre, son petit bar, son ski-doo dehors ! Mais j'étais chanceux, j'ai eu une enfance très agréable.
Hugo Lachance : Et justement, qu'est-ce qui jouait dans le char de tes parents ?
Claude Rajotte : C'est ce que je décidais de faire jouer, parce que les autres n'écoutaient pas de la musique ! Ma mère n'écoutait pas de musique, mon père écoutait des trucs, des chansons françaises de la vieille garde. Et puis il y avait quand même de la musique, il y avait Elvis, c'est quand même le seul que je connais vraiment, sinon c'était Maurice Chevalier, Mistinguett, des noms comme ça, voilà c'est ça. Et puis j'écoutais même, j'étais curieux, j'écoutais du Sly and the Family Stone, Rare Earth, j'achetais Jimi Hendrix, Beethoven, Best of Mozart. C'est qui ça ? Puis je me promenais dans toutes les musiques. Mais le Led Zeppelin II, c'était vraiment le climax. Et quand j'ai rencontré aussi Black Sabbath, ça c'est sûr, ça. J'étais en train de laver l'auto, j'écoutais CJTR AM Trois-Rivières puis là, c'est quoi qui vient de sortir des haut-parleurs ? Le lavage a arrêté, le volume a monté puis c'était « Paranoid ». Je l'écoute encore même si ça fait 4 millions de fois. J'aime bien mieux ça que « Stairway to Heaven », je dirais.
Hugo Lachance : Ouais, mais il y a des moments qu'on ne peut pas reproduire puis j'imagine que ça en est un. La découverte, là, c'est comme : wouah. J'ai écrit un texte sur la première fois que j'ai écouté « Battery » sur Master of Puppets de Metallica. La première fois que j'ai écouté la première pièce, qui est « Battery », qui commence tranquillement à la guitare classique puis qui explose, je me souviendrai toujours de ce moment-là. Le métal s'est installé, Metallica c'est un excellent groupe. Parlant du char de tes parents, on en discutait un peu plus. Dans ton autobiographie, tu écris : « La même année, donc en 1961, j'en déduis avant de partir en voyage aux États-Unis, mon père m'a offert un cadeau qui allait changer ma vie : ma première radio transistor mono munie d'un seul écouteur ». En quoi ça a changé ta vie ?
Claude Rajotte : Ah ben je pouvais écouter toutes les radios AM, là. Pour moi, c'est une affaire magique, c'est comme avoir l'Internet avec Tidal, Spotify, tout au complet, là, en 1961. Tu viens de Notre-Dame-du-Bon-Conseil, wouah, une radio transistor avec un écouteur ! Je veux dire, mes parents ont eu la paix cette fois-là, ça a duré longtemps. Puis après ça, j'ai demandé un 12 transistors parce que c'était au nombre de transistors la force qu'on avait. J'en ai eu un plus beau avec une enveloppe en cuir que j'ai détruit, malheureusement. Il me reste plus rien de ça. J'avais aussi un petit magnétophone quand j'avais 5 ans, j'avais un tourne-disque à 7 ans, donc c'est toujours moi qui demandais des trucs à mes parents.
Hugo Lachance : Ton éducation musicale, tu l'as faite très, très tôt.
Claude Rajotte : Ouais, je l'ai faite tout seul, c'est ça, par ma curiosité. C'est pas... puis j'avais pas de cousin, j'avais pas de frère, pas de sœur. Mes cousins m'ont pas vraiment fait découvrir de musique non plus. C'est moi qui l'apprenais à mes amis à l'école : « Tu as entendu ça ? Le groupe untel ou je sais pas trop quoi ». Puis il n'y avait personne... je me sentais comme une bibitte un peu différente des autres, un peu plus passionnée de musique. Je discutais avec ma blonde puis elle me dit : « Pourquoi tu l'invites à ton podcast, pourquoi tu irais interviewer Claude Rajotte ? ». Pourquoi il est important pour toi ? Un peu comme on discutait tout à l'heure, parce que pour moi tu es un modèle d'intégrité.
Claude Rajotte : C'est toujours ce que j'ai voulu être. Toujours. Moi je parle aux auditeurs puis je veux être honnête, je veux établir une relation avec la personne puis je veux qu'elle ait confiance en moi. Puis qu'ils apprennent, après quelques années, que même s'ils n'aiment pas ça, ben il dit pourquoi puis voilà. Puis ça rapporte. Moi je voulais pas faire ça... Je voyais d'autres animateurs qui voulaient être animateurs juste pour être vedettes, être reconnus. Ça m'a jamais... non, non. Moi je suis rentré là-dedans, c'était comme naturel.
Hugo Lachance : Non, parce que nous avons 20 ans de différence. Moi je suis né en 75 puis tu es apparu dans le paysage musical à MusiquePlus. Moi je suis vraiment de la génération MusiquePlus, puis tu as toujours été un symbole d'intégrité puis aussi d'humour. Ma question : qu'est-ce qui fait rire Claude Rajotte ?
Claude Rajotte : Pas mal tout ! Bon, je sais pas, récemment je demandais à une intelligence artificielle de Meta : « Claude Rajotte ». On m'a dit : « Un grand saxophoniste canadien versé dans le jazz, une grande discographie, il enseigne à l'Université de Montréal ». En tout cas ! Ah oui, l'intelligence artificielle a raison parce que quand on fait des recherches sur toi, on tombe souvent sur lui. Mais ça c'était la pire, sur Facebook ils m'ont surpris quand même. J'imagine que tu as un humour un peu Monty Python aussi. Oui, c'est ça, quand j'ai toujours... ça vient de mon père, du côté des Rajotte, ça c'est sûr et certain. Et vite ça switch, ça c'est plus ma mère, mais j'aime toujours, j'aime l'humour noir. Quand RBO est arrivé, là : wouah ! Monty Python c'est sûr, c'est notre humour noir à deux niveaux qui est de moins en moins compris malheureusement, là. J'adore ça aussi, oui. Tu es obligé de mettre un avertissement dans La Petite Vie avant parce que je sais pas quoi, le pâté chinois est pas correct ou je sais pas, il est pas LGBT. On est assez loin là-dedans.
Hugo Lachance : Donc c'est ça. Juste pour te connaître un petit peu plus, quels sont les objets indispensables dans ta vie ?
Claude Rajotte : Un système de son. Un système de son, oui, oui. Non, ça c'est ça. J'en ai deux, il y a des haut-parleurs partout chez nous, dans la salle de bain, la cuisine. J'écoute de la musique jazz quand je suis dans la cuisine, de la musique Big Band quand je prends ma douche, du drum and bass dans le salon, de la musique classique. C'est sans arrêt.
Hugo Lachance : Est-ce que tu es plus sur vinyle, numérique ou les deux ? Peu importe le format, est-ce que ça t'importe ?
Claude Rajotte : Pas du tout, non. Moi je trouve que la musique a trouvé sa place. La musique c'est invisible, tu n'as pas besoin de support donc elle est sur Internet maintenant. Pourquoi est-ce qu'on aurait besoin d'un support physique pour la mettre ? C'est juste une... puis moi le retour du vinyle c'est bien le fun, mais je veux dire, tu es mieux d'avoir un bon vinyle puis d'avoir une très bonne table tournante, des bons fils, un bon système de son pour faire la différence avec le service numérique.
Hugo Lachance : Absolument, parce que moi je compare avec Tidal. J'ai Tidal HiFi depuis quelques temps quand même. J'imagine que les autres se sont ajustés aussi, mais j'ai remarqué aussi que les compagnies qui font des systèmes de son haut de gamme avaient toutes switché pour Tidal plus que Spotify. Puis j'utilise un logiciel pour faire des mix qui est passé de Spotify à Tidal qui offrait plus de redevances aux auteurs-compositeurs. Ça doit leur donner une demi-cenne de plus, une niaiserie j'imagine.
Claude Rajotte : Probablement, mais ils donnent plus de crédits. Ouais, c'est ça, c'est un peu le contrecoup américain. Faut-il le boycotter ou quoi ? Ah là là, ça s'en vient à partir de demain je pense, fait que l'épisode sera pas en ligne tout de suite, je suis pas certain. Je pense je vais regarder Tidal.
Hugo Lachance : Ouais, non c'est ça. Mais en fait, le vinyle, ce qui est le fun aussi, c'est pour les pochettes par exemple.
Claude Rajotte : Ah ça, ça... non, j'avoue. Le trip que le monde connaît pas, c'est d'aller dans un magasin de disques. Moi je faisais des voyages, j'allais à Londres puis mon but c'était d'aller au HMV, au Tower Records puis faire tous les disques au complet. J'y allais, j'étais rendu à la lettre H. Quelle journée ! Je revenais, je continuais après ça à New York, j'allais au Tower dans le Village. Puis là c'étaient d'immenses magasins. Le premier Virgin qu'il y a eu à New York, j'ai demandé : « Vous fermez à quelle heure ? ». Ils ont dit : « On ne ferme jamais ». Il y avait... c'était avant Internet, là, il y avait comme une trentaine de postes d'écoute, puis non, mais c'était le fun ! En voyage, tu voulais acheter une importation, tu avais trouvé des importations de Björk à Boston que j'avais pas vues à Montréal. Maintenant avec Internet, ben tu trouves de tout instantanément. Mais c'est aussi... mais moi c'est un... si j'ai pendant longtemps eu des problèmes à recevoir... Ben quand c'est passé au service Internet, c'était difficile d'avoir des produits en promotion, des disques en promotion. Donc lorsque Internet est arrivé puis les Spotify et Tidal et compagnie, là moi j'avais la paix. J'ai plus besoin d'aucune compagnie de disques pour faire jouer ce que je voulais, puis merci beaucoup, hein ! Puis c'est comme ça que ça fonctionne encore.
Hugo Lachance : Ouais ok, ben c'est... j'avoue que quand tu dépends plus des compagnies de disques pour te fournir...
Claude Rajotte : Non, quand je suis revenu à MusiquePlus c'est ça, en 2011, fallait avoir une entente absolument avec YouTube — ceux qui nous ont tués — pour que je puisse faire une émission Rajotte, parce que sinon il n'y avait aucune vidéo. Les compagnies de disques ne faisaient plus parvenir de vidéos à MusiquePlus. Ça va mal.
Hugo Lachance : Dans ta biographie, il y a Monique Giroux qui signe ta préface.
Claude Rajotte : J'ai demandé à genoux au téléphone ! Monique, là, grande amie avec qui j'ai... j'aime beaucoup Monique, oui. On a des atomes crochus, c'est sûr et certain.
Hugo Lachance : Elle écrit : « Claude utilise son vocabulaire riche et coloré comme instrument pour partager ses coups de cœur, ses coups de gueule, ses coups de pied ou ses coups de feu. Et par-dessus le marché, il a une voix, ce qui n'est plus donné à tout le monde ». Ça c'est vraiment les deux aspects qui font ton unicité. On reconnaît aisément ta voix, mais aussi ton vocabulaire et ta façon de jouer avec la langue, qui se prête aussi bien à un français normatif qu'à l'expression populaire. Comment as-tu développé ces deux aspects-là ?
Claude Rajotte : Je peux pas te le dire. Ma voix, j'ai toujours eu cette voix-là puis je me suis toujours exprimé de cette façon-là. J'ai toujours fait des blagues enfant, raconter des blagues, jouer des tours au monde. Apparemment, je suis pire en personne ! Quand j'étais à MusiquePlus c'est ça, il y a une amie d'un copain avec qui je travaillais qui disait : « Mon Dieu, il est toujours de même ! ». Elle a dit : « Ben, pire que ça en personne ». Dans le temps, avant que la rectitude politique arrive, là, j'étais pas très, très politiquement correct.
Hugo Lachance : Ok, mais tu as quand même développé ton vocabulaire aussi pour un vocabulaire qui est particulier à toi.
Claude Rajotte : Je sais pas, peut-être c'est comme si tu demandais à Jimi Hendrix : « Comment tu joues ton manche de guitare ? », il aurait de la misère à le dire. Moi c'est comme ça, c'est ma façon de m'exprimer. J'ai une façon colorée de parler, c'est ça, j'exagère, j'aime ça être intéressant avec l'humour. Toujours. J'ai comme deux, trois cerveaux qui fonctionnent en même temps : il y a celui qui parle, celui qui pense à ce qu'il va dire, puis celui qui écoute ce qu'on dit.
Hugo Lachance : Ouais ok, ouais, c'est ça que je suis en train de développer avec mon podcast, c'est pas facile.
Claude Rajotte : Ça vient après quelques années.
Hugo Lachance : Tu parles souvent de ton plaisir à communiquer, ça je trouve ça important. Mais tu reviens souvent à ça, ton... c'est quoi pour toi un beau communicateur ?
Claude Rajotte : C'est quelqu'un qui parle au monde et non qui parle dans le micro. C'est... ouais, c'est ça, voilà. Qui parle dans la caméra, dans le fond. Je sais pas, les caméramans me disaient : « Tu regardes au centre de la lentille ». Moi j'ai jamais remarqué, je vise le milieu, c'est comme si j'étais chez la personne. Un peu comme Bruce Dickinson sur The Number of the Beast ? Il a des yeux bleus, ça fait ça en plus, je veux dire c'est fatal pour les cerveaux, le total, ah ouais ça il n'y a pas de doute !
Hugo Lachance : C'est vrai, parce que lui il disait que quand il fait des shows devant des centaines de milliers de personnes, il regarde toujours la rangée du fond, en arrière, justement pour créer le même effet, pour aller chercher le monde. Je pense que c'est ça quand même, un bon communicateur.
Claude Rajotte : Ben faut exagérer aussi un peu, on fait de la scène, on fait un show. Comme quand j'ai fait ma Chaîne musicale, j'ai dit : « Bon là, tu vas donner la claque, mon cher Claude, c'est mieux d'être intéressant ». Fait que j'ai été chercher mes... apparemment j'ai des côtés comédiens ou je sais pas quoi, essayer d'aller puiser dans ces ressources-là puis ça a été un gros, gros succès, là.
Hugo Lachance : Je t'amène à l'adolescence parce que moi, je suis enseignant au secondaire, puis toi tu as eu une adolescence assez particulière, tumultueuse, puis tu t'en es sorti je pense avec ta force de caractère. Quel conseil maintenant tu aurais à donner à des jeunes ?
Claude Rajotte : De se foutre de ce que les autres pensent de soi. Moi, c'est sûr que je faisais 215 livres, les cheveux orange, ce que tu veux, là. Je veux dire, les miroirs craquaient ! Mais à partir de quand j'avais peut-être 8-9 ans, j'avais un ami des fois je disais toujours : « Ah d'accord, oui je suis d'accord avec toi ». Puis j'ai dit : « Non, ça finit là, là. Je suis pas d'accord, je suis pas d'accord puis ça va être de même ». J'ai jamais changé ça.
Hugo Lachance : C'est super. J'ai trouvé cette affiche-là en fouillant un petit peu, je te montre ça.
Claude Rajotte : Ah oui ! Ça c'est la première annonce de CKOI, c'est l'ouverture de CKOI en décembre 76. On voit ici Claude Rajotte : « Je passe mes soirées entre 18 h et 22 h du lundi au vendredi ». C'était le nouveau FM contemporain que beaucoup attendaient. C'était CKVL, ils ont été dans une période de grève de plus d'un ans je pense. Toutes les deux semaines, je téléphonais au patron, monsieur Morry Tietolman, pour lui dire : « Ça serait-tu ? Ça serait-tu ? ». J'étais à CHOM où je faisais la circulation puis je faisais la radio AM. Et puis donc j'ai pu arriver à cette radio-là. C'était comme un rêve, c'était aussi trippant que d'ouvrir MusiquePlus. Je veux dire, ils avaient refait le studio en bardeaux, tout était super décoré. Cool FM en stéréo, et puis quand ils m'ont congédié après 11 mois à peu près, puis quand je suis revenu, ils m'ont donné de bonnes émissions, l'émission du midi. Dans ce temps-là, c'était 100 000 personnes qui écoutaient, la moyenne d'écoute, des chiffres qu'on ne retrouvera plus jamais, jamais. Ou quand j'étais à CHOM, le Metal Show, 70 000 personnes qui écoutent à 23 h un vendredi soir, c'est beaucoup.
Hugo Lachance : C'est quoi donc... à l'époque, c'était pas une radio commerciale disco comme on la connaît ?
Claude Rajotte : Aucun rapport ! C'était une radio totalement artistique québécoise, on mettait l'emphase, c'était 65 % de musique francophone. Pas vraiment de groupes heavy. C'est moi le premier qui a joué Police. Le single est arrivé en studio, ça s'appelait « Roxanne », j'ai dit : « Ça, ça va être un hit ». C'est devenu c'est ça. En 76, il y avait Robert Charlebois, Harmonium, Claude Dubois, Pagliaro, Beau Dommage, Offenbach, Corbeau. On passait je sais pas combien de copies, le temps... c'était quand même, on avait du vinyle. Dans ce temps-là, c'était vraiment comme une feuille de papier, ça s'égratignait automatiquement, puis c'est pas tous les DJ qui faisaient attention aux disques.
Hugo Lachance : Toi, est-ce que tu faisais attention ?
Claude Rajotte : J'ai toujours fait attention, jamais mis mes doigts sur le vinyle. Mais j'ai toujours cassé des disques depuis l'enfance. J'en cassais des 78 tours sur la tête de mon chien, mais ça pétait à rien, là, j'ai jamais fait mal à mon chien en les pétant, c'est juste casser des trucs. Bon, il s'en revient, c'est pas grave. Mon grand-père m'avait donné sa belle montre, une belle montre, c'était marqué Claude Rajotte... on va checker voir, c'est pas mal ça.
Hugo Lachance : Tu es arrivé à CHOM ?
Claude Rajotte : Oui, absolument. Ben en fait, ils m'ont mis dehors une deuxième fois à CKOI. Faut se faire mettre dehors souvent, oui, absolument ! C'est ma base, mon petit caractère, ça arrangeait pas les choses trop, trop. Alors... mais pour me mettre dehors, faut qu'ils me donnent 9 mois de salaire, youpi ! Fait que j'avais pendant... puis là, le boss de CHOM détestait le boss de CKOI et il m'adorait. Fait que même si je savais pas parler anglais, il m'a engagé pareil, Rob Braide. J'ai appris, j'avais mon dictionnaire puis j'écoutais, il n'y avait personne avec qui pratiquer l'anglais, tu sais. Alors c'est sûr que je baragouinais l'anglais au début, parce qu'on avait le droit de parler en français aussi, mais un moment donné, le propriétaire a changé et c'est devenu... mais j'ai eu le temps d'apprendre mon anglais durant ces trois ans-là, à peu près. J'avais aussi des petits cours de phonétique avec une personne à CHOM qui m'a bien aidé.
Hugo Lachance : C'est ça, tu dis qu'il fallait que tu apprennes l'anglais, fait que ton arrivée à CHOM à l'époque, c'était différent. Tu avais les relations entre les anglophones puis les francophones, puis dans ton livre tu dis que tu as été comme agréablement surpris.
Claude Rajotte : Ben c'est un univers que je ne connaissais pas du tout. Francophone à 150 %, tu sais, puis « les maudits Anglais » puis tout ce qu'on peut entendre, c'est ça, exactement. Alors que quand je suis arrivé là, j'ai... puis moi j'ai toujours passé pour une bébitte weird dans le milieu francophone, alors que les autres m'ont trouvé : wouah, c'est quelqu'un, il est différent lui, il est de bonne humeur, c'est intéressant, fait que, bienvenue ! Là j'étais tout content, j'ai découvert un côté de moi. Finalement, ça m'a beaucoup surpris quand... quand j'ai lu ça, que tu as appris l'anglais sur le tas, tu as foncé là-dedans. J'ai été maniaque de documentaires, et Sir David Attenborough prononce très bien dans tous les documentaires de la BBC. Il a 94 ans maintenant, je pense. J'en ai écouté un petit peu pour avoir la sonorité en tête. Mais les Anglais prononcent beaucoup mieux que les Américains.
Hugo Lachance : Une question de... j'ai des questions du public aussi. Il y a Jean-Luc Godard.
Claude Rajotte : Grand cinéaste ! Oui, non, peut-être pas lui, un autre ! Ça m'aurait fait plaisir, j'avoue.
Hugo Lachance : Question pour monsieur Rajotte : « Primo, félicitations pour votre beau programme. Secundo, dans toute cette belle aventure professionnelle musicale qu'est la sienne, laquelle a été la plus agréable/satisfaisante ? Animateur ? VJ ? DJ ? Cimetiériste ?... Signé : un vieux ti-cul qui écoutait CHOM ».
Claude Rajotte : C'est difficile à dire parce que j'ai eu du fun partout, partout, partout, partout. C'est sûr que l'expérience la plus excitante, ça a été l'arrivée de MusiquePlus, parce que c'était quelque chose de complètement nouveau : de la musique en stéréo avec des images. On est animateurs, on est en direct dans des vitrines, ce que la télévision ne faisait plus du tout, avec des angles de caméras weird. On était dehors, on était... tu sais, c'est comme : wouah. Mais l'idée de faire de la radio ou juste faire La chaîne musicale, ça aussi c'est aussi très le fun. Je communique, je communique, c'est ça, tout vient de vouloir communiquer. Quand j'écoutais mes trucs, je pouvais pas faire autrement que de les communiquer aux gens. C'est pour ça que j'ai ma chaîne YouTube puis là je mets mes techno bass ou je sais pas quoi, tu sais, puis le monde... il y a des dizaines de milliers de personnes qui vont faire un petit tour. Je me suis vu plus comme un guide musical qu'un critique avec les années aussi, parce que c'est vraiment ça, je suis un chercheur. J'ai écouté des affaires, des affaires, puis je suis devenu critique un peu parce que je recevais à l'époque tous les disques des compagnies de disques, alors ça... j'avais une montagne de disques à écouté à chaque semaine, mon... mon grand bonheur.
Hugo Lachance : Qu'est-ce que tu as fait avec ces disques-là parce que... on est chez vous ?
Claude Rajotte : Ah non, mais dans ma chambre tu vois pas, mais ici, j'ai déménagé ça fait 5 ans et demi puis il y en a les deux tiers, des disques, qui ont disparu. Parce que tu as plus besoin de ramassage. J'ai pas besoin de remix de Milli Vanilli puis... c'est ça, exactement. Mais ça m'a pris 4 mois quand même pour faire le tour de mes disques, savoir qu'est-ce que ça me tentait de garder, puis de... beaucoup de vinyles aussi qui ont disparu, parce que je recevais tous les 12 pouces en importation. J'achetais l'importation parce qu'elles sonnaient toujours mieux. Quand j'achetais les Pet Shop Boys en import britannique, le vinyle, c'est du gros vinyle, Depeche Mode, oui, c'est du vinyle épais. Ici, c'est minable. Si vous écoutez des disques que vous avez achetés au Canada à partir de la crise du pétrole des années 70 jusqu'à récemment, sûrement que c'est pas très, très bon, j'ai pas tellement remarqué, mais ça prend un vinyle épais. Le pressing des meilleurs de Deutsche Grammophon, tu peux être certain que c'est très, très bien, c'est ça, et la compagnie de disques jazz ECM aussi fait toujours très, très attention. Moi j'ai eu le coffret des Beatles aussi sur du 180 grammes, là ça vaut la peine, le son est meilleur. On a eu des vinyles minces où le sillon... l'aiguille n'a pas de place.
Hugo Lachance : Ah, mais d'ailleurs parlant de ça, parlant des Beatles, merci de nous avoir fait découvrir les Beatles en allemand. C'étaient vraiment les Beatles qui chantaient en allemand ?
Claude Rajotte : Oui, parce qu'ils ont été surtout au début... les gens en Angleterre quand ils les ont rencontrés, ils ont dit : « Vous êtes un groupe de Hambourg ? ». Parce que c'est là qu'ils se sont fait connaître. Donc ils chantaient... il y avait « I Want to Hold Your Hand » puis il y avait « She Loves You » aussi en allemand. C'était sur... à l'époque, je me souviens, fallait acheter l'album Rarities, c'était le seul sur lequel on pouvait retrouver ça, surprenant.
Hugo Lachance : Si vous voulez savoir de quoi on parle, écoutez La chaîne musicale sur l'application ICI Musique. Il y a des belles découvertes là-dedans, je trouve.
Claude Rajotte : Ah ben oui, ça j'aimais... mes sélections musicales, je fais toujours très attention. Il y a des surprises, c'est ça qui est bien.
Hugo Lachance : Tu parlais de critique, as-tu une méthode de critique ? Comment tu fais pour analyser un album ?
Claude Rajotte : Ben, pour dire ce que je faisais, parce que c'est au passé : j'ai toujours pris un artiste dans sa catégorie, je l'ai comparé avec ses contemporains et puis j'ai toujours écouté la réalisation de l'album. Je suis un des rares critiques qui parlaient de la réalisation de l'album, c'est très important. Je suis un des rares qui ne parlaient jamais de textes, parce que je m'en fous des textes, vraiment. Moi j'éduque la musique pour avoir du plaisir, pas pour me faire raconter les mauvaises nouvelles du monde, on en a des nouvelles, surtout ces temps-ci ! Fait que je regardais la réalisation : qui était à la console, le son. Je regardais ça quand j'étais adolescent, j'achetais mon album de Yes, je regardais qui avait réalisé. Elton John travaillait avec Paul Buckmaster puis je sais pas trop qui. J'aimais ces petits détails-là, donc c'est ça que je retransmettais à mes auditeurs.
Hugo Lachance : Ok, moi j'ai adoré te suivre, vraiment.
Claude Rajotte : Tu vas peut-être continuer à me suivre ? J'ai des projets, pour vrai.
Hugo Lachance : Qu'est-ce que tu as comme projets ?
Claude Rajotte : Ah, tu verras, c'est dans l'avenir ! Faire un podcast ? Non, on m'a offert 100 millions de fois de faire un podcast, ben c'est une de mes questions, pourquoi. Est-ce que tu t'intéresses à ça ? Parce que je veux faire de la vraie radio dans un vrai poste de radio comme j'ai fait à Radio-Canada, ICI Musique. Dans une bâtisse où tu rentres, c'est comme rentrer à Abbey Road ou au Carnegie Hall. Moi j'ai écouté Radio-Canada toute ma vie au grand complet, c'est comme si j'étais dans les vibes, là. Intéressant dans le présent, et puis je pourrais faire mon émission de chez nous, je suis tout équipé aussi, mais c'est bien plus fun d'être à Radio-Canada, de rencontrer du monde, puis aussi du monde qui m'aime quand je suis là, je me sens bien aimé, c'est le fun.
Hugo Lachance : Mais est-ce qu'il y a des podcasts que tu adores, autre que L'Album Podcast ?
Claude Rajotte : J'écoute de la musique, pas de podcast blablabla, là. J'écoute plutôt des conférences d'astrophysique par le professeur Brian Cox sur YouTube, ça, ça me passionne énormément : les trous noirs, tu sais, je veux dire. Neil deGrasse Tyson aussi j'aime. C'est Carl Sagan qui a inspiré Brian Cox puis Stephen Hawking. Moi ça, l'univers, ça m'intéresse, oui. À part la musique, moi je regarde des documentaires, j'ai des tonnes de documentaires de nature. Je veux dire, j'aime la science-fiction, mais pas toute. J'ai bien aimé The Substance qui est sorti récemment avec Demi Moore, c'est capoté, tabarnac ! On passe de Kubrick à David Lynch mélangés ! Mais j'aime les films de Stanley Kubrick. À l'époque, je réécoute des vieux trucs que j'ai pas connus, que mes parents m'ont pas fait entendre, je vais dans le passé autant que j'écoute les... hier j'écoutais du hardstyle, ça c'est aux Pays-Bas, c'est vraiment très fort, le hardstyle. Ici, tout le monde pense que je suis fou quand j'écoute ça, c'est sûr et certain. Mais ça, j'ai l'habitude de passer pour la bibitte étrange puis 5-6 ans après : « Regarde donc ça, il aime ça ! ».
Hugo Lachance : Ah ouais ! Est-ce que tu écoutes ta musique aussi forte qu'avant ?
Claude Rajotte : Ça fait 5 ans et demi que je suis ici, fait que j'imagine que non. J'ai écouté la musique forte lorsque je n'avais pas un bon système de son. Quand tu as un très bon système de son, voilà, tu as beaucoup de présence, tu n'as pas besoin d'écouter fort. J'écoute ma musique, moi, ici à 3 h du matin, 4 h, je me couche jamais avant 5 h 30. J'ai jamais eu une plainte de ma vie, tu sais, puis je veux dire, les planchers vibrent quasiment, là, mais j'exagère pas non plus. Je baigne dans la musique, là, c'est une jouissance, ça c'est comme manger de la crème fouettée ou je sais pas, oui.
Hugo Lachance : Ah c'est cool ça. Écoute, il y a tellement de choses dont on pourrait parler... Là, quand tu es arrivé à MusiquePlus, là, j'ai été chercher un peu d'infos : c'est quoi le vidéoclip de l'année en 87 ?
Claude Rajotte : Je me souviens plus, 87, non, aucune idée.
Hugo Lachance : On m'a dit que c'était « Closer Together » de The Box. C'est vraiment l'année, je suis allé voir parce que je voulais voir à quoi ressemblait un peu l'état de la musique à ton arrivée à MusiquePlus. Ça a été effervescent parce que MusiquePlus a ouvert une porte que les artistes n'avaient pas du tout. On recevait tous les nouveaux groupes québécois qui voulaient venir faire un tour, une prestation : les Vilain Pingouin, Les Colocs, Grimskunk... Je veux dire, ils ont tous passé à MusiquePlus, ont commencé leur carrière à MusiquePlus.
Hugo Lachance : Découvert aussi WD-40 ?
Claude Rajotte : Oui, absolument. Je me rappelle, Alex me racontait ça, qu'il y avait... la musique s'arrêtait puis il s'était blessé au doigt, puis qu'il avait changé la toune pour qu'il puisse... qu'il puisse jouer en paix, Gros Gars de mort ou quelque chose comme ça, live. Mais c'était... tu sais, il n'y avait nulle part où ils pouvaient faire ça, tu sais.
Hugo Lachance : Non, puis passer à la télévision c'est quand même quelque chose d'extraordinaire, là, quelque chose de gros, là.
Claude Rajotte : Moi pour ça, je suis connu comme Barabbas dans la passion ! J'ai été... écoute, 10 ans au monde au cimetière, décédé, puis 25 ans, puis des fois je faisais mes émissions, c'était 5 h, ça passait deux autres fois dans la journée, fait que j'étais au monde 15 h dans la journée !
Hugo Lachance : Ah ouais, c'est sûr, quand on syntonisait à la période de ton âge... Vous étiez connus, mais c'était excitant aussi à regarder, on ne savait pas ce qui allait se passer. Moi j'ai suivi Paul Sarrasin pendant... pendant longtemps, Solid Roc c'était mon émission, j'adorais ça, sympathique, on l'enregistrait en plus, on le réécoutait. Comment ça se fait que ça n'existe pas, une station où on pourrait revoir de vieilles affaires de même, là, tu sais ?
Claude Rajotte : Ben, pour toi, est-ce que tu penses ça serait possible ? Ben si, c'est parce que tout est pécuniaire, avoir de l'argent donc c'est difficile, je te dirais. Mais pour moi, me semble qu'il y a une place pour une station télévisuelle musicale avec tout ce qui existe comme musique, où on pourrait faire des découvertes, passer des shows souvenirs de MusiquePlus, de MusiMax, ramener des... je sais pas, ça... ça existe sur YouTube, mais YouTube c'est pas collectif, c'est individuel. C'est ça qui est difficile, de passer de l'individuel au collectif, des rendez-vous télévisuels puis tout ça c'est un petit peu plus difficile. Mais tu penses ça serait possible, pourquoi pas ? Cette fois, ça serait sur le web avec Netflix, ça serait génial.
Hugo Lachance : Très cool. D'ailleurs, dans ton autobiographie, il y a un beau moment qui est consacré à l'amitié entre VJ. Comment ça se passait, les relations entre les animateurs ?
Claude Rajotte : Très bien, très bien ! Moi j'ai jamais... partout où j'ai travaillé avec mes collègues, c'est toujours... on était comme des frères et sœurs, ou à peu près, là, tu sais. Mais peut-être plus à MusiquePlus parce qu'on vivait quelque chose intensément, seuls en gang, mais on est restés amis. Je vois Denis Talbot, Sonia Benezra, Paul Sarrasin... c'est comme si je l'avais vu hier, c'est vrai. Ou Marie Plourde, ou Geneviève Borne.
Hugo Lachance : Dans le fond, vous construisiez la station quasiment à mesure qu'elle diffusait, dans le fond, autant le staff technique... Moi je disais bonjour, c'est le gars qui pose les fils ou je sais pas qui, là. Moi je lui disais salut parce qu'il faisait partie de la gang.
Claude Rajotte : Exactement.
Hugo Lachance : Ok, fait qu'il y avait une bonne... Est-ce que tu fréquentais des VJ en dehors du travail ?
Claude Rajotte : Un sauvage ! Moi je suis un sauvage. Donc on a été souper peut-être une couple de fois ensemble, mais moi je reviens chez nous avec mon chat puis j'écoute de la musique, j'ai hâte d'écouter de la musique.
Hugo Lachance : Il y a des gens qui t'ont laissé des messages, j'aimerais ça te montrer ça, puis j'étais assez content de leur participation. Alors, on te perd là, tu es pas un expert du micro comme moi, toi.
Claude Rajotte : Pas encore ! Parlant d'habitudes, mais il y a des gens qui t'ont laissé un message.
Denis Talbot : What's up Claude ! C'est Denis ! Comment ça va mon ami ? Ça fait longtemps qu'on s'est pas vus, ça fait longtemps qu'on s'est pas parlé, mais je voulais prendre quelques secondes dans ce podcast-là pour te dire à quel point tu as été marquant dans ma vie personnelle puis dans ma carrière depuis la minute qu'on s'est rencontrés quand je suis arrivé à MusiquePlus en 1989. Tu as été une méga influence sur moi avec ta passion pour le travail, pour MusiquePlus, pour la musique en général. J'ai tellement apprécié nos discussions ensemble sur la vie, sur la musique, travailler ensemble entre autres sur M. Net puis les autres émissions. Juste de t'avoir et de te considérer comme un ami, là, ça a été bien important pour moi. Tu es une légende, mon chum, je souhaite que tu ailles bien et j'espère te voir très bientôt, absolument !
Claude Rajotte : C'est gentil, ça ! Mais des messages comme ça, j'en reçois beaucoup.
Hugo Lachance : C'est ça, fait que je prends toujours ça avec un grain de sel tout de même. Parce que aussi, Geneviève.
Geneviève Borne : Salut Claude ! C'est ton amie Geneviève, avec un beau plaster, parce que je me suis coupée en coupant le col de mon t-shirt de Voivod. Est-ce que tu fais ça, toi, couper le col de tes t-shirts ? Non ? En tout cas, grand Claude, je voulais te dire que je t'aime beaucoup et que je t'admire, et que tu es un modèle pour moi à bien des niveaux, parce que j'espère vraiment vieillir comme toi, c'est-à-dire rester curieuse, allumée, à l'affût de découvertes musicales jusqu'à tant, et écouter de la musique fort, fort, fort comme tu le fais tous les soirs, voilà, oui ! Je voulais te dire un petit bonjour et je t'aime.
Claude Rajotte : Merci Geneviève ! Ben elle est venue faire un tour un soir, j'ai fait écouter mes musiques, bien sûr, parce que quand je peux séquestrer quelqu'un à la maison, je lui fais écouter, c'est ça. Beaucoup de monde aimerait être séquestré ! Et puis c'est ça, ils me disent : « Mon Dieu, tu n'écoutes pas la musique du monde de ton âge ! ». Tous mes amis détestent ce que j'écoute comme musique.
Hugo Lachance : Et il y a aussi Denis, je t'ai raconté le contexte, ça ok. « Hugo, c'est Talbot, anecdote avec Claude Rajotte : demande-lui comment il traitait mon espace de travail quand il me remplaçait pour faire mes Rock Flash à MusiquePlus. »
Claude Rajotte : Ah, j'avais aucun respect, non, peut-être que je jetais tout, c'était mon... c'était mon style, mais je lui jouais des tours.
Hugo Lachance : Non, mais parce que écoute, j'ai contacté... c'est pas des gens que je contacte tous les jours, mais ils m'ont tout de suite répondu comme ça. Denis m'a envoyé un message — au début on s'était mal compris fait que c'est la raison de ce message —, il pensait qu'on allait toute la gang ensemble, ok. Il m'a fait un message, mais à la dernière minute, dans le métro on arrivait, j'ai reçu son message parce qu'il était avec son fils au plongeon, et Geneviève m'a répondu tout de suite. J'avais jamais parlé, à part... je l'ai contactée sur Instagram parce que je l'ai vue apparaître dans un documentaire sur Death, on la voit en entrevue avec Chuck, le chanteur. Puis Denis, je l'ai croisé à quelques reprises. Mais ce qui est impressionnant, c'est que tout le monde a embarqué comme ça, c'est pas n'importe qui, puis je pense que les gens t'aiment.
Claude Rajotte : Je suis content d'avoir Monique Giroux qui écrivait ma préface, ça... jamais... c'était un rêve pour moi d'avoir Monique Giroux, comprends, d'hallucinant.
Hugo Lachance : Donc on parlait tantôt aussi de MusiquePlus un peu, pour la fin de MusiquePlus c'est YouTube qui a eu raison.
Claude Rajotte : Absolument ! Moi ça a été lorsqu'on m'a retiré des ondes sur Espace Musique, je suis donc retourné à MusiquePlus et j'ai été surpris de voir qu'ils me réengageaient, parce que je savais très bien que c'était un bateau, un Titanic qui allait frapper l'iceberg, c'est sûr et certain. Mais ça a donné exactement au moment où ils fêtaient leur 25e anniversaire, donc tu ne pouvais pas avoir plus hâte que le retour de Claude Rajotte. À l'époque, il n'y avait presque plus de musique à MusiquePlus. Ben là, c'étaient des émissions traduites, des quiz à la con, c'est ça, exactement. Donc, puis il fallait aussi... la rectitude politique qui était arrivée, les propriétaires avaient changé et je devais soumettre mes Destroy que je n'avais jamais fait à l'avance. Donc fallait que la direction... on soumette à la compagnie de disques, qui répondait à la direction, qui me répondait... fait que écoute, ça tue la spontanéité totalement. Et puis le Destroy, qui pouvait demander peut-être 4-5 heures de tournage puis des fois une journée de montage, ça avait été réduit à une demi-heure puis une heure de montage, puis fini, on fait de la saucisse maintenant. Mais c'était... c'était fantastique quand même, le cimetière des CD, ça c'est parfait. Le retour a été... ben tant mieux, moi j'ai remercié de m'avoir donné 4 ans de paye encore, de pouvoir continuer à faire ce que j'aimais, parler de musique.
Hugo Lachance : J'aimais parler un petit peu de la scène locale parce que dans mon balado, je reçois souvent des jeunes ou des artistes qui ont encore une place, qui ont encore un impact. Est-ce que tu as toujours supporté cette scène-là, est-ce que tu la suis encore ?
Claude Rajotte : Supporter, le mot est fort un peu. Ce que j'aime surtout, c'est de la musique... je serais un journaliste de l'international, c'est ce qui vient d'ailleurs qui m'intéresse. J'ai toujours considéré ce qui se faisait, comme les Vilain Pingouin, Les Colocs ou... oui, oui, absolument, on a quand même des artistes de grande qualité. Daniel Bélanger, je veux dire, Beau Dommage, ça fait 50 ans que c'est sorti, ça aurait pu sortir la semaine dernière, là, je veux dire. On a quand même Charlebois, on a des exceptions, c'est sûr et certain.
Hugo Lachance : Parce que j'écoutais, il y a 25 ans, tu as reçu... tu as reçu Éric Goulet au cimetière des CD, c'est lui qui signe le thème d'ailleurs de mon podcast.
Claude Rajotte : Ouais, ok.
Hugo Lachance : Il parlait justement, à l'écoute, de son groupe Les Chiens, La nuit dérobée, qui est un album encore magnifique. Puis il a présenté... il y avait je pense il y avait entre autres WD-40 dans cette entrevue-là, là je prêche pour ma paroisse, le podcast... non mais à l'époque j'étais pas là fait que c'est ça. Qu'est-ce que tu en penses de WD-40, tu avais l'air d'avoir beaucoup apprécié le travail ?
Claude Rajotte : Complètement hallucinant d'Alex ! J'aime pas les paroles spécialement, mais quand il y a des exceptions, puis Alex en était une. J'aimais le côté trash, irrévérencieux, les pochettes, c'était drôle, c'était drôle voilà, c'était de la musique de party pour avoir du fun. Qu'est-ce qu'on peut avoir de WD-40 aussi, c'est comme Plume plus rock ou je sais pas trop quoi, un petit peu, WD-40.
Hugo Lachance : Oh, une anecdote, c'est vrai ! Le premier contact... on a déjà eu un contact informel. À l'époque, j'avais mon groupe, WD-40, on t'avait envoyé notre album Hier soir déjà mort ou un autre pour que tu le critiques, mais tu nous avais répondu : « Non, je ne critiquerai pas ça ». Mais merci, tu avais été très, très, très poli.
Claude Rajotte : Ok, non ça se peut, j'ai toujours été poli avec les artistes, oui, toujours. Jamais été bête avec... avec les artistes. Je pense que tu l'avais écouté comme en surface. Mais c'est peut-être mieux pour vous autres que j'en parle pas, c'est peut-être... salut à Fred Poulin qui m'a rappelé cette anecdote-là.
Hugo Lachance : C'est quoi l'avenir selon toi des médias musicaux, toi qui es passé à travers beaucoup d'époques ?
Claude Rajotte : L'avenir est dur à prédire parce que la musique a changé de format tellement de fois depuis 100 ans à peu près. Je veux dire, on est passés du rouleau de cire au vinyle, après ça la cassette, avant ça le numérique, ouais exact. Mais ce qu'elle va... moi j'aimais ça qu'il y ait... sûrement il va avoir un changement peut-être au niveau des FM, parce que là, leurs sondages sont en train de descendre partout. Ils se demandent pourquoi : c'est parce que la musique est plate, c'est pas compliqué ! C'est aussi simple que ça. Il n'y a personne qui est là, puis ils ont tous des équipes de 5-6 personnes, ça doit leur coûter des fortunes de faire des émissions. Moi, ma job, animateur de radio : moi j'arrive avec mes disques dans mon studio, je débarre la porte, c'est moi qui fais le show, tu sais, c'est ça un animateur de radio ! C'est pas quelqu'un qui travaille avec 8 personnes, comprends-là, tu sais, sauf qu'à Radio-Canada, là, tu es obligé d'avoir un opérateur, un technicien, c'est sûr et certain.
Hugo Lachance : Ben c'est ça, moi j'ai hâte de voir ce qui s'en vient avec ça, parce que les radios commerciales souvent misent sur la nostalgie puis n'ouvrent pas beaucoup la porte à la découverte. Les ordres viennent de Toronto.
Claude Rajotte : Non, ils vont... ils vont... il va se passer quelque chose à un moment donné, ça pourra pas... si ça reste de même, ils vont se caler. Il n'y a pas un jeune public, sûr et certain en tout cas, ben ils proposent rien de neuf. Pourtant, ils ont un auditoire, mais l'auditoire va s'effacer j'imagine avec le reste. Quand j'avais quitté Espace Musique, j'étais retourné à CHOM dans le but de refaire une émission comme je faisais à CHOM, mais on a dit : « Oh non, non, on va rester classique, classique ». Donc oui, des questions comme ça. Si tu avais à prendre la place de n'importe quel musicien dans n'importe quel groupe, ça serait qui ?
Claude Rajotte : N'importe quel musicien dans n'importe quel groupe ? Brian Eno. Brian Eno, qui était le premier à jouer du synthétiseur sur une scène dans Roxy Music, qui a été un des plus grands réalisateurs au monde, qui a fait U2 et cetera. Laurie Anderson, que je connais, je l'ai interviewée, elle m'a dit : « Tu me fais beaucoup penser à Brian ». J'ai écouté son album Music for Airports, c'est tellement varié ce qu'il a fait, ce qu'il présente. C'est le nom qui me vient en tête, là, mais je pourrais sûrement t'en... il y a tellement de... c'est des petites questions difficiles.
Hugo Lachance : Est-ce que tu te considères comme un artiste ?
Claude Rajotte : Non, les autres me considèrent, moi je me considère pas comme un artiste, non. Je suis un gars qui écoute de la musique, qui communique ce qu'il aime. C'est parce que souvent, les animateurs se disent artistes aussi, font partie d'une catégorie comme ça. Non, un artiste pour moi, ça compose, je sais pas, ça fait, tu sais... Être animateur, ça a jamais été... c'est pas un artiste.
Hugo Lachance : Ben, parce que je me posais la question si tu faisais ça de façon artistique, je te dirais autant que possible par exemple, ouais. Mais là en même temps, là, je te pose la question aussi parce que là, maintenant, tu as été DJ, est-ce que tu... ?
Claude Rajotte : J'étais, non, non, j'ai arrêté ça. C'est la maladie de Crohn qui a frappé en 2019, 2020. J'étais à CIBL, mais j'ai arrêté là parce que je pouvais plus fonctionner, simplement, tu sais. Alors c'est pour ça que j'ai arrêté puis que tu es sur le carreau. J'ai perdu 26 livres, tu sais, je veux dire, tu deviens quasiment agoraphobe, tu ne peux plus sortir. Fait que, quand... quand tu trouves l'injection qui fonctionne...
Hugo Lachance : Ça a fonctionné pour toi ?
Claude Rajotte : Oui, oui, ça, ça marche, Adalimumab, je suis content. Je suis content de savoir ça, ça me fait plaisir de savoir ça, non, parce que moi ça... ça m'a donné confiance. Peur de sortir dehors, je veux dire... c'est aller à la toilette tout le temps, 15-20 fois par jour. Fait que... mais je suis quant même content. Je me disais peut-être qu'après avoir fait chier tout le monde avec mes critiques, la nature se vengerait ! C'est ça, ouais, c'est bon ça.
Hugo Lachance : Puisqu'on est chez vous, j'aimerais savoir c'est quoi tes trésors musicaux ?
Claude Rajotte : Des trésors ? Non, pas un collectionneur, je suis pas un collectionneur, je suis un ramasseur de disques. Ils peuvent tous disparaître, je m'en fous royalement. Peut-être garder les Beatles, une couple de... peut-être un Pet Shop Boys encore là. C'est juste des objets pour moi. Je me demandais si tu n'avais pas... quand j'étais enfant, j'avais... je sniffais mes pochettes, et puis une pochette de disque c'est sûr que c'est plus inspirant parce que c'est plus gros, ce que tu veux, tu sais. Puis au moins on avait les pochettes des CD, puis maintenant ben il n'y a plus rien à peu près, ben faut faire avec. Mais moi j'aime faire des recherches, un bon recherchiste, donc je faisais toujours énormément de recherches pour donner le plus d'informations aux gens et décortiquer la musique. Juste pour revenir à ta question : un moment donné, mes critiques, je voulais expliquer... on m'a dit que j'expliquais bien comment ça sonnait et cetera. C'était ça mon but, de dire... parce qu'il y a juste un truc, c'est : on veut savoir si c'est bon ou ben si c'est pas bon.
Hugo Lachance : Comment tu... parce que là, maintenant avec l'Internet, c'est un petit peu plus facile, mais à l'époque, comment tu faisais tes recherches parce que tu écrivais beaucoup sur la musique ?
Claude Rajotte : Ça me coûtait une fortune en magazines ! J'étais abonné au Billboard, c'était 6-700 pièces par année. J'avais le New Musical Express, le Sounds et le Melody Maker que j'achetais en plus. Il y avait le magazine Q en Angleterre... écoute, j'avais... et je lisais tout ça ! Je lisais tout ça pour être au courant de ce qui s'en venait, puis j'allais au magasin d'importation Cheap Thrills, j'allais chez un distributeur à Montréal qui s'appelait Cargo qui distribuait plein de labels européens, donc moi, curieux, j'en voulais, j'en voulais, c'était constant. Dans le fond, parce qu'à MusiquePlus, j'ai écouté... j'ai visionné plusieurs clips sur YouTube puis c'est étonnant de savoir, de constater à quel point ça va vite. Tu avais ton animation, tu avais une pile de... à la plage avec... Ah oui, ben c'est ça. Quand l'équipe technique disait on en faisait beaucoup des émissions à MusiquePlus, mais la mienne était la plus compliquée à faire, avec le plus de cuts, puis ça s'arrêtait pas. Mais moi je voulais que ça soit bourré d'informations.
Hugo Lachance : Ça va bien, c'est impressionnant quand même.
Claude Rajotte : Parce que je réfléchis de cette façon-là aussi, là, tu sais, ah ouais, je suis encore bien impressionnant, là.
Hugo Lachance : On va passer aux questions des auditeurs. Tu as toujours un énorme respect pour... pour tes auditeurs, même que dans ta biographie tu dis : « J'ai toujours considéré l'auditeur plus intelligent que moi ».
Claude Rajotte : Il faut, oui, ouais, c'est... comment, explique-moi plus... plus intelligent ? Je veux dire, moi je m'adresse à quelqu'un, pourquoi que je le passerais... je me prendrais pour plus intelligent, ça serait condescendant, vraiment désagréable. Je veux dire, moi je veux avoir un chum, un ami à qui je parle, c'est pour ça que je m'adresse comme ça à quelqu'un.
Hugo Lachance : Ok. Marc Laforêt : avec le recul, est-ce qu'il y a une situation dans ta carrière où tu aurais dit ou fait des choses autrement ?
Claude Rajotte : Pas vraiment, non, j'ai tout aimé ! Moi, je recommencerais tout au grand complet. Je veux dire, tu ne peux pas avoir une plus belle aventure que moi, ou à peu près. Ça a été des bouts qui semblent difficiles... tout le monde en a, des bouts difficiles dans la vie quand même. Mais j'ai fait tout ce que je... ce que je voulais toute ma vie, là, je veux dire, c'est une chance énorme. Et dans une période de temps... on s'en va peut-être dans des décennies qui seront pas vraiment très agréables, mais les gens qui ont mon âge, on a vécu dans une période extraordinaire où j'avais pas de trouble à me trouver une job à la radio, tu sais.
Hugo Lachance : Ouais, parce que tu sembles pas être non plus quelqu'un qui vit dans les regrets ?
Claude Rajotte : Non, non, non, non, moi je suis quelqu'un de positif qui voit le verre... il m'en reste encore un huitième, encore un huitième, c'est fantastique, moi je... je suis optimiste.
Hugo Lachance : Fred Poulin : est-ce qu'il y a un album que tu as détruit et qu'ensuite tu as apprivoisé et apprécié ?
Claude Rajotte : Non, vraiment pas, non, non. S’il était vraiment plate, de quoi de bon... Je veux dire qu'ils peuvent aller sur le fumier avec plaisir, comprends-là. La compagnie de disques voulait pas que tu... parce que tu avais détruit un album de... c'étaient des faux, des compilations, on allait au vidéo de toute façon, le gars pensait que j'avais détruit des vrais. Monique Giroux, c'est la seule qui est venue à mon émission en fait. C'est ça qui s'est fait pour... pour, non pour... pour une critique, j'invitais les artistes : « Venez, je vais faire la critique de votre album avec vous à côté de moi ». Fait qu'il n'y en a pas bien gros qui sont venus.
Hugo Lachance : Ouais, j'aime beaucoup Monique, oui, oui, oui, oui, oui, très gentille. Louis-Martin Bar : la plupart des gens vieillissant finissent par être moins réceptifs aux nouveautés. Continues-tu d'être encore surpris ou impressionné par des artistes ?
Claude Rajotte : Tout le temps, tout le temps, tout le temps, tout le temps ! Moi c'est... c'est ça que j'aime, c'est que j'écoute. Dans mes musiques, je me suis fait une nouvelle compile de hardstyle, de... de drum & bass il y a quelques jours, j'écoute ça comme sans arrêt, oui !
Hugo Lachance : Super ! J'ai écouté ce que tu fais sur YouTube, parce qu'on a une chaîne YouTube.
Claude Rajotte : Oui, j'ai ma chaîne YouTube, j'ai des... j'ai une centaine de playlists. Non, SoundCloud j'ai rien, j'ai Mixcloud. Retrouvez Mixcloud, c'est toutes mes émissions que j'ai faites à CIBL.
Hugo Lachance : Si vous voulez un cours de drum and bass et de dubstep, j'en ai écouté quelques-unes, puis... mais ça, faut écouter sur un bon système de son dans une pièce. C'est ça, moi j'étais dans mon lit en train d'endormir mon garçon. Mais j'ai quand même parcouru ça puis c'est... c'est comme tu dis, c'est assez intense.
Claude Rajotte : , il va mal dormir, c'est du matraquage ! Oui c'est assez intense, puis ça, c'est quand même... c'est je trouve ça surprenant, je trouve ça intriguant, j'ai du plaisir quand même à écouter ça. Mais la musique du drum and bass, c'est que c'est une... c'est du jazz à la base, et c'est une musique qui invite plusieurs autres styles : il y a des influences de classique, de blues, de R&B, de... nommez-les, je veux dire, métal, j'en écoute, ils sont quasiment métal. Ils invitent des groupes de death métal à participer avec eux autres. Ça change de beat en plein milieu de la toune.
Hugo Lachance : Comment tu fais, parce que c'est un univers qu'on connaît pas beaucoup, mais comment tu fais pour faire ça, pour faire ton DJ set, un mix ? Parce que c'est quand même...
Claude Rajotte : Je suis pas un DJ, j'ai des mix qui sont faits de même, mais ils sont préparés à l'avance. C'est ça, je pense que les DJ, moi j'aimais pas vraiment leur approche : c'est vraiment de trafiquer le son un peu pour... pour faire le mix. Moi j'aime quand la fin d'une pièce se marie avec le début d'une autre à la perfection pendant, je sais pas, une minute ou 30 secondes. C'est comme un enchaînement naturel, c'est comme si elle faisait partie de... de l'autre pièce, c'est ce que je considère comme un bon mix pour moi, tu sais. Mais des fois, les DJ, je les rencontrais puis je leur demandais : « Qu'est-ce que tu fais jouer ce soir ? ». Il dit : « Moi je fais jouer du 128 ». J'ai dit : « Moi je fais jouer des tounes ». Pourquoi faudrait le même beat ? Puis là c'était de faire le plus de mix possibles dans le moins de temps possible, donc on n'entend jamais la toune. C'est vraiment... c'est ça fait que... on m'a dit un DJ artistique, j'ai même... c'est pas dans mes musiques habituelles, j'ai beaucoup de plaisir à écouter ça.
Hugo Lachance : Puis je... je te pose la question parce qu'on dirait que c'est vraiment comme une chanson qui progresse pendant tout.
Claude Rajotte : Ouais, ben l'émission de radio, il n'y a pas vraiment beaucoup de mix réussis, parce que le but c'était vraiment d'entendre, de présenter les tounes, donner des informations. S'il y avait un mix, un enchaînement, j'essayais toujours de faire de beaux enchaînements autant que possible, mais c'est pas une job de DJ, comme Chase & Status qui existe depuis 25 ans, qui sont sur leur... leur DJ, leur kit de DJ aussi habiles qu'Eric Clapton à la guitare. Je veux dire, c'est un art de travailler avec ça, puis leurs samples, je sais pas comment ça fonctionne exactement, je suis pas de ce niveau.
Hugo Lachance : Qui qui t'écoute sur tes... sur tes YouTube, est-ce que tu as des... est-ce que tu sais ?
Claude Rajotte : Non, non, mais ce que tu proposes sur YouTube, moi je fais des découvertes. Mais qui c'est qui est tes auditeurs ? Mes... mes fans, mes anciens fans qui... qui me suivent, c'est ça. Sur Mixcloud, quand j'ai décidé de faire mon émission à CIBL, plutôt que de la faire là après une émeute épouvantable, quasiment brûlé, donc je m'en vais faire ça de chez nous, et puis... c'est quoi la question, j'ai perdu le fil ? Savoir qui sont tes auditeurs, parce que c'est quelque chose de nouveau que tu as fait puis je me demandais si tu avais pas eu de nouveaux auditeurs. Donc j'ai décidé de mettre mes émissions sur Mixcloud, puis là j'ai affaire à une toute nouvelle communauté de... de personnes, puis mon émission se ramasse toujours numéro 1 au Canada, numéro 4-5 dans le monde ! J'ai des fans dans 42 pays, ça c'est du monde qui n'ont jamais entendu parler de moi de leur vie. Je me disais que non, je dois faire quelque chose de correct là, si je suis pas le seul fou, là.
Hugo Lachance : Bon, maintenant oui, quels sont tes plaisirs coupables, c'est la deuxième question de Louis-Martin Bar ? Est-ce que tu as des plaisirs coupables... je pense pas, tu les assumes j'imagine ?
Claude Rajotte : Mes plaisirs ? Non, non, non, j'ai pas... pas de plaisirs coupables. Plaisir coupable, j'ai toujours trouvé ça bizarre comme question, désolé Louis, un grand, grand talent.
Hugo Lachance : Aimes-tu Bon Jovi ?
Claude Rajotte : Aimes-tu Bon Jovi... j'aimais ça au début, c'est... mais je suis pas vraiment un fan, je l'appelais Jambon Vomi, grand... excuse-moi, je pense que tu vas être déçu, mais... mais... mais c'est un pro, c'est un pro, c'était Richie Sambora, un des gars les plus sympathiques au monde. J'ai rien à dire contre les autres, une question de goût, c'est tout.
Hugo Lachance : Ouais non, écoute, c'est... c'est un bâtisseur quand même, Bon Jovi c'est un entrepreneur fou, il a porté ça sur ses épaules longtemps.
Claude Rajotte : Ah ouais, ouais, ouais, j'ai tout récemment... j'ai écouté un documentaire sur... sur lui sur Prime, il y a un nouveau documentaire puis c'est comme très bien fait, il est malade, il est plus capable, il veut l'essayer une dernière fois, il a ce côté kitsch là, ah qu'est-ce que tu veux, un Américain ! J'ai plus... j'ai plus dévoré celui sur Elton John, oui, j'ai écouté aussi, j'ai découvert Elton John avec... ah ça c'est vraiment quelqu'un, découvrir surtout ses premiers... ses premiers albums, là, c'est les meilleurs jusqu'à Blue Moves. La pochette qui est brune où on le voit de profil, je pense c'est son 3e, ah non, après Empty Sky, ce serait le 2e, Elton John avec « Your Song », ouais, exactement. Mais avec la pièce « 60 Years On » aussi, l'album qui a été enregistré live, dans le fond, avec une orchestration, ça c'est magnifique.
Hugo Lachance : Il y en a... il y en a un live aussi, les premiers, mais avec « Your Song », moi je l'ai vraiment découvert avec Madman Across the Water, c'est vraiment ça, ça jouait à CHOM, ça, très, très... c'est bien bon ça, puis « Tiny Dancer » puis et cetera. Puis j'étais pas aux ballades, pas du tout, mais j'ai acheté « Rocket Man » puis tu sais, je veux dire que ça, c'est ses constructions musicales. Geneviève a dit qu'elle aimait bien ça, ce qu'il faisait comme musique, fait que ça, c'est pas si pire. Très amis tous les deux, c'est vrai, c'est vrai, oui, oui, parce que moi j'ai découvert Elton John dans les années 80, 90, c'était peut-être la moins bonne période pour le découvrir.
Claude Rajotte : Non, c'est vraiment les années 70, ses premiers albums demeurent encore excellents.
Hugo Lachance : Patrick Mainville, guitariste avec WD-40, salut Claude : crois-tu que ton style de critique serait encore possible aujourd'hui ? J'imagine qu'il y en a sur le web aussi. Un Claude Rajotte qui débuterait sa carrière de critique aujourd'hui, il ferait comment ?
Claude Rajotte : Il ferait comment ? De la même façon, je pense, avec la même intégrité. Ça serait... j'ai toujours... je parlerais de la même... la façon dont je parlais, je faisais mes critiques tantôt, ça serait pareil. Peut-être un Destroy encore une fois, si c'était sur le web il y a moins de restrictions. Mais avec la rectitude politique, c'est pas les albums à détruire qui manquent, mais c'est... j'ai 10 ans, 15 ans à prendre ça.
Hugo Lachance : Autre question : on se rappelle beaucoup de Claude Rajotte pour ses critiques incendiaires, mais dans le fond, c'est par amour pour la musique que tu fais ce métier et pour faire découvrir la musique aux gens. D'où vient ce désir ou passion de partager cet amour, et est-ce toujours aussi présent chez toi ?
Claude Rajotte : C'est viscéral, je crois qu'il n'y a rien à faire. « Tu as entendu ça ? Telle affaire ! ». J'envoie des trucs à des amis : « Écoute ça ! ». C'est comme, il y en a un, c'est quoi ? Il y a un... ben, Zeds Dead de Toronto, qui ont... ils ont pris une toune des Corrs, ils t'ont mélangé ça avec du Eurythmics, des Beatles, un méchant collage, mashup mon chum, il est en ville récemment.
Hugo Lachance : Ah ouais ok, je vais regarder ça, Zeds Dead comme dans Pulp Fiction.
Claude Rajotte : Une fois que j'ai regardé le film que j'ai... j'ai vu, ah c'est ça, ça vient de là !
Hugo Lachance : Donc, ben ça fait le tour pour les questions... les questions du public. Écoute, il y en a tellement dont on pourrait parler. Il y en avait un aussi qui me disait : « Est-ce que tu t'es remis de ton entrevue avec Milli Vanilli ? ».
Claude Rajotte : Très... jamais... jamais... très, très bien ! Je sais pas, les autres s'en sont pas remis par exemple, c'est plus le contraire, c'est le contraire qui est arrivé ! Mais... mais c'est... j'ai beaucoup aimé ça, revoir cette entrevue-là avec le recul, parce qu'au début c'est comme un scandale, mais je trouve que tu es resté de marbre, tu es resté professionnel, tu es resté absolument moi, je suis pas là pour... je suis devant le public, fait que c'est pas moi le fou, c'est l'autre à côté, je veux dire. Et puis pas parce que tu es une vedette tu peux me faire chier, parce que je suis un animateur, là, parce que toi tu as un ego, tu sais. Fait que quand je suis arrivé, j'ai vu le barrage de femmes-troncs, puis après ça leur attitude, puis ils voulaient pas revenir alors j'ai dit : « Non, qu'ils puissent se faire enculer ».
Hugo Lachance : Ouais, ouais, puis en plus il y en a un qui parle français, là, Fabrice, il voulait pas parler français parce que lui était... oui, mais c'était pas de sa faute, c'est l'autre qui était trop stone, qui était tellement stone qu'il faisait la vie d'enfer à Fabrice. Fabrice savait plus comment réagir avec... avec l'autre, qui... qui est décédé, qui... qui en était arrivé à croire qu'il chantait lui-même, tu sais, alors c'était fou.
Hugo Lachance : Rémy Roussel : quel CD as-tu le plus aimé détruire ?
Claude Rajotte : Backstreet Boys ! À la ferme, sur le fumier, là, ça c'était vraiment bien agréable, bon ! Oui, non, ça c'était bien agréable. La tronçonneuse c'est très jouissif aussi.
Hugo Lachance : Ouais, j'avoue que j'aime les choses qui font du bruit, c'est ça. Et pourtant, les Backstreet Boys ont connu un succès par MusiquePlus. Il y avait même un site anti-Claude Rajotte pour les fans.
Claude Rajotte : J'en faisais la promotion ! Je disais : « Allez sur tel site web ! ».
Hugo Lachance : Ah oui, c'est vrai, ça, l'autodérision aussi, ok.
Claude Rajotte : Ben oui, absolument, ça fait partie du métier j'imagine. C'est pas... c'est pas tout le monde qui a de l'autodérision, non, mais il faut, par exemple, c'est préférable dans... dans... dans notre métier d'enseignant, je pense que l'autodérision ça fait partie, l'humour fait partie aussi beaucoup de la clé dans l'enseignement.
Hugo Lachance : Ouais. Paul Caron : t'ennuies-tu du cimetière des CD et est-ce là que tu aimerais qu'on te mette, qu'on mette... qu'on mette tes cendres, au cimetière des CD ?
Claude Rajotte : Moi je pensais que j'allais être exposé au coin de Bleury, dans le studio de MusiquePlus, quand j'allais mourir ! Mais ça a changé, qu'est-ce que tu veux. Non, non, mes cendres s'en vont à Notre-Dame-du-Bon-Conseil avec... avec mes parents, puis je m'en... m'en porte bien. C'était un bon moment, mais ça a duré 10 ans quand même, le cimetière des CD, jusqu'à tant qu'on y retire l'émission, ça a marqué beaucoup les esprits, il y a des gens qui m'en parlent beaucoup. Mais c'est parce que des passionnés comme moi, finalement, il n'y en a pas beaucoup qui ont parlé de musique, tu sais, je veux dire, des critiques de disques, tu avais Alain Brunet qui était intéressant à La Presse, au Devoir aussi... j'oublie son nom, là, mais en fait il y en a quelques-uns de bons. Mais moi, je suis plus... plus weird que les autres, c'est ça. Ils m'ont remplacé par Brunet quand j'étais à Bon Dimanche, je faisais des critiques de disques avec Réjean Tremblay ? Oui, c'est vrai, quand même j'ai pas vu ça, il était tanné de se faire parler de Guy Cloutier aussi.
Hugo Lachance : Marc-André Sabourin : c'est-tu vraiment bon, INXS ?
Claude Rajotte : Oh ben là, ça fait longtemps, j'aimais ça à l'époque, ouais, j'aimais ça, ça fait trop longtemps, ça fait quoi, 30 ans de ça.
Hugo Lachance : Ouais, mais j'ai trouvé la question drôle parce que les gens se souviennent des... C'est pas mon préféré il me semble. Merci Marc ! Marie-Claude Michaud, ma... ma... ma... ma belle-sœur adorée : si tu devais partir rapidement de chez toi car l'Apocalypse est imminente, quels albums apporterais-tu avec toi pour écouter avant que ça finisse ?
Claude Rajotte : J'apporterais ma tablette, parce que j'ai tous mes albums là-dedans, au grand complet ! Ouais, bon, écoute, c'est bon. Non, ça serait peut-être Revolver des Beatles, c'est toujours celui-là que... si vous voulez un album, c'est Revolver. Pose la question, ça va toujours être Revolver.
Hugo Lachance : On va finir par une question de mode de Yann Tremblay : as-tu encore ton inventaire sur des fiches face aux chemises que tu as... je sais pas combien de fois qu'on m'a posé cette question-là.
Claude Rajotte : Je les ai détruites pour qu'on ne me pose plus la question ! Moi je faisais ça vraiment niaiseusement, puis là tout le monde me pose... un système de fiches avec des vêtements, tu sais, puis après ça a marqué les esprits aussi, c'est ça. Mais moi je voulais être habillé pareil, puis j'ai jamais eu de commanditaire, moi, j'achetais mes propres vêtements, ça me tentait pas d'avoir... d'être habillé comme je sais pas trop qui à Jonquière. Fait que... je viens de Jonquière, Ville de Saguenay, comme j'étais habillé dans mon enfance, mais j'aimais ça dès mon enfance, j'aimais ça, les vêtements aussi, donc. Et la question était déjà — excuse-moi —, savoir si tu avais encore un système de fiches pour...
Claude Rajotte : Système de... donc c'est ça, je mettais le nom de mon vêtement, puis si j'avais interviewé quelqu'un, je mettais le nom dessus pour pas remettre la même chemise pour interviewer, je sais pas, Marie Carmen. Quel jour j'avais porté les pantalons, si j'avais porté tel badge, un macaron, ouais, tout était marqué au complet avec la couleur de montre, écoute, en terminant... en méthodologie, j'étais très fort.
Hugo Lachance : Oui, je lisais le... le... le livre sur Jean Leloup, j'oublie le... le titre, je pense c'est Noir dessein... non, les instants de lucidité... Mes instants. Je vais mettre... on va faire apparaître, là, oui c'est ça, puis tu es un qui... qui a interviewé Jean Leloup souvent.
Claude Rajotte : Ouais, puis la plupart du temps, ça s'est très bien passé, absolument. Moi j'adorais ça, moi j'aime les fous comme Jean Leloup qui nous invitent dans leur univers, faut pas que tu leur poses des questions, tu fais juste un tour dans le manège, exactement. Ah, ben comme avec Nick Cave, comme avec Leonard Cohen, c'était la même chose, c'est ça, puis... mais ça doit toujours être très ouvert dans une entrevue, faut... faut s'adapté à la personne qui est là, et penser aux fans de la personne aussi, puis oublier mon ego chez nous, ça. Quand j'ai interviewé Richard Marx, j'avais jamais écouté ça de ma vie, là, tu sais, je veux dire, et puis... mais je l'ai fait en pensant à ses fans, puis il était bien content. Il dit : « Tu tapes du pied durant ma toune ». J'ai dit : « Ouais, mais je tape du pied tout le temps ». J'ai pas dit... puis...
Hugo Lachance : Ta meilleure entrevue, tu dis souvent avec Robert Plant ?
Claude Rajotte : Ben c'est ça, ouais, non mais quand tu rencontres ton idole de jeunesse... J'avais rencontré Paul McCartney, ça aurait peut-être été Paul. Je veux dire, rencontrer Paul McCartney quand même, c'est du monde qui sont tellement simples, les plus grands, là, c'est les plus simples, c'est pas compliqué, c'est les gens les plus simples. Robert Plant : simple, simple, simple, tu sais. J'ai dit : « Tu pourrais déménager à Notre-Dame-du-Bon-Conseil avec ton nom, personne va remarquer, achète un tracteur dans le rang 12, là ». Puis il est parti à rire, Robert, il était pas question de parler de Led Zeppelin, l'entourage m'avait bien prévenu, on en a parlé, pas de problème.
Hugo Lachance : Est-ce que tu as rencontré des gars de Black Sabbath ?
Claude Rajotte : Oui, absolument, Tony Iommi, et je me souviens plus qui, peut-être... je me souviens plus de... ouais, sympathique Tony. Il y en a qui me disent qu'il n'était pas sympathique, moi en tout cas j'ai passé un bon moment avec lui, comme avec Slash, le plus sympa au monde, je veux dire, ouais c'est ça. J'adorais rencontrer... l'entrevue avec Jean Leloup, celle que j'ai vue c'est un soundcheck puis tu lui parles à peu près pas, tu peux juste lui poser une question sur ce qu'il fait puis c'est lui qui... qui parle comme ça, puis raconte ses choses, parce qu'il y en a qui disent : « Bon, je vais faire une entrevue weird parce qu'il est weird » ou lui poser des questions weird, non, faut soit que ce soit un peu... faut que tu laisses le temps à un artiste comme ça, c'est l'improvisation.
Hugo Lachance : Oui. Claude Rajotte, merci beaucoup, écoute, j'aurais passé des heures, ça... ben merci, merci pour ta participation, c'est un vrai plaisir de jaser de... de je vais peut-être continuer à jaser. Puis qu'est-ce qui s'en vient, il y a un projet tantôt que... il y a un projet, il se passe des choses quand même, la radio ?
Claude Rajotte : Ben non, mais je suis très content pour toi que... que... que... que ça revienne, franchement, là, c'est... je suis content que ma santé soit revenue en forme. Je suis content que mon livre aussi... c'est une belle pochette, une belle suggestion, tu sais, puis moi j'ai eu du plaisir à l'écrire, c'est très musical, les notes sortent quasiment. J'ai dû me restreindre énormément.
Hugo Lachance : On va se restreindre là, fait que merci beaucoup les amis, merci à toi. Procurez-vous le livre Les oreilles de Claude Rajotte, et puis ça sonne beaucoup mieux que ses yeux ! La série d'épisodes de La chaîne musicale sur Radio-Canada, c'est l'application ICI Musique, puis sur Mixcloud, puis aussi sur ma chaîne YouTube, puis j'ai aussi un site Tidal, on va tout mettre ça dans les commentaires. Alors ben merci à tous, j'en profite une dernière fois pour vous dire d'aller vous abonner, demandez d'aller vous abonner sur les réseaux sociaux, c'est le nerf de la guerre, on n'a pas le choix, c'est chiant, c'est comme ça. Alors ben on se revoit pour un autre épisode de L'Album Podcast !