FRED JACQUES ET SEB FROMENT : Repose-pied
FRED JACQUES ET SEB FROMENT : Repose-pied
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Fred Jacques et Seb Froment site web : https://fredjacquessebfroment.bandcamp.com/album/repose-pied
Le 20 mars 2025, la scène musicale montréalaise a vu naître un projet totalement inclassable : Repose-Pied. Fruit d’une rencontre improbable entre Fred Jacques, figure légendaire du punk-rock québécois (connu pour ses projets avec The Sainte Catherines, Yesterday’s Ring et Les Mains Sales), et Seb Froment, concepteur sonore chevronné dans l'univers du cinéma (X-Men, 19-2), cet album éponyme bouscule les codes de l’expérimentation acoustique au Québec.
Dans ce nouvel épisode de L'Album Podcast, les deux créateurs s'installent à notre micro pour décortiquer ce qu'ils appellent affectueusement leur « plywood beau d'un bord ». L'occasion idéale de comprendre comment l'auteur de plus de 150 pièces punk et folk s'est abandonné à un virage expérimental fascinant, illustré notamment par une plongée nostalgique dans la chanson Linge sale.
Qualifié d'album « ovni », ce disque se distingue par une approche presque scientifique de la composition. Loin des décibels saturés et de l'énergie brute auxquels Fred Jacques nous avait habitués, ce projet s'est construit autour de balises créatives rigoureuses :
11 chansons, 11 accordages différents : Un casse-tête technique d'une grande rareté qui confère à chaque piste une signature harmonique et une couleur uniques.
Un rejet catégorique du médiator : À l’exception d’un riff bien précis joué à l’aide d’un peigne, l’album s’interdit l’usage du pic. Tout le projet privilégie la texture organique et texturée du jeu exclusivement aux doigts (finger picking).
Un habillage cinématographique immersif : Seb Froment déploie son expertise en design sonore en intégrant des bruits de gouttes d’eau, des chants de baleines, des claquements de portières et du beatbox, métamorphosant les pistes acoustiques en véritables tableaux en relief.
« On voulait faire du Sonic Youth acoustique, mais ça a donné quelque chose de totalement différent et de beaucoup plus personnel. » — Fred Jacques
Conçu entre Montréal et St-Alphonse-Rodriguez, l'album explore la dualité entre l'incendie et l'inondation, ou encore la nostalgie du « linge sale lavé en famille ». Visuellement porté par l'approche de Gabrielle Calille, le projet s'est aussi enrichi des interventions de collaborateurs comme Hugo Tremblay et Guillaume Beauregard.
Bien que l'album mette de l'avant un artisanat musical brut, il intègre une réflexion audacieuse sur l'évolution technologique. Sur la pièce L’erreur humaine, le duo intègre une voix générée par l'intelligence artificielle à partir de, créant un contraste saisissant avec les vibrations des instruments acoustiques.
C'est un choix purement paradoxal. Le duo a choisi d'utiliser l'IA pour porter un texte qui critique justement la volonté moderne d'éliminer l'erreur humaine au profit de la perfection des machines. Seb Froment a modifié et retouché le rythme de cette voix synthétique pour la faire groover, trouvant que forcer cet outil à chanter contre sa propre nature créait une tension artistique irrésistible.
Lors d'une séance d'écoute de l'album dans un chalet, la mère de Fred Jacques a été si profondément touchée par cette composition qu'elle a mentionné vouloir qu'elle soit jouée à ses propres funérailles. Ce morceau vient clore le disque de façon somptueuse grâce à l'apport d'un violoncelle, une dépense symbolique de 200 $ que les deux musiciens tenaient absolument à s'offrir pour finaliser l'œuvre.
Guillaume Beauregard, le leader de Vulgaire Machin, a joué un rôle de mentor aux balbutiements de la création. Même si le duo a essuyé un refus pour la subvention du CALQ qu'il convoitait, les commentaires enthousiastes de Guillaume sur les premières démos ont donné aux musiciens la confiance nécessaire pour persister. Il les a poussés à aller au bout de leur introspection et à clarifier leurs ambitions artistiques.
Le duo recherchait la clarté et la richesse harmonique des cordes en métal des guitares acoustiques, même si ce choix rendait les sessions de studio extrêmement complexes. Contrairement aux cordes en nylon d'une guitare classique, l'acoustique capte le moindre glissement de doigt et les bruits de frettes (fret squeaks). Le travail de mixage a exigé des heures de chirurgie sonore pour adoucir ces bruits sans effacer le côté humain et vivant de la performance.
Sébastien Froment a été clair dès le départ : la scène n'est pas un environnement qu'il affectionne. De plus, la structure même de l'album rendrait l'exercice logistiquement cauchemardesque en formule direct. Jongler avec 11 accordages différents exigerait un nombre impressionnant d'instruments sur scène et une gestion ultra-complexe de toutes les ambiances sonores cinématographiques intégrées au disque.
Sources et références :
Notes de production et entretiens exclusifs de l'épisode du 20 mars 2025 de L'Album Podcast.
Archives et historiques de création de la scène alternative montréalaise.
Transcription intégrale de l’épisode Sébastien Froment & Fred Jacques : Repose-pied