GUHN TWEI : Capitale de l'Arsenic
GUHN TWEI : Capitale de l'Arsenic
Téléchargez l'épisode audio GUHN TWEI : Capitale de l'Arsenic
Où écouter L'Album Podcast? Sur Apple Podcast, Spotify, balado québec et Youtube
GUHN TWEI site web : https://guhntwei.bandcamp.com/
GUHN TWEI Instagram : https://www.instagram.com/guhntwei/
L'album Capitale de l’arsenic dépasse largement les frontières du métal-hardcore traditionnel : c'est un témoignage viscéral né de la suie et du silence. Lors d'un entretien marquant mené à la Salle des Tortues à Montréal, l'équipe de L’Album Podcast a reçu Simon Turcotte, David Alisich-Bérubé, Jeanne Perrin et Etienne Pelchat, les visages derrière la déflagration Guhn Twei. Pour Simon Turcotte, ce projet s'impose comme le plus intime de ses vingt ans de carrière, rompant avec l'introspection classique de la dépression pour s'ancrer dans une lutte citoyenne bien réelle.
// L'impact direct de la sobriété sur le processus de création
// Les coulisses de la formation du groupe
// Censure et résistance dans le milieu culturel
// État des lieux de la relève musicale en Abitibi
// Un moment bouleversant : le dernier message de Martin Lacroix
L'élément le plus saisissant de cet échange réside dans le lien indissociable entre le parcours de santé de Simon et son environnement. Après avoir combattu courageusement des récidives de tumeurs pendant plusieurs années — un combat qui a mené à l'amputation de sa jambe en 2020 —, le musicien a transformé cette épreuve en carburant créatif.
Ce vécu personnel est devenu le moteur d'une dénonciation frontale de la pollution industrielle à Rouyn-Noranda. Loin d'être une posture ou une tendance médiatique, aborder les ravages de l'arsenic est ici une question de survie et de dignité humaine.
« Parler de l'arsenic, ce n'est pas une mode, c'est une question de survie. »
Le quatuor définit son style par un alliage brutal de métal, de grindcore et de punk, mais c’est d’abord la colère des profondeurs qui dicte l'intention. Le projet s'attaque directement à la culture du silence imposée par la mainmise financière de la Fonderie Horn sur la région, une pression qui engendre une forme d'autocensure chez les citoyens et les organismes locaux.
Simon revient notamment sur l'épisode de l'Alienfest, où l'engagement politique du groupe a mené à leur retrait de l'affiche, provoquant des vagues qui iront jusqu'à l'annulation de l'événement et inspireront la création d'un vidéoclip percutant.
La dynamique créative de Guhn Twei repose sur un équilibre précis. Simon Turcotte (basse, voix et textes) insuffle la charge brute, émotive et politique aux morceaux. De son côté, David Bérubé-Alisich (batterie, guitares et arrangements) traduit cette tension en une architecture sonore complexe, lourde et sans compromis. Après une année intense passée sur les routes, le groupe aspire déjà à l'isolement de l'hiver norandien pour composer un successeur qu'il promet encore plus dense et réfléchi.
Cette démarche artistique trouve son prolongement naturel dans le livre Zones sacrifiées, publié aux Éditions du Quartz. Loin d'être un simple outil promotionnel, ce recueil collectif est né dans la foulée de la marche citoyenne du 13 octobre 2024. Il agit comme un prolongement littéraire de la musique de Guhn Twei, mettant des mots sans fard sur l'indignation d'une communauté qui refuse d'être sacrifiée sur l'autel du profit industriel.
Le texte de ce morceau est tiré textuellement d'un panneau d'interprétation installé le long d'une piste cyclable qui borde le Lac Osisko, à Rouyn-Noranda. Ces lignes ont été écrites à l'origine par des enfants du primaire dans le cadre d'un projet scolaire, traduisant avec une candeur désarmante leur peur du plan d'eau en raison de sa contamination extrême aux métaux lourds.
Ce surnom, inventé par le personnel hospitalier, désignait un homme paralysé qui a partagé la chambre de Simon Turcotte pendant une hospitalisation de six semaines. Simon a été profondément marqué par la cohabitation avec cet homme qui ne pouvait exprimer que deux jurons, traçant un contraste saisissant avec son propre chemin vers la guérison.
Simon a choisi d'intégrer les derniers éclats de voix de son grand ami et tatoueur Martin Lacroix (figure mythique et ancien chanteur du groupe Cryptopsy), emporté en janvier 2024. On peut y entendre Martin rire amicalement du nom de la formation. La section de guitare qui s'élève après une minute complète de silence a également été composée en sa mémoire.
Conçue au pastel par l'artiste Mathieu Marcotte, la pochette propose un commentaire ironique sur le titre de « Capitale nationale du cuivre » collé à la ville de Rouyn-Noranda. Le dessin réinvente la célèbre anode de cuivre locale plongée dans un environnement post-apocalyptique, projetant la municipalité deux siècles dans le futur. L'œuvre physique originale recèle des détails dorés et scintillants qu'une simple impression ne peut révéler complètement.
Le stump fiddle est un instrument d'origine folklorique irlandaise consistant en un bâton de bois agrémenté de grelots, de moules à tarte en tôle, d'un ressort et d'une petite cloche. David Alisich-Bérubé a choisi de l'employer sur les titres Glencorruption et Immobiliste en le martelant fermement contre le sol du studio, introduisant une texture percussive brute et totalement inédite dans le paysage métal québécois.
Les premières lignes de la chanson, qui contrastent fortement avec le style musical du groupe par leur douceur presque poétique (évoquant des cocktails tombant comme de la pluie sur les succursales), ont été imaginées par Marc-André Larose. Simon Turcotte a par la suite repris et complété ces écrits pour les fusionner avec la dynamique ultra-agressive de la composition.
Sources et références culturelles :
Dossier de création de l'album Capitale de l'arsenic, Guhn Twei, 2025.
Extraits de l'ouvrage collectif Zones sacrifiées, Éditions du Quartz.
Propos recueillis le 1er mars 2025 lors de l'enregistrement de L'Album Podcast à la Salle des Tortues.
Transcription intégrale de l’épisode Guhn Twei : Capital de l'arsenic