Transcription de l'épisode Lou-Adriane Cassidy & Alexandre Martel : Journal d’un loup-garou

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Avertissement : Cette transcription est le fruit d'une collaboration avec une intelligence artificielle qui fait de son mieux, mais qui ne saisit pas toujours toutes les "subtilités" de nos discussions.  Le fichier audio/vidéo original demeure la seule référence officielle. Si un passage vous semble bizarre, faites confiance à vos oreilles et allez écouter l'épisode !


Hugo Lachance : Chapitre 1 : Introduction. Nous sommes le 1er mai 2025 à Québec au Disquaire le Knock-out et aujourd'hui je reçois un couple qui fait un malheur en ce moment au Québec : Lou-Adriane Cassidy et Alexandre Martel à l'Album Podcast. Avant de vous présenter mes invités convenablement, je tiens à remercier Roxan qui nous reçoit aujourd'hui en ce beau jeudi matin à Québec au Disquaire le Knockout. Si vous avez besoin d'un disquaire, mais non seulement un disquaire, mais des gens qui sont compétents, des gens qui sont là pour vous aider et pour vous conseiller, c'est un endroit qui est vraiment cool parce qu'ils reçoivent aussi des événements culturels,.

Hugo Lachance : Pitchez-vous rue Saint-Joseph à Québec. Aussi, je tiens à remercier tous les nouveaux abonnés. Ceux qui ne l'ont pas encore fait, je vous invite à vous abonner justement sur ma chaîne YouTube, sur Blue Sky, Instagram, sur Apple Podcast. Allez mettre des étoiles, laissez des commentaires ; c'est un podcast qui va bien, qui grandit bien. Je tiens à remercier tout le monde parce que sans vous tout ça ce serait impossible et beaucoup plus plate. Alors, je suis avec Alexandre Martel,.

Alexandre Martel : Chapitre 2 : SEGMENT : Présentation de l'artiste. Allô !

Hugo Lachance : Et Lou-Adriane Cassidy.

Lou-Adriane Cassidy : Allô ! Bienvenue au podcast. Merci de nous accueillir.

Hugo Lachance : C'est vraiment cool. Je suis vraiment content que vous soyez là parce que votre horaire commence à être chargé pas mal.

Alexandre Martel : Ça commence mais c'est correct. On a tout le temps le temps de parler de nous.

Hugo Lachance : Je vous ai présentés comme un couple parce que l'album dont on va parler évidemment c'est Journal d'un loup-garou et c'est un album de couple. C'est bien ça ?

Lou-Adriane Cassidy : C'est un album qui a été fait comme mon deuxième, Lou-Adriane Cassidy vous dit bonsoir. Je pense qu'on a trouvé une équipe où on se complète, où on se challenge. Moi je sens que je suis sur une voie où je peux continuer de m'améliorer puis aller plus loin. Je pense que les deux on se fait ça l'un avec l'autre. C'est un album de couple. Je pense que c'est peut-être plus un album de couple que Bonsoir un peu. Bonsoir, c'est celui qui a entamé la collaboration mais je pense que tu travaillais quand même encore de ton bord tout seul plus. Moi, j'intervenais à certains moments tandis que là, j'ai été présent dans l'écriture plus tôt dans chaque chanson. Peut-être c'est ça, la collaboration évolue,,.

Hugo Lachance : Il faut comprendre que sous ton nom, Lou-Adriane Cassidy, tu joues de la basse en show, c'est ça ?

Alexandre Martel : Ouais. OK, c'est ça.

Hugo Lachance : Tu es à la réalisation de l'album et de plus en plus en écriture ?

Alexandre Martel : Réalisation puis coécriture des textes dans le fond. La musique c'est mon département, la composition, mais après il intervient beaucoup dans les formes. Souvent quand j'ai une idée, j'arrive et il m'aide à mettre ça en place. Les textes, on les écrit au complet ensemble,.

Lou-Adriane Cassidy : Souvent, mon apport à la musique c'est de dire que le refrain n'est pas assez bon encore, mais ça prend ça.

Hugo Lachance : Parce que c'est un podcast qui est axé sur la création, quand j'ai constaté que vous travailliez ensemble, c'est pour ça que j'ai insisté pour que tu sois là. C'est important parce qu'on va plonger quand même assez profondément dans l'album. Je suis vraiment content que tu sois là. On va commencer un peu comme avec chaque invité pour histoire de mettre tout le monde sur un même dénominateur commun. Je pose les mêmes questions. Alors Lou-Adriane Cassidy, c'est une fille de où,, ?

Lou-Adriane Cassidy : C'est une fille de Québec qui est née à trois minutes à pied d'ici dans Saint-Roch.

Hugo Lachance : Simplement, c'est bon. Ton album d'enfance le plus loin que tu te souviennes ?

Lou-Adriane Cassidy : Laundry Service de Shakira ou genre W des Charbonniers de l'enfer.

Hugo Lachance : Ton album d'adolescence, celui qui a forgé ton adolescence ?

Lou-Adriane Cassidy : Je dirais des albums québécois, le deuxième de Klô Pelgag disons. C'est beaucoup ça que j'écoutais dans le temps. J'ai oublié le nom de l'album, pas L'Alchimie des monstres, non, le deuxième,.

Hugo Lachance : L'Étoile thoracique.

Lou-Adriane Cassidy : Oui, L'Étoile thoracique. C'est ça. Exact.

Hugo Lachance : On la salue, Klô. On aime ça avoir du monde comme elle à l'Album Podcast. Ensuite, qu'est-ce qui jouait dans le char de tes parents ou à la maison, ?

Lou-Adriane Cassidy : Plein d'affaires. Du côté de mon père, on écoutait full Dan Bigras, Réal Bigras et Gabriel Bigras. Ça a été très formateur et très important pour moi encore à ce jour. Ma mère, c'était beaucoup plus la chanson française ou des fois des trucs genre du tango. Mettons Piaf et Barbara mélangés.

Hugo Lachance : Il y a un truc par rapport à l'album pour les gens qui le connaîtraient : il y a une référence à la musique que tu écoutais avec ton père dans le char. Dans « 16 ans bientôt 30 », ça dit quand il y a Emmylou Harris dans la voiture, c'est une référence à Emmylou Harris, la chanson « We Believe » de l'album réalisé par elle,.

Lou-Adriane Cassidy : S'en va justement. Il y a une question relative à ça.

Hugo Lachance : À quel moment as-tu réalisé que la musique allait être fondamentale pour toi ?

Lou-Adriane Cassidy : Tout le temps. Je suis née dans une famille de musiciens fait que je pense que c'est un peu là toute ma vie. J'accompagnais ma mère en tournée quand j'étais enfant. On dirait que j'allais voir des spectacles. Je n'ai pas de moment précis. Honnêtement, ça a vraiment tout le temps été là,.

Hugo Lachance : Ta mère d'ailleurs qui a déjà participé avec Émilie Clepper ?

Lou-Adriane Cassidy : Ah, c'est vrai ? Ouais.

Hugo Lachance : Que j'ai reçue ici même il y a environ un an dans mes recherches.

Lou-Adriane Cassidy : Incroyable ! Allô maman, !

Hugo Lachance : Quel est ton premier instrument ?

Lou-Adriane Cassidy : Mon premier instrument c'est le violon. Mais tu ne saurais pas si tu m'entendais jouer. J'ai demandé à jouer, ma mère raconte tout le temps cette histoire où j'ai demandé à trois ans à jouer du violon. Elle a trouvé que c'était pour l'année prochaine et j'ai commencé les cours à quatre ans, de quatre à douze ans. Mais j'avais aucune discipline, je n'étais pas très bonne. J'irais vers le piano.

Hugo Lachance : Piano, OK. Mais après j'ai appris la guitare et la trompette aussi.

Lou-Adriane Cassidy : Trompette ! Ah ouais, j'ai joué ça.

Hugo Lachance : Alexandre Martel, alors, c'est un petit gars de où ?

Alexandre Martel : Moi je suis natif de Limoilou, qui est le quartier juste au nord au bord de la rivière par rapport à Saint-Roch où l'on se trouve en ce moment.

Hugo Lachance : Ton album d'enfance ?

Alexandre Martel : Mon album d'enfance, je n'ai pas le choix de dire Chocolate Starfish and the Hot Dog Flavored Water de Limp Bizkit puis Make Yourself d'Incubus. Ce sont mes deux gros albums quand je suis jeune..

Hugo Lachance : Parfait, bonnes références. Ton album d'adolescence ?

Alexandre Martel : Mon album d'adolescence, c'est une référence peut-être un peu obscure là, mais peut-être que les quelques fans de prog se rappelleront. L'album qui m'a le plus marqué quand j'étais ado, c'était l'album Marbles de Marillion, sorti en 2004. C'est très niche. Mon père avait acheté cet album à l'époque et on a été les voir au Capitole. Ça a été un point tournant dans ma vie,.

Hugo Lachance : Je tiens à saluer mon ami Steve Dallaire qui est un grand fan de Marillion. Qu'est-ce qui jouait dans le char de tes parents ?

Alexandre Martel : Mon père n'a pas de permis de conduire. C'est ma mère qui chauffait fait que c'était elle qui mettait la musique. Elle mettait beaucoup de musique populaire québécoise des années 90, la décennie où j'ai grandi. On écoutait beaucoup de Mario Pelchat, Isabelle Boulay, Dany Bédard. Beaucoup de Dany Bédard, puis Michel Fugain mélangé un peu,.

Hugo Lachance : Michel Fugain ! Moi aussi dans le char ! À quel moment as-tu réalisé que la musique allait être fondamentale pour toi ?

Alexandre Martel : Je devais avoir 12 ou 13 ans, c'est à l'entrée de l'adolescence. Là, je me suis mis à vouloir jouer de la musique. C'est la découverte de j'avais un Discman à Noël ou à ma fête. Mon père, qui est un grand mélomane, avait une discographie immense avec des centaines de CD. J'ai demandé quel album j'aurais dû écouter en premier. Mon premier CD dans mon Discman, il m'avait dit Selling England by the Pound de Genesis,.

Alexandre Martel : Je l'avais pris et je me l'étais mis en écoute pour me coucher le soir. Je me rappelle ne pas avoir été capable de dépasser la première chanson, de juste réécouter tout le temps « Dancing with the Moonlit Knight » en boucle. Ça a été vraiment un choc de vivre ça. Ça peut être ça la musique. Ça a vraiment changé ma vie,.

Hugo Lachance : C'est quand même assez intense comme introduction. La musique change tellement de section en section, il y a tellement de différentes ambiances, d'images, de sons. J'étais tellement habitué d'entendre la musique pop ou la musique rock qui restait dans un cadre.

Alexandre Martel : Le riff qui revient, il y a de quoi de... Je comprends qu'ado c'est comme encore lisible même s'il y a tous les codes du prog. C'est pour ça que je l'aime. La musique pour moi c'est magique ; c'est un monde qui s'ouvre de possibilités.

Hugo Lachance : C'est une très bonne introduction, un peu dure, mais bonne introduction. Ton premier instrument ?

Alexandre Martel : Mon premier instrument ça a été la basse. On voulait fonder un band avec des amis dans l'été entre la 6e année et le secondaire 1. Il y avait quelqu'un, Ludovic, qui avait déjà une guitare, puis il y avait Jean-Christophe qui s'était acheté un drum. Il y avait déjà quelqu'un qui voulait être DJ parce qu'on aimait Limp Bizkit. Il manquait un bassiste dans le fond fait que c'est pour ça que j'ai pris une basse juste pour faire en sorte que le groupe fonctionne. Rapidement je me suis mis à vouloir écrire puis là je me suis rendu compte que c'était un peu difficile. Je suis tombé à la guitare pour écrire mais là depuis quelques années, je suis revenu principalement à la basse. C'est un bel instrument,.

Hugo Lachance : J'adore ça. Chapitre 3 : Texte de présentation. J'ai écrit un petit quelque chose pour vous. Je vais juste raconter la rencontre avec votre travail. Ça s'appelle Surtout éviter la diagonale : Lorsque j'ai écouté pour la première fois l'album Journal d'un loup-garou de Lou-Adriane Cassidy, j'ai fait une erreur dont les conséquences auraient pu être bien fâcheuses. Sa présence dans les médias a attiré mon attention et l'intrigante pochette m'a convaincu de m'y attarder. C'est là que j'ai commis la faute impardonnable de l'écouter en diagonale. Comme on peut lire parfois un texte trop volumineux pour un travail commencé trop tard. Mon diagnostic : pas mal, bien fait, mais pas mon style. Je skipe,,.

Hugo Lachance : Fin janvier dernier, une publication de Lou-Adriane apparaît sur mon fil Instagram. On la voit affalée sur un plancher de bois, les yeux fermés, câlinant une copie de son dernier album contre sa joue. Le texte qui l'accompagne témoigne de la grande fierté qui se dégage de cette photo : « Je ne crois pas avoir jamais mis autant de temps, de soin, d'amour ou de moi-même en quoi que ce soit. J'assume chaque mot et j'assume chaque note. Mon plus grand souhait est que vous l'écoutiez consciemment du début à la fin. » Je retente donc le soir même en le parcourant une seconde fois le plus consciemment possible. J'aurais été bien fâché de me priver d'un album comme celui-ci,,.

Hugo Lachance : Je me suis attardé beaucoup à la réalisation. Les mélodies sont là, ta voix est indéniable. Tu as une voix qui est magnifique, contrôlée, précise. La réalisation de l'album est fascinante. Tu dis aussi : « mon insécurité, mon besoin de plaire, ma compétitivité parfois maladive, ma peur de reproduire toujours les mêmes erreurs, ma peur d'être à nouveau abandonnée. Toutes mes failles et mes blessures complètement exposées en 14 chansons. » J'aime ça quand les gens sont passionnés de ce qu'ils font,,.

Lou-Adriane Cassidy : C'est émouvant parce qu'on se dit parfois qu'un post Instagram c'est très intangible. On dirait que ça me touche que ce que j'ai pris le temps d'écrire ait pu avoir un impact même sur ton expérience et le choix que tu as fait pour l'écouter après. Ça me fait me dire qu'il faut que je me force quand je fais des posts ! Je trouve ça cool de voir que j'aime ça quand les gens sont fiers de ce qu'ils font, qu'ils assument et le font avec passion. Ça m'attire,.

Hugo Lachance : Chapitre 4 : Le wiki. J'ai parcouru ta page Wikipédia. Fille de Paul-André Cassidy, auteur-compositeur-interprète, et de Serge Lacasse, professeur titulaire en musique à l'Université Laval. Lou-Adriane Cassidy grandit dans une famille d'artistes. Même ma tante est violoncelliste puis mes cousines sont à l'école en musique. On est en train de faire une petite dynastie sans faire exprès. Mon petit frère fait de la musique aussi,.

Hugo Lachance : La chanson française et plus particulièrement québécoise a toujours été ton univers musical. Quels sont tes artistes phares dans la chanson francophone ?

Lou-Adriane Cassidy : Mon rapport a beaucoup évolué par rapport à la musique québécoise parce que j'étais tellement fan dans mon adolescence ; c'était vraiment la seule musique que j'écoutais et j'en étais une ardente défenseure. Avec un rapport d'énorme admiration puis une distance nécessaire quand tu es fan. Quand tu commences à participer à ce monde-là et à en faire partie, tu ne peux pas avoir le même regard. J'ai dû me distancer un peu, non pas que je n'écoute plus les sorties, mais je ne peux plus avoir le même rapport de fan distancié. C'est tout le temps en rapport avec ce que moi je fais, sur ma création, sur ce qui existe dans le milieu, sur comment s'inspirer puis même comment des fois se distinguer aussi de ce qui se fait,,.

Lou-Adriane Cassidy : En ce moment, il y a plein d'artistes que j'admire, mais c'est un rapport beaucoup d'amitié et d'admiration dans l'amitié. Je me rends compte que Thierry Larose, Pierre-Hervé Goulet, Ariane Roy sont bien sûr des amis avec qui on a fait un trio, mais ce sont aussi les artistes qui m'inspirent le plus parce qu'on a beaucoup de conversations sur l'art. C'est très humain en ce moment mon rapport à ça,.

Hugo Lachance : Tu étais en entrevue à la radio à l'effet Pogona et tu parlais de la musique québécoise comme quoi c'était important d'affirmer cette fierté-là. J'ai trouvé ça bien que tu mettes de l'avant la fierté de faire de la musique en français,.

Lou-Adriane Cassidy : C'est sincère. Je pense que les dernières années nous ont poussés dans cette position de défendre cette culture-là. J'ai l'impression que c'est tellement important, d'autant plus en ce moment où tout le monde dit que ça va très mal. Même quand j'étais jeune, j'ai l'impression qu'il y avait un mépris pour ça. C'est comme quelque chose qu'on observe souvent, même parfois dans le discours médiatique où ils ne s'en rendent même pas compte alors que leur mandat est d'élever la culture québécoise. On prend presque la musique québécoise avec des pincettes en présupposant qu'elle est moins bonne qu'ailleurs,,.

Lou-Adriane Cassidy : Ce qui est totalement faux. Évidemment il y a des trucs pas bons comme partout. Il y a des trucs qui ont une énorme popularité mondiale qui est complètement à chier aussi. Ce n'est pas parce que c'est viral que c'est bon. C'est un piège de sous-évaluer ce qu'on fait. On est dans une situation vraiment privilégiée où on construit une culture qui est très jeune. La musique québécoise, c'est très particulier : la musique en français avec beaucoup d'influence anglo-saxonne dans les styles, dans la production puis même dans les sonorités de par notre accent. C'est riche puis c'est unique,,.

Hugo Lachance : C'est varié aussi dans les styles.

Lou-Adriane Cassidy : Oui, ça peut être tout. Cette culture-là se construit. Il y a de plus en plus de projets de qualité dans des styles vraiment différents qui ont accès à une diffusion d'une certaine importance, ce qui n'était pas le cas il y a même pas 10 ans. C'est très fertile pour une culture. Je suis très contente de voir des musiciens de plein de styles différents qui réussissent à toucher un certain public. Il y a les musiciens, mais il y a aussi les réalisateurs qui se démarquent. On a du monde très habile, aussi compétent que des grands réalisateurs partout dans le monde,,.

Hugo Lachance : En 2017, elle obtient un diplôme d'études collégiales en chant Pop Jazz du Campus Notre-Dame-de-Foy. Elle entame ensuite un certificat en philosophie à l'Université du Québec à Montréal. Est-ce qu'on peut sentir des traces de ton parcours universitaire dans Wikipédia ?

Lou-Adriane Cassidy : Mon parcours universitaire de genre trois semaines m'a complètement forgée ! J'ai déménagé à Montréal puis je voulais faire de la musique, puis là finalement j'ai fait « oh mon dieu je vais lâcher ». J'étais vraiment chanceuse mais c'était de la grande naïveté aussi de dire que je pouvais lâcher les études pour faire de la musique dans la vie. C'est pourtant ça qui est arrivé,.

Hugo Lachance : Chapitre 5 : La voix. En 2016, elle participe à la 4e saison de La voix. Elle devient également finaliste à l'édition 2017 du Festival international de la chanson de Granby. C'est prestigieux quelque part aussi. C'est beaucoup d'exposition. .

Lou-Adriane Cassidy : J'ai été très chanceuse dans mon parcours à La voix dans le sens que j'ai eu le meilleur des mondes : pas trop devenir populaire, pas passer dans le beurre mais ne pas être un phénomène. Les gens n'étaient pas seulement attachés à ce que je faisais à La voix, à cette espèce d'image d'interprète de variété. En même temps, j'ai rencontré des musiciens. Simon Ped, qui a réalisé mon premier album, m'a vue à La voix et m'a écrit pour qu'on commence à faire de la musique ensemble ; il m'a prise sous son aile. Il m'a vue là, on ne s'est pas rencontrés là. J'étais comme « Oh my God, le guitariste à Louis-Jean Cormier m'écrit ! »,,.

Lou-Adriane Cassidy : Les Sœurs Boulay aussi m'ont vue parce que je chantais à mon duel « Mappemonde », elles m'avaient écrit une chanson puis on s'est rencontrées. C'était mon premier contact avec le milieu de la musique en général. C'est un milieu que j'ai vraiment moins fréquenté par la suite parce que ce n'était pas à ça que j'aspirais nécessairement. Je voulais être plus dans la gauche musicale,.

Hugo Lachance : Tu étais coachée par qui ?

Lou-Adriane Cassidy : Éric Lapointe. Ça a bien été. On n'a pas un rapport extrêmement proche avec les coachs quand on fait La voix. Le temps qu'on voit à l'écran, c'est pas mal le temps qu'on passe réellement ensemble. Ce n'est pas un échange tant que ça, ce ne sont pas des cours. C'est beaucoup pour la télé. Il était bien fin,,.

Hugo Lachance : Il y avait Michel Rivard qui l'assistait.

Lou-Adriane Cassidy : Respect à Michel Rivard ! Il connaissait ma mère un peu mais je l'ai rencontré comme artiste solo. J'ai pu créer des connexions qui sont encore utiles aujourd'hui.

Hugo Lachance : Chapitre 6 : Mentions et honneurs. Le Gala de l'ADISQ, juste parcourir ton travail. Tu as été nommée souvent à l'ADISQ. En 2024 avec Le Roy, la Rose et le Loup, on a gagné Spectacle de l'année. C'était une belle victoire parce que c'était dans la catégorie Variété ou Réinterprétation. Parce que ce n'était pas le spectacle de chansons originales ; on reprenait des chansons de nos propres albums. Techniquement, c'est parce qu'on est un collectif. Parce que c'est un regroupement, les trois ensemble, Ariane Roy, Thierry Larose et Lou-Adriane Cassidy, c'est considéré comme une troupe par l'ADISQ. Tu es nécessairement dans la catégorie Réinterprétation qui inclut les comédies musicales. C'était drôle parce qu'on était parmi la comédie musicale des Cowboys Fringants, Bodyguard et plein d'autres trucs comme ça,,.

Hugo Lachance : En 2022, auteure-compositrice pour Lou-Adriane Cassidy vous dit bonsoir. Tu as été nommée Album rock en 2022, choix de la critique aussi. Tu as été nommée Révélation de l'année. En 2019, Album de l'année avec C'est la fin du monde à tous les jours. Tu as quand même une belle présence. Tu as gagné le prix Félix-Leclerc de la chanson, un Lucien de l'année au GAMIQ en 2022,.

Alexandre Martel : J'en ai un aussi, un Lucien. En fait, ils ont fait une erreur sur mon nom fait qu'on l'a renvoyé pour le changer et je n'ai jamais eu mon nouveau ! Mais c'est inscrit quelque part. On aime ça les GAMIQ aussi, c'est juste assez broche à foin. Exact, !

Chapitre 7 : Wiki Alex Martel

Hugo Lachance : Donc Alexandre Martel, j'ai consulté aussi sa page Wikipédia. En plus de sa carrière musicale, Martel a participé à la réalisation de bon nombre d'albums d'artistes québécois de la relève. On le considère aujourd'hui comme un réalisateur prisé de la scène musicale du Québec ainsi qu'un des précurseurs de la nouvelle scène de Québec. Je t'invite à commenter.

Alexandre Martel : Ben c'est « réalisateur prisé », ça l'air, entre guillemets, son truc. C'est quelqu'un qui a dit ça, c'est pas moi qui est allé modifier la page, mais c'est flatteur quand même. Ben c'est très, très flatteur. Puis pour ce qui est du « précurseur nouvelle scène de Québec », ça, c'est dû à mon âge plus qu'autre chose, puis qu'on faisait avec la gangue qui a fondé le Pantoum aussi là, c'est comme une gangue d'amis, on était très proches dans les années 2015 autour de ces années-là avec la scène qui gravitait autour de ça. Il y avait Beat Sexu, il y avait moi mon projet Anatole, il y avait Gapet aussi qui commençait là, puis à l'époque il y avait aussi Ponctuation qui était à Québec. Guion qui est dans Bon Enfant maintenant, il y avait comme un petit bouillonnement puis il y a plein d'artistes que j'oublie en ce moment. Je veux pas laisser des gens de côté, mais on a travaillé fort pour peut-être amener quelque chose qui a permis aux gens qui sont à Québec aujourd'hui de rayonner plus. C'est-à-dire, je pense qu'on a peut-être mis les bases de ce qu'ils appellent ici « la scène de Québec ». Mais comme je dis, c'est juste parce que je suis venu avant dans le fond.

Hugo Lachance : Tu as travaillé fort puis on va parcourir un peu aussi ce que tu as fait rapidement. Malgré sa collaboration initiale avec le groupe The Seasons, c'est grâce à son travail sur l'album solo Darlène du chanteur du groupe Hubert Lenoir qu'il se fait vraiment remarquer dans le domaine de la réalisation. Pour son travail, Martel est nommé comme arrangeur de l'année et réalisateur de disques de l'année au 40e gala de l'ADISQ.

Alexandre Martel : Ouais, la seule nomination pour réalisation ou arrangement de l'année. Puis c'est vraiment effectivement mon travail avec Hubert qui me permet encore aujourd'hui de vivre de ça. Les opportunités ont jamais arrêté d'arriver depuis qu'on a fait Darlène ensemble. Puis c'est comme un concours de circonstances aussi. Darlène, c'est des fois drôle comment les voix de la providence fonctionnent. Je travaillais avec The Seasons comme ça dit là, je les accompagnais en spectacle. C'est là que j'ai rencontré Hubert, tout le groupe, qu'on s'est vraiment lié d'amitié, Hubert et moi. Puis au début, on avait commencé le deuxième album de The Seasons que c'est moi qui réalisais, qui était le premier disque que j'aurais réalisé. Entre-temps, les gars, eux, ils avaient déjà des équipes en Europe puis aux États-Unis. The Seasons était déjà en quelque sorte promis à une carrière en dehors du Québec. Puis je sais que l'équipe américaine avait pas aimé ce qu'on avait fait puis qu'on leur conseillait d'aller travailler avec des Américains à la place pour être capable d'avoir plus de « reach » aux États-Unis. Puis le groupe a décidé de suivre ces conseils-là, donc de laisser tomber le disque qu'on faisait puis de me renvoyer en quelque sorte.

Alexandre Martel : Je me rappelle quand j'ai eu la nouvelle, Hubert m'a appelé pour dire ben lui il était pas nécessairement 100 % d'accord avec cette décision-là mais que c'est une décision de groupe qu'il respectait. Mais qu'on allait faire notre disque à nous autres de notre bord puis finalement ce disque-là c'était Darlène.

Hugo Lachance : Quand même la providence, c'est vraiment du bon travail parce que c'est un album qui est super intéressant.

Alexandre Martel : Ben merci beaucoup. C'est un album, on savait tellement pas ce qu'on faisait à l'époque. Il y avait ça qui est cool, il y avait beaucoup de naïveté. On n'avait pas beaucoup de moyens, on n'avait pas beaucoup d'équipements. Hubert, lui, il avait une vision quand même claire déjà à l'époque de ce qu'il voulait faire. Puis on a été vraiment surpris par la vague.

Hugo Lachance : D'ailleurs, Hubert, si tu veux venir faire un tour au podcast, je sais que tu en fais pas là, mais je t'invite pareil. Donc ta discographie. Après ce succès commercial, Martel enchaîne les réalisations d'albums, notamment Thierry Larose, Lou-Adriane Cassidy, Keith Kouna que je vais recevoir tout de suite après, Alex Burger, Valence et Étienne Dufresne. Je porte le t-shirt aujourd'hui. Ta discographie, Lou-Adriane.

Chapitre 8 : Discographie

Hugo Lachance : Donc C'est la fin du monde à tous les jours en 2019, Lou-Adriane Cassidy vous dit bonsoir en 2021, Le Roy, la Rose et le Loup en 2024 et Journal d'un loup-garou en 2025.

Lou-Adriane Cassidy : Exact.

Hugo Lachance : Ça sort quand le podcast ? Ben en fait, ça va sortir au mois de juin, peut-être juillet même.

Alexandre Martel : Ah ok. Ben on va avoir sorti un autre album d'ici ce moment-là d'abord. On sort un album mardi prochain.

Hugo Lachance : Pas vrai ?

Alexandre Martel : Ouais, un nouvel album.

Hugo Lachance : Ben c'est qui ? C'est toi ou moi ?

Alexandre Martel : Ah ouais ben nous encore, ça va s'appeler Triste animal.

Hugo Lachance : Waouh ! Ah ben super, écoute, tu viendras en parler de pied. Waouh ! J'ai hâte d'entendre ça. On va passer au segment présentation de l'album. Dans le fond, ce qu'on fait, c'est qu'on parcourt évidemment les crédits entre autres.

Chapitre 9 : SEGMENT : Présentation de l'album

Hugo Lachance : Mais avant, il y a le jeu des étiquettes. Les étiquettes, c'est chiant mais des fois il faut en mettre pour les auteurs. C'est toujours drôle. Où se situe le Journal d'un loup-garou dans le spectre ?

Lou-Adriane Cassidy : J'ai dû faire ça il n'y a pas longtemps. Il fallait qu'on dise les styles parce qu'on envoyait le communiqué à la maison de disque, et ils posaient la question parce que c'est tout le temps chien. On disait « out pop » ou sur Album of the Year, ça dit genre « chamber pop ». Il y a une chose qui est sûre, le mot « pop » est là, c'est 100 % pop. Un peu alternatif ou je suis pas sûr que c'est « chamber pop », je sais pas trop ce que c'est. C'est comme la pop mais musique de chambre, fait petit mais pop. Je pense que « pop alternatif », c'est une bonne façon de résumer.

Alexandre Martel : Moi, il y a juste des vieilles étiquettes qui me viennent en tête là, mais il y a comme le « art rock » aussi, c'est vrai, c'est un peu ça. C'est comme la tangente un peu plus pop du « prog » peut-être, une petite tendance « prog » mais tellement dans une enveloppe tellement pop que ce l'est pas.

Hugo Lachance : Ouais, parce que les arrangements sont quand même recherchés là. Puis dans les structures des chansons aussi, on dirait que c'est comme si on s'est permis des fois des plus longues structures, des fois des refrains qui reviennent pas tout à fait. Fait que je pense à des inspirations un peu « prog », mais c'est pas juste du 4/4 non plus. En même temps, mettre ça dans la pop, c'est relativement rare.

Lou-Adriane Cassidy : C'est vrai, mais c'est pour ça que mon « alt-pop », c'est parfait.

Hugo Lachance : Quel est le contexte d'écriture de cet album ? Comment a-t-il vu le jour ?

Lou-Adriane Cassidy : On y a réfléchi pendant longtemps. Je pense que comme beaucoup de mes albums, c'est un peu conceptualisé avant même d'être écrit. Moi, c'est comme ça que je fonctionne parce que j'ai de la misère sinon à composer quand j'ai aucune ligne directrice. On voulait faire quelque chose de très arrangé, de justement plus pop puis plus explosé dans la forme un peu, je pense. Mais en même temps, moi je trouvais que j'avais des habitudes harmoniques qui me gossaient un peu puis j'avais envie d'en sortir. Donc, faire justement des progressions harmoniques vraiment plus... c'est quoi le mot ? Habituellement... plus attendues un peu. Jouer avec des progressions harmoniques des fois plus attendues mais de trouver la surprise musicale ailleurs, que ce soit dans parfois les mélodies, les structures, dans les textes. Je pense à mettons « Cours corps à cours » où pour moi la progression harmonique c'est quelque chose de tellement justement pop puis facile que ça me faisait quasiment... je suis tellement habituée à essayer de trouver des accords, puis là c'était comme... il y a beaucoup de chansons sur un accord ou sur deux accords. Fait que c'est essayer de sortir de où je trouvais ma surprise habituellement puis la trouver ailleurs dans le fond.

Hugo Lachance : Non mais ça dans le fond, tu as voulu comme épurer un peu ta manière de chanter.

Lou-Adriane Cassidy : Oui. Puis non parce que je pense que les textes sont peut-être les moins épurés que j'aie jamais écrits au niveau de la voix. Parce que ma voix, tantôt je disais qu'elle était belle, plutôt basse. Puis tu es en maîtrise de voix très, très précise. Tu fais pas de haute voltige non plus.

Lou-Adriane Cassidy : Oui, un album plus chanté aussi, où je voulais juste embrasser plus mon côté chanteuse que j'avais eu dans mes autres albums plus de difficultés à assumer. On voulait quelque chose d'expansif, à défaut d'un meilleur mot, mais qui se permette ces envolées musicales-là, ces arrangements-là, cette espèce de côté épique.

Hugo Lachance : Ben écoute, moi je trouve que c'est... je reviens à ta voix, ta façon de chanter. Je trouve qu'il y a une retenue qui est le fun aussi parce que je pense que ta voix là-dedans, la manière dont tu chantes, les intonations que tu prends, il y a pas beaucoup de temps d'envolées lyriques que ça.

Lou-Adriane Cassidy : Ah je comprends mais plus que jamais ! Mais je comprends ce que tu veux dire dans le sens que j'ai tout le temps travaillé avec le souci d'une forme de sobriété. Mais tu vois, moi je pense que j'étais un peu dans ce piège-là avant où je voulais tellement que ce soit juste l'émotion qui passe que je me retenais tellement. Je pense que mon côté juste chanteuse, assumer juste la voix que j'ai, j'en avais peur puis je m'en suis éloignée un peu. Puis là je trouve que je suis à un endroit où je me reconnais plus dans le fond.

Hugo Lachance : Ensuite, est-ce qu'il y a un concept qui entoure l'album ? Est-ce qu'il y a un fil conducteur musicalement ou conceptuellement, que ce soit volontaire ou involontaire ?

Lou-Adriane Cassidy : C'est plus un espèce de concept thématique qu'une ligne narrative sur les textes beaucoup. J'ai composé la première chanson puis on a écrit le texte de la première qui était « Dis-moi dis-moi dis-moi ». On a écrit le texte ensemble mais j'avais au début eu l'envie de parler de l'abandon de mon père qui est comme un thème très chargé dont j'avais jamais parlé dans une chanson. Puis on dirait que quand j'ai choisi d'aller là pour une chanson, ça a un peu ouvert la porte au reste qui était justement l'exposition de mes failles, de mes blessures, de parler de personnes en particulier, de certains côtés de moi que j'assumais moins, un peu la laideur de ma vie. Fait que le côté « journal intime » dans le fond, Journal d'un loup-garou, c'est sorti avec l'écriture de la première chanson.

Hugo Lachance : Moi, c'est mon impression que j'ai, c'est que ça fait penser à un film.

Lou-Adriane Cassidy : Ben ouais, il y a beaucoup d'inspirations cinématographiques aussi quand même. On s'est rendu compte qu'il y a beaucoup de références à des films d'enfance dans cette toune-là. Il y a une citation de la littérature classique, une citation de La Rochefoucauld à la fin, puis il y a d'autres citations qui se sont trouvées encore dans l'album par la suite. Toute l'espèce d'univers du conte aussi, ou la princesse abandonnée, ça s'est mis à trouver son écho dans d'autres chansons aussi. C'est comme si en écrivant ça, on avait trouvé un peu la trame puis le fil esthétique aussi. On va parler plus tard de la pochette qui est magnifique d'ailleurs. Donc on va commencer avec le titre Journal d'un loup-garou, année de 24 janvier 2025.

Hugo Lachance : Réalisation Alexandre Martel. Là-dessus, Philippe Papineau dans Le Devoir le 24 janvier 2025 écrit sur Journal d'un loup-garou où tout a été réfléchi à la note et à la virgule près, dit Cassidy. Et il n'y a aucune phrase qui est là pour remplir. Tout a été soigneusement conçu, dit-elle.

Lou-Adriane Cassidy : Et en même temps, j'avais vraiment le désir de faire un album musicalement ambitieux avec Alexandre Martel. On voulait des gros arrangements, des grosses structures, une extrême liberté dans la création.

Hugo Lachance : Ben, je pense que ça résume encore ma perception de l'album. Puis comme Alex disait par rapport à toutes les genres de références qu'il y avait dans « Dis-moi » puis dans les autres chansons, je pense qu'on voulait aussi se permettre ça, d'être un peu le drame puis les références peut-être obscures que tout le monde comprendrait pas mais qui font partie de toute la trame puis du « lore » de l'album. Une question que je me pose que j'aime bien poser aux artistes, c'est comment on compose une chanson de Lou-Adriane ? Comment ça fonctionne au départ ?

Lou-Adriane Cassidy : Ben ça commence avec moi qui jamme une mélodie sur mes mémos vocaux sur mon téléphone. Souvent c'est juste j'en ai plein, je réécoute puis là j'entends des accords en dessous, fait que là j'ai comme un espèce de tout petit bout mélodie-accord puis je développe là-dessus souvent. Des fois ce sont même des puzzles, des fois j'ai comme un bout qui est comme un peu un couplet, un bout qui est un peu comme un refrain puis là je mets ça ensemble. Souvent quand même, au début, je fais entendre à Alex.

Alexandre Martel : Puis là, ce que tu entends dans le fond, c'est juste sa voix, c'est juste « na na na na » des fois avec un piano en dessous.

Lou-Adriane Cassidy : Je fais pas entendre juste « na na na », souvent il y a un accompagnement harmonique quand même en dessous.

Alexandre Martel : Dépendamment de chaque chanson, à ce point-là du travail j'ai pas grand-chose à dire, mais ça arrive aussi que je puisse dire comme tantôt « le refrain il est pas assez fort, faudrait peut-être écrire un autre refrain ». Ou des fois ça m'envoie juste un fragment et on dirait que ça pourrait aller dans telle direction, ça prendrait comme une autre section qui vient lier ces affaires-là. Moi je donne des indications très générales de connotations structurelles puis après ça Lou repart puis elle écrit ça de son bord. « Oh ça, on est rendu là, ça prendrait comme une variation, faudrait réharmoniser là ». C'est bien rare que je dise « ça prend tel accord là » ou « ça prendrait tel genre de ligne ». Je suis plus dans la direction, dans le concept puis la structure, puis après ça c'est vraiment elle qui écrit, moi j'exécute.

Hugo Lachance : Puis dans toutes les surprises, tous les arrangements, vous faites ça ensemble ?

Lou-Adriane Cassidy : Ouais. Souvent après ce moment-là, moi je faisais ma petite maquette sur GarageBand des fois avec des « na na na » parce qu'on n'a pas encore fait le texte. On a rallongé la chanson, on a rajouté des trucs mais tout le bout de cordes, on l'a écrit ensemble mais le thème, la groove à peu près, il y a plein d'affaires que j'avais déjà faites. Je mets mes premières étapes d'arrangement puis pour cet album-là en général, on n'a pas changé la vibe d'aucune chanson selon ma maquette, mais on a juste 1000 fois amélioré puis ajouté des affaires. Puis après souvent quand on a à peu près une idée, on se met à l'écriture du texte.

Alexandre Martel : Mais même des fois non, il y a des textes qu'on a écrits même après avoir enregistré en studio. Le texte vient après. Sur les trois disques qu'on a faits ensemble, il y a tout le temps des textes qui sont écrits la veille de quand il faut l'enregistrer parce qu'il y a tellement d'affaires à faire qu'on n'a pas le choix de se donner un peu de pression.

Hugo Lachance : C'est très complexe la réalisation d'album.

Lou-Adriane Cassidy : Mais c'est comme correct, ça fait partie du moment où on est complètement genre « oh mon dieu faut qu'on trouve », puis après une fois que c'est enregistré puis là c'est sur album, c'est immuable.

Hugo Lachance : Ouais mais tu as quand même vécu avec la toune, tu l'as vue naître, tu l'as travaillée. Les textes après c'est pas fait juste comme ça parce que tu as déjà une connaissance de la musique.

Alexandre Martel : Ben oui, puis c'est pas parce que tu écris une toune en 5 minutes que tu l'écris en 5 minutes dans le sens que l'idéation ça se fait à long terme. Des fois tu te rends pas compte de tout ce qui se fait en arrière-coulisses. Puis il y a des textes qu'on peut bûcher dessus pendant des semaines puis ils sont pas nécessairement meilleurs que ceux qu'on fait en une soirée finalement.

Hugo Lachance : Absolument. On continue avec une production Lou-Adriane Cassidy. Comment tu vois ton rôle de productrice ? Comment tu finances un album comme ça ?

Lou-Adriane Cassidy : En faisant des demandes de subventions. Puis en sortant de l'argent de ma poche. Ça a été un album qui a coûté cher en prenant des risques aussi. En prenant des risques, ouais. Cet album-là, c'est une grosse prode qui en 1970 aurait été une prode normale j'imagine, mais maintenant c'est juste que les budgets sont tellement plus petits. C'est l'album où j'ai décidé que je mettais tout puis qu'on pariait tout dessus dans le fond parce qu'on a commencé à travailler sur l'album puis il n'y avait pas de confirmation de financement. Mais j'ai décidé qu'on le faisait pareil parce que c'était déjà enclenché. On a dit bon, ça va être l'album qui va coûter cher, qui va être long à faire. Ça faisait partie du concept. J'ai eu des subventions qui m'ont énormément aidée, c'est sûr. J'ai aussi mis pas mal de ma poche aussi mais c'est beaucoup la durée en studio qui coûte cher là. On a passé plus que 60 jours en studio au Pantoum, dans le sens c'est moins cher qu'ailleurs mais pareil c'est ça le pari qu'on a fait puis on a manqué de temps pareil. C'est comme si au bout du compte, j'aurais envie de faire un album où on prend du temps. C'est comme éternel ces choses-là.

Hugo Lachance : Mais ça veut dire que là maintenant tu es productrice, ça veut dire que les droits de tes bandes t'appartiennent.

Lou-Adriane Cassidy : Les bandes m'appartiennent. J'ai un contrat de licence quand même fait que j'ai pas 100 % des profits là. Mais c'est moi qui est maître de décider que je mets 100 000 piastres dans un album, dans le sens qu'à m'en d'né je vais le trouver, je vais trouver une façon alors que si j'étais dépendante d'un oui ou un non d'une maison de disque ça me frustrerait.

Hugo Lachance : Mais parce que là tu deviens artiste mais tu es aussi entrepreneure à quelque part. Poursuivons alors, prise de son : David Boulet-Tremblay et Francis Bélanger-Lacasse. Prise de son additionnelle : Jean-Étienne Collin Marcoux, Alexandre Martel, Naomi Delormier et Lou-Adriane Cassidy. Mixage : David Boulet-Tremblay, matriçage : Marc Thériault au studio Le Pantoum. Arrangement des cordes et des voix : Lou-Adriane, arrangement additionnel : Thierry Larose, Vincent Gagnon, Pierre-Emmanuel Beaudoin, David Boulet-Tremblay, Simon Paradis-Dion, Naomi Delormier. Musiciens, il y a beaucoup de monde à nommer hein.

Lou-Adriane Cassidy : Ben toutes les cordes, les 11 cordes peut-être que je passerai pas à travers.

Hugo Lachance : Non, c'est important de les nommer ! On y va. Lou-Adriane Cassidy bien entendu : voix, clavier, programmation, taishogoto. C'est quoi un coto ?

Alexandre Martel : Un coto c'est un instrument à cordes japonais puis ça joue avec un énorme pic là, c'est des cordes. Mais un taishogoto c'est comme une variante du coto, celui qui allie la mécanique d'une machine à écrire avec le concept du coto. Fait que tu as des cordes doublées toutes accordées en sol. Avec la machine à écrire c'est vraiment comme une dactilo là, ça baisse comme une lamine de métal sur les cordes, ça change la hauteur de la note. Mais tu as tout le temps un drone de sol. La corde de base elle est tout le temps en sol puis tu as comme un pedal steel dans le fond un peu. Tu as comme une corde en sol un octave en bas qui est jamais régie par la mécanique, puis les autres c'est quatre cordes de la même grosseur tout accordées en sol qui sont jamais accordées à 100 %. Fait que ça fait un ton qui chorusse un peu de la corde quadruplée.

Hugo Lachance : Pierre-Emmanuel Beaudoin : batterie, percussion, chœurs et clapes. Vincent Gagnon : piano, orgue, synthétiseur et chœurs. Thierry Larose : guitare, mandoline, banjo, synthétiseur. Alex Martel : basse, guitare, clavier, programmation, taishogoto, autoharpe, chœurs et clapes. David Boulet-Tremblay : sweep picking. Le sweep picking c'est une technique de guitare métal là où tu balaies les cordes de haut en bas sur la guitare pour jouer vraiment vraiment vite, sans qu'il y ait d'attaque précise sur chacune des notes là. C'est très technique. David est un ex-guitariste métal qui avait rangé cette technique-là pour toujours dans sa tête mais on l'a fait ressortir. Jean-Étienne Collin Marcoux : marimba. Naomi Delormier : voix et chœurs. Odile Marmet-Rochefort : chœurs. Lysandre Ménard : chœurs. Charles-Antoine Olivier : à l'époque.

Alexandre Martel : Pourquoi c'est écrit ça ? Parce qu'il dit « à l'époque, à l'époque, à l'époque » au début de la toune. C'est une de ses expressions.

Hugo Lachance : Simon Paradis-Dion : coréalisation de TDF, clavier, programmation. Ariane Roy : voix. Puis les cordes sur « Dis-moi dis-moi dis-moi », « Prière quotidienne » et « 16 ans bientôt 30 » : Mélanie Bélair, Mélanie Vaugeois, Gadebois, Chantal Bergeron, Dominique Guilbaud, John Corban, Ligia Paquin, Madame Messier, Shigan Viss, Marcou et Yannick Chênevert. Fait que ça c'est les gens qui ont participé. Maintenant la pochette.

Hugo Lachance : Chapitre 10 : La pochette. Comment vous avez abordé le visuel ? Parce que c'est plus qu'une pochette. D'ailleurs, regarde, on va la faire apparaître. 1, 2, 3 et voilà. Elle est tellement belle. C'est la magie de la télé.

Lou-Adriane Cassidy : Ça a été vraiment un travail d'équipe. Moi j'ai commencé à penser à ça. Puis justement quand on commençait à avoir l'idée Journal d'un loup-garou, il y avait l'idée de l'adolescence, beaucoup un peu la naïveté, la vulnérabilité. Puis le loup-garou fait personnage de conte un peu, la magie. J'imaginais un peu dans la forêt, il y avait une affiche de Kate Bush qui m'avait beaucoup inspirée qui est, ce n'est pas une pochette je pense, c'est vraiment une affiche d'elle avec dans une grande robe blanche dans une forêt qui ressemble un peu à un décor de film d'horreur des années 50 avec deux chiens puis elle est comme dans, c'est une affiche dessinée pour Hounds of Love.

Alexandre Martel : Mais ce n'est pas la pochette, non c'est ça.

Lou-Adriane Cassidy : Ça m'avait vraiment inspirée. J'avais envoyé ça puis ça a été comme une réflexion. Puis honnêtement, cette journée de tournage là, on faisait les visuels aussi vidéos pour puis les photos en même temps, ce que je regrette possiblement parce que c'était des journées très, très intenses puis on n'avait pas assez de temps pour faire les photos puis tout le monde a été des guerriers dans ce contexte. On tournait le visuel de « Dis-moi » puis là on avait comme une chambre un peu d'adolescente dans la forêt un peu magique justement puis là il y a Noémi Delormier qui arrive pour, qui fait les photos. Dans les trous entre les setups de tournage, elle venait puis on prenait les photos puis on avait réussi à en prendre des bonnes mais ça avait été difficile, on n'avait pas beaucoup de temps.

Lou-Adriane Cassidy : Puis là finalement on s'est retrouvé toutes les femmes du tournage en tout cas, beaucoup des femmes du tournage : Laurence Morissette qui faisait le stylisme, Juliette Morgane qui faisait mon maquillage, Virginie Bachand qui, c'est elle qui a fait la prothèse de mon bras de loup-garou que ça c'était mon, je pense c'était mon idée à la base, c'est moi qui avais demandé ça, puis Stevie Smiley qui faisait toute la DA des décors aussi. Puis ah Roxanne, ouais, Roxanne Sélec aux cheveux. Fait que là, c'est comme les cinq femmes autour de moi puis on avait décidé qu'on voulait justement de la nudité parce qu'on voulait cette espèce de vulnérabilité là puis justement dans la forêt puis c'est Noémi qui avait l'idée que je me salisse les genoux, que je garde mes petits bas puis l'espèce c'est comme un peu perdu dans la forêt un peu transformation.

Hugo Lachance : Un peu dans forêt, bas, ouais tu t'es sauvée ça fait vraiment je me suis sauvée.

Lou-Adriane Cassidy : Je me sauvais, mais aussi peut-être cacher sa transformation, mais autant la transformation peut-être métaphorique de la puberté pour l'adolescence que le loup-garou lui-même. Puis il y avait les cinq autour avec leur petite lumière, c'est vraiment un beau moment. Il faisait tellement froid, moi j'étais complètement transie. Quelqu'un qui m'a aidée à faire un exercice de respiration pour je ne sais pas, c'était comme un moment de sororité vraiment beau à ce moment-là. La pochette est magnifique puis à l'intérieur il y avait, ben il y a un insert pour mettre le disque, une photo un peu à la Kate Bush un peu justement comme tu disais.

Hugo Lachance : Avec la robe blanche tout ça, tu as raison. Puis il y a un livre, un petit journal.

Lou-Adriane Cassidy : Ça c'est l'idée de Marianne Boucher, la graphiste puis aussi monteuse qui a monté les vidéos. Puis c'est elle qui a eu l'idée d'avoir justement pour ramener l'idée du journal intime un petit livret puis je ne sais plus si c'est elle ou moi en tout cas qui proposait, je pense c'est elle qui proposait que ce soit écrit à la main. Fait que j'ai tout écrit à la main les paroles. Puis le petit « ce journal appartient à » au début pour ramener l'idée.

Hugo Lachance : Ben je tiens à remercier mon ami Yanick Klimbo Tremblay qui m'a fourni les pochettes parce que je n'ai pas les photos de la pochette puis parce que je ne l'ai pas. Mais il a laissé un commentaire. Yannick est un journaliste métal. Puis tenait à te dire quelque chose, à vous dire quelque chose : « Juste lui confirmer que les fans de métal aiment Lou-Adriane. Moi le premier et ce n'est pas uniquement en relation avec la thématique du loup-garou. C'est surtout parce que c'est de la bonne pop juste assez mystérieuse et son packaging du vinyle c'est très métal. On dirait qu'il a été créé par quelqu'un qui tripe King Diamond ».

Lou-Adriane Cassidy : Oh my god, de la communauté métal ! Ouais, j'envoie de l'amour à la communauté métal.

Alexandre Martel : Merci de ne pas faire de peine à la communauté métal mais toutes les fois où j'ai essayé de mettre du King Diamond en tournée, Lou-Adriane n'était pas partante.

Lou-Adriane Cassidy : Respect quand même, j'ai énormément de respect.

Hugo Lachance : Évidemment là, on va passer quand même les remerciements, mais il y en a un par exemple qui est cute que je veux dire : « Merci à Alex d'être la moitié de moi-même, infiniment plus. Les mots ne suffisent plus ». Oh ! Je pense je vais mettre un petit effet de cœur à l'entour. Donc la réception d'album, évidemment, c'est un album qui a été très médiatisé. Tu as fait Tout le monde en parle. Je vais juste lire une critique qui est vraiment élogieuse mais quand même ça résume tout l'effort qu'il y a dans cet album là.

Hugo Lachance : Chapitre 11 : Réception de l'album. 25 janvier 2025, Louis-Philippe Labrèche pour Le Canal Auditif : « C'est une force brute, incarnée et généreuse sur scène. Elle offre tous les soirs une performance convaincante. Dans un monde du hockey, on aurait dit le cliché : elle donne son 110 % tout le temps. En album, le résultat était un peu plus mitigé. Son premier album était sage, son second passait en 23 minutes et manquait de viande. Aujourd'hui, Lou-Adriane Cassidy lance l'album qu'on attendait tous ce temps. Sur Journal d'un loup-garou, elle démontre qu'en plus d'être une interprète hors pair, l'autrice et la compositrice en elle sont en train de prendre du galon. C'est un excellent 3e album qu'elle présente qui démontre une intelligence musicale bien au-dessus de la moyenne ».

Lou-Adriane Cassidy : Mon Dieu ! Merci, merci ALP.

Hugo Lachance : Moi je trouve qu'il a vraiment raison. Chapitre 12 : SEGMENT : Une chanson après l'autre. On va passer au segment une chanson après l'autre. L'idée c'est d'écouter un petit bout de la chanson puis après je vous invite évidemment à commenter. Moi j'ai isolé des bouts de paroles que j'aime bien.

Hugo Lachance : Chapitre 13 : Dis-moi dis-moi dis-moi. Alors voilà on va commencer avec « Dis-moi dis-moi dis-moi ». [Musique] « Au cinéma... levé une lueur au bout du doigt endormie dans tes bras et puis plus rien du jour au lendemain, un cheval noyé, une histoire sans fin... existe-tu vraiment devant l'été baissé les yeux je le connais déjà ». Bref, la chanson se développe. Le beat arrive un petit peu plus tard. Quel début d'album ! C'est fantastique. Cet album là commence vraiment comme en canon avec ta voix magnifique, les arrangements.

Alexandre Martel : Cette chanson là qui n'est pas en 4/4 tout le temps.

Lou-Adriane Cassidy : Dans cet album c'est la seule. Non, « TDF » est en 7/4 aussi.

Hugo Lachance : 7/4 ? C'est cool que vous ayez réussi à faire grouver tout ça.

Lou-Adriane Cassidy : C'est en fait, elle n'a pas de, c'est comme 4/4 des fois, mesure en 3/4 après, comme juste en 3/4 pendant une section puis après revient 4/4, 3/4. Ça varie. Ça n'a pas été très difficile mais c'était un des enjeux de la chanson de savoir comment tout le bout de décor est en 3/4, comment qu'on peut réussir à avoir un espèce de feel disco classique mais qui ne choppe pas parce qu'il manque un temps. Au début on était là à se dire qu'un snare ça cassait trop le beat, mais on a réussi à le faire finalement.

Hugo Lachance : Ça marche au bout ! Moi ce que j'ai isolé comme paroles : « Dis-moi, dis-moi, dis-moi, as-tu peur de moi ? Mais je me fous de te voir à genoux, de voir les flammes brouiller ton regard. Garou, quand ils ont faim de vous, on fait plus souvent des trahisons par faiblesse, illusion ou ivresse. On n'est pas libres et on n'est pas au cinéma. Existe-tu vraiment ? » Allez chercher des bouts de paroles là-dedans. Ça c'est une grande citation : « on fait plus souvent des trahisons par faiblesse ».

Alexandre Martel : Exact. Je pense qu'on était bloqués parce que cette section-là revient comme deux fois dans la tune. C'est le bout des trois petits chocs que j'appelle, où la dernière syllabe du vers devient la première syllabe du suivant : « de voir les larmes brouiller ton regard au loup ». On cherchait l'inspiration puis c'est mon esprit romantique qui s'exprime là-dedans d'aller prendre un livre au hasard. C'est La Rochefoucauld que j'avais choisi. J'avais lu ça à l'université il y a 15 ans. La citation se termine par « on fait plus souvent des trahisons par faiblesse que par méchanceté ». On trouvait que ça faisait vraiment écho au fait d'abandonner son enfant, que dans le fond ce n'est pas par méchanceté mais plus par faiblesse par difficulté.

Lou-Adriane Cassidy : C'est aussi comme une chanson où le pouvoir se renverse. Ça commence en parlant de toute la souffrance qui a été vécue, cette espèce de truc très enfantin : « au cinéma endormi dans tes bras », la peur du rejet. Puis ça se transforme un peu en reprise de pouvoir d'une certaine manière : « quand ils ont faim, fais attention un peu à toi ». C'est voir ça avec un regard d'adulte comme un geste de main faible tout simplement.

Hugo Lachance : C'est un thème qui revient dans l'album. Chapitre 14 : Cours, Cora, cours. [Musique] « Revenant de fièvre, elle remonte des ténèbres. Un goût sur ses lèvres reste de la saison funèbre. Encore et encore et encore, on lui dit que la grenade pousse partout. Encore et encore et encore. Ses fines chevilles portent le poids de tout ». C'est une des premières tunes qui est née aussi de l'album ?

Lou-Adriane Cassidy : C'est un hommage à Tor cette chanson là, à une chanson dans l'album Songs of a Fairy Tale. J'avais envie d'aller plus dans cette nostalgie là. La progression d'accords est tellement simple du couplet.

Hugo Lachance : C'est beau la voix, la mélodie là-dessus. Ça vient pas mal de ta personnalité. Tu as une voix chaude, tu as une voix sensuelle, il y a quelque chose qui vient nourrir la chanson qui donne la personnalité.

Alexandre Martel : Une chanson qui illustre un truc facile de la démarche de l'album je trouve parce que quand on a voulu commencer à écrire cet album là c'était clair qu'on voulait faire quelque chose qui était plus contemporain que ce qu'on avait fait par le passé. Pour moi conceptuellement, dans un album de pop contemporain, c'est un album qui fallait qu'il soit plus postmoderne aussi, c'est-à-dire qu'il y a plus de références claires à certaines choses, qu'il y a des références croisées. Dans cette chanson là déjà l'intro, toute la première partie du couplet est quasi identique à la chanson de Tor, pas mélodiquement mais l'ambiance.

Alexandre Martel : Après ça tu as la section où elle va se mettre à chanter plus vite en descendant qui est une référence à « One Note Samba » de Jobim, de bossa-nova classique. C'est mélanger plusieurs influences et faire des clins d'œil. Le beat puis le bridge un peu métal entre guillemets, ça c'est un peu Caroline Polachek. C'est essayer de faire un amalgame de plusieurs références au sein d'une même chanson.

Hugo Lachance : Là, je tiens à aviser les auditeurs. On écoute des bouts de 30 secondes et c'est le début des chansons. Ne faites pas la même erreur que moi de l'écouter en diagonale parce qu'il faut vraiment se rendre jusqu'à la fin des chansons pour voir toutes les qualités de cet album.

Hugo Lachance : Chapitre 19 : « Lunao » et « TDF » (avec N Nao). On passe de « Lunao » à « TDF ». « Lunao », tu n'es pas la seule, j'imagine. C'est comme une petite introduction à la chanson,.

Lou-Adriane Cassidy : Ouais, « Lunao ». [Musique]. « Doigt dans la blessure, armure de bois, un œil à la serrure, un cheval de Troie. Personne ne veut de moi, tu le savais déjà »,.

Hugo Lachance : Bon, on a envie de les écouter au complet. Donc, on est passé de « Lunao » à « TDF ». « TDF », c'est pour « Toujours des fois ».

Lou-Adriane Cassidy : Ouais, « Toujours des fois ». C’est pour ça. C'est un truc, je ne sais pas si ça s'est rendu à Montréal, mais il y a eu ça à Québec pendant un bout de temps. C'est une campagne faite par une station de radio.

Hugo Lachance : Ah oui, c'était des collants que les gens mettaient sur la lunette arrière de leur voiture ou sur leur pare-choc. Un bon « TDF ». Puis souvent c'était accompagné de ce symbole-là aussi. Très bon goût. C'est une espèce d'hommage détourné à Québec.

Lou-Adriane Cassidy : Cette chanson-là est aussi une pièce où tu remets un peu en question ta propre santé mentale. C'est un peu là-dessus, avoir l'impression de virer fou justement. Le titre est comme un commentaire sur le fait d'être prisonnière de sa propre tête. C'est une chanson avec N Nao, qui est une artiste que j'admire beaucoup. On est très différentes dans nos considérations, mais j'ai eu envie de faire une chanson avec elle,.

Lou-Adriane Cassidy : On est allées chez elle au studio pendant un ou deux jours. Elle travaille beaucoup avec ses pédales, ses loupes et ses trucs. J'avais envie de me prêter à son jeu. J'étais arrivée avec la chanson, mais on a construit la vibe avec les loupes et les sons un peu MIDI,.

Hugo Lachance : Super bon beat, ça marche au bout ! Fait que c'est comme un pied de nez à la fragilité masculine de certaines radios de Québec.

Lou-Adriane Cassidy : Le titre oui, mais la chanson, oui et non en tout cas. En même temps, c'est comme si tu étais tout le temps identifiée comme « l'hystérique » ou « la folle ». Ça joue sur ta propre perception de ta santé mentale. Le fait d'avoir l'image publique de la folle, c'est incroyable.

Lou-Adriane Cassidy : « Deux doigts dans la blessure, armure de bois, un œil à la serrure, un cheval de Troie. Personne ne veut de moi, tu le savais déjà. Sauve-toi, un pied dans l'embrasure, ferme derrière toi, deux coups contre le mur. Tu ne sortiras pas. Délivrez-moi de moi, sauve-toi »,.

Hugo Lachance : Puis on parlait de Michel Rivard tantôt. Tu vois tellement que le début ça fait penser à Un trou dans les nuages. Cette référence-là, c’est un album important pour nous. Ça peut transpirer dans le thème de la tune.

Alexandre Martel : C'est drôle parce qu'il lisait un livre sur Jean Leloup, Moments de lucidité. Dedans, il parle justement de quand il a fait son album Menteur avec Paul Pagé. C'est le son d' Un trou dans les nuages, entre autres. Tout est droit, tout est parfait. Je suis content d'avoir trouvé la référence.

Hugo Lachance : C'est drôle, lui il rejetait ça à son époque, puis vous, vous vous en inspirez. C’est quand même pas mal.

Alexandre Martel : Même lui-même, je pense que Michel Rivard rejette cet album-là. Il est très auteur-compositeur dans sa façon d'aimer l'interprétation. Je pense qu'il aime ça quand c'est une seule prise. Je pense que Michel a déjà parlé du fait qu'il n'était pas nécessairement satisfait d' Un trou dans les nuages, mais les gens redécouvrent à posteriori le travail de Paul Pagé et de Marie Bernard. Ils ont amené le Québec dans la modernité à ces années-là. Grand respect pour eux, peu importe ce que les artistes pensent de leur propre disque,.

Hugo Lachance : On va passer à « Prière quotidienne ». Chapitre 20 : « Prière quotidienne ». [Musique]. « Je l'ai connu pour la peine un matin... quand je suis revenue tu m'as embrassée quand même. Je le sens dans mes veines, mon anathème. Je le sais, tu le sens. Si je mens pour qu'un autre m'aime, à genoux, je fais ma prière quotidienne presque une fois par semaine ».

Lou-Adriane Cassidy : « À genoux, je fais ma prière quotidienne presque une fois par semaine », c'est une phrase de Thierry Larose. Ça a été long l'écriture de cette chanson-là. On a demandé de l'aide au début. Thierry avait trouvé cette ligne-là et j'ai écrit la mélodie là-dessus. On ne trouvait pas les couplets. C'est tellement pop et découpé dans la composition qu'on avait de la misère à faire bien sonner quelque chose de pertinent,.

Alexandre Martel : On a demandé à notre amie Stéphanie Boulay de donner un coup de main pour les couplets. Son dernier album est vraiment bon, je l'ai réalisé d'ailleurs.

Hugo Lachance : On poursuit avec Chapitre 21 : « Ariane » (avec Ariane Roy). [Musique]. « Ariane, ma vraie sœur et ma plus belle amie. Je t'écris une chanson pour démêler le fil qui nous lie sans raison. Toi et moi. Miroir, miroir, dis-moi qui je suis, Ariane »,.

Lou-Adriane Cassidy : Ariane Roy chante une petite phrase à la fin. C'est ma vraie sœur et ma plus belle amie,.

Hugo Lachance : C’est beau et c’est « cute ». Vous faites partie, avec Thierry et Ariane, d'une nouvelle génération qui émerge. Je trouve ça beau, votre amitié et votre collaboration. C'est une belle force.

Lou-Adriane Cassidy : On s'aime, mais ça vient parfois avec des enjeux. On essaie de nommer dans la chanson cette espèce de comparaison constante qu'on vit, le fait qu'on se fasse parfois confondre et ce que ça peut déclencher en nous comme sentiment d'insécurité ou d'angoisse. Je voulais parler de l'amour que j'ai pour elle et du fait qu'on veut vieillir ensemble comme amies malgré les embûches,.

Hugo Lachance : Est-ce qu'il peut arriver une certaine compétition entre vous ? Car chacune a une carrière de son côté.

Lou-Adriane Cassidy : On essaie de ne pas nourrir ça. On vit certainement parfois des sentiments contradictoires, mais je suis extrêmement fière d'elle. Son album est incroyable. Les artistes qui m'inspirent le plus, ce sont mes meilleurs amis. J'ai une admiration sans borne pour sa musicalité et ses idées. Elle a été vraiment courageuse pour cet album-là.

Alexandre Martel : Quand on a fait « Ariane » en studio, ça a été un point tournant pour moi. On était au mixeur pour la faire et c'est une de celles qu'on a fait « Rhodes et voix » en même temps. On voulait un truc plus naturel, qui sonne moins travaillé, comme une vraie prise. C'est là qu'on a trouvé le son de la voix pour l'album. En entendant Lou chanter là, j'ai été convaincu qu'on avait touché à quelque chose,.

Hugo Lachance : On poursuit avec Chapitre 22 : « Journal d’un loup-garou ». [Musique]. « Ne crois pas tout ce que l'on dit de moi, ou la panthère ou le chat. Et si tu plonges au fond de mon regard, tu pourras voir de qui est la chanson »,.

Hugo Lachance : Très bon beat ! On est plus dans le « prog », on dirait un peu du Peter Gabriel ou du Gentle Giant.

Lou-Adriane Cassidy : J'appelais ça « une fusion » à cause du clavier, ça me faisait penser à Spain. C’est comme un blues fusion dans ma tête. C'était une chanson en réaction à ce que je n'aimais pas au Cégep, le « prog », les petites mélodies, le scat, le blues. C'est niaiseux de dire ça, car je respecte le blues, mais cette chanson-là était une réaction.

Alexandre Martel : Ça a été la chanson la plus difficile à faire. À chaque étape, Lou n'était pas nécessairement confortable. C'est de son propre chef qu'elle est allée là, mais elle doutait,.

Lou-Adriane Cassidy : On faisait les voix et je montais la voix, puis je disais que je ne pouvais pas chanter ces mots-là ni cette mélodie. On la refaisait tout le temps. Finalement, on a gardé les premiers trucs. Il y avait beaucoup de doutes à assumer ce genre de chanson qui se voulait joueuse autant musicalement que dans le texte,.

Alexandre Martel : C'est un peu sexy dans le bridge, un peu « rap ». Elle le faisait très bien d'emblée, mais de porter ça, ça a été un travail.

Lou-Adriane Cassidy : Souvent, je me mets dans des situations inconfortables, je me force, je pleure, je dis que je suis terrible, puis finalement je n'ai aucun problème à l'assumer et ça devient ma chanson préférée.

Hugo Lachance : On passe au Chapitre 23 : Message de Thierry Larose.

Thierry Larose : Salut Lou, salut Alex. Juste un petit mot pour vous dire à quel point vous êtes des amis précieux. J'aime faire de la musique avec vous, voir des films, faire de la route. J'espère que vous avez abordé la série de films Mission Impossible ainsi que son influence dans le processus créatif pendant l'enregistrement du disque. Partagez votre « ranking » personnel pour les auditeurs. À bientôt.

Alexandre Martel : C'est vraiment un ami très proche. Thierry venait souvent dormir chez nous pendant l'enregistrement. Après les sessions, c'est une tradition : on trouve une série de films et on les regarde tous dans l'ordre. Pendant le « Lou-garou », c'était Mission Impossible,.

Lou-Adriane Cassidy : Je suis une grande fan de films d'action. On a eu des débats animés sur le meilleur film. Thierry et Alex mettaient le deuxième très haut. Pour moi, le meilleur reste toujours le premier,.

Hugo Lachance : On poursuit avec Chapitre 24 : « alépok ». [Musique]. « Aujourd'hui le soleil se lève, rêve mes vieux regrets. À toujours faire la bonne élève, je n'ai jamais vraiment su ce que j'étais. Tout à fait jouer candide, serpent stupide... »,.

Lou-Adriane Cassidy : C'est moi, rien que moi, sur celle-là. On commence avec un petit beat un peu années 90. L'inspiration est venue quand on allait faire un show avec Vincent Gagnon et j'ai mis Bombs Over Baghdad. C'était un beau moment. J'ai dit à Alex que ça me prenait une chanson vite au début,.

Hugo Lachance : Ça fait très comédie musicale. L'album est un peu sombre, mais il y a ce côté-là.

Lou-Adriane Cassidy : C’est en moi. Un de mes souvenirs les plus précieux de mon adolescence, c'est d’avoir fait Marie-Jeanne dans Starmania en secondaire 3. Ça va me suivre toute ma vie. On est tous les deux fans de comédies musicales,.

Hugo Lachance : Comment ça se passe un spectacle de Lou-Adriane Cassidy ?

Lou-Adriane Cassidy : Il y a beaucoup de nuances. J'aime passer de la grande intensité et de la grande énergie au très petit et très intime. Je « headbang » beaucoup, j'ai mal au cou après les spectacles. Pour la tournée de l'album, on est huit sur scène, c'est un gros groupe. On sera aux Francos cette année sur la grosse scène. C'est le plus gros show de ma vie. Je l'ai déjà fait, mais c’est tellement intense que j’ai des « blackouts », je ne me souviens pas de grand-chose,,.

Hugo Lachance : On poursuit avec Chapitre 25 : « Chanson pour Odile ». [Musique]. « Odile, elle te prend la main doucement. Serre un peu trop fort. Aucun réconfort évidemment... C'est un peu sournois de t'avoir montré la beauté. Mais tu apprends à marcher. Tu traverses la vie même si je sais qu'elle te traverse aussi »,.

Lou-Adriane Cassidy : C'est une chanson pour la fille d'Alexandre. C'est sur mon rapport avec elle comme belle-mère, mais c'est aussi une déclaration qu'Alex a faite à sa fille par ma voix. C'est aussi sur la projection qu'on fait sur nos enfants. Quand je la regarde, j'espère qu'elle ne vivra pas les mêmes souffrances que moi. J'ai été « belle-fille » aussi, et se sentir moins importante, c’est souffrant. J'entends mes larmes dans sa voix,,.

Alexandre Martel : L'album était pratiquement tout écrit et j'ai dit à Lou qu'il manquait une chanson de guitare, une autre énergie pop avec un « strumming » qui n'arrête jamais. On avait écouté le dernier album de Charlotte Cardin et il y avait une chanson avec une guitare qui tombe tout le long. Le but était de prendre les codes de la pop contemporaine,,.

Hugo Lachance : On poursuit avec Chapitre 26 : « Tout ce qui brûle s’éteindra un jour ». [Musique].

Lou-Adriane Cassidy : C'est pour dire que l'album n'est déjà plus entre nos mains. Même le feu de la création s'éteint un jour et l'objet existe en dehors de toi. C’est un commentaire sur le temps qui passe,.

Alexandre Martel : C'est la chanson la plus conceptuelle, c'est un « filler » volontaire. On a travaillé extrêmement fort sur le son pour que l'album sonne le plus large et profond possible. Pour que tout semble sonner extrêmement bien, il fallait un contrepoint qui sonne « mal ». C'est volontairement « lo-fi », une esthétique un peu vintage. Il y a aussi un hommage à « Manish Boy » de Muddy Waters dedans,,,.

Lou-Adriane Cassidy : Le titre est aussi une référence à One from the Heart de Francis Ford Coppola, une grande influence pour l'album, et à Nothing Gold Can Stay de Robert Frost, cité dans The Outsiders. C’est notre traduction libre.

Hugo Lachance : On poursuit avec Chapitre 27 : « 16 ans bientôt 30 ». [Musique]. « La lueur au bout du doigt qui va à chaque peur ». C'est une question de Marie-José Henri : la mystérieuse Emmylou dans la voiture, c'est Emmylou Harris, ?

Lou-Adriane Cassidy : Exactement. C'est une référence à la chanson « Where Will I Be » d'Emmylou Harris qu'on écoutait beaucoup. L'idée est de personnifier la personne que j'entends dans la voiture. C'est comme mon alter ego. C’est la personnification de moi enfant qui se demande s’il est dans sa nature de laisser sa famille. Est-ce que je suis condamnée à répéter ce qui m'est arrivé, à abandonner ma famille comme j'ai été abandonnée,,, ?

Hugo Lachance : On va finir avec Chapitre 28 : « Celle-ci vient du cœur ». [Musique]. Ça, c'est directement le générique du film,.

Alexandre Martel : Le titre est une référence à Coppola, mais la façon dont on a enregistré la voix est une référence directe à Orson Welles dans son film The Magnificent Ambersons. À la fin, il y a un générique où il nomme les gens et finit en disant : « J'ai réalisé et produit ce film, mon nom est Orson Welles ». On savait qu'on voulait clore l'album comme ça,.

Hugo Lachance : Chapitre 29 : SEGMENT : Rafale. Quel est votre Top 3 de l'album ?

Lou-Adriane Cassidy : « Dis-moi », « 16 ans bientôt 30 » et « Prière quotidienne ». En spectacle, j'aime aussi beaucoup « Cours, Cora, cours »,.

Alexandre Martel : « Dis-moi », « Cora » et « Journal d’un loup-garou ».

Hugo Lachance : Quelle chanson représente le mieux l'album ?

Lou-Adriane Cassidy : « Dis-moi » ou « Journal d’un loup-garou ».

Hugo Lachance : Qu'est-ce qui vous rend heureux dans cet album ?

Lou-Adriane Cassidy : Qu'il soit fait ! Et les textes,.

Hugo Lachance : Où peut-on se procurer l'album ?

Lou-Adriane Cassidy : Sur toutes les plateformes et chez les disquaires indépendants comme le Knock-Out.

Hugo Lachance : Vos projets ?

Lou-Adriane Cassidy : On sort un nouvel album le 6 mai. On fait quelques festivals cet été puis on part en tournée partout au Québec en septembre pour une bonne année,.

Hugo Lachance : Merci beaucoup, c'était vraiment chouette. Merci à Roxan de nous avoir accueillis au Knock-Out à Québec. Abonnez-vous sur toutes les plateformes et on se revoit pour un autre épisode de l'Album Podcast,.