Melissa Fortin : Prismacolore
Melissa Fortin : Prismacolore
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Melissa Fortin site web : https://www.ambiancesambigues.com/nos-artistes/melissa-fortin
Melissa Fortin sur Instagram :https://www.instagram.com/melissafortinmusic/?hl=fr-ca
Le 22 mai 2025, l’équipe de L’Album Podcast s'est installée directement au cœur de Montréal pour un entretien intime et captivant avec la pianiste et compositrice Mélissa Fortin. L’objectif de cette rencontre : explorer les coulisses de Prismacolore, un premier album néo-classique lumineux et organique. L'épisode offre une plongée fascinante dans le parcours d’une artiste qui quitte l’ombre des projecteurs pour embrasser pleinement sa propre lumière.
// L'aventure folle au festival SXSW avec le groupe Bon Enfant
// Son rôle de claviériste et de pilier au sein de Bon Enfant
// Son parcours d'études et sa rigueur musicale
// Regard sur la vague et la génération néo-classique actuelle
// L'origine et la signification profonde de Prismacolore
// Décorticage du style et des textures musicales de l'album
// Le message surprise et touchant de Pierre Lapointe
Si le nom de Mélissa Fortin résonne chez les mélomanes, c'est qu'elle a longtemps mis son talent au service des autres. Accompagnatrice et collaboratrice recherchée, elle a partagé la scène et le studio avec des figures majeures de la chanson francophone comme Mara Tremblay, Les sœurs Boulay, Pierre Lapointe et Cœur de Pirate. C'est finalement sous l'étiquette Grosse Boîte qu'elle choisit de faire le grand saut en solo avec Prismacolore, imposant une voix unique portée par les pianos et les synthétiseurs.
Pour ce premier opus instrumental, elle s'est entourée de Nicolas Basque (du groupe Plants and Animals) à la réalisation. Ensemble, ils ont su injecter une texture moderne, brute et résolument organique au piano classique traditionnel.
« Prismacolore représente la diffraction de la lumière et des émotions à travers le piano. »
Originaire du Lac-Saint-Jean, la compositrice insuffle dans ses mélodies les grands espaces et les paysages sauvages de son enfance. Le résultat est une œuvre à la fois cinématographique et d'une grande intimité, qui célèbre le cycle des saisons et les variations de la clarté.
Au fil de la discussion, Mélissa Fortin a ouvert son carnet de création pour révéler l'histoire derrière plusieurs pièces maîtresses de l'album :
L’éveil : Un morceau délicat qui ouvre le bal, conçu pour évoquer la douceur et la fragilité d'un début de cycle matinal.
Les herbes hautes : Une composition texturée, directement inspirée par la liberté du mouvement et la beauté sauvage de la flore québécoise.
Prisme : Véritable colonne vertébrale de l’opus, cette pièce symbolise à elle seule la complexité et la richesse de la lumière lorsqu'elle se sépare.
L'été des Indiens : Un hommage vibrant à cette saison de transition unique au Québec, où la nostalgie de la fin des beaux jours se mêle à une chaleur réconfortante.
Cette proposition sensorielle a rapidement séduit la critique. Les journalistes culturels n'ont pas hésité à tracer des parallèles avec les univers de Nils Frahm ou d'Alexandra Stréliski, saluant une maîtrise technique irréprochable combinée à une sensibilité à fleur de peau. Que l'on soit musicien aguerri ou simple amoureux de récits créatifs, cet entretien met en lumière ce moment charnière où une artiste surmonte ses doutes pour transformer sa musique en un refuge universel.
La pièce qui ferme l'album, intitulée Au-delà de mes rêves, cache une valeur hautement sentimentale. Elle provient d'une vieille cassette audio passablement abîmée datant de l'enfance de Mélissa, alors qu'elle n'avait que 7 ou 8 ans. Plutôt que de nettoyer le son, l'artiste a choisi de conserver les imperfections et les « bugs » sonores d'origine pour leur pouvoir nostalgique, illustrant ainsi son long cheminement avec l'instrument.
Le titre est un clin d'œil direct à une expression typique du Lac-Saint-Jean utilisée pour désigner la mélasse. Mélissa raconte en riant que dans sa famille, la tradition veut qu'on mange la tourtière avec du ketchup, avant d'en reprendre une deuxième portion en guise de dessert, cette fois nappée de « sirop noir ». Cette habitude culinaire est d'ailleurs devenue un gag récurrent parmi ses camarades de scène du groupe Bon Enfant.
De l'aveu même de la compositrice, un manque de confiance en ses moyens et un perfectionnisme maladif l'ont freinée pendant des années. Elle a accumulé des centaines d'esquisses musicales dans ses tiroirs, passant parfois une année complète à peaufiner une seule pièce en secret. Il aura fallu l'intervention et le regard extérieur d'un tiers de confiance pour faire le tri et l'inciter à partager ses œuvres avec le public.
Mélissa mentionne avoir écouté en boucle cet ovni de la musique électronique classique — entièrement réalisé aux synthétiseurs — juste avant d'entrer en studio pour composer l'ouverture de son disque. Cette influence a grandement contribué à libérer son approche, donnant un aspect beaucoup plus spontané, texturé et original au thème d'introduction de son album.
C'est un choix à la fois créatif et stratégique. L'artiste a volontairement modifié l'orthographe de la célèbre marque de crayons de couleur de son enfance afin de créer un mot unique. Cela lui permettait d'éviter d'éventuels démêlés liés aux droits de propriété ou aux marques de commerce avec la compagnie, tout en conservant le clin d'œil nostalgique à ses outils de coloriage préférés.
Mélissa Fortin vit avec la synesthésie, un phénomène qui lui fait associer automatiquement des couleurs précises aux chiffres, aux jours de la semaine et aux notes de musique. Lors de la création, elle nomme systématiquement ses morceaux en fonction des teintes qu'elle visualise (comme « esquisse bleu marin » ou « jaune orange ») pour s'orienter à travers les ambiances et les dynamiques de son œuvre.
Si les premières notes ont bel et bien été trouvées au piano, une immense partie de la composition s'est faite sur le coin d'une table, à l'arrière d'une van de tournée. Malgré le chaos du voyage, le manque de temps et le bruit ambiant, elle a utilisé un minuscule clavier MIDI portatif pour capturer l'essence de la pièce à la volée pendant ses déplacements avec Bon Enfant.
Sources et inspirations journalistiques :
Chronique de Nicolas Houle, Palais Montcalm musique, 9 septembre 2024.
Article de Marc-Antoine Côté, Le Quotidien, 21 mai 2024.
Chronique de Philippe Renaud, Le Devoir, 17 mai 2024.
Données et propos tirés de l’entretien exclusif du 22 mai 2025 pour L'Album Podcast.