Transcription de l'épisode Melissa Fortin : Prismacolore

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Avertissement : Cette transcription est le fruit d'une collaboration avec une intelligence artificielle qui fait de son mieux, mais qui ne saisit pas toujours toutes les "subtilités" de nos discussions.  Le fichier audio/vidéo original demeure la seule référence officielle. Si un passage vous semble bizarre, faites confiance à vos oreilles et allez écouter l'épisode !


Hugo Lachance : Nous sommes le 22 mars 2025 à Montréal et aujourd'hui ça sera un épisode haut en couleur car on décortique l'album Prismacolore de Melissa Fortin, mon invitée à l'Album Podcast. Et oui, aujourd'hui je suis en compagnie de Melissa Fortin. Mais avant de vous la présenter convenablement, je tiens à remercier encore ceux et celles qui se sont abonnés à mes réseaux sociaux YouTube. D'ailleurs, je viens d'atteindre les 1000 followers sur Facebook. Pour ceux qui ne sont pas encore abonnés, vous pouvez me rejoindre sur Blue Sky, Instagram, Facebook, YouTube; prenez le temps de le faire. C'est un geste qui ne coûte pas cher, qui fait énormément plaisir et qui est vraiment motivant. Alors aujourd'hui, je suis avec Melissa Fortin. Salut. Ça va, ?

Melissa Fortin : Oui, ça va super bien. Je suis super contente de te recevoir chez-moi. Merci. J'avais hâte à ce moment-là.

Hugo Lachance : Ah mais ça me fait plaisir d'être là. Écoute, comment ça s'est passé à South by Southwest ?

Melissa Fortin : C'était du soleil. Je retiens plein de belles choses, de beaux souvenirs, de beaux bands, de la belle musique et de beaux moments avec le groupe. Mais le petit soleil à 30 degrés et la baignade m'ont fait extrêmement du bien dans ce moment-ci de l'année. Car il faut dire que j'y suis allée avec Bon Enfant; je suis claviériste dans ce groupe-là. On a fait cinq showcases.

Hugo Lachance : Le détour valait la peine?

Melissa Fortin : On a fait des super shows. Il y avait beaucoup de Québécois. Dans les soirées qu'on a faites, je me sentais un peu à Montréal des fois. On va rarement aux États-Unis, donc c'est un peu nouveau. On va plus en Europe, alors pour moi, c'était une première au Texas et c'est bien sympathique.

Hugo Lachance : Parfait ça. Super. On va parler évidemment un peu de toi. Je pose les mêmes questions à tout le monde histoire de te connaître un peu plus. Melissa Fortin, c'est une fille de où ?

Melissa Fortin : D'Alma, au Lac-Saint-Jean. Je suis à Montréal depuis je dirais 9 ou 10 ans au moins. Je suis venue ici pour faire mes études à l'UQAM en piano jazz. Je ne savais pas où j'allais aller exactement, dans quelle école, mais je savais que je voulais étudier à l'université. Donc j'ai déménagé à Montréal et je n'en suis jamais repartie,.

Hugo Lachance : Ton album d'enfance le plus loin dont tu te souviennes ?

Melissa Fortin : Mon album le plus loin que je me souvienne, mettons le premier album que j'ai reçu en cadeau, c'est vraiment gênant. Je ne sais pas si je suis game de dire ça, mais ce n'est pas grave.

Hugo Lachance : Ce n'est pas grave, c'est ça qui est le fun. Il n'y a personne qui écoute ce podcast de toute façon.

Melissa Fortin : C'est genre Alan Théo, Oublie tout, ne rêve pas. Quelque chose, mais c'est loin par exemple. Mais je me souviens, j'avais demandé ça à Noël. C'était comme un succès commercial et moi je le trouvais beau. J'étais comme : « J'aimerais ça avoir son album ». J'étais super jeune. J'ai reçu l'album puis j'ai dit à ma mère : « Finalement, j'aime plus ça ». C'est mon souvenir le plus loin du premier CD que j'ai reçu dans le fond. Après ça, les goûts musicaux sont allés dans bien d'autres endroits, mais c'est mon plus lointain souvenir.

Hugo Lachance : Et ton album d'adolescence ? Je parle d'album d'adolescence parce que c'est là souvent que les albums sont formateurs. Ce que tu aimes à l'adolescence, normalement tu vas l'aimer toute ta vie. Ça serait quoi ton album ou ton groupe d'albums d'adolescence, ?

Melissa Fortin : Mon Dieu, j'ai été DJ dans mon adolescence, peut-être plus début adulte vers 18 ans. J'ai découvert tellement de musique et de bands en faisant ce job-là. J'ai été marquée par plein d'affaires et je me tenais avec plein de gangs différentes. J'étais comme pas juste dans une affaire. Même en étudiant la musique, j'étais super ouverte. J'écoutais autant du classique que des bands de punk, du jazz,.

Hugo Lachance : Ton album de jazz ?

Melissa Fortin : J'ai écouté beaucoup, beaucoup de Brad Mehldau, pianiste très important encore vivant, qui m'a beaucoup influencée et touchée comme artiste,. Mais You Must Believe in Spring de Bill Evans m'a particulièrement marquée. C'est un classique, mais je ne me suis jamais tannée d'écouter ça.

Hugo Lachance : Ton album classique ?

Melissa Fortin : Pas nécessairement un album, mais un compositeur. Je dirais Schubert,.

Hugo Lachance : Et dans le punk ?

Melissa Fortin : Dans le punk, je dirais Dead Kennedys.

Hugo Lachance : Excellent choix. Qu'est-ce qui jouait dans le char de tes parents ou à la maison ?

Melissa Fortin : Céline Dion ou beaucoup de Joe Dassin. Daniel Bélanger, les succès radiophoniques des années 90, la radio jouait souvent. On avait des vinyles de Renée Martel. Je ne viens pas d'une famille de musiciens ou de mélomanes; c'était vraiment ce qui était populaire,.

Hugo Lachance : À quel moment as-tu réalisé que la musique allait être fondamentale pour toi ?

Melissa Fortin : Je ne sais pas pour vrai, je ne me suis jamais posé la question. J'ai tout le temps voulu faire ça, j'étais haute comme ça et je disais que j'allais être peintre ou pianiste. Je savais que j'allais aller dans les arts, mais je dirais que le piano a toujours été dominant,.

Hugo Lachance : Ton premier instrument c'est quoi ?

Melissa Fortin : Piano. On avait un petit Yamaha électrique avec trois octaves. J'ai joué longtemps là-dessus. J'étais comme un peu autodidacte au début. On n'avait pas de piano à la maison, donc pour moi les vrais pianos, c'était impressionnant. J'arrivais chez des amis qui avaient un piano chez eux et je capotais,. C'est un autre univers complètement, la pédale de sustain, le range de 88 notes, le son imposant et les fréquences que ça génère. Quand j'ai eu accès à un piano full range et une vraie touche, vers l'âge de 13 ans, j'ai complètement débloqué. J'ai eu comme un élan de composition et ça a tout ouvert.

Hugo Lachance : On te connaît comme étant la claviériste du groupe Bon Enfant que l'on salue d'ailleurs. Quels sont tes autres projets ? Car tu es vraiment une musicienne, tu vis de la musique,.

Melissa Fortin : Mon projet solo, évidemment. Après ça, j'aime faire plein d'affaires. Même si ce sont des styles qui ne me parlent pas toujours, je suis curieuse et j'aime me mettre au défi de rentrer dans l'univers de quelqu'un. La job d'interprète et d'accompagnatrice, j'aime vraiment ça aussi. Mais mon essence de compositrice ne serait pas assouvie là-dedans; il me manquerait vraiment quelque chose,,.

Hugo Lachance : Tu accompagnes qui ?

Melissa Fortin : Pierre Lapointe, plus dans ses shows de Noël. Présentement, il vient de commencer sa nouvelle tournée en trio avec deux pianistes de haut niveau, Amélie Fortin et une autre. J'ai joué aussi avec Damien Robitaille ou Jonathan Roy; c'est stimulant de rentrer dans l'univers des gens,,. On apprend tout le temps des autres claviéristes en s'échangeant des contrats. Des fois le téléphone sonne et cet été je vais jouer avec Plastic Bertrand.

Hugo Lachance : J’ai lu ta biographie pour préparer mes questions. « Issue de sa propre planète quelque part en périphérie de l'univers connu ainsi que d'Alma au Lac-Saint-Jean, Melissa Fortin a développé dès l'enfance une relation organique à la composition musicale. Nourrie par des études en piano jazz, elle contrebalance plus tard la solitude nécessaire à la création en participant à des projets divers. Ni sa nature introspective et lunatique ni son affection pour la musique classique n'ont été des obstacles à mener une certaine vie de rockstar. » C'est un beau texte de bio,.

Melissa Fortin : Merci à JP Tremblay. J'ai fourni les idées de base et la direction,.

Hugo Lachance : Ce qui m'attire, c'est ton intérêt pour la composition et ta nature introspective, lunatique, extraterrestre. Parle-moi de ton univers personnel et de l'impact de ta personnalité sur tes compositions, car tu te présentes un peu comme un OVNI,.

Melissa Fortin : La nature très lunatique, c'est 100 % vrai. C'est un défi de sortir de son cocon pour présenter un projet solo et d'être en avant. J'ai quand même du plaisir à passer incognito, même dans les shows de Bon Enfant où je préfère parfois être un peu cachée derrière l'instrument,,. Mais le piano est un instrument très solitaire; j'ai tellement passé d'heures seule dessus que ça fait partie de ma personnalité. Le côté rêveur et introspectif vient un peu de ça,.

Hugo Lachance : On est chez toi en ce moment à Montréal pour parler de ton album Prismacolore. C'est quoi la grande différence avec ton rôle dans Bon Enfant ? Comment composez-vous dans le groupe, ?

Melissa Fortin : Ma signature est devenue habituelle. Sur le premier album, on a voulu faire un clin d'œil à Plantasia de Mort Garson, de la musique électronique classique faite avec des synthétiseurs, un peu comme Wendy Carlos.  J'ai pondu Ods Lit sur le premier album. Dans le deuxième, j'ai adapté Triangle, une de mes compositions piano, au synthétiseur,. Le compositeur principal musical, c'est Guillaume Chiasson. Avec Daphné Brissette qui fait les textes, ils forment le duo de base et on entoure ça. Les pièces arrivent souvent déjà composées,.

Hugo Lachance : Raconte-moi ton parcours d'études, car je suis enseignant au secondaire. Qu'est-ce que tu dirais à un adolescent qui rêve en secret de faire ce que tu fais, ?

Melissa Fortin : Je dirais de ne pas lâcher et d'être persévérant. Moi, je ne fitais pas du tout dans le système scolaire. J'ai doublé mon secondaire 3, j'ai failli décrocher à plusieurs reprises. Je m'enfermais pour jouer du piano au lieu d'aller à mes cours. J'avais un tempérament rebelle avec les règlements,,. Mais j'ai été persévérante et j'ai fini par avoir mon baccalauréat à l'UQAM. Le temps passé à développer son projet personnel, même jeune, n'a pas de prix.

Hugo Lachance : Il y a une belle génération de compositeurs néo-classiques au Québec : Alexandra Stréliski, Jean-Michel Blais, Étienne Coppée. Est-ce que leur travail t'influence, ?

Melissa Fortin : Quand je suis dans un élan créatif, j'écoute moins de musique. J'essaie de m'éloigner des références pour que ce soit le plus authentique possible,,. On cherche plus l'authenticité que l'originalité. Le néo-classique est un genre de classique facile d'écoute. Je suis surprise de voir que mon album rejoint des gens qui n'écoutent pas ce genre de musique d'habitude,,.

Hugo Lachance : Pourquoi l'album s'appelle Prismacolore ?

Melissa Fortin : J'associe souvent des couleurs à mes chansons, comme une synesthésie. Pour moi, le chiffre deux est jaune, par exemple. J'appelais mes chansons « esquisse bleu marin » ou « jaune orange »,,. Il y a aussi un rapport à l'enfance; les Prismacolor étaient mes crayons préférés avec leur palette étendue,. J'ai ajouté un « e » à la fin du titre pour éviter les problèmes avec la compagnie.

Hugo Lachance : Nicolas Houle décrivait ton style comme original, audacieux, avec des échos de Nils Frahm ou André Gagnon, de la musique de jeux vidéo et des compositeurs impressionnistes. Est-ce que ça te décrit bien, ?

Melissa Fortin : J'ai de la difficulté à décrire ce que je fais, mais j'aime les compositeurs impressionnistes et la musique de jeux vidéo, donc ça a des échos dans ma musique.

Hugo Lachance : Quel est le contexte d'écriture de cet album ?

Melissa Fortin : C'est une subvention qui m'a donné énormément de motivation pour le faire maintenant. Je l'aurais fait de toute façon, mais le produit n'aurait pas été le même. Ça m'a donné la liberté de choisir mes collaborateurs,,. Je trouvais ça presque égoïste de composer sans partager. Je veux laisser une trace avec ma musique. Une partie a été faite pendant la COVID, et l'autre en tournée dans une van; la pièce Fleur cosmique est née sur un coin de table comme ça,.

Hugo Lachance : Comment confier ses compositions à quelqu'un d'autre ? Comment on choisit, comment on développe un lien de confiance avec quelqu'un comme ça ?

Melissa Fortin : C'est tellement parce qu'on se connaissait déjà. Mais je ne le connaissais pas à ce point-là. Puis je t'avoue que j'étais un petit peu intimidée au début. Tu te sens un peu jugée dans tes idées, dans tes affaires. Tu aimes ça, mais ça m'a permis justement de faire le tri. J'avais tellement de compositions, je me sentais sale, comme accumulée de couches, de trop d'idées. Pour vrai, j'avais sûrement des centaines de compositions qui traînaient. Des fois des esquisses, mais il y a certaines pièces sur lesquelles j'ai passé énormément de temps et que je n'ai jamais fait écouter à personne. J'ai passé genre un an à travailler là-dessus. J'y m'étais investie et je voulais garder ça quelque part, mais j'en avais trop. Ça m'a tellement aidé d'avoir quelqu'un pour me dire : « Ça, je ne vois pas le potentiel », ou : « Ça, dans la vision de l'ensemble, ça va être moins pertinent ».

Hugo Lachance : Tu étais dure avec tes idées ?

Melissa Fortin : J'envoyais au fur et à mesure. Je faisais un tri puis j'étais comme : « Est-ce que tu aimes cette idée-là ? ». L'affaire aussi, c'est que j'avais énormément de compositions, mais j'ai commencé à enregistrer mes affaires il y a deux ans. Avant, je n'avais aucune trace de ce que je faisais, à part mes cassettes avec mon prof quand j'avais 6 ans ou moi qui m'enregistrais sur un truc de karaoké. Je n'avais aucune méthode de travail. J'ai perdu je ne sais pas combien d'idées juste parce que je n'avais pas une enregistreuse à côté de moi, mon téléphone ou n'importe quoi. Je n'ouvrais même pas mon ordi pour me faire des maquettes. Je composais sans arrêt, plein d'affaires, mais aucune trace de ça, tout restait dans ma tête.


Chapitre 10 : SEGMENT : Présentation de l'album

Hugo Lachance : On va passer aux crédits comme ça on va pouvoir saluer et noter au passage les gens qui ont contribué à ça. Donc, titre : Prismacolore, année : 17 mai 2024, compagnie de disques : Pop Up. Ça, c'est avec Ambiance Ambiguë. Salut Fred Poulin.

Melissa Fortin : Même gang. Bonjour à mon monde.

Hugo Lachance : C'est ça. Réalisation : Emmanuel Éthier. Il y a Marc-Antoine Côté dans le quotidien le 21 mai 2024 qui mentionnait qu'Emmanuel Éthier à la base, c'est le même qui a réalisé l'album et avec le groupe Bon Enfant, entre autres nombreux groupes avec qui il a travaillé dans le passé. C'est quelqu'un qui a vraiment une belle vision artistique et je n'ai aucun regret. Il a amené ça vers des endroits que je n'aurais su imaginer.

Hugo Lachance : Composition et arrangement : Melissa Fortin et François Lafontaine. François Lafontaine, qui était un claviériste assez connu, entre autres pour Karkwa. Tu as travaillé beaucoup avec lui ?

Melissa Fortin : Il se retrouve sur une pièce. Il faut faire attention parce que souvent dans les crédits, il est marqué à la basse, mais il joue sur une seule pièce.

Hugo Lachance : On va y aller une par une. Le reste, c'est toutes des basses que tu as faites ?

Melissa Fortin : Oui, c'est ça. Il y a aussi Jason Kent sur « Violette ». Mais ce n'est pas un album avec de la vraie basse; il y a seulement deux pièces où il y en a. Je vois souvent dans les articles « François Lafontaine au synthétiseur », comme s'ils voulaient faire du « name dropping ». Mais j'ai tout fait les synthés. Il m'a aidé, on a fait une session où il a fait une coupe de lignes de solo. Il a ajouté des choses. Les gens cherchent des repères, donc ils mettent le highlight sur quelqu'un qui a contribué.

Hugo Lachance : C'est ça. On va le voir de toute façon pièce après pièce. Pour les musiciens à la batterie : Guillaume Métayer, Miles Dupire-Gagnon. Batterie et percussion : Aubert Gendron-Marcelet. Basse électrique : Jason Kent et Emmanuel Éthier. Talkbox : Antoine Bourque. Synthétiseur : Melissa Fortin et François Lafontaine. Piano : Melissa Fortin. Prise de son : Francis Bélanger au studio Mixart (tu as fait ça dans plusieurs studios ?). Il y a aussi Guillaume Chiasson au studio Pantoum, Pierre Girard au studio Planète, Jérémy Miro-Roy au studio Dé et François Lafontaine au studio d'Andurain. Mon Dieu, j'ai travaillé avec beaucoup de monde ! Mixage : Pierre Girard (qui revient souvent au podcast) et Ryan Morey. Période d'enregistrement ?

Melissa Fortin : Cet album-là, je l'ai enregistré sur un an et demi environ. Ça s'est fait sur un an, ce n'était pas si espacé que ça. J'ai fait trois ou quatre sessions.

Hugo Lachance : Nombre de pistes : 12. 

Chapitre 11 : Conception de la pochette. C'est une toile originale peinte par Mireille Champagne. On va la faire apparaître par la magie de la télé. Voilà ! Magnifique pochette, résultat d'une super artiste que j'ai découverte par l'entremise de Daphné.

Melissa Fortin : Je cherchais à avoir quelque chose sous l'eau, un peu flou. Je voulais qu'on me voie, mais pas de façon trop concrète, je n'avais pas le goût qu'on voit ma face. Elle est super bonne pour les mains et l'eau.

Hugo Lachance : C'est une toile faite à la peinture ou en numérique ?

Melissa Fortin : Peinture ! Une vraie toile à l'huile.

Hugo Lachance : C'est très réussi. On voit ton côté un peu plus discret. Il y a les flous, les couleurs. Ça va très bien avec le fait que tu ne chantes pas, on ne voit pas la bouche. 

Chapitre 12 : Crédits (suite). Dans les remerciements, c'est assez bref ?

Melissa Fortin : J'ai fait ça condensé, mais j'aurais pu faire quatre paragraphes de plus.

Chapitre 13 : SEGMENT : Ils ont dit.

 Hugo Lachance : On a une bonne couverture pour cet album. Philippe Renaud dans Le Devoir dit : « Melissa Fortin lance un ravissant premier album solo de compositions instrumentales originales dont la dépendance croît à chaque nouvelle écoute ». Il a bien raison. C'est la bande-son d'un mélodrame des années 80 avec la tonalité pure de son piano. Tu as eu une bonne réception ?

Melissa Fortin : Vraiment ! J'étais super étonnée de la réception et du nombre de bonnes critiques de la part de gens que je respecte.

Hugo Lachance : Quelqu'un t'a laissé un message. 

Chapitre 14 : Message d'Étienne Côté.

Étienne Côté : Melissa, mon cher ami, mon abat-jour, ma joie, ma folie, ma pulpe sans effort vers toi. Je ressors toujours grandi, grandiose. Oh toi Melissa, souffle gitane, le soleil, le souffle de l'eau brumeuse et la musique toujours vivante. Au-delà des mots qu'on ne saurait dire, la musique m'appelle et toi tu es là. Tu es là, grande déesse toujours enfin en vie. Oh les poèmes, les sauts, le marteau, le clou. Oh Babou, j'avoue que je suis ton ami. Tout me ramène à toi, Melissa : l'escalier, ma boussole, mon flasque, ma pilule, ma granule, mon joint, mon pinceau. Je te souhaite simplement une belle entrevue et que vous ayez le courage d'aller au fond des choses.

Melissa Fortin : Il est inspiré !

Hugo Lachance : J'ai demandé à Étienne Côté, qui est batteur avec Bon Enfant, de m'envoyer un message. C'est tellement son genre, c'est parfait. C'est de la belle poésie improvisée. Merci Étienne. On a un autre message. 

Chapitre 15 : Message de Marie-Pier Fortin.

Marie-Pier Fortin : Allô Mel. Si un jour j'avais dit à la petite fille de 5 ou 6 ans qui composait cette chanson-là dont je me rappelle encore — qui faisait des crises à chaque fois qu'elle se trompait et qui se faisait dire par tout le monde qu'elle devrait jouer des chansons qu'on connaît, comme le thème de Titanic — qu'un jour elle serait dans un podcast en train de parler de son album néo-classique, juste après avoir fait un show avec son band de rock et avec Margeot, elle ne m'aurait jamais crue. On est tous bien fiers de toi. C'est mon album préféré. Bye.

Melissa Fortin : Mais voyons donc ! Tu travailles fort pour ceux que tu reçois.

Hugo Lachance : Je suis le France Beaudoin des pauvres. Ta sœur, elle a appris ta chanson ?

Melissa Fortin : Elle s'en souvient. C'est une de mes premières compositions, ça s'appelait « Fini la guerre ». C'était super triste, je découvrais les tonalités et les modes mineurs. Ma sœur m'a tellement vue crier, elle a été la personne la plus proche de moi dans mon parcours musical. Je jouais tout le temps mes compositions pour elle. Elle m'entendait pratiquer sans arrêt. Marie, merci pour ce magnifique petit vidéo, c'est vraiment touchant.

Chapitre 16 : Message de Pierre Lapointe

Hugo Lachance : On interrompt ce podcast parce que Melissa a reçu un message de quelqu'un de très influent. Bonjour Melissa, ça va ?

Melissa Fortin : Oui, ça va.

Pierre Lapointe : Melissa, bonjour. On m'a demandé de te faire un petit mot et j'ai accepté tout de suite parce que c'est toujours une grande joie de repenser à cette tournée qu'on a faite ensemble. Deux tournées en fait, car ça s'est étiré sur deux ans. Je t'ai connue dans Bon Enfant, je t'ai reconnue sur la tournée de Chansons hivernales et je t'ai re-reconnue avec ton album solo, ton super album instrumental que j'écoute souvent. Bravo pour ton acharnement et ta dévotion. On sent que la musique te traverse par tous les pores de la peau. C'est beau de côtoyer des gens comme toi qui vivent et pensent en musique. Bye.

Melissa Fortin : C'est un bel être humain. C'est le fun d'avoir des retours comme ça de gens qu'on aime. On ne prend pas souvent le temps de se dire ces affaires-là, mais on s'apprécie. C'est une grande famille.

Hugo Lachance : On retourne au podcast. 

Chapitre 17 : SEGMENT : Une chanson après l'autre. Ça fait longtemps que tu as écouté ton album ?

Melissa Fortin : Ça doit faire trois mois.

Hugo Lachance : On commence avec la première pièce : 

Chapitre 18 : Ouverture. [Musique]. Ça commence au piano, un peu jazz, puis les synthés arrivent. Parle-moi de ça.

Melissa Fortin : C'est une pièce que j'ai faite section par section, ça a pris du temps. J'ai fait ça sur deux ans environ. Ça venait d'une intro que j'avais composée pour la pièce « Arvaza » sur l'album de Bourbon. J'avais joué les pianos sur son album et je trouvais qu'une intro plus longue serait cool. Je me suis embarquée dans un élan de composition. C'est une intro que j'ai pondue pendant que les autres étaient partis prendre un café. Des fois, sous pression, ça donne des trucs vraiment cools. J'écoutais l'album Plantasia avant d'aller en studio. Le même thème revient tout le temps, mais d'une façon différente, dans une autre tonalité.

Hugo Lachance : On va passer à ma pièce préférée : 

Chapitre 19 : Septagone. [Musique]. Le rythme est en 7/4. Tu as mis du drum là-dedans. Pourquoi mettre de la batterie dans ta musique ?

Melissa Fortin : Je trouve que ça soutient. Au départ, je l'avais faite au piano uniquement. C'est une vieille composition qui date de l'université. Je l'avais jouée au Festival de Jazz avec le Melissa Fortin Trio. À l'époque, je m'alignais pour faire une carrière de jazz, mais je me forçais à suivre une forme jazz avec des solos. Finalement, c'est la composition qui m'intéressait, pas nécessairement les solos.

Melissa Fortin : J'avais enregistré cette pièce-là en trio avec Simon Pagé et Louis-Vincent Hamel, des musiciens de feu. J'ai enregistré ça à McGill pour une amie, Mathilde, qui faisait sa maîtrise. Mais je ne l'ai jamais sortie. Je n'avais aucune confiance en ce que je faisais, j'étais trop perfectionniste. Finalement, je m'en suis servie comme maquette pour envoyer à Manu. Le contrebassiste Vincent Yelle est celui qui a pondu la ligne de basse originale à l'UQAM. Je devrais donner des crédits pour cette ligne, car elle est importante.

Hugo Lachance : C'est quoi les différences majeures entre les deux versions ?

Melissa Fortin : Avant, c'était vraiment piano-drum. Maintenant, il y a des claviers et une tournure plus électro.

Hugo Lachance : Ça marche très bien. Le début me fait penser à Vince Guaraldi et Charlie Brown.

Melissa Fortin : Ça me fait penser à du Vivaldi aussi.

Hugo Lachance : Je vois ce que tu veux dire. On va passer à fleur cosmique.

Chapitre 20 : SEGMENT : Track par track : « Fleur cosmique »

Hugo Lachance : C'est vrai. Oui, « Fleur cosmique ». On essaie quelque chose de nouveau. On va y aller piste par piste. Évidemment, on écoute l'album piste par piste, mais pour « Fleur cosmique », on va y aller track par track. Alors là, on improvise quelque chose. Melissa, dans son ordinateur, elle a la toune « Fleur cosmique », mais on va écouter piste par piste. Donc, on peut commencer peut-être par la piste de piano principale.

Melissa Fortin : Mais en fait, il n'y a pas de piano. Mais le clavier, ouais, c'est ça. En fait, au début, c'était supposé être une pièce qui était basée sur le piano. Elle était composée au piano. Mais ma maquette d'origine était jouée, la mélodie était jouée par du piano. Puis en studio, on avait accès à un Moog récent sorti il y a une coupe d'années. C'est un instrument incroyable. Puis là, en cherchant des sons, on est tombé sur une affaire. On s'est dit qu'on pourrait en mettre par-dessus la traque de piano que j'avais déjà. Finalement, on a comme passé le piano complètement puis c'est devenu un autre son. Ça porte bien son nom de « Fleur cosmique », c'est un genre d'extraterrestre. C'est comme la seule qui n'a aucun piano sur l'album. Elle a pris une direction vraiment différente de ce que c'était à la base, c'est devenu une espèce d'OVNI.

Hugo Lachance : C'est ta piste de base dans le fond. Puis là par-dessus, qu'est-ce qu'on ajoute à ça ?

Melissa Fortin : Par-dessus, on a des pads, ou par en dessous, ça dépend. C'est plus en dessous, mais en dessous et par-dessus. C'est une belle sandwich.

Hugo Lachance : Vraiment cool. Fait que ça, ce sont les pads qu'on peut dire qui sont en dessous de la trame principale. Ensuite, on a ajouté d'autres synthétiseurs ? Jamais assez de synthés.

Melissa Fortin : Des lignes qui font le solo.

Hugo Lachance : Ah ouais, un beau son de Moog. Waouh ! Voilà ! C'est intéressant, j'adore ça. Puis ça, ça a été doublé, harmonisé avec un autre synthé ?

Melissa Fortin : C'est le synthé qu'on vient d'entendre qui fait le solo. Puis là, il va avoir la petite montée.

Hugo Lachance : C'est ça. Puis là, il y a une autre pâte qui arrive. Et puis à ça, on a des grosses basses faites de synthés. Waouh ! C'est un peu une pièce composée... je ne sais pas, elle me fait penser à du Bach cheap, mais plus dans son... elle a comme des lignes super.

Melissa Fortin : Je me demandais si je l'avais vraiment composée comme ça, si je la gardais, mais j'aime beaucoup le résultat finalement. Je me suis assumée dans mon affaire puis je suis vraiment contente.

Hugo Lachance : Oh, puis là il y a des gros... Ah ouais, OK. Ça, c'était Aubert qui... ce sont des drums ou des percussions ?

Melissa Fortin : Ce sont des timbales. Des vraies, parce qu'elles sont quand même... il y a un processus dedans quand même. Ça sonne un peu synthé on dirait, ça a été traité un peu. Après ça, il y a les baguettes qui cognent sur le synthé. Mais qui sont comme compressées, on a mis un genre de delay à plusieurs places. C'est très percussif.

Hugo Lachance : Waouh ! Si on prend tout, c'est percussif. Merci, c'est très cool. Moi j'adore ça quand on voit en profondeur une chanson parce que tu vois tout le travail qui est en arrière puis aussi comment gérer toutes ces subtilités-là. Je pense que, vu que c'est un podcast qui est axé sur la création, je trouve ça pertinent de passer une chanson track après track pour voir comment on assemble ça, comment on mixe ça pour créer un univers.

Melissa Fortin : Je pense que c'est la pièce où Manu, qui a réalisé, a eu le plus d'influence. Il l'a vraiment amenée ailleurs. Puis toutes les idées de percussion et tout le beat principal, c'est vraiment son idée. Moi, ma maquette de base, c'était genre un truc hip-hop, une espèce de truc funk, vraiment pas pareil.

Chapitre 21 : « Nuage »

Hugo Lachance : On va passer à « Nuage ». Donc « Nuage », moi ce que j'ai pris comme note, c'est que la pièce évolue. Je trouve qu'il y a un beau jeu entre les accords mineurs et majeurs parce qu'au milieu ça devient comme un peu plus triste si on veut, puis il y a une belle relation entre l'acoustique et le synthétiseur. Très belle pièce. Je l'aime beaucoup aussi, c'est ma préférée. Vraiment tout en douceur. Il y a de belles mélodies. Je trouve que c'est une pièce qui mérite beaucoup d'attention.

Melissa Fortin : Moi aussi je pense qu'elle passe peut-être un peu inaperçue, comme une pièce discrète. C'est ça que j'aime, c'est vraiment comme une espèce de boucle à la main gauche qui continue sans arrêt, qui n'arrête jamais tout le long de la tune. La pièce est vraiment basée là-dessus.

Chapitre 22 : « Violette »

Hugo Lachance : OK. On passe à « Violette ». Là, c'est comme un autre bloc avec « Violette »; ce sont comme deux tounes différentes un peu des autres. Donc « Violette », dans mes notes, j'ai pris : retour un peu dans les années 80 avec une pièce plus romantico-pop. Je la trouve même télévisuelle un peu. Ça me ramène dans la vieille télévision des années 80.

Melissa Fortin : Moi, je n'ai pas cette vision-là, mais je n'étais pas sûre de la mettre sur l'album. C'est une des dernières qui est apparue, c'est la dernière en fait. Elle n'était pas tout à fait aboutie. J'avais de la misère à avoir une vision artistique claire, une vision finale. Puis je ne savais pas si ça allait fitter, mais en tout cas Manu l'aimait full. Je suis super contente qu'elle soit sur l'album, mais c'est celle-là que j'ai le plus de misère à jouer en live et à ressentir. J'ai de la misère à la vivre, je me sens moins proche de cette toune-là. Mais je suis contente qu'elle existe, elle est pertinente quand même.

Hugo Lachance : Dans ma tête, ce sont vraiment des images de télévision, un peu de téléroman, ce n'est pas négatif, mais c'est l'impression que ça donne.

Melissa Fortin : C'est que le piano, quand j'ajoute le piano solo, ça donne vraiment un autre aspect, c'est vraiment plus pop, plus R&B, quelque chose qui est basé sur un riff et qui est un peu obscur.

Hugo Lachance : On l'aime quand même. Une de mes questions à la fin, c'est de demander quelle est la pièce que tu aimes le moins sur ton album. Peut-être que dans un certain contexte tu la files moins, celle-là et « Prismacolore ».

Chapitre 23 : « Aube »

Hugo Lachance : On y arrive avec « Aube ». Dans mes notes, j'ai dit que c'est la plus proche de Bon Enfant. J'aime bien le choix des gammes dans le solo, j'aime beaucoup ton solo. Après une minute 30, ce sont comme des vagues de gammes différentes.

Melissa Fortin : En jazz, c'est d'aller chercher une tonalité à côté ou proche par-dessus la tonalité de base. Ça va chercher des extensions.

Hugo Lachance : C'est mon bout préféré après. Tout ce bout-là, c'est mon bout préféré de l'album. J'aime beaucoup cette pièce-là. Je trouve ça le fun parce qu'elle fait un petit peu plus rock quelque part.

Melissa Fortin : Ouais, peut-être parce que je suis dans Bon Enfant, j'ai fait une association avec eux dans ma tête. Moi aussi j'aime beaucoup les solos, j'adore ça quand ça dissonne un peu.

Chapitre 24 : « Fomo »

Hugo Lachance : « Fomo », très cool, vraiment. C'est dans mon top 3. Parle-moi de ce morceau-là.

Melissa Fortin : C'est une pièce que j'avais composée pour Bon Enfant parce que ça arrive quelquefois que David m'écrive qu'ils aimeraient ça avoir une tune plus R&B, plus Jaco Garner, ou une tune plus horreur dark. Fait que quand c'est pour quelqu'un et qu'il y a une idée précise, ça va tellement plus vite, comme une commande. Je pense que je serais bonne pour faire de la musique de commande. Je suis efficace quand j'ai une contrainte et que mon esprit ne va pas dans 40 000 directions. C'est un peu pour ça Prismacolore aussi parce que c'est infini les zones où tu peux aller pianistiquement. En ne voulant pas m'inspirer précisément de quelque chose, je me garde la liberté. Mais quand ton cerveau est tellement libre d'aller partout, tu ne sais plus où aller. Des fois, les contraintes deviennent un guide à la création.

Hugo Lachance : Exactement. Le dernier épisode que j'ai fait, c'était avec Fred et Seb Hamel. Eux se sont donné des contraintes : deux guitares pour chaque pièce, des accordages différents et jouer aux doigts. Ils n'ont pas eu le choix de créer des tunes qui leur plaisaient et ça a donné l'album Repose-pieds. Les contraintes peuvent être de bons guides.

Melissa Fortin : C'est le fun la liberté qu'on peut avoir comme artiste solo parce qu'il n'y a personne pour te dire de faire ceci ou cela. Mais ça vient avec sa charge aussi, d'où l'intérêt d'un réalisateur et d'un cerveau extérieur parce que sinon tu vires fou. Je voulais juste spécifier que je n'ai pas gardé cette toune-là pour Bon Enfant visiblement, je l'ai gardée pour moi. Elle fittait plus avec moi. C'est la pièce que j'ai composée le plus rapidement, j'ai fait ça en un après-midi.

Chapitre 25 : « Prismacolore »

Hugo Lachance : On poursuit avec « Prismacolore » avec un « e ». Une chanson mal aimée ?

Melissa Fortin : Je me suis battue avec cette chanson-là pour trouver les sections, les enchaînements, les transitions. J'étais comme dans un casse-tête infini, un problème mathématique que tu n'arrives pas à résoudre. Ça a traîné et même rendu en studio, je n'étais pas sûre de la forme. Sous pression, je savais que le studio finissait le lendemain, fait qu'il a fallu que je la finisse. C'est devenu la pièce titre parce que je suis capable de justifier son nom. Le thème qui arrive, c'est un refrain qui arrive super vite et qui est vraiment différent du reste. Tu as déjà de gros contrastes d'univers. Après ça s'en va dans une autre zone, c'est un peu comme un collage de plein d'affaires. C'est l'éventail qui est un peu flou en même temps. Surtout en live, j'ai un peu de misère avec celle-là.

Hugo Lachance : Comment tu transposes tes pièces live parce que tu n'es pas toute seule ?

Melissa Fortin : Je pense que je ne l'aime pas encore autant en spectacle, je n'ai pas encore trouvé la touche. Je n'ai jamais composé cet album-là en me disant que j'allais jouer ça en live. C'est une autre façon de composer complètement.

Hugo Lachance : Je reviens encore à Fred et Seb Hamel, eux dès le départ c'était un album de guitare et de bidouillage sans possibilité de faire des shows. Le chemin de création est différent quand quelque chose ne verra jamais le jour en show. Mais toi tu as pu quand même l'adapter.

Melissa Fortin : Vu que les pièces sont faites au piano, je peux tout faire ça solo. Mais faire ça juste piano solo, je trouve ça moins intéressant, même si c'est le fun de voir les pièces dans leur essence. Mon projet est constamment en réadaptation. J'ai trois versions du show en ce moment. Au début, je voulais reproduire exactement l'album, mais ça prenait beaucoup de musiciens et de claviers. C'est le fun que ça soit différent en live aussi.

Chapitre 26 : « Sirop noir »

Hugo Lachance : On continue avec « Sirop noir ». Moi c'est celle avec laquelle j'ai le plus de difficultés dans ton album. Je trouve ça peut-être un peu trop happy bonbon.

Melissa Fortin : Mais la finale s'en va ailleurs après. Au départ, je voulais composer une pièce qui était basée sur l'orgue, qui rendait hommage à l'instrument, un peu comme à l'église. Moi aussi je n'étais pas sûre de la garder, mais je trouve que ça met du relief dans l'album. Je rectifie ce que j'ai dit tantôt : « Fleur cosmique » n'est pas la seule sans piano, celle-ci n'en a pas non plus. Le début me fait rigoler, ça me fait penser à Madonna, Like a Virgin, ou du Billy Joel.

Melissa Fortin : Toute cette section-là, c'est un essai stylistique. C'est la seule que je n'ai pas composée sur mon piano, je l'ai faite direct en maquette en essayant des plugins d'orgue. Le processus n'était pas le même. Elle n'est pas ma préférée, loin de là. Mais en show, elle fait plus rock. Je finis le show comme ça et le monde me parle de la dernière tune.

Hugo Lachance : Pourquoi « Sirop noir » ?

Melissa Fortin : C'est comme l'orgue collant, c'est sale, un peu crotté. Chez nous au Lac-Saint-Jean, on disait sirop noir pour la mélasse. Historiquement, c'est peut-être du sirop de bouleau, mais dans notre famille on appelait la mélasse de qualité fantaisie du sirop noir. Quand on allait au Lac avec Bon Enfant, on disait qu'on allait manger une bonne tourtière et moi je prenais ma portion avec du ketchup et une portion dessert avec du sirop noir. La viande avec la mélasse, c'est bon. Chez mon grand-père, ce n'était pas de la tourtière mais du bouilli de légumes avec de la viande, et il y avait toujours une assiette avec de la mélasse dedans. J'ai gardé ça, j'en mange encore avec la tourtière que Guillaume nous fait annuellement. Ça fait très traditionnel. C'est devenu mon running gag : on s'en va au Lac, on va souper au sirop noir.

Chapitre 27 : « Zone grise »

Hugo Lachance : On continue avec « Zone grise ». C'est Windows 84 qui ouvre. C'était supposé être une ouverture à l'ouverture.

Melissa Fortin : Je l'aurais collée avec « Ouverture » pour que l'album commence, mais on trouvait que ça faisait une ouverture qui était déjà une ouverture. Elle a vraiment plus sa place comme interlude que comme pré-ouverture. Elle ne pouvait pas se ramasser à la fin parce que tu as vraiment la meilleure fin du monde sur ton album. « Zone grise », c'est comme une zone en chantier, comme si tu arrives dans l'album et que tu te pognes une zone. C'est une pièce que j'ai faite avec François Lafontaine. On a trouvé la suite d'accords ensemble, je voulais qu'on fasse un build ensemble.

Chapitre 28 : « Automne »

Hugo Lachance : On poursuit avec « Automne ». Très belle pièce, plus piano celle-là. C'est quand même minimaliste.

Melissa Fortin : C'est la plus classique et jazzy de l'album. Ce sont des compos qui sortent comme ça, comme s'il y avait un fantôme qui guidait les mains. Ça faisait 8 heures que j'étais dans un cubicule à pratiquer et à gosser des affaires à l'UQAM, dans le local de François Bourassa que je salue. C'est sorti quasiment d'un bout à l'autre. J'étais super triste en fait, je l'ai appelée « Automne » parce que c'était l'automne quand j'ai composé et je faisais une dépression saisonnière je pense.

Hugo Lachance : Moi je trouve que c'est une superbe pièce parce qu'elle détonne des autres. Elle a sa place, c'est une petite pièce fragile, j'adore ça.

Chapitre 29 : « Au-delà de mes rêves »

Hugo Lachance : On finit avec « Au-delà de mes rêves ». Très belle façon de finir l'album.

Melissa Fortin : J'aurais aimé avoir une plus grande section utilisable, mais il y avait tellement de bugs de cassette. C'est une vieille cassette abîmée, mais c'est ce qui fait le charme. Je voulais qu'on entende que c'est une vieille cassette. C'est marqué 1999 entre parenthèses.

Hugo Lachance : Tu avais quel âge en 1999 ? Si on est en 2025 et que tu as 33 ans... tu avais 7 ou 8 ans. On n'est pas bons en calcul.

Melissa Fortin : Mon père a travaillé dans un bar toute sa vie et il faisait ses inventaires mentalement à la fin de la soirée, il était hallucinant. Quand je travaillais au Quai des Brumes, je connaissais mes multiples de 3,75 et 4,75 pour les pintes.

Chapitre 30 : SEGMENT : Rafales

Hugo Lachance : On a passé à travers ton album. On va finir par une section rapide. Ton top 3 de l'album ?

Melissa Fortin : « Nuage », « Ouverture » et la troisième change selon le moment.

Hugo Lachance : Moi j'ai « Septagone » en premier, « Fomo », puis « Prismacolore ». Si tu avais une chanson pour convaincre quelqu'un d'écouter l'album ?

Melissa Fortin : « Septagone » est une bonne entrée en matière. « Fomo » aussi.

Hugo Lachance : Ta meilleure chanson en concert ?

Melissa Fortin : « Ouverture » et « Fomo ».

Hugo Lachance : Qu'est-ce qui te rend heureuse dans cet album ?

Melissa Fortin : De l'avoir fait. C'est un long processus, tu passes par plein d'émotions et de remises en question. Après l'avoir fait, tu es fière que ça existe. C'est un sentiment d'accomplissement.

Hugo Lachance : Où peut-on se procurer l'album ?

Melissa Fortin : Chez tous les bons disquaires, sur mon Bandcamp et en ligne.

Chapitre 31 : Conclusion

Hugo Lachance : Melissa Fortin, merci beaucoup pour cet entretien, c'était vraiment cool. J'apprécie les efforts que tu as mis. Merci de m'avoir accueilli chez vous. Normalement on finit par le générique, mais pendant la pause, je t'ai enregistrée jouer du piano. On va finir là-dessus. Merci beaucoup Melissa.

Melissa Fortin : Merci à tout le monde qui va écouter ce magnifique podcast.

Hugo Lachance : N'oubliez pas de vous abonner, suivez Melissa sur les réseaux sociaux et on se revoit pour un autre épisode de l'Album Podcast.

Chapitre 32 : Finale au piano