Transcription de l'épisode Stéphane Archambault : Point
Avertissement : Cette transcription est le fruit d'une collaboration avec une intelligence artificielle qui fait de son mieux, mais qui ne saisit pas toujours toutes les "subtilités" de nos discussions. Le fichier audio/vidéo original demeure la seule référence officielle. Si un passage vous semble bizarre, faites confiance à vos oreilles et allez écouter l'épisode !
Hugo Lachance : Nous sommes le 18 juin 2025 dans les locaux de Bravo Musique en provenance évidemment de Montréal. Aujourd'hui, on se retrouve à la croisée des chemins entre les aléas de la vie et la création musicale parce qu'aujourd'hui on parle de l'album Point avec mon illustre invité Stéphane Archambault à l'Album Podcast.
Hugo Lachance : Avant de vous présenter convenablement mon invité, j'aimerais remercier Caro de chez Bravo Musique de nous accueillir dans son studio. C'est vraiment cool. Aussi, je tiens à remercier les nouveaux abonnés. Merci beaucoup de soutenir ce podcast-là. Comment vous pouvez faire ? Évidemment, vous pouvez vous abonner sur les réseaux sociaux : Facebook, Instagram, YouTube, Blue Sky, vous savez quoi faire. C'est un petit geste qui est gratuit, qui prend pas de temps puis qui est vraiment encourageant pour un podcast comme celui-là. Aujourd'hui, je suis avec Stéphane Archambault. Salut, comment ça va ?.
Stéphane Archambault : Ça va très bien. Merci d'avoir accepté l'invitation. Ça me fait plaisir. C'est vraiment j'aime ça qu'on puisse prendre le temps de parler d'un album et de le décortiquer bien comme il faut.
Hugo Lachance : Oui, parce que aussitôt que j'ai écouté ton album, je me dis qu'il faut que je l'invite. J'ai adoré cet album-là. Tu es bien fin, merci. Puis comment tu vas, toi, après l'écoute de l'album ?.
Stéphane Archambault : Écoute, c'est drôle parce que c'est quand même deux ans de ma vie. Puis là, ça sort, mais ça reste des polaroïds qui ont été pris il y a un an et demi ou deux ans. Effectivement, il y a beaucoup de monde qui me demandent si ça va. Oui, ça va très bien. Je me serais senti mal de ne pas te poser la question, mais je sais très bien comment ça se passe.
Hugo Lachance : Je me sens un peu mal de te poser la question.
Stéphane Archambault : Non, non, mais c'est correct. C'est correct parce que je te dis que c'est le réflexe de bien du monde, l'empathie. Je te dirais que si ça allait vraiment mal, je ne l'aurais peut-être pas sorti, cet album-là. Tu le sors quand il est digéré. S'il n'est pas digéré, attends un peu et sors quand tu seras prêt.
Hugo Lachance : Puis tu l'as assumé, tu l'as processé. Ton album est sorti il y a à peu près trois semaines, pas loin d'un mois. Comment se passe la réception ? Comment ça se passe pour l'album ?.
Stéphane Archambault : La réception est super bonne, vraiment de bonnes critiques. Pendant que je le faisais, il y avait toujours cette idée qui revenait parce que j'avais vraiment l'intention, en faisant ça, de me détacher de Mes Aïeux. Que ce ne soit pas du Mes Aïeux. Je pense que ça aurait été la pire erreur à faire : faire un album de Mes Aïeux sans Mes Aïeux.
Hugo Lachance : Je pense que oui.
Stéphane Archambault : La question que je me posais, c'est de savoir si les gens allaient être ouverts à ce changement musical, mais aussi à ce changement de ton. Pendant un bon bout de temps avec Mes Aïeux, c'était un peu le cirque, on tapait des mains et on chantait des chansons à répondre. Il y avait un côté festif présent qui n'est plus tellement là.
Hugo Lachance : Je comprends qu'il n'est plus tellement là, mais je pense que les gens auraient été curieux, c'est sûr et certain. Est-ce que les gens l'auraient accepté ? Ça, j'avoue que quand on se confie et qu'on se livre là-dessus... on va en reparler un peu plus tard de ton album. Avant, je veux te présenter correctement. Je pose toujours les mêmes cinq questions à toutes mes invités parce qu'on commence tous quelque part. Stéphane Archambault, c'est un gars de où ?.
Stéphane Archambault : Je suis né à Ville Saint-Michel, à Montréal. J'ai déménagé en banlieue, dans une petite banlieue bourgeoise qui s'appelle Lorraine, sur la Rive-Nord, au milieu de ma maternelle. J'ai fait pas mal toute ma vie d'enfant et d'adolescent là-bas, pour ensuite revenir à Montréal.
Hugo Lachance : Parlant d'enfance, quel est ton album d'enfance le plus lointain dont tu te souviennes ?.
Stéphane Archambault : Le plus loin que je me rappelle, j'ai eu un disque que j'ai beaucoup écouté : Goldorak comme au cinéma. C'était comme un épisode de Goldorak mais juste à l'audio, avec des grosses chansons. Ça serait pas mal mon album d'enfant.
Hugo Lachance : Puis ton album d'adolescence, celui qui t'a formé ?.
Stéphane Archambault : Je vais en nommer deux. Le premier album que j'ai acheté avec mes sous et dont j'étais fier de l'avoir acheté : The Head on the Door de The Cure. Puis sinon, à peu près dans la même époque, un album que j'écoute encore beaucoup : le premier album de Violent Femmes. Ça a été pas mal mes gros albums.
Hugo Lachance : Qu'est-ce qui jouait dans la voiture de tes parents ou à la maison ? Tu baignais dans quoi ?.
Stéphane Archambault : Mes parents n'étaient pas de gros écouteurs de musique. Chez nous, on avait peut-être une dizaine de vinyles : du Joe Dassin, du Jean Lapointe (beaucoup de Jean Lapointe, on avait presque l'intégrale), un peu de Ginette Reno. En anglais, Ray Charles et Charles Aznavour. C'était la glorieuse époque de CFGL. Assez curieusement, j'ai conservé un amour pour certaines de ces chansons très cheesy, mais il y a des chansons que je fais jouer encore et où je ressens un certain plaisir.
Hugo Lachance : Puis ton premier instrument, c'était quoi ?.
Stéphane Archambault : Je ne suis pas musicien, faut le préciser. Le premier instrument, j'avais reçu pour ma fête un orgue de marque Boni, avec des petits boutons pour faire les accords. J'ai appris à peu près trois chansons là-dessus avant de le laisser de côté. Sinon, c'est la fameuse flûte à bec des écoles. J'ai fait partie d'une harmonie, mais tous les instruments que je te nomme, j'en joue très mal. Je bisonne un peu sur des affaires, mais rien de sérieux.
Hugo Lachance : À quel âge ou comment as-tu découvert ton instrument, qui est ta voix ?.
Stéphane Archambault : La première affaire que j'ai découverte par rapport à la musique, c'est le pouvoir de la musique. Quand j'étais jeune, c'est ça qui m'a attiré bien plus que de faire aller ma voix : me rendre compte que celui qui contrôle la musique contrôle la fête.
Stéphane Archambault : J'ai reçu pour ma fête de ma tante cool — on a tous une tante cool — les 15 premières positions du palmarès en 45 tours. Ce qui fait que quand j'étais invité dans des fêtes, j'arrivais avec mes 45 tours. Je n'étais pas très danseur, je n'aimais pas tant ça, alors je m'installais en arrière des tables tournantes et c'est moi qui faisais jouer les disques. J'ai beaucoup aimé pouvoir contrôler l'ambiance. J'ai été DJ après ça dans des bars, mais pas un DJ qui faisait de gros remix ; plutôt dans un bar alternatif à Sainte-Thérèse où on faisait jouer autant du Led Zeppelin que du Téléphone, avec une tendance un peu punkish.
Hugo Lachance : On va continuer. Je me renseigne pas mal sur mes invités et j'aime consulter les pages Wikipédia. Déjà, sur ma page Wikipédia, ma date de fête n'est pas bonne. Elle est un peu plate parce qu'il n'y a pas grand-chose de drôle. Stéphane Archambault est un acteur et chanteur québécois, il s'est fait connaître pour son rôle dans le téléroman 4 et demi dans les années 90.
Stéphane Archambault : C'était gros, 4 et demi. Je n'avais pas un si gros rôle que ça, j'avais un rôle épisodique qui revenait toutes les deux ou trois épisodes. Mais si on fait le parcours de ce qui m'a amené à la musique, je sortais de l'École nationale de théâtre. Quand tu es là-bas, tu travailles comme un forcené, 7 jours sur 7, de 9h le matin à 9h le soir. Tu es habitué à travailler comme un fou, tu ne gagnes pas une cenne et tu manges des toasts au beurre de pin. Soudainement, je sors de l'école et j'ai ce rôle à la télévision. J'ai un salaire extraordinaire pour moi à cette époque-là, mon année financière est faite. J'ai du temps et de l'énergie parce que je suis habitué à travailler.
Stéphane Archambault : Il a fallu que j'occupe mon temps. Mon coloc Frédéric Giroux, devenu le guitariste de Mes Aïeux, était un jammeux de guitare. Frédéric n'était pas un chansonnier, c'était un jammeux. Souvent, il grattait la guitare et s'inventait des grooves. Je me promenais dans la maison et je lui demandais ce qu'il faisait. Par hasard, j'ai mis les paroles de Dondaine Laridaine sur une mélodie qui n'avait aucun rapport. On a trouvé ça cool. Tranquillement, on s'est mis à composer dans un mode plus traditionnel. L'idée de base était de faire du funkclorique. Finalement, c'est ce qui a fini par donner Mes Aïeux. Pendant longtemps, c'était un groupe de jam, de salon et de bière.
Hugo Lachance : Tu es également le chanteur et l'auteur des textes du groupe néo traditionnel Mes Aïeux depuis la fin des années 90.
Stéphane Archambault : Oui, au tournant des années 2000, je pense que la date officielle du début est 1997.
Hugo Lachance : Tu as étudié à l'École nationale de théâtre, fini en 1995. Tu as également été membre de l'équipe des Rouges à la Ligue nationale d'improvisation avec laquelle tu as remporté la coupe Charade en 2004.
Stéphane Archambault : C'est une de mes grosses fiertés. J'ai joué beaucoup à l'impro avant, quand j'étais jeune au secondaire et au cégep. Quand j'ai commencé l'école nationale, on a arrêté. Quand je suis sorti de l'école, c'était une des affaires que je voulais faire : un retour à l'impro. J'ai commencé en jouant à la LIME avant de transférer à la LNI. Juste de dire que mon nom est sur la coupe Charade, pour moi, c'est une grande source de fierté. Une partie de mon cheminement vient de l'épiphanie que j'ai vécue la première fois que j'ai vu un match d'impro. Dans le temps, ça jouait à Télé-Québec. Je capotais parce que j'étais un sportif, j'aimais le hockey, et ce mélange de hockey et de théâtre est un jeu incroyable.
Hugo Lachance : Est-ce que ça t'a servi en spectacle ?.
Stéphane Archambault : Tout le temps. Ça sert dans mon métier, mais ça a servi ailleurs. Quand tu maîtrises l'impro, tu n'es jamais mal pris, tu as de la répartie. J'ai été pendant trois étés moniteur de camp de vacances ; avec de l'impro dans ta poche, tu n'es jamais dans la merde. Si un jeu ne marche pas, tu inventes un nouveau règlement et ça finit par fonctionner. C'est la carte ultime pour te sortir de n'importe quelle situation.
Hugo Lachance : Pendant deux décennies, Mes Aïeux a été un incontournable de la scène québécoise, récipiendaire de 13 Félix. On lui doit le canonique hymne provincial Dégénérations. Moi, je suis enseignant au secondaire et cette chanson est vraiment entrée dans les écoles parce que les élèves la connaissent. C'est fou pareil.
Stéphane Archambault : Ça nous a complètement dépassés, cette histoire-là. Cette chanson apparaît sur notre troisième album. On a fait deux albums avant où on pensait à tort qu'on pourrait peut-être avoir un single qui jouerait à la radio. On envoyait des chansons et c'était tout le temps refusé. Quand est arrivé le troisième album, on s'est dit qu'on allait arrêter de se faire des accroires et qu'on ne composerait pas pour faire des singles. On voulait se faire un album pour nous. Dans ce temps-là, quand je composais, j'avais beaucoup le spectacle en tête.
Stéphane Archambault : Ce qui nous manquait au moment où j'ai écrit Dégénérations, était une chanson d'ouverture de spectacle. On revient à ma formation de théâtre. Ce sont les fameux trois coups de théâtre qui disent : « Fermez vos gueules, ça va commencer ». C'était une chanson qui commençait avec un spot sur moi qui chantait le premier couplet, puis les autres arrivaient. On dévoilait le groupe pour que le monde ait le temps de voir chacun des intervenants et de se dire que c'était un band.
Hugo Lachance : Je pense que ça a bien marché l'idée que ce n'est pas Stéphane Archambault et son band.
Stéphane Archambault : On a travaillé fort et on a résisté parce que l'industrie appelle ça. Si tu passes des entrevues, les médias disent souvent qu'ils veulent Stéphane. Notre façon de répondre à ça, parce que ce n'est pas bon pour un band si on voit tout le temps le même, c'était de dire à notre équipe de presse que les médias ne pouvaient pas exiger un membre en particulier. Si tu veux Stéphane, tu es obligé d'inviter le band au complet.
Hugo Lachance : C'est une bonne chose. J'ai invité Lou-Adriane Cassidy et son conjoint Alexandre Martel parce que je trouvais pertinent d'inviter les deux, ça a donné beaucoup de profondeur à l'épisode.
Stéphane Archambault : Rien ne se fait tout seul. Si je vais seul en entrevue pour parler de Mes Aïeux, le monde a l'impression que c'est moi qui a fait les chansons et que la paternité de chaque idée m'appartient, alors que c'est en ébullition collective. On était chanceux parce qu'on n'a pas cherché longtemps : c'était mon coloc, mon frère, ma blonde. Éric Deslauriers était le musicien de la ligue d'impro dans laquelle on jouait. On était vraiment chanceux que les bons morceaux du puzzle soient arrivés.
Hugo Lachance : C'est fantastique ce que vous avez réussi à accomplir parce que là vous êtes vraiment inscrits dans l'histoire de la musique québécoise. Ce qui est le fun pour moi maintenant, c'est de rencontrer des artistes qui ont écouté Mes Aïeux quand ils étaient jeunes. Lou-Adriane Cassidy et Ariane Roy me disaient qu'elles avaient été emmenées dans des shows de Mes Aïeux. J'espère plus avoir laissé des souvenirs de spectacle que des souvenirs de chansons.
Hugo Lachance : C'est un album qui a été dans l'espace.
Stéphane Archambault : La ligne orange. C'est une affaire avec Julie Payette. On reçoit un courriel de l'Agence spatiale canadienne nous demandant la permission d'amener notre disque dans l'espace. Comme Julie est une astronaute canadienne, elle avait le droit d'amener quelques éléments représentant sa culture : un drapeau de la ville de Gaspé, un chandail de Maurice Richard et notre album. J'ai une plaque chez moi avec la face de Julie Payette et notre album qui flotte dans l'espace, c'est pas pire.
Hugo Lachance : Est-ce que ça a joué dans l'espace ?.
Stéphane Archambault : J'ai demandé à Julie et elle a dit oui. Elle expliquait qu'il n'y a pas de la musique qui joue constamment, mais pour garder la tonicité de leurs muscles, ils doivent faire du vélo stationnaire. Quand tu es sur le vélo, c'est toi qui contrôles la musique. Elle nous a confirmé que quand elle faisait du vélo, il y avait un de nos trucs qui jouait.
Hugo Lachance : Bravo.
Chapitre 8 : Discographie
Hugo Lachance : Je veux juste résumer la discographie de Mes Aïeux. Donc, en 2000, Ça parle au diable ; 2001, Entre les branches ; 2004, En famille ; 2006, Tire-toi une bûche ; 2008, La ligne orange avec une des plus belles pochettes de l'histoire de la musique. Ah ben là, c'est Rabagliati, on le salue.
Stéphane Archambault : Ouais, j’étais un grand fan.
Hugo Lachance : Et puis le dernier, en 2012 quand même, À l'aube du printemps. Est-ce qu'il manque quelque chose ?.
Stéphane Archambault : Il y a eu un single qu'on a fait pour la fibrose kystique, mais sinon c'est pas mal ça. Une longue, longue pause avant de revenir à la musique.
Hugo Lachance : Je continue avec ta carrière pour un portrait du personnage. À la télévision, il y a eu 4 et demi, Les héritiers Duval....
Stéphane Archambault : Les héritiers Duval. C'est drôle que tu aies ça là-dessus. Là, je fais un rôle d'à peu près trois répliques.
Hugo Lachance : Comme un classique, j’étais content d'en parler. Et ensuite, La vie la vie.
Stéphane Archambault : Oh mon dieu, La vie la vie ! Ça, c'est quand même assez hot.
Hugo Lachance : Rumeur, fin des années 90 et début 2000. Des grosses émissions. C’est toutes les émissions qui passaient quand moi je grandissais.
Stéphane Archambault : Mais ça, c'est comme ma trilogie de télé dans le sens où je me considère chanceux d'avoir été sur 4 et demi, La vie la vie puis Rumeurs qui ont été trois émissions qui ont super bien marché. Je ne dis pas que c'est grâce à moi, mais je me considère chanceux d'avoir été dans des shows qui marchaient, parce que des fois tu peux te ramasser, et ce n'est pas de ta faute, dans une émission qui dure longtemps mais qui n'est pas bien foutue.
Hugo Lachance : Et il y a eu Caméra Café aussi.
Stéphane Archambault : Ouais, ça aussi, ça a été très court, une ou deux saisons pas plus.
Hugo Lachance : Et puis là, depuis 2022-2023, tu es l'animateur de La grande veillée.
Stéphane Archambault : Oui, mais entre ça, j'ai animé à la radio. Des bonnes émissions en plus.
Hugo Lachance : J’en ai écouté quelques-unes, merci. C’est un gros défi, hein ?.
Stéphane Archambault : J’ai eu beaucoup, beaucoup de fun à faire ça. En fait, dans ce cas-ci, l'impro est un piège. Parce que les premières émissions, je me disais qu'on allait faire jouer telle affaire et que j'allais parler de telle chose. Mais quand tu es en radio, tout seul devant ton petit micro, si jamais tu commences à « pogner le Garnot », il n'y a personne qui te ramène ou qui te pose une question. Il faut que tu te ramènes avec grâce. Je me suis rendu compte qu'une bonne émission de radio, c'est beaucoup, beaucoup de travail. J'ai fait ça pendant 9 ans et c'était trois grosses journées de préparation pour faire un 2 heures de radio. À écrire mes textes, c'était beaucoup plus écrit que je ne le pensais au départ. Je pensais me faire des « points de forme ».
Hugo Lachance : Je peux comprendre parce que juste en faisant le podcast, qui est une conversation, je fais du montage et j'enlève les bouts où je me tape sur les nerfs. C’est comme un privilège, j'ai l'air bon mais je ne suis pas si bon. J'ai reçu Claude Rajot aussi à la troisième saison. J’ai adoré ses émissions à Radio-Canada, c'était vraiment cool.
Stéphane Archambault : Ouais, Radio-Canada.
Hugo Lachance : Au cinéma : Mambo Italiano. C’est écrit que tu jouais un gars « cute » là-dedans.
Stéphane Archambault : Ça m'est arrivé souvent de jouer le gars cute. C’est plat, c'est vraiment plat pour vrai. Tu reçois ta définition de personnage et c'est écrit « cute ». Mais tu joues ça comment ? Tu ne le joues pas. Pour Mambo Italiano, ce qu'il y a de plus drôle, c'est que c'est un tout petit rôle, trois jours de tournage, et j'ai été coupé au montage. Je ne suis pas dans le film.
Hugo Lachance : Gerry puis Starbuck.
Stéphane Archambault : Oui, mais c'est encore là des petits rôles. Dans Gerry, je fais le rôle d'Alain Simard.
Hugo Lachance : Au théâtre : Voyage au bout de la nuit de Wajdi Mouawad.
Stéphane Archambault : Ça, ça a été probablement un des plus beaux shows que j'ai faits de ma vie. C'était une affaire de mongol. C’est un show qui durait 5 heures. On était en troisième année à l'école de théâtre et ça a tellement bien marché qu'après, on est allés en Belgique. On est revenus jouer à Montréal, on l'a tourné longtemps. On voulait tellement que ce soit une expérience. C’était autour des romans Voyage au bout de la nuit et Mort à crédit de Céline. Il y avait des moments vraiment flyés. La plupart du temps, on commençait le show à minuit. On traversait la nuit avec le public. Le show se finissait et le soleil se levait. C'était magique, vraiment magnifique.
Stéphane Archambault : Un exemple : à un moment, il y a la guerre. Avant chaque show, notre directeur de prod s'en allait dans un marché public pas loin et ramassait tout ce qu'il y avait de tomates pourries. Quand on faisait les scènes de guerre, on faisait semblant de tirer sur le public et il y avait deux personnes dans les coulisses de chaque bord qui lançaient des tomates pourries. L'effet que ça faisait, c'était écœurant. Tuer un acteur avec une tomate, c'est lourd de signification.
Hugo Lachance : Tu t'es fait lancer des tomates !.
Stéphane Archambault : Je me suis déjà fait lancer des tomates solides et j'en suis mort de rire.
Hugo Lachance : Il y a aussi Les Gagnants, une mise en scène de ton frère François.
Stéphane Archambault : C’est un beau texte que j'aime beaucoup, qui n'a pas été joué si souvent.
Chapitre 9 : SEGMENT : Présentation de l'album
Hugo Lachance : On passe au segment de présentation de l'album. J’ai commencé à préparer un texte parce que, comme je te disais, je n'étais pas un fan de Mes Aïeux, mais quand j'ai rencontré ton album, ça a fait : « OK, waouh, c'est bien fait ». Je l'ai écouté une dizaine de fois. Je te lis ça : entre rupture et rapaillage, c'est précisément là que se situe l'album Point de Stéphane Archambault. Une séparation, c'est dur, mais parfois ça peut donner de maudits bons albums. Lorsque le quotidien bascule, l'art dans la chute est de bien savoir se relever. Point n'est pas seulement une série de complaintes pour cœurs brisés. Blessure, cassure, cicatrice et remise en question sont les thèmes qui nourrissent la réflexion d'Archambault qui s'ouvre avec transparence dans un moment de grande vulnérabilité. Si cet album s'avère thérapeutique pour l'auteur, il l'est tout autant pour l'auditeur. L'histoire, c'est quoi ?.
Stéphane Archambault : C’est banal dans le fond, c'est une rupture après 25 ans de vie commune. C'est un gros morceau de ma vie qui se terminait. Il y avait un triple deuil : le deuil du couple, le deuil de la famille et le deuil du groupe. Je me suis ramassé dans un appartement, un 5 et demi à Bois-des-Filion pour ne pas être trop loin de ma fille. J’étais travailleur autonome et à ce moment-là, je n'avais pas de job. Je me suis ramassé dans un appart vide parce que les meubles sont restés à l'autre place. J’ai été longtemps tout seul dans cet espace vide parce que je ne voulais pas accueillir mes enfants dans des boîtes et que papa fasse pitié. J’étais convaincu que la musique était terminée parce que je ne suis pas musicien. Je me suis mis à écrire en pensant que ce serait peut-être un roman ou une télésérie. Tranquillement, je me suis rendu compte que ce qui sortait était une structure de chanson. Je n'étais pas prêt à appeler des amis musiciens pour jammer. J’ai commencé à composer mes mélodies à cappella avec mon iPhone dans l'appartement.
Hugo Lachance : C'est France Beaudoin qui a motivé tout ça.
Stéphane Archambault : On jasait après le En direct de l'univers de Paul Piché. Je lui ai dit que j'aimerais ça faire un vinyle à mon nom. Elle m'a mis au défi de lui fournir une toune par semaine par courriel. Juste le fait d'avoir quelqu'un qui attendait un résultat, ça m'a beaucoup stimulé. C’est vulnérabilisant d'arriver devant un musicien avec juste sa voix.
Hugo Lachance : Comment as-tu approché Marie ?.
Stéphane Archambault : Il y avait une chanson, Point tournant, qui l'impliquait plus parce qu'on tourne autour de la séparation. Je voulais qu'elle l'écoute avant que ça sorte parce qu'on est des personnalités publiques et qu'il y a les enfants là-dedans. Elle l'a écoutée seule et elle m'a dit : « C'est bon ». J’ai eu sa bénédiction. Cet album m'a aidé à passer à travers. Une fois que tu as écrit et chanté une blessure, ça te permet de la mettre en arrière beaucoup plus facilement.
Hugo Lachance : Pourquoi l'album de rupture est-il si bon ?.
Stéphane Archambault : Vincent Vallières m'a accompagné pour les textes et il m'a dit : « Stef, n'oublie pas que la chanson, c'est l'axe à gueule ». Il faut qu'il y ait au moins une phrase qui donne une claque, déstabilisante ou ébranlante. Dans une rupture, tes émotions sont à vif, tu n'as pas besoin de « faker » la solitude. Avec Mes Aïeux, l'objet observé c'était le Québec et la société. Là, c'est moi. Vincent me disait : « Tu tournes autour, tu ne rentres pas dedans. Va où ça fait mal ». C’est un exercice de « no bullshit ». Plus tu es personnel, plus tu es universel.
Chapitre 10 : Le jeu des étiquettes
Hugo Lachance : Où se situe Point dans le spectre musical ?.
Stéphane Archambault : C’est un album de chansons, comme il s'en faisait dans les années 70. Si Jean-Pierre Ferland sortait un album, on ne lui demandait pas si c'était folk ou quoi, c'était du Ferland. Ma quête, c'est d'essayer de trouver c'est quoi du Archambault.
Chapitre 11 : Les crédits
Hugo Lachance : L’album est sorti le 23 mai 2025 chez Bravo Musique, réalisé par Joe Grass. Il y a aussi ton fils Clovis au piano et ta fille Jeanne aux voix.
Chapitre 12 : Joe Grass et Robbie Kuster
Hugo Lachance : Sylvain Cormier écrit que Joe Grass a arrangé les chansons comme on ouvre des fenêtres panoramiques et que Robbie Kuster a joué comme on joue dehors. Pourquoi ces gars-là ?.
Stéphane Archambault : Au début, j'ai travaillé avec des gens du milieu trad, mais je me suis rendu compte que je faisais du Mes Aïeux sans Mes Aïeux. Joe Grass était le chef d'orchestre sur mon émission La grande veillée. Il est dans un milieu plus anglophone et connaissait à peine Mes Aïeux. C’était la plus belle opportunité de page blanche. Mes conditions à Joe étaient : je ne veux pas de tapage de pied et je ne veux pas de violon. J’ai voulu changer de famille carrément.
Stéphane Archambault : Clovis, mon fils, a joué du piano. Je n'ai jamais trouvé les mots pour expliquer la séparation à mes enfants en chanson, alors je leur ai dit : « Venez donc sur mon album ». Joe Grass est une magnifique bébite de musique. Robby Kuster arrive en studio avec une poche de hockey pleine de percussions bizarres. Avec Joe, on avait un squelette et tout se passait dans le studio. Je sortais des journées de studio complètement galvanisé.
Chapitre 13 : Les crédits (suite)
Hugo Lachance : Prise de son et mixage par Pierre Girard au Studio 3. On salue Pierre. L’enregistrement s'est fait fin 2024, en 7 jours environ. Il y a 12 pistes pour une durée de 41 minutes, ça rentre bien sur un vinyle.
Chapitre 14 : Conception de la pochette
Hugo Lachance : L'image du chanteur donnant un coup de pied dans une boîte sur la pochette de Point est évocatrice. Stéphane Archambault, il fait d'abord un clin d'œil au carton de déménagement vers sa nouvelle vie. Il précise également ne pas avoir envie d'être mis dans une boîte, dont celle de la musique traditionnelle collée à son groupe Mes Aïeux. Comment avez-vous abordé le visuel de l'album ?
Stéphane Archambault : Le visuel de l'album, on le cherchait encore au moment où on a fait un clip. Il fallait sortir un single qui annonçait la sortie de l'album. On avait choisi la chanson « Solo Soleil », puis c'est moi qui ai évoqué ça dans un brainstorm. J'aime l'idée de la boîte de carton, le déménagement, tout ça.
Hugo Lachance : Regarde juste, est-ce qu'on la fait apparaître, la pochette ? Vas-y donc : 1, 2, 3... et voilà, elle est là.
Stéphane Archambault : Super la magie. Mais je l'aime beaucoup cette pochette-là, mais elle est apparue un peu par hasard. On tourne le clip, puis vers la fin du tournage, il y a une photographe qui est là, Camille Gladu, qui prend des photos. Là, on est rendus à la fin, tout le décor est un peu démonté, il reste juste une espèce de gros spot. On s'est dit : « OK, faites des affaires avec la boîte ». À un moment donné, je me suis mis la boîte sur la tête. Pour une raison X, j'ai donné un coup de pied dans la boîte.
Stéphane Archambault : Après ça, quand on a regardé les photos du tournage, on a vite accroché sur cette photo-là parce qu'il y avait un mouvement. Il y a quelque chose qui se passe. Ce n'est pas moi qui pose, c'est moi qui fais quelque chose. C'est spontané. Je me suis rendu compte que la symbolique du coup de pied dans la boîte allait justement au-delà du déménagement. Dans la vie, on souhaite ne pas se faire mettre dans une boîte, mais souvent on s'y fait mettre. C'est un peu une façon de dire au monde : « Si vous pensiez que j'étais dans cette boîte-là, je ne le suis peut-être pas tant que ça ». On passe à autre chose.
Hugo Lachance : C'est une pochette qui est spontanée. Je trouve que ça va très bien avec l'atmosphère de l'album aussi.
Stéphane Archambault : Tout à fait.
Chapitre 15 : Les remerciements
Hugo Lachance : Parfait. Les remerciements, il y en a beaucoup. Évidemment, tu remercies la grande famille de Mes Aïeux, les disques Victoire, Catherine Laberge, France Beaudoin dont on a parlé, puis Vincent Vallière qui ont vraiment des rôles importants pour les conseils, les encouragements et les coups au cul.
Stéphane Archambault : Exact. Ça prend des coups au cul, pas juste des coups dans la boîte, ça c'est clair.
Hugo Lachance : Olivier Demers pour tout le travail investi et la confiance.
Stéphane Archambault : Olivier, c'est le violoniste du groupe Le Vent du Nord. Il a été dans ceux au début avec la gang trad avec qui j'ai travaillé.
Hugo Lachance : Évidemment, les frères et la famille, Clovis et Jeanne qui ont participé. À Audrey-Michèle pour l'inspiration, l'amour, le talent et les questions challengeantes.
Stéphane Archambault : Tu connais Audrey ?
Hugo Lachance : Non, je ne connais pas Audrey.
Stéphane Archambault : Audrey-Michèle a fait les backs là-dessus. Elle a sorti un album solo qui s'appelle La montagne en forme de maison qui est un excellent album, c'est très folk. Tu vas aimer ça. On a beaucoup échangé autour de cette idée de se mettre à nu parce qu'elle venait de faire un album de rupture. Tu remercies tes musiciens, Pierre Girard, Joe Grass. Puis la dernière phrase : « Cet album n'a bénéficié d'aucune aide gouvernementale quelle qu'elle soit, je l'ai payé de ma poche ».
Chapitre 16 : Le financement
Hugo Lachance : On parle rarement d'argent, mais comment on finance un album comme celui-là ?
Stéphane Archambault : J'ai l'âge que j'ai, j'ai 55 ans. J'ai eu de la job, donc il y a des montants que j'avais placés. Mais j'ai fait trois demandes de subventions qui ont été refusées les trois. J'étais étonné. En même temps, il y a plein de monde qui font des demandes et il y a de moins en moins de cash. Je ne commencerai pas à dire que j'aurais dû, mais je ne les ai pas eues. J'avais la chance d'avoir un peu de cash derrière moi, mais reste que c'est beaucoup d'argent un album.
Hugo Lachance : Exactement, il faut que tu payes ton monde.
Stéphane Archambault : Où j'en suis dans la vie, je ne peux pas demander à personne de travailler à rabais. Je ne peux pas demander à quelqu'un du niveau de Joe Grass de me faire un deal. J'ai bien payé mon monde.
Hugo Lachance : Ça amène une autre couche à l'investissement personnel dans cet album-là. Il y a une prise de risque.
Stéphane Archambault : Oui, c'est sûr. Mais en même temps, il y a quelque chose qui te dit que j'ai vraiment envie de le faire. Cet album-là existe parce qu'il fallait qu'il sorte. Ce serait drama queen de dire que c'est une question de vie ou de mort, mais c'est une question de bien-être personnel. Il y avait ça qui avait besoin de sortir, peu importe combien ça m'a coûté. Ça vaut chaque cent. Je m'étais dit qu'il faudrait que dans 10 ans, quand je regarderai cet album-là, je sois encore fier.
Hugo Lachance : On va passer au segment « une chanson après l'autre ». Est-ce que ça fait longtemps que tu as écouté l'album ?
Stéphane Archambault : Ça fait un petit bout. Je l'ai écouté beaucoup en tout cas.
Hugo Lachance : On commence avec « Complainte entre deux âges ».
Chapitre 18 : Complainte entre deux âges
Stéphane Archambault : (Chant) Ma jeunesse, tu me quittes. Ma jeunesse, tu t'en vas. Le temps des fleurs passe si vite. Je suis rendu trop vieux pour toi. Je garde dans ma souvenance, sur ma langue le goût du vin doux. Les folles nuits étourdies d'errance à vivre juillet au mois d'août. Ma jeunesse, tu m'abandonnes. Notre union fait son temps. J'entends l'horloge grand-père qui sonne. Le soleil penche vers son couchant.
Hugo Lachance : Quelle belle introduction.
Stéphane Archambault : L'idée de la commencer à cappella était une évidence parce que je voulais faire un clin d'œil à l'état premier de ces chansons-là que j'ai composées tout seul avec mon micro. Je voulais que l'album commence et finisse comme ça, à cappella.
Stéphane Archambault : Je viens du trad. C'est un aspect du trad qu'on connaît moins. Quand on pense au trad, on pense à la danse, à la gigue, aux chansons à répondre et aux trucs festifs. Mais dans une veillée, il venait un moment où les danseurs étaient fatigués. Quand la soirée descendait, c'était le temps des complaintes. C'était souvent les femmes qui les chantaient. Ce sont des chansons lentes et tristes qui faisaient réfléchir. Avec Mes Aïeux, on n'avait pas touché à ça. Sur l'émission La grande veillée, il y avait Cédric Dind-Lavoie qui a fait un travail fantastique avec ses albums Archives où il prend des gens qui chantent des complaintes à cappella et il les habille avec de la musique. Je me suis dit que c'était beau des complaintes quand c'est senti.
Stéphane Archambault : Je vivais une séparation, donc c'était une façon de mettre deux images une par-dessus l'autre : moi qui me sépare et moi qui me rends compte que c'est un peu une crise de la cinquantaine. Ce fameux moment où on se regarde dans le miroir et on fait : « Je suis rendu bonhomme ». On ne peut plus demander à des jeunes de nous tutoyer comme si on était le chum, ils nous voient comme un bonhomme. Il y a un décalage entre comment on se sent dedans et ce que le miroir te renvoie. Je trouvais ça beau de dire : « Ma jeunesse m'a quitté, mais elle s'en va chez mes enfants ». Je voulais qu'il y ait un peu de lumière.
Hugo Lachance : Moi j'ai 50 ans dans quelques semaines, je suis aussi entre deux âges. C'est parfait.
Chapitre 19 : Banlieue
Hugo Lachance : On continue avec « Lieu ».
Stéphane Archambault : (Chant) Tout le monde est beau, tout le monde sourit. Sur le divan, trente-six coussins. Sur le jardin, des fleurs encore plus vertes que chez le voisin. Parfaite lumière, parfait cadrage, mais il y a une ombre au tableau. Comment se fait-il que dans cette image mon cœur n'est pas sur la photo ?
Hugo Lachance : Là, on se retrouve dans un univers un peu plus à la Tom Waits. Il y a beaucoup de textures là-dedans.
Stéphane Archambault : Dans les conditions, il y avait : on ne mettra pas de violon. Mais il y a de la scie musicale, j'adore cet instrument-là. Avec Mes Aïeux, on n'en avait jamais mis parce que personne n'en jouait, mais Robbie Kuster en joue. Ce que j'aime de cet instrument-là, c'est que c'est du génie du peuple. Quelqu'un quelque part avait un violon cassé, il a dû frotter son archet sur plein d'affaires et s'est rendu compte que sur la scie, c'était trippant. C'est à la fois beau et un peu angoissant.
Stéphane Archambault : C'est une chanson sur le fait d'avoir tout pour être heureux, mais de ne pas être bien. Qu'est-ce qui se passe ? Au début, la chanson ne ressemblait pas à ça, mais le premier couplet est resté tel quel. J'ai vécu en banlieue et il arrive qu'on cherche quelque chose en sacrant. Je trouvais ça le fun, l'idée du gars qui cherche son cœur.
Hugo Lachance : Le texte est brillamment écrit et j'aime beaucoup la façon dont tu chantes là-dessus, c'est particulier.
Stéphane Archambault : J'ai vraiment l'impression d'avoir changé ma façon de chanter parce que je ne chante plus les mêmes affaires. Si je chante l'histoire d'Alex Trotteur ou ma propre histoire, c'est différent. C'est moins projeté, plus proche de la voix parlée.
Hugo Lachance : C'est pas mal ma préférée de l'album. La façon dont la chanson est livrée, c'est rafraîchissant.
Hugo Lachance : Chapitre 20 : Pays. [Musique] Quand j'étais il y a longtemps, en 75 si je me souviens, mon père m'avait pris par la main par un grand soir de la Saint-Jean. Il m'a dit : « Entends-les chanter les 10 000 drapeaux de la fête. Un jour on y mettra le pied là où habite déjà la tête. » Est-ce qu'on y arrive à ce pays-là ? Quoique l'on en dise, ce pays-là n'existe pas. Faudra que je t'y emmène dans ce pays-là pour que tu le comprennes. Le pays qui n'existe pas. Donc « Pays », une chanson sur le Québec, mais avec une certaine nostalgie et une certaine désillusion aussi.
Stéphane Archambault : Exactement. On a vécu ces référendums-là. Le premier, j'étais trop jeune pour voter, mais je me souviens très bien du soir du référendum, de voir mes parents assis devant la TV où ils donnent les résultats, et de voir mon père dévasté, complètement dévasté, en larmes. Je comprenais qu'il venait de se passer quelque chose, qu'un rêve avait été brisé. Mon parcours m'a amené à comprendre cette idée de pays que mon père voulait me transmettre. L'idée de la chanson est née de discussions avec mon père, en fait. J'avais comme le goût de parler de ce que j'avais reçu de lui puis de dire : « Ouais, mais qu'est-ce qu'on fait avec ça là ? » Il y a un groupe français, Les Fatal Picards, qui a une chanson intitulée « Mon père était tellement de gauche » dont la fin dit : « Mon père était tellement de gauche que quand il est mort, la gauche est partie avec lui. » Je trouvais ça fort comme phrase. Je me suis dit que je pouvais faire une toune qui dit : « Mon père aimait tellement le pays que quand il va mourir, est-ce que le pays va partir avec lui ? » Au départ, l'idée de mettre la voix de ma fille n'était pas là du tout, c'était fait sous forme de dialogue entre moi et mon père. Mais je trouvais ça encore plus signifiant de mettre la voix de ma fille qui, elle, me demande ce qui s'est passé. Moi, je ne sais pas trop quoi lui répondre sinon que ma job, c'est de t'amener dans ce pays-là qui n'existe pas. Pour moi, l'idée est qu'il ne faut pas qu'il meure. C'est un projet de société, l'idée qu'on peut accéder à quelque chose de plus beau, plus libre, plus proche de nous autres. Le pays que je chante, c'est le pays de Vigneault, un pays de l'âme et de la tête.
Hugo Lachance : J'aime beaucoup l'idée que ta fille chante aussi, ce qui représente la nouvelle génération qui transmet ces idées-là. On continue avec « L'embranchement ».
Chapitre 21 : L'embranchement. J'adore celle-là. Où est-ce qu'on s'en va ? C'est quoi le plan ? De quel côté on vient ? Pouvez-vous me le dire, où est-ce qu'on s'en va ? C'est quoi le plan ? De quel côté on vire rendu à l'embranchement ? [Musique] « Ils étaient dans la fleur de l'âge dans leurs années de galère. La soirée s'éternisait de dernier verre en dernier verre. À l'heure où tous les rêves finissent par mordre la poussière, comme un troupeau vers l'abattoir, on les a poussés aux vestiaires. » Donc, une chanson qui raconte une espèce d'épopée de veillée qui n'est pas 100 % authentique mais avec un gros pourcentage de vécu.
Stéphane Archambault : C'est bien raconté parce qu'à la fin, on apprend que j'en faisais partie et la cicatrice sur mon front apparaît. C'est l'histoire d'une soirée où il neige, ce n'est pas « safe » du tout, on est limite un peu « garlot » et là on se fait dire qu'il y a un after hour. Soudainement, tout ce qui peut être rationnel prend le bord et on y va. On ne s'est pas rendus. J'ai eu mon permis de conduire à 40 ans, ce qui est une autre histoire, donc j'ai passé ma vie sur le banc du passager. Il y a cette idée de la personne qui vit des grands moments mais qui est passagère. Ça s'appelle « L'embranchement » parce que notre vie est une série d'embranchements : tu vas à gauche ou à droite, il n'arrive pas la même affaire. À la fin, les trois protagonistes sont devenus cinquantenaires : l'un a fait de la prison, l'autre est devenu homme d'affaires. Il y a aussi un petit quelque chose de « La Chasse-galerie » là-dedans, avec l'appel de la femme et de la boisson.
Hugo Lachance : Tu es un bon conteur, les textes sont bien montés et agréables à écouter comme une histoire avec un début, une fin et le punch de la cicatrice. On va un peu plus dans un côté obscur avec « Quinze novembre ».
Chapitre 22 : Quinze novembre. [Musique] « Maudit mois de novembre, mois des morts, c'est mon anniversaire. J'ai le cœur à l'envers. Tous les vœux d'internet me laissent indifférent, seul devant mon assiette avec des larmes dedans. » Contrairement à ce que Wikipédia dit, le 15 novembre est vraiment ma date d'anniversaire.
Stéphane Archambault : On parle très exactement du 15 novembre 2023. Ça ne fait pas longtemps que je suis dans mon appart, je n'ai pas mes enfants ce soir-là, je suis tout seul pour ma fête. Le même soir, ma mère se fait opérer pour un cancer et dans la journée, Karl Tremblay meurt. Ça fait une grosse journée au bureau. C'est factuel, ça a été écrit ce soir-là. C'est la version démo enregistrée dans le local de Joe Grass parce que l'émotion était là.
Hugo Lachance : On n'a pas le choix de faire des rapprochements avec « Le Répondeur » des Colocs. C'est une magnifique chanson qui est dans la même famille. J'aime comment tu parles de technologie, les vœux d'internet qui laissent indifférent seul devant l'assiette. « Pas envie de vous laisser me parler d'amour », ça me pogne quand j'entends ça. On continue avec « Point tournant ».
Chapitre 23 : Point tournant. [Musique] « Tourne tourne tourne le vin. J'ai perdu ma trace, je fais du surplace, je m'égare. Je m'oublie dans mes habits de parrain. Des jours, des mois, des ans sur la voie d'évitement. Tourne tourne comme le lion dans sa cage dans la chambre d'amis de la colère à l'ennui. Cherche des miettes de courage parmi tous les noms balayés sous le tapis. » On retrouve cette chanson au milieu de l'album comme une chanson pivot.
Stéphane Archambault : Je me mets des petits bonbons pour moi-même : la dernière phrase de cette chanson, qui est la dernière du côté A du vinyle, est : « Je retourne la face du microsillon ». J'ai essayé de bâtir l'album un peu comme un récit. C'est la rupture, et j'ai essayé de faire une chanson qui en parle tout en gardant une certaine pudeur pour ne pas franchir la limite qui peut nuire à l'autre. Dans notre cas avec Marie, c'était juste un élastique trop étiré, l'usure du temps.
Hugo Lachance : Une magnifique chanson. On arrive à « Cherche ».
Chapitre 24 : Cherche. [Musique] « Je ne me suis cherché dans les cabarets. Je ne me suis perdu dans la débauche et les excès. Je me suis retrouvé au fond d'une bouteille. Tu m'as retrouvé le lendemain de veille. » C'est une chanson plutôt « up » qui amène des éclaircies, une forme d'autodérision qui pourrait être chantée par François Pérusse.
Stéphane Archambault : C'est carrément un pastiche de La Bolduc. On a travaillé fort pour la « dé-bolduciser » pour ne pas faire l'erreur de la traiter comme une vraie chanson de la Bolduc avec une turlutte. J'avais envie qu'il y en ait au moins une ou deux qui nous donnent un peu d'allant dans un album qui est plus sombre.
Hugo Lachance : On continue avec la pièce de résistance de l'album, « Trois petits points ».
Chapitre 25 : Trois petits points. [Musique] « Dans mon appartement vide, vraiment pas grand-chose qui se passe. Un ange passe et puis repasse pendant que je compte mes rides. Mon stylo bleu reste stallé sur l'ostie de page blanche maudite et la solitude s'invite. Je pense qu'elle va rester pour souper. » C'est une chanson sur le sujet de la page blanche.
Stéphane Archambault : « Sur l'écran s'affiche le mot lu. Toute résistance est inutile. Trois petits points, tu tapes ma réponse, tu me relances. Trois petits points occupent tout l'espace du silence. Trois petits points qui trampoline sur mon impatience. » Quand tu vis une séparation après 25 ans de couple, tes amis sont des amis de couple mal à l'aise de t'appeler. Si tu attends que le téléphone sonne, tu peux attendre longtemps. Ce fameux trois petits points dans la bulle quand tu sais que l'autre te répond, puis qui disparaît, c'est une cruauté. C'est un autre niveau de langage, la communication par texto.
Hugo Lachance : J'aime beaucoup l'idée des petits points qui trampolinent. On entend une voix de femme, Amélie Boisclair (Amélie). Ça fait comme une vieille trame sonore de film français, presque de l'opéra à la fin. On continue avec « Solo soleil », le single de l'album.
Chapitre 26 : Solo soleil. [Musique] « Salut vieux frère. Salut soleil. Comment tu vas Galerneau ? Tu m'as tiré de mon sommeil. J'avais mal fermé le rideau comme de la musique à mes oreilles. Une cathédrale de chants d'oiseaux. Ça fait un bail. Ça fait une paye que je t'ai pas senti sur ma peau. » C'est une chanson qui évolue et finit au bout de la nuit.
Stéphane Archambault : Dans le processus de séparation, il y a une partie qui est une dépression. Ce matin-là, pour vrai, j'avais mal fermé le rideau dans ma chambre « dark ». Je me suis fait réveiller par le soleil et c'était une des premières journées de printemps. Il y a vraiment eu quelque chose : je pense que ça va être une bonne journée. C'est la première journée de l'autoguérison. « Galerneau » est le nom donné au soleil dans certaines régions du Québec, venant du vieux français où le vent d'est s'appelle « galerne ». Mais ça finit à 3h du matin dans un cimetière à penser à sa vie. Les meilleures chansons sont celles qui contiennent le plus de vrai.
Hugo Lachance : On poursuit avec « Nous ».
Chapitre 27 : Nous. [Musique] « Qui a rempli le dépotoir, qui a chamboulé les saisons, qui a fait fondre les hivers, qui a corrompu la moisson. Qui a asséché la fontaine, empoisonné tout le poisson, qui n'est qu'un maillon de la chaîne qui cherche en vain la solution. » Ça fait penser à Brassens ou à « Je vous salue Marie ».
Stéphane Archambault : Tu as raison. Quand j'ai déménagé dans mon appartement vide, j'ai apporté ma table tournante et des disques de chanson française : Brassens, Brel, Moustaki, Barbara. La mélodie vient de là. C'est un mariage entre cette mélodie et la guitare de Joe qui est plus « early Cohen ». Comme je ne compte pas mes temps à cappella, elle commence en 5/7, passe en 9/7 et le refrain tombe en 3/4. On a essayé de la remettre droite avec Joe, mais elle perdait son swing, son élan.
Hugo Lachance : On continue avec « et trouve ».
Chapitre 28 : et trouve. [Musique] « L'amour se cache là où tu ne l'attends pas. Faut que tu le cherches sinon tu ne le trouveras pas. Faut que tu sortes de chez vous avant de virer fou. »
Stéphane Archambault : C'est une balade country. Joe a cette intelligence de ne jamais aller dans le cliché classique, il a mis quelque chose d'un petit peu étrange pour que ça reste original. C'est la chanson pour ma nouvelle blonde, un petit clin d'œil après la tempête.
Hugo Lachance : J'aime le soin apporté au pacing de l'album et aux réseaux qui connectent les tounes. On se dirige vers la dernière chanson.
Chapitre 29 : La dernière chanson. [Musique] « Si je la chante dans un micro, la dernière chanson de ma vie. Ma voix décuplée par l'ampli martellera chacun des mots. » « Ma dernière chanson en solo, je la chanterai en silence pour mieux mesurer la distance entre mon âme et mon ego. Juste avant de lâcher du lest pour voler vers je ne sais où, je chanterai merci pour tout, demander pardon pour le reste. »
Stéphane Archambault : Ça finit à cappella comme ça a commencé. Ce sont des chansons miroirs : l'une commence nue et s'habille, l'autre est habillée et se déshabille. Clovis, mon fils, a aidé à la charpente de cette chanson. Je suis fier d'avoir écouté mon instinct.
Hugo Lachance : On termine avec le segment Rafales.
Chapitre 30 : SEGMENT : Rafales. Si tu avais une chanson à faire écouter pour représenter l'album ?
Stéphane Archambault : Je ferais écouter « Quinze novembre » parce que le texte est en avant et la structure est simple, guitare-voix. La meilleure chanson en show pour l'instant, c'est « Pays », elle a beaucoup d'impact. Ce qui s'en vient, c'est la tournée avec une cinquantaine de dates.
Hugo Lachance : Stéphane Archambault, merci beaucoup. On se retrouve pour un prochain épisode.