Vilain Pingouin : Roche & roule
Vilain Pingouin : Roche & roule
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Vilain Pingouin, c’est un pan complet de l’histoire du rock francophone de chez nous. De passage au micro de L’Album Podcast pour un épisode spécial enregistré à Blainville le 8 juin 2025, Rudy Caya, Michel Vaillancourt et Claude Samson ont plongé dans leurs souvenirs. Alors que la formation s'apprêtait à lancer sa toute dernière tournée à l'automne 2025, le trio s'est arrêté sur la création de leur deuxième album culte, Roche et roule, paru en 1992.
00:18:35 // L'anecdote mémorable d'un show partagé avec WD-40
00:20:10 // Michel et l'époque de la formation Les Taches
00:29:50 // D'où vient le nom « Vilain Pingouin »
00:33:01 // Les souvenirs de la célèbre tournée « Rock le lait »
00:37:54 // Le projet Snatches Electrics et la période de hiatus
00:50:48 // L'immersion dans le mythique Studio de Morin-Heights
01:01:49 // La vérité sur le match Pingouin VS Les Parfaits Salauds
01:04:54 // Passe-moi le celt
01:08:21 // Le droit de chialer
01:13:57 // La mort
01:18:47 // Chu tu seul à soir
01:21:00 // Témoin
01:25:48 // Délinquance
01:31:22 // L'orage
01:35:26 // Festin de pingouin
01:39:13 // Te retourne pas
01:42:30 // P'tite vie, p'tite misère
01:45:52 // Le bleu du papier blanc
01:48:49 // Roche et roule
En 1992, il fallait oser traduire littéralement « rock and roll » par Roche et roule. Pour Vilain Pingouin, c'était la manière parfaite d'afficher leur humour bon enfant tout en revendiquant haut et fort leur identité francophone.
Le disque a été mis en boîte au célèbre Studio de Morin-Heights durant l'été 1992, avec Rick Haworth et Glen Robinson aux commandes. Rudy Caya se rappelle d'une ambiance franchement festive en studio, tellement détendue qu’on entend même les jappements de leurs chiens sur l'enregistrement.
L'entretien est l'occasion de découvrir des facettes plutôt méconnues des membres du groupe :
Rudy Caya (Chanteur/Guitariste) : Leader incontournable du band, il a aussi tracé sa voie en solo avec des projets marquants comme Mourir de rire (1995) et Le Taureau (2007), un album d'ailleurs coréalisé avec Hugo Mudie (Yesterday’s Ring).
Claude Samson (Multi-instrumentiste) : Véritable couteau suisse musical, il connecte avec toutes les générations puisqu'il est aussi le cofondateur du célèbre groupe jeunesse Les P’tites Tounes depuis maintenant 30 ans.
Michel Vaillancourt (Batteur) : Membre de la première heure, Michel a réussi le tour de force de mener une double vie fascinante en naviguant entre les tournées rock et sa carrière d'aviateur pendant 25 ans.
Frédérik Bonicard : Le bassiste d'origine, que la gang décrit affectueusement comme un « philosophe existentialiste », nous a malheureusement quittés en 2020 après s'être battu contre le cancer.
Plus lourd, plus rock et nettement plus rugueux que leur premier effort, Roche et roule est un disque qui mord, teinté d'une forte conscience sociale.
Le triomphe à l'ADISQ : Le milieu musical n'a pas mis de temps à reconnaître la valeur du projet. En 1993, l'album repart avec le Félix du meilleur album Rock, avant d'être certifié disque d'or.
Des hymnes générationnels : Des chansons comme Le droit d’chiâler, Délinquance ou Passe-moi l’celt ont littéralement coulé le son unique du groupe dans le béton.
La rivalité avec Les Parfaits Salauds : L'épisode revient sans tabou sur cette fameuse guerre froide musicale. Une « chicane » qui, comme on l'apprend dans l'entrevue, a surtout été gonflée à l'hélium par les compagnies de disques pour faire jaser.
Aujourd'hui encore, Roche et roule s'écoute comme un classique absolu. En mélangeant l'efficacité de la pop des années 60, des accents country américains et la hargne du rock d'ici, Vilain Pingouin a prouvé qu'on pouvait brasser la cage en français sans jamais perdre son authenticité.
Pourquoi le riff de la chanson « Délinquance » est-il une si grande source de fierté pour Claude Samson ?
Claude considère cette ligne de guitare comme son plus beau coup d'éclat. Le réalisateur Rick Haworth l'avait d'ailleurs marqué en qualifiant le morceau de « meilleur riff de guitare rock au Québec ». Claude se souvient l'avoir trouvé d'un coup de tête, en grattant sa guitare Héritage juste avant de passer à table pour le souper.
Comment s'est déroulé l'enregistrement à Morin-Heights ?
Le groupe voulait ce qui se faisait de mieux pour le son, et le studio de Morin-Heights était légendaire. La gang s'est installée là-bas pendant plus d'un mois en formule résidentielle, coupée du monde entre les sessions techniques intenses, les virées en canot et les chevreuils qui se promenaient sur le terrain.
Quelle était la vérité derrière la rivalité avec les Parfaits Salauds ?
Sur le terrain, les gars ne se détestaient pas du tout. C’est plutôt une suite de quiproquos dans les médias, d'erreurs d'identification de la part des animateurs de radio et des coups marketing agressifs de leurs maisons de disques qui ont fait croire au public qu'il y avait une véritable guerre ouverte.
D'où sort le nom « Vilain Pingouin » ?
Au départ, le groupe s’appelait « Parfait Pingouin », une idée de Rodolphe Fortier. Mais les gars des Parfaits Salauds ont contacté le band pour leur dire que ça risquait de mélanger tout le monde. C'est là qu'ils ont bifurqué vers « Vilain Pingouin ».
Quelle est la grosse différence entre leur tout premier album et Roche et Roule ?
Le premier disque avait été pensé pour charmer les radios et se faire connaître du grand public. Roche et roule, lui, a été composé pour et par la scène. C’est un album plus heavy, plus éclaté, taillé sur mesure pour l'énergie brute de leurs spectacles.
Pourquoi l'étape du matriçage à New York a-t-elle surpris les ingénieurs américains ?
Pendant le mastering en studio à New York, les techniciens capotaient parce que le son entrait trop fort, particulièrement sur Délinquance où les aiguilles viraient carrément dans le rouge. L'équipe a alors réalisé la différence de culture : au Québec, on privilégiait un mix où la voix écrase tout, alors que les Américains misaient sur la puissance brute des instruments. Le groupe a choisi l'option américaine.
31 octobre 1992 // Marc André Joanisse, Le Droit
8 novembre 1992 // Marie-Christine Blais, La Presse