Transcription de l'épisode Vilain Pingouin : Roche et Roule

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Avertissement : Cette transcription est le fruit d'une collaboration avec une intelligence artificielle qui fait de son mieux, mais qui ne saisit pas toujours toutes les "subtilités" de nos discussions.  Le fichier audio/vidéo original demeure la seule référence officielle. Si un passage vous semble bizarre, faites confiance à vos oreilles et allez écouter l'épisode !


Hugo Lachance : Nous sommes le 5 juin 2025 à Blainville et aujourd'hui, je suis très content parce que je reçois enfin mes pingouins préférés. Mais non, il ne s'agit pas de Sidney Crosby ou de Mario Lemieux. Non, il ne s'agit pas non plus de Danny DeVito ou de Meredith Burgess. Mais non, il ne s'agit pas des pingouins de Madagascar, mais bien les plus vilains des Vilain Pingouin : Rudy Caya, Claude Samson et Michel Vaillancourt. Tout ça à l'Album Podcast!

Hugo Lachance : Bonjour tout le monde. Avant de vous présenter convenablement mes invités, je tiens à remercier mon ami Robert Fael qui est là et qui nous accompagne pour cet épisode. Je tiens aussi à remercier ma petite voix enrouée de fin de grippe et d'allergie. Mais sinon, je tiens surtout à remercier les nouveaux abonnés. Merci de vous abonner, c'est vraiment cool. Si vous aimez le podcast, parlez-en, c'est important. Venez nous suivre sur Instagram, Facebook, Blue Sky, YouTube. Prenez le temps de cliquer sur les abonnements, laissez des commentaires. C'est pas grand-chose mais c'est extrêmement utile pour un podcast comme celui-là. Alors voilà. Aujourd'hui, je suis avec les Vilain Pingouin. Bonjour.

Rudy Caya : Salut.

Claude Samson : Salut.

Hugo Lachance : Enfin ! Oui, ça fait longtemps qu'on en parle. Je pense que ça fait deux ans qu'on essaie de se rejoindre et on a attendu que la ville soit en train de défaire le chemin devant avant.

Michel Vaillancourt : Ouais, c'est ça. Ça ne donne pas un coup de main.

Hugo Lachance : Je suis avec Rudy Caya, Michel Vaillancourt et Claude Samson. Nous sommes ici à Blainville dans ton garage, Michel. C'est vraiment un endroit vraiment très « caverne pingouin ». Tout le monde me dit, quand ils viennent ici, qu'ils sentent vraiment le pingouin.

Michel Vaillancourt : Ça sent le pingouin. C'est très garage. Comme on a toujours été un band de garage, je pense qu'on fait très bien ici.

Hugo Lachance : Non, c'est parfait, c'est vraiment super. C'est un honneur parce qu'il y a plein d'artéfacts qui datent. On est ici pour parler de l'album Roche et Roule, ce sera le sujet principal du podcast. Mais avant de parler de l'album, vous amorcez la dernière tournée. Comment ça se passe ? La tournée d'adieu ?

Michel Vaillancourt : Ce n'est pas une tournée d'adieu. Non, c'est la dernière tournée. On ne fera plus de tournées.

Hugo Lachance : Ah, OK.

Claude Samson : C'est sûrement qu'on va faire des shows ici et là, peut-être un ou deux par année. Ce n'est pas un divorce, on ne se dit pas « appelle-moi plus ».

Rudy Caya : Une chance ! Mais il ne nous appelle plus.

Hugo Lachance : Puis comment ça se passe, cette tournée ?

Claude Samson : Ça se passe très bien. Il était question qu'on finisse en 2024, mais finalement ça va bien. On va aller jusqu'à la fin 2025. On n'a jamais arrêté de faire des spectacles. On était habitués de faire des spectacles pour le public, mais depuis que c'est la dernière tournée, le public a changé.

Hugo Lachance : Ah ouais ?

Claude Samson : Les réactions ne sont pas pareilles. Les shows ne sont pas pareils parce qu'on est un band très sensible à l'énergie du public. Le public est tellement dedans qu'on voit beaucoup de jeunes, un renouveau. Des jeunes de 17 ou 18 ans qui disent qu'ils viennent de découvrir ça et qu'ils capotent.

Rudy Caya : Vraiment, les deux dernières années ont été solides. À Victoriaville, il y avait 8 000 personnes. Je me disais qu'il y en aurait au moins 2 000 pour nous autres, mais je pense qu'il y en avait 6 000. On a eu un petit gars de 12 ans au premier rang. Honnêtement, les shows les plus forts côté réaction en 35 ans, c'est depuis deux ans qu'on les a.

Claude Samson : On tire la plogue quand ça va bien. On s'arrête et on part en pleine gloire.

Hugo Lachance : Avant de tomber dans le vif du sujet, je vais vous présenter individuellement. Je pose les mêmes questions à tous mes invités parce qu'on commence tous quelque part. Je vais commencer par toi, Rudy. Tu es un petit gars de où ?

Rudy Caya : Laval. Je suis né à Drummondville puis je faisais de l'anémie, alors je suis resté à l'hôpital pendant un mois. Dès que je suis sorti, mes parents ont déménagé à Laval. J'ai toujours été un gars de Laval.

Hugo Lachance : Super. Puis ton album d'enfance, le plus lointain dont tu te souviennes ?

Rudy Caya : J'en ai pas vraiment un seul. Mon père était un chanteur de chorale avec les moines, ma mère était dans une autre chorale. Chez nous, il y avait toujours de la musique. Je ne me rappelle pas un moment où je n'ai pas baigné dans la musique. Je pourrais dire Black Sabbath, Deep Purple Made in Japan... c'est là que ça a commencé.

Hugo Lachance : Et qu'est-ce qui jouait dans la voiture de tes parents ou à la maison ?

Rudy Caya : Mon père, c'était le pur classique. Ma mère, c'était plus irlandais, on écoutait les Irish Rovers. Mais elle me chantait des chansons quand j'avais mal aux oreilles ou qu'elle me peignait les cheveux ; c'était des chansons américaines de films, un peu jazzy.

Hugo Lachance : Ton album d'adolescence ?

Rudy Caya : Black Sabbath, encore. C'est l'album qui m'a lancé dans le métal et dans la musique musclée. Mais pour moi, la musique c'est un tout, je ne peux pas en choisir un seul.

Hugo Lachance : Ton premier instrument ?

Rudy Caya : La guitare, toujours. Enfin, le premier c'était le violon pendant quatre ans, mais je n'étais pas fait pour ça. Dès que j'ai découvert la guitare, j'ai su que c'était mon instrument. Tu peux faire des accords, tu as un contact physique avec tes cordes. Au piano, tu tapes sur des touches. Moi, j'ai besoin de la prendre.

Hugo Lachance : Claude, ton tour. Tu es un petit gars de où ?

Claude Samson : Un petit gars de Verdun. J'y ai passé mon primaire et la moitié de mon secondaire. Je viens d'une famille de sept enfants, une famille très modeste.

Hugo Lachance : Ton album d'enfance ?

Claude Samson : Comme j'étais le septième, mes frères et sœurs écoutaient plein de styles. J'ai découvert les Beatles avec eux. J'écoutais tout ce qui jouait, de Ravi Shankar à Jimi Hendrix. Plus tard, à l'adolescence, j'ai découvert Black Sabbath, Deep Purple et Genesis.

Hugo Lachance : Ton album d'adolescence ?

Claude Samson : Jimi Hendrix, Band of Gypsys. L'album blanc des Beatles et Nursery Cryme de Genesis avec « The Musical Box ».

Hugo Lachance : Qu'est-ce qui jouait dans la voiture ou à la maison ?

Claude Samson : À la maison, c'était tous ces albums-là à cause de la fratrie. Dans la voiture des parents, comme j'étais le plus jeune, il n'y avait pas de musique. J'étais pratiquement dans la valise ! Mon père disait qu'il n'aimait pas la musique à cause du bruit de mes frères, mais quand il entendait du Pérez Prado ou du l'orgue de Pipitò, il dansait.

Hugo Lachance : Ton premier instrument ?

Claude Samson : Ma sœur était majorette dans les corps de clairons. J'ai vu la parade et j'ai dit : « Je veux faire ça ». Je voulais jouer du drum, de la caisse claire. Mais quand ma mère m'a inscrit, la madame a dit que j'étais bien trop petit et que j'allais tomber par en avant avec le drum. Elle m'a donné un clairon à la place. J'ai appris la gamme et j'étais le seul de la gang capable de la faire. J'ai fait une coupe de parades mais j'ai vite compris que ce n'était pas vraiment ça.

Hugo Lachance : Michel, alors, tu es un petit gars de où ?

Michel Vaillancourt : Notre-Dame-de-Grâce (NDG). Je suis allé au secondaire à la même école que Claude. Claude, c'était mon idole : il avait son blouson de cuir, les cheveux longs... il était vraiment « hot ».

Hugo Lachance : Ton album d'enfance ?

Michel Vaillancourt : Comme Rudy, j'ai écouté de tout. Pink Floyd a fait une grosse partie de ma vie. Jerry Mercer (d'April Wine) a été une influence majeure pour ma façon de jouer du drum.

Hugo Lachance : Ton album d'adolescence ?

Michel Vaillancourt : Plusieurs, mais surtout Faster et des trucs du genre.

Hugo Lachance : Qu'est-ce qui jouait dans la voiture ou à la maison ?

Michel Vaillancourt : Dans l'auto, c'était assez varié. Ça allait de Félix Leclerc à Tex Lecor.

Hugo Lachance : Ton premier instrument ?

Michel Vaillancourt : Ça a toujours été le drum. C'était un concours de circonstances. J'étais jeune et pas très habile de mes mains. Quelqu'un a dit à ma mère de me faire prendre un instrument pour me développer. Un de mes chums jouait du drum, j'allais chez eux et je tripais. J'ai commencé à prendre des cours et je n'ai jamais arrêté.

Hugo Lachance : Rudy, on connaît Rudy Caya en tant que chanteur de Vilain Pingouin, et il ne souhaite aucunement renier cette époque durant laquelle il a connu le succès auprès de milliers de fans. C'est ce qu'on lit sur Wikipédia. À part le groupe, tu as deux albums solo : Mourir de rire en 1995 et Le Taureau en 2007.

Rudy Caya : Le Taureau, c'est la rencontre entre Hugo Mudie et moi. Quelqu'un m'avait dit qu'Hugo était bien excité de jouer avec nous, mais ce soir-là, on ne l'a pas vu. Il filait tellement mal à cause de ses excès qu'il n'a pas osé venir nous parler. C'est cet événement-là qui lui a fait réaliser qu'il devait arrêter tout ça. Plus tard, je l'ai appelé pour une chanson et il a voulu réaliser le morceau. J'ai dit : « Je te laisse réaliser si tu réalises tout l'album ».

Hugo Lachance : Comment ça s'est passé ?

Rudy Caya : Très bien. J'avais vu sur son Facebook une photo de lui évanoui sur un trottoir avec un chandail de Vilain Pingouin. Je me suis dit : « Ça peut juste être bon ». On s'entendait vraiment bien. Ce n'était pas un fan avec son idole, c'était juste deux gars qui aimaient la musique. C'était une expérience très cool. On appelait plein de monde pour jouer sur l'album, comme Hugo Sanschagrin. C'était un trip de « punks de centre-ville » en studio.

Hugo Lachance : Claude, tu es un membre fondateur du groupe, mais tu as aussi réussi l'exploit de renouveler ton fan base depuis quatre décennies. Tu es connu chez les 0 à 100 ans car tu es aussi membre fondateur du groupe jeunesse Les P'tites Tounes avec Carlos Vergara.

Claude Samson : Ça fait pas mal 30 ans. Quand Rudy a fait ses albums solo, il y avait un petit break pour nous. Je travaillais en garderie avec Carlos. Les éducatrices savaient qu'on était musiciens et elles nous ont demandé une chanson. On en a fait une coupe puis on s'est dit qu'on ferait une petite cassette pour les parents de la garderie, sans prétention. Ça a tellement marché qu'on en a fait un deuxième, puis un troisième... on est rendus à sept albums.

Hugo Lachance : Vous avez remporté deux Félix !

Claude Samson : Deux Félix, plusieurs nominations et une cinquantaine de vidéoclips grâce à une entente avec Télé-Québec. C'est phénoménal. C'est le meilleur public, que ce soit les enfants ou les adultes. Quand les enfants chantent nos tounes, c'est aussi fort que quand le public chantait en 1990.

Hugo Lachance : Je me souviens d'une anecdote quand on a joué ensemble au Café Campus avec WD-40. Tu m'avais fait le solo des pirates.

Claude Samson : C'est toi qui avais crié : « Allez-vous faire les pirates ! ». Je pensais que tu faisais référence à la chanson des P'tites Tounes, alors que Vilain Pingouin a aussi une chanson qui s'appelle « Les Pirates ». J'ai répondu : « Non, on ne la fait pas ce soir ! ». J'étais confus.

Hugo Lachance : J'ai vu ton show l'année passée à Terrebonne, c'est impressionnant de voir tout le monde chanter par cœur. Michel, membre fondateur aussi, tu as travaillé 25 ans dans l'aviation. Mais tu faisais aussi partie du groupe Les Taches.

Michel Vaillancourt : C'est comme ça que j'ai rencontré Rudy. Je faisais partie des groupes populaires de NDG. J'ai vu que Les Taches cherchaient un batteur, j'ai passé l'audition et j'ai été pris. Quand Rudy est arrivé dans le local, j'ai su tout de suite qu'on avait quelque chose de différent. Rudy, c'était une bombe. À un moment donné, j'ai eu le choix de rester avec Les Taches ou de partir faire un album avec Rudy. J'ai choisi Rudy.

Rudy Caya : Il faut dire que l'autre membre cofondateur nous avait fait chier tous les deux ! On ne l'a pas regretté.

Hugo Lachance : C'est quoi le reste de l'histoire après Les Taches ? Claude est arrivé comment là-dedans ?

Michel Vaillancourt : À un moment donné, je l'appelle parce qu'on cherche un guitariste. Je connaissais Claude parce qu'on avait eu un groupe ensemble, At First Glance. On avait même fait le Spectrum et la première partie d'Inxs avec une chanteuse British, Jane Crit.,

Claude Samson : Écoute, ça remonte à loin. J'ai trouvé des photos récemment où on se mettait du noir en dessous des yeux au début des années 80. Michel m'appelle alors que j'ai déjà un groupe. On cherche quelqu'un pour faire le concours Rock Envol, je pense. Je propose de les accompagner pour ces chansons-là. J'arrive au local et ils me disent : « Non, on cherche un guitariste pour de vrai ». Je réponds que je ne peux pas lâcher mon band, alors je m'en vais. En sortant, il y a Rodolphe qui faisait l'entrevue après moi.,,

Claude Samson : Un an plus tard, je m'en rappelle. Pendant cette année-là, je suis allé voir le groupe à Rock Envol et je me suis dit que j'aurais dû accepter. Avec mon groupe, ça n'avançait pas beaucoup, c'était plus instrumental, sans chanteur, et c'était moins le fun. Quand je vois les autres avoir du fun sur scène, je me dis que j'ai raté mon coup. Six mois plus tard, on me rappelle. Ils cherchaient encore un guitariste. Ce coup-là, j'y vais avec ma guitare. On parle un peu et ils me disent : « OK, parfait, tu es engagé ». Je demande s'ils veulent jouer un peu et ils me répondent : « Pas besoin ». Je n'ai même pas sorti ma guitare.,,

Hugo Lachance : C'est bon ça. Je continue dans l'histoire, j'ai consulté Wikipédia pour le groupe et les concours. Quelques mois après sa formation, Vilain Pingouin se produit au concours Rock Envol du printemps 87 et au premier Festival international du rock de Montréal. Le public accueille favorablement la musique enthousiaste, brute et surtout originale du groupe, ce qui permet à Vilain Pingouin d'atteindre la finale de l'Empire des futures stars l'année suivante. Est-ce que les concours étaient essentiels à l'époque pour connaître du succès ?,

Rudy Caya : Tout le monde faisait ces concours-là. C'était une bonne façon de jouer devant une foule et devant l'industrie aussi, parce que toute l'industrie y participait. On a fait l'Empire pour se pratiquer pour Rock Envol, mais finalement Rock Envol a dit qu'on ne pouvait pas venir puisqu'on faisait l'Empire. On était un peu déçus, mais on s'est rendus en finale quand même.

Claude Samson : C'était l'époque des concours, il n'y avait pas encore MusiquePlus. C'était la façon la plus efficace de se faire connaître. Ce que j'en ai retiré le plus, c'est qu'on a appris à ne plus être tout croches. On a appris à jouer avec des guitares accordées et des fils qui ne font pas de branchements défectueux.,

Michel Vaillancourt : Pour rentrer dans un concours à l'époque, il fallait être bon quand même. Claude parlait de son groupe avant Vilain Pingouin. Une fois, on a joué dans une brasserie à Montréal devant peut-être 14 personnes. Sa blonde est venue le voir et elle capotait après le show parce qu'elle ne l'avait jamais vu comme ça. D'habitude, en spectacle, il était tout concentré, la tête baissée, alors que là, il se promenait partout, regardait le monde et souriait. C'était ça, Vilain Pingouin : musicalement c'était simple, on ne se cassait pas la tête, mais on avait du fun. Ça a créé une dynamique naturelle avec le public.,,

Rudy Caya : On n'a pas fait beaucoup de shows au début, on a fait quasiment juste des concours. C'était très médiatisé.,

Hugo Lachance : On continue. En 89, Vilain Pingouin enregistre son premier single, « François », sous l'étiquette Audiogram à laquelle le groupe restera fidèle tout au long de sa carrière. « François » connaît un succès retentissant et reste en rotation sur MusiquePlus pendant 12 semaines. La même année, un autre single, « Salut Salaud », propulse Vilain Pingouin au sommet du palmarès Radio-Activité. Vous avez connu une grande popularité rapidement. Comment avez-vous géré cette attention soudaine ?,

Claude Samson : C'est arrivé vite. Un ami de l'école secondaire, un dénommé Écuel qu'on salue, a réalisé nos trois premiers clips, et même plus. Pour « François », il est venu dans le local avec une caméra et toute l'équipe. C'étaient des gars qui allaient à l'école ensemble, des finissants en cinéma. Podes était là, Alain DesRochers aussi. C'était très DIY.,,

Claude Samson : Ce qui a aidé pour le côté quotidien, c'est que les concours nous ont propulsés vite à la radio. L'équipe marchait bien et on avait tout de suite une image un peu « pro vedette », même si on n'avait pas encore le bagage de spectacle pour supporter ça. On avait quand même tous à peu près 30 ans, donc on ne réagit pas comme à 20 ans.,

Claude Samson : Au début, on n'avait pas encore l'album. « François » était un single qui était le prix de l'Empire. On a réussi à tordre des bras pour faire le disque avec Audiogram. Les amis de Michel ont convaincu Audiogram et, à partir de là, « Le Marcheur », « Salut Salaud », « Le Train », tout est parti. Quand on a sorti « François », l'album était distribué dans toutes les stations de radio. On s'est dit qu'il fallait faire un clip parce que MusiquePlus venait d'ouvrir. Ils voulaient des clips québécois et ils nous ont fait tourner à la planche.,,,

Claude Samson : On a fait un show à MusiquePlus, invités par Bill Saint-Georges qui était un des tops là-bas avant de devenir un des tops chez Audiogram. Il a toujours beaucoup fait pour nous. Il nous avait évalués lors d'une journée et il nous avait « hypés » au maximum. Il a toujours été un bon mécène pour le groupe.,

Hugo Lachance : On se rapproche de l'album, mais avant, le nom « Vilain Pingouin » vient d'où ?

Rudy Caya : Ça s'appelait déjà comme ça quand je suis arrivé. Je pense que c'est Rodolphe qui avait trouvé « Parfait Pingouin ». Mais les Parfaits Salauds nous avaient contactés pour dire qu'il semblait y avoir une confusion. On a donc changé pour Vilain Pingouin.,

Hugo Lachance : On continue. Après sa première tournée provinciale, le groupe lance son premier album, Vilain Pingouin, le 12 septembre 1990, avec des sonorités évoquant la country américaine et la pop des années 60. L'album devient disque d'or en 1991. Pensez-vous que cet album a changé la façon dont on voit la musique au Québec ?,,

Claude Samson : C'était un gros coup, c'était rafraîchissant. Il y avait une question de timing et un concours de circonstances, en même temps que Jean Leloup qui faisait un style qui n'existait pas ici. Notre génération arrivait avec une nouvelle vision de la musique québécoise.,

Rudy Caya : Avant ça, le québécois sonnait d'une certaine façon. Pour notre génération, ça ne veut rien dire « du québécois », car il y a du punk, du country, du rock et du métal québécois. Le fait de jouer de la mandoline a aussi apporté une sonorité à laquelle le monde n'était pas habitué.

Claude Samson : Quand je suis rentré dans le groupe, Rudy m'a dit : « Va falloir que tu joues de la mandoline ». Ils m'ont montré un peu les accords. On en avait une très « cheap » qui traînait sur le mur. On a voulu en acheter une vraie, mais à cette époque-là, on n'en trouvait nulle part. Je suis allé chez Mélodie, les Italiens, et le gars est parti à rire en disant : « On vend du rock nous autres, on ne vend pas de mandolines ». J'en ai finalement trouvé une chez un luthier, ce n'était pas de la grosse qualité, mais la mandoline fait maintenant partie de notre sonorité.,

Hugo Lachance : Suite à ça, il y a eu la mythique tournée « Rock le Lait ». Je m'en veux parce que je l'ai ratée alors qu'elle s'était arrêtée à Chicoutimi. Mes amis d'Arvida y étaient et ils ont vraiment tripé. Avez-vous une anecdote particulière ?,

Claude Samson : Il y avait Jean Leloup et France D'Amour dans l'autobus. Les musiciens de France sortaient de l'école, ils étaient tranquilles en avant. La gang de Spectra était au milieu et, en arrière, il y avait les Pingouins et Jean Leloup qui jouaient. À chaque village, Jean prenait le micro de l'autobus et nous faisait une description à la Jean Leloup. C'était hilarant.,

Claude Samson : À Rimouski, on était dehors dans le parking devant l'hôtel de ville. Le party était pogné. France décide d'aller dans l'autobus et, en dansant sur le banc, elle accroche le frein. L'autobus est parti vers l'hôtel de ville. Des gens ont voulu arrêter le bus en se mettant devant, mais c'est la chauffeuse qui a réussi à l'arrêter.,

Claude Samson : C'était comme dans Spinal Tap, on faisait des arénas et on se demandait dans quelle ville on était parce que les arénas se ressemblent tous. La tournée a duré environ 6 mois, une vingtaine de shows. Il y avait l'autobus des musiciens et un gros 45 pieds pour l'équipement.,

Rudy Caya : La tournée s'est passée en deux temps. Au début, on faisait deux dates et on revenait. Personne n'avait pensé à amener de quoi fumer. Pour la deuxième partie, j'ai dit : « Checkez-moi bien ». J'ai jeté mon sac sur la table en embarquant et j'ai entendu tout le monde faire pareil. À peine partis, la police arrive avec les lumières. La chauffeuse a débarqué pour parler au policier. Elle a ramassé le ticket et a perdu ses points. On a tous cotisé pour payer le ticket et un surplus pour compenser ses points perdus.,,

Hugo Lachance : Ce sont de bonnes anecdotes. Cette tournée a vraiment créé la légende du groupe. On a parlé de votre image et de vos clips, mais il y a aussi ton fameux bandeau, Rudy. C'est resté dans la culture populaire.,

Rudy Caya : C'était pour la sueur. J'ai les yeux très sensibles et, après deux chansons, je ne voyais plus le public. J'ai porté le bandeau pour ça et c'est devenu une mode. Je n'ai pas inventé le foulard, j'avais vu un gars au Café Campus avec ça et j'ai trouvé que c'était une bonne idée. On voyait apparaître des foulards partout, c'est devenu un symbole. Comme pour la musique, je faisais partie d'un mouvement, c'est un concours de timing.,,

Hugo Lachance : À l'apogée du groupe, vous avez ressenti le besoin de faire une pause pour des projets personnels. En novembre 94, vous annoncez une pause après un concert intitulé « Pingouin sur Glace ». Qu'est-ce qui a motivé ce hiatus ?

Claude Samson : On n'arrêtait pas depuis 4 ans. C'était non-stop. On n'était pas le genre de groupe à sortir un disque tous les deux ans par obligation de carrière. On sentait une pression.,

Rudy Caya : On avait tous des projets, on voulait aller ailleurs. Ce n'était pas une dissolution, on savait qu'on était encore des Pingouins. Claude avait ses « P'tites Tounes ».

Hugo Lachance : Je résume votre discographie : Vilain Pingouin (90), Roche et Roule (92), Y'é quelle heure ? (98), Jeux de mains (2003), Les belles années (2014), Coup de cœur (2018), Coup de main (2022) et Coup de grâce (2025). Qu'est-ce qui s'en vient ?

Claude Samson : Coup de grâce est le dernier. On dit toujours « la dernière tournée », ça ne veut pas dire qu'on ne fera plus jamais rien, mais on arrête les tournées. L'album sort en CD en septembre et on va sortir un vinyle regroupant les trois derniers (Coup de cœur, Coup de main, Coup de grâce). Il faudra peut-être couper quelques chansons par manque de place sur le vinyle.,

Hugo Lachance : On passe au segment de présentation de l'album. Comment s'y prend-on pour composer une chanson chez Vilain Pingouin ? On parle ici de Roche et Roule.,

Rudy Caya : Roche et Roule, c'est un ramassis de tout ce qui restait de chansons depuis le début de notre carrière. Ce sont des choses qu'on traînait et qui n'avaient pas leur place sur le premier album. Le premier nous a fait rencontrer deux publics : celui qui achète ce qui joue à la radio et celui qui vient voir nos spectacles. On a décidé de faire un album qui ressemble plus à notre public de spectacle, quelque chose de plus « hard ». Écouter un show de Vilain Pingouin, c'est l'album Roche et Roule.,

Rudy Caya : Il y a du blues, comme « Le Bleu du papier blanc ». Pour « Délinquance », les ingénieurs à New York capotaient parce que les aiguilles allaient dans le rouge quand ils le faisaient jouer. On nous a dit que le son était « trop ». J'ai demandé si Nirvana ne jouait pas à leur poste de radio. On a appris qu'il y avait deux kits de mastering : un pour les Québécois qui mettent les voix en avant, et un pour la musique américaine. Ils ont utilisé le côté américain.,

Claude Samson : Après le premier album, on avait un local chez Kitch qu'on louait à l'année. C'est là que j'ai appris à jouer avec un click track. On avait acheté à Michel Rivard un enregistreur à cassettes VHS. On était rendus plus organisés, on ne vivait que de musique à ce moment-là. On avait le local 24h sur 24, ce qui nous a permis d'élaborer plein de chansons.,

Hugo Lachance : Quel était l'état d'esprit avant d'enregistrer Roche et Roule ?

Rudy Caya : Éclectique. On était en plein contrôle de notre talent. Je pense que la maison de disques ne nous comprenait pas tout à fait, ils nous disaient : « Faites ce que vous voulez ».

Hugo Lachance : Question de Pierre-Luc Hamelin : est-ce que la pression était plus forte pour le deuxième album ?

Claude Samson : On était au mythique studio Morin-Heights avec Rick Hayworth et Glen Robinson. On a habité là-bas pendant un mois, on était bien relaxes. Rick a moins travaillé sur le premier que sur le deuxième parce qu'on avait fait nos devoirs. La pression était plus forte avant le studio, quand on était au local et qu'on se demandait si on allait avoir assez de matériel. Une fois au studio, on savait où on s'en allait.,

Hugo Lachance : On a un message de Marie-Christine Blais : « Chers membres de Vilain Pingouin, merci d'avoir été là dans une période où la chanson québécoise redevenait aimée. Ça m'épate que vous ayez baptisé votre album Roche et Roule. Comment ça se fait que personne n'y avait pensé avant ? ».,

Rudy Caya : C'est Fred qui a trouvé ça. Roche et Roule, c'est Rock and Roll en français. Fred avait souvent des idées auxquelles personne n'avait pensé avant.,

Hugo Lachance : L'album est sorti le 31 octobre 1992 chez Audiogram, réalisé par Rick Hayworth. Rudy, tu as dit que dans votre tête, Rick est un Pingouin à part entière. Ma chienne et celle de Rick ont même jappé sur le disque.,

Rudy Caya : C'est sur la chanson « Roche ». C'est une pièce qu'on a faite de façon spontanée : on allume les micros et on joue. J'étais au piano alors que je n'en joue pas du tout. Michel était à l'harmonica.,

Hugo Lachance : Les musiciens : Rudy Caya (vocal, guitare, piano), Claude Samson (guitare, mandoline, accordéon, voix, harmonica), Rodolphe Fortier (guitare, banjo, vocal, mandoline), Frédéric Bonicard à la basse et contrebasse, et Michel Vaillancourt à la batterie et percussions. Il y a aussi NB Cherny à l'accordéon.,

Claude Samson : C'était un Ukrainien qui jouait dans les mariages. Il trouvait nos chansons bizarres. Pour la chanson « P'tite vie », c'est moi qui ai fait l'accordéon car c'était trop complexe, c'était jazz. J'ai dû apprendre pour le faire en spectacle. Il y a aussi du trombone par Peter Sullivan.


Hugo Lachance : Chapitre 21 : Le mythique studio de Morin-Heights. Le studio de Morin-Heights, dans le même article que tantôt, mentionne la sortie du 31 octobre 1992. Avec les moyens que les Vilain Pingouin ont maintenant, ils ont pu se permettre de la qualité tant à la réalisation qu'au studio. Ils se sont assurés les services de l'un des meilleurs réalisateurs et guitaristes du Québec, Rick Hayworth, qui a réalisé un de leurs meilleurs albums. Je ne sais pas s'il y en a de meilleurs que lui.

Claude Samson : C'est le meilleur. On n'est pas meilleurs que Rick. J'ai tout appris de lui.

Hugo Lachance : Il y avait aussi Glen Robinson, et l'enregistrement s'est effectué au très réputé studio de Morin-Heights. D'ailleurs, on en parle souvent, Robert et moi. Pensez-vous que votre album a bénéficié de l'aura de ce studio ?

Michel Vaillancourt : Assurément. On couchait là, comme je le disais tantôt. Il y avait une maison, une « guest house », et il y avait environ un kilomètre entre la maison et le studio. Tu pouvais faire le trajet à pied en marchant dans le bois, tu pouvais le faire en canot, en pédalo ou en bicyclette. Quand tu arrivais en canot ou en pédalo, tu voyais le studio qui se dessinait sur le cap. Je faisais mes tracks de drum et il y avait des chevreuils qui passaient. Rudy s'occupait de la machine à café et nous faisait des cappuccinos. On avait dans ce temps-là un Nintendo 64 et on jouait à des jeux de course de chars avant d'aller faire nos tracks.

Michel Vaillancourt : Le jour où on est arrivés à Morin-Heights, il y avait un corridor avec un petit pont pour aller au studio. Il y a un studio qui est en face d'un autre, où il y avait le « blue screen », c'était le studio B. Nous, on était dans le principal. Pour se rendre de l'entrée au principal, on passait devant le B et Michel Pagliaro était en train de travailler un son de cymbale. On a enregistré notre album pendant un mois et quelque ; quand on est sortis de là, il était encore en train de gosser sur son son. C’est pour ça que cet album-là n'est jamais sorti.

Hugo Lachance : Chapitre 22 : La pochette. C’est quoi l'histoire de la pochette ? Ça a coûté cher en tout cas. Regardez, on va profiter de la magie de la télé pour la faire apparaître : 1, 2, 3... elle est là. Regardez la pochette. Moi, j'ai eu le réflexe de dire que c'est une copie du premier quand je l'ai vue.

Rudy Caya : Quinze mille piastres. C'était cher, ça a coûté entre 12 000 $ et 15 000 $. Il fallait qu'on en vende au moins 4 000 ou 5 000 juste pour payer la pochette.

Hugo Lachance : C’est vous qui avez fait la direction artistique ?

Claude Samson : C’est le photographe qui a fait la première pochette. On avait été échaudés avec le premier album : ils nous avaient donné une planche avec plein de photos en nous disant de mettre un X sur celles qu'on ne voulait pas. Finalement, la photo qu'on a eue pour le premier album, c'était celle sur laquelle tout le monde avait mis un X.

Rudy Caya : On était tellement contents de faire un album. Celle-là, personnellement, je n'avais jamais pensé qu'elle se retrouverait là. Je la regarde et je me dis que si on a vendu beaucoup d'albums avec l'autre, c’est parce qu'on a l'air d'une gang de sans-dessein. Fred est en train d'enlever son manteau, on dirait un vendeur de crayons, tout le monde a du fun.

Michel Vaillancourt : Michel Bélanger avait dit : « C'est parce que c'est ça, vous autres. Vous avez l'air sans-dessein et ça vous représente comme il faut ». Dans ce cas-là, ça marche.

Hugo Lachance : Chapitre 23 : SEGMENT : Ils ont dit. La presse du 8 novembre 1992, Marie-Christine Blais écrivait que Roche et Roule reprend en fait là où le premier disque s'était arrêté, quelque part entre Paul Piché de l'époque de À qui appartient le beau temps ? et Renaud. Rudy Caya signe toujours des textes à forte teneur sociale et dénonciatrice. Comment as-tu abordé l'écriture des textes pour cet album et quelles sont les différences avec le premier ?

Rudy Caya : Il n'y en a pas vraiment. Dans le premier album, tu avais des tounes qui dataient depuis longtemps, comme « François ». Mais j'écrivais de la même façon. J'ai toujours été quelqu'un qui observait la vie, j'ai étudié en psycho et en philo. Pour moi, la musique est un moyen pour parler de ce qui m'intéresse. La musique n'est pas ma vie, c’est le langage que j'ai choisi pour parler de la vie.

Rudy Caya : Ce sont encore les mêmes sujets qui me touchaient : les problèmes sociaux, les inégalités, les injustices. Quand tu es dans un groupe, tu es déjà dans une micro-société. Tu limites tes sujets et ta façon d'en parler à quelque chose qui ne va pas déplaire à quelqu'un dans le band. Je me disais que tout le monde pouvait se dire : « OK, ça pourrait être moi qui dis ça ».

Rudy Caya : Sur le premier, je chantais peut-être un peu plus à la française. Renaud m'avait ouvert les yeux à la musique francophone beaucoup plus que le québécois. Quand le québécois était à la mode avec les Beau Dommage et Harmonium, moi j'étais à l'âge Black Sabbath, ça me touchait moins. J'avais manqué la course d'Offenbach. C’était les grands frères de mes amis qui écoutaient du québécois et je ne m'identifiais pas à ça. J'étais anglophone à 100 % jusqu'à ce que je voie Renaud en France. Ça nous a allumés.

Hugo Lachance : Il y a aussi un côté Bruce Springsteen. C’est ce qui fait la différence entre le premier et le deuxième album.

Rudy Caya : CJFM (CHOM) nous faisait jouer, on était en rotation régulière. Ils nous ont fait plaisir en disant qu'on était le plus américain des bands québécois. Les anglophones écoutaient et se reconnaissaient musicalement. On était le renouveau de la musique québécoise, les années 70 étaient finies.

Michel Vaillancourt : Dans les années 80, Rudy et moi étions dans un groupe où tout le monde chantait en anglais. À l'Empire des futures stars, c'était en anglais. C’est pour ça que Vilain Pingouin avait décidé d'aller à Rock Envol, parce que là-bas, c'était en français.

Hugo Lachance : Chapitre 24 : Quizz l'ADISQ. Plus rock, plus rugueux, Roche et Roule a été fait dans le bonheur. En 91, vous avez été nommés groupe de l'année. Qui avait gagné en 92 ? Les B.B., sûrement.

Rudy Caya : Quand on a gagné à l'ADISQ, ce sont les B.B. qui ont remis notre trophée. En 93, vous étiez nommés encore groupe de l'année contre les Colocs, la Bottine Souriante et les Parfaits Salauds.

Hugo Lachance : Chapitre 25 : Pingouin VS Salauds. Question du public de Guillaume Blet : c'était quoi au juste la chicane avec les Parfaits Salauds ? Selon la légende, leurs compagnies de disques respectives auraient monté une rivalité allant jusqu'à saboter des événements.

Claude Samson : Ce n'est pas notre version à nous. Il y a eu un malentendu. Le public entendait à la radio « Salut Salaud » et l'animateur disait que c'était un succès des Parfaits Salauds. Tout le monde était mêlé. C’est plus Rudy qui était en guerre avec le nom que les Salauds eux-mêmes. On ne leur en voulait pas et ils ne nous en voulaient pas.

Rudy Caya : La blonde de Rémi avait laissé un message pas content à mon gérant parce qu'Audiogram avait acheté une page de pub dans Radio-Activité qui disait : « Vilain Pingouin, le groupe rock qui vend ». Elle a interprété ça comme si on disait qu'eux ne vendaient pas. Mais c’est comme Pepsi qui dit qu'ils sont les meilleurs, ils ne diront pas qu'ils sont numéro deux.

Claude Samson : On était à La Rochelle et un animateur d'une radio française nous demande : « Qu'est-ce que vous pensez des Parfaits Salauds ? ». On répond que c’est un bon band de Montréal avec de bons textes. En fermant les micros, le gars nous dit : « Vous êtes bien gentils parce que ce n'est pas ce qu'ils ont dit de vous autres ». On ne les a pas crus, on les salue quand même.

Hugo Lachance : : « Passe-moi le Celt ». C’est une de mes chansons préférées, surtout pour les paroles.

Claude Samson : J'étais chez nous, je jouais sur une guitare électrique pas branchée, il manquait la grosse corde de Mi. J'ai commencé à gosser un mélange de celtique et de heavy rock. Je suis arrivé avec ce riff et il n'y avait pas vraiment de couplet ou de refrain, juste un thème.

Rudy Caya : Quand Claude est arrivé avec ça, je me suis dit qu'il n'y avait pas besoin de paroles. C'est un statement. On a essayé plein d'autres choses, mais on revenait toujours à ça. Aussitôt qu'on rentrait un refrain ou un autre riff, ça devenait moins naturel. Ce qui est cool, c’est que tu reconnais Rudy même s'il n'y a pas de paroles. C'est une autre signature.

Hugo Lachance : Chapitre 28 : « Le droit de chialer ». Pourquoi tout va mal ? On dirait même que le monde a l'air de trouver ça normal. OK, je n'ai pas été voter, c’est parce que je n'avais pas le temps. Je devrais quand même pouvoir dire que je pense que le problème, c'est le gouvernement.

Rudy Caya : Ce n'était pas le Vilain Pingouin du premier album. On ressemblait plus à des tounes comme « Le droit de chialer » avec des textes plus forts. À l'époque, on était invités par tous les partis politiques. Je ne voulais être associé à aucun parti parce que j'avais l'impression qu'ils finissent tous par te décevoir. Je me rappelle que Michel Chartrand avait dit : « Je ne veux pas gagner, parce qu'un gouvernement est aussi bon que son opposition. Moi, je veux être son opposition ». Une bonne opposition est au moins aussi importante qu'un bon gouvernement, c’est ce qui le tient aux aguets.

Michel Vaillancourt : Notre bassiste Michel Bélanger se présente aux élections contre Poilievre. Le Parti Rhinocéros a parti ce mouvement et ils sont 200 à se présenter contre lui pour que le bulletin de vote soit immense. Son implication est une forme de vote et un commentaire.

Rudy Caya : Pour « Le droit de chialer », c’est un des meilleurs solos de Claude. C’est basé sur Deep Purple.

Hugo Lachance : Chapitre 29 : « La mort ». Le vocal, les poings fermés, les dents serrées, il y en a qui se battent pour ne pas y rester.

Michel Vaillancourt : C'est un des meilleurs exemples de beat de drum que les batteurs ne comprennent pas parce qu'ils ne font pas ça. Michel ne faisait pas ce que les batteurs font, il faisait son affaire. Il ne joue que comme lui.

Rudy Caya : Toute la bande est un peu comme ça. Je ne suis pas capable d'imiter les autres, je fais mes affaires à ma façon. C'était aussi la fin du cancer de ma mère ; elle s'était battue pendant 4 ans. Elle est venue au dernier jour de studio et on a fait une écoute avec les familles. Cette toune était ma façon d'exorciser la mort, de la mettre en face de moi pour lui donner des claques et lui donner une dimension moins gagnante.

Hugo Lachance : Chapitre 30 : « Chu tu seul à soir ». C’est un classique, une grosse toune. Selon plusieurs gars du band, c’est l'un de tes meilleurs textes.

Claude Samson : En spectacle, il est arrivé qu'on n'ait pas les arrangements et Rudy l'a faite seul avec la guitare. C'était l'une des meilleures versions que j'ai entendues.

Rudy Caya : Ça a un côté très théâtral de chanter ça seul le soir.

Chapitre 31 : Témoin

Hugo Lachance : C'est bien facile de pas regarder, de faire semblant de rien comprendre. Donc « Témoin », ça c'était une vieille toune que vous aviez avant ce disque-là ? Celle-là, c'est comme je parlais de tounes que vous traîniez.

Rudy Caya : Ça, ça en était une qu'on traînait, mon gars, depuis l'époque des Tâches. On a décidé de la refaire avec de l'accordéon, et c'est devenu vraiment très rock.

Hugo Lachance : Il y avait des paroles en anglais là-dessus à l'origine ?

Rudy Caya : Oui, mais c'était le même genre de texte. Il y avait « Only Night » qui est devenue « Belles années », « You » qui est devenue « Sous la pluie », ou « Brave » qui est devenue « Division ». Je ne me rappelle plus du titre en anglais de celle-ci, mais c'était le même genre de propos.

Hugo Lachance : Vous devriez faire un disque en anglais. Mais tu disais que tu avais rajouté l'accordéon ; moi je trouve que c'est vraiment ça qui en fait une toune de Pingouin. Ça lui donne du « zip », on sent qu'il n'y a personne d'autre qui fait ça.

Claude Samson : Sans l'accordéon, c'est une bonne toune, mais elle ressemblerait à un million d'autres. L'accordéon, pour moi, ça donne vraiment la touche Pingouin. J'ai toujours adoré les contrastes ; un de mes albums préférés était celui de Deep Purple avec l'orchestre philharmonique. J'aime passer de l'électrique à l'accordéon ou à la mandoline, car ce sont des instruments qui contrastent avec le style musical du groupe.

Hugo Lachance : Ça donne une sonorité agressive quand même. Claude n'est pas un accordéoniste de formation ?

Michel Vaillancourt : Quand il joue de l'accordéon, tous les accordéonistes écoutent ça et se disent qu'ils n'auraient jamais fait ça. Il joue de l'accordéon comme un guitariste. Il transpose des idées de guitariste sur l'instrument, ce qui fait que c'est vraiment pas orthodoxe. Il se sert du son, mais il ne joue pas de l'accordéon de manière classique.

Claude Samson : C'est vraiment ça qui fait la couleur de la toune. Il y a des gens que je connais qui ne sont pas tellement des fans de Pingouin, mais qui trippent sur le heavy rock, et c'est leur chanson préférée.

Hugo Lachance : Excellent. Il n'y a pas de mauvaise toune là-dessus. J'écoutais Alexandre Martel et Lou-Adriane Cassidy qui disaient que ça prend des « fillers » dans un album pour faire apprécier les autres pièces. Dans le cas de Roche et Roule, c'est plus une toune un peu joke ?

Rudy Caya : C'est l'énergie qu'on a eue pendant toute cette session. Quand je l'écoute après, je me dis que c'est la toune qui décrit le mieux le mois et demi qu'on venait de passer. Tu entends la bonne humeur, la communication entre les musiciens et la spontanéité. C'est peut-être la toune qui représente le mieux Pingouin à cette époque-là.

Chapitre 32 : Délinquance

Hugo Lachance : « Sa mère elle l'aimait plus parce que son père il l'aimait trop, fait qu'il est tombé dans la rue d'une bonne poussée dans le dos. Il a perdu le fil de ses idées au bout de l'aiguille qui fait rêver. On n'a pas tous une enfance, c'était plutôt la délinquance. ». Donc « Délinquance », après « Le Train », c'est celle qui a eu le plus d'impact ?

Rudy Caya : Côté texte, je dirais que la toune qui a eu le plus d'impact et qui m'a suivi toute ma vie, c'est « Salut Salaud ». Chaque année, j'accompagne quelqu'un dans un moment difficile qui me parle de cette toune-là. Mais musicalement, il y a « Le Train », « Délinquance » et « Marche ».

Michel Vaillancourt : « Délinquance », c'est un peu le « Le Train » de cet album-là.

Hugo Lachance : C'est une bonne façon de voir ça. Il y a « Le Train » qui est un classique intemporel, et sur cet album-là, c'est cette toune qui m'a marqué. J'ai adoré ce côté grunge, super rock. J'étais content de voir qu'au Québec, on ne copiait pas Nirvana, et que Nirvana ne copiait pas Boston ou les Smashing Pumpkins.

Claude Samson : C'était l'époque où on entendait tout ce son-là qui brassait dans l'air. Ce n'est pas de la copie, c'est une toune de son époque, mais c'est vraiment du Vilain Pingouin.

Hugo Lachance : Elle est vraiment bien réalisée. C'est audacieux.

Michel Vaillancourt : C'est cette toune-là qui a fait sauter les radios. Elle a une texture, un power, tout est bon : le drum, les guitares qui sonnent au bout, la manière dont Rudy chante et les propos qui seront malheureusement toujours actuels.

Rudy Caya : Je me souviens, on était à la Rochelle et Rick Hayworth marchait avec nous et un gars de chez Sony. Rick a dit : « Ce riff-là, je trouve que c'est le meilleur riff de guitare rock au Québec ». J'étais fier que Rick dise ça.

Hugo Lachance : Qui l'avait fait, le riff ?

Claude Samson : C'est moi. C'est vraiment mon bout de guitare qui me rend le plus fier. J'ai fait de bons solos, mais ce riff-là, j'en suis particulièrement fier. Je me rappelle très bien l'avoir composé avec ma nouvelle guitare Héritage, pendant que ma blonde me disait de venir souper. C'est la seule toune dont je me rappelle précisément la composition.

Hugo Lachance : Ça a été le premier single de l'album ? Ça a marché fort. Glen Robinson était vraiment dans son style, tout le monde s'est laissé aller pour donner le meilleur sans forcer. Comment ça se passe, l'enregistrement d'une toune en studio pour cet album-là ?

Michel Vaillancourt : On commence par la session rythmique. Moi, je travaille seul avec un clic. On a fait les 20 tounes en une journée et demie. Rudy reste à côté de moi juste pour me donner des points de repère, comme les deux premiers mots du refrain ou la dernière phrase avant le refrain. Après ça, on met la basse, puis les autres instruments et le chant en dernier.

Chapitre 33 : L'orage

Hugo Lachance : On vous entend parler au début de la toune. « Avance-moi l'argent que je m'endorme, que je reprenne ma forme. Vite, j'ai pas le temps, je perds la raison. Faut que je disparaisse, que je remette ma caisse. ». L'anecdote, c'est que c'est une toune sur l'abus ?

Rudy Caya : Il y avait une bouteille de scotch Johnny Walker ; j'ai pris la dernière gorgée et je l'ai mise sur le floor tom, j'ai fait « pink ». C'est une bouteille de Johnny Walker avec du ruban adhésif sur le floor tom. On l'a intégrée parce qu'à l'époque, notre équipe de gérance comptait trois personnes, et l'un d'eux a dérapé. Il a empoché une avance pour un show qu'on n'avait pas le droit de faire, il s'est mis ça dans le nez et il a disparu. Le jeudi, c'était notre meilleur ami, et le vendredi, on ne l'a plus jamais revu. Ça nous a fait chier, alors on a fait la toune. On ne lui en voulait pas tant, c'était une faiblesse, il est tombé.

Michel Vaillancourt : C'est la seule toune où Rudy n'avait pas fait son texte alors que l'album était fini. Il s'est couché en dessous d'une console à Morin-Heights parce qu'il y avait un gros soleil et qu'il voulait « avoir mal », car la toune ne parle pas de bonheur. Ma mère est venue visiter le studio et a demandé pourquoi mon chum était couché là !

Rudy Caya : Je m'étais installé là parce qu'ils avaient enlevé des panneaux d'aluminium ; j'étais carrément rentré dans la console comme dans un gros cercueil bizarre. Il faisait noir, il faisait chaud, et tout le monde était dehors sur le bord du lac en train de fêter. Je devais finir le texte car Glen revenait à 2h et on devait « puncher ». J'écrivais avec une chandelle car on ne voyait rien. Ça ressemble beaucoup à du Hostos dans le mouvement. On a composé ça vite en pensant à Bob, notre ancien gérant, qu'on ne verrait plus. Il est mort de maladie plus tard, sans qu'on puisse lui dire qu'on ne lui en voulait plus.

Chapitre 34 : Festin de pingouin

Hugo Lachance : « Bon ben, j'suis encore passé en dessous de la table du festin de la vie et c'est pas fini. ». Donc « Festin de Pingouin », vous vous mettez dans la peau d'un vieux band de jazz ?

Claude Samson : On écoutait beaucoup de Django Reinhardt dans ce temps-là.

Hugo Lachance : Ce qui est intéressant, ce sont les commentaires sur les membres du groupe. Michel jouait du balai comme la meilleure des ménagères sur sa caisse claire, un peu comme Buddy Rich, mais en moins riche et en moins beau. Rodolphe n'était jamais pressé, sauf pour aller se coucher ou relaxer. Fred, le contrebassiste, était un philosophe existentialiste exubérant qui faisait du tir à l'arc avec ses cordes.

Michel Vaillancourt : Il était vraiment exubérant. C'est l'un des rares bassistes que j'ai vus casser plus d'une corde de basse.

Hugo Lachance : Claude jouait de la mandoline, de l'harmonica, de la guitare, de l'accordéon... un peu comme Django mais avec quelques doigts en trop. Il passait son temps à faire des jeux de mots. Et Rudy était reconnu pour ses paroles qu'il oubliait, et c'était sur les autres que ça retombait. Qui a écrit ça ?

Rudy Caya : C'est moi. Je préfère rire de moi-même, je choisis les points à attaquer et je le prends bien. Ce sont des « insides » qui nous ressemblent. Claude était aussi le ramasseur ; pendant longtemps au local, il y avait des néons qu'il avait trouvés. Michel, le gag était que son drum rentrait toujours dans son auto.

Hugo Lachance : C'est une super bonne toune qui humanise l'album. La prochaine : « Te retourne pas ».

Chapitre 35 : Te retourne pas

Hugo Lachance : « Je regarde tes yeux et tout ce que je vois c'est folie. Je dois essayer d'y pénétrer. Toi, tu deviens fou et tu essaies d'en finir. Un dernier regard avant de repartir. Mais je te dis : te retourne pas. Non, te retourne pas. ».

Rudy Caya : C'est la plus vieille toune des Pingouins. Je l'avais composée quand j'avais 16 ans, elle était métal. On avait enregistré quatre tounes métal pour un concours à CHOM FM. Ça a été le point de départ avant que je joigne les Tâches. J'ai encore les enregistrements sur cassette.

Hugo Lachance : « J'ai plein de questions mais pas de réponse pour toi. » Ce sont de belles paroles.

Rudy Caya : Je l'avais composée en réaction à mes cours de psychologie qui m'avaient vraiment déçu à l'époque.

Chapitre 36 : P'tite vie, p'tite misère

Hugo Lachance : « Enfin, 5h, je peux prendre mes chaînes puis les enlever. Dire que j'ai hâte de sacrer mon camp serait pas trop exagéré. ». « P'tite vie, p'tite misère », c'est toi qui fais le cri, Rudy ?

Rudy Caya : Oui. Je l'avais faite parce que Claude s'était beaucoup amélioré à l'accordéon et pouvait donner ce riff-là. C'est son riff le plus « accordéoniste », car normalement il fait plus de la rythmique. On a suivi une structure un peu cajun.

Claude Samson : C'est devenu l'une des tounes les plus populaires. Elle est dans tous les karaokés ; je l'ai même entendue en Jamaïque l'année passée !

Hugo Lachance : « Il paraît qu'on gagne sa vie. Moi j'ai rien gagné, je l'ai travaillée. Si jamais un jour je me rends au paradis, je veux travailler aux admissions puis mon boss va brûler. ». C'est le texte du gars qui n'aime pas sa job ni son boss.

Chapitre 37 : Le bleu du papier blanc

Hugo Lachance : « On pense que j'écris juste des chansons tristes... C'est rien que mes mots qui savent plus lire dans mes pensées. ». J'adore cette pièce. C'est l'une des premières que j'ai entendues qui parle du syndrome de la page blanche. Ton texte m'avait impressionné, tout comme l'arrangement avec le trombone.

Claude Samson : Le trombone est l'un de mes instruments préférés. C'est audacieux de mettre ça sur un album rock avec « Délinquance ».

Rudy Caya : Le texte est né d'un moment sur un tapis rouge à Québec. Les journalistes étaient tous après nous, puis ils nous ont lâchés d'un coup parce que Roch Voisine arrivait. C'était un petit « jab » à ceux qui gagnent leur vie à coups de millions en faisant des tounes prévisibles.

Chapitre 38 : Roche et roule

Michel Vaillancourt : « Roche et Roule », avec Roxan. C'est un « one take », on n'a rien touché. Ça fait penser à un vieux son.

Rudy Caya : L'album était fini et on s'est tous retrouvés autour du piano à queue dans la grande salle de Morin-Heights. Le chien de Rick était là. Quelqu'un a pesé sur « record », Fred a sorti sa contrebasse et on a joué. C'est un instant qu'on ne pourrait pas reproduire et on ne l'a jamais jouée live.

Chapitre 39 : SEGMENT : Rafale

Hugo Lachance : On a passé à travers l'album ! Votre top 3 ?

Rudy Caya : C'est dur à dire. Si je devais choisir une toune pour représenter l'album, j'irais avec « Délinquance ». Pour d'autres, ce serait « P'tite vie, p'tite misère » ou « Témoin ».

Claude Samson : « Témoin », c'est le band tout nu, c'est audacieux. « P'tite vie », c'est le fun spontané.

Hugo Lachance : Qu'est-ce qui fait de cet album un classique ?

Rudy Caya : C'est le monde. Les tounes deviennent des classiques parce que les gens mettent leur vie dessus et qu'elles représentent leurs souvenirs. Mon plaisir aujourd'hui n'est pas de jouer la toune elle-même, mais de voir la face du monde quand on la joue. On voit passer leur vie, leur premier char, leur première blonde.

Hugo Lachance : Qu'est-ce qui vieillit bien ou mal là-dessus ?

Michel Vaillancourt : Tout vieillit bien. Je regarde nos anciens clips ; ils sont ancrés dans les années 90, mais pas de façon négative. Le linge et les cheveux, ça marche encore. On n'a jamais été l'artiste de l'heure, mais on n'a jamais été passés date non plus.

Hugo Lachance : On peut se procurer l'album où ?

Claude Samson : Sur les plateformes. En vinyle, il n'y en a plus, ils étaient numérotés de 1 à 1000. Ils ne seront pas réédités pour ne pas perdre leur valeur.

Chapitre 40 : Conclusion

Hugo Lachance : On a terminé, les gars. C'était vraiment le fun. Merci à Rudy Caya, Claude Samson et Michel Vaillancourt d'avoir été là. On se retrouve pour un prochain épisode de l'Album Podcast!