Écoutez l'épisode audio BAGOTH : Martyrs Duplessis
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BAGOTH : Bandcamp
À Trois-Rivières, au pied de la statue de Maurice Duplessis, l'animateur Hugo Lachance accueillait le duo formé d'Andy Ellefson et de Guillaume Bouchard dans le cadre de L'Album Podcast. Les deux musiciens originaire du Saguenay, réputés pour leur apport au sein de la formation Orloge Simard, venaient y détailler la démarche créative derrière leur nouveau groupe Bagoth et leur premier disque intitulé Martyrs Duplessis.
Commandité par la microbrasserie Hopera de Jonquière, cet entretien enregistrait l'aboutissement d'un projet mûri sur plus de cinq ans. Le nom même de Bagoth affirme un ancrage territorial et stylistique précis : il s'agit d'un mot décliné de Bagotville, l'arrondissement d'origine des membres à La Baie dans la ville de Saguenay, et l'ajout de la lettre H, évoquant la culture gothique et les sonorités lourdes du métal.
00:04:52 // Orloge Simard et le Culte de Port-Alfred
00:06:56 // Bagoth
00:07:54 // Pourquoi Maurice Duplessis
00:15:05 // L'implication d'Orloge Simard
00:21:34 // L'article américain
00:29:09 // La pochette
L'idée d'élaborer une œuvre artistique autour du personnage de Maurice Duplessis a commencé à faire son chemin chez Andy Ellefson il y a une quinzaine d'années, à la suite de la découverte d'un discours archivé du premier ministre à la Bibliothèque nationale du Québec à Montréal. Impressionné par l'art oratoire et la stature historique du personnage, le claviériste et parolier a exploré diverses avenues créatives avant d'unir ses forces au bassiste et compositeur Guillaume Bouchard pendant la pandémie.
Loin d'un survol purement académique ou d'une charge partisane unidimensionnelle, Bagoth a jeté les bases d'un genre à part entière : le métal duplessiste. Le projet s'approprie les thématiques politiques, l'autoritarisme et l'imagerie sombre de la Grande Noirceur à travers la puissance visuelle et sonore du black métal. Le tandem vocal s'appuie sur une dualité marquée : Andy Ellefson livre ses textes sous forme de déclamation théâtrale rappelant les orateurs politiques des années 1950, alors que Guillaume Bouchard prend en charge un chant guttural et ténébreux.
L'album se déploie comme un conte narratif sombre teinté d'ironie et d'autodérision. Cette approche singulière associant sciences politiques, histoire québécoise et esthétique métal a d'ailleurs retenu l'attention de la presse spécialisée internationale, comme l'a souligné une analyse du webzine américain Black Metal Zine mettant en lumière la neutralité artistique et la richesse conceptuelle du projet.
Même si le concept a été imaginé par Andy Ellefson et Guillaume Bouchard, la production de Martyrs Duplessis a bénéficié de la contribution de figures de premier plan de la scène métal québécoise. La batterie a été exécutée par Michel Bélanger, batteur des groupes Gorguts et Cynic, recruté sur recommandation d'Olivier Pinard du groupe Cryptopsy. Les parties de guitare rythmique et solo, de même que le mixage et le matriçage, ont été confiés à Christopher Rannou, du groupe Beyond Fiction.
Le projet réunit également Olivier Simard, chanteur d'Orloge Simard, qui a encadré et interprété une grande partie des chœurs aux côtés de Maxime Bouchard, Maxime Bernier, Alex Côté et Patrick Morin. L'orchestration sonore s'enrichit des arrangements et des parties de piano de Gabriel Pearson (Mordicus), des interventions au saxophone de Louis-Clément Tremblay (Clément Jaune), ainsi que de percussions insolites produites en frappant deux tomes originaux de l'ouvrage Histoire du Canada français de Lionel Groulx directement sur du mobilier de studio.
L'aspect visuel témoigne de la même attention. La pochette est une peinture signée par l'illustratrice et tatoueuse Bianca Dallaire, amie d'enfance des musiciens native de Port-Alfred. La toile reproduit une photographie d'époque illustrant les obsèques de Maurice Duplessis en 1959 devant la cathédrale de l'Assomption de Trois-Rivières. Les clichés du livret ont quant à eux été réalisés lors d'une tempête de neige au jour du Souvenir autour des monuments historiques par le photographe Maxime Bernier.
Au-delà de leur production studio, les membres de Bagoth participent activement à la vie culturelle et patrimoniale du Saguenay. Ils organisent notamment le festival Le Culte de Port-Alfred, un événement consacré à la sauvegarde et à la revitalisation de l'église Saint-Édouard à La Baie.
Quant à l'avenir de Bagoth, les musiciens travaillent déjà sur un deuxième opus qui abordera les thèmes de la souveraineté et de l'indépendance du Québec. En parallèle, la formation Orloge Simard poursuit sa feuille de route avec la préparation d'un prochain album studio.
F.A.Q. (Foire Aux Questions)
D'où provient le nom du groupe Bagoth et quelle est sa signification ? Le nom est un jeu de mots inspiré de la ville d'origine des musiciens, Bagotville (un arrondissement de La Baie au Saguenay). Ils ont simplement conservé le nom « Bagot » en y ajoutant la lettre « H » pour évoquer la culture et l'esthétique gothiques propres au metal. Cela leur permet d'afficher clairement leur style musical tout en affirmant fièrement leurs racines saguenéennes.
Quelle est la démarche artistique derrière le thème de Maurice Duplessis et de la Grande Noirceur ? Inspiré par la puissance oratoire et l'impact historique de Maurice Duplessis, le groupe a voulu traiter de ce personnage complexe de manière théâtrale et artistique plutôt que strictement pédagogique ou partisane. À la manière d'un film d'horreur ou d'une œuvre littéraire d'autodérision, Bagoth explore la part d'ombre, le climat de contrôle et les paradoxes de cette époque à travers un style qu'ils qualifient de « metal duplessiste ».
Quelles sont les personnalités de la scène metal qui ont contribué à l'enregistrement de l'album ? Bien que le projet ait été conçu par Andy Ellefson et Guillaume Bouchard, l'album Martyrs Duplessis a bénéficié de collaborations majeures : Michel Bélanger (batteur de Gorguts et Cynic) a enregistré les pistes de batterie, tandis que Christopher Rannou (de Beyond Fiction) a joué les guitares, en plus d'assurer le mixage et le matriçage de l'album. Olivier Simard (chanteur d'Orloge Simard) a également soutenu la direction et l'enregistrement des chœurs.
Comment a été réalisée la pochette de l'album Martyrs Duplessis ? La pochette est une peinture originale réalisée par l'illustratrice et tatoueuse Bianca Dallaire, amie d'enfance des musiciens originaire de Port-Alfred. Elle s'inspire d'une photographie d'époque illustrant les funérailles de Maurice Duplessis en 1959 devant la cathédrale de l'Assomption de Trois-Rivières.
Quelle est l'anecdote derrière l'utilisation d'un livre comme instrument de percussion sur l'album ? Sur la chanson Lionel Groulx, le groupe voulait intégrer un élément de percussion authentique lié à l'historien. Ils ont utilisé deux tomes originaux du livre Histoire du Canada français de Lionel Groulx (prêtés par leur ami Anthony Tremblay) qu'ils ont frappés sur une table de chevet devant les micros du studio.