Transcription : Bagoth (Martyrs Duplessis)

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Avertissement : Cette transcription est le fruit d'une collaboration avec une intelligence artificielle qui fait de son mieux, mais qui ne saisit pas toujours toutes les "subtilités" de nos discussions.  Le fichier audio/vidéo original demeure la seule référence officielle. Si un passage vous semble bizarre, faites confiance à vos oreilles et allez écouter l'épisode !


Hugo Lachance : Nous sommes le 24 septembre 2026 en provenance de Trois-Rivières et aujourd'hui on est au pied de la statue de Maurice Duplessis, architecte de la grande noirceur au Québec. Et pourquoi ? Parce que je reçois le band black metal canadien-français Bagoth à L'Album Podcast ! Je tiens aussi à remercier Hopera, commanditaire de cet épisode. Alors Hopera, c'est un restaurant sur la rue Saint-Dominique à Jonquière, mais c'est aussi Hopera La Shop, qui est en fait un bâtiment, une usine en plein milieu du parc industriel où ils brassent leur bière. Il y a un joli petit comptoir où tu peux commander. Ils font des événements de bouffe. Puis j'adore Vlad et son équipe parce qu'ils font plein d'événements culturels aussi, ils sont proches des gens de la culture. Alors on salue Vlad et son équipe. Si vous voulez soutenir le podcast, vous pouvez faire un don spontané ou un don par mois en vous rendant au www.lalbumpodcast.ca pour ceux qui sont à l'audio, sinon c'est dans la description de l'épisode. Merci à ceux qui le font, c'est très apprécié. Je suis avec Guillaume et Andy de Bagoth. C'est bien eux, salut ! Est-ce que c'est vraiment un band canadien-français de black metal ? Ben c'est ça, c'est pas trop Mononc' Serge & Anonymus.

Andy Ellefson : On est très Québécois. Mais c'est ça, si on veut se remettre à l'époque, on pourrait dire Canadien-Français, de race canadienne-française.

Hugo Lachance : C'est pour ça que je fais mon intro comme ça, parce que c'est tellement Duplessis.

Andy Ellefson : J'ai compris, j'ai très bien compris.

Hugo Lachance : Et puis oui, c'est ça. Vous faites partie d'Orloge Simard. On s'est vus le 15 août 2024 à la coopérative funéraire de La Baie.

Andy Ellefson : Ah oui ? Je me rappelle pas de ça.

Hugo Lachance : On a fait à peu près un bon trois heures de podcast bien chaud, c'était nos funérailles. On est de retour. Pour ceux que ça intéresse, si vous voulez vous rafraîchir la mémoire, c'est disponible. On est ici pour vous parler de votre projet Bagoth et votre album Martyrs Duplessis. Mais avant d'en parler, comme d'habitude, je vous présente, je vous pose les mêmes six questions. En fait, je vous ai déjà posé ces questions. Andy, quand je t'ai posé la question, tu étais un petit gars de où, tu m'avais dit Bagotville, est-ce que c'est encore le cas ?

Andy Ellefson : Oui, c'est encore le cas. Puis les plus délurés de la gang des auditeurs vont comprendre qu'il y a un lien avec Bagoth, Bagotville, donc on en parlera sûrement plus tard.

Hugo Lachance : C'est la merde, non ? Ouais, c'est bon. Ton album d'enfance, tu avais dit que c'est ton oncle Dag qui te l'a fait écouter, oui...

Andy Ellefson : Ben j'avais dit Rasta Bigoud, c'est ça, exactement. J'étais dans le reggae, mais c'est ça, on a pas mal de styles qu'on aime. On est dans une journée black metal avec Maurice ici en arrière. C'est ça, il y a plein de styles. Cool.

Hugo Lachance : Pour l'album d'adolescence avec Olivier, tu écoutais beaucoup de Jean Leloup, Gainsbourg et Histoire de Melody Nelson.

Andy Ellefson : Oui, oui. On avait downloadé ça sur Limewire la première fois.

Hugo Lachance : Je te redemande ça parce que c'est ce qu'on avait ri pendant l'entrevue. Ton premier instrument, c'est quoi ?

Andy Ellefson : Mon premier instrument, c'est le clavier Tap-touche. Ça, c'est vintage.

Hugo Lachance : Ah oui, c'est vraiment drôle. Guillaume, toi, tu es né à La Baie. C'est pas mal ça, là. Moi, j'ai englobé tout ça.

Hugo Lachance : Ton album d'enfance, tu avais dit The Wall, Jeff Beck, Richard Desjardins.

Guillaume Bouchard : Oui, mais en y repensant, on avait parlé de la Maison Columbia. Mais j'ai oublié de te le dire, mais moi je collectionnais des CD d'AC/DC, c'était plus ça dans le fond. J'avais plus ça que des CD à ma mère. Mes premiers CD, moi c'était plus AC/DC, j'étais fasciné par Angus Young quand j'étais jeune.

Hugo Lachance : D'ailleurs, ta facture de Columbia va t'attraper.

Guillaume Bouchard : Ça va attendre, c'est la tradition.

Hugo Lachance : Puis ton premier instrument, c'est l'accordéon.

Guillaume Bouchard : Ouais, c'est ça que j'avais dit, oui. L'accordéon, puis par la suite la basse, ça n'a pas été long non plus. J'ai commencé la basse.

Hugo Lachance : Évidemment, vous faites partie d'Orloge Simard, on connaît votre discographie. Je veux juste ajouter Le Somptueux théâtre psychiatrique qui est paru il n'y a pas longtemps. Comment ça se passe avec cet album ?

Andy Ellefson : Ça se passe vraiment bien. On a eu des bonnes critiques de notre spectacle. En même temps, on sortait l'album le lendemain. On a eu vraiment de belles critiques, des citations même cultes par rapport au spectacle et à l'album live. Ce qui revient souvent, c'est que le son est vraiment bon, et il y a du monde qui ne sont pas très album live qui ont renoué avec ce format-là. Ça, c'est cool. Le son de Jean-Michel Frigon, c'est notre soundman, c'est lui qui a travaillé fort sur le son de l'album. Il a vraiment fait un travail exceptionnel, ça a été reconnu au travers des critiques.

Guillaume Bouchard : Oui, vraiment, le but c'était vraiment d'avoir le goût d'être en show, d'être là avec votre monde avec tout ça. Je pense que Jean-Michel a vraiment bien réussi son pari.

Andy Ellefson : Ça se vend bien aussi. Olivier, il est dans le jus. Il est dans le jus.

Hugo Lachance : Vous faites aussi, parce que je n'ai pas le choix d'en parler, vous êtes les organisateurs du festival Le Culte de Port-Alfred. C'était la quatrième édition cette année. L'objectif de ça, c'est de promouvoir la sauvegarde de l'église Saint-Édouard, notamment un projet de rénovation et de bibliothèque aussi.

Andy Ellefson : Oui, qui a été accepté officiellement par la ville. Ça avait été abandonné par l'ancienne administration municipale, puis là c'est de retour avec le nouveau maire, la nouvelle équipe, le nouveau conseil d'administration de la ville, le conseil municipal. On a fêté notre victoire à cette édition-là.

Hugo Lachance : Vous êtes des gens tenaces, vous autres.

Andy Ellefson : On a fait sonner les cloches après 20 ans, c'était très symbolique. C'était émouvant. Après ça, Fred Fortin a joué. Avec ça, on a fait des projections lumineuses d'œuvres d'art de Louis-Robert Bouchard, donc c'était vraiment une belle édition, c'était exceptionnel.

Hugo Lachance : Bravo les gars, bien fier de vous autres ! Là, on passe à Bagoth justement. D'où vient le nom ?

Andy Ellefson : C'est ça, j'ai un peu vendu le punch tantôt, mais oui, ça vient de Bagotville. Donc on est originaires de Bagotville, c'est un arrondissement de La Baie, ville de Saguenay pour ceux qui connaissent moins. Et c'est ça, j'avais eu l'idée de juste prendre Bagot puis ajouter un H pour gothique bien sûr. Donc là, on voit tout de suite le lien avec le black metal, le metal en général. Le gothique qui était une thématique qui était beaucoup reprise par les groupes de metal, on comprend tout de suite que c'est un band de metal juste avec le nom. Puis on voit le côté régionaliste de la chose, nous autres même si ça parle beaucoup de Trois-Rivières, nous autres on veut quand même assumer le fait qu'on est du Saguenay, on est toujours fiers de tout ça puis de La Baie entre autres. Ça, on l'assume fort avec le nom.

Hugo Lachance : C'est malade ! C'est vraiment un des meilleurs noms, sinon le meilleur nom au monde. Wow ! C'est un gros statement. C'est ça, on est au pied de la statue de Maurice Duplessis. On s'est déplacés, vous autres du Saguenay, puis moi de Montréal, pour se rejoindre à Trois-Rivières pour l'épisode. Excellente idée d'ailleurs. J'ai un article ici, 5 janvier 2026, Andréanne Larouche et Pascal Girard pour Radio-Canada. Andy, je te cite : « L'idée de faire un projet artistique sur Duplessis, ça date de longtemps. Pour ma part, j'avais comme découvert un de ses discours à la Bibliothèque nationale du Québec à Montréal quand j'habitais là il y a à peu près 15 ans. J'avais été fasciné par la façon dont ce personnage politique là, historique du Québec, s'exprimait. Il maîtrisait bien l'art oratoire, la façon de discourir. J'ai vraiment été captivé par ce personnage-là. » Le claviériste à l'imposante tignasse a même un jour envisagé un projet reggae sur Maurice Duplessis. La collaboration actuelle avec son complice, le bassiste Guillaume Bouchard, a finalement pris forme lors de la pandémie. Alors, c'est quoi l'histoire du groupe et pourquoi ce n'est pas reggae ? Tu vois le lien tantôt avec Rasta Bigoud, tout est dans tout, c'est super, on est vraiment à l'opposé. C'est bon, mais raconte-nous ça.

Andy Ellefson : Vraiment, moi ça fait à peu près 15 ans que je me passionne pour le personnage de Duplessis. Je fais des recherches, puis je lis, j'écoute des choses par rapport à lui. Puis j'ai toujours voulu justement faire un projet artistique, je ne savais pas lequel, mais un jour je me suis dit : c'est comme un personnage trop fascinant, il a trop pris une grande part dans l'histoire du Québec pour ne pas qu'on en parle de façon créative et artistique. On en parle, il y a eu des ouvrages, il y a eu des biographies, il y a eu une télésérie avec Jean Lapointe et scénarisée par Denis Arcand entre autres, qui fait en sorte qu'on connaît quand même le personnage. On associe facilement Grande Noirceur, mais il y a plusieurs choses à dire, ce n'est pas juste ça. C'est trop une grande part de notre histoire pour qu'on résume ça à la Grande Noirceur et qu'on n'en parle pas au niveau de l'art et qu'on ne puisse pas mettre de la création là-dedans. La musique, je pense que ça n'a jamais été fait de parler de la Grande Noirceur, de Duplessis à toute cette époque-là.

Hugo Lachance : Mononc' Serge l'a fait avec Révolution conservatrice.

Andy Ellefson : Oui, Révolution conservatrice, c'est vrai, il parle de Duplessis un peu. Mais une œuvre vraiment musicale centrée sur le personnage central qu'est Duplessis, ça ne s'est pas fait. La Grande Noirceur, ça s'est fait dans quelques groupes de black, mais ce n'était pas très précis. Nous autres, on aborde vraiment sa carrière politique à notre façon, bien sûr. C'est vraiment ça, et c'est quand même chronologique au niveau de l'album. Et on ne croit pas, en tout cas à notre connaissance, qu'il y ait eu d'autres choses qui s'étaient faites de la même manière que nous on l'a fait, centré sur Duplessis et son époque, ses ministres et des personnages aussi, on pourra en parler tantôt.

Hugo Lachance : Ben oui, bien sûr. Et pourquoi vous avez choisi la direction du metal ou du black metal ? En fait, quelles étiquettes, premièrement, on pourrait coller sur Bagoth ? Je sais que c'est chiant, mais il faut le faire. S'il y a des étiquettes musicales à coller là-dessus, ce serait quoi ?

Andy Ellefson : On peut dire métal. Mais nous autres, ce serait du métal duplessiste, metal politique québécois. Je ne sais pas, vite de même, c'est des trucs qui me viennent en tête, mais j'aime bien le métal duplessiste. J'aime bien le terme duplessiste, je trouve que ça rentre au poste. On dirait que tout est métal par rapport à Duplessis. Le personnage est né pour être dans le métal, même si ça n'existait pas à son époque. Il y a un côté méchant aussi, il y a un visage. Le terme Grande Noirceur... Même la statue est dans l'ombre, il y a du soleil qui vient d'apparaître mais plus tôt on est rentrés dans le parc, il y a du soleil partout sauf sur sa statue, on dirait qu'il est fait pour le métal ! Il y a tout le temps le visuel de l'époque aussi, il est dans une époque où les photos couleur et la télévision... il est toujours en noir et blanc, il y a un côté black. C'est influencé black metal, on peut le dire. L'influence est là. Quand on a commencé le projet, moi j'étais vraiment dans le black metal à côté, j'écoutais ça chaque jour, je lisais des livres aussi là-dessus. Au départ, c'était supposé d'être vraiment un projet black metal pur, puis finalement...

Hugo Lachance : On va se faire piquer, la IPA de l'Hopera est tellement bonne, les guêpes aussi !

Andy Ellefson : Au départ, c'était supposé d'être vraiment black metal, mais en cours de route, avec les compositions, ça a comme changé un peu, mais ça reste l'influence black metal et ta manière de chanter, parce que tu chantes sur l'album...

Guillaume Bouchard : Ben en fait, c'est plus moi et Andy, mais moi je fais plus le vocal black metal, Andy il clame les textes, la voix plus politicienne.

Andy Ellefson : Parce qu'il y a un lien à faire. Il y a toute l'esthétique qu'il y a autour de Maurice Duplessis, mais il y a aussi le discours. Tu parlais de ça tantôt, la façon dont il parle, c'est à l'époque des grands discours, des orateurs. Puis dans Martyrs Duplessis, souvent c'est des spoken word. Il y a des mélodies, mais il y a beaucoup de spoken word qui ressemble à un discours aussi. C'est ça, c'est vraiment clamé. Dans le fond, moi ma voix, c'est vraiment clamé des discours, ça rappelle justement un politicien des années 50. C'est le but de tout ça. Guillaume, lui, c'est comme une voix plus black metal justement, qui peut être vue comme un espèce d'être maléfique unioniste duplessiste. Il y a de quoi, en tout cas, on peut s'imaginer plusieurs choses. On est des fans, mettons, de Lucien Francoeur, de Marc Simard de Les Démons de l'Abreuvoir, c'est plus du monde qui parle aussi, nous on aime vraiment ça. Puis Léo Ferré aussi pour ma part, j'aime bien Léo Ferré, j'aime bien les discours des politiciens de l'époque comme Michel Chartrand, des discours vraiment qui portent autant au niveau de la voix que du message. C'est des vrais discours devant un grand public normalement, avec toute la sono qui allait avec. Il n'y en a plus des discours comme ça. Ça sonne aussi ! Il y a une amplification qui se fait, ça donne une texture à tout ça.

Hugo Lachance : Un autre article ici de Metal Universe, 2026, Édouard Dubuisson : « Musicalement, ça brasse sauvagement dans la plus pure tradition du black metal, avec la particularité d'avoir des paroles en français. Les paroles sont sombres et font référence à Maurice Duplessis et à la période où il fut le premier ministre du Québec, plus connue sous le nom de la Grande Noirceur. Mais l'originalité est le fait que ce soit conté comme un conte horrifique qui braque délibérément le projecteur sur la part d'ombre du règne du chef. L'autorité et la terreur sont palpables dans l'ambiance créée, autant dans les textes et l'orchestration, mais aussi grâce aux chœurs. En parlant des chœurs, je trouve qu'ils apportent une atmosphère sombre et oppressante. Ce qui m'est venu directement à l'esprit, c'est les chants bolcheviques, notamment ceux des chœurs de l'Armée rouge. Le chant guttural est assuré par Guillaume, tandis que le chant narratif est interprété par Andy. » Ça résume bien ce qu'on vient de dire. Puis moi, ma part là-dedans, c'est que je disais tantôt, Andy, quand j'ai écouté l'album, j'avais de la misère à me détacher d'Orloge Simard parce qu'il y a des bouts qui ressemblent à Orloge Simard, puis c'est bien normal, puis surtout dans les chœurs, je trouve.

Andy Ellefson : En fait, c'est normal parce qu'Olivier, il chante dans tous les chœurs. Puis moi, j'avais fait des démos pour tout le vocal. Puis j'avais demandé à Oli de venir chez nous : on va enregistrer. Puis c'est plus... parce que moi je ne suis pas un bon chanteur, donc là j'ai demandé... puis Olivier, c'est un chanteur. Puis là, j'ai envoyé les tounes avec mes démos, puis j'ai dit : viens les faire chez nous, puis après ça on va pouvoir envoyer ça au gang vocal. Fait que là, Oli, il les a faits chez nous, puis on a tapé 4-5 tracks de la même affaire. Puis finalement, c'était vraiment bon. Fait que quand on a fait les gangs vocaux, moi j'ai gardé ces démos et je les ai mis en plus dans les gangs vocaux, c'est pour ça qu'on entend tout de suite sa voix. Et Oli en plus, il m'a vraiment aidé aussi pour les gangs vocaux, il avait des idées aussi, et Max aussi qui chante dans les gangs vocaux, tout le band chante pas mal. Et Olivier qui leadait beaucoup aussi lors des enregistrements. C'est ça, moi j'étais comme à l'ordi, à la console, c'était Oli qui était vraiment avec eux autres pour leadder. Il avait fait les démos aussi, il était quand même au courant de ce qu'il fallait faire, il était comme un leader à ce niveau-là, avec Guillaume bien sûr qui était derrière la console. Moi je n'étais pas à la console, c'était lui qui leadait.

Hugo Lachance : Je ne pensais pas qu'il était impliqué à ce point-là !

Andy Ellefson : Pour les gangs vocaux, il était impliqué. Plus que ça, c'est lui qui livre nos vinyles, il livre les vinyles, les t-shirts, c'est notre livreur ! C'est à la troisième rue à Port-Alfred, c'est là que ça se passe ses livraisons.

Hugo Lachance : J'avais jamais remarqué ça, mais tu sais, les chants bolcheviques, c'est quand même intéressant qu'ils aient remarqué ça parce que Duplessis, lui, était contre le communisme bolchevique. C'est ça, tout ce qui est bolchevique... Je ne parle pas beaucoup de ça dans ma vie, mais je trouve ça intéressant, le parallèle. C'est un peu paradoxal que les chants soient comme ça.

Andy Ellefson : Ce qui est cool aussi, c'est qu'il y a plusieurs trucs insérés aussi dans les discours, il y a de l'ironie dans les chansons.

Hugo Lachance : C'est ça, on va en parler parce que c'est vraiment ça qui est intéressant, parce que ce n'est pas un album qui est fait pour faire du Duplessis-bashing facile, c'est tout à votre honneur aussi. Ça, c'est une partie de votre communiqué : « Pour la production de cet album, des grands noms de la scène metal se sont joints à Bagoth. En effet, Michel Bélanger, batteur des groupes Gorguts et Cynic — quand même pas rien ! —, a joué la batterie sur l'album, et Christopher Rannou de Beyond Fiction a joué la guitare en plus d'avoir mixé et masterisé le disque. Il s'agit assurément d'un album unique dans le metal au Québec, un genre nouveau. L'enfer est rouge et bleu, le paradis, rien n'est moins certain. » Ça, c'est un extrait de votre communiqué. Parlez-moi de ça, de l'aide que vous avez eue, parce que ça part de vous deux, mais là il a fallu, si vous voulez avoir des trucs organiques, inviter du vrai monde à jouer là-dessus.

Andy Ellefson : C'est nous qui sommes les têtes du projet, qui ont pensé au projet, qui ont mis en place tout ça, mais ce n'est vraiment pas juste nous deux. L'album, une chance qu'on a eu tout le monde qui a participé, mais entre autres ceux que tu viens de nommer. Guillaume, il ne parlait plus, c'est lui qui a pris contact...

Guillaume Bouchard : C'est ça, c'est parce qu'au départ, le but ça a changé souvent en cours de route, mais au départ je voulais tout faire, tous les instruments. Moi, je ne joue pas de drum, je me disais que j'allais faire de la drum machine. Ce n'était pas de quoi de sérieux vraiment au début, mais là plus ça allait, je composais, je pensais que c'était assez bon pour faire de quoi de meilleur que ça. J'ai commencé, je faisais la guitare, mais là le drummer, je me suis dit que j'allais trouver un drummer à un moment donné. C'est Olivier Pinard de Cryptopsy qui m'a référé à Michel Bélanger. Liés par la suite, ça a vraiment bien tombé, il m'a fait tous les tracks que j'avais envoyés. Lui, c'est ça, il a mis ses tracks sur mes tounes, puis c'est par après... Pendant ce temps-là, on faisait Culture du culte aussi en parallèle, on était quand même pas mal occupés, puis le projet a été sur pause. Puis celui qui a vraiment redonné vie au projet, c'est Christopher Rannou. J'avais commencé à faire de la guitare, mais ce n'était pas assez bon, je ne suis pas un guitariste, je fais juste de la guitare acoustique. Je suis un très bon bassiste. C'est Max Bouchard, notre drummer, qui m'a référé à Christopher Rannou, puis une chance qu'on l'a eu ! C'est lui qui a redonné vraiment vie au projet.

Guillaume Bouchard : Il m'a dit qu'il avait tellement aimé les tounes que quand il m'a envoyé... moi je voulais juste qu'il me fasse la section rythmique, mais quand il m'a envoyé, il m'a envoyé ça avec les solos.

Hugo Lachance : Moi j'avais composé tout, les solos... C'est comme un projet personnel dans le fond de ton bord, tu as tout composé les instruments. Mais comment tu composes ? Tu commences avec la guitare ?

Guillaume Bouchard : C'est sûr que quand je compose la guitare, je prends la guitare. Quand je prends la basse, le piano, je fais mes affaires, puis après ça j'essaie de rentrer ça en MIDI pour pouvoir l'envoyer pour montrer ce que je veux avec des partitions, puis comme ça...

Hugo Lachance : Tu montres quelque chose, après ça tu proposes à Andy ?

Guillaume Bouchard : Oui, tout le temps. On était tout le temps en contact chaque jour, il a vraiment du bon goût. Quand Andy dit que c'est bon, j'ai confiance, je continue.

Andy Ellefson : Merci ! Ça me permet de continuer !

Guillaume Bouchard : C'était vraiment de même. Nous autres, on se parlait. Ça a commencé pendant la pandémie. Guillaume, il arrivait avec ses compos, il m'envoyait, j'aimais tout le temps ça, c'est rare que j'étais comme... je n'ai pas de souvenir d'avoir dit « ça ne marche pas ». Ça a été long, on faisait ça sur le side, on faisait d'autres choses. On a une vie, on a d'autres choses. Quand c'est long, tu te dis : c'est bon, c'est pas bon. J'avais tout fait ma basse, j'avais acheté une Fender Precision, j'avais tout fait ma basse, je me suis racheté une MusicMan, j'ai tout flushé ma basse, j'ai refait ma basse avec la MusicMan ! C'est plein de petites affaires de même qui rajoutent du temps, c'est pour ça que ça a pris 5 ans.

Hugo Lachance : On revient à un bout que c'est comme un balancier, ça finit par continuer, mais j'en ai fait pas mal. Ça bascule, de quel bord ça va basculer ? Andy, parce que les gars qui m'avaient envoyé un article, ils m'avaient dit : ouais Hugo, il y a un Américain qui a fait un article sur Bagoth, c'est assez intense. Je l'ai lu au complet dans l'avion, j'étais comme wow ! Cet article-là a pris le même temps à faire que l'album ! On est plus proches de la thèse. C'est intéressant ce qu'il disait.

Andy Ellefson : On est retournés à l'université, ça a pratiqué notre anglais quand même ! Mais ce qui est intéressant avec ce gars-là, c'est qu'au début il voulait juste faire une petite critique, il s'est tellement intéressé au sujet de l'album et à l'histoire du Québec, il a fait plein de recherches. Puis excusez-moi, il était rendu au mémoire ! Peut-être pas la thèse, mais il s'enlignait ! Il y a un Américain qui a... Il ne connaissait rien à l'histoire du Québec ou presque, il est allé vraiment creuser là-dedans. On est quand même fiers aussi de dire qu'on a fait un album puis ça a intéressé un Américain à notre histoire, c'est comme... On propage quand même des trucs positifs par rapport à l'histoire puis les connaissances. Les anglophones sont moins portés quand même à s'intéresser à notre histoire, on a trouvé ça vraiment intéressant. Ça a pris quasiment quatre mois, il nous a contactés. Pour ceux qui pourront aller voir aussi sur Internet, mais les questions, c'est quasiment la réponse !

Hugo Lachance : Oui, c'est ça, ce n'est pas tellement une bonne entrevue, mais les questions sont légitimes.

Andy Ellefson : On aime bien son interprétation. C'est comme une critique en même temps, son interview-critique.

Hugo Lachance : J'en ai gardé un petit bout. Évidemment, on ne passera pas à travers parce qu'on n'a pas trop de temps devant nous, mais c'est sur blackmetalzine.com, l'auteur c'est Fractal, le 11 septembre 2026 : « Je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer que la réalisation de cet album évite les écueils les plus problématiques que les critiques du genre considèrent généralement comme toxiques, tels que l'appui politique explicite d'artistes envers des régimes oppressifs, l'autocratie ou des idéologies extrêmes. Martyrs Duplessis est à mon sens un excellent exemple montrant que l'union entre les sciences politiques et le black metal historique reste un terrain à explorer, même lorsque la thèse centrale aborde la tyrannie ou d'autres formes d'oppression. J'ai le sentiment que l'un des ingrédients clés de cette réussite réside dans le fait que l'album semble relativement impartial. Conceptuellement, cette présentation me fait penser à des éclairagistes et des marionnettistes d'ombres jouant les deux rôles en même temps. Je lance une flèche au hasard : que pensez-vous de cette analyse ? » Ça donne un peu l'intensité du texte, c'est vraiment intéressant ce qu'il dit. Et on en a parlé un peu tantôt, c'est le fait d'être un peu impartial. Ce n'est pas un Duplessis-bashing, c'est vraiment les deux. Vous racontiez vraiment une bonne partie de l'histoire du Québec, puis la métaphore aussi de la marionnette et d'un jeu de lumière et d'ombre, c'est quand même intéressant.

Andy Ellefson : En fait, c'est en plein ça, j'ai vraiment aimé sa métaphore. C'est que nous autres, on interprète des personnages, on interprète l'histoire, puis on y va vraiment avec notre côté créatif, c'est vraiment notre personnalité aussi qui est là-dedans. Puis tu sais, des fois il y a des bouts saguenéens à travers l'histoire de Duplessis, on modifie des choses. Puis c'était vraiment de parler de l'histoire mais à travers notre vision à nous, puis vraiment le côté artistique, créatif qui était important. Ce n'est pas pédagogique, on ne veut pas faire de quoi d'emmerdant, ça reste de l'art. C'est ça, puis on interprète, en fait on est très libres dans cet album-là. Puis c'est de prendre l'histoire, et des fois c'est comme on dirait que c'est parti pris, des fois c'est contre lui, il n'y a pas de position. Il n'y a pas de position en fait. C'est comme pour interpréter des fois, je vois ça comme un film d'horreur. C'est comme un réalisateur qui fait un film d'horreur : il n'est pas pour les meurtres, mais il va y avoir des meurtres ! On est de même dans ce sens-là, c'est vraiment de créer une œuvre, ça crée beaucoup d'images mentales à propos de ça.

Hugo Lachance : Justement, il y a la suite qui est pas pire : « Au cas où ce ne serait pas évident pour tout le monde, pourriez-vous expliquer comment l'usage satirique du jeu de rôle et de l'incarnation a été l'un des nombreux procédés littéraires intégrés à votre approche narrative ? Par exemple, j'ai trouvé très intéressant de remarquer toutes les fois où les paroles brisent le personnage, introduisant de l'autodérision. » Ça, c'est ma question à moi : comme disait Frank Zappa, does humor belong in music ? En fait, il y a beaucoup d'humour dans cet album-là, puis tu sais, à prime abord ça ne paraît pas parce que c'est clamé, il y a une voix satanique, la musique est rude, mais en fait, à part Martyrs Duplessis... pas Martyrs Duplessis, c'est un genre de dieu, il n'y a pas d'humour, ça parle vraiment des Orphelins de Duplessis qui est une histoire tragique et terrible de l'histoire du Québec. À part ça, toutes les autres histoires, il y a tout le temps de l'humour. Tu lis le texte et tu vas tout le temps avoir un petit rictus. C'est comme le côté Orloge aussi des fois, mais en même temps Orloge c'est nous autres, Orloge c'est ça ! Tantôt tu as parlé que tu entendais du Orloge, c'est pour ça que je faisais un lien avec ça, mais ça reste notre personnalité à nous autres, l'humour fait partie de ce quotidien. Il faut l'écouter plus qu'une fois, c'est exactement comme tu as dit : tu vas passer... c'est dense autant musicalement que les paroles, il y a beaucoup de choses, tu ne peux pas l'écouter juste une fois et comprendre.

Hugo Lachance : Au dernier épisode, je recevais Smash It Combo, puis eux autres ils ont fait la culture geek de jeux vidéo. Puis je leur ai posé la question : est-ce que vous pensez avoir inventé une nouvelle branche si on veut du metal ? Ils disent qu'en France, oui, je pense que oui. Puis vous autres, en l'occurrence Bagoth, pensez-vous avoir créé une nouvelle branche du metal ?

Andy Ellefson : Ben c'est certain que c'est original puis on n'a rien vu d'équivalent au Québec dans le metal. Après ça, de dire à l'international, ça c'est parce qu'il y a trop de projets, surtout à notre époque, ça ne m'avancerait pas là, mais au Québec, à notre connaissance, moi ça me surprendrait bien gros qu'il y ait un quart de ça ! C'est assez original.

Hugo Lachance : Parfait ! Mais il faut jouer le jeu, il faut y prêter attention, plus qu'une écoute, lire les paroles. Bref, on va passer aux crédits de l'album. Donc, le titre c'est Martyrs Duplessis. Ensuite, l'année c'est 2026.

Hugo Lachance : Avez-vous une compagnie de disques indépendante ?

Andy Ellefson : Toujours en indépendant ! On fait tout nous-mêmes à partir du Québec.

Hugo Lachance : Et voilà ! Donc, aux crédits : Andy Ellefson au vocal principal. Guillaume Bouchard au vocal principal, à la basse, aux claviers, à la guitare électrique, à la guitare acoustique, à la boîte à rythmes et aux percussions. Il y a Christopher Rannou-Poulin à la guitare rythmique et à la guitare solo. Michel Bélanger à la batterie. Gabriel Pearson aux arrangements et au piano. Louis-Clément Tremblay au saxophone — parce qu'il y a même du jazz là-dedans ! Aux chants de groupe : Olivier Simard, Maxime Bouchard, Maxime Bernier... Pas le politicien ! Vous êtes allés chercher Maxime Bernier le politicien ?

Andy Ellefson : On est allés enregistrer en Beauce ! On fait un album sur Duplessis, c'est très conservateur.

Hugo Lachance : Est-ce que Julie Couillard était là aussi ? Non ?

Andy Ellefson : Non ! Il y avait Alex Côté et Patrick Morin.

Hugo Lachance : Mixage et matriçage par Christopher Rannou-Poulin. Prises de son par Pierre-Luc Gilbert, Guillaume Bouchard, Christopher Rannou-Poulin, Michel Bélanger et Gabriel Pearson. Maintenant, est-ce qu'on oublie du monde ? Les crédits de la pochette peut-être, puis le visuel ? J'y viens parce que c'est vraiment important. Quelle magnifique pochette ! Moi, ça me séduit. D'ailleurs, on va la faire apparaître à l'écran : 1, 2, 3... Je pense que je suis encore le seul gars qui fait apparaître des pochettes grâce à la technologie ! Alors, qui a fait la pochette ?

Andy Ellefson : C'est Bianca Dallaire, une amie de longue date de Port-Alfred à La Baie. C'est aussi la cousine de nos blondes, si vous voulez avoir des détails précis !

Hugo Lachance : Tu remarques que dans la région, on est toujours le cousin de quelqu'un !

Andy Ellefson : Toi aussi tu viens d'Arvida, je n'ai jamais dit le contraire ! Elle est illustratrice et tatoueuse. Ce n'est pas la première fois qu'elle collabore avec nous, elle avait fait le portrait de Stéphane Ouellet aussi. La pochette représente les funérailles de Duplessis en 1959 devant la cathédrale de l'Assomption de Trois-Rivières, qui est située juste ici au bout de la rue Bonaventure. C'est une peinture réalisée à partir d'une photo d'époque sur laquelle Bianca a travaillé pendant plusieurs semaines. C'est une belle peinture avec un côté brut, les couleurs sont parfaites et ça représente vraiment bien l'atmosphère de l'album. Puis à l'intérieur, il y a une belle photo. On a risqué nos lives !

Guillaume Bouchard : C'est Maxime Bernier qui a pris les photos, notre ami photographe et non le politicien !

Hugo Lachance : On ne le salue pas, d'abord !

Andy Ellefson : C'était le jour du Souvenir, il faisait mauvais et les écoles étaient fermées parce qu'il y avait une tentative de neige. Guillaume et Maxime me disaient qu'il ne faisait pas beau sur les routes, mais je suis sorti et j'ai vu des « pots de lièvre » qui tombaient. C'est la neige épaisse qui tombe tranquillement et qui se dépose délicatement sur les objets. J'étais comme : c'est la journée idéale ! On a monté et la route n'était pas si pire en fin de compte. Les flocons étaient immenses et se déposaient sur les monuments. Maurice Duplessis avait l'air d'avoir des épaulettes de football en neige !

Hugo Lachance : Guillaume, tu es photogénique en tabarouette en costard ! Ça te va bien. Dans les remerciements, on note un merci à Anthony Tremblay pour le prêt du livre Histoire du Canada français de Lionel Groulx en guise de percussion sur une table de chevet, merci à Michaël Guay, Olivier Pinard, et Jimmy Descôteaux.

Andy Ellefson : Jimmy Descôteaux, c'était le dernier morceau d'Orloge Simard qui manquait ! Salut Jimmy !

Hugo Lachance : Un article du 10 janvier 2026 par Marc-Antoine Côté dans Le Quotidien mentionne qu'il est difficile de conjuguer tous vos chantiers musicaux avec la famille, le travail et l'organisation du festival Le Culte de Port-Alfred et le comité Patrimoine Saint-Édouard. Est-ce qu'il y a un espoir de voir Bagoth sur scène, ou est-ce que ça reste un projet uniquement studio ?

Andy Ellefson : Pas pour l'instant, parce qu'on est trop occupés. On a nos familles, Orloge Simard et le patrimoine de Saint-Édouard. La priorité reste toujours Orloge Simard. Mais on ne ferme pas complètement la porte si l'occasion se présente.

Hugo Lachance : On passe au segment « Une chanson après l'autre ». On commence avec la pièce-titre, Martyrs Duplessis.

(Extrait de « Martyrs Duplessis »)

Hugo Lachance : Qu'est-ce qu'il y a à dire sur Martyrs Duplessis ?

Andy Ellefson : C'est la chanson thème et l'introduction de l'album. Les « martyrs Duplessis », ce sont des adeptes de Maurice Duplessis à notre époque, des êtres maléfiques démoniaques qui reviennent parce qu'on voit des liens entre l'époque de Duplessis et aujourd'hui. On parle aussi du café Le Zénob à Trois-Rivières.

Guillaume Bouchard : Musicalement, c'est une toune coup de poing qui met la table pour le reste du disque. J'aime jouer avec les signatures rythmiques (c'est rarement en 4/4) et faire varier les tempos. Les gangs vocaux sur les refrains apportent un côté accrocheur, ce qui permet même aux gens qui n'écoutent pas de metal d'accrocher. C'est Olivier Simard qui a suggéré d'ajouter les « Oh ! » derrière les refrains.

Andy Ellefson : Dans le texte, il y a des liens avec le souverainisme et l'autonomisme québécois, notamment la référence à René Lévesque. C'est René Lévesque qui a fait sortir la statue de Duplessis de l'entrepôt pour la dévoiler à l'Assemblée nationale afin de rallier l'électorat unioniste et nationaliste.

Hugo Lachance : On continue avec La loi du cadenas.

(Extrait de « La loi du cadenas »)

Andy Ellefson : C'est une chanson sur la Loi du cadenas, une loi spéciale promulguée en 1937 sous Duplessis pour lutter contre la propagande communiste et bolchevique. Elle permettait au gouvernement de fermer des locaux et de faire cesser la publication de journaux comme Clarté. Duplessis utilisait la menace du communisme pour faire taire tous ses opposants politiques.

Guillaume Bouchard : C'est une pièce de près de 9 minutes. Le son de guitare très particulier a été créé par Christopher Rannou. J'ai composé des solos avec deux guitares qui se répondent à la fin (inspirés de groupes comme Wishbone Ash, Thin Lizzy ou Iron Maiden) et j'ai joué avec des signatures rythmiques complexes en 5/8, 7/8 et 9/8.

Hugo Lachance : La troisième piste : Lionel Groulx.

(Extrait de « Lionel Groulx »)

Andy Ellefson : Lionel Groulx est un personnage historique majeur, un historien et chanoine qui a influencé René Lévesque et André Laurendeau. La chanson fait référence à son roman L'Appel de la race et prône la fierté canadienne-française face à l'influence britannique, tout en conservant une touche d'humour et d'ironie. C'est sur cette chanson qu'on entend le livre Histoire du Canada français frappé sur une table de chevet en guise de percussion !

Hugo Lachance : On poursuit avec Louis IX dans le ciel de Trois-Rivières.

(Extrait de « Louis IX dans le ciel de Trois-Rivières »)

Andy Ellefson : C'est un texte né du croisement entre deux de mes passions : Saint-Louis (roi de France mort lors de la 8e croisade, dont le cimetière où repose Duplessis porte le nom) et les courses de chevaux. Dans la chanson, l'esprit fantomatique de Saint-Louis descend du ciel en colère contre les paris hippiques à l'hippodrome de Trois-Rivières et déchaîne sa fureur sur la ville.

Hugo Lachance : On termine cette section avec Maluron Malurette.

(Extrait de « Maluron Malurette »)

Guillaume Bouchard : C'est une pièce instrumentale construite comme un interlude au clavier dans la tradition du Dungeon Synth et de Burzum.

Andy Ellefson : La pièce s'ouvre sur les bruits d'aiguille et les moments de silence extraits d'un vinyle d'époque d'un discours prononcé par Duplessis à l'hôtel Windsor en 1946, et se conclut par les voix de la foule qui chantent l'air traditionnel Maluron Malurette.

Hugo Lachance : C'est une grosse influence quand même ! C'est le même style, c'est juste que... puis je traite beaucoup Carver aussi. Tu sais, je mélangeais toutes les influences de manière inconsciente, mais j'avoue que ça fitte ! Les influences, ça marque une belle pause dans l'album aussi, dans le pacing de l'album. Ça prend ça pour respirer un peu des fois, puis ça fait en sorte qu'à la prochaine chanson, on embarque encore plus fort dans Antifédéralisme.

Andy Ellefson : « Colonialisme anti-québécois / Hitlérisme, collaboration et populisme / Bagarre et émotivisme / Mackenzie King, Louis Saint-Laurent, J.G. Diefenbaker / Tous à contre-sacré-cœur... »

Hugo Lachance : C'est quand même hot ! Les paroles sont vraiment hot ! Qu'est-ce qu'elle a à dire, cette chanson-là ?

Andy Ellefson : Je me suis fait plaisir là-dessus. J'ai comme transformé l'autonomisme de Duplessis face à Ottawa. On sait que Duplessis était très autonomiste; il voulait garder le plus de pouvoirs possible dans la province. D'ailleurs, il a créé l'impôt provincial pour avoir plus de marge de jeu, puis c'est lui qui a adopté le drapeau du Québec. Il y a un grand nationalisme-autonomisme là-dedans. Puis avec notre âme indépendantiste et souverainiste pour faire du Québec un pays, j'aimais bien appeler ça Antifédéralisme, puisque lui-même n'était vraiment pas pour le fédéralisme.

Hugo Lachance : Et là-dedans, on retrouve des thèmes du fédéralisme, mais surtout présentés sous un point de vue négatif. Puis on s'entend que c'est négatif pour le Québec, de manière objective. Et justement, tu l'as dit tantôt, le colonialisme, ce sont tous des aspects du fédéralisme que Duplessis n'aimait pas, mais que les souverainistes n'aiment pas non plus.

Andy Ellefson : À travers ça, je parle de l'autonomisme de Duplessis, mais il y a beaucoup de figures de style et d'images créées. C'est vraiment à travers des mots; ce ne sont pas des phrases complètes ni des vers classiques, ce sont des mots qui s'opposent ou qui s'assemblent. Encore une fois, j'aime bien que l'interprétation des auditeurs prime. Quand tu l'écoutes une première fois, les paroles sont difficiles à saisir, mais quand tu lis les textes en écoutant la musique, ça ouvre vraiment une autre porte. Tout le monde peut se faire son propre jugement. Les textes sont colorés et la façon dont tu utilises les mots est vraiment bien écrite, pour vrai.

Hugo Lachance : Je dois dire aussi que dans l'album, on avance dans le temps. C'est quand même chronologique !

Andy Ellefson : « Tout le monde est à boutte de Godboutte ! » C'est Godbout qui avait pris le pouvoir à ce moment-là.

Hugo Lachance : Ça mène vers la Révolution tranquille ?

Andy Ellefson : Oui ! Duplessis a fait un premier mandat, Godbout a pris le pouvoir ensuite, puis c'est revenu à Duplessis jusqu'à sa mort. On est pas mal dans ce bout-là. Il y a des repères temporels, mais c'est l'ère Duplessis qui a tranquillement préparé le terrain pour la Révolution tranquille. C'est Godbout qui a créé Hydro-Québec au départ, mais c'est avec René Lévesque plus tard qu'Hydro-Québec a pris l'ampleur qu'on connaît aujourd'hui grâce à la nationalisation.

Hugo Lachance : Ce que je voulais dire par là, c'est que dans cet album-là, on parle évidemment de Duplessis, mais après son époque, la Révolution tranquille s'est installée et a complètement changé le Québec. Il y a comme une opposition. L'album semble s'arrêter là, et après ça, ce serait un autre genre de musique.

Andy Ellefson : C'est grâce à la Révolution tranquille qu me l'on a pu faire un album comme ça ! On est vraiment contents de ne pas avoir vécu à l'époque de Duplessis, mais d'en faire une œuvre plusieurs décennies plus tard, c'est plaisant. On est plus Lévesque et Parizeau que Duplessis.

Hugo Lachance : C'est à cause de ça que les Québécois se sont décomplexés aussi. Je pense à Maurice Richard quand il a commencé à parler contre Campbell et les dirigeants de la Ligue nationale : ça a provoqué des émeutes, puis les gens ont pris la parole. Le Québec a pris sa place pour vrai. Et dans cette toune-là, on peut entendre un extrait d'un discours de Duplessis pendant le break avant la fin.

Guillaume Bouchard : On peut entendre le discours provenant du vinyle dont Andy parlait. Quand il mentionnait son talent oratoire, il fallait le mettre au moins une fois dans l'album pour montrer l'effet avec une touche de metal. Je reprends l'intro du début, mais je fais descendre la tonalité petit à petit jusqu'à la fin.

Andy Ellefson : Tu ne t'en rends pas compte immédiatement, mais la tonalité descend constamment jusqu'à la toute fin !

Guillaume Bouchard : Il faut le dire aussi : j'ai composé tous les instruments, mais Christopher Rannou a fait toute une job de réalisation sur les guitares à gauche et à droite pour aller chercher de la puissance. À la fin, quand le discours de Duplessis devient plus intense, il rajoute des guitares plus aiguës.

Hugo Lachance : Tout est super bien fait ! Christopher a fait un travail exceptionnel là-dessus, je suis vraiment content de savoir ça.

Hugo Lachance : On continue avec Talbot néogoth, un titre que j'aime particulièrement !

Andy Ellefson : C'est le meilleur titre ! Très pulp, très cool.

Hugo Lachance : Je lis le contexte : « En juin 1958, Antonio Talbot, ministre de la Voirie, s'enfuit de la capitale en Cadillac Coupé DeVille vers Bagotville, dans la paroisse du curé Boucher, pour s'isoler face au scandale du gaz naturel. Plus tard, il court dans les escaliers vers l'orgue Casavant, fixe le clavier illuminé et se met à jouer, endiablé, du Count Basie possédé. » Quelle histoire ! C'est quoi cette histoire-là ?

Andy Ellefson : En fait, cette histoire-là est inventée à 95 %. Le seul fait véridique, c'est qu'il y a eu le scandale du gaz naturel. Antonio Talbot, qui était député de Chicoutimi et ministre de la Voirie, était impliqué là-dedans. La Corporation du gaz naturel du Québec avait racheté le réseau d'Hydro-Québec et plusieurs ministres ont spéculé sur les actions pour s'enrichir. C'était de la corruption pure, et ça c'est la vraie histoire. Mais tout le reste, le côté régionaliste et la fuite en voiture vers la paroisse de Bagotville, c'est mon univers. J'aime notre région, alors j'ai imaginé ce ministre en psychose qui s'en va se réfugier dans l'église Saint-Alphonse à La Baie.

Hugo Lachance : Je trouve ça tellement drôle ! Un ministre en pleine crise qui rentre dans l'église, s'enfile une caisse de douze et s'installe à l'orgue Casavant !

Andy Ellefson : C'est un texte où on délaisse la diction politicienne pour aller vers quelque chose de plus théâtral et déjanté. Et pour le jazz, c'est Guillaume qui a eu l'idée d'intégrer ça musicalement.

Guillaume Bouchard : Au départ, c'était la toune que je trouvais la plus faible parce qu'il n'y avait pas encore la section jazz. Quand Andy m'a envoyé son texte et a mentionné qu'Antonio Talbot se mettait à jouer du Count Basie, ça m'a donné l'idée. Au début, je voulais faire chanter de vrais curés, mais c'était trop compliqué. Alors j'ai décidé de créer une vraie section jazz.

Hugo Lachance : Et comment vous avez construit cette partie-là ?

Guillaume Bouchard : J'ai écouté du Count Basie pendant un mois ! Au début, je voulais faire un collage avec des extraits originaux, mais à cause des droits d'auteur, c'était impossible. J'ai donc demandé à Gabriel Pearson (du groupe Mordicus), qui est un génie musical, de m'composer une grille de jazz dans le style de l'époque. Il a écrit les partitions et joué le solo de piano. J'ai envoyé les notes à Michel Bélanger qui a enregistré un beat de batterie jazz avec des balais, j'ai joué la basse avec mon pouce pour imiter une contrebasse, et on a fait venir Clément Jaune au saxophone pour improviser par-dessus.

Hugo Lachance : Le mélange entre le black metal, le jazz et le chant punk d'Andy fonctionne tellement bien ! Le jazz à cette époque-là, c'était la musique underground, la musique des clubs et des nuits chaudes de Montréal. Ça a une vraie pertinence historique et artistique dans l'album.

Hugo Lachance : On passe à Saint-Jean-de-Dieu.

Andy Ellefson : C'est le seul texte de l'album que Guillaume a écrit seul. Et c'est un texte 100 % sérieux, sans aucun second degré, parce qu'il traite d'une des tragédies les plus sombres de notre histoire : les Orphelins de Duplessis.

Guillaume Bouchard : C'est l'histoire des enfants déclarés faussement malades mentaux pour que le gouvernement provincial puisse toucher des subventions fédérales plus élevées de 2,25 $ par jour et par tête dans les hôpitaux psychiatriques. Ce sont des milliers d'enfants sains d'esprit qui ont été enfermés, maltraités, subissant des camisoles de force et des électrochocs dans des institutions religieuses.

Hugo Lachance : La livraison vocale sur cette chanson-là est d'une horreur brutale, c'est très puissant.

Guillaume Bouchard : C'est un vocal très sombre, presque satanique, pour dénoncer la méchanceté et la dérive du pouvoir de l'Église sous le régime ultramontain de Duplessis. Sur le plan musical, la fin de la chanson se conclut par un solo de guitare majestueux de Christopher Rannou qui s'entremêle à mon solo de piano initial, suivi d'une grande chorale qui crie : « Libérez nos cœurs meurtris, souvenez-vous de nos 

Hugo Lachance : On termine l'album avec Schefferville.

Andy Ellefson : C'est la chanson de fermeture, la pièce outro. Schefferville, c'est l'endroit où Maurice Duplessis est mort en septembre 1959, dans un chalet de la Iron Ore Company lors d'une visite de la région minière.

Guillaume Bouchard : On voulait créer l'atmosphère la plus froide et nordique possible. Avec le son du vent, les nappes de clavier et la guitare acoustique, on ressent le deuil et la fin d'une époque. Mourir dans un camp en bois au milieu du grand nord québécois, il n'y a rien de plus black metal que ça !

Hugo Lachance : Ça conclut l'album de manière magistrale. Le pacing est parfait et tout est pensé dans les moindres détails.

Hugo Lachance : Qu'est-ce qui s'en vient pour Bagoth ? Est-ce qu'il y aura une suite ?

Guillaume Bouchard : Le deuxième album est déjà entièrement composé dans ma tête et en démo ! Ce sera encore plus épique, avec des chansons de plus de 20 minutes.

Andy Ellefson : On aimerait explorer le thème de l'indépendance du Québec et de la souveraineté, en poursuivant la fresque historique de notre nation.

Hugo Lachance : Et du côté d'Orloge Simard ?

Andy Ellefson : Maintenant que l'album live Le somptueux théâtre psychiatrique est sorti, on planche sur le prochain album studio d'Orloge Simard. La majorité des chansons sont déjà composées !

Hugo Lachance : Guillaume Bouchard, Andy Ellefson, un grand merci d'être venus à L'Album Podcast ! Merci à la microbrasserie Hopera, merci à Maurice Duplessis pour la statue, et on se retrouve très bientôt pour un prochain épisode !